Les vautours n ont pas le choix
119 pages
Français

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Les vautours n'ont pas le choix , livre ebook

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Description

Un jeune et talentueux dirigeant d’entreprise, emporté dans la tourmente de la mondialisation, semble avoir perdu tout sens moral. Serait-il devenu incapable de penser face aux injonctions d’un système qui lui impose ses règles ? Un chercheur en chimie, aussi fidèle qu’idéaliste, résiste aux tentatives de séduction d’une riche héritière passionnée d’archéologie tandis que son épouse aide les victimes de plans de restructuration à se reconstruire après un licenciement.
Entre Lyon, Dubaï et Marrakech, un petit groupe de quadragénaires dont les vies et les destins s’entrecroisent tente d’apporter quelques éléments de réponses pratiques aux interrogations de notre époque. Au cours de leurs rencontres et de leurs discussions, ils échangent idées, réflexions et souvenirs sur des thèmes aussi variés que le management des entreprises, les relations amoureuses, l’écologie ou la religion.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 22 juin 2016
Nombre de lectures 1
EAN13 9782312044798
Langue Français

Extrait

Les vautours n’ont pas le choix
Benoît Cartuset
Les vautours n’ont pas le choix











LES ÉDITIONS DU NET 126, rue du Landy 93400 St Ouen
© Les Éditions du Net, 2016 ISBN : 978-2-312-04479-8
1
Ce matin, comme chaque jour, le réveil sonne à cinq heures pour Christian. Il allume sa lampe de chevet, repousse vigoureusement son drap et se lève tout de suite. Il n’est pas du genre à flâner au lit, il appartient à la catégorie des gens qui pensent que le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt. Il passe en vitesse dans la salle de bain attenante à sa chambre, il se douche et se rase en écoutant les dernières informations du matin. Il ouvre la penderie où il se choisit un costume gris, une chemise et une cravate rayée dont il s’habille rapidement, puis il jette un dernier œil à sa valise préparée la veille. Il ne risque pas de réveiller son épouse puisqu’ils font désormais chambre à part. Elle aime souvent veiller et elle se couche rarement avant une heure du matin, trouvant toujours un article ou un livre à lire, quelques mots à écrire ou une émission de télévision à regarder, aussi était-elle lassée de ces réveils matinaux. Elle en avait surtout assez de partager le lit d’un homme qu’elle n’aime plus et dont la présence à ses côtés lui devenait chaque jour de plus en plus pesante.
Christian descend sans bruit l’escalier et se dirige vers la cuisine. Il se prépare un café qu’il avale d’une seule gorgée, il aura bien le temps de prendre un vrai petit-déjeuner à l’aéroport ou dans l’avion. Il attrape ses bagages dans le hall, referme la porte de la villa derrière lui et sort vers le garage. Il n’a pas jugé nécessaire de repasser par la chambre de sa femme pour la saluer avant de partir puisqu’ils se sont vus hier, mieux vaut lui laisser tranquillement finir sa nuit. Elle sait qu’il doit s’absenter pour une petite semaine, elle n’est pas certaine de savoir vers quelle destination, mais à quoi bon ? S’en soucie-t-elle encore ? Ils n’ont plus beaucoup de choses à se dire depuis bien longtemps, ils n’ont pas eu d’enfants pour souder leur couple, pas de loisir commun à partager durant leur temps libre et il y a longtemps qu’ils n’ont plus les mêmes opinions. Après la grande passion de leurs débuts, ils ne sont plus liés désormais que par des intérêts communs, un lien de plus en plus fragile mais dont les deux semblent finalement bien s’accommoder.
Il revérifie une dernière fois qu’il a bien pris son passeport, son billet d’avion et ses cartes de crédit et il sort la voiture du garage. Sur le chemin de l’aéroport, il doit passer par son bureau pour traiter quelques dossiers avant d’envoler vers Dubaï.
Avant les heures de pointe, il n’y a pas encore de bouchons pour descendre en direction du centre-ville et il roule rapidement dans les avenues désertes à bord de sa rutilante Porsche Cayenne. En moins de quinze minutes, il atteint les nouveaux bureaux flambant neufs de la Coprepha. Christian gare son véhicule bien en vue devant le bâtiment, réflexe stupide à cette heure matinale où personne ne sera là pour le remarquer et l’admirer, et il pénètre dans le hall. Il est à peine 6h30 et les locaux sont encore vides. Il dispose d’une petite heure pour revoir rapidement la liste des principales affaires en cours et laisser quelques instructions afin que les dossiers urgents puissent être traités pendant son absence par ses plus proches collaborateurs.
Lorsque tout est enfin prêt, il appelle un taxi, transfère ses bagages et se fait conduire à l’aéroport. La circulation est déjà un peu plus dense mais le taxi roule rapidement. Le chauffeur lui débite quelques rengaines pour briser la glace et tester les réactions de son interlocuteur. Il raconte les banalités habituelles sur le climat pourri et les travaux en ville avant de glisser vers le terrain plus glissant de la politique et des élections. Il continue donc par une avalanche de lieux communs, sur le thème du "tous pourris, pas un pour racheter l’autre". Il explique que s’il était à leur place… à oui s’il était à leur place, il remettrait de l’ordre, parce qu’il connaît le monde et la vraie vie, il a l’habitude d’en voir, lui ! Alors que tous ces bureaucrates, ils sont déconnectés, ils n’y connaissent rien. Au moment où le nouveau président vient de prendre ses fonctions, Christian se met à imaginer ce que serait un gouvernement constitué d’un échantillon de ces râleurs perpétuels : son chauffeur de taxi irait certainement au ministère de l’intérieur qui serait pour l’occasion rebaptisé ministère de l’ordre, de la morale et de l’immigration !
– Là, ça rigolerait pas, j’vous dis. J’te mettrais toute cette racaille dehors ! Moi, j’ai qu’un principe, tu bosses et tu te tiens à carreau, sinon tu te casses. Vous trouvez pas qu’y en a marre de tous ces parasites et de toutes ces feignasses qui ne pensent qu’à toucher des allocs ?
Bien sûr, en de telles circonstances, Christian juge préférable de ne pas commenter mais son silence et son absence totale de réaction restent sans effet sur la logorrhée du chauffeur. Il semble que rien ne puisse interrompre ce condensé de tous les lieux communs racistes, xénophobes et populistes du plus bas étage. Il repart de plus belle dans son monologue
– Du bouleau y’en a si on en veut ! Faut s’en donner la peine, faut s’lever le matin et pas avoir peur d’se salir les mains. Mais maintenant y veulent tous faire des grandes études pour aller glander à la fac, même s’il y a rien derrière. Et on voit où ça nous mène ! Vous voyez, moi, par exemple, j’ai commencé à bosser à quinze ans, j’suis debout à quatre heures du mat’ et je tourne parfois jusqu’à dix ou onze heures. Je dors et je mange quand je peux, mais j’ai pas une pointeuse aux fesses. Ah ! Bien sûr, c’est plus facile d’aller pointer à la sécu et de se tourner les pouces toute la journée. Mais vous voyez, j’en ai marre de payer pour tous ces fainéants. Et tous ceux qui sont pas d’ici, j’te renverrais tout ça à la mer…avec quand même une gourde et une bouée pour leur laisser une chance !
Christian n’écoute même plus et regarde défiler la banlieue derrière la vitre en attendant impatiemment de voir apparaître le bâtiment de l’aéroport. Le taxi s’immobilise enfin. Christian paye sa course, récupère sa valise et entre dans l’aérogare. Il consulte rapidement le tableau des départs et vérifie que son vol pour Francfort est bien à l’heure. Il est arrivé bien en avance et dispose donc d’assez de temps pour pouvoir reprendre un café avant de passer les contrôles de sécurité. De nombreux groupes de touristes en quête de chaleur et de soleil forment de longues files devant les comptoirs d’enregistrement, mais le billet "Business" de Christian lui donne droit au tapis rouge et à un guichet prioritaire. En revanche, il n’échappe pas à la fouille corporelle et au contrôle méticuleux de son bagage à main. Dans la salle d’embarquement, il a enfin le temps de s’attabler pour manger un croissant en feuilletant le journal.
Il est maintenant neuf heures, probablement un peu trop tôt pour appeler Patricia. Fidèle à ses habitudes, elle a du faire la fête une bonne partie de la nuit et en considérant le décalage horaire, il se pourrait même qu’elle ne soit pas encore couchée ! Ou alors elle est couchée en bonne compagnie dans une situation peu convenable pour répondre au téléphone. Christian se dit donc qu’il l’appellera plutôt de Francfort avant d’embarquer pour Dubaï. Cela lui permettra de revérifier le programme dans l’avion afin de pouvoir lui donner ses toutes dernières instructions.
Après l’embarquement, l’avion rejoint l’extrémité de la piste, s’élance et décolle. Lorsque l’altitude de croisière est atteinte, une hôtesse passe pour servir les petits-déjeuners. On devine facilement à la mine défaite de la jeune femme et à son absence totale de sourire qu’elle a dû avoir une nuit courte. Christian avale rapidement un jus d’orange et quelques biscuits puis récupère ses dossiers dans le coffre à bagages. Cette escapade à Dubaï n’est pas vraiment un voyage d’affaires puisqu’elle n’a pas officiellement de lien direct avec son activité professionnelle, cela sera plutôt une sorte de parenthèse pendant laquelle il retrouvera l’espace d’une soirée son premier métier, celui qui l’avait propulsé dans le monde où il gravite aujourd’hui. L’idée d’organiser cette grande fête lui était venue en discutant avec son ami Kamal, un homme d’affaires libanais avec qui il est en relation depuis près de dix ans. Mais loin des petites soirées qu’il animait autrefois, il va maintenant jouer dans la cour des grands, des très grands ou plutôt des très riches.
Que de chemin parcouru depuis qu’il avait commencé à animer des bals, des fêtes et des mariages avec sa petite sono et sa caisse de d

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