Lettre à toi
161 pages
Français

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Description

Les choix les plus simples finissent toujours par être ceux qui influencent le plus votre vie et même s’ils n’avaient absolument plus rien en commun, en lui envoyant une simple lettre, Samuel va complètement bouleverser la vie de Claire. Elle, jeune Française devant qui tous les éléments de son monde ploient comme autant d’amants. Manhattan, le rock, les hommes. Ne manque de rien. Lui, veuf, sans attache. Survivant d’un génocide aux frontières du Rwanda. Manque de tout. Une seule lettre et c’est l’effet papillon…

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 13 mai 2014
Nombre de lectures 3
EAN13 9791029000256
Langue Français

Extrait

Lettre à toi
Bruno Christian
Lettre à toi


















Les Éditions Chapitre.com
123, boulevard de Grenelle 75015 Paris
© Les Éditions Chapitre.com, 2014
ISBN : 979-10-290-0025-6
« Tout ce que l’on prévoit,
tout ce que l’on attend n’arrive jamais,
et même si sur le moment on crie à l’injustice
et que l’on est amer,
je suis persuadée que quelque chose de meilleur
nous attend ailleurs . »
Aurélie Boisvilliers.


À mes parents, à ma sœur.
À la mémoire de Gloria.
À celles qui m’ont donné l’envie d’écrire.
Et à tous ceux qui m’ont soutenu.
Des électrons libres. Nous en étions tous d’une certaine manière et elle tout particulièrement. Julia se le répéta. Elle était seule, sans soutien. Le veston qu’elle avait emprunté à un collègue, deux ans auparavant, emprisonnait encore la tension nerveuse de ses épaules. C’était un vieux bout de cuir usé qui s’était parfaitement adapté à sa morphologie filiforme et donnait parfois l’impression d’être une seconde peau. Julia Guibert. Un poids plume qui avait chipé la veste du seul type du service à faire soixante-cinq kilos. À peu près à la même période, elle avait opté pour un style capillaire radical. Cinq centimètres de cheveux sur le crâne, quelques mèches plus longues au niveau des oreilles. Cinq centimètres qui ne présentaient qu’un seul intérêt : vingt secondes devant un miroir au lieu de vingt minutes, avant de commencer sa journée.
37 ans, s’accrochant à son mégot de cigarette, elle avait brûlé la chandelle par les deux bouts, avait vécu son lot d’embrouilles, mené ses combats et vaincu ses démons, « des » démons précisément. Veste de cuir, un simple trait d’eyeliner noir pour tout maquillage, un grand coup de ciseau en guise de passage dans un salon de coiffure. Une bonne vieille paire de Doc Marten’s aux pieds, des increvables, qu’elle avait chinée au détour d’une ruelle de Barbès. Elle n’était pas vraiment la féminité incarnée et elle s’en moquait. Une démarcation volontaire de son image opposée au possible aux icônes plantureuses des magazines qui l’avait immédiatement poussée à se méfier de Claire Morante, l’évidence de son charme n’ayant d’égale que l’arrogance de sa jeunesse.
Julia remonta Desbrosses Street.
Elle suivait son intuition, en électron libre.
Un petit animal nerveux échappé de sa meute et perdu dans les rues de Manhattan. Une fouine affamée trottinant à la recherche de nourriture. Elle inspira profondément.
Claire Morante. Se méfier. L’examiner. La piéger.
Julia s’était méfiée.
Elle l’avait examinée.
Et maintenant ?
Où diable pouvait se trouver Claire, elle l’ignorait. Il ne lui restait rien de ses motivations premières. Aucune crainte de cette grande brune, parisienne expatriée du côté de Brooklyn. Il ne lui restait que des doutes, des idées confuses. Des mots qui pesaient lourdement sur son esprit. Des mots. Et d’où venaient-ils, ces mots ? Julia remonta sa main droite sous sa veste et se crispa. Elle songea à l’étincelle à l’origine de ce brasier de colère dans sa poitrine.
Elle ne vit qu’un bout de papier entre les mains d’une jeune femme.
Une lettre.
La première lettre.
Tout avait commencé avec elle.
1
La première lettre
Traverser l’atlantique à bord d’un minable vol commercial. De longues escales, interminables, à ne rien faire d’autre qu’attendre, dormir accessoirement. Une seule chose comptait, arriver à destination. À Kennedy, s’armer de patience et faire face aux problèmes mécaniques en série, aux officiers des douanes déchaînés et, bien entendu, à une météo des plus exécrables.
Elle avait fait six, sept, huit mille kilomètres peut-être. Elle s’en fichait. Elle n’avait pas même conscience de ce que cela pouvait être. On l’avait serré fort, très fort dans l’espoir qu’elle puisse délivrer son message sans encombre. Elle était même froissée comme si on l’avait jetée puis récupérée.
New York, la belle, était déjà bien réveillée lorsqu’elle fut débarquée d’un centre de tri à un autre, des heures de plus ajoutées à son périple. Et ce fut la bonne rue, puis le bon immeuble et pour finir la bonne boîte aux lettres.
L’adresse exacte : Pierrepont Street, Brooklyn Heights, N. Y. 11201. Claire Morante.
À ceci près que c’est sa mère qui avait fait suivre cette lettre.
Claire s’y était installée depuis un peu plus de trois ans. Judith Morante fût la première surprise lorsqu’elle avait découvert l’enveloppe adressée à sa fille mais, tout naturellement, de Paris elle l’avait réexpédiée.
§
Le lieu de vie de Claire le voici : un appartement vibrant de sons, de rythme, de musique, ne s’apaisant que pour quelques lectures passionnées. Les sols, les murs, les meubles, n’étaient qu’un patchwork coloré et vivant. Il y avait de tout. Guitares et amplis, partitions, tablatures et autres magazines spécialisés. On y trouvait un canapé rouge, extrêmement moelleux, coincé entre de robustes étagères. Des livres en tous genres y dormaient les uns sur les autres. Eco côtoyait Zola, Caleb Carr était le voisin de Süskind. Garcia Marquez se promenait à sa guise parmi tout ce petit monde. Elroy se tenait dans un coin.
L’ordre importait peu, Claire ne se formalisait pas pour les rares personnes qu’elle pouvait recevoir. Posée sur un meuble près de la porte d’entrée, une veste trainait. Un accessoire habituel dont elle recouvrait ses épaules les nuits s’annonçant fraiches ou pluvieuses.
Comme un fil d’Ariane, des jacks traînaient un peu partout, courant d’une pièce à l’autre pour toute personne qui chercherait Claire, sûre de la trouver accrochée à l’une de ses guitares. Au bout de la pièce principale se trouvait le cœur de l’appartement : Une cuisine fonctionnelle, entendons par-là une de celles qui fonctionnaient réellement… une pièce saturée des arômes du basilic au printemps et du chocolat chaud en hiver. Et de chaleur, il y régnait celle de l’âme même de l’hôte des lieux, alimentée par un vieux rock faisant suinter des murs la nostalgie d’une époque où une guitare et une batterie suffisaient à tenir en haleine des milliers de spectateurs deux heures de concert durant, proches de l’admiration religieuse.
Son appartement était donc exactement comme elle l’avait souhaité, à son image, un brin français, un brin autre chose…
§
Vendredi, onze Août deux mille.
Cette journée s’achevait et avec elle, toute une période de la vie de la française.
Claire se glissa dans son appartement, fit claquer la porte derrière elle et déposa son sac à main sans même se soucier de son point de chute tout en faisant glisser une large sacoche sur le meuble près de la porte. Elle fit quelque pas en repoussant ses mèches brunes d’une main distraite et demanda tout haut comme si quelqu’un était présent et qu’il pourrait donner suite à sa question : « J’ai eu des messages ? ». Trottant au milieu du salon, elle vint aussitôt consulter son répondeur. Claire tendit une oreille attentive lorsque l’appareil grésilla, il n’y avait rien. Elle revint sur ses pas et s’empara de la sacoche qui contenait son ordinateur portable : une brique de quatre kilos six. Elle se posta à son bureau et connecta son modem. Le lent grésillement de la connexion s’éleva. Quelques minutes d’attentes quasi immobiles face à l’écran de la machine, ses doigts tapotant sa cuisse droite. Elle cliqua frénétiquement sur toute une suite d’icône et patienta une fois de plus le temps que les informations se chargent.
Rien. Pas de courriels.
La journée est vraiment terminée, se dit-elle.
Claire s’approcha d’une étagère et prit une télécommande. Ses doigts glissèrent le long de son audiothèque. Elle fit son choix, alluma le lecteur de CD et pivota vers la salle de bain.
Lorsque sa silhouette apparut dans le miroir qui occupait les trois quarts de la cloison, sa main fit basculer, une fois de plus, ses cheveux en arrière. La pièce était fraiche et elle s’en délecta lors

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