Mon Rêve
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Description

Mon Rêve est un recueil de nouvelles inspirées de la vie en société Burkinabé dans l’environnement de l’auteur et traite des maux et tracas de la vie de tous les jours, mais dont l’amour triomphe toujours. Le décors : la capitale Ouagadougou et ses environs; les « règles du jeu » qui s’imposent aux personnages: la culture Burkinabé.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 07 janvier 2013
Nombre de lectures 16
EAN13 9782312007144
Langue Français

Exrait

Mon Rêve
Éric Gervais Bazongo
Mon Rêve
Recueil de Nouvelles Africaines












Les éditions du net 70, quai de Dion Bouton 92800 Puteaux
© Les Éditions du Net, 2013 ISBN : 978-2-312-00714-4
Amour pour la vie
En présence de mes amis mariés que j’enviais parfois, je rêvais d’une grande manifestation relative à mon propre mariage : long cortège, protocole, enfants d’honneur ; le tout couronné par le regard amoureux de Arlette braqué sur moi comme un projecteur. J’étais très ému d’avoir évité de me mettre cette corde au cou. J’imaginais à la fois que pendant que les célibataires s’empressaient d’entrer dans la danse, les mariés par contre se débattaient pour en ressortir avec des sueurs froides. En somme, j’étais un peu embarrassé, mais je ne regrettais pas ma décision. Je pouvais me vouer librement à l’écriture. Grâce à ces nouvelles que j’écrivais dans certains journaux de la place, je gagnais un peu ma vie.

Subitement et sans que je l’aie voulu, une image vint défiler dans ma tête comme dans un film. Je tentai de vite l’éteindre avant qu’elle ne prenne de l’ampleur. Ce fut impossible. L’image devint plus vive, plus intense encore. La rupture de mon idylle avec Arlette m’absorba. Je me revis content, excité le jour de son anniversaire. Remontant l’Avenue de la liberté encore appelée rue 56, qui menait à son domicile au secteur 12, j’avais l’intention de lui faire une surprise. J’avais dans ma poche une bague emballée dans un petit carton. En ne voyant pas mon engin à deux roues elle pensait surement que j’étais parti. Au moment où je décidai de lui offrir le fameux bijou, elle était absente, mais la porte de sa chambre baillait. Tout de suite, je sortis prendre un peu d’air. Puis une heure après, je l’aperçus, là, devant le portail d’une de ses amies et voisine. Un autre garçon, assis sur un tronc d’arbre, la retenait sur ses cuisses, la couvrant de longs et incessants baisers.

Quand elle remarqua ma présence, elle prit peur. Je m’éloignai d’eux à grands pas, la mort dans l’âme. J’avais la sensation que cette trahison était plus douloureuse qu’une paire de claques. Lorsque je me remémorais la scène, les larmes me montaient encore aux yeux. Sans commentaire à l’aube, je rangeai mon matériel de musique et je quittai ce lieu pénible.

Je remis rapidement les néons à Noël, un grand frère qui habitait le quartier Paspanga (paix à son âme) et je rentrai chez moi. Je n’eus pas le temps nécessaire pour dormir.

Dans les jours qui suivirent, je devais me préparer pour aller à une autre invitation, à la cité An II chez Ali B, un de mes meilleurs camarades d’enfance.
Cette invitation s’annonçait bien. J’étais heureux de sortir seul pour une fois, de pouvoir m’amuser et me défouler pour oublier ma peine. Il y avait beaucoup d’invités : des élèves, des étudiants, des fonctionnaires, des particuliers pour la plupart ; parmi les demoiselles, une jeune et charmante fille à la beauté éclatante. Ali me fit la surprise de me conduire vers elle.

– Viens. Je souhaite te présenter une cousine, me dit-il. Liliane, je te présente Eudes. Son nom peut te dire sans doute quelque chose. Eudes, je te présente Liliane.
Liliane était celle dont la voix n’avait jamais cessé de me troubler au téléphone chaque fois que j’appelais pour demander mon ami.

Je la regardai pour la première fois avec insistance, et je senti un trouble l’envahir. Je lui avais demandé de prendre place à côté de moi, parce que j’étais seul, sans cavalière. Tout en évitant de m’ingérer dans sa vie privée, je lui servais des commentaires peu drôles. Au début, elle s’enferma dans un mutisme total, puis elle finit par me sourire.

Au moment de partir, je lui glissai mon numéro de téléphone entre les mains et lui sollicitai en même temps son adresse. J’arrivai à la maison heureux. Puis je m’inquiétai. N’était-ce pas une erreur de ma part de vouloir me lancer dans une nouvelle aventure ? Avais-je déjà oublié la blessure profonde qu’Arlette m’avait infligée ? Certainement pas. J’oubliai aussitôt ce brusque sentiment que j’éprouvais pour Liliane. Ou plutôt, je tentai d’oublier. La jolie figure de la demoiselle disparut rapidement. Mon boulot occupait toutes mes pensées jusqu’au jour où je la revis à la maison avec son cousin.

– Eudes, je me suis permis de venir avec Liliane, me dit Ali. Elle ne cessait de me fatiguer à ton sujet.

Je ne savais plus quoi dire. Le regard de Liliane fixé tout droit sur moi était à la fois chargé de sensibilité et empreint de reproche.
– Quel jour viendrez-vous donc me rendre visite ? Quand je serais sur mon lit de mort à l’hôpital ? Plaisanta-t-elle à un moment où Ali s’était éclipsé.

– Bientôt, lui répondis-je
Le retour de mon ami m’évita les commentaires. Sa présence me mit parfaitement à l’aise, car la causerie se porta sur un autre sujet. Entre-temps le battant de notre portail s’ouvrit.
Édith, la copine d’un autre ami, m’appela.

– Viens m’aider à régler une situation, chéri Eudes.
Liliane tira son cousin et ils s’en allèrent sans même chercher à comprendre. De toute façon, je ne leur devais rien comme excuse. Je me sentis vexé par cette attitude. Ils partirent et je décidai de ne plus songer à elle ni à ce malentendu.

Ma décision fut hélas impossible. Des semaines après, Ali me demanda de remettre des produits pharmaceutiques à sa cousine. Elle habitait à Dapoya, à quelques kilomètres de chez moi. J ‘observais Ali avec un air soupçonneux. Liliane lui avait-elle fait une confidence qu’il me cachait ? Était-ce sa façon de vouloir nous rapprocher l’un de l’autre ? je ne cessais pas de me poser une multitude de questions. Ne pouvant pas refuser de rendre le service, je pris le colis de mon ami et m’en allai.

Les parents de Liliane logeaient près de l’église Sacré-Cœur de Dapoya où je priais chaque dimanche matin. Des enfants s’amusaient devant la porte cochère. J’éteignis mon cyclomoteur que je me mis à pousser. Manifestement je tentais de ne pas m’inquiéter, mais le cœur n’y était pas. Ce fut la première fois que j’y mettais les pieds, et je ne savais pas comment les parents de Liliane allaient me recevoir. Au même moment, je vis une main qui ouvrait le battant du portail de l’intérieur de la cour. Liliane me fixait du regard, l’air surpris.







– Eudes ?
– Oui ! Comme promis, je suis là aujourd’hui.
– Ça va bien chez vous ?
– Très bien.

Elle m’aida en prenant le vélomoteur. Je lui remis aussitôt les médicaments. Elle eut un sourire.
– Merci. J’avais sollicité Ali de me les apporter ; seulement je ne savais pas qu’il allait vous faire gaspiller du carburant pour si peu.
– Ce n’est pas du gaspillage, avançai-je.
– Entrez, je vous sers de l’eau à boire.

À ce moment, je ne pus m’empêcher de m’exclamer d’un air content.
– Belle baraque ! Vous vivez là avec vos parents ?
– Pas tout à fait
– Je m’imaginais que…
– Que quoi ? me coupa-t-elle. On dirait qu’il y a un peu d’évolution. Cela suppose que vous pensez à moi ?

J’esquissai un sourire. Dans la grande maison, elle m’invita à prendre place dans un fauteuil rembourré. Elle prit place à côté de moi. Je me surpris soudain entrain de lui dire qui je suis, de lui parler de mes démarches pour un projet de roman. Nous savions tous les deux que ce ne serait jamais facile. Liliane avait la politesse d’écouter avec attention avant de donner son point de vue. Le temps fila comme un rêve en présence de Liliane. Cela me fit du bien, parce qu’il y avait belle lurette que je m’étais juré de ne plus approcher les filles. J’avais le sentiment qu’elles ne m’aimaient pas. Lorsque je m’apprêtais à partir, elle se leva et me retint par la main.

– Eudes ne vous en allez pas si vite, je suis présentement seule ici ; Tous mes parents sont sortis aussi les enfants jouent dehors.
– Je dois rentrer, Liliane. Je n’ai pas vu l’heure qui filait et mes parents aussi peuvent s’inquiéter.
– Aujourd’hui a été vraiment un jour particulier pour moi, Eudes.
– Ne dites plus un mot, Liliane. Vous êtes encore plus ravissante que d’habitude, plus belle que la clarté du jour.

N’étais-je pas en train de perdre les pédales ? Irrésistiblement, je la pris dans mes bras. Elle s’abandonna contre moi, frissonnante. Plus rien n’existait dans ce vaste salon, quand nous nous mîmes à nous embrasser passionnément.

Mais un homme nous interrompit. Il ne frappa pas à la porte avant d’entrer au salon. Nous entendîmes seulement le bruit de ses souliers sur les carreaux de la terrasse. Je voyais ce visage pour la première fois. Quand l’homme parla, sa voix était tonitruante.

– Lili, mon amour, je viens t’emmener au cinéma… oh merde ! C’est qui ce type ? Je t’aime toujours, alors que tu me trompes !
Ce n’était donc pas le père de Liliane

– Arrête ton char, Arthur lui répliqua-t-elle.
– Nous allons régler ça séance tenante !

Immédiatement je me libérai de ce corps chaud et attirant. Sans mot dire, je pris mon vélomoteur, ouvris le battant du portail et continuai mon chemin avec grande déception. À distance, j’entendais Liliane qui m’appelait. À quoi bon retourner chez cette menteuse ?
Récemment, j’avais vécu une scène semblable avec Arlette.
Je débutai à nouveau des moments tristes, versant parfois des larmes en cachette. Je plaignais mon sort, parce que je ne parvenais plus à chasser Liliane de mon esprit. Contrairement à mon habitude après ma déception avec mon ancienne copine, je me promenais partout avec Vintage de Liliane qui ne me laissait pas une seconde de répit. Je revoyais son regard foudroyant qui me fusillait avec une expression que j’avais prise pour de l’amour véritable, quand cet Arthur arrivé à l’improviste nous trouva enlacés.
Depuis lors son cousin et moi, nous nous fûmes perdus de vue. Il me retrouva à la maison dans un état qu’il ne put supporter.

– Il m’a tout l’air que tu ne l’intéresse plus à tes vieux amis, Eudes. Es-tu malade ? De quoi soufres-tu pour te laisser ainsi aller ?

Il n’était pas fautif dans cette histoire et je ne voulais plus lui cacher la vérité.
– Je suis fou, un mendiant d’amour, Ali, Tu es satisfait maintenant ?
Ali pouffa et rit jusqu’aux larmes.

– Tu n’es pas sérieux, Eudes ! Quelle est la pépée qui a pu te démolir en si peu de temps
– Ta cousine. Elle s’est foutue de moi avec un certain Arthur. Je me demande vraiment si cela arrive aux autres.
– Je te conseille de tenir bon, Eudes. Ce n’est pas moi qui te dirai que L’amour ne rend pas malade.
– De tenir bon en quoi faisant, Ali ?
– Tiens bon vis à vis de Liliane ! Je sais qu’elle est ma cousine, mais c’est parce qu’elle sait que tu es terriblement fou d’amour, qu’elle te fait souffrir. Je ne peux pas tolérer une pareille chose venant d’elle. Oublie cette fille et prend un peu d’air Voyage, va à Bobo-Dioulasso, à Koudougou ou quelque part. Surtout, que ce soit loin d’elle afin de pouvoir reprendre ta forme.
– C’est un bon conseil, Ali. Mais ne plus voir le visage, ni entendre la voix douce de Liliane, cela m’est insupportable.
– Dans ces conditions, tu souffriras toute ta vie, Eudes, me lança-t-il à la figure en s’en allant.

Finalement, je suivis les conseils de mon ami. Avant de faire mes bagages pour un petit voyage à Bobo -Dioulasso, je laissai des messages à Liliane. Mon périple me permit de reprendre ma forme. Durant les périodes qui suivirent mon retour à Ouaga, rien d’autre ne compta plus que mon projet de roman qui avançait.
C’est encore Ali qui, un jour me parla de Liliane. Inconsciemment, il tenait à réveiller le serpent qui dormait en moi.

– J’ai réussi à joindre Liliane, pendant ton absence.
– Vraiment ? Dis-je d’un ton neutre.

Ali me fusilla du regard et poursuivit son histoire.
– Je pense qu’elle s’était réellement amourachée de toi. Elle a arrêté avec le gars dont tu m’as parlé. Elle le lui avait signifié pendant que tu avais pris la clé des champs. C’est toi qui ne voulais pas d’e1le.

En entendant ces propos, je préférai ne rien dire. J’estimai que l’erreur pouvait venir de moi. Je me sentais tout à coup couvert de ridicule. Désormais je marchais sur des nuages, parce que Liliane m’aimait. Et dans toute notre histoire, je n’avais jamais imaginé à quel point Ali intervenait pour la survie de notre amour. Il me paraissait manifestement heureux d’être l’intermédiaire entre Liliane et moi. Il me donna encore la nouvelle adresse où je pouvais joindre facilement Liliane.

Elle travaillait comme caissière dans un free-shop qui fermait ses portes souvent tard. Je m’avançais d’abord vers une vendeuse qui m’indiquait son comptoir. Elle était adossée contre sa chaise, les yeux fermés. Avant de l’approcher, je m’arrêtai un instant, hésitant.

– Salut, Liliane.
Elle ouvrit les yeux dans un sursaut. Elle eut un sourire qui reflétait la panique et la joie en même temps.

– Salut… Eudes.
Ses yeux fixés sur moi provoquaient toujours les mêmes effets que dans mes rêves.
– Je ne regrette pas mon déplacement.
– C’est rassurant, merci, me dit-elle.

J’étais embarrassé par le grand monde qui envahissait le magasin à présent. Et je sentais aussi qu’elle voulait faire plusieurs choses à la fois. Je profitai de quelques personnes qui l’abordèrent à la caisse et je disparus. Ce moment était important pour moi, seulement je ne voulais pas troubler Liliane dans son travail.

Des semaines passèrent encore avant que Ali ne se présente chez moi.
– Tu as des nouvelles de ta cousine ?
Ali eut un petit sourire

– Veux-tu l’épouser et me laisser enfin en paix ?
Sa réplique était finalement ironique. Je me décidai à lui dire le fond de ma pensée.

– Oui, Ali. Tu es satisfait à présent ?
– Je suis très satisfait par ta réponse, Eudes. Tu connais bien les familles africaines. Du jour au lendemain, s’il y a une faille entre Liliane et toi, les regards seront braqués sur moi. Sois plus claire dans tes entreprises.
– Plus claire que moi, tu meurs, Ali, mais ce n’est pas si simple.
– Je ne te fais pas de reproche, Eudes. Je suis un homme autant que toi.
– J’ai été tellement choqué par la mauvaise conduite de Arlette.
– Toutes les filles ne sont pas les mêmes et la page de Arlette est tournée. En ce qui concerne Liliane, cela peut bien s’arranger. Mais je veux que tu te présentes d’abord chez ses parents.
Ali avait sans doute raison. Il fallait que je me déclare vite. Il ne parla plus. Et je ne m’attardai pas sur cette question. La nuit, au moment de la fermeture du free-shop, j’apparus alors qu’elle ne s’y attendait pas. J’avais l’air anxieux. Je tenais un bouquet de roses, ainsi qu’une carte postale. Sur la carte figurait une brebis et son agneau qui tétait. Lorsque Liliane constata ma présence, elle se précipita vers moi. Je la pris dans mes bras avant de lui tendre mes cadeaux.

– Tenez, C’est pour vous, Liliane.
– Une rose et une brebis qui allaite fit-elle, ébahie.
– Oui, mais cette brebis et sa mère vous traduisent un rêve, un message. Qu’en pensez-vous ?
Si on officialisait nos relations, si vous deveniez la mère de mes enfants ?

– Eudes c’est ce que vous souhaitez réellement ? Vous voulez que je sois la mère de vos enfants ?
– Je pense que oui ! Lui répondis-je
– Moi aussi, J’ai toujours attendu ce moment, Eudes.
La machination
La fièvre de la Saint-Sylvestre se faisait sentir à travers tout Ouagadougou, et en ce mois de décembre, on la préparait presque partout : dans les marchés, dans les kiosques, dans les bars et dans les boites de nuit également.

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