Nuit noire à Dôko
262 pages
Français

Nuit noire à Dôko

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Description

Au faîte de sa notoriété, le docteur Jack Quéméner ne peut supporter la mort d'un jeune garçon qu'il venait d'opérer ainsi que l'échec de son mariage. Il accepte un poste de chef de cuisine au Congo, au coeur de la région des Grands Lacs, dans une société minière. Le peuple est abominablement pauvre alors que d'autres sont excessivement riches. La guerre civile éclate. Il faut donc lutter pour sauver sa peau. C'est ainsi qu'au milieu des horreurs, des massacres et des viols, il combat la mort en sauvant des vies.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 mai 2014
Nombre de lectures 21
EAN13 9782336346731
Langue Français
Poids de l'ouvrage 4 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0127€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Samuel Rouxe
NUIT NOIRE À DÔKO
« Dieu ne creuse pas la terre, il laisse cela à des pelleteuses immenses
qui détruisent tout et saccagent la nature. Dieu ne pleure pas. Pour NUIT NOIRE À DÔKO
cela, il y a la mère qui vient de perdre son enfant. Il y a l’adolescente
qui vient de se faire violer. Dieu… Je pourrais rester avec toi des
jours entiers et te montrer tes enfants mourant de faim, tes fls se Roman
faisant la guerre pour un peu d’or et ceux qui n’iront pas à l’école
demain parce qu’une pièce leur a manqué. »
Au faîte de sa notoriété, le docteur Jack Quéméner ne peut supporter
la mort d’un jeune garçon qu’il venait d’opérer ainsi que l’échec de
son mariage. Son sentiment de culpabilité le pousse à fuir vers d’autres
horizons. Il accepte un poste de chef de cuisine au Congo, au cœur
de la région des Grands Lacs, dans une société minière. Le peuple
est abominablement pauvre alors que d’autres sont excessivement
riches. La guerre civile éclate. Il faut donc lutter pour sauver sa peau.
C’est ainsi qu’au milieu des horreurs, des massacres et des viols, il
combat la mort en sauvant des vies.
Il retrouve enfn le chemin du respect de soi grâce à la fraternité de
quelques hommes et à la présence inattendue d’une jeune infrmière.
Né en 1958 et issu d’une grande fratrie aussi diverse
qu’improbable, Samuel Rouxe a frotté ses mains
à diférents métiers, usé ses semelles dans de longs
voyages, blessé son cœur de démesure. Et surtout
civilisé son âme de passions et d’amitiés. Il reste tant à
découvrir que les mots ne seront jamais inutiles pour
dire ce qu’il lui reste à conquérir. Après deux autres textes, Le mariage
nu et Le jardin des ofenses, un roman sur la misère humaine.
Ecrire l’Afrique
ISBN : 978-2-343-02953-5
Ecrire l’Afrique23 € L’ armattan
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©L’Harmattan,2014
5 7,ruedel’Ecolepolytechnique,75005Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN:978 2 343 02953 5
EAN:9782343029535111
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NuitnoireàDôkoÉcrire l’Afrique
Collection dirigée par Denis Pryen
Romans, récits, témoignages littéraires et sociologiques, cette
collection reflète les multiples aspects du quotidien des
Africains.
Dernières parutions
O. TITY FAYE, La chute de la Révolution. Les derniers
complots. La tourmente, livre III, 2014.AYE, Prêt pour la Révolution ? De l’emprise du
parti unique à la marque du fouet rouge : la révolte. La
tourmente, livre II, 2014.
O. TITY FAYE, Selon la Révolution ! La randonnée de
l’étudiant guinéen sous la Révolution. La tourmente, livre I,
2014.
Karamoko KOUROUMA, Poste 5 ou l’incroyable aventure de
Togba, 2014.
Bakonko Maramany CISSÉ, Émigrer à tout prix. L’Amérique,
l’Europe ou la mort, 2014.
Bakonko Maramany CISSÉ, Tombe interdite. Histoire de
l’enfant prodige, 2014.
Abdoulaye MAMANI, Le puits sans fond, 2014.
Pino CRIVELLARO, Burundi mon amour, 2014.
EL HADJI DIAGOLA, Un président fou, 2014.
J.D PENEL, Idriss Alaoma, Le Caïman noir du Tchad, 2014.
Koffi Célestin YAO, Le bateau est plein, je débarque, 2013.
Kapashika DIKUYI, Une étrange famille congolaise et son
odyssée, 2013.
Patrick-Serge BOUTSINDI, Jour des funérailles à Poto-Poto,
2013.
El hadji DIAGOLA, Ma femme m’a sauvé la vie, 2013.
Gilbert TSHIBANGU KANKENZA, À la rencontre du destin,
2013.
Abderrahmane NGAÏDÉ, Une nuit à Madina do Boé, 2013.
Henri PEMOT, Kimpa Vita, Une résistante Kongo, 2013.
Richard GUERIN, Le médecin errant de l’Afrique, les
aventures de Jonas, 2013. 1
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Amesenfants.
Amespetits enfants.
«Noubliepas,monâme,quiattend,toiquiesattendue.Jete
nommemonfrère:carilssontfrèrestousceuxqui,dumêmeberceau
auventredelamère,passentaumêmelit,dansleventredelaterre.»
AndréSuarès1
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ChapitreI
Putaindavion
Étrangedemeretrouverdansceputaindavion,étrangemaispassur
prenant. Javais envie departir, de voir dautres horizons, et pour sûr,
jétais déjà servi. Il était là, juste assis un peu plus loin, une vingtaine
de sièges plus avant. Les gens se retournaient, le dévisageaient. Mais
diable, que faisait il dans ce putain davion ? Jai lair de me répéter
commesilavieillessesétaitemparéedemoi.Aquarante quatreans,je
me sentais encore bien fringuant, ce nétait donc pas une question de
vieillesse. Simplement lenvie de gerber sur ce quil représentait. Pour
dire vrai, je ne lai jamais aimé, ni du temps de sa jeunesse, ni aujour
dhui où bien plus gros,plus obèse,plus obscène, il justifie toute mon
antipathieviscérale.Danspratiquementtoussesfilms,ilmestapparu
grossieretvulgaire,pédantàsouhait.Dutalent,ilenestpourvumais
pourenfairequoi…Cestàsedemandersilecinémanestmalheureu
sementquuneespècedeboudoiràtravestirtouteslesréalitésetavant
toutechoselasienne,cellequivousgouvernecommelenvie,lajalou
sie,lorgueil,lavariceoupireencorelacupidité.Ilmestdéfinitivement
antipathique. Même son arrogance verbale mindispose, son phrasé
trèssouventlentetappuyé,tropsystématiquementaccentuépourêtre
juste. Il ne joue pas un texte, il joue lui même, il se joue des autres, il
surjoue avec emphase et dédain. Nous devions passer une douzaine
dheures ensemble et voilà que déjà il se faisait remarquer par le
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personnel de lavion. Le voyage promettait dêtre animé… Entebbe
étaitencoreloin.
Jenycroyaistoujourspas.Ilyavaitcommeunesortededéfipour
avoirprésentémacandidaturepourcejob.Biensûr,jeparlaisanglais.
Bien sûr, javais lexpérience requise. Pourtant mon âge me semblait
être un facteur plutôt négatif. Il est vrai que ce critère ne joue défavo
rablementquedanslecontextedesociétéstypiquementfrançaises.En
effet,ilestnavrantdeconstateràquelpointtouslescadresdirigeants
denotrebeaupaysonttoujourseupeuretdesajeunesseetsavieillesse
comme si le bon âge se résumait à une vingtaine dannées, un peuuncomtéquilfaudraitdégusterentre12et18moisdaffinage.
Avant et après, rien, pas bon, dégueulasse, le chômage ou le déstock
age.Cettepeurinnéeetquasidespotiqueneserencontrepasvraiment
danslespaysanglo saxons.Aucontraire,lesdiplômesneleursuffisent
pas toujours. Il leur faut autre chose, lexpérience, lenvie, la chance…
Dautres facteurs qui chez nous sontparfaitement incompréhensibles,
je dirais même rédhibitoires. Jaime bien les Anglais, moins les
Américains et beaucoup plus les Irlandais. Il est vrai aussi que mon
nouveau boss était de Dublin et que peut être mon passé plaidait en
ma faveur, moi qui durant quelques vacances y avais séjourné. Jaime
ce pays pour ses nuages, sa bruine, ses quatre saisons qui se rencon
trent bien souvent en une seule journée. Jaime les Irlandaises, leurs
taches de rousseur, leur insouciance, leur désinvolture. Jaime son
rugby et sa folie. Jaime ce pays pour mavoir fait oublier tout simple
mentmonpasséetmavoirréapprisàaimerdoucementlecorpsdune
femme.Etmevoilàembarquédansunedrôledaventureaumilieude
lAfrique, dans une zone de guerres larvées, de misère, de pauvreté,
dindigence.Alorscegrosconquisepavanaitaumilieudespassagers,
allantdunsiègeàlautre,merendaitmalade.
Je partais pratiquement dans linconnu et je ne pouvais pas pré
tendre que mes quelques années de militantisme au sein dune ONG
meseraientdungrandsecours.Javaisbienprotestédepuismaruede
petit occidental contre les multinationales, contre la misère, contre
lexploitation des peuples du tiers monde, un idéal de post soixante
huitard. Acette époque, on voulait seulement que les gens dAfrique
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ou dailleurs vivent, pas quils survivent. Cétait dans les années 80.
Maislarévolutiontantattenduenestjamaisvenue.Onenétaitaujour
dhui réduits à leur proposer uniquement la survie dans des camps
surpeuplés. Quelle déception, quelle tristesse, quelle dégringolade.
Dites moi donc pour quelles raisons avons nous laissé vivre tous ces
miséreuxpourquàleurtour,leurspropresenfantsconnaissentunevie
pirequelaleur.Lemondemedevenaitdeplusenplusignorantdesa
propre condition. Pourquoi alors partir ? Pour voir. Pour me rendre
compte de mon ignorance. Du voyeurisme qui sait. Je ne sais pas. Je
dirais quun peu dexotisme ne fait jamais du mal surtout que les
quelques vaccins reçus me protégeaient davantage que tous ces
Congolais analphabètes. Le mal, je leur laissais. Fièvre jaune, palu
disme,tétanos,hépatite,cenétaitpaspourmoi.Javaisdansmapoche
monpetitcarnetjaunedeprophylaxiedélivréparlOMS,monsésame
indispensable pour traverser les frontières et les maladies. Il était à
jour, tamponné, certifié. Je ne craignais rien. Ou presque rien. Je dis
presque car il y a toujours cette part dincertitude lorsque vous volez
versdeszonesdetensionsetapparemmentlesrenseignementsglanés
ici ou là me le donnaient à penser. Cette partie de la RDC limitée au
sud par le Kivu et à lest par lOuganda connaissait épisodiquement
des combats liés aux richesses de son sous sol.Aquarante quatre ans
jemesentaisencorejeunemaissurtoutsansenfantàchargeniépouse
quipouvaientmeretenir.Libre.Cettechèrelibertéquiautorisetousles
voyages,touslesrêves.Ettoujourscegrosconquisedandinaitosten
siblement. Ce nétait pasune répétition pour un film prochain, non, il
étaitsurlécrancommeilétaitdanslavieréelle,unhommedépourvu
de conscience, un malotru, un vulgaire. Quel talent avait il ? Celui
dêtre un bon acteur… Oui, sans nul doute. Celui dêtre un homme…
Non,aveccertitude.
Mavalisecontenaitbientropdaffairesetsurtoutdeschosessuper
fluescommedespulls,deschemisesencoton,despantalonsetpasas
sezdeshorts,dechemisettes,depolos…Jauraisdûmerenseignerun
peu mieux, être aussi plus futé, réfléchir un minimum. Ce nétait pas
aupôlenordmaissousléquateurquejemerendais.Etenplus,durant
lapériodesèche,cequiàlévidencemegarantissaitdefortestempéra
tures. Jemmenai aussi pas mal de savons au parfum de lavande,
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beaucoup trop. Pourquoi autant ?Acause sûrement des informations
données par ma compagnie. Javais aussi pris mes couteaux, un
pantalondecuisine,plus uncalotmaispasde veste,nidechaussures
desécuritéquidevaientmêtrefourniesdèsmonarrivéeaucamp.Mi
octobre,quandjequittailaFrance,letempscommençaitàêtrefroidet
humide, ce qui rendait mon départ bien agréable. A Paris où je
rencontrai ma sœur avant de menvoler, je voyais des gens
emmitouflés,auteintpâle,tristes,leregardchiffonné.Celamerendait
heureux. Je devais rentrer plus ou moins en fin dhiver lorsque les
mauvais jours seraient finis. Dans cet avion javais déjà une partie de
lAfriquesousmesyeuxetaussicequelEuropepouvaitavoirdepire
dans lexcès et loutrecuidance. Javais des visages fins aux sourires
discrets, les regards fiers, un peu émaciés, des gens longilignes aux
portsdroitsetaltiers.JavaisdesAfricainsplusjoufflusetjoviaux,tout
en rondeurs débonnaires, souriants. Je navais pas de pygmées. Non.
Ceux là, si un jour je devais les rencontrer, ce serait dans la forêt
équatorialeàlavégétationdense,impénétrable.Etilnétaitpascertain
que cela soit véritablement possible. Sur lécran de télévision nous
pouvions voir en temps réel notre progression. Nous étions en ce
momentau dessusdudésertmaisimpossibledevoirquoiquecesoit.
Trophaut,troploin…tropdevide…11
JedevaisarriverlesoiràEntebbeenOuganda.Jeneconnaissaisde
ce pays que son ancien président, le fameux Idi Amin Dada, connu
pour être un dictateur sanguinaire, un despote comme le monde et
lAfrique en produisent encore un peu trop. Rien ne me disait quen
RDC, souscouvertderépublique,lerégimeserait plusdémocratique.
Maisjenallaispassiloinpourfairelarévolution,armédemonsimple
couteaudecuisine.Jauraisbonneminedattaquerdelasorteuncamp
militaire pour libérer un pays à moi tout seul. Jétais chef de cuisine,
pasCheGuevara.Oùétaientdoncmesguérilleros?Javaisbesoinuni
quement de commis de cuisine, de chefs de parties, dun second… et
demarmites,planchesàdécouper,économes,casseroles…Montraite
ment, avouons le sans trop de gêne, était très correct, bien au dessus
du salaire moyen français et donc une vraie fortune en RDC. Quy
pouvais je ? Pas grand chose. Je nétais pas le ministre du travail non
plus. Chacun à sa place. Moi, je nourrissais les hommes, sans
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distinction de couleurs de peau, de religions, de croyances ou toute
autre imbécillité de ce genre. Jétais ce que lon nomme encore un
expat…Alorspourlagloriole,ilfallaitattendre.
Jécoutais discrètement les conversations aussi bien des Européens
quedesAfricains.DesFrançais,quelquessiègesdevantmoi,parlaient
de leur safari. Jen étais révolté. Ma conception de la vie nadmet pas
de tuer un animal par simple plaisir, encore moins en Afrique pour
satisfaireuneenviedegrosgibier.Jenecomprendscegenredassassi
nats. Où peut on trouverdu plaisir à tuergratuitement ? Peu à peu je
compris quil sagissait dun safari photos organisé dans une réserve.
Jétais soulagé, aussi bien pour lanimal qui ne serait pas sacrifié à la
monstruositéhumaine,quepourceshommes.Peut êtrequelemonde,
parfois,étaitcapabledechangements… 11
Aun moment donné, la chef de cabine est intervenue pour calmer
notrereprésentantducinémafrançais.Deplusenplusilsoctroyaitdes
libertés.Visiblementsonstatut destarluimontaità latête ensimagi
nant que tout le monde le reconnaissait. Ce nétait visiblement pas le
cas de la jeune femme qui lui ordonna sèchement de reprendre sa
place. Malgré sa notoriété, il dut obtempérer. Jétais heureux. Jusquà
notreatterrissagesoncomportementsaméliora. 11
Demesinformationsglanéessurinternet,jemerendisvitecompte
que cette région mais aussi tout le Congo regorgeait de richesses mi
nièresdetoutessortes,or,cuivre,coltan,cobalt,uranium,zinc,plomb,
cadmium,tungstène,diamants…Silonnecomprendpascetteréalité,
on ne comprend rien aux conflits de cette région. Le montant total de
ces richesses en dollars est supérieur à la valeur du pétrole de toute
lArabie Saoudite. Dun côté 24 000 milliards de dollars, de lautre 17
000milliards.Celamadonnélevertige,masidéré.Ilyavaitaussides
photos montrant des centaines d’enfants travaillant dans des mines à
ciel ouvert, montrant des camps de réfugiés, montrant une pauvreté
insoutenable.CequimaleplusabasourdifutdeconstaterquelePNB
par habitant plaçait la RDC comme lavant dernier pays dans le
classement mondial. Des chiffres comme cela, on ne peut les oublier.
Ils vous marquent à tout jamais. Je ne partais donc par vraiment en
vacances car j’avais envie de comprendre pourquoi avec autant de
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richesses un pays restait dans le dénouement le plus total. Je suppose
que notre star française navait pas autant de scrupules en voyageant.
Ellemontraitsonpasseportetlesportesdetouslespalacessouvraient
miraculeusementsanstropproblèmes,mêmelesportesdecertainspa
lais présidentiels dont la gouvernance ne tenait guère compte des
droitsdelhomme.Maiscelaestuneautrehistoire. 11
Mon voyage avait été soigneusement organisé par ma compagnie
depuisKampalaoùvivaitleresponsableAfrique,uncertainPeter.Dire
que je nai pas eu certaines craintes avant de partir serait mentir, tout
commedeprétendrequejenemesentaispasunpeuheureuxdefaire
un si long voyage. Cétait un mélange des deux, des trois, des quatre,
etplusencore.Uneexcitationmatinéedappréhension. Partirloin,dé
couvrir dautres paysages, une autre culture, voir la misère, com
prendrelemonde,gagnercorrectementmavie.Oui,toutcela.Enarri
vant à Entebbe, Gilberto, un Brésilien salarié comme moi par lAFS
mattendait. Il serait plus juste de parler de collaborateur car ce mot
sous entend une parfaite acceptation de la politique interne à lentre
prise.All Food Service comme son sigle lindiquait, proposait ses ser
vicessurtoutlecontinentafricain,duMaliauKenyaenpassantparle
Togo, le Burkina Faso, une petite multinationale qui prospérait assez
bien, capable de nourrir en une seule journée sur plusieurs sites des
milliers de travailleurs. Je passais la douane sans trop de problèmes,
remplissaisunefichederenseignements,indiquaislemotifdemonsé
jour, recevais un visa transitoire, payais 30 dollars. En sortant de laé
roport ce ne fut pas véritablement un choc comme jaurai pu my
attendre. La vie sécoulait normalement, des gens couraient, vous in
terpellaientchaleureusement,vousproposaientuntaxi,payaientlho
rodateur,chargeaientdesvalises.Ilfaisaitnoiretlatempératureplutôt
agréable. Par le passé ma plus grande stupeur dans un pays étranger
en sortant de laéroport, fut mon séjour en Ukraine à quelques heures
de Paris. Dans ce pays de lancienne URSS, les différences vous
apparaissaient plus anachroniques et totalement effarantes. Les gens
mendiaient dès la sortie de lavion, vous apostrophaient parfois vio
lemment. On percevait une misère inquiétante car européenne. Ici, ce
brouhaha rempli de nonchalance semblait tout à fait normalet accep
table. On ne voyait pas de gens malheureux ou vindicatifs, au
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contraire,ilyavaitdelabonnehumeur,delinsouciance.Unejoiebon
enfant.Cefutmapremièreagréablesurprise.Gilbertomexpliquaquil
étaitmoncorrespondantpourtoutes mescommandeslorsquejeserai
àDôko,aussibienproduitsalimentairesqueproduitsdedroguerie.Il
prit ma valise et memmena directement à sa voiture. Jétais avide de
regardertout,absolumenttout.Nousquittâmesrapidementlasphalte
dunerouteplusoumoinsgoudronnéepourprendreuneroutesecon
daire beaucoup plus incertaine, sans éclairage, aux nids de poule très
piégeux.Biensûr,ilnyavaitaucuntrottoir,justedelaterre,etdesgens
quilongeaientaupérildeleurviele flotincessantdevéhicules.Nous
commencionsàvéritablementchangerdecontinent.Dechaquecôtéde
la route, dinnombrables petites boutiques faites de bric et de broc et
recouvertesdetôlesondulées,donnaientuneimpressiondeconstruc
tionsanarchiquessavammentorganisées.Ellesétaientmisérables,fra
giles,multiformesetbigarrées.Éclairéespourlagrandemajoritédune
faible et souvent unique ampoule, elles proposaient toutes sortes de
produits, de la clé à molette à la carte téléphonique prépayée, du fai
tout au sac en cuir made in china. On pouvait facilement reconnaître
par des publicités envahissantes les grandes marques internationale
ment connues et reconnues, des boissons gazeuses aux produits télé
coms.Ilyavaitcommedelindécenceà voirleurslogos,signesosten
tatoires dun monde moderne dispendieux, côtoyer lindigence et la
misère.Maislargentsemoquedesfrontières.Moneyismoney.Parfois
lon pouvait voir un immeuble ou une maison en cours dachèvement
surmontésdeparaboles,entourésdehautsmursquevenaientcouron
nerdesrouleauxdefilsbarbelés.Lecontrasteétaitsaisissantetsurréa
liste.Lamisère,lapauvreté,larichesse,lindifférence,ledésirdesuns,
lenviedesautres.Jemesentaisrevenirautempsdufar west,dansun
univers convulsif où tout semblait possible entre désordre obsession
nel et pagaille délicieusement jouissive. Je laissais derrière moi mes
appréhensions et mes fantasmes. Laventure commençait. Bonjour
lAfrique.11
Au bout dune vingtainede minutes,nous arrivâmes dans une im
passe où se trouvait lhôtel « The Lodge of serenity ». Le nom, en un
pareil endroit, me semblait bien extravagant, sûrement un vestige de
lhumouranglais.Devantnousunegrandegrilleferméeetsurmontée
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depointesenfer.Toutautourenguisedeprotection,onpouvaitencore
voiruneenceinteayantunevagueressemblanceaveclefameuxettris
tement célèbre mur de Berlin, agrémentée comme il se doit dun lacis
defilsdeferbarbelés.Visiblementtoutétaitfaitpourdissuaderlesin
trus et protéger la tranquillité des riches occupants. Gilberto sortit de
la voiture et sonna. Au bout de quelques instants un garde dans un
uniformebientropamplepourluietarmédunfusilouvritlaporteet
questionna mon chauffeur. Lhomme, presque un adolescent, nétait
pas bien grand ni très costaud et son arme presque aussi lourde que
lui.Asaminetrèssolennelle,ondevinaitquilprenaitsonrôletrèsau
sérieux. Troppeut êtrepoursaventureràlecontrarier,unaccidentest
si vite arrivé. Il nous laissa entrer dans ce havre de paix où tout était
fait pour satisfaire le client de passage. On me reçut avec courtoisie,
peut être un peu mieux que ce qui se fait en France. Nous avons trop
lhabitude de nous croire les champions en ce domaine. Il est très ins
tructif de regarder ce qui se fait ailleurs. La clef de ma chambre entre
les mains, je partis déposer mes deux bagages pour ensuite prendre
une douche. Il yavait un grandlit protégé par une moustiquaire, une
salle deau très correcte, et le calme… Une fois douché, je pris lair un
bon moment dans le jardin qui était faiblement éclairé de lampions et
oùsefaisaitentendreetvoirunemultitudedepetitspassereaux.Ilfai
saitbon.Lavégétationluxurianteetentretenuepouvaitjustifierlenom
de lhôtel. Plus tard je dînai en compagnie de plusieurs couples aussi
bienenprovenancedAngleterrequeduJapon.Unefoisdansmonlit,
jemendormisrapidement.
Le lendemain pour le petit déjeuner lhôtel proposait un breakfast
copieuxàlamodeanglo saxonne,héritagedelacouronnebritannique,
bacon, eggs, baked beans and tomatoes… Je me contentais dun
continental breakfast, pain et confitures avec comme concession à la
culture « so british » le thé. En attendant mon taxi qui devait me
conduiredenouveauàlaéroportpourlasuitedemonvoyagejusquà
Dôko, je flânai un peu dans le jardin. Il y avait une belle pelouse
parfaitement entretenue, rase et verte à souhait. Ce que je navais pas
puvoirlesoirdemonarrivéemesautaitauxyeuxcematin.Surundes
côtés de lhôtel, on pouvait difficilement apercevoir à travers la
végétation et une embrasure du mur, une case bâtie en argile noire et
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surmontéed’untoitdechaume.IlyavaitunvieilAfricainaccroupisur
ses jambes maigrichonnes qui surveillait un tout jeune gamin
denviron trois ans, nu comme un ver, le ventre ballonné. Une image
dÉpinalcertesdirontcertainsmaisunetristeréalité.Acôtédeuxune
femme vêtue uniquement d’un morceau de tissu, battait
inlassablementlemil.Sesseinssebalançaientaurythmedesonpilon.
Autour de la case ce nétait que terre battue et pauvreté, quelques
poules,desbassines,desjerricansdeau…etunfeuàmêmelesolentre
plusieurs grosses pierres. Ce spectacle faisait un contraste saisissant
aveclhôtel.Jevenaisdemangeràmafaimsansmesoucierdequique
cesoitalorsquàquelquesmètresdemonassiettelindigenceavaitdes
yeux, les yeux tout ronds dun petit enfant misérable au destin déjà
tracé. Cest aussi cela lAfrique, de grandes disparités si proches les
unesdesautres.Jenétaisplusdansmarueentraindeplaiderausein
dune ONG une cause à laquelle je croyais, non, la cause était ici,
derrière ce mur, entre les mains de cette femme, dans ce tout petit
espace. La réalité nest jamais celle que lon imagine… On peut
protesterdesannéesdansleconfortdouilletdesescertitudesetnerien
voir.Javaislesmiennesmaisjesentaisbienquellesvacillaientunpeu. 11
Lorsqu’arriva mon taxi, je chargeai ma valise et mon sac dans le
coffreduvéhiculeetnousprimestranquillementladirectiondelaéro
port.Aussitôtarrivé,jemerendaisàlembarquementpourretirermon
billet. Au comptoir, personne ne trouvait mon nom. Rien. Jétais in
connu, un voyageur perdu. Je minquiétais bien un peu devant le
manque de réactivité du personnel de laéroport. Jy voyais déjà une
certaine nonchalance africaine. Il fallut attendre un responsable pour
quenfin japprenne que je voyageais par un vol privé spécialement
affrété pour les employés de Kibali, société minière pour laquelle
travaillaitAFS.Cétaitunpetitbimoteurpourunedouzainedepassa
gers,pasplus.Parmiceux cisetrouvaientleresponsableduprojetre
construction dorigine sud africaine, quelques géologues congolais et
dautres employés de retour de congé. Nous étions un de trop, treize
aulieudedouze.Il voyageradoncsurleprochain vol,soitdansdeux
jours. Je voyais bien que pour ces hommes qui commençaient déjà à
mequestionnersurmesintentionsculinairesquelerepasrevêtaitune
réelle importance. A partir de ce moment là, je nétais plus un
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travailleurlambdamaislechefdecuisine,unepersonneunpeuàpart
aussi bien dans leur esprit et que dans le camp. Avec le bar, lieu de
reposetdedétente,cétaitlesecondendroitdansleurpriorité.Undes
géologues, répondant au nom de Maurice et originaire de Kinshasa,
confirmamescraintesparsesproposcritiques: 11
Jespèrequenousallonsmieuxmangermaintenant…
Pourquoi? Vousnêtespascontentdelanourriture?
Non,onpeutmieuxfaire.Surtoutauniveauhygiène…ilyadu
laisseraller…
Ah,bon…
Oui,surtoutlesFrançaisontunebonneréputationpourlecui
sine…alorscelanepeutquêtremeilleur.
Maurice était ce que lon peut appeler un jeune Congolais occiden
talisé.Belhomme,ilappartenaitàlanouvellegénérationplusinstruite,
plus désireuse de modernité, soucieuse de développerson pays selon
descritèresdejusticeetdégalité.IlétaitlAfriquededemain.
Durantlevoyage,uneseulechosecomptait,regardercequisepas
saitenbas,àplusieurscentainesdemètressousmespieds.Jepouvais
apercevoir au loin les grands lacs africains en commençant par le lac
Victoria.IlyeutensuitelelacKyogabeaucouppluspetitetpourfinir
le lacAlbert qui délimitait la frontière entre lOuganda et laRDC. Les
paysagesétaientfabuleux,desforêts,desrivières,desfleuves,parfois
dimmensesclairièresoùlondevinaitquelqueshuttes,desculturesvi
vrières et des hommes bien minuscules vus de si haut. Je nétais plus
le touriste mais lexpat… un gars à leur image, venu pour vivre avec
euxuneaventureparticulière. 11
LepremierarrêtfutlaéroportinternationaldeBunia.Jenesaispas
cequiétaitlepluschoquant,maissansmentirilmesemblequeparler
daéroportinternationalestensoitpourunEuropéen,nonpasunmen
songe,nimêmeuneescroqueriemaisunecaricature,uneprovocation,
au mieux une farce douteuse. Cétait simplement une piste unique de
couleur ocre au milieu de la végétation avec comme tour de contrôle
une innocente cabine téléphonique particulièrement défraîchie qui se
demandaitcequellefaisaitlà.JeconnaissaislhumoursoBritish,lhu
mour belge mais lhumour congolais métait inconnu jusque là. A
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présent,jepourraisenparler.Cettepetitepausenavaitcommeultime
butquede percevoirlesdroitsdentréesdesmarchandisesetdesper
sonnessurleterritoirecongolais.Biensûr,leprixdemonvisasélevait
à plusieurs centaines deuros mais cela nétait pas suffisant. Il fallait
encore débourser quelques euros supplémentaires pour un simple
tampon. A la limite de laéroport se trouvait un camp militaire de
lONUreconnaissableparcestroislettresécritesengroscaractèressur
tous les véhicules. Il ny avait plus aucun doute, nous étions en zone
de conflits.Le décollage prenait du retard. Je voyais bien que certains
événements étaient anormaux. Les gens discutaient âprement autour
du bimoteur, ouvraient les portes, les fermaient puis de nouveaux les
ouvraient, comptaient et recomptaient les colis. Le commandant de
bordnousinformaqueleresponsablelocaldeladministrationcongo
laise souhaitait taxer deux fois des marchandises alors que théorique
mentellesétaientlibresdedroit.Mauricemavouatranquillementque
celaétaittoutàfaithabitueletquilfallaitaccepter,prendresonmalen
patience.AKinshasa,medit il,detelleschosesnesepassaientplus.Il
ajoutaavecuncertaindédain:icinoussommesenbrousse.Jevoulais
bienlecroire.DeDôkoàKinshasa,ilyavaitplus dedeuxmilleskilo
mètresàtraverslajungleéquatorialeetdoncaucuneroutepossible.En
France,ondiraitavecuncertainhumour,cestlacampagne,cesontdes
paysans,desincultes…Ontrouveraitcelapittoresque.Onenrigolerait
presque. On pourrait éventuellement se fâcher, rouspéter contre le
képi. A cet endroit précis, le pittoresque avait de drôle de pratiques,
plusprochesduracketetdumarchandagequedelapplicationstricte
deslois.Lorsquejesortismonappareilphotospourprendrequelques
clichés,Mauricesansattendrevintmevoir:
Rangetonappareil.
Etpourquoi?
Onvatedemanderplusieursdizainesdeurospourlesphotos.
Ilnyariendespécial…Cenestquunavion…unbâtiment…
quelquesvéhicules…labrousse…
Rangelequandmêmesinontuescertaindavoirdesennuis…
Devantsoninsistanceetmonignorancedescoutumeslocales,job
tempérai et attendis sagement la suite. Après de longues palabres, le
prix demandé par lagent douanier fut divisé par deux. Et nous
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repartîmespournotrederniervol,directionDôko.Jaimebiencenom.
Il est tout à la fois mystérieux, énigmatique, poétique. Un nom court
quiclaque,quirésonne,quitempête.Dôko,cestlecriduguerrierqui
savance vers vous et vous menace, cest la lance qui se dresse au ciel.
Dôko.Dôko…Et vous voyezsurgirlepeupledelaforêt,vaillant,cou
rageux. Cest le bruit du tambour. Vous fuyez. Vous courez. Vous dis
paraissez…Jimaginais.Maisétait cebienlaréalité…11
Le commandant de bord, une fois arrivé à proximité du camp, dé
crivit deux ou trois cercles bien au dessus de notre base pour nous
montrer toute son étendue. Ce qui se remarquait le plus était len
sembledesbaraquementsconstituésdeconstructionsmodulairestype
algécoalignéslesunsauxautres.Surundescampssecondaires,ilpou
vait y avoir plus dune centaine de ceux ci. Dans lavion, un des géo
loguesminformaquedansquelquesmoisilshébergeraientàpeuprès
un millier de travailleurs indonésiens venus spécialement pour faire
fonctionnerlusine.Jenarrivaispasencoreàcomprendrecequisepas
sait exactement ici et quelle était le projet mais il me paraissait im
mense, démesuré. Javais vaguement compris quil sagissait dune
mine dor et dun consortium de sociétés anglo américaine et sud
africainemaisjedoisavouerquecelarestaitflou.Surunedescollines
entourantlecamp,onpouvaitvoirunimmensepylônedetélécommu
nication qui assurémentdevait être le point de repère principal à plu
sieursdizainesdekilomètresàlaronde.Ilétaitimmanquable.Unefois
atterris sur une piste ocre, nous fûmes reçus par un petit comité
daccueilconstituéparlasecrétairededirectionSiska,sonchauffeuret
troisouquatreautrespersonnesdontlépouseaméricainedudirecteur
financier et de Marie Louise, responsable du projet jardin. Au début
demonarrivée,jenecomprenaispaslerôledechacunauseindeKibali
RangoldRessources.Il mafalluplusieursjourspour comprendrequi
était qui, tout comme les enjeux financiers et stratégiques du projet.
Aprèsavoirétéchaleureusementreçus,nousmontèrenttousdansplu
sieurs jeeps pour rejoindre le camp de base distant dune centaine de
mètres.Ensortantdecetaérodromedebrousseplutôtsommaire,deux
plantons sans arme nous ouvrirent la barrière. Ils étaient un peu plus
décontractés que mon factionnaire de lhôtel dEntebbe. Pour rentrer
danslecampdebase,nousdûmesdenouveaufranchirunautreposte
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plus important. Les Congolais en faction nétaient toujours pas armés
et visiblement heureux de la fonction quils occupaient tant leurs vi
sagesaffichaientdesminessouriantes.Onsedemandaitbienàlesvoir
ainsicequipouvaitarriverdansunendroitsiparadisiaquepourjusti
fier leur présence. Tout autour ce nétait que luxuriance, de grands
arbres,degrandesherbes,unsoleilmagnifique.Jemesentaisbien.
Aussitôtarrivéonmedonnalaclédemonlogement,unalgécotout
neufayanttoutleconfortmoderne,climatisationetTVsatellitaireavec
écran géant. Bien sûr la surface était mesurée mais avais je le droit de
me plaindre. Non, assurément non. Une fois à lintérieur, jen profitai
pour défaire ma valise et prendre une douche puis je me dirigeai di
rectement vers la cuisine, très curieux de rencontrer mes futurs col
lègues de travail. Dehors la température atteignait déjà les 40 degrés.
Lecampressemblaitàcequejepouvaisimaginer,àpartquelquesdé
tails auxquels je ne mattendais pas vraiment. Tout dabord, il était
dunepropretéremarquable,traversépardelargesalléeselles mêmes
délimitéespardegrossesbriquescarréesmisesenlosange.Ontrouvait
des poubelles disposées régulièrement. Pour le nouvel arrivant, des
panneaux indiquaient avec précision chaque lieu, bars, cantines, ma
gasins,garages,buanderie.Unpeupartoutétaientaussiaménagésdes
parkingsoùstationnaientdegros4x4rutilants.Etpuisunhéliportau
milieuducamp,justeenfacedunegrandesallederéception.Toutétait
prévu, organisé, balisé. On sentait lesprit méthodique dune
planificationsansfailleoùaunomdelarentabilitétoutdevaitêtregéré
avecméthode.PourmonespritdEuropéenhabituéàuncertaindegré
de civilisation, rien dinhabituel, au contraire, cela me rassurait. En
allant vers la cuisine, je croisais des travailleurs pour la plupart en
pause. Cétait lheure du repas. Tous, absolument tous, me saluèrent
avecgentillesse,cequiestsouvent rareenFranceoùlindifférenceest
unerègledeplusenpluscourante.Était celapauvreté,laculture,ma
bonne mine… je ne saurais le dire, pourtant laccueil des simples
employés me réjouissait autant que celle des cadres. Javais
limpressiondêtredéjàlundesleurs.11
Au lieude rentrerdansla cuisine par le mess, jepréféraiutiliser la
porte extérieure. Je rencontrai ainsi mes premiers collaborateurs qui
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pourlaplupartsemontrèrentétonnésdemevoir. Toussavaientqueje
devais arriver mais ils simaginaient que je ferais mon apparition au
trement, par la grande porte peut être. Dans la cuisine, jentendis
quelques phrases dont un mot revenait souvent « mouzougou ». Ce
quimaleplusgênélorsdecepremiercontactfutlodeurpestilentielle
quiémanaitdelendroit,uneodeurfortedeviandeendécomposition.
Sansriendire,jessayaisdecomprendrediscrètementdoùprovenaient
cesémanations.Surunechaiseunpeuenretrait,assisfaceàlécrande
sonordinateur,jevislechefdecuisinequejeremplaçais.Jemavançai
versluipourmeprésenter.Lhomme,unKényanàlafortecorpulence,
seleva.Ilneparlaitpasfrançaismaisparcontreutilisaitlanglaisetle
swahilitrèsutiledanscettepartiedelAfrique.Lablancheurdesaveste
métonna. Elle était aussi propre que la chasuble dun prêtre avant la
messe.Apparemment, ilétaitplus icipourcommanderque pour exé
cuter.LeparfaitexempledelAfricainquidevenuchef,oubliantsapo
sitionantérieure,exploiteàsontourdautresAfricainssanslamoindre
hésitation. Par la suite, jen fis la détestable expérience. Lhomme ne
changepas,quellequesoitlalatitudeoulalongitudeoùilvit.Ilrepro
duitplussouventlesmauvaisexemplesquelesbons.Johnétaitlepar
fait représentant de ce quil ne faut jamais faire en cuisine, ni ailleurs
du reste. Il empestait la supériorité à plusieurs mètres, dirigeant avec
désinvolture mais ordonnant avec fermeté ce quil croyait être bon
pourlui.Lesautresnétaientquedesfaire valoirtoutjustecapablesde
répéter les mêmes gestes sans savoir pourquoi. Aucune envie
damélioreroudeprogresser,uniquementlaroutinejouraprèsjour.Je
commençaisàdevinerenquelquessecondeslampleurdematâche.En
attendant ledépart de John, jedécidaidy aller progressivement,sans
heurter les consciences toujours plus promptes à se rebeller quà ad
mettrelechangementetici,ilsavéraitcapital.Magrand mèreavaiteu
lintelligence de me répéter enfant que lhabitude est une seconde na
ture chez lhomme. Et invariablement, elle ajoutait, dépitée, une très
mauvaisenature.Jemesuraicombiensaparoleétaitjusteencelieu.11
Sansriendire,jobservaicequisepassaitautourdemoietcompris
enfin doù venaient ces odeurs infectes, tout simplement de quatre
grosses poubelles dont se servaient les cuisiniers. Visiblement cela
nindisposait personne. Un peu plus curieux, jouvris quelques frigos
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pour avoir la désagréable surprise de constater leur manque de pro
preté,maischoseencoreplusinvraisemblable,laprésencedecentaines
deblattes,quedis je,desmilliers.Ellespullulaientdetoutesparts,in
fectaient les parois des frigos mais aussi des murs. Lhygiène visible
ment ne constituait pas un de leurs soucis, bien au contraire. Je com
prenais de mieux en mieux les paroles de Maurice. Le sol nétait pas
dansunmeilleurétat,crasseuxetmaculédesang.Surlesétagères,der
rièreJohn,setrouvaitlestockdeproduitscommelesucre,lafarineet
là encore les blattes sévissaient avec la plus totale impunité. Plus loin
se trouvait la plonge constituée par deux petits bacs tout juste utiles
pour une famille ordinaire mais nullement efficace dans ce genre de
cuisinepréparantprèsdecentquatre vingtsrepasparservice.Ausol,
ilyavaitunequantitédeplatsetdustensilesdecuisinequiattendaient
lebonvouloirdelhommedeservice.
Plusjelesregardais,plusilmesemblaitquilsétaienttousfrères.Je
narrivais pas à les distinguer les uns des autres et encore moins à me
souvenir de leur prénom hormis lun deux qui sappelait Nokia. Un
peu surpris, jinterrogeais John qui me renseigna sur la raison de ce
prénompeuoupasusité.Nokia,avantdetravaillerdanslecamp,avait
étédurantquelquesannéesvendeurdetéléphonespourcettemarque.
Cela semblait donc normal. Un autre cuisinier se dénommait Sundy,
toutsimplementparcequ’ilétaitnéundimanche.Voilàdesraisonsqui
enAfrique suffisent à vous affublerdun diminutif ou dun sobriquet.
Johndevaitprendrelaviondansdeuxjours,cequimelaissaitassezde
tempspourmieuxcomprendrelefonctionnementdelacuisine.Jatten
dais néanmoins son départ avec impatience. Je voulais changer cer
taines choses, surtout sur le plan du respect des règles dhygiène qui
laissaientvraimentàdésirer.
Un peu plus tard dans laprès midi, je rencontrai dans son bureau
Reggie Faulkman, le responsable AFS du camp, un Sud Africain très
agréable sur le plan humain mais aussi très réaliste sur les conditions
de travail et dhygiène de la cuisine. Cela faisait trois semaines quil
étaitarrivéetdéjàonsentaitunpeudelassitudedanssespropos.Mon
arrivée le soulagea. Je lui fis donc part librement de ma première im
pressionquilconfirmaavecunpeudefatalisme.11
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Jenaijamaisvuceladanstouslescampsoùjaiputravailler.Il
yaquelquesmoisavantmonarrivée,ilyaeuuneépidémiedegastro
quiatouchéplusdelamoitiédesexpatriés.Demain,ledirecteurveut
me voir pour connaître les projets dAFS afin daméliorer la cuisine…
etsurtoutéviterquecelasereproduise…
EtpourquoiJohnnefaitrienpouraméliorerlacuisine?Après
tout,cestluileresponsable…
Parce quil est tout simplement trop fainéant. Nathalie, en
chargedesressourceshumaines,auraitbienvoulusenséparermaisil
nestpasfaciledetrouverdumondepourtravaillerici.Etpuisjecrois
que Peter, notre boss, lapprécie plus que nécessaire. Cest un peu son
protégé…
Maislesgarsquitravaillentdanslacuisine,ilsviennentdoù?
Onnevapasmedirequilssonttousprotégés.
Ilssontoriginairespourlaplupartdesvillagesautourducamp
saufPapynotreéconome.Lui,ilvientdeBunia.Situveuxenvirerun,
pas de problème pour le remplacer. Ils sont des centaines à attendre
dehors tous les matins mais celui que tu vas embaucher ne sera pas
mieuxqueleprécédent.Alorsquoifaire… 11
EtcePapy,commentilest?
Cestleseulsurquionpeutcompter.Lesautres,jemenméfie…
Tucomprendrastrèsvite.
Etilsontquelleformationlesgarsencuisine?
Aucune.Avantdevenirici,certainscherchaientdelorenforêt,
dautresmagouillaient… Tuverras,cestunpeulefar west. 11
EtcetteNathalie,jepeuxlavoirquand?11
Alafindumois.ElleestsurunautresiteAFSdansleKatanga
Alors,jattendrai…
Katanga, ce nom résonnait encore dans mes oreilles pour être le
siègedunerébellioncontrelepouvoirrépressifdeMobutulorsquela
RDC se nommait encore Zaïre. Nathalie effectuait donc des rotations
dequelquessemainesentrelesdeuxsites.Monétonnementfutencore
plus grand lorsque Reggie mannonça quAFS sur notre seul site em
ployait plus de quarante personnes réparties entre la cuisine, lhéber
gementetlablanchisserie,cequirendaitsatâcheencoreplusdifficile.
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Néanmoins ma présence le rassurait, il se sentait enfin épaulé. Il me
proposait tout naturellement de le suivre à cette réunion qui devait
avoir lieu avec le directeur de Kibali, un certain Walter Mossango, lui
aussi congolais. Il savait que lentretien serait crucial et peut être un
peu tendu, compte tenu des nouvelles exigences émises par la direc
tion. Lautre avantage, et non des moindres, fut ma connaissance des
deuxlangues,langlaisetlefrançais.EneffetWalterMossango,malgré
lorigine toute britannique de son prénom, ne parlait pas langlais et
Reggieméconnaissaitlefrançais.
Entoutefindaprès midi,jeretournaidanslacuisineprendredou
cementmesmarques.Pournepaslaisserparaîtreuncertainembarras
etévitertouteconfusiondansmesdécisionsfutures,jedécidaidepren
dre des notes sur chaque personne présente, un peu à la façon dun
inspecteurquiétabliraitdesfichessignalétiques.Ilyavaittoutdabord
en haut de la liste, Kwata, le boulanger, un jeune homme visiblement
impulsif,lenezaplatietlestraitsduvisagesoucieux,capabledumeil
leurcommedupiredontleseulsoucifutdesauvegardersonstatutde
travailleur spécialisé, ce qui lui garantissait un emploi à long terme.
Plustard,jecomprispourquoi.EnsuiteMolichoFenousi,monsecond
decuisine,daspectlongiligne,lenezdroitetles yeuxmalicieux,posé
et intelligent et surtout très calculateur, autant par intérêt que par
prudence, physiquement à lopposé de Kwata. Pour le seconder
commechefsdeparties,ilyavaitGuélouetKadjo,aussidissemblables
que peuvent lêtre leau et le feu. Le premier, Guélou, petit et
gesticulant comme un beau diable, parlait abondamment dune voix
particulièrement aiguë. Il savait tout, connaissait tout et donnait son
avis avec un aplomb frisant même linsolence. Le second, Kadjo, pa
raissait plus effacé, silencieux et son regard fuyant, non par méchan
ceté mais par crainte de faire une erreur par méconnaissancedufran
çais. A ces trois personnes, sajoutaient Sandy et Moussa qui eux
soccupaient de la plonge. Sandy était le parfait représentant du type
nilotique, un jeune homme silencieux, le regard droit, attentif aux
autres, le geste lent, parfois un peu lymphatique mais dune grande
bonté.Souventjemesuisinterrogésursaprésenceencelieuavecces
gens plus rustres et plus incultes. Moussa quant à lui, de confession
musulmane, représentait le Congolais dans tout ce quil a de plus
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