On marchait au petit jour
128 pages
Français

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On marchait au petit jour , livre ebook

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Description

Une vie entière, quelques heures, les nuits trop courtes, et avions-nous voulu sans mentir qu'il en fût autrement? À Montmartre, le temps était imaginaire, et à Montréal, le soir englobant, presqu'une hâte. C'était parfait. Après la tempête, la jouissance lente des souvenirs, des regards surprenants. L'infini de l'espace, d'un temps inimaginable, on se reverra, pourtant, et dans un autre cycle, et sous d'autres apparences. Images pénétrantes d'un monde à venir, on continuera. On s'aimera ailleurs et d'autres que nous jouiront de cet amour... Ballet d'âmes évanescentes, puzzle impressionniste, envoûtant kaléidoscope de souvenirs et d'émotions... De la nostalgie des années 80 aux visions fugaces d'un avenir déjà vécu, Frédéric Delalot orchestre une oeuvre poétique, quasi onirique. Irréel et juste à la fois, son voyage ici et ailleurs, hier et demain, se vit le coeur léger, comme une douce plongée dans un coin de notre propre mémoire.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 30 août 2013
Nombre de lectures 23
EAN13 9782924312070
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0060€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait












On marchait
au petit jour Frédéric Delalot










On marchait
au petit jour




















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IDDN.FR.010.0118952.000.R.P.2013.030.31500




Cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication aux Éditions Publibook en 2013














Première partie





À Montmartre, le temps était imaginaire, et à Montréal,
le soir englobant, presqu’une hâte.
L’été, sur son balcon, très haut, elle rédigeait, buvait un
verre ou lisait un livre d’art.
Des fleurs dans un vase, sur la table du salon, des
alcôves, une autre vue par la fenêtre de la cuisine, au loin
Paris, en contrebas, des lumières attirantes et des façades
de pierre, un rêve trouble, l’escalier enroulé dans des
époques, des vies entrelacées, les mots d’une voix rieuse qui
me parvenaient à la lisière des étendues.
Puis, à la même seconde, de l’autre côté de
l’Atlantique, elle était allongée, les rideaux tirés, alors que
la place s’égayait de jeux d’eau et de musiques planantes.
Dehors, des voitures roulaient sous une pluie fine.
Des bruits étouffés gagnaient son espace, de temps en
temps, et elle plongeait son regard au cœur des tours, entre
les arbres.
Les feuilles d’une plante grasse atteignaient le plafond.
Les fenêtres nombreuses et larges donnaient la sensation
de voguer. Peut-être que nudités et longues conversations
avaient été le principe même de l’allégresse. Les années
n’effaçaient pas le pouvoir de séduction de ces attitudes
nonchalantes.
Rayons de lumière, projections somptueuses sur le
tissu, un chat qui dormait sur une étoffe pourpre. Elle
commençait à rêver. En même temps, à Paris, elle allait
presque se lever. Deux heures du matin, huit heures du
matin, un parfum léger qui flottait pendant que le monde
allait où il voulait.
9 Les feuilles jaunies, or ou rousses, à l’extérieur, au sol
comme un tapis ou volant sur un banc, un parc d’essences
rares qu’on apercevait par les portes transparentes.
Dehors, le monde d’avant, marcher en décrivant des
cercles, posément, lever les yeux vers l’immense plafond,
musique d’ambiance, des bustes sculptés.
Le vent tournoyait l’automne, quartier de gratte-ciel, de
verdure. En face, un rendez-vous manqué, quelques heures
en suspension et des destins se croisaient.
Lointains souvenirs de la Roquette, bien des années
plus tard échangés pour une variante d’un amour inachevé,
sans doute, qui se reflétait dans le tain des miroirs du
hasard.
Stratagème, peut-être énigme, une raison subtile
aiguillait nos rencontres et leur absence. Des feuilles
virevoltaient. Ces mois s’étaient écoulés négligemment.
Il avait plu et l’eau avait ruisselé, créant des flaques
dans les rues, de toutes dimensions, et je les fixais à la nuit
tombante.
Des pas, des pas sous la pluie, des silhouettes qui
s’échappaient, pressées, des jupes courtes, des petits
groupes.
Là-bas, un vaste café rénové, jadis magasin général, des
murs noirs, jaunes, rouges, des lampes torches argentées,
l’avenue du Parc, le parc Jeanne-Mance, revenir par les
terrains de volleyball de plage, inoccupés, dans la nuit
parfaite.
Ce siècle à part qu’on ne guettait plus. Le silence,
parfois, côtoyait le passé. Dos nu, regarder les murs et se
détendre.
Des images de villages m’habitaient à l’occasion. Des
coins de l’Aude, de l’Hérault, du Var, de la Somme et de
la Bourgogne, des routes empreintes de nostalgie et d’une
authenticité, mises en scène, sûrement, découpages
psychiques d’une appropriation, toutes les voies échappées de
10 souvenirs auxquels on se raccroche, dès lors qu’on avance
en découvrant limites et raison.
De longues périodes sans nouvelles, des peaux
inconnues, l’emballement, l’ivresse, les matins rassasiés,
défaits, rouler en espérant.
Le monde avait été, pour un instant, ce que je voyais en
elles.
Des écrans, des ébats, une Tour Eiffel dessinée sur les
fesses, par endroits, jupe d’une cliente du Café Bohemia,
sur Saint-Denis. On se donnait rendez-vous là, souvent,
autour d’un plat simple.
Le décor exotique était plus ou moins tendance.
Meubles et lampes d’Asie, objets indonésiens, tables en
planche boulonnées, lumières agréables et musique
désuète, relaxante, des années vingt ou trente, voire quarante,
filtrant faiblement, des étudiants et des créatifs, des vieux
habitués et des magazines de décoration, récents ou non,
qui étaient posés sur des plaids orientaux.
Elle en robe noire, les cheveux lisses, blonds, l’air ému
ou lancée sur le sujet du moment, à l’occasion venant tout
juste de photographier une série de postures urbaines, de
sculptures en pleine nature, plus généralement prête à
engager la conversation avec une préoccupation artistique ou
sociale.
J’écoutais et j’acquiesçais la plupart du temps. C’était
intéressant et enjoué.
J’avais aussi aimé ses toiles océaniques, surtout celle de
grandes dimensions représentant une femme crocodile.
Il y eut un temps de très forte complicité. On sortait au
Shed café, à la Fringale et on finissait, dans divers états, à
Station C. Heures sauvages, dénudées, rythmes saccadés,
précédés d’alcools, de foules, d’allures, et de parfums du
Sud.
À Paris, en pantalon noir, top bandeau sobre, les
cheveux lisses, longs, un peu moins blonds, elle s’offrait une
pleine page en terminant son éditorial hebdomadaire.
11 Musique des sphères, irlandaise, techno ou anciens airs,
vers Montmartre, pourquoi parler d’années révolues et de
fêtes obsolètes ? Elle avait raison. Il aurait mieux fallu, ces
nuits-là, vivre l’instant sans réfléchir.
L’autre était le même, véhicules des époques, rue
immanquable.
Une demi-heure devant soi, devant l’éternité, et des
bulles ou des moments d’espérance transcendaient ce
qu’on se plaisait à achever.
Le temps nous avait déjà beaucoup épargnés. On peut
varier un peu de destin, prendre des vacances prolongées
ou partir au long cours, voire s’accorder un an sabbatique,
peut-être deux, mais se tenir à distance, tout en restant
mentalement proches, pendant dix ans, cela ne se faisait
pas.
Il s’était produit quelque chose, tout de même, comme
si nous nous étions rendus compte, au-delà de l’amitié, de
l’aimantation et du passage évanoui des années, qu’un
sentiment commun face au destin, à la vie et à ses rôles,
ses jeux, demeurait, nous liait, davantage sans doute que
notre histoire lointaine de virées et de fusions.
Dictat des rythmes, réveil, téléphones, verres vidés, la
fatigue, nos fatigues respectives allaient décider. Pourtant,
je n’aurais manqué cet in

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