Renaissance
89 pages
Français

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Description

J'ignore si les enfants rêveurs font des ados solitaires puis des adultes dépressifs. A moins que les ados timides ne deviennent des adultes craintifs, ou que ceux en rébellion ne se muent en inadaptés à la société. Toujours est-il que de l'enfance à ma première hospitalisation pour syndrome dépressif majeur, j'étais de ces êtres toujours en marge, qu'on disait différents, solitaires, rêveurs, dans leur bulle, réservés, si ce n'est mystérieux, au bord de l'autisme... Un témoignage simple, cru et poignant sur la maladie du siècle: la dépression, et au fond du tunnel, l'espoir...

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 27 novembre 2014
Nombre de lectures 0
EAN13 9782312032139
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Extrait

Renaissance

Marla Singer
Renaissance
Parcours initiatique dans les méandres de la dépression






LES ÉDITIONS DU NET 22 rue Édouard Nieuport 92150 Suresnes
© Les Éditions du Net, 2014 ISBN : 978-2-312-03213-9
Chapitre I
N ATURE PROFONDE ?
J’ignore si les enfants rêveurs font des ados solitaires puis des adultes dépressifs. A moins que les ados timides ne deviennent des adultes craintifs, ou que ceux en rébellion ne se muent en inadaptés à la société.
Toujours est-il que de l’enfance à ma première hospitalisation pour syndrome dépressif majeur, j’étais de ces êtres toujours en marge, qu’on disait différents, solitaires, rêveurs, dans leur bulle, réservés, si ce n’est mystérieux, au bord de l’autisme… Aux yeux des autres prétendus normaux que je fréquentais, j’étais un exemple, de force, d’indépendance, de profondeur et de créativité. En effet, cette aptitude à ne pas avoir besoin de la présence d’autrui, mon absence de quête de popularité, ma facilité à vivre des semaines entières dans la solitude faisaient de moi une sorte d’exemple pour les quelques personnes qui s’intéressaient – étrangement – à moi.
Alors je leur prêtais une oreille attentive lorsqu’ils me narraient leurs malheurs, toujours en rapport à un rejet d’autrui, je les consolais, les apaisais, pansais leurs plaies psychologiques par mon mutisme.
Est-ce parce que ces personnes se disaient qu’au final elles étaient moins à plaindre que moi, l’éternelle isolée affective, ou est-ce parce que je représentais pour eux l’espoir qu’il était possible ici-bas de se passer des autres ? Toujours est-il que cela les regonflait, qu’ils me quittaient en me remerciant de ma disponibilité, qu’ils m’intimaient de pas changer, de ne pas perdre cette originalité qui les réconfortait tant. Et moi, à les écouter se plaindre pour ce que je considérais comme une misérable addiction à la popularité et au regard de l’autre, à me sentir si forte et à les plaindre de leur faiblesse, cela me confortais dans ce que je considérais comme ma richesse : ma force et mon indépendance. Cela me prouvait jour après jour que mon comportement singulier, que je mettais sur le compte de ma phobie sociale, était le meilleur moyen de ne pas souffrir.
Je pleurais peu, sauf quand je ressentais une injustice ou que je me confrontais à un échec personnel. Bref je ne connaissais pas la tristesse, à la rigueur la mélancolie, dans laquelle je me complaisais d’ailleurs, et les larmes ne montaient à mes yeux que par colère ou rage, non par chagrin. Cela dit, je connaissais l’angoisse, ou plutôt l’anxiété, la crainte de l’humiliation, de l’échec scolaire, d’être montrée du doigt, de devoir m’exprimer en public.
Petite, dès la maternelle, je restais dans un coin du préau dos au mur, de crainte d’être bousculée. Alors pour vaincre cette peur, je me suis construite une bulle protectrice, dans laquelle j’emmagasinais mon imaginaire et grâce à laquelle j’imposais une distance à autrui. Je n’aimais pas vraiment les gens, je les trouvais trop agités, trop nerveux, pas assez réfléchis.
Et je m’y plaisais dans ma bulle, personne ne m’y importunait, je pouvais y profiter du calme et faire croître ma culture en me réfugiant dans la lecture ou dans mes pensées, et adolescente dans la musique classique, les balades de Radiohead, la voix cassée de Kurt Cobain. J’entretenais une forme de noirceur, de morosité, d’indifférence. Petit à petit, j’acquérais le sentiment d’être dotée d’une forme de lucidité extrême, d’extra lucidité, face à la réalité du monde, son inanité, les faux-semblants qui incitaient chacun à penser que la recette du bonheur résidait dans le fait d’être entouré, accompagné, sans réfléchir au sens de l’existence, d’être perpétuellement dans l’action, de peur d’être prisonnier de la course du temps. Je les observais ainsi à travers la vitrine de ma bulle, et me disais qu’ils n’étaient qu’angoisse et que toute la légèreté affable dont ils faisaient preuve n’était qu’une mascarade.
Tandis que moi, je détenais la vérité et l’acceptais, et c’était uniquement de cette manière que l’on pouvait mesurer la valeur de nos petites existences. Mieux valait avoir conscience de notre petitesse et de notre médiocrité que de risquer le pire : la désillusion. Assumer notre inutilité était la seule solution pour prendre la voie du progrès, et sortir de ce cycle dans lequel le commun des mortels s’épuisait. C’était décider de prendre une tangente salvatrice car elle ouvrait à la créativité.
Pendant mes études supérieures, je vivais en colocation, avec deux compères que je considérais comme originaux malgré leur légèreté, leur velléité de connaître un maximum de personnes, de faire la fête et de se perdre dans l’alcool et le cannabis. Et puis, le temps passant, je découvrais qu’au-delà des apparences, tous deux avaient été confrontés aux mêmes questionnements, avaient acquis la même clairvoyance, mais ils avaient opté pour l’amusement, ils parvenaient à se détacher de leurs interrogations via le carpe diem. Je respectais leur choix mais ne souhaitais m’y résoudre, j’aurais eu l’impression de vivre dans le mensonge, de m’éloigner de moi-même. Alors, souvent, ils me sollicitaient pour les accompagner en soirée, je cédais quelquefois, cela m’amusait de les observer tous, souriant à l’hypocrisie du bonheur fugace, cela me passionnait sociologiquement parlant.
A rester ainsi statique au milieu des boîtes de nuit, je m’attirais des amitiés. Ceux qui venaient m’aborder le faisaient tout d’abord parce qu’ils me trouvaient intrigante, ils voulaient connaître le fond de mes pensées. Alors je communiquais, leur parlant de mon amusement à les observer, tous dans leur quête fébrile d’intérêt, de faire comme si la valeur de nos existences résidait dans ces soirées alcoolisées, transpirantes et sensuelles. Ma manière de voir les choses ne déplaisait pas à mes interlocuteurs, et tous y adhéraient avec conviction. C’est ainsi que je vécus de belles expériences humaines, toutes mes amitiés tournant autour de cette philosophie, et j’éprouvais du plaisir à expérimenter des relations profondément intellectuelles.
Cela donna une belle substance à mon existence et j’étayais ma théorie en me disant que l’essentiel n’était pas de connaître le maximum de personnes, mais de vivre quelques amitiés avec les bonnes personnes, je découvrais ainsi la valeur de la philia, la véritable amitié selon Aristote.

Chapitre II
P RÉCARITÉ ?
Les études passées, j’allai vivre à Paris le temps de trouver un travail. J’en dénichai un ou plutôt deux au bout d’un mois. J’emménageai alors dans un douze mètres carrés au cœur de Montmartre, ce qui symbolisait la réalisation d’un rêve pour moi. Je travaillais quelques soirs par semaines en tant que stagiaire dans la production audiovisuelle, et à mi-temps dans une librairie, unique source de salaire pour moi en plus de mes maigres indemnités chômage. Je découvris alors la boucle infernale des ennuis financiers, la banque qui vous envoie des lettres menaçantes et vous offre de grand cœur un crédit revolving qui vous enfonce la tête dans la merde… Et la faim… Pendant des mois, je ne mangeais qu’une demi-baguette ou un œuf dur le midi, je comptais les centimes et préférais sauter des repas plutôt que de me passer de mes cigarettes. Mon emploi du temps était chaotique entre mes deux emplois précaires et je ne trouvais aucun bistro qui ne pouvait s’adapter à ce dernier.
Un après-midi où je travaillais à la librairie, je reçus un appel de ma banque qui m’intima expressément de combler mon découvert de 1700 € dans les 48 heures, sous peine de me confisquer tout moyen de paiement. Bien que toujours de bonne humeur aux yeux de mes collègues, je m’écroulai à mon bureau en présence de G., qui me voyant cogiter désespérément à une solution miracle pour rembourser mes dettes, fut soudainement pris de compassion. Il s’absenta pour passer deux coups de téléphone à des amis, dont l’un lui déconseilla vivement de me dépanner et l’autre l’encouragea à me prêter cette somme. Il écouta le second. Subjuguée et honteuse, je ne sus comment le remercier quand il me dit que l’argent serait viré sur mon compte dans les vingt-quatre heures. Je lui promis de le rembourser en deux fois, la première à réception de mon salaire du mois, et la seconde le mois suivant. Bien entendu, cette promesse m’était impossible à tenir si je ne trouvais pas un troisième boulot qui me paye cash à la journée.
Ayant de nouveau prospecté dans plusieurs bars de mon quartier, sans trouver d’horaires de service adaptés, je me trouvai face &

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