Réveils à la vie
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Description

Réveils à la vie, Patricia MayerRéveils à la vie« Si vous voulez vraiment rêver, réveillez-vous… » – Daniel PennacCombien d’entre nous ont la sensation de subir leur vie ? De ne pas pouvoir agir ? De ne rien choisir ? Il faut parfois un choc terrible, une menace mortelle, pour remettre les pendules à l’heure et songer (enfin) à commencer de penser à soi-même. Ce n’est pas de l’égoïsme. C’est tout simplement répondre à notre quête personnelle vers le bonheur, auquel chacune et chacun a droit sur Terre.Entrez dans la vie et les pensées de Clara, une femme qui se transforme petit à petit suite à un accident qui a failli la tuer. Elle réalise tous les bonheurs simples et spontanés à côté desquels elle passait avant, par peur de “faire ce qui ne se fait pas”. Elle se réveille… Et se révèle devant nous dans les détails les plus simples. Elle connaîtra ainsi plusieurs Réveils à sa propre existence. Son cheminement impactera puissamment son mari Christophe, et les amènera à se poser des questions jamais abordées dans leur couple. Pourront-ils affronter ces difficultés apparemment insurmontables ? Pourront-ils puiser la force nécessaire et faire le bon choix ?Découvrez une authentique transformation à deux qui prend vie et sens au fil des pages. Une occasion vibrante de se remettre en question et de réaliser que le temps est important dans une relation de couple, tout comme se trouver soi-même.Voilà l’Amour! – une collection de romance révélatriceUn regard, une attitude, un sourire… Et notre vie peut basculer à tout jamais. Un seul moment peut donner une toute nouvelle direction à notre existence. Un sens à notre vie. Et on se sent pousser des ailes. On a envie de chérir, de choyer, de pleurer, de rire, d’engager toutes les luttes pour serrer cet autre corps, l’embrasser, parler à cette autre personne qui a tout bouleversé. Qui a pulvérisé notre monde et nos certitudes.Mais pour arriver à vivre ce bonheur auquel nous aspirons – au jour le jour – il faut bien souvent surmonter des obstacles insoupçonnés. L’amour naissant ne se préoccupe pas de notre culture, de notre situation financière, de nos engagements actuels. Encore moins de ce que pensent les autres, de ce que décide notre famille et les tabous de la société. Alors comment faire ? Comment réussir à vivre ? Ensemble ?“Voilà l’Amour!” est une collection qui révèle les épreuves que des couples doivent traverser pour réussir à vivre réellement leur relation. Chaque roman aborde avec sensibilité et réalisme les problématiques que chaque partenaire doit résoudre pour parvenir à aimer concrètement l’Autre. Car en amour, seuls les actes comptent, pas les déclarations. Et la “romance” est bien souvent loin d’être un fleuve tranquille. N’est-ce pas ?

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 12 avril 2017
Nombre de lectures 8
EAN13 9781521051979
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,05€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Réveils à la vie


par Patricia Mayer




« Si vous voulez vraiment rêver, réveillez-vous… » - Daniel Pennac




à mes meilleures Ami(e)s,
rencontré(e)s sur le chemin de ma vie et dont je garde un souvenir éveillé...
Lettre à Clara


Clara.

ma dulcinée,
mon aimée,
ma tendre Clara,


Je viens de quitter ta chambre d’hôpital, la 402, et j’ai du mal à retenir mes larmes. C’est pourquoi je me retrouve ici dans cette salle d’attente, dans un coin isolé pour pouvoir pleurer à mon aise. J’ai sorti de ton sac à main ce grand carnet à spirale, celui que tu utilises quelques fois pour écrire tes messages “tsunamiques” comme je te l’ai dit (tu avais ri ce jour-là, avec ton rire magnifique qui me donne des frissons de bonheur), ces emails ou ces lettres immenses auxquelles j’ai toujours du mal à répondre mais qui me bouleversent à chaque fois. Et je commence maintenant à t’écrire, comme un con. Comme un désespéré. Sur TON carnet à spirales… Peut-être que tu ne te réveilleras pas. Et la seule chose qui me vient maintenant à l’esprit, qui crie en moi, c’est de t’écrire… Je t’aime tant. Je t’aime, je t’aime, JE T’AIME !!!!!

Ils ont retrouvé ton sac près de toi, de “ton corps” comme ils ont dit, sur la chaussée. C’est la police qui m’a appelé au boulot et je suis venu aussi vite que j’ai pu. J’étais angoissé à mort, je te l’avoue. Affreux. Je ne crois pas m’être senti aussi mal de ma vie. Une boule dans ma gorge, une envie de vomir, une pierre dans mon ventre… Un médecin m’a donné tes affaires et ton sac après m’avoir demandé si j’étais de la famille. J’ai expliqué que nous étions fiancés, j’ai montré ma bague et la tienne, alors il m’a tout dit. Il m’a tapoté l’épaule après et je me suis écroulé en moi-même. C’est le mot, oui… Voilà que je pleure encore !

J’ai séché mes larmes. Je me suis même mouché en faisant du bruit, fort, comme un gamin. Les gens me regardent mais j’en ai rien à foutre. Je veux t’écrire. C’est si injuste… Pourquoi ?

Tout se mélange dans ma tête. Je t’ai embrassée, j’ai caressé tes si beaux cheveux, j’ai senti ton odeur. Mais tu ne bougeais pas, à part ta respiration artificielle. Affreux. Je me sentais comme le prince avec la Belle au Bois Dormant qui ne voulait pas se réveiller. Sauf qu’on sait bien, toi et moi, que c’est Toi la Princesse qui est venue me chercher, me tirer de ma léthargie, de mon sommeil où j’allais vivre la lente et inexorable agonie de mon cœur si tu n’étais pas venue me sauver...

Je n’ai même pas eu le temps de te dire “Merci” pour tout ce que tu as fait pour moi, pour tout ce que tu as changé dans ma vie, ma dulcinée, ma petite fée… Tu m’as fait homme, tu m’as aidé, soutenu. Tu es la première qui croit en moi à ce point. Je prie Dieu, alors que je ne l’ai pas fait depuis tant d’années… Quel lâche !

Je voulais aussi te dire que j’ai toujours admiré le don que tu fais de ta personne aux autres. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui le fasse avec autant de passion que toi, qui soit tellement préoccupée par le bonheur des gens qu’elle croise sur son chemin. Qui se jette à corps perdu dans des situations apparemment insolubles et qui arrive toujours à trouver le chemin libératoire. C’est ce que tu fais avec moi et avec les personnes auxquelles tu n’hésites pas à donner ton amour sans retenue et ton aide inconditionnelle. Tu es si belle ma Clara !

En fait, je ne sais pas quand je te donnerai cette lettre. Je voudrais tant que tu la lises, mon amour, ma Clara d’amour. Réveille-toi ! Tu te réveilleras ? Si tu le fais, je te promets que je t’aiderai à construire notre couple, moi aussi. Je ne te laisserai plus seule à bâtir le pont, comme tu dis. J’irai vers toi, je te laisserai vivre… J’ai compris que je dois te laisser être toi-même… Et je te promets que je te donnerai un jour cette lettre.

Réveille-toi !!!!!!!!!!!

ton Christophe qui t’aime. Plus que tout.des situations apparemment insolubles et qui arrive toujours à trouver le chemin libératoire. C’est ce que tu fais avec moi et avec les personnes auxquelles tu n’hésites pas à donner ton amour sans retenue et ton aide inconditionnelle. Tu es si belle ma Clara !

En fait, je ne sais pas quand je te donnerai cette lettre. Je voudrais tant que tu la lises, mon amour, ma Clara d’amour. Réveille-toi ! Tu te réveilleras ? Si tu le fais, je te promets que je t’aiderai à construire notre couple, moi aussi. Je ne te laisserai plus seule à bâtir le pont, comme tu dis. J’irai vers toi, je te laisserai vivre… J’ai compris que je dois te laisser être toi-même… Et je te promets que je te donnerai un jour cette lettre.

Réveille-toi !!!!!!!!!!!

ton Christophe qui t’aime. Plus que tout.
Chapitre 1


« J’ai du mal à ouvrir les yeux … Qu’est-ce qui se passe ? »
J’essaye péniblement de lever mes paupières, mais elles restent collées malgré mes efforts surhumains pour les entrouvrir. J’ai la tête qui bourdonne. Elle est lourde et on dirait que quelqu’un vient d’y couler du plomb. C’est un effort incroyable… Mais… Rien. Je sens que je suis couchée. Oui, c’est ça. Mais pourquoi? J’ai dormi ?

Inspiration. Expiration. Bon, ben… je respire, c’est déjà ça !
Quoi encore ? Ah oui, les draps sont… doux. C’est chouette ça, j’aime les draps doux! J’adore faire l’amour dans des draps doux! Mais bon, pas pour cette fois visiblement. Je me sens plutôt cassée en mille morceaux…
Je sens que je suis dans une pièce. Grande, car les sons me parviennent comme lorsque j’étais petite dans la ferme de mes grands-parents, en Dordogne. Oui, c’est ça!
« La vache, pourquoi je n’arrive pas à lever ces putains de paupières, moi ? »

— Appelez une infirmière, elle bouge ses yeux, là, vite!! Clara, tu m’entends ?!
« Pourquoi on me secoue comme ça ? Je suis fatiguée, moi… Qu’on me laisse un peu là, au fond de ma piscine… »
Je reconnais cette voix. Une sensation de bonheur, de quiétude… D’amour. Je sais qui prononce ces mots. C’est Christophe, mon compagnon. Mon cher et tendre amour… Il est là. Forcément, il est toujours là, le pauvre! Attends, Christophe, j’arrive, il faut que je remonte… à la surface… de ma piscine.
Donc c’est logique, c’est clair : je dois être à l’hôpital. Il a dû m’arriver quelque chose. Quelque chose de grave.

« Merde alors ! Mais quoi ? Pourquoi suis-je à l’hôpital? D’habitude je fais toujours attention! Clara la parano, c’est moi !!! »

Et puis ça y est, tout commence à s’enchaîner et à s’accélérer : on me tire une paupière, et un éclair lumineux me perfore le crâne, me balaye la rétine. Et puis l’autre paupière… ça fait un peu mal, comme une sensation de brûlure aiguë. Ouf, c’est passé ! Les couleurs commencent à apparaître, par contre les voix s’atténuent, je ne comprends pas. Mon cerveau n’arrive pas à suivre et tous les mots se mélangent… Comment je les mets en ordre, moi ? Et puis il y a plusieurs voix… Je ne reconnais que celle de Christophe. J’essaye de me concentrer pour tenter de comprendre ce qu’il dit...

Ma tête tombe sur le côté et il est là, souriant. Son beau sourire essaye de cacher le stress. Ce sourire que je connais bien, ce sourire qui m’a conquise, ses yeux couleur olive qui parlent… Christophe. Je ne comprends pas ce que ses lèvres prononcent, mais je saisis les mots dans ses yeux… Il est heureux de me voir revenir, mais inquiet de mon état… Mais comment en suis-je arrivée là ? Oups… je suis en train de glisser...trop vite, j’essaye de m’accrocher, mais je sens mon cerveau se liquéfier sous l’effet de la chute. Plouf dans l’eau !

***

En fait, je ne sais pas combien de temps j’ai dormi. Je viens de me réveiller, là, et c’est la nuit. C’est un peu idiot ça, comme situation, parce que dans tous les films à l’eau de rose que j’ai pu voir – et j’en ai vu un paquet, je crois que je pourrais être “critique de films à l’eau de rose !” – eh bien la nana se réveille quand toute la famille est autour d’elle pour recueillir ses impressions sur l’au-delà. Mais, là : personne. Et en plus, j’ai envie de faire pipi ! Je n’en peux plus, ça déborde ! Je crois que je ne peux plus me retenir…

Bon, ben, je me laisse aller parce que j’ai VRAIMENT “la luette qui trempe dans l’urine”, comme disait papa. Alors, j’y vais…
C’est chaud, c’est bien en fait. Je me soulage. Cela va beaucoup mieux maintenant !

Bon à présent, essayons de comprendre ce qui se passe : c’est la nuit, je suis seule, dans un hôpital, sur un lit, dans la pénombre. Je n’entends que des “bips”… Pas la moindre voix humaine. J’essaye de bouger ma tête pour élargir mon champ de vision, mais je n’y arrive pas… Elle est trop lourde et ne veut pas bouger du tout. Encore heureuse que je puisse ouvrir les yeux sans plus autant de peine…
Je me rappelle maintenant : je me suis réveillée… il y avait Christophe. Sa chaise est maintenant vide. Est-il parti ? Mais oui, suis-je bête, c’est la nuit. Il a dû aller dormir. Mon cerveau semble vouloir se remettre à penser correctement… Je n’entends pas des voix humaines, car tout le monde dort… Mais si, j’en perçois une, très lointaine, comme un murmure. Elle appartient à une femme… elle parle avec quelqu’un? Oui, je crois en saisir une autre plus grave, celle d’un homme, mais je ne distingue pas les mots, puisqu'ils doivent être bien loin.

Aïe, ça fait mal ! Ça brûle. Pourquoi j’ai une douleur au bras ? C’est lequel déjà ? Le droit ou le gauche ? Dilemme… J’ai toujours eu des difficultés à savoir quelle est ma droite ou ma gauche. Je constate que cela n’a pas changé ! Alors, voyons… Ah, oui, bien sûr, mon truc habituel, mon pense-bête depuis que je suis toute petite pour ne pas me tromper : je me rappelle ma position habituelle à la table de cuisine de chez mes parents. Ma chaise est collée au mur, et moi aussi, j’ai le côté gauche collé au mur. Je vois ma propre image, petite fille, dans l’espace et je sais tout de suite : c’est mon bras gauche qui me fait souffrir !

J’essaye de le lever, mais lui non plus ne veut pas obéir. Soyons plus modestes : allez Clara, essaye de bouger un doigt ! Oh, on dirait que j’y parviens, mon index s’incline. Oui, je le remue, mais je ne peux pas lever mon bras et je ne peux pas déplacer ma tête. Comment faire ?

Laisse tomber ma grande ! Arrête de vouloir tout contrôler ! Considérons que je viens de faire un pas. Avançons lentement maintenant : la main. Elle n’a pas l’air de vouloir se mouvoir… Ils m’ont attachée au lit ou quoi ? Non, j’arrive à voir que mon bras gauche est libre. J’ai de la chance d’avoir la tête tournée du bon côté. Je n’aperçois pas du tout le droit.

Oh, mais la douleur est partie déjà ? En fait, elle n’a duré qu’un instant. C’est mon cerveau qui fait diversion. C’est une excellente technique, il faudra que je me la rappelle. Je l’ai occupé avec l’observation et il a oublié la douleur. D’ailleurs, je n’ai plus mal. Est-ce que j’ai le bras blessé ? Pas l’impression, car à part une perfusion, je ne vois pas de pansement. Bon signe. Mais alors, d’où viennent ces maux ? Une fracture cachée ? Non, je suis quand même à l'hôpital… Ils auraient dû trouver un tel traumatisme sur une radiographie…
J’essaye de trouver d’autres causes à mon état. Une forte lumière m’éblouit et je sens un choc qui m’écrase de toute part. Un flash, je crois… Mais quoi ? Un accident peut-être…
Je cherche, mais mon cerveau semble chauffer… Je perds l’image... Tout semble partir...

***
J’ai encore dormi ? Ou suis-je tombée dans les pommes ? Je ne sais pas. Qu’est-ce que je faisais moi ? Ah, je crois bien que j’essayais de bouger mon bras…
Oh ! Christophe est là, sur la chaise. Il semble dormir. Mais pourquoi il tremble comme ça ?
Je sens que je suis toute mouillée et j’ai un peu froid… C’est ma perf qui a coulé ? Non. Elle a l’air vide. Ah, je me souviens maintenant. J’ai fait pipi tout à l’heure, dans le lit. Mon Dieu, je n’ai pas de sonde urinaire ? Ils auraient pu penser qu’une pauvre comateuse ne va pas se lever du lit pour aller aux toilettes !

J’ai dû m’endormir et Christophe est arrivé… mais combien de temps est passé ? Un jour ou deux ? Une nuit ? Mais non, suis-je bête. Puisque je suis mouillée, on doit toujours être la nuit. Sinon quelqu’un aurait eu pitié de moi et m’aurait changée… Mais quelle heure est-il ? Je tourne mes yeux en essayant de trouver un repère de temps. Bingo ! Voilà. Il est 05:15. J’ai de la chance qu’une grande âme ait pensé à accrocher cette horloge digitale au mur.

Une joie m’envahit. Je me sens toute bizarre. Pourquoi suis-je si... contente ? Je suis quand même mal en point, clouée sur ce lit d’hôpital…
Je sais. C’est Christophe. Bientôt, je pourrai lui parler. Il va se réveiller et je vais voir son sourire plein d’amour. Cela va me donner des forces. Je suis sûre. Je l’aime tellement. Depuis le premier soir où je l’ai rencontré. Ce soir-là, son regard m’a attirée comme un aimant. La profondeur et la chaleur derrière un sourire d’ange. Des souvenirs… Nous avons parcouru un si long chemin depuis… traversé tant d’obstacles… et pourtant nous sommes toujours ensemble.

Un frisson de plus… J’imagine que je vais devoir m’y habituer… Une panique soudaine m’envahit et je sens ma respiration saccadée… J’étouffe. C’est quoi cette sensation ? Mais oui, je la connais… d’où vient-elle ? C’est la même chose que je ressentais quand j’étais petite… dans mon lit, dans le noir, à Périgueux. J’avais peur que quelqu’un vienne me poignarder pendant la nuit… et il m’arrivait d’avoir si peur que je mouillais mon lit. J’essayais de lutter contre l’angoisse, mais je finissais par appeler ma mère. Elle venait me changer et tentait de me rassurer… Pourquoi je continue à avoir peur ? J’entends la voix de ma mère, je devrais être rassurée… Mon cerveau vient de comprendre : la voix de ma mère est assez... froide. J’aimerais qu’elle me prenne dans les bras. Qu’elle me fasse des bisous et me serre fort. Mais rien de tout cela. Elle fait des gestes mécaniques, m’aide à me changer et me dit de m’endormir, car j’ai fait un mauvais rêve.

Je sens une larme qui coule tout au long de ma joue… Une tristesse m’envahit petit à petit… Et les larmes coulent sans aucun bruit.
— Clara, tu pleures ? Que se passe-t-il ? Tu as mal quelque part? Tu veux que j'appelle un docteur?
— Non Christophe… J’arrive à balbutier, mais j’entends à peine ma propre voix. Ce n’est rien, j’arrive encore à murmurer. « Je t’aime », dis-je en souriant avec un regard rempli d’amour. Que s’est-il passé ?
— Tu ne te rappelles pas ? Tu as eu un accident de voiture. Un bus t’est rentré dedans à pleine vitesse. Il semble que tu as eu de la chance d’en sortir vivante… Les médecins n’ont trouvé que peu de blessures mineures. Une luxation au bras gauche, quelques côtes légèrement cassées. La seule chose plus sérieuse c’est ton traumatisme crânien. Mais maintenant que tu es réveillée, tout ira de mieux en mieux. Tu es restée dans le coma pendant trois jours. J’ai eu trop peur de te perdre, mon amour ! dit Christophe en déposant un baiser plein de tendresse sur mes lèvres.
— J’ai la peau dure mon chéri.
— Pourquoi tu pleurais tout à l'heure ?
— Oh, des souvenirs… J’ai fait pipi au lit, comme quand j’étais petite… Je me suis rappelée ma mère qui venait me changer…
— Je m’en occupe ma chérie. Ce n’est pas grave. J’ai amené des vêtements de la maison.

Christophe ouvre la petite valise et prend une serviette rose et un pyjama. Celui aux papillons mauves. Mon préféré. Il est passé où mon amour ? Je ne vois plus Christophe. J’appelle d’une voix éteinte son nom et il apparaît de nouveau dans mon champ visuel.

— Ne t’inquiète pas ma chérie. Je ne vais nulle part. Je suis juste allé mouiller l’éponge pour pouvoir te laver un peu.
— Merci mon amour. Tu es gentil. Je commençais à moisir dans mon pipi… et puis j’avais froid… Il n’y a pas de chauffage dans cet hôpital?
— Mais si mon lapin. Il y en a et d’ailleurs on est en plein été ma chérie. C’est l’air conditionné… Vous auriez tous trop chaud sinon…
— Qui, nous ? Je n’arrive pas à voir plus que mon bras et toi… Je n’arrive pas à bouger ma tête. Pourquoi est-ce que je n’y parviens pas ? J’ai la nuque brisée ?
— Non ma puce. Tu as une minerve pour prévenir des lésions supplémentaires. Les docteurs ont dit qu’ils vont la laisser jusqu’à ton réveil. Tu vas vite être débarrassée d’elle et tu pourras alors bouger ta tête.
— Et les jambes ? Pourquoi je n’arrive pas à sentir mes jambes ?
— Le docteur qui t’a vue hier soir a dit que tu devras récupérer petit à petit la motricité de tes membres. Tu arrives à bouger les bras?
— J’ai réussi à remuer mon doigt tout à l'heure… Je me suis réveillée pendant la nuit. Tu n’étais pas là. J’ai ensuite voulu mouvoir mon bras… et puis après je ne sais pas ce qui s’est passé…
— Je suis allé à la maison pour chercher des vêtements pour toi, répond Christophe en commençant à enlever le pantalon de Clara tout doucement.

Youpi ! Je sens mes jambes. Je sens le vêtement qui descend au long de mes cuisses et un frisson me traverse jusqu’à la racine des cheveux… J’ai la chair de poule… je sens la serviette humide sur ma peau. Elle est chaude et les mouvements lents me font ressentir un plaisir inattendu…

***
C’est marrant, je me retrouve petite fille. À Trélissac, pas loin de Périgueux. Petits bras, petites couettes, petits pieds. Je rêve ou quoi ? Tout est là : ma mère, ma chambre, ma grande copine Corinne. C’est ça en fait… je rêve ! Tout va vite comme dans un film en lecture accélérée...

Pourquoi elle ne me parle plus Corinne ? Qu’est-ce que je lui ai fait ? Cela fait une semaine que j’essaye de la contacter et de savoir pourquoi elle m’ignore, mais sans aucun résultat…
Cela fait mal de ne pas comprendre… de ne pas avoir de réponses, d’être invisible ou encore pire, d’avoir droit à un regard glacé…
Je pensais que nous étions amies, mais je commence à croire que j’avais rêvé tout cela. Le réveil à la réalité est dur, je l’admets… comme à chaque fois qu’on se sent blessée ou trahie par les personnes qu’on aime. Pourquoi les gens se font-ils autant de mal ? Si tel n’est pas leur but, pourquoi réagissent-ils de cette façon ? Je crois que cela dépasse ma capacité de compréhension…

J’ai du mal à mentir. En fait, je n’aime pas ça et c’est pourquoi mon réflexe est de ne pas le faire… J’aurais mieux été inspirée d’être malade pendant cette dictée… Absente. Cela ne se serait jamais passé alors. Je n’aurais pas vu que Corinne et Martine copiaient leur travail l’une sur l’autre, ni sur moi… Je n’aurais pas eu à répondre affirmativement à la prof’ qui voulait savoir si elles avaient triché... Pourquoi n’ai-je pas pu tenir ma bouche fermée ? Corinne me parlerait encore et nous serions toujours amies…
Qu’est-ce que je peux être conne des fois ! Que faire maintenant pour réparer ça ? J’ai l’impression d’avoir tout essayé : des excuses, des explications qu’elle ne se donne même pas la peine d’écouter, car elle part dès que j’ouvre la bouche…

Un mois est passé sans aucun changement. Je crois bien que je l’ai définitivement perdue. Comme cela fait mal ! J’en ai marre de pleurer. J’en ai ras le bol de sentir cette douleur qui m’envahit le cœur et qui m’empêche de dormir.
Un an. Voilà l’année scolaire se finit et aucun changement. Est-ce que je retrouverai Corinne en sixième après les vacances ?

Pourquoi l’amour n’existe-t-il pas ? Et puis merde, tu n’as qu’à arrêter d’aimer si cela fait si mal...

***

Je suis contente de me réveiller ce matin. Je rentre enfin chez moi ! Finalement, j’aurais pu sortir même plutôt, puisque je me sens en pleine forme depuis des jours, comme si rien ne m’était arrivé. Ce docteur qui voulait me tenir en observation…

Mais que fait-il ? Pourquoi il n’est pas là ? Il est déjà 10 heures ! Je devrais arrêter de bouger dans tous les sens. Allez, calme-toi, Clara ! Respire ! Prends ton téléphone et fais une partie de backgammon ! Ah oui, en voici une bonne idée ! J’aime bien ce jeu. Depuis toute petite. C’est mon cher grand-père qui m’a appris à y jouer. Est-ce pour ça que je suis dépendante de ce jeu à ce point ? Peut-être… Il arrive à me calmer. À vider ma tête. Elle a un problème ma tête : toujours en train de penser, de réfléchir, de décortiquer, de vouloir tout comprendre. Un bouton “off” me ferait le plus grand bien… Mais en fait, c’est le backgammon ton bouton off, ma grande ! Qu’est-ce que tu peux être bête des fois !

J’ai encore gagné. Qu’est-ce qu’il est con ce smartphone ! Ha, ha… smartphone ! Mais quelle blague, pas smart du tout ! Ah, mais attends, ce n’est pas de la faute du téléphone, mais de ceux qui ont fait le jeu ! Ils ne devaient pas être trop balèzes en backgammon…

— Oh, tu es enfin là mon chéri ! Je commençais à prendre racine, moi… Allez dégageons vite de cet endroit, j’ai hâte d’être dehors !
— Bonjour ma chérie, répond Christophe en ayant à peine le temps de m’embrasser avant que je ne sorte par la porte. Mais attends-moi !!! dit-il en attrapant en vitesse la petite valise qui se trouvait sur le lit.
— Non. Cours après moi ! Je suis contente ! Allez, plus vite paresseux !
— Mais arrête tes bêtises, il faut qu’on aille signer les papiers de sortie de l’hôpital !
— Je n’ai pas envie d’arrêter - dis-je avec ma voix décidée, mais légèrement enfantine pour ne pas avoir à entendre un sermon sur le bon sens et de ce qu’on doit faire ou pas. Je veux partir de là au plus vite ! T’inquiète, ils ne vont pas envoyer la police après nous… Et puis même, t’as déjà entendu toi au journal des “avis de recherche” de malades guéris qui ont pris la fuite de l’hôpital ?

Chris fait sa tête de “pas d’accord”, mais c’est bizarre, je n’ai aucune envie aujourd’hui d’en tenir compte… Mais je n’ai - absolument - AUCUN scrupule. Que se passe-t-il ? Pourquoi est-ce que je réagis de cette façon ?
La raison est pourtant simple. Ce n’est pas lui qui s’est tapé un mois d’hôpital, cloîtré dans un bâtiment qui pue le chlore, cloué sur un lit à entendre les bips de toutes les machines jour et nuit, à bouffer des trucs pas terribles sans aucun goût… Et puis cela fait une éternité que je n’ai plus couru … alors, maintenant que je peux le faire, il faudrait être vraiment bête pour ne pas en profiter !!! J’en ai assez et j’ai besoin de respirer l’air frais, de voir l’herbe pousser, d’entendre les oiseaux chanter, de respirer l’odeur des tilleuls…
Hmmm, elle est où cette odeur ? Où sont-ils ces arbres ? Je savais qu’il y avait tout plein devant cet hôpital... Mais pourquoi je ne sens rien ? Vite, les voilà, ils sont bien là-bas.

— Mais attends-moi, Clara ! Arrête de courir !
— Mais je ne veux pas ! J’ai envie de sentir les tilleuls… Tu m’attraperas !
Mais non, ce n’est pas possible ! Les fleurs sont déjà passées… Ce n’est pas mon nez qui a un problème… Mais le temps… J’ai passé tellement de temps bloquée dans cet hôpital… Je suis déçue et je sens une tristesse me tomber dessus. Tout à coup, j’ai envie de pleurer. Je m’assois par terre, m’adossant contre un tronc.
— Tu t’es enfin décidée à être raisonnable et à m’attendre?
« Non, je ne t’attends pas, tu ne comprends rien, j’ai envie de pleurer… »
— Mais que se passe-t-il ma chérie ? Pourquoi ? Tu as mal quelque part ?
— Les fleurs sont passées…
— Mais de quelles fleurs tu parles ? J’aurais dû t’en amener… Tu as raison. Je suis désolé ma chérie, mais j’étais pressé. Et puis le voisin qui m’a arrêté pour une histoire de tuyau qui fuit…
— Mais je ne parle pas de toi… Les fleurs des tilleuls… J’avais tellement envie de sentir leur odeur…
— Viens vite, allez cours, dit Christophe en m’attrapant la main avec un rire d’enfant inattendu.
— Je n’ai plus envie de courir. Je suis fatiguée et triste.
— Viens, je te dis, fait-il en m’arrachant du sol et en me portant à bout de bras… Et voilà, tu peux sentir maintenant, annonça-t-il tout fièrement en me posant délicatement à terre juste devant un immense seau plein de freesias. Sens !

Je respire à grands poumons… Je sens que je vais m’évanouir, tellement ça sent bon. Une sensation de bonheur me fait oublier toute la déception précédente. Je suis heureuse d’être en vie. Quelle odeur ! Je ne peux plus m’arrêter de respirer… Je vais tomber dans les pommes…
— Il faudrait peut-être ne pas oublier d’expirer ma chérie… ça peut servir !
— Voulez-vous un bouquet ma belle dame ? demande d’une voix mielleuse un vendeur…
— Non merci.
Rien que pour le ton, je n’ai pas envie de lui acheter quoi que ce soit… Mais quelle hypocrisie, je n’y crois pas ? Je ne lui ai rien demandé à ce bonhomme, moi... Respirer c’est payant maintenant ?
— Je voudrais une quinzaine de freesias, s’il vous plaît Monsieur…
— Mais non, je n’ai pas envie je te dis…

Je n’y crois pas… comment peut-il être si exagérément poli avec ce mec qui n’a rien à foutre de notre gueule ? La seule chose qui l’intéresse est de vendre sa marchandise… on peut le deviner à sa manière de me parler.

— Mais moi, si, répliqua-t-il, d’un ton ferme, mais gentil. J’ai envie de te faire plaisir, car je t’aime et je suis si heureux que tu ailles bien et que tu sois enfin sortie de cet hôpital. En plus, je ne raterai pas l’occasion de t’acheter tes fleurs préférées…
— Vu sous cet angle, je ne peux pas refuser…
C’est vrai, il a raison. C’est un amour ! Finalement qu’est-ce que j’en ai à faire moi de ce bonhomme avec ses fleurs ? Ce sont les freesias que j’aime. Et Chris encore plus. Tiens j’ai envie de lui faire un grand baiser plein d’amour, mettre mes bras autour de son cou et lui dire combien je tiens à lui… Mais qu’est-ce que j’attends pour le faire ? Il est en train de payer le mec… Et alors ?
Je lui saute dessus en le serrant fort avec mes bras enlacés autour de son cou et je l’embrasse passionnément.
— Je t’aime mon amour.
— Moi aussi je t’aime ma chérie. Je peux payer maintenant ?
— Oui si tu veux… dis-je en attrapant le bouquet sans laisser le temps au bonhomme de finir son emballage. C’est à consommer tout de suite ! - je lui jette dans un rire avant de tourner la tête et d’aller vers notre voiture que je viens de reconnaître.
J’ai à peine le temps de voir s’éloigner la tête éberluée du vendeur qui n’a rien compris… Ma blague ne l’amuse pas, c’est clair...
Chapitre 2

Enfin chez moi ! Depuis le temps que j’attendais ce moment… Mais allez, sors ta clé plus vite Chris, j’ai envie de me retrouver enfin à la maison.
Je pousse la porte à peine entrouverte et cours dans le salon. Mon canapé bien aimé... comme tu m’as manqué !!! Mais c’est quoi ce coussin horrible ?

— C’est toi qui l’as acheté Chris ?
— Non, ma chérie, c’est toi. En Thaïlande, l’année dernière. Tu ne te rappelles pas ?
— Non, je ne m’en souviens pas m’être payé une telle horreur…
— Pourtant si… Mais je ne peux pas te contredire quant à sa beauté… Je n’ai pas vraiment osé te le dire, car tu semblais aimer ce coussin… Je n’ai jamais vraiment compris ton choix pour tout dire… Il ne te ressemblait pas.
— Et comment… Évidemment qu’il ne me ressemblait pas, puisque je le trouve vraiment moche… Je devais avoir de la merde dans les yeux ce jour-là ! Allez, laisse-moi passer je vais vite jeter ce truc, car il me donne la chair de poule…
— Oh, il ne faut pas exagérer tout de même ! Ce n’est qu’un pauvre coussin, pas un énorme protozoaire gluant…
— Mais si, mais si, c’est un protozoaire gluant et géant et dégoûtant et dégoulinant et gerbant et…

J’ai envie de faire la gamine. Je rigole et je lance le coussin en essayant de viser sa tête…
— Raté ! dit-il en ricanant et en me le renvoyant dans une fraction de seconde au niveau de mes jambes… Tu ne sais toujours pas viser !!!
— Mais si, vois ça !
Je cours et lui saute dans les bras comme j’avais l’habitude de le faire au tout début de notre relation… Ça nous faisait toujours rigoler tous les deux et cela finissait le plus souvent au lit…
Et cela ne rate pas, car il commence à m’embrasser d’abord tout doucement, ensuite de plus en plus passionnément… Il me fait tourner et m’enlace avec plein d’amour… Je plane et j'atterris au lit… Je sens mes vêtements s’envoler aussi… J’arrache les siens et on se dévore mutuellement…
Comme ça m’avait manqué…

Et voilà… comme quoi on peut raviver le passé. En faisant ce qu’on a envie au moment précis où on en ressent le besoin. En étant soi-même. C’est pourtant simple ! Pourquoi les gens n’y pensent-ils pas ? Pourquoi se sentent-ils obligés de faire “ce qui se doit” ? Pourquoi ne pas se laisser guider par ce qu’on ressent au plus profond de soi ?

Mais combien de fois n’ai-je pas sauté dans ses bras parce que ce n’était pas le bon moment ? Parce qu’il fallait partir ou manger ou répondre au téléphone ou fermer la porte ou monter dans le bus ou que sais-je d’autres raisons aussi bidon les unes que les autres…
C’est quoi cette lampe sur ma table de chevet ? Je ne me rappelle pas l’avoir déjà vue… Mon cerveau commence à déconner… D’abord le coussin, ensuite la lampe… J’essaye de creuser mes méninges… Rien à faire. Aucun souvenir. Pas la moindre idée d’où cette lampe couleur moutarde peut venir… Et puis cette teinte… Mais je ne l’aime pas du tout. On dirait du vomi de chamelle en chaleur !
Je devrais demander à Chris… Je tourne la tête et je veux ouvrir ma bouche… mais je la ferme aussitôt, car il dort… Il est canné le pauvre ! S’il s’assoupit à midi c’est qu’il n’a pas dû se reposer plusieurs nuits de suite… Je le connais… Comme si je l’avais fait… Il n’aime pas cette couleur non plus, alors qui l’a achetée cette sacrée lampe ? Ça doit être un cadeau de quelqu’un qui ne doit pas être proche… Pas la peine de lui demander confirmation, car il va commencer à s’inquiéter… Deux fois depuis que je suis rentrée que je perds la boule…
Non, mieux vaut la jeter, et puis c’est tout. Je me lève tout doucement pour ne pas le réveiller, j’attrape l’objet de mon dégoût et je vais sur la pointe des pieds dans la cuisine. Je le jette sans faire du bruit et je vais au frigo. J’ai soif ! Et puis j’ai envie de quelque chose de bon à manger…
Je cherche de quoi satisfaire mon envie sur les étagères de la cuisine, mais je ne trouve rien qui m’inspire… J’attrape la bouteille de coca et je commence à boire goulûment… Enfin quelque chose de familier et de réconfortant ! Je ne sais pas pourquoi j’aime cette boisson… C’est de l’eau sucrée et pleine de trucs chimiques… Je me rappelle avoir vu toutes sortes d’expériences dégoûtantes avec ce liquide qui décompose les matières… Mais qu’est-ce que je m’en fous… mais complètement ! Allez encore une gorgée de poison !

Je cours vite et j’ouvre la porte du cagibi… sur l’étagère du haut… j’espère… Mais oui, voilà quelque chose de bon. Je le savais ! Il y a toujours des Mikados à cet endroit ! J'attrape la boîte et je m’assois par terre en commençant immédiatement à dévorer à pleines dents mes bâtonnets au chocolat… Mmmm ! Je revis…

***
Il est parti. Me voilà toute seule.
Un vrai petit-déj. Enfin. Je ne me rappelais même plus ce que c’était. À force de n’avaler que des gelées et des crèmes insipides, j’avais oublié le goût d’une bonne tartine au foie gras. Vite je n’en peux plus de saliver !
Je me précipite sur le réfrigérateur en cherchant la boîte de foie gras que j’avais aperçue hier soir. La voici, la voilà ! Elle n’est même pas entamée ! Je l’ouvre avec impatience. L’odeur frappe mes narines et je réalise combien cela m’a manqué. J’ai toujours adoré le foie gras. La délicatesse du goût, les papilles qui frémissent au contact de la pâte crémeuse. J’étale prestement la gourmandise tant convoitée sur une tranche de pain de campagne. Je ne peux pas résister et j’en prends une grande bouchée. Mmmm !

Je tombe sur ma chaise, comme submergée par ce goût exquis qui flatte mon palais. Quel délice ! Je mâche lentement avec gourmandise, en savourant chaque atome de foie gras… Celui qui a inventé ça était un fin gourmet ! Il faudrait que j’écrive un bouquin en son honneur… C’était qui d’ailleurs ? Qui a pu bien découvrir cette merveille ? Continuons à nous délecter avec la tranche que j’ai finie de tartiner. Tiens c’est curieux, je n’ai aucune idée sur l’histoire du foie gras… je devrais aller chercher. Mais d’abord, profitons jusqu’au bout de ce délice. J’aurai tout le temps pour chercher…

Ah, ben non, finalement… Car j’ai dit à Chris que j’irai au travail aujourd’hui. J’ai même annoncé à mon chef que je viendrais… Mais je n’ai pas envie d’y aller… Si je me sonde bien, je pourrais même dire que cela me barbe grave ! Non, mais… qui est-ce que cela excite les projets européens ? Suivre des procédures, remplir des papiers, faire des rapports et des rétroplannings… tout cela pour obtenir de l’argent. La belle affaire ! En plus pour quoi faire ? Pour remplir des objectifs fixés par je ne sais quel ministère de fortune qui n’a aucun autre souci que d’imposer des règles auxquelles personne ne croit… D’ailleurs, tiens, combien de ministères gèrent des projets de ce type? Je réfléchis et je cherche dans ma mémoire une réponse à cette question, mais aucune n’arrive… Je devrais en trouver au moins un… Allez, un petit effort ! Tiens, celui de l’agriculture : impossible qu’il n’ait pas de projets à gérer… Mais si, obligé avec toutes les aides qu’il distribue à ces pauvres paysans étouffés par la politique agricole commune… Mais non, ce n’est pas le ministère qui gère… C’est une agence. Donc pas bonne la réponse ! Allez un autre ! Celui des transports peut-être ? Non, non, encore une autre agence… L’éducation nationale ? Pareil, mais plusieurs agences…

Je crois bien que les ministères sont plus rusés que ces pauvres porteurs de projet… Mais en fait, pourquoi je me pose toutes ces questions moi ?
Je devrais aller m’habiller, car je risque d’être en retard pour le boulot… Et alors ? Tant pis, ça serait bien la première fois que cela m’arrive ! Ha, ha ! La bonne blague : miss Barrère en retard ! Rien que l’idée, cela me fait éclater de rire. Mais pourquoi donc ? Ah oui, c’est parce que je suis tellement renommée comme étant un exemple de ponctualité, que la pensée d’être en retard est hilarante… Ou pas, finalement ? Et pourquoi ai-je cette réputation ? Mais parce que je suis vraiment comme ça voyons ! Je n’aime pas arriver après l’heure et je n'apprécie vraiment pas quand les autres le font… Et pourquoi ça ? Ah oui, parce que cela serait un manque de respect à l’Autre… Est-ce vraiment vrai ça ? Je pense… Oui, je crois bien que c’est un manque de respect… on est en retard, puisqu'on n’a “rien à foutre” de la personne qu’on doit rencontrer… à tel point que cela ne nous importe pas de la laisser attendre. Peut-être même que cela amuse certains de laisser poireauter les autres… Ce n’est pas mon cas… Quoique… Si je fouille dans ma mémoire, je suppose que je vais bien trouver au moins un contre-exemple… Je ne suis pas une sainte quand même !
Oui, voilà, je me rappelle maintenant : j’ai laissé attendre cette chipie d’inspectrice venue contrôler mon travail, toute hautaine et convaincue qu’elle trouverait des incohérences dans mes rapports… Je l’ai laissée attendre quinze minutes… Une éternité ! Selon mes critères… qui, à en croire certains, seraient exagérés… C’est fou comme les gens notent facilement l’exigence qu’on impose aux autres, mais aucunement celle qu’on s’applique à soi-même… ! Ou c’est peut-être logique, car la plupart oublie de se “prescrire” des rigueurs de ce type… Ils abondent par contre, s’infligeant d’autres “règles”… alors que personne ne leur a rien demandé. Juste parce que la société les a subtilement transformées en convenances dont on ne connaît ni les origines, ni la logique…

Tiens d’ailleurs, qui a inventé les horaires de bureau ? C’est bien la société… On devrait pouvoir travailler quand on a envie et je suis sûre qu’on serait tous bien plus productifs ainsi ! Oui, mais… C’est vrai que tout le monde n’a pas envie de s’investir… J’irais même jusqu’à dire qu’il y a pas mal de paresseux sur cette planète… Voire même pire, des parasites qui profitent de la besogne des autres et qui n’ont qu’un souci : celui de faire semblant. Je crois que c’est la catégorie qui m'énerve le plus… Au moins le paresseux ne va pas nier que bosser n’est pas son truc, alors que l’autre espèce va soutenir haut et fort qu’elle se tue à la tâche, qu’elle est “au bord de l’implosion” !

Bon, allez, ça suffit, faut que je me bouge. J’ouvre l’armoire à vêtements en cherchant quelque chose à me mettre. Tailleur classique ? Pas envie. Jeans ? Non plus. Allez, cette petite robe lilas fera l’affaire ! Je l’enfile vite et je vais me peigner devant le miroir.

Elle est quand même jolie cette robe ! Et puis moi aussi dedans… ! Allez un zeste de parfum, mes petites boucles d’oreilles en améthyste et les chaussures à talons pas trop hauts quand même. Mauves aussi. Décidément j’aime bien cette couleur ! Il ne manque plus que ma petite culotte soit dans les mêmes tons et j’aurais toute la panoplie. Je lève un pan de tissu pour vérifier et j’éclate de rire ! Eh, bien oui, mon slip a bien des fleurs assorties !!!
J’ouvre la porte et sors à reculons, car je n’ai toujours pas envie de me rendre au bureau...
Chapitre 3

Mais qu’est-ce que je fais là moi ? Où suis-je ? Je tourne la tête en essayant de trouver des repères familiers… Des arbres, des parterres de fleurs, au loin, un petit lac et une aire de jeu où il y a quelques enfants qui jouent. Je ne reconnais rien… Les éclats de rires enfantins me font sourire et j’oublie pendant un moment ce que je cherchais.

Je me sens bien, un sentiment de quiétude dans tout mon être. Je suis zen.
Mais oui, j’étais en train de chercher où j’étais… Voyons voir : cette tour pointue à horloge me dit quelque chose… Ah oui, ça doit être l’église Saint Maurice… Ce qui veut dire que je dois être… Mais qu’est-ce qu’il y a comme parc à côté ? Mais oui, je suis bien dans le jardin botanique de Strasbourg ! Mais qu’est-ce que je fous là moi ? Il est quelle heure ? Je regarde ma montre : 10h30… Quel jour on est ? J’essaye de chercher dans ma mémoire, mais sans succès… Je n’arrive pas à me rappeler le jour… Et comment ai-je atterri ici ? J’essaye de reconstituer mon passé proche, mais rien ne veut sortir de mon cerveau… aucune image. Rien.
Peut-être bien qu’une soucoupe volante m’a déposée ici ? J’éclate de rire en me moquant de moi-même : non, mais, ma grande, t’es grave, faut bien admettre ! Voyons, essaye d’être logique : il est 10 heures du mat… et où me suis-je réveillée déjà ? À l’hôpital ? Non, j’étais à la maison. Chris est venu m’embrasser et me dire au revoir. Je me rappelle son eau de toilette et ce souvenir olfactif me plonge dans une rêverie douce. Un profond sentiment de tendresse m’enveloppe.
Et après ? J’ai pris le petit-déj’ toute seule. Le foie gras, mes papilles commencent à frémir rien qu’en y repensant et je salive. Ah oui, c’est bon, je me souviens maintenant : je suis partie au travail. Mais comment suis-je arrivée ici ? Le film s'interrompt et ensuite je ne sais plus rien. Que s’est-il passé ? C’est le néant. J’essaye de creuser ma mémoire. En vain !

J’ouvre mon sac et me mets à fouiller machinalement dedans sans avoir aucune idée de ce que je cherche. Ma main touche un papier cartonné que j’ai envie de sortir. Je me laisse guider par mon instinct et le saisis, pourtant il ne me dit rien pour l’instant. C’est une photo. Oh, c’est ma chère Anna ! Ma bien-aimée Anna. Des souvenirs envahissent subitement mon cerveau et une sensation de tendresse et de chaleur me traverse. Anna était ma meilleure amie au lycée. Penser à elle et à mes sentiments à son encontre me plonge dans le passé. Je revois les lettres qu’on s’écrivait tous les jours, la complicité coquine qui nous aidait à nous comprendre d’un regard et à éviter les jalousies ou les interprétations fallacieuses de nos camarades de classe… Les conversations téléphoniques pendant des heures… Elles aussi, presque quotidiennes. Un jour elle m’avait surprise : en ouvrant une de ses lettres j’avais senti une odeur délicieuse… J’ai pensé qu’elle l’avait parfumée… Elle m’avait confié par la suite qu’elle avait reçu en cadeau des stylos parfumés : chaque couleur avait une odeur particulière… Le rouge rappelait la fraise, le vert - la pomme, le bleu… c’était quoi déjà? Je ne me souviens plus… Le mauve c’était les raisins, évidemment, comment pourrais-je oublier cette couleur ?

J’adorais notre échange épistolaire quotidien. L’attente était délicieuse… alors qu’en général, je n’aime pas ça, mais pour ses lettres j’étais patiente et impatiente à la fois. Il me tardait de découvrir ses pensées. Sa belle écriture, tout ordonnée. Je dévorais ses phrases, l’une après l’autre, et ensuite je recommençais. Je le faisais sous la table pendant un cours, dans les toilettes ou bien cachée sous l’escalier. Je recommençais dans le bus si j’avais la chance d’être assise… Assez rarement d’ailleurs, car bien souvent il était plein à craquer ! Je m’arrêtais toujours dans le petit square derrière la maison et je m'asseyais sur la pierre à l’ombre du cerisier… Je savourais chaque phrase en essayant de trouver tout ce qu’il y avait derrière. Ce qu’elle avait pensé, ressenti. Je cherchais chaque détail. Je gardais le meilleur pour la fin : les derniers mots étaient toujours pleins de tendresse… À chaque fois différents. Nous étions pareilles sur ce point. Nous faisions attention aux petites choses et écrivions en pensant à ce que l’autre allait ressentir au-delà de nos propres émotions, qui étaient déjà assez fortes et ne cessaient d’augmenter de jour en jour…
Mon cœur battait à chaque fois que j’approchais la fin de la lettre, car je savais que j’allais découvrir une nouvelle émotion… Tout comme quand j’écrivais, en lui répondant paragraphe par paragraphe… Une sorte de “ping-pong” naturel qui s’était installé entre nous dès le jour où nous avions commencé à nous écrire. Je ne me rappelle plus comment ce petit jeu avait démarré d’ailleurs…

C’est curieux, je ne me souviens pas non plus des gestes de tendresse que nous avions l’une pour l’autre… C’est que toutes les deux, nous avions plutôt une réputation de “glaçons”. Moi par rapport aux garçons… Je n’avais pas de petit copain, de “fiancé” comme on dit parfois. Par contre, j’avais plein d’amis appartenant à la gent masculine avec lesquels je passais beaucoup de temps. Anna n’avait pas ce problème, car elle avait réussi à transformer en petit ami presque chacun de mes copains ! C’était plutôt son aspect physique qui évoquait une certaine froideur nordique : blonde aux yeux bleus, elle avait des traits assez anguleux, mais l’ensemble était plus qu’agréable à regarder. C’est pour cela qu’elle avait tant de succès avec les garçons ! Elle s’est d’ailleurs mariée avec un de mes amis et elle vit maintenant aux États-Unis.

Tiens, je devrais l’appeler ! J’attrape mon téléphone dans le sac, toute contente à l’idée d’entendre sa voix. Je cherche le numéro. Ça sonne. Je l’entends rouler les “r” avec tant de charme.
— Bonjour, c’est bien toi Clara ?
— Oui, bonjour Anna, c’est moi. J’avais envie de prendre de tes nouvelles !
— Cela fait si longtemps qu’on ne s’est pas parlé…
— Et encore plus, qu’on ne s’est pas vues !
— J’ai essayé de t’appeler le mois dernier, mais je tombais toujours sur ta boîte vocale… Décidément tu es difficile à joindre !
— Ah, tu n’es pas au courant alors !
— Au courant de quoi ?
— J’étais à l’hôpital. Je n’avais pas souvent droit au portable… Leur règlement à la noix…
— À l’hôpital ? Mais qu’est-ce qui s’est passé ? T’as été malade ?
— Non. Accident de voiture. Un bus m’est rentré dedans…
— Grave ? demanda-t-elle en hésitant…
— Assez. Mais pas beaucoup de choses cassées. Juste ma tête un peu abîmée… Remarque cela ne change rien, elle l’était déjà ! Et toi alors, comment vas-tu ? Quoi de neuf ?
— Eh bien, ça tombe bien que tu m’appelles, car je suis à Paris !
— À Paris ? Tu as déménagé ou quoi ?
— Non, je suis en déplacement professionnel.
— Pour combien de jours ? demandé-je aussitôt en espérant entendre qu’elle avait encore un peu de temps devant elle…

Une forte envie de la voir m’assaille tout à coup.
— Pour trois jours encore.
— Tu loges où ?
— À Montparnasse, comme d’hab.
— À l’Hôtel du parc ?
— C’est bien ça, t’as une bonne mémoire ! T’es pas si abîmée que ça alors !!!
— C’est vrai. T’as bien une petite place pour moi dans ta chambre ?
— Mais oui, pour toi, toujours ! Tu viens ?
— Demain à midi au plus tard !
— Super chouette ! Je suis contente ! Chambre 110. Je laisserai un mot à la réception et tu pourras te reposer jusqu’à mon retour. Je devrais être là vers 13 heures.
— À demain alors Anna !
Chapitre 4

Tiens, je devrais appeler Cris pour le prévenir que je vais quitter la ville durant trois jours… Que dois-je lui dire pour qu’il comprenne que j’ai vraiment envie d’aller voir Anna ? J’aimerais bien qu’il ne s’y oppose pas… Mais en fait, pourquoi il le ferait ? Parce qu’il s’inquiète pour moi surtout… Bon allez, j’arrête les spéculations et je l’appelle. Ou alors je lui envoie un texto ? Ou un whatsapp ? Non, allez le coup de fil, c’est quand même mieux pour sentir le ton de sa voix…
— Bonjour Chris !
— Bonjour mon amour ! Quelle surprise ! Comment te sens-tu ? T’as bien repris tes habitudes au bureau?
— Non. En fait je ne suis pas au travail…
— T’as déjà fini? T’es où alors ?
— Ben tiens, cela me fait penser que je devrais les appeler… mais après. Quelque chose de bizarre m’est arrivé ce matin… Je me suis réveillée au jardin botanique sur un banc…
— T’avais envie de te promener?
— Non. Euh, en fait, je ne sais pas, car je ne me rappelle pas comment je suis arrivée là…
— Tu y es toujours? Tu vas bien? Tu veux que je vienne te chercher ? demande-t-il inquiet.
— Non, ça va… Je viens de parler à Anna !
— Comment va-t-elle ? Ça faisait un bail que vous n’aviez plus parlé, je crois…
— C’est vrai. Plusieurs mois. Elle est à Paris.
— Ah bon ?
— Oui. Elle est en déplacement professionnel. Elle y reste encore trois jours.
— Tu devrais aller la rencontrer ! Cela fait aussi plus de deux ans depuis votre dernière rencontre…
— Deux ans tu crois ? C’était quand déjà ?
— Lors de notre voyage à Washington, il y a deux ans. Tu te rappelles maintenant ?
— Ah oui, tu as raison. Qu’est-ce que tu as une bonne mémoire toi ! Tu m’épateras toujours ! Mais pour revenir à Anna, j’y ai pensé. J’ai très envie de la revoir. Tu es sûr que cela ne te dérange pas si je pars pour trois jours?
— Mais non ma chérie ! Pourquoi cela me dérangerait ? Tu viens de passer à côté de la mort… Ou au moins, tu l’as aperçue de très près. Je pense qu’il est temps d’arrêter de te poser autant de questions et de partir à Paris rejoindre ton amie. On n’a qu’une vie mon amour, ne l’oublie pas !
— Je suis heureuse que tu réagisses de cette manière, car j’y ai songé en parlant avec Anna. Je t’aime mon amour ! Je vais rentrer pour faire ma valise. Je partirai demain matin à la première heure. Quand est-ce que tu rentres ?
— Pas trop tard, puisque j’ai bien envie de profiter de toi encore un petit peu. Vers 16 heures, je pense… Allez, à tout à l'heure, ma chérie. Rentre bien et puis surtout fais attention à toi ! Ce soir, il faudra qu’on parle plus de ce qui t’est arrivé ce matin… dans le parc.
— C’est d’accord mon chéri !

Un sentiment de joie, d’amour et de reconnaissance me cloue sur mon banc. Je souris… J’ai quand même de la chance d’avoir Chris ! C’est un homme exceptionnel qui arrive des fois à me surprendre avec son intuition “masculine”… Il a senti que j’avais envie de revoir Anna. Et qu’en plus je ne voulais pas m’attarder sur mon « accident »… Cela ne peut pas être autre chose, car peu de gens raisonnables auraient proposé une telle chose à leur femme, à peine sortie de l’hôpital… Il est vrai qu’il n’était pas comme ça quand je l’ai connu… Mais moi non plus. Qu’est-ce que nous avons évolué depuis… Avant, nous avions tellement peur de changer… Nous pensions que changer signifiait se résigner ou faire des compromis. Qu’il fallait que nous restions fidèles à nous-mêmes... et que s’adapter trahissait ce principe. Mais quelle sottise ! La vie est en perpétuel mouvement. Pour être en paix dans notre for intérieur, il faut accompagner le changement… Aussi paradoxal que cela puisse paraître, en changeant, on s’approche de soi-même, on ne s’éloigne pas de sa personnalité. Je suis bien plus heureuse aujourd’hui qu’il y a dix ans, quand je considérais qu’il ne faut surtout pas changer mes croyances, mes convictions, mes principes… Garder toujours la même direction est aussi difficile que nager à contre-courant.

Je me lève enfin de mon banc en m’arrachant à la douce rêverie qui m’avait complètement accaparée et me dirige en sautillant vers la station de bus…
Oh mince, j’ai oublié ! Il faut que j’appelle mon chef ! Je m’arrête brutalement, au milieu du trottoir, et je forme son numéro.
— Bonjour, c’est Clara.
— Bonjour Clara. Tu vas bien? Ce n’est pas aujourd’hui que tu devais reprendre le travail ?
— Si c’est bien aujourd’hui, et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’appelle. J’ai eu un malaise. Une absence en route vers le bureau…
— C’est grave ?
— Non, je ne pense pas, mais je ne sais pas ce qui s’est passé et Christophe insiste pour que j’aille consulter…
— Oui, il a raison. Il ne faut pas prendre à la légère les suites d’un accident comme celui que tu as subi. Christophe m’a raconté… Tu as de la chance d’être en vie, alors il ne faut pas la gaspiller.
— C’est vrai. Je pense que je vais suivre vos conseils et aller aux urgences. Je pourrais rester encore quelques jours pour des examens complémentaires ?
— Mais oui, bien sûr. Prends tout le temps qu’il te faut. Tiens-nous seulement au courant de ce qui se passe.
— C’est entendu. Merci. À bientôt et bises à l’équipe !

Je reprends ma course en sautillant… Et voilà, une autre bonne chose de faite ! En plus, je n’ai même pas eu à mentir… En fait, j’ai horreur de ça. La vérité est toujours la plus simple… ai-je découvert il y a bien longtemps… A quelle époque déjà ? Je ne me rappelle plus vraiment le moment, mais j’étais petite… Ah oui, c’est vrai, ce sont mes copines d’école qui m’ont permis de découvrir que la vérité est la meilleure option, en toute circonstance. Qu’est-ce qu’elles avaient du mal à se dépatouiller dans leurs mensonges ! Entre ce qu’elles racontaient à leurs parents, à leurs camarades, aux profs… Cela m’amusait de les regarder slalomer dangereusement entre leurs propos fallacieux … En fait, j’avais plutôt de la peine pour elles … voire de l’admiration pour certaines qui y parvenaient très bien… Jeune fille, je n’étais pas très rusée… Comment peut-on admirer quelqu’un qui ment à longueur de journée ? Je me demande si elles arrivaient encore à distinguer entre la réalité vraie et celle qu’elles s’inventaient…

Bon, c’est vrai, je n’ai pas été entièrement sincère au téléphone, car je n’ai pas dit que je partais à Paris revoir mon amie… Mais alors ? Était-ce un mensonge ? J’ai bien eu une absence. En route pour le bureau je suppose, car je ne me souviens plus de rien… Et après ? Qu’ai-je prétendu déjà ? Ah oui, que Christophe insiste pour que j’aille consulter… Là oui, en effet, j’ai menti. Mais je suis sûre que c’est ce qu’il va me demander de faire ce soir en rentrant… J’ai également parlé d’examens complémentaires… Je n’ai pas totalement menti non plus, je suis effectivement impatiente d’aller “examiner” Anna pour apprendre ce qu’elle a vécu ces deux dernières années !!!!

Oups ! Cette dame me regarde un peu de travers… Elle attend le bus comme moi. Ça doit être le fait que je ris toute seule… Elle doit me prendre pour une demeurée… Tant pis ! En fait, peut-être qu’elle a raison… Je suis un peu barge ! Hier j’étais encore à l’hôpital, et maintenant me voilà en route pour faire ma valise et partir à Paris…
Qu’est-ce que je suis heureuse ! Je suis contente ! Cela fait du bien de ne pas être raisonnable ! Je n’avais même pas réalisé que j’étais si désireuse d’enfreindre les règles… Mais suis-je vraiment en train de le faire ? Il n’y a pas de loi qui interdit de voir ses vieilles amies… Ni de décider sur-le-champ de quitter la ville et de profiter d’une belle opportunité… Alors ? Oui, bon, il n’est peut-être pas très correct de ne pas aller au travail… Mais rien qu’en y pensant un peu, je réalise qu’il y a tellement de gens qui font cela, sans avoir autant de procès de conscience que moi… Et puis, sans avoir d’aussi bonnes raisons… Alors franchement… Rien que cette année, à part ce congé lié à mon accident, je n’ai eu aucun jour de maladie ou autre absence… Trois jours pour voir une si bonne amie qu’Anna, ça vaut quand même largement le coup. D’ailleurs, je me demande si mon chef s’y serait opposé, si je lui avais dit l’entière vérité… ?!?

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