Roman discursif urbain
151 pages
Français

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Roman discursif urbain , livre ebook

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Description

La narration du livre se déroule dans la rue et les lieux publics d'une grande ville. Elle est tenue par chaque personnage qui prend la parole à tour de rôle pour se présenter sur le ton du discours et comme s'il se trouvait livré par lui-même dans une arène ou sur une scène de théâtre.
Le besoin vital d'être reconnu par celui qui a tout autant besoin de l'être à l'arraché urbaine d'un croisement de regards est la trame profonde de ce récit.
L'auteur du « Roman discursif urbain » a voulu rendre hommage à la parole intelligente des anonymes.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 16 novembre 2016
Nombre de lectures 0
EAN13 9782312055015
Langue Français

Extrait

Roman discursif urbain
Marc Azad Nioré
Roman discursif urbain
LES ÉDITIONS DU NET
126, rue du Landy 93400 St Ouen
Du même auteur

Exit , Les Editions du Net
© Les Éditions du Net, 2016
ISBN : 978-2-312-05501-5
« Aussitôt nés, ils veulent vivre et recevoir leur funeste destin, ou plutôt veulent-ils trouver le repos ; et ils laissent après eux des enfants, pour que d'autres funestes destins adviennent. »
Héraclite
Bistrot
Je m’appelle Gabriel et je me rappelle le moment où mon meilleur pote a tourné la tête en direction d’une trinité attablée de rires moqueurs qui ne lui étaient pas adressés. Ça n’a pas pris une seconde à l’aiguille de ma montre l’élaboration d’un éclair de nerfs pareil qui te pousse à te demander où c’est que le sang de toute une personne a pu se débiner comme ça du système artériel de la personne alors que tu sais avec pertinence qu’il n’a pas pu en sortir sans effusion. Mon meilleur pote est devenu blanc comme un slip kangourou.
Gaspard, je te jure, c’est pas pour toi le foutage de gueule, j’ai dit suppliant. M’a pas entendu du tout. Il s’est redressé brutalement et virevoltant dans sa susceptibilité maladive et bandant telle une corde d’arc sa petitesse de taille maigre avec le dossier de sa chaise claquant par terre.
Je m’appelle Daratsari depuis que je prétends que Dieu en personne m’a baptisé ainsi en m’ayant entendu tout petit demander à la Montagne de raconter la véritable Histoire des hommes. Oui. La Montagne couchée sur une photographie d’un bouquin de géographie qui sait tout et qui ne dit jamais rien avec une grande bouche divine invisible et une mémoire encore plus énorme et invisible. Dis, Ararat, ça s’est passé comment, en fait ? Ou mieux encore. Papa et maman m’ont répondu à la place de Dieu et de la Montagne en m’appelant tout autrement. Du genre, euh, j’me souviens plus du tout, mais ça devait avoir beaucoup d’importance administrative pour ces deux farceurs morts de rire. Ils m’ont même fabriqué deux grands pieds d’homme maladroit qu’ils ont monté sur des ressorts à talons aiguilles pour me refiler l’impression d’avoir toujours les mains gantées jusqu’aux coudes avec de la résille au parfum sucré de demoiselle chochotte qui serait restée coincée dans une époque qui n’arriverait pas à passer le cap de son propre présent dans cette tête au contenant charmant si minuscule. Ils m’ont laissé comprendre qu’il fallait travestissant que je m’invalide tolérable en matière d’intelligence intuitive ou redescende d’un cran hiérarchique en matière de prétention humaine si je voulais faire mon humble et baveuse place agenouillée parmi l’espèce sociétale.
Dis plutôt Daratsari que tu t’octroies la petite perversion fulgurante de te prendre pour une demoiselle à quéquette dans un imperméable à moitié cradingue avec l’envie furieuse de forniquer d’un soldat mercenaire qui débarquerait dans un village de jeunes veuves parce que tu serais en manque basique d’héroïne.
Ah ! le Saint Manque comme fondation de toutes les actions célestes et terrestres ! Y’a pas que ça causal et qualifiant, l’héroïne, Gabriel, mais je reconnais que ça en fait partie comme un bras, une jambe, ou un morceau orgastique de pathologie ultra tangible.
Gaspard s’est avancé de quelques pas souples et fermes vers la table moqueuse, Daratsari. Il s’est arrêté devant avec la paroi jaunie de ses dents serrées comme seul bouclier souriant de chevalier moderne. Il a imité le rire des trois hommes un court instant en caricaturant une voix de pucelle qui voudrait pas encore avouer son envie qu’on lui déchirât l’hymen. Mon meilleur pote en a même remué sur place à augmenter le rire des trois hommes en faisant devant eux comme des ronds de cerceau avec ses hanches et a poussé la provocation jusqu’à se plonger un pouce à moitié dans sa bouche et l’a suçoté bien quelques secondes avec son autre main posée sur son ventre poussé en avant au-dessus d’un pied qu’il s’est mis à croiser sur l’autre, et tout en continuant ses ronds de cerceau avec ses hanches.
En gros pour te dire, Gabriel, et dans un lieu temporel décalé par rapport à celui de Gaspard, ton meilleur pote, je suis en train d’enjamber une suite de ces flaques d’eau de presque autant que de la garbure la texture sur les trottoirs de bitume gondolé avec une délicatesse zigzagante de sauterelle et ma chevelure et mon imperméable qui ruissellent de pluie et je traverse l’avenue en me faufilant entre ces becs d’entonnoirs d’espace qu’autorisent quelques rares pare-chocs de voitures à ne pas se toucher. Une orchestration dissonante de coups d’accélérateurs grondants mélangés à des trompettes d’avertisseurs enragés se joue là citadine à heures fixes dans chaque jour répété par le travail qu’on n’est pas forcé d’aimer. Cette orchestration est censée servir d’accompagnement à l’homme abasourdi et maladroit que j’incarne sans plus aucune fantasmagorie sexuelle dedans le pardessus à moitié déjà cradingue. Je demeure néanmoins soucieux de ne pas trop y rajouter salissures de gras pétrolifère, car je veux rester élégant dans la dissimilation de mon désordre intérieur. Je remercie d’ailleurs de plusieurs hochements de tête frappée d’idiotie grimaçante ces figures d’ombres abritées au volant de leur voiture derrière le ballet métronomique d’une bonne centaine de paires d’essuie-glaces que j’entends claquer comme au vent, des volets mal fermés à l’intérieur de mes molaires. Ainsi, j’essaie de me distinguer de quelques piétons hargneux qui eux poussent des jurons que ponctuent leurs poings levés qui s’abattent lourdement sur la taule des capots avant arrière des voitures qui surchauffent autant que dans les estomacs bourrés de matière cervicale et de haine accidentelle qui s’attrape comme un rhume et sait rendre à des hommes si peu éloquents le verbe novateur.
Quoi , toi, là, ça veut nous expliciter ton rire et tes gnagnagna de jeune laiteuse gesticulante à couettes, hein, mec ? s’est irrité un peu intrigué dans son arrogance naturelle l’un des trois hommes moqueurs au moment où ses deux comparses qui pouffaient de plus belle comme de vieilles coquines à ses côtés se sont sentis happés l’un après l’autre vers le plafond par une force invisible à rapidité foudroyante du nom de Gaspard , mon meilleur pote, puis redescendre tout aussitôt en chute libre à genoux d’amortisseurs sur le sol du bistrot oriental après avoir reçu chacun une propulsion frontale de Néandertal .
Seulement, ces frappes et jurons désordonnés d’exaspération des autres piétons ont raison de mon self-contrôle de bienséance de bazar, Gabriel, et chassent brutalement ma volonté de continuer à user de cette délicatesse zigzagante de sauterelle pour lui substituer le besoin mimétique de me gueuler de la une ! deux ! une ! deux ! une ! deux ! en martelant le sol avec une régularité de défilé militaire exécuté au pas de l’oie et en plein centre des flaques d’eau garbure que je reçois sur la figure sous forme d’éclaboussures en réponse. Car je ne veux plus du tout rester élégant dans la dissimulation de mon désordre intérieur pour atteindre ce même bistrot presque familial. Tu comprends ? Je veux me sentir aussi complètement sale à l’extérieur que je me le sentais déjà à l’intérieur.
Pour sûr difficile à endurer une traversée de ville à pied rapide sous la pluie battante, quand on se trouve être en manque énorme de sucre brun à petites bulles dans la cuillère, investi de la quête obsessionnelle d’un premier orgasme d’exception pas possible à retrouver.
Et toi de même pour avoir enduré l’amitié sincère d’un siphonné pareil comme Gaspard.
Daratsari et Gabriel scandent ensemble :
Deux petits chaos conséquents personnels pour un équilibre partageable !
Daratsari reprend seul.
Je me revois tout raidi bougonnant m’y engouffrer dans le bistrot en poussant la porte avec la grâce engoncée d’un ours en retard d’hibernation et me plier comme mort de ricanement nerveux et crampe en coup de pied d’éléphant reçu en plein bide. Je me revois dégorger d’eau partout sur le plancher qu’a pas été ciré depuis des années tellement qu’il est blanc et tacheté marron foncé de multiples brûlures de clopes que

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