Rut rural
198 pages
Français

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Rut rural , livre ebook

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Description

Édouard est un intellectuel retraité ; Martin, un ex-goon en rémission d’un cancer ; et Jeff, un jeune hyperactif bourré de tics. À la suite des funérailles bilingues et caniculaires de la mère de Jeff, une improbable amitié se nouera entre eux.
Au fil des virées en pick-up et en Ford Thunderbird 1961, ils sillonne­ront ensemble les Cantons-de-l’Est pour visiter des vignobles et des bars louches, arracher des plants de pot, se baigner tout nus, pique-niquer, philosopher… jusqu’à ce que le passé de bagarreur de Martin le rattrape et vienne tout faire chavirer.
Rut rural, c’est l’histoire de ces trois hommes que la vie, la mort et la maladie réuniront dans des décors de carte postale et leur envers, mais c’est aussi celle de leurs amours. Car ces hommes durs, amateurs de chars et de bon vin, malgré leurs gros défauts et leurs étranges manies, sont avant tout des cœurs tendres.
Robert vira graduellement au rouge, à la manière d’un rond de poêle spiralé, mais l’explosion attendue ne se concrétisa pas. Il finit par tourner les talons en marmonnant d’indistinctes menaces. Une vingtaine de pas plus tard, le poing agité, il se retourna :
— On va se revoir à la maison. Ton boxeur sera pas là pour te défendre !
— Qui ça ?
La question provoqua un nouveau sursaut de Robert, mérité cette fois, car Martin n’était plus très loin. Il rappliquait, les sourcils froncés tel un rapace jaugeant une proie.
— Mêle-toi pas de ça, toi, avertit l’homme à tout faire en pointant un index agressif vers Martin, mais il n’en détala pas moins sans demander son reste.
C’était l’effet que produisait généralement Martin : il faisait sourire les femmes et trembler les hommes.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 31 janvier 2018
Nombre de lectures 0
EAN13 9782764434741
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0750€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Du même auteur
Adulte
Copiés/collés , poésie, Trois, 2000.
Haine-moi ! , Lanctôt éditeur, 1997.
Yuppie blues , Éditions Québec Amérique, 1994.
Micro-textes , poésie, Écrits des Forges, 1990.
• Prix Octave-Crémazie 1990
Jeunesse
Un perce-oreille dans l’oreille , Éditions Z’ailées, 2014.
Un Esquimau dans le frigo , La courte échelle, 2009.
Un génie dans les tuyaux , La courte échelle, 2009.
La main vivante , La courte échelle, 2006.
Le fantôme de la piste 9 , La courte échelle, 2005.
Lucifer Jones , La courte échelle, 2005.
Le monstre du sofa , Éditions Michel Quintin, 2004.
Lucifère Première , La courte échelle, 2004.
Le Balafré du cap du Diable , Éditions Michel Quintin, 2003.
Lucifer, mon grand-père , La courte échelle, 2003.
Docteur Soccer , La courte échelle, 2002.
Une panthère dans la litière , La courte échelle, 2002.
Marie-Maillot , Éditions Alexandre Stanké, 2001.


Projet dirigé par Marie-Noëlle Gagnon, éditrice

Conception graphique : Nathalie Caron
Mise en pages : Pige communication
Révision linguistique : Sylvie Martin
En couverture : image de 24Novembers / shutterstock.com
Conversion en ePub : Marylène Plante-Germain

Québec Amérique
7240, rue Saint-Hubert
Montréal (Québec) Canada H2R 2N1
Téléphone : 514 499-3000, télécopieur : 514 499-3010

Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada pour nos activités d’édition.
Nous remercions le Conseil des arts du Canada de son soutien. L’an dernier, le Conseil a investi 157 millions de dollars pour mettre de l’art dans la vie des Canadiennes et des Canadiens de tout le pays.
Nous tenons également à remercier la SODEC pour son appui financier. Gouvernement du Québec – Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres – Gestion SODEC.



Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada

Rousseau, Paul
Rut rural
(Latitudes)
ISBN 978-2-7644-3472-7 (Version imprimée)
ISBN 978-2-7644-3473-4 (PDF)
ISBN 978-2-7644-3474-1 (ePub)
I. Titre. II. Collection : Latitudes (Éditions Québec Amérique).
PS8585.O853R87 2018 C843’.54 C2017-942119-0 PS9585.O853R87 2018

Dépôt légal, Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2018
Dépôt légal, Bibliothèque et Archives du Canada, 2018

Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés

© Éditions Québec Amérique inc., 2018.
quebec-amerique.com




Ce roman est campé dans de magnifiques mais véritables décors. Toute ressemblance avec des personnes réelles serait cependant parfaitement fortuite.


À mes beaux À mes belles

PREMIÈRE PARTIE
ULVERTON

1
— Mon Dieu que j’aimerais donc être enterrée ici !
L’étonnante confession émanait d’une des pleureuses, une lointaine cousine assez corpulente. Elle avait jailli spontanément de son ample gorge lorsque le groupe de parents et amis de la défunte avait atteint le sommet de la colline émeraude et, de là-haut, avait pu enfin englober du regard la totalité du petit cimetière protestant et ses alentours, un ensemble si bucolique, malgré l’écrasante chaleur du début de juillet.
À droite, à gauche, on lui donnait raison à voix basse, et même haute, car le champ des morts de l’Église unie d’Ulverton était un endroit tout à fait charmant en dépit de sa vocation foncièrement lugubre. Et il est vrai qu’on pouvait aisément imaginer affronter l’éternité dans ce décor de calendrier scout avec petite église en bois blanc sur fond de campagne vallonnée.
Ils y avaient accédé par un sentier de dalles effritées qui grimpait derrière l’église en contournant les premières pierres tombales aux surfaces noircies, indéchiffrables. Comme les stèles émergeaient du gazon un peu en désordre en suivant l’élévation de la butte, ils avaient eu l’impression qu’elles les accompagnaient, graves et muettes, jusqu’au sommet. Là, les attendait, à l’ombre d’un érable rouge au feuillage rond, une troupe docile d’une trentaine de tombes profitant de la vue exquise sur les champs et les coteaux avoisinants. Quelques pierres tombales s’échappaient du troupeau et dévalaient la colline basse vers un petit bois comme de vieux soldats partant en mission.
Une odeur de foin chaud et d’épines de pin séchées montait du sol. Tout autour, le grand orchestre des grillons et des criquets affolés par la chaleur, faisait grincer ses ailes dures et cornées jusqu’à couvrir la voix du révérend James Housley, responsable de la pastorale de Richmond, qui aurait bien aimé pouvoir commencer la cérémonie de mise en terre.
Malgré l’ombre répandue par l’érable solitaire sur les morts et les vivants en cette cinquième journée de canicule, la petite foule encadrant l’officiant et la fosse fraîchement découpée comptait plusieurs visages cramoisis et les fronts emperlés de sueur étaient la norme.
Le cercueil suspendu au-dessus du trou par un jeu de sangles était en acier inoxydable argenté et il scintillait de mille feux au soleil, forçant les participants à détourner les yeux vers la pierre tombale en marbre rosé où venait d’être ajoutée l’année de la mort de la défunte. Bien que de confession catholique, son nom et l’année de sa naissance y figuraient déjà depuis vingt ans sous celui de son mari. Ça donnait ceci :
Gordon Bailey, 1931-1992 Carole Boisvert-Bailey, 1945-2012
Un bête accident de la route expliquait les retrouvailles des deux époux au petit cimetière de l’Église unie d’Ulverton, un village québécois d’à peine trois cent cinquante âmes, joli anachronisme que l’on découvrait en s’élançant sur la route des Cantons, avec son vignoble, ses deux antiquaires, sa fromagerie artisanale, son pont couvert, son moulin à laine et le chapelet de grandes maisons de style Nouvelle-Angleterre qui se déroulait en suivant les méandres de la route 143. Il ne fallait toutefois pas cligner des yeux en passant par là, sinon on risquait de tout rater. C’était tout petit.
Les descendants des loyalistes américains et des Écossais qui l’avaient fondé et des Irlandais qui l’avaient ensuite peuplé ne conservaient qu’une présence discrète dans les environs, mais leur pittoresque hameau établi sur les premières rondeurs des basses Appalaches demeurait intact, pour la joie des touristes égarés. C’est ici que débutait la superbe région de l’Estrie lorsqu’on arrivait du centre de la province, ici que le célèbre Val-Saint-François commençait à mériter pleinement son nom, ici que le Québec prenait parfois des allures du Vermont et du New Hampshire. Nous étions au pays des terres riches labourées jusqu’au sommet des collines, au pays des claires forêts d’érables à sucre, au pays du chevreuil. Un cervidé avait d’ailleurs tenu le rôle principal dans le drame qui avait amené ici la défunte.
L’inconfort des participants s’accrut à l’arrivée du fils de la morte, qui eut le culot ou l’insouciance de se présenter à l’enterrement de sa mère au volant de la voiture dans laquelle elle avait péri quelques jours plus tôt. Sur la colline mortuaire, on vacilla d’indignation en voyant Jean-François Bailey descendre de la Cadillac accidentée, qui arborait un pare-brise en partie recouvert de bandes adhésives. On savait bien que le pansement maladroit cachait l’endroit où le panache du chevreuil avait percé la vitre et était venu l’encorner. Tout le monde en avait parlé dans le voisinage. Quel spectacle macabre, murmurait-on en anglais et en français, quel comble de mauvais goût que d’exhiber sans vergogne les vestiges du drame !
Jean-François, Jeff, comme on l’appelait, n’en avait cure ou n’en avait pas conscience, on ne savait trop. Il gravissait la colline de sa démarche sautillante, en s’arrêtant à l’occasion pour prendre des photos avec son portable, comme si le reste ne le concernait pas. À bout de patience, un grand type chauve portant un blouson de motard se détacha du groupe et vint à sa rencontre en renâclant. C’était Martin, dit le beau Martin, moins beau depuis que la vie lui avait joué un sale tour.
— Où t’étais ? Grouille-toi, on meurt de chaleur ici.
Le jeune Bailey redressa la tête, surpris, et sembla découvrir à ce moment seulement la petite foule qui l’observait avec des regards lourds de désapprobation. Il secoua la tête nerveusement.
— J’arrive, j’arrive, dit Jeff en rajustant ses lunettes à m

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