Sans rancune
186 pages
Français

Sans rancune

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186 pages
Français

Description

Roman-charnière de la littérature du Congo-Kinshasa, Sans rancune raconte le parcours social, dans les années 50, d'un personnage qui, à l'image de son auteur, Thomas Kanza, devient le premier congolais laïque à suivre des études universitaires en Europe.. Publié en 1965, le livre était devenu introuvable. Le voici réédité, dans une version entièrement revue et augmentée par l'auteur lui-même autour de l'an 2000. Le récit est précédé d'une introduction sur le contexte sociopolitique de la jeunesse de Thomas Kanza et d'une lecture approfondie qui souligne les différences majeures entre les deux versions du roman.

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Date de parution 01 juillet 2006
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EAN13 9782296151499
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Collection L’AFRIQUE AU CŒUR DES LETTRES dirigée par Jean-Pierre Orban
L’AFRIQUE AU CŒUR DES LETTRES
L’Afrique a été l’objet de multiples éclairages politiques, histori-ques, sociologiques. Mais la littérature a-t-elle un regard spécifique sur le continent africain ? Quel est ce regard ? Comment les écri-vains, africains ou non, ont-ils appréhendé et saisissent-ils la réalité africaine d’hier et d’aujourd’hui ? Comment la recréent-ils ? Quelle parole, littéraire, politique, polémique, journalistique, portent-ils sur
elle ? C’est à ces questions que la collectionL’Afrique au cœur des let-tresrépondre. En recherchant et en rééditant ce que les écri- veut vains, célèbres ou moins connus, ont dit de l’Afrique, de son histoire et de son esprit. En publiant ce que les auteurs littéraires écrivent d’elle aujourd’hui sous diverses formes : du journal de voyage à l’essai, en passant par les articles de presse ou les interventions politi-ques. Enfin, la collectionL’Afrique au cœur des lettresentend présen-ter, sous un regard critique, des analyses de la parole des écrivains : comment celle-ci s’intègre dans leur œuvre, comment et pourquoi ont-ils écrit sur l’Afrique ?
Titres parus :
Mark TWAIN,Le soliloque du roi Léopold, satire, traduit (de l’américain) et introduit par Jean-Pierre Orban Jules VERNE,L’étonnante aventure de la mission Barsac, suivi de Voyage d’études,2 vol., lecture d’Antoine Tshitungu Kongolo
Titres à paraître :
Silvia RIVA,Nouvelle histoire de la littérature du Congo-Kinshasa, traduit de l’italien, version française revue et actualisée par l’auteur, préface de V.Y. Mudimbe et de Marc Quaghebeur (parution été 2006) Paul LOMAMITSHIBAMBA,Ah ! Mbongo, roman inédit Noël X. EBONY,Les masques, roman inédit
Si vous voulez être tenu(e) au courant des publications de la collection, écrivez à L’Harmattan, Collection « L’Afrique au cœur des lettres », 5-7, rue de l’École Polytechnique 75005 Paris (France), ou envoyez un message àafrique.lettres.harmattan@wanadoo.fr
Thomas Kanza
Sans rancune
Roman Version inédite
Introduction de Herbert Weiss Lecture de Mukala Kadima-Nzuji et Jean-Pierre Orban
L’Harmattan 5-7, rue de l’École Polytechnique 75005 Paris
L’Harmattan Hongrie Espace L’Harmattazn Kinshasa L’Harmattan Italia L’Harmattan Burkina Faso Könyvesbolt Fac. des Sc. Soc. Pol. et Adm. Via Degli Artisti, 15 1200 logements villa 96 Kossuth L. u. 14-16 BP243, KIN XI 10124 12B2260 1053 Budapest Université de Kinshasa - RDC Torino Ouagadougou 12
RemerciementsMadame Eugénie Maloumbi veuve Kanza et à ses enfants pour leur confiance, ainsi qu’à Valérie Kanza-Druart pour la précieuse collaboration qu’elle a apportée à cette édition, dans la collecte d’informations et la mise au point du texte final du roman.
www.librairieharmattan.com harmattan1@wanadoo.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr
© L’Harmattan, 2006 ISBN : 2-296-00980-8 EAN : 9782296009806
ThomasKANZAest né le 14 octobre 1933 à Boende (Province d’Équateur) en République Démocratique du Congo. En 1956, il devient le premier universitaire congolais laïque (licence en sciences psychologiques et pédagogiques de l’Université de Louvain) avant d’être, en 1958, le premier participant africain au séminaire Henry Kissinger à Harvard et le premier diplômé africain du Collège de l’Europe (Bruges). Il intègre alors la Communauté européenne et occupe, de 1958 à 1960, un poste de fonctionnaire au sein du dépar-tement outre-mer. Après l’accession du Congo belge à l’indépen-dance, en 1960, Patrice Lumumba l’appelle à faire partie du gouvernement congolais. Nommé ministre délégué à l'ONU, Tho-mas Kanza devient ainsi, à 27 ans, le premier ambassadeur à occuper le siège du Congo aux Nations Unies. En 1962 et 1963, il dirige la mission diplomatique congolaise en Inde puis à Londres. En 1964, il passe à l’opposition et devient ministre des Affaires étrangères du gouvernement rebelle congolais jusqu’en 1966. Après l’échec de la rébellion, il entreprend un long parcours académique qui le conduira à enseigner dans les universités de Boston, Harvard et Wellesley. En 1997,sous la présidence de Laurent-Désiré Kabila,il revient dans le gouvernement comme ministre de la Coopération internationale puis du Travail et de la Sécurité sociale avant d'occuper le poste d’ambassadeur du Congo en Suède, jusqu'à sa mort en 2004. Tho-mas Kanza est l’auteur de nombreux textes politiques dontTôt ou tard : Ata Ndele(Bruxelles, Le Livre africain, 1959),Evolution and Revolution in Africa(Londres, Rex Collings, 1971) etConflict in the Congo : The Rise and Fall of Patrice Lumumba(Londres, Penguin, 1972, Rex Collings, 1978).
Herbert WEISS est Professeur émérite de Sciences politiques de la City University de New York et Senior Policy Scholar au Woodrow Wilson International Center for Scholars à Washington. Il a étudié l’évolution politique du Congo depuis 1959. Son étude de la lutte pour l’indépendance congolaise,Political Protest in the Congo, a rem-porté le Prix Herskovits de l’African Studies Association aux États-Unis et a été rééditée en français sous le titre deRadicalisme rural et lutte pour l’Indépendance au Congo-Zaïre(Paris, L’Harmattan, 1994).
Mukala KADIMA-NZUJIest Professeur de Littératures francophones et de Théorie littéraire à l’Université Marien Ngouabi de Brazzaville. Poète et romancier (La chorale des mouches, Paris, Présence Africaine, 2003), il est connu pour son œuvre critique, notammentLa littéra-ture zaïroise de langue française(Paris, ACCT – Karthala, 1984).
Jean-Pierre ORBANest écrivain et dirige la collection « L’Afrique au cœur des lettres ».
Introduction
Thomas Kanza et le contexte sociopolitique de sa jeunesse
Sans Rancune, roman de jeunesse de Thomas Kanza, peut être lu comme une étude sociologique du monde dans lequel l’auteur a grandi : une immense colonie belge dotée d’un sys-tème administratif particulier, quasiment unique, une société dans laquelle l’Église catholique jouait un rôle extrêmement important et où les relations entre Congolais et Belges étaient distantes et profondément inégales. Kanza appartenait à l’ethnie ou nation Bakongo, basée sur-tout dans la région entre Kinshasa (alors Léopoldville) et l’océan Atlantique. De par sa situation à l’embouchure du fleuve Congo, cette région devint le point de départ de la péné-tration et de l’influence occidentale et fut donc fortement mar-quée par l’Occident. Avant même que le système colonial belge s’y implante, il y eut deux phases — meurtrières — d’impact occidental sur cette région : tout d’abord, l’époque de l’escla-vage, surtout sous contrôle portugais, ensuite la période des exactions de l’État indépendant du Congo (EIC) léopoldien, parmi lesquelles le portage forcé en amont de l’embouchure suivi de la construction du chemin de fer entre Matadi et Léo-poldville. En d’autres mots, ce qu’il importe de comprendre, c’est la force de l’impact colonial subi par les Bakongo en raison même de la position géographique de leur territoire.
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Le contexte colonial : le système belge
En 1908, l’Etat belge devint officiellement la puissance sou-veraine au Congo. Il mit en œuvre un système colonial qui impliqua, sur plusieurs points, une continuité avec l’Etat Indé-pendant du Congo. L’EIC avait sous-traité l’exploitation éco-nomique et l’administration publique à des sociétés concessionnaires, surtout dans les régions minières. Ce système fut largement conservé même si l’administration coloniale par-vint à établir des règles et procédures qui constituèrent une amélioration substantielle par rapport à la gestion incontrôlée qui avait précédé le transfert de pouvoir. Deux autres institutions datant de l’EIC continuèrent à avoir un rôle dominant : l’Administration, qui était relativement indépendante, et l’Église catholique. Il a ainsi été souligné à maintes reprises que le Congo belge était dirigé par une alliance tripartite entre l’administration coloniale, les sociétés conces-sionnaires et l’Église catholique. Mais il ne me semble pas que ce fut là l’aspect le plus marquant de ce système colonial. On le trouve plutôt dans sa politique — ou l’absence de politique — de création d’élites congolaises. À cet égard, le système belge était assez unique. Contraire-ment à ce qui se passait dans la plupart des colonies britanni-ques, les leaders traditionnels, non seulement, n’étaientpas soutenus, mais leur pouvoir et leur prestige furent réduits. Quant aux élites modernes, alors qu’elles furent encouragées très tôt dans les colonies françaises et britanniques, elles furent en pratique empêchées de se développer au Congo belge. Con-séquence sur le Congolais moyen, celui-ci ne put s’identifier ni à des leaders traditionnels puissants ni à des leaders modernes, occidentalisés, qui se seraient vu attribuer une certaine autorité et un prestige de la part du colonisateur. Le système avait en quelque sorte décapité la société congo-laise. Cette situation contrastait radicalement avec ce que con-naissait l’Afrique équatoriale française dont la capitale Brazzaville était située sur l’autre rive du fleuve Congo, juste en face de Léopoldville. Là, pendant les années quarante, le gou-verneur général fut Félix Eboué, un Noir natif de Cayenne, qui
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était le supérieur hiérarchique des gouverneurs blancs français. Je me souviens personnellement d’une conversation avec un leader nationaliste mukongo en 1960, qui m’affirma sans ironie : « Nos civilisateurs nous ont fait beaucoup de mal ». Je doute qu’un leader nationaliste d’une autre partie d’Afrique aurait, en 1960, accepté à tel point l’idée que le pouvoir colonial européen avait une « mission civilisatrice ». L’effet psychologi-que de cet héritage colonial n’a pas été, à mes yeux, analysé suf-fisamment jusqu’à présent.
Le rôle de l’Église catholique
Il y avait une exception importante au modèle, décrit ci-des-sus, consistant à empêcher l’émergence d’élites prestigieuses et puissantes. Au sein de l’Église catholique, les Congolais avaient, en effet, la possibilité de recevoir une formation supérieure de niveau universitaire, mais l’objectif n’était pas l’accès à une pro-fession laïque telle que la médecine, le droit, etc. mais bien à la prêtrise. Deux dates illustrent ce point. Le premier prêtre congolais fut ordonné en 1917 tandis que le premier diplômé universi-taire laïque — à savoir Thomas Kanza – le fut en 1956 (tous deux étaient d’ailleurs Bakongo). On estime qu’entre ces dates, trois mille Congolais environ passèrent par les divers grands séminaires et qu’à la fin des années 1950, il y avait plus de cinq cents prêtres congolais ordonnés. Il est donc inexact de dire qu’au moment de l’indépendance, le Congo ne comptait qu’une poignée d’intellectuels : le fait de sortir d’un grand sémi-naire était au moins équivalent à une formation universitaire. Mais ces prêtres étaient bien entendu contrôlés de très près par l’Église, dominée par les missionnaires. Ainsi qu’un évêque mis-sionnaire le formula dans les années 1930, le prêtre congolais « ne p[ouvait] exercer aucune fonction publique. On ne se mêler[ait] pas à la vie politique du pays ». Ces règles furent d’application jusqu’à l’indépendance du Congo. On peut résolument dire que les autorités de l’Église, qui contrôlaient l’essentiel de l’enseignement et la politique de l’éducation, agissaient en parfaite connaissance du résultat induit par cette politique. Le fait de miner le prestige et le pou-
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voir des élites traditionnelles fut un élément important du pro-cessus de conversion des masses congolaises à la religion catholique. Les chefs traditionnels avaient à la fois un rôle reli-gieux et un rôle laïque. Ils constituaient donc des concurrents potentiels de l’Église et des obstacles sur la voie de la conver-sion. De plus, ces leaders avaient généralement plusieurs épou-ses, un phénomène culturel auquel l’Église catholique essaya à tout prix de mettre fin. Les élites modernes de formation uni-versitaire représentaient, elles, un autre danger : elles pouvaient être tentées de suivre l’exemple des élites africaines des colonies françaises et britanniques qui exigeaient une plus grande égalité et l’indépendance. Une politique visant à la conversion totale des masses congolaises à la religion catholique prendrait du temps : il était donc souhaitable de résister à la création d’élites modernes et d’isoler les Congolais des autres sociétés africaines et de l’Europe. Quel fut le rôle du clergé congolais catholique dans ce schéma ? Dès les années 1930, ce sujet était ouvertement débattu par les évêques missionnaires. Les extraits qui suivent sont ceux d’un discours prononcé par Mgr Huys lors la 1 Deuxième Séance Plénière des Évêques en 1936 : Ils[les prêtres indigènes]y sont mis sur le même pied que les missionnaires européens, suivent le même règlement, exercent le même ministère ; sont logés et nourris comme ceux-ci et ils y prendront place d’après leur ancienneté d’ordination. Il est bon de rappeler que pendant la période coloniale au Congo, la ségrégation raciale était pratiquement totale. Aussi cette présomption, quelque peu exagérée au regard des faits, d’égalité complète au sein de l’Église faisait de celle-ci quasi le seul secteur où un Congolais pouvait en effet « supplanter » un Belge ou, plus généralement, un Blanc. Mais il est intéressant de lire la suite du propos de Mgr Huys. Celui-ci décrit en effet l’impact de cette égalité au sein de l’Église sur les Congolais ordinaires.
1.MgrA. Huys, du Clergé Indigène « Statut Conférence Plé-», Deuxième nière des Ordinaires des Missions du Congo Belge et du Ruanda-Urundi, Léopoldville, 16-28 juin 1936.
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