Soleil de mon été
122 pages
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Soleil de mon été , livre ebook

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Description

Un jeune homme rencontre une étrangère sur la plage... s’en suit une histoire d’amour, rejointe pourtant par la tragédie.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 07 août 2017
Nombre de lectures 0
EAN13 9782312053585
Langue Français

Extrait

Soleil de mon été
Aliénor
Soleil de mon été
LES ÉDITIONS DU NET
126, rue du Landy 93400 St Ouen
© Les Éditions du Net, 2017
ISBN : 978-2-312-05358-5
A Nicolette , ma sœur, morte en mer à quinze ans
Soleil de mon été
Eté 1984.
C’est le premier jour des vacances et la nuit finissante où s’attardent encore les dernières étoiles laisse prévoir une belle journée. La plage, immense et déserte, est silencieuse et là-bas, la mer miroite faiblement avec un clapotement paisible.
Les premiers pas sur le sable sont un véritable plaisir. Près de l’eau, une silhouette assise se profile, découpée en ombre chinoise, délicate et irréelle, dans la lumière bleue et rose, statue de sel paralysée par un charme étrange.
Présence insolite dans ce monde minéral et assoupi, en contemplation devant l’horizon, fantôme solitaire de cette naissante aurore, c’est une jeune fille, qui se tient là, immobile, attentive guetteuse du jour.
Ses cheveux noués dans une natte hâtive, vêtue d’un chandail élimé et d’un jean râpé, pieds enfouis dans le sable et bras noués autour des genoux, elle paraît insensible au monde extérieur, plongée dans une ferveur quasi-mystique. Absorbée , elle admire et accueille comme une grâce le spectacle, rare et magnifique, du soleil levant.
L’astre rougeoyant, dans une progression patiente, apparaît peu à peu pour arrondir enfin la perfection de son cercle et se poser, ballon nonchalant, quelque part entre le ciel et l’eau, point d’appui d’où il sera propulsé par la rotation terrestre.
La fille se lève, auréolée d’un sourire radieux.
« Je suis contente qu’il fasse beau. C’est symbolique. »
A qui s’adresse-t-elle ? A elle-même ? A l’espace ? Question absurde qui demeure sans réponse. Elle s’éloigne, légère, immatérielle, rejoignant l’immensité des sables à laquelle elle semble appartenir, lutin gracieux qui disparaît bientôt entre les dunes.
* * *
La pluie tombe, fine et ininterrompue, de petites gouttes précises et serrées qui s’épanchent en larmes silencieuses sur le sable où elles disparaissent aussitôt absorbées. La mer déferle avec brusquesse, des gerbes d’écume s’élèvent vers le ciel plombé pour retomber ensuite en éclaboussures blanches. Le vent se déchaîne en bourrasques et le paysage respire une solitude désolée. Les quelques passants égarés sur la digue se hâtent vers un abri, fuyant la maussaderie céleste.
Je suis amoureux.
Tombé . Chute délicieuse, déformation du monde et des perspectives, amour bête et envahissant qui me dépossède de moi-même, plante carnivore dont je suis prisonnier, première fleur de tendresse estampillée douloureusement sur la page encore vierge de mon cœur et me voici métamorphosé, stupide, encombré d’un corps étranger agrégé à moi comme un cancer, désarmé par une inconnue, par son mystère, sa passion pour les aurores, les matins, les commencements.
Elle court, de sa foulée souple et régulière, silhouette bondissante estompée par la brume, indifférente au temps, indifférente à moi, qui l’observe, fasciné, de mon promontoire, offrant tout mon corps à la douche bienfaisante de la pluie. Lui avouer que je considérais le jogging comme un sport stupide n’a eu comme effet que de me faire découvrir les sonorités cristallines de son rire. Elle a secoué la tête, une étincelle moqueuse au fond de ses yeux gris-bleu ou bien verts, si clairs qu’il est difficile de leur attribuer une couleur précise, peu soucieuse de répondre à mes argumentations.
Elle.
Cette simple désignation a pris pour moi une signification magique. Ce ne peut être que celle, qui, là-bas, suit la sinueuse trajectoire de l’eau, Eva, dix-huit ans, bachelière, la meilleure amie de ma cousine Sophie, mon apparition rencontrée au matin de ce premier jour et trop vite incarnée. Sans que je le sache, elle m’était déjà familière, visage enfin attribué à un nom souvent entendu, à une histoire tant de fois racontée qu’elle se déroule aussitôt en un film intérieur à la moindre allusion.
Eva n’a pas eu une enfance facile. Des parents étrangers divorcés juste avant qu’elle n’entame le lycée, l’écartèlement obligatoire entre la France, où travaille son père et où elle a poursuivi sa scolarité, et l’Angleterre, pays d’origine de sa mère, pendant les vacances scolaires, est-ce pour ne pas choisir, elle part à la rentrée au Danemark, terre natale de son père, afin d’y faire ses études.
Je la vois revenir sur ses pas, traçant une diagonale capricieuse sur le sable humide, cheminant difficilement parmi ses éboulements traîtres, et son visage se dessine aussi précisément dans ma tête que si elle se trouvait déjà en face de moi. Grande, trop maigre, elle n’a pas une beauté classique, mais cette imperceptible touche d’exotisme est ce qui lui confère son attrait le plus certain. Des cheveux blond vif, lumineuse forêt de soleil, soyeuse toison d’or, un petit visage étroit et triangulaire aux trais fins et mobiles, étonnamment expressifs, encore enfantins, aux yeux ronds et larges, légèrement exorbités, au nez proéminent ponctué par une inattendue bouche cerise, seule tache de couleur sur son teint pâle de nordique, elle attire l’attention par l’originalité de son aspect, mais surtout par sa volontaire insouciance, sa démarche de reine, sa grâce de sirène.
Elle s’approche, rouge, ébouriffée, embellie par l’effort et me hèle joyeusement. Au fond de ses yeux, faits d’azur, d’émeraude et d’opale, tient déjà, palpitante, toute ma destinée.
* * *
Est-ce l’amour qui transforme mon regard ? Ou bien, après une longue absence, suis-je à nouveau sensible au charme de ces rivages de mon enfance ? Toujours est-il que tout me semble beau, jusqu’à la maison achetée l’année dernière par mes parents, qui avaient eu le coup de foudre pour sa vue imprenable sur la dune, malgré son état de délabrement avancé.
Cette maison était en effet abandonnée depuis plusieurs années lorsqu’elle a été soudainement mise en vente pour des raisons mystérieuses, ruine subite ou accident imprévisible, et si mes parents ont pu retaper certaines pièces, ils n’ont fait qu’entamer leur ambitieux programme de travaux, interrompu par l’hiver, la distance et le manque d’argent. Quelques parties de la maison ont donc été transformées en épouvantables chantiers.
A la suite d’un concours de circonstances, je suis provisoirement le seul à y camper ; le reste de la famille étant pour l’instant dispersé aux quatre coins d’Europe, le rassemblement de la tribu n’est pas prévu avant le mois d’août.
Chacun a son sens des priorités. Impressionné par l’étendue des travaux à effectuer à l’intérieur des murs, je me suis d’abord attaqué aux dépendances. Après avoir retapé le hangar que j’ai pompeusement baptisé garage à bateaux, j’ai récupéré chez mes grands-parents le dériveur de mon oncle, sur lequel j’avais appris les rudiments de la navigation et qu’il m’avait ensuite offert pour mes dix-huit ans. M’étant installé sur la plage pour plus de commodité, j’entreprends, allongé sur le dos et la tête renversée en arrière, de remettre en état ce bon vieux 420 abîmé par les ans, mais tellement familier que je ne l’échangerais pour rien au monde, quand je suis interrompu par la voix gouailleuse d’Eva.
Péniblement, je m’extrais de mon abri et me redresse d’un bond en m’efforçant de lui sourire, ébloui, autant par le contraste entre la douce pénombre de la coque et la luminosité du jour, que de sa simple présence, trop surpris pour songer à me dépoussiérer. Intrigué par sa venue que je n’ai pas pu anticiper, comme si elle s’était soudain matérialisée devant moi, j’écoute, sans les entendre, ses questions et ses compliments qu’elle sait si bien alterner, donnant ainsi l’impression fallacieuse qu’elle se passionne pour le bricolage en général et les bateaux en particulier.
Qu’est-elle venue chercher ici ? Et pourquoi est-elle seule, sans Sophie ? Elles semblaient pourtant inséparables. On ne peut pas non plus dire que son attitude envers moi ait jusqu’ici dépassé la simple courtoisie en vigueur, à l’égard du cousin de sa meilleure amie que j’incarne &#

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