Sur le plus haut trône du monde
144 pages
Français

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Sur le plus haut trône du monde , livre ebook

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Description

Un magistrat devenu SDF se souvient; quatre-vingt minutes au cœur d’une émission littéraire; un ralentissement de la rotation de la Terre change la face du monde; un manuscrit vieux de plus de deux siècles dévoile l’existence d’un pays jusqu’alors inconnu; face aux crises budgétaire, démographique, économique et politique, le premier président de la Confédération européenne tente de sauver la face… Tour à tour léger, caustique, sentimental, cynique, farfelu, mélancolique, ce recueil de nouvelles ultra-brèves nous entraîne dans un monde où la logique aurait définitivement perdu la partie face à la montée de l’irrationnel, au flamboiement de la fantaisie, aux paillettes de l’humour, aux délires de la projection dans un avenir loufoque... Ces petites nouvelles sont comme des bulles de champagne: à déguster sans modération.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 14 juin 2012
Nombre de lectures 61
EAN13 9782748386646
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0064€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Sur le plus haut trône du monde
Daniel Valot Sur le plus haut trône du monde et autres contes
Publibook
Retrouvez notre catalogue sur le site des Éditions Publibook : http://www.publibook.com Ce texte publié par les Éditions Publibook est protégé par les lois et traités internationaux relatifs aux droits d’auteur. Son impression sur papier est strictement réservée à l’acquéreur et limitée à son usage personnel. Toute autre reproduction ou copie, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon et serait passible des sanctions prévues par les textes susvisés et notamment le Code français de la propriété intellectuelle et les conventions internationales en vigueur sur la protection des droits d’auteur. Éditions Publibook 14, rue des Volontaires 75015 PARIS – France Tél. : +33 (0)1 53 69 65 55 IDDN.FR.010.0117447.000.R.P.2012.030.31500 Cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication aux Éditions Publibook en 2012
Sur le plus haut trône du monde Quatorze ans maintenant que je vis assis, quatorze ans que je tends la main, quatorze ans que je murmure un pa-thétique « b’jour » à tous les passants qui passent en feignant de ne pas m’avoir vu, les salauds, est-ce qu’ils pensent vraiment que je suis dupe ? Je vois bien leur ma-nège, même si je suis en train de flotter dans mon espèce de brouillard semi-permanent : du plus loin qu’ils m’aperçoivent, leur visage se ferme, ils prennent l’air af-fairé du gars qui a tellement de soucis en tête qu’il ne voit rien autour de lui ; les plus hypocrites prennent soin de faire un large écart sur le trottoir pour ne me croiser que de loin, et au moment où ils me croisent, leur regard reste obstinément fixé de l’autre côté, sur la route, comme s’il s’y passait des choses passionnantes alors que justement, il ne s’y passe strictement rien du tout ; mais le plus dur en-core, ce sont ceux qui me regardent avec une sorte d’espèce de tendresse à la gomme et qui répondent « bon-jour » avec beaucoup de douceur à mon sempiternel « b’jour », tout en oubliant, les sagouins, de mettre la main à la poche pour me filer ne serait-ce qu’une toute petite pièce jaune. Les premiers, je les déteste de tout mon cœur, ou de ce qu’il en reste, mais les derniers, je les hais, je les abhorre, je les exècre, je les vomis. Heureusement, malgré tout, y’a de bons moments dans cette chienne d’existence. Par exemple, l’hiver dernier, j’ai eu du pot, Mathieu a disparu. Cela faisait des années qu’il avait la meilleure place de tout le quartier, juste devant la boulangerie Au Bon Pain. Deuxième coup de pot : j’ai été le premier à m’apercevoir qu’il avait disparu. J’ai donc trimballé mon saint-frusquin pour récupérer sa place, juste
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avant que les autres traîne-savates se réveillent. Heureu-sement, mon saint-frusquin n’est pas bien lourd à trimbaler : juste deux tricots, un falzar de rechange, un tire-bouchon, une vieille couverture, et puis dans le fond du sac ma pochette secrète, avec toutes mes mirifiques économies dedans. Des fois j’ai jusqu’à des trente euros dedans, rien qu’en pièces de monnaie, et ça me fout les boules. J’ai peur de me faire dévaliser. Du coup, la nuit, je dors toujours avec mon saint-frusquin bien serré sous la tête. Dans le monde qui est le mien maintenant, on vous fend le crâne pour bien moins que ça. Faut toujours faire gaffe. Sûr que les bourges peuvent pas se douter des an-goisses qu’on traverse nous autres, les gars de la rue. Maintenant que j’ai récupéré la place de Mathieu, y’a pas à dire, y’a du mieux. D’abord, y’a l’odeur. À chaque fois qu’un client entre ou sort, j’ai droit à une bouffée d’odeur de pain frais. À force de respirer cette bonne odeur, je finirais par oublier que j’ai faim. J’ai l’impression de me rassasier par le pif. Le mieux, c’est encore le dimanche matin, quand les mémères du quartier viennent acheter leurs viennoiseries, leurs saint-honorés, leurs quatre-quarts. Alors là, c’est une débauche d’effluves délicieux qui viennent vous chatouiller les narines. À la fin de la matinée, j’ai l’impression d’avoir trop mangé. Et puis, y’a les petites pièces : les boulangers ont l’art de faire des prix à la noix, jamais des prix ronds, toujours des flopées de centimes dans un sens ou dans l’autre. Du coup, le client ressort avec des petites pièces dont il a rien à bat-tre, des petites pièces jaunes bien encombrantes, et du coup, qui c’est qui les récupère ces petites pièces, c’est bibi lolo. Marrant de penser qu’autrefois j’étais magistrat. Dans la magistrature assise, justement. J’avais pour partenai-res/adversaires les gars de la magistrature debout : le procureur et les autres zozos du parquet. Moi, je siégeais avec mes assesseurs au centre du tribunal et je conduisais
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