Tout doit Disparaître !
158 pages
Français

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Description

La nuit est tombée, l’hypermarché Cartouche est fermé. Mais deux employés sont coincés à l’intérieur. Rêve ou cauchemar éveillé ? Josh et Mia vont l’apprendre à leurs dépens. Pourquoi les issues sont-elles bloquées ? Pourquoi l’équipe de nuit ne veut pas les lâcher ? Les chiens de la sécurité sont lâchés. Entre petits larcins et grands brigands, c’est une aventure rocambolesque qui attend nos deux héros qui n’avaient rien demandé. Mais que se passe-t-il dans le plus grand hypermarché De France ? Surtout n’oubliez pas, quelqu’un a soufflé que tout doit disparaître !

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 19 juin 2015
Nombre de lectures 1
EAN13 9782312036724
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0012€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Tout doit disparaître !

Billie Kat
Tout doit disparaître !

















LES ÉDITIONS DU NET 22 rue Édouard Nieuport 92150 Suresnes
A mon psychiatre


















© Les Éditions du Net, 2015 ISBN : 978-2-312-03672-4
M ESDAMES ET MESSIEURS , BIENVENUE DANS CE ROMAN FICTIONNEL . L ES ISSUES DE SECOURS SONT SITUÉES À VOTRE DROITE ET VOTRE GAUCHE . M AIS RASSUREZ - VOUS , VOUS N ’ EN AUREZ PAS L ’ UTILITÉ . D U MOINS PAS TOUT DE SUITE .
Il est bientôt minuit, l’hypermarché Cartouche est fermé depuis belle lurette. Les allées sont désertes les néons balancent leur lumière aveuglante sur la grande surface.
– On a trouvé la gonzesse qui va avec la sacoche ! Et y’a un gars qui va avec la gonzesse à la sacoche, annonce l’agent de sécurité, le talkie dans une main et le regard mauvais collé sur la tronche.
Mia se sent défaillir. Elle ne voulait pas en arriver là. L’homme qui l’accompagne, ou plutôt, celui qu’elle vient de ramasser, devient nerveux. Josh, car c’est son nom, n’a pas encore dessoûlé et tente de remettre ses idées au clair.
– Tu t’en occupes, répond la voix dans le talkie.

La balle siffle, manquant de le toucher de peu. Josh attrape la jeune femme par le bras. Demi-tour droite ! Marche arrière toute ! Il faut bouger, on va se faire trouer !
Le vigil tient les deux fuyards en ligne de mire.
Une autre balle fuse dans les airs.
La soirée ne fait que commencer.

P LAN - DE -C UQUES , PÉRIPHÉRIE DE M ARSEILLE , MAGASIN C ARTOUCHE
Mia tape le dernier mot de son rapport et souffle un instant. Pas le temps de se réjouir, elle se lève, éteint les lumières et ferme la porte pour se diriger vers la réserve avec un seul mot en tête, l’inventaire. Elle glisse les clés des bureaux dans sa sacoche et remonte l’allée perpendiculaire aux caisses qui la mènera vers sa destination finale.
Elle se retourne, les grilles du magasin sont déjà fermées. La galerie marchande se dessine derrière ces dernières. Une étrange solitude s’empare d’elle. Il semble n’y avoir plus âme qui vive dans le coin, ce qui est loin d’être normal à cette heure tardive où sont censés arriver les premiers employés de nuit.
Un courant d’air froid lui glace les sangs. Le silence pèse. Toutes les lumières sont éteintes. Pas même un technicien de surface ou un dernier employé retardataire ne croise son chemin. Elle était tellement obnubilée par ce dossier que la fermeture s’est faite sans qu’elle ne s’en rende compte.
Ses pas résonnent sur le carrelage froid. Seule la faible lueur des issues de secours perce la pénombre. Ses yeux s’accommodent à l’obscurité et les ombres autour d’elle s’éclaircissent. Elle se surprend à angoisser face à cette atmosphère lugubre. Soudain un bruit résonne entre les rayons vides.
Un rire glauque dans le lointain.
– Y’a quelqu’un ? demande-t-elle inquiète. Est-ce qu’il y a quelqu’un ?
Elle se fige. Aucune réponse.
Elle fait deux pas vers la porte de la réserve. Un autre murmure lugubre, l’écho se répercute d’une allée à l’autre. Le genre de bruit sourd qui accompagne habituellement l’entrée en scène d’un monstre bavant d’envie de se repaître de sang.
Impossible de dire d’où cela provient. Derrière ou devant, loin ou tout proche ? Aucune idée.
Mia n’ose pas ouvrir la bouche. Les grilles au loin tremblent sous les courants d’air.
La lumière au-dessus de la sortie de secours vient de s’éteindre.
Elle se presse vers la porte de la réserve. Elle file sans regarder autour d’elle. Il ne lui reste qu’une tâche à accomplir, télécharger l’inventaire de la réserve, puis le glas de sa dure journée de labeur sonnera.
L’air frais lui saute au visage. Elle laisse la porte entrebâillée et se rue sur l’interrupteur. Les longs néons au-dessus d’elle grésillent puis s’allument. Le sol est en béton, les squelettes métalliques des étagères s’élèvent jusqu’à dix mètres de hauteur. Des cartons de toutes tailles s’entassent dans tous les coins, dans un chaos d’étiquettes et de codes barres.
Mia se met à chercher des yeux l’ordinateur de la réserve qui lui fournira le dossier informatique complet des articles scannés et listés de la réserve. Elle déniche enfin la machine, l’écran est en veille mais l’ordinateur est toujours allumé.
– Sauvée ! s’écrit-elle.
Elle sort une clé USB de sa sacoche qu’elle connecte au PC. Un clic et les fichiers sont copiés vers la clé.
Les secondes passent. Pas un bruit dans la grande réserve. Le peu de vent qui souffle siffle en s’engouffrant entre les allées.
Mia se retourne, jette un œil entre les cartons entassés.
L’impression bizarre d’être observée la tenaille. Elle avance de quelques pas, sifflote légèrement, feignant un air rassuré. Arrivée au bout de l’allée, elle jette un coup d’œil vers le fond de la réserve, puis à gauche et à droite. La lumière hésitante d’un néon plonge une des allées dans le noir après un dernier sursaut fébrile.
Mia cesse instantanément de siffler.
Dans sa tête une pensée tourne en rond, rentrer au plus vite. L’ordinateur émet un bip strident. Le téléchargement est terminé. Elle vient de sursauter.
Rien, toujours rien, se rassure-t-elle. En retournant vers l’écran, elle laisse son regard se promener sur la rangée de droite, celle où s’entassent les cartons contenant les appareils ménagers dernièrement arrivés.
Une ombre file juste sous son nez.
Elle s’arrête net. Elle n’a pourtant pas rêvé, quelque chose vient bien de disparaître au loin, c’est parti vers la porte. La rangée est trop longue et les cartons sont empilés les uns sur les autres, impossible de distinguer quoi que ce soit dans l’allée d’à côté. Seule certitude, elle n’est pas seule.
– Ohé ! Il y’a quelqu’un ! Je vous ai vu ! Bob ?
– …
– Ce n’est pas drôle, si vous essayez de me faire peur c’est loupé !
Elle remonte l’allée, lentement, à l’affut du moindre mouvement perceptible, du moindre bruit audible, de la moindre ombre visible. Rien ne bouge. Pas un seul pas sur le sol bétonné. Pas un seul bruit dans l’air frais.
Son cerveau fonctionne à cent à l’heure, tous les scénarii sont passés au crible. Le voleur qui a réussi à se faire enfermer dans le magasin, le gamin perdu qui n’a toujours pas retrouvé son chemin, l’équipe de nuit qui lui fait une blague – ce qui ne leur ressemble pas vraiment –, l’équipe de nuit qui veut la tuer – ce qui est déjà un peu plus crédible –, un chien perdu, un violeur perdu ou un tueur en série tout aussi égaré.
L’ordinateur émet à nouveau un son strident. Elle sursaute à nouveau tel un kangourou qui vient de marcher sur un oursin belliqueux et se rue sur l’ordinateur pour en arracher la clé. Sans la remettre dans la sacoche, la tenant fermement entre ses doigt, elle avance frénétiquement, aussi vite que lui permettent ses hauts talons, vers la porte toujours ouverte.
Les cartons défilent autour d’elle. Elle remonte l’allée sans regarder ni à gauche ni à droite, le regard fixé sur la sortie, sur la porte désormais grande ouverte. Plus de doute possible, quelqu’un est bien passé par cette ouverture béante.
Une ombre bouge, une ombre immense d’au moins deux mètres de haut. Dans un reflexe, elle se colle aux cartons.
Soudain un bruit, quelque chose tombe. La forme sombre a disparue. Elle prend une grande bouffée d’air et se rue d’emblée vers la porte. Arrivée devant, prête à sortir, elle jette un regard vers l’endroit où se tenait l’ombre. Elle s’arrête net dans l’entrebâillement de la porte.
Ni monstre ni tueur. Elle fronce les sourcils découvrant la scène pitoyable qui prend forme sous ses yeux. Son cœur qui battait à cent à l’heure reprend lentement un rythme normal. Elle ferme les yeux l’instant d’une seconde et soupire.
– Vous m’avez fait peur abruti ! s’exclame-t-elle en revenant sur ses pas.
C’est un homme dans un costume de hot dog qui est affalé sur le sol de la réserve. La mascotte du magasin.
– Qu’est-ce que vous foutez là, à cette heure ci ? Vous savez que les heures sup’ne sont pas comptabilisées pour vous ? Vous ne servez à rien, le magasin est fermé.
– Aaaaaaah ! C’est ça qu’y a pus persooooonne !
– Relevez-vous !
– J’aimerais bien… mais j’peux point.
– Comment ça ? Allez grouillez-vous j’ai pas que ça à faire, ordonne Mia en posant sa sacoche et se penchant pour attraper le bras de l’homme. Y’a des relents de bière par ici, j’espère que c’est pas vous qui buvez pendant vos heures de boulot.
– Meuh non. Le magasin l’allait fermer quand j’me suis commencé à beurrer la gueule.
– Je vois.
Les petites joues rondes et rouges de ce cher employé prouvent ses dires, ainsi que ses yeux qui pétillent autant qu’une bonne bouteille de mousseux.
Après deux bonnes minutes d’efforts pour soulever l’homme qui s’est étalé, Mia lui fait remarquer que s’il n’y met pas du sien, il restera au sol pendant une bonne partie de la soirée.
Le perturbateur est relevé. Il ne reste plus qu’à le ramener aux vestiaires, mais étant donné le degré d’imbibition de l’intéressé, le voyage risque d’être parsemé d’embuches.
C’est en effet en titubant et s’accrochant au moindre objet se présentant qu’il se met à avancer. Puis il se rabat sur l’épaule de Mia, qui n’a pourtant pas donné son consentement pour que celle-ci soit ainsi utilisée. C’est en soupirant qu’elle accepte cette charge fortement alcoolisée qui sent la bibine à plein nez.
– Vous allez voir. Je ne manquerais pas de faire un rapport. Je vais pas vous louper, c’est pas possible de boire comme un trou au boulot. Vous n’avez pas le droit.
– Je m’en défends ! répond-il en riant. J’ai bu comme un trou au GOULOT !
En mettant un pied après l’autre, ils réussissent enfin à sortir de la réserve.
– Vous avez une bonne raison pour expliquer ce comportement monsieur…
– Je suis bourré madame. Je vous expliquerais bien tout en autres détails mais là j’ai pas de bouteilles sous les doigts.
– Nan, ça j’ai bien remarqué, ce que je veux dire c’est… Vous allez avoir un avertissement, qu’est-ce que vous avez à dire pour votre défense ?
– Euh… Bah il était neuf heures RICARD ! C’était le moment d’boire !
Ils arrivent enfin devant la porte du vestiaire. Mia pose sa main sur la poignée, prête à l’ouvrir. Lui lève les yeux vers l’horloge accrochée au mur, juste au-dessus d’eux, et s’arrête soudainement.
– Attention ! s’exclame-t-il.
– Quoi ? Quoi ! demande Mia qui commence à paniquer.
– On est bientôt onze heures moins VIN ! C’est l’temps d’boire le pinard !
Sans grande surprise, il repart dans un fou rire et laisse le soin à Mia de porter l’ensemble de sa charge pondérale. La pauvre voit son teint d’albâtre virer au rouge sauce tomate. C’est en le poussant contre la porte entrouverte qu’elle ouvre cette dernière. Notre bon vieux hot-dog n’en a toujours pas fini avec sa crise de rire et c’est en voyant sa tête dans une glace du vestiaire qu’enfin il retrouve peu à peu son calme. Il se trouve pitoyable, emmitouflé dans son costume et ses collants. Il en prend encore plus conscience lorsque le miroir peu flatteur dévoile les traits de la jeune femme qui tente de le retenir tant bien que mal.
– Où sont vos affaires ? Quel vestiaire… C’est quoi votre nom ?
– Celui qu’est entrouvert là-bas, dit Josh en pointant du doigt un casier.
Mia s’en approche, attrape le jean et le t-shirt de marque qui s’y trouvent. En refermant la petite porte métallique, elle remarque le nom inscrit sur le casier.
– DeVito c’est ça ? Josh DeVito.
– Hein ?
– C’est certainement la dernière fois que vous rangez quelque chose dans ce casier. Le boss n’apprécie pas énormément que ses employés se saoulent dans le magasin.
– Tant mieux, marmonne Josh. C’est la meilleure nouvelle que j’ai entendue depuis plusieurs semaines.
– A votre service, ronchonne Mia.
– Mais je, j’ai un petit problème, je ah ! grommèle Josh, affalé la face contre le banc, le nez et la bouche compressés entre les barreaux de l’assise et les deux mains dans le dos à la recherche de la fermeture éclair.
– Qu’est-ce que vous faites ? demande Mia en écarquillant les yeux.
– J’arrive pas à me dézipper, bougonne-t-il.
– C’est pas vrai, faudrait vous enfermer.
– C’est déjà mon cas, soupire-t-il.
Mia s’empare à deux mains de la fermeture éclair résistante et tire d’un grand coup. Après un cri de douleur et s’être rendu compte qu’un de ses ongles si bien limé s’en était allé, elle inspecte l’objet récalcitrant.
– C’est pété, la fermeture est pétée.
– Allez… Allez y à coup de ciseaux, conseille Josh.
– Vous êtes sûr que ça ne vous dérange pas ?
– Du moment que vous faites la couturière et pas la chirurgienne, ça me convient parfaitement. J’en ai vraiment rien à foutre de leur costume pourri.
– Ce que je veux dire c’est que vous n’allez pas me balancer comme responsable, je ne découpe pas ce truc si ça doit me retomber dessus. Je sais très bien que ces horreurs ont couté bonbon.
– J’endosse la responsabilité… Depuis trop longtemps, et c’est lourd, ajoute Josh en souriant.
Mia se met à la recherche d’une paire de ciseaux. Son dévolu se pose sur une des paires, la plus imposante, d’un pot à crayons posé dans un coin.
Josh est toujours sur le ventre, la face collée aux barreaux du banc. Ses yeux se ferment tout seul. Il doit vraiment lutter pour rester éveillé. Ce qu’il n’a pas la force de faire évidemment, et c’est sans efforts qu’il s’endort.
– Eh ! Vous allez pas piquer un roupillon ! J’ai pas le temps. C’est pas vrai, je sens que je vais devoir vous raccompagner chez vous.
– Mais non, mais non ! Ca va aller je vais reconduire ma voiture. Je sais encore piloter à ce que je sache.
– Vous êtes un danger public. Vous le savez au moins.
– J’ai juste dit ça pour vous soulager… Mais je sais bien que vous allez être obligée de me raccompagner, lâche-t-il dans un soupir de contentement.
– Je ne trouve pas ça drôle. Ah ! La vache ! J’arrive pas à couper ce tissu…
– Coupez la fermeture, enfin le tissu de la fermeture, c’est pas la peine d’essayer de couper le costume vous n’y arriverez pas. Si je vous disais en quoi c’est fait, vous ne me croiriez pas, bafouille Josh en bavant sur le banc.
– Pourquoi, c’est quoi cette matière ?
– Kevlar.
– C’est du grand n’importe quoi. Relevez-vous je vais vous aider à enlever la tête.
La fermeture éclair a finalement cédé, elle empoigne le costume pour se rendre compte de la charge de ce dernier. Véritable objet de torture comprenant armatures et ceintures pour tenir en place sur le dos du porteur.
– A ce que je vois vous portez la tour Eiffel sur votre dos.
– Seulement le premier étage, rétorque Josh.
Il se remet difficilement en position assise, le dos du costume éventré faisant office de bouche d’aération, il se sent déjà revivre.
– J’ai transpiré, je vous raconte pas, ça doit être tout collé la dedans.
– Je vais vous aider, parce que j’ai pas le choix. Et parce que j’ai pitié.
– Je vous remercie.
– Enfin votre femme… Ou votre copine ou… Autre chose, je sais pas moi, votre colocataire… Enfin, je veux dire qu’il aurait honte. Moi j’aurais honte d’avoir un saoulard à la maison. Ca vous arrive souvent ? le questionne Mia.
– Mon chat.
– Pardon ?
– Mon chat. C’est mon chat qui aurait honte de moi. J’ai plus de femme.
– Je suis désolée. Toutes mes condoléances. C’est pour ça que vous buvez ? demande-t-elle en prenant un ton compatissant.
– Nan. D’habitude je bois pas. Pas tant que ça en tout cas. Mais là j’en avais vraiment envie… Besoin plutôt. J’avais soif là dedans, continue Josh qui apprécie ce soudain élan d’attention.
– Je vois. Bon je vais tirer le haut de votre costume, vous restez assis, vous tirez dans le sens inverse, si possible, pour m’aider. S’il vous plait ?
– J’ai mal au ventre.
– J’en ai rien à battre ! hurle-t-elle dans un élan d’hystérie qu’elle refoule aussitôt. Je, je veux rentrer chez moi, je vous en prie, Josh, je veux rentrer.
– D’accord. Et c’est quoi votre nom déjà ?
– Mia. Essayez donc de m’aider un peu s’il vous plait.
– Je rigolais, je m’en souvenais. C’est joli comme prénom ça, Mia.
– Merci, dit-elle en agrippant du mieux possible le haut du costume jaune.
– Vous aussi votre… chat… vous attend à la maison ? demande Josh.
– Nan ! s’exclame-t-elle en tirant.
– Un colocataire alors ?
– Aidez-moi s’il vous plait, tirez de votre côté Josh. Pitié !
– Une colocataire peut-être ?
– Non, non, NON ! Rien ne m’attend chez moi ! Ni copain, ni mari, ni poiscaille ! s’énerve-t-elle alors qu’elle tente de retirer la tête de Josh.
– Mourf… Je vous l’ai dit c’est collé.
– Vous vous fichez de moi ou quoi, lance-t-elle en mettant un pied sur son torse et tirant à nouveau en arrière.
– Me tuez pas avec vos talons de dingue !
– Je fais ce que je peux, répond-elle à bout de souffle.
Tout à coup le haut du costume cède, entrainant Mia à la renverse, quant à Josh il s’étend complètement sur le banc. Mia assise par terre contre son gré et lui allongé, le costume finalement ôté.
– Waaaaoouh ! s’exclame Josh tout rouge.
– Rhabillez-vous maintenant ! Je vous attends dehors, dit-elle en refermant la porte.
Pendant que Josh se dépatouille pour décoller ses collants collés à ses mollets trempés de sueur, Mia ose deux pas entre les rayons. Il lui semble que la température a baissé. Comme beaucoup de femmes dans ce genre de situation – c’est-à-dire seule dans un endroit sombre – elle éprouve soudainement une sensation bizarre. Sensation qui, traduite en langage courant, signifie : j’ai un mauvais pressentiment.
Les grandes allées paraissent surdimensionnées. Leur hauteur semble démesurée tout comme l’édifice qui prend les airs d’un grand coffre dans lequel on vient de l’enfermer. Tout est calme, symétrique et géométrique, telle l’architecture d’un cimetière. La comparaison est évidente, elle saute aux yeux.
La nuit est tombée dehors. La lune est haute dans le ciel, bien ronde et lumineuse. De sa lueur se dessinent des ombres sur le sol. Les recoins du magasin sont plongés dans le noir, impossible de savoir ce qui s’y trouve ou ce qui s’y cache. L’ambiance est mortelle.
Une étrange sensation s’empare d’elle, elle se sent à découvert, dans la peau d’une proie à la merci d’un chasseur. Et comme si elle était trop visible, elle évite l’allée déserte et reste collée au mur, dans l’ombre rassurante qui lui sert de cache, fixant le lointain à travers l’épaisse grille. Le grand et large couloir de la galerie commerciale, baigne lui aussi dans une lumière surnaturelle.
Seulement voilà, se retrouver le soir à faire des heures supplémentaires – qui ne seront certainement pas payées – en compagnie d’un ivrogne, coincé dans une saucisse géante fourrée dans de la mie de pain factice de deux mètres de haut, n’augure rien de bon pour le reste de la soirée.
Mia savait d’avance que son week-end commençait mal. Mais elle n’avait pas idée à quel point la fin de ce dernier serait pire.
M AIS OÙ EST LA SORTIE ?
Qualifier l’effet ressentit par Mia, au vu du corps d’athlète grec sculpté par les dieux de l’Olympe de Josh, de choc serait exagéré. Evidemment elle ne peut pas se retenir de loucher opiniâtrement sur ce jean bien serré et ce t-shirt bien taillé. En finalité Josh cachait bien son jeu derrière son costume peu avantageux.
Juste ce qu’il faut pour qu’elle en perde ses mots. Sur le moment elle oublie sa promesse d’employée modèle, celle qui consiste à renseigner le grand patron au moyen d’une lettre enflammée sur le thème de la boisson au bureau imagée de l’exemple de Josh.
– Vous n’auriez pas dû boire au boulot. Et comme vous ne pouvez pas conduire dans votre état, je vais être obligée de vous raccompagner chez vous.
Josh ne répond pas. Il se contente de jeter un coup d’œil sur les alentours. Il avance de quelques pas, tourne la tête à gauche, à droite, arborant un air malicieux. D’une main il attrape une petite boite du rayon nouveautés, fait une lecture mentale des inscriptions apposées sur ladite boite puis la repose délicatement. Il se retourne et c’est alors que Mia décèle ce petit quelque chose d’espiègle dans son regard. Il se rapproche d’elle, à pas de velours, la frôle avec un grand sourire et se poste devant l’étale de la grande boulangerie.
– N’y pensez même pas Josh !
– J’ai rien fait, réplique-t-il aussitôt.
– Mais vous alliez le faire.
– Qui êtes vous pour savoir ce que je vais faire ou pas ? Vous n’en savez rien.
– Oh ! Faites pas le gamin, je vois bien comment vous vous trimballez. On dirait un gosse avec du Kinder fondu sur les babines dans un magasin de jouets.
– Et vous, vous êtes la vieille belle-mère aigrie avec un balai dans le fion qui fait les poussières, rétorque-t-il aussitôt en agrémentant sa comparaison d’une imitation.
– Quoi ! Comment osez…
Josh la regarde, elle ferme les yeux et respire bruyamment, faisant des gestes de calme avec ses mains.
– Ca va aller ? Vous voulez que j’aille vous chercher un calmant à la pharmacie ? C’est juste à côté.
– Nan ! Nan je veux pas de calmant, ni rien d’autre d’ailleurs. Vous allez me suivre, on va sortir du magasin tranquillement, sans rien dans les poches, sans rien toucher ni emmener. On s’est bien compris ?
– Vous parlez comme si je venais de prendre un otage. Vous avez vraiment besoin de vous relaxer.
– La ferme ! C’est vous qui me stressez. Ne touchez à rien, ou j’appelle la police. Les systèmes de surveillance sont activés, si vous embarquez quoi que ce soit je vous dénonce et je montre les enregistrements pour le prouver.
– Oh la la ! Madame cul serré, murmure-t-il. Et puis d’ailleurs, c’est Josh, prononcé à l’anglaise, et non pas Josheu, comme vous dites. C’est n’importe quoi, personne n’a jamais écorché mon nom comme vous le faites depuis tout à l’heure.
– Oh la la ! Deu…Jeu…Hosh… Môsieur fait des manières, parce que môsieur est d’origine étrangère, siffle-t-elle avec condescendance.
– Oui. Je suis italien, dit-il non sans fierté.
– Oh ! Bah ça alors, évidemment, suis-je bête. Deujosheu l’italien, mais où avais-je la tête, hein ? Où était-elle passée ? C’est de ma faute, tous les Deujeuhosheu sont italiens !
– Josh. C’est Josh. Et il n’y a qu’une seule façon de le prononcer. Vous avez un sérieux problème, jauge-t-il en la dévisageant quelque peu perplexe.
– Moi ? Moi j’ai un problème ? OUI ! Oui, j’ai un sérieux problème, et c’est avec vous !
Elle se retourne, respire de grande bouffées d’air, tente de se reprendre, décidemment ça ne lui ressemble pas, elle ne s’est jamais emportée comme cela devant qui que ce soit. Adieu bienséance et maitrise de soi, elle vient de sortir de ses gonds, et ça va tellement mieux maintenant. Enfin presque. Mais c’est vrai que ça fait du bien, autant, voire même plus, qu’une séance chez le psy.
Elle finit par reprendre ses esprits, fait de nouveau face à Josh qui minaude, vexé d’avoir été ainsi malmené.
Mia lui ordonne, ce qui commence à devenir habitude loin d’être désagréable, de le suivre, l’emmenant vers la sortie des employés. Le fait d’avoir quelqu’un avec soi est rassurant dans cette situation. Et lorsqu’elle aperçoit la porte de sortie c’est pour elle comme une délivrance. Elle touche du doigt la liberté, le week-end et son plumard bien douillet.
Josh traine des pieds, contrairement à Mia. Il zieute d’un air envieux tous ces produits qui l’appellent langoureusement. Bien que cela soit une affabulation de son esprit encore embrumé par les relents de bière, il faut néanmoins tirer de ce mirage vocal résonnant dans son cerveau que l’envie d’aller faire un tour dans les rayons le démange.
Soudain Josh s’arrête. Il fixe le sol en fronçant les sourcils.
– Le système de sécurité, l’alarme, marmonne-t-il.
– Quoi ? demande Mia arrêtée à son tour.
– Ben y’a pas quelque chose qui tourne pas rond d’après vous ici, mademoiselle ? la questionne-t-il de sa voix grave, suave et si masculine.
Le ton emprunté veut qu’elle ne sache pas quoi dire pendant un instant. Le silence s’installe, il la fixe d’un regard plutôt déstabilisant avec un sourire en coin coquin.
– Recommencez pas avec vos idioties, se reprend-elle.
– Ca ne fonctionne pas, lance Josh en soulignant l’évidence.
– Quoi ? Qu’est-ce qui ne fonctionne pas ?
– L’alarme, elle aurait dû se déclencher. Quand je suis entré dans la réserve, j’ai ouvert la porte sans déclencher d’alarme. Regardez les systèmes de surveillance qui grouillent au plafond. Aucune caméra ne suit nos mouvements, aucun voyant n’est allumé.
– C’est sûrement une alarme silencieuse. Quelqu’un doit bien savoir que nous sommes là.
– Ca doit bien faire une heure que le magasin est fermé. Les systèmes sont mis en route automatiquement après la fermeture. Lorsqu’une alarme se déclenche, d’abord c’est sonore et on l’entend de très loin, et secundo les flics débarquent en un temps record de quatre minutes.
– Comment vous savez tout ça ?
– J’ai eu l’occasion de faire installer ce genre d’appareil dans une usine il y a quelques années de cela.
– Vous travailliez pour les compagnies de sécurité ?
– Mais non.
– Qu’est-ce que vous faisiez alors ?
– De quoi j’me mêle ? dit-il d’un ton réprobateur.
Mia ne répond pas, les yeux fermés elle commence à fulminer intérieurement quand un bruit suspect l’oblige à rouvrir les yeux. C’est Josh, debout sur le tapis roulant d’une caisse qui profite de la vue d’ensemble que lui offre son piédestal.
– Je suis libre, dit-il en levant les bras au ciel et inspirant profondément.
– Descendez de là, sombre crétin, on va avoir des ennuis !
– Oh la ferme Suzette. On a le droit de s’amuser un peu dans la vie. Ca craint rien. Tout est éteint. On peut faire c’qu’on veut, rétorque-t-il sur un ton enfantin.
– A l’évidence vous n’avez pas encore retrouvé toutes vos facultés mentales. Je crains de devoir en faire état au responsable de cette entreprise et cela dans les plus brefs délais !
– Je m’en fous ! s’exclame-t-il en sautant à terre.
– Ca signifie que vous vous allez très certainement perdre votre emploi.
– Je suis virééééé ! Complètement virééééééééééé ! hurle-t-il fou de joie en reprenant en cœur l’air de Ziggy, célèbre chanson tirée de la comédie musicale Starmania.
– Chut ! La ferme ! murmure Mia.
– Moi je dis Champagne ! crie-t-il encore plus fort.
– NON ! Non ! Pas ça ! Josh, laissez tomber l’alcool ça vous réussit pas !
Mais il est trop tard. Josh court pour retrouver l’allée des alcools. Il s’arrête et se plante face au rayon boissons alcoolisées avec une allure de vainqueur. La rangée, immense et bien ordonnée, s’offre à lui. Ricard, Bailey’s, Bordeau, Heineken… Toutes ces jolies bouteilles se dandinent comme des vahinés pour l’appâter. Dans sa tête une seule question tourne en rond. Qui vais-je boire en premier ?
Il fait un pas en avant, regarde les bouteilles qui l’entourent tel un libertin qui met pour la première fois les pieds dans un harem.
– Mais ! Mais c’est pas possible ! Il va m’écouter ce crétin ! Josh ! JOSHEU !
Mia est horrifiée. Elle vient de le perdre de vue entre deux allées, malheureusement elle sait déjà quelle direction il a emprunté. Elle sait aussi que ce n’est pas la peine de tenter de le raisonner et encore moins d’essayer de le ramener en usant de la force. Une seule solution, la police. C’est alors qu’elle se met à fouiller dans ses poches à la recherche de son portable. Elle se fige soudainement, ferme les yeux, secoue légèrement la tête et soupire. Son portable ainsi que sa sacoche sont restés dans la réserve.
C’est sans compter sur ses talons, qui lui assènent une douleur fulgurante, qu’elle revient sur ses pas. A mi-chemin elle ne supporte plus rien, ni le patron, ni Josh, ni son boulot, ni la couleur de sa jupe et enlève ces instruments de torture également appelés chaussures.
Encore un bruit, un fracas métallique. Elle dirige son attention vers le fond du magasin. Soudain une silhouette se dessine, légèrement titubante et une bouteille à la main.
Se pourrait-il que Josh ait finalement raison ? Les détecteurs de mouvement n’ont pas bronché, ainsi que l’alarme ou un quelconque autre système bruyant.
– Espèce de dingue ! Vous ne pourriez pas faire un peu moins de bruit pour l’amour de Dieu ! crie Mia à l’intention de l’homme qui se tient quelques mètres plus loin.
Pour seule réponse elle voit Josh lui faire un bras. L’envie de lui envoyer une de ses pompes dans la tronche se présente comme la meilleure réplique à ce geste insolent, mais elle se retient en pensant à un autre usage tout aussi utile qu’elle pourrait faire de sa paire si elle ne paumait pas l’une des deux chaussures.
Elle pousse la petite porte de la réserve, jette un regard à l’intérieur et cherche sa sacoche des yeux, sans bouger de l’encadrement de la porte. Elle aperçoit le poste informatique et l’allée dans laquelle elle a ramassé Josh. Mais bizarrement il n’y a rien sur le sol. Elle s’avance alors et scrute les alentours de sa vision d’aigle. Pas de sacoche en vue. Surement un coup de Josh.
C’est plus énervé encore que Mia ressort de la réserve, ne prenant pas la peine de fermer la porte mais la repoussant violemment contre le mur, ce qui eu pour effet de coincer celle qui n’avait rien demandé dans un petit bitoniau qui la retient désormais grande ouverte. C’est telle une furie que Mia déboule dans le rayon boissons alcoolisées.
A la surprise générale, il n’y a personne. Pas une ombre qui bouge. En tout et pour tout juste quelques bouteilles par terre, un carton de vin ouvert et rien d’autre à signaler.
Elle s’élance à la recherche de Josh et se prend les pieds dans une des bouteilles posées par terre. Le verre heurte le sol sans se briser et le liquide s’écoule par le goulot dans un glouglou, rougissant le carrelage auparavant blanc.
Tout en rongeant son frein elle ne s’aperçoit pas qu’elle vient d’y tremper un doigt de pied. Son collant couleur peau est désormais gluant et couleur rouge sang. A l’odeur ce devait être un martini rouge. Pas le temps d’en lécher une goutte pour vérifier, elle s’enfonce plus profondément entre les rangées.
– Josh ? Josh ! appelle-t-elle sans trop hausser la voix.
Pas de réponse ni de mouvement dans l’allée d’en face. Soudain un autre crissement métallique la fait sursauter. Cette fois-ci elle est sûre que cela provient des issues de secours du fond.
– Josh ? demande-t-elle d’un ton hésitant.
Toujours pas de réponse. Le problème c’est que la situation devient angoissante. Ces grandes allées qui se dressent autour d’elle s’érigent en labyrinthe et elle se sent comme une gamine égarée dans ce dédale. Si seulement elle pouvait rallumer les grands néons qui trônent au-dessus de sa tête. La lumière de la lune ne suffit plus à la rassurer. Elle reste là, immobile, à fixer la pénombre sans savoir quoi faire.
Un bruit derrière elle. Un chuintement sur le sol, et Mia se retourne instantanément.
T ERREUR NOCTURNE
– HA ! hurle Josh en battant des bras.
– Mais ça va pas ! Oh mon Dieu ! J’ai failli mourir, tremble Mia qui a soudainement pali.
Josh se met à ricaner comme un âne et lui demande d’un air moqueur si elle a vraiment eu peur. Elle pose sa main sur son visage et le repousse en arrière. Ce qui ne stoppe pas les ricanements de Josh qui s’est approprié une autre bouteille.
– C’est quoi ça ? demande-t-elle sur un ton glacial.
– Fodka matame !
– Nan, nan, ça j’avais remarqué. Qu’est-ce que tu portes sur le crâne !
– Alors on se tutoie, ma belle ? dit-il de sa voix charmeuse.
– Un tuba ? Un tuba et des lunettes de plongée ? Où est-ce qu’il a trouvé ça ? Il faut absolument aller les remettre où tu les as trouvées ! Maintenant !
– Oh la purge ! C’est bon tranquille, on risque que dalle. De plus, entre nous, c’est vous qui faites le plus de bruit, ajoute-t-il en ricanant.
– Comment ça ? C’est faux, je marche sur la pointe des pieds depuis le début.
– Mais oui, bien sûr, et c’est qui qui se prend pour le, l’orchestre symphonique de Londres ?
– Pas moi ! Je croyais que c’était vous. Vous et vos bouteilles.
– Je n’ai pas fait de bruit, en tout cas le bruit de tout à l’heure ne venait pas de moi. Je n’ai mangé ni piano ni guitare électrique pour sortir ce genre de son, dit-il en ricanant.
– Je m’en vais, je me tire. Vous vous débrouillez. J’en ai assez pour ce soir. Je rentre chez moi dormir !
– Je peux venir ?
– Non ! D’ailleurs rendez-moi ma sacoche, rétorque-t-elle excédée.
– Quelle sacoche ?
– Vous fichez pas de moi, ma sacoche, celle que j’avais tout à l’heure dans la réserve.
– Je suis désolé je ne vois pas de quoi vous voulez dire, lâche-t-il en s’envoyant une autre rasade de vodka.
Excédée, Mia envoie valser la bouteille qu’il tient entre les mains. Au passage lui en mettant un coup dans les dents rien que pour le plaisir. C’est au tour de Josh de s’énerver. Il se met à grogner et Mia de répliquer que c’est l’alcool qui s’attaque aux gencives. Après réflexion il rétorque que c’est impossible, et que si c’était le cas, il serait au courant.
– Allez donnez-la-moi qu’on en finisse ! J’ai mes clés dedans et tous mes papiers importants.
– Franchement, arrêtez de me les briser. Vous commencez à me prendre le chou avec vos histoires de sacoche qui s’est fait la malle.
Il éclate de rire deux secondes plus tard.
– Imaginez la sacoche en train de… Il commence une chorégraphie à la Franky Vincent.
– Très bien, je vous crois. Alors dites-moi qui l’a prise. Je suis sûre à cent pour cent que je n’y ai pas touché après l’avoir posée dans la réserve.
– Mais, mais, vous continuez. J’en ai plein les roubignoles de vos histoires de sac à main. Vous avez qu’à vous mettre à la banane.
– Pardon ?
– Bah oui ! Une jolie p’tite banane à la ceinture, vous y fourrez vos clés, vos papiers et vous me foutez la paix.
– Très bien, on se la joue à qui sera le plus idiot, bonne nouvelle vous avez gagné ! Alors comment fait-on pour sortir d’ici ? Hein ! Vous les avez, vous les clés ?
– Euh…
– Non ! Vous ne les avez pas ces clés parce que vous n’êtes pas un membre du personnel autorisé à les avoir. Alors vous comptiez sortir comment après avoir piqué votre roupillon de tout à l’heure ? Je vous le demande ! dit-elle en s’énervant et perdant le peu de calme qui lui restait.
– Attendez que je réfléchisse, répond-il en se frottant le crâne.
– Bah oui ! Bien sûr prenez votre temps. Et puis vous reboirez bien une petite goutte de vodka, ça vous aidera !
– Ah oui ! C’est une excellente…
– Non ! Mais non, bien sûr que non, vous n’allez plus toucher une seule goutte d’alcool de la soirée.
– Oui monsieur l’agent, bien sûr monsieur l’agent. Montrez-moi vos papiers monsieur l’agent. Oh ! Mais j’oubliais, ne les auriez-vous pas égaré inspecteur Magret ! s’exclame Josh énervé.
– Vous fichez pas de moi. Et c’est Maigret pas Magret.
– Comme c’est mignon, et elle est culturé en plus.
– Et vous êtes beurré.
– Et fier de l’être mon commodore ! Je vous en sers un demi ?
– Non merci, je conduis imbécile.
– Vraiment, vous avez quoi comme bagnole ? Je vous vois bien en…
– Ca suffit, je vais aller jeter un œil dans le vestiaire, pour voir si je n’y ai pas laissé ma sacoche.
– Moi je surveille le rayon, au cas où une bouteille tenterait de s’échapper, avise Josh.
– Faites donc, lâche-t-elle dans un soupir.
Le vestiaire est vide, seules restent les traces de lutte d’un costume récalcitrant contre une employée obstinée. Mais pas de sacoche en vue, pas de trousseau de clé tombé dans un coin. Rien. Elle ressort des vestiaires.
Un bruit derrière elle, comme une explosion. Prise de panique elle ne peut retenir un cri strident.
– Ca c’est chips, je t’ai fait peur, marmonne Josh un paquet de chips dans la main.
– Seigneur ! J’ai bien cru mourir. T’as pas fini de me faire peur ?
– Je n’ai pas fait exprès.
– C’est bien ça le problème. Ne t’approche pas. C’est quoi ça ? demande-t-elle en montrant ce que tient Josh dans la main.
– Chips saveur Barbecue.
– On se croirait à l’heure de l’apéro, soupire-t-elle.
Pour seule réponse Josh lui tend le paquet explosé. D’un signe de la tête elle refuse son offre généreuse, prête à le sermonner de nouveau mais abandonnant aussitôt l’idée qui ne serait que perte de temps.
Il y a des chips par terre bien évidemment, pour la simple et bonne raison que l’on n’ouvre pas un paquet en le pressant. Mais à cette remarque Josh vous répliquera que c’est beaucoup moins amusant.
La sensation de faim la tenaille désormais. Elle doit résister, sinon qu’en serait-il de ses beaux discours sur l’honnêteté au travail ? Elle entend déjà d’ici les remarques acerbes de ce grand crétin aux lèvres huileuses gout sauce barbecue.
Les deux nouveaux meilleurs amis se mettent en marche. Josh écrase les copeaux de pommes de terre par terre.
– Ca croustille ! lance-t-il joyeusement en marchant de nouveau sur ses traces.
A ce moment précis et à la vue de ce grand gaillard qui sautille sur des monceaux de patates, il est évident que l’alcool est un fléau.
– Arrête de mâcher comme une vache ! On dirait un gros porc qui rumine !
– … (Il avale)… Le cochon ne fait pas partie des ruminants, reprend-il fièrement.
– Ferme ta bouche !
– Ah oui ! J’allais oublier, les portes de derrière sont fermées. J’ai essayé tout à l’heure de les ouvrir. J’y suis pas arrivé, annonce Josh en s’essuyant la bouche du revers de son poignet.
– Oui, c’est normal. Je n’ai pas les clés et nous avons été enfermés à cause de toi !
– Comment ça ! s’exclame-t-il.
– Oui, exactement, toi et ton costume pourave et ta fermeture éclair à deux balles sur laquelle je me suis pris le chou pendant deux plombes !
– Et c’est de ma faute maintenant !
– De qui d’autre voudrais-tu que ce soit la faute ?
– Bah oui hein ? De qui d’autre que de la faute c’est peut-être hein ? Je me le demande bien la question !
– Laisse tomber.
– Ben vas-y, vas-y toi et tes « je suis la meilleure que tout le monde il est moins bien », imite Josh en prenant une voix nasillarde.
– Commence pas, ça va pas le faire !
– Et bien je m’en contre balance les miches moi ! T’as qu’à être la meilleure dans cette direction et moi j’irai faire du meilleur de ma possibilité du côté de l’opposition. C’est-à-dire par-là ! balance-t-il en montrant du doigt les allées opposées.
– Très bien ! hurle-t-elle.
– Très bien ! dit-il en se moquant.
– Au revoir !
– Adieu !
S UIVONS M IA
Le côté de l’opposition se trouve être en direction du fond du magasin. Josh se dirige vers les sombres recoins d’un pas déterminé. De l’autre côté, Mia, d’un pas bien moins assuré, contemple le rayon HI-FI.
– Enfoiré ! hurle-t-elle en se retournant dans sa direction, les poings fermement resserrés sur les talons de ses chaussures.
Personne en vue. Pas un bruit de pas sur le carrelage froid. Il a disparu, encore. Sur sa gauche, le rideau métallique barricade l’entrée. Personne non plus de ce côté. Rien ne bouge.
A bien y réfléchir elle n’a pas les clés non plus. Ce n’est pas un problème, elles ne peuvent être que dans la réserve. C’est avec l’envie d’y croire et portée par le souffle d’un faible espoir que Mia s’en retourne vers la réserve. La petite porte est fermée.
Arrêtons-nous un instant sur cette pensée. Ce que Mia sous-entend ici c’est que le vent, entité douée d’une extrême agilité, serait venu décoincer, de sa main habile, une porte, d’un système qui la retiendrait ouverte. Permettez-moi de vous faire part de mon scepticisme. Mais dans un état d’esprit comme le sien, et en de pareilles circonstances, l’esprit nous joue des tours.
Mia tente de garder son calme, chasse de sa tête toute pensée négative que lui susurre en son for intérieur la voix de la raison. Non, elle ne va pas passer la nuit entière dans cet infâme magasin. Devant la possibilité de cette horrible éventualité, elle presse le pas.
C’est donc le vent qui a fermé la porte de la réserve. La poignée résiste un peu – ceci est, bien évidemment, dû au coup de vent violent – mais Mia finit par la faire céder. Elle fait un pas dans la réserve. Elle s’arrête net. Les grands néons au plafond sont tous allumés. Le vent aurait-il aussi appuyé sur les interrupteurs ? Mamie vient de se faire pousser dans les orties.
Quelqu’un est repassé par là. Josh ? Mia pose son regard vers l’ordinateur. L’écran est éteint, la tour aussi. Pourtant il faut toujours laisser les appareils en veille. Règlement intérieur, page douze, paragraphe quatre.
Pourtant il y a quelque chose d’encore plus surprenant. Sa sacoche est de retour, posée près de l’ordinateur, à quelques mètres de l’endroit où elle l’avait laissée. A ce même endroit où quelques minutes plus tôt elle ne se trouvait pas.
Elle se jette sur son sac, de peur qu’il ne disparaisse de nouveau sous ses yeux. Elle fourre sa main à l’intérieur et pousse un soupir de soulagement en ressortant un trousseau de clés. Enfin une bonne chose, voilà l’augure de l’achèvement de ce calvaire.
Deux silhouettes cachées derrière des cartons observent de loin et sans bruit la jeune femme repartir.
A LORS QUE J OSH PENDANT CE TEMPS LÀ …
Les grandes vitres du toit n’éclairent que la partie centrale de l’hypermarché Cartouche. Les derniers rayons du fond sont plongés dans le noir. Josh est face à l’issue de secours placée au beau milieu du tout dernier rayon. Il attrape la barre et referme ses doigts dessus. La large poignée refuse de bouger. Il appuie plus violemment encore, mais rien n’y fait. Il perçoit un drôle de bruit métallique. Bruit qui devrait sonner bizarrement à l’oreille de n’importe qu’elle personne sensée et saine d’esprit, ce qui n’est pas le cas de Josh pour le moment.
Après quelques minutes passées à tambouriner pour voir si la porte allait céder, Josh décide finalement de se calmer. Grand bien lui en prenne puisqu’il croit percevoir des voix. Il y a deux personnes à l’extérieur qui discutent. Josh appelle à l’aide, et distingue ensuite des pas qui semblent se rapprocher de la porte. Tout à coup, Josh est comme envouté par une sensation de supériorité que lui procure le fait d’avoir réussi à trouver une issue. Il trépigne d’impatience à l’idée d’annoncer à cette chère Mia qu’elle n’est pas si douée que cela.
Pris dans son élan et ayant recouvré par la même occasion son sens de l’humour pas vraiment perdu, Josh commet une erreur. Ce qui ne représente pas une réelle surprise puisqu’un homme bourré vaut bien trois idiots saints d’esprit.
Alors à la question posée par les hommes de dehors :
– Qui est là ?
Il pouffe :
– Bah ! C’est moi !
Une erreur peut-être. Ou peut-être pas. Qui sait avec certitude si cette affaire se serait mieux déroulée s’il n’avait pas répondu par une imbécilité ?
– Mais qu’est-ce que tu fous ! Arrête un peu tout ce tintouin, tu vas nous faire repérer. Bon on vient de finir de bloquer les issues de secours. Comment ça se passe à l’intérieur ? demande un des gars à l’extérieur.
– C’est tranquille ! ajoute Josh en se retenant d’exploser de rire.
– Hé ! Reste sérieux ! On n’a pas le temps pour tes idioties. Ne fais pas capoter le plan ou sinon tu vas avoir des problèmes, s’énerve l’homme.
– …
– Le magasin est bien vide ?
– …
– Il n’y a plus d’employés ?
– …
– Tu sais ce que tu dois faire si tu croises quelqu’un, hein ? Pas de témoins, cette affaire va faire les gros titres alors tu butes qui que ce soit qui n’est pas à sa place. Tu exécutes les ordres comme prévu, à la lettre et on ressort tous avec un magot démentiel. Compris ? T’as enlevé le cran de sureté de ton arme ?
– …
Josh a ravalé le sourire de nigaud qu’il arborait. Il n’a pas tout compris de ce qui vient de se dire mais les derniers mots étaient on ne peut plus clairs.
– Ho hé ! Tu réponds ou quoi ? T’as enlevé le cran de sécurité de ton arme ?
– Je, je… oui, oui… Je crois, balbutie difficilement Josh.
– Bon, on arrive de toute manière, finit par annoncer l’autre gars.
Josh déglutit bruyamment, le regard paumé dans le vide. C’est le noir, blackout total, à un moment où il est fortement déconseillé de perdre son sang-froid. Il ne peut se résoudre à ce qu’il vient d’entendre. Il s’y refuse mais repasse malgré lui ces bribes d’informations en boucle dans son esprit.
Reprendre son sérieux, celui qu’il avait noyé dans la bière, et bouger sur le champ s’il ne veut pas y rester !
Ce fut alors comme s’il s’élançait pour le nouveau record de course de vitesse. De grandes enjambées, vigoureux, rapide, les bras apportant du mouvement au corps… En réalité, non, il s’élance oui, mais avec l’allure et l’entrain d’une grand-mère de quatre-vingt-dix ans en pleine crise hémorroïdale qui traine son déambulateur vers les toilettes les plus proches.
Qui était-ce ? Cette voix, même séparés par un mur, cette voix lui rappelle quelqu’un. Ce ton, cette intonation sévère et dure, il l’a déjà entendue. Il réfléchit, son faciès reproduit celui de l’homme constipé, il tente de reconnecter les deux derniers neurones qui papillonnent à l’intérieur de sa masse cérébrale. Soudain la lumière se fait, le plafonnier s’allume dans son crâne.
Plus de doute, il sait qui se tient derrière cette porte.
Ca y’est, ça commence, les ennuis arrivent et la soirée peut enfin débuter.

Milieu de journée

E T TOUT DE SUITE APRÈS , UNE PAGE DE PUB
Mesdames et messieurs, bonjour. Il est exactement 14H02 et nous sommes le samedi 4 juillet 2015. En cette belle matinée ensoleillée, le thermomètre affiche déjà une température extérieure de quarante degrés Celsius et on attend encore des records pour le reste de la journée. Aujourd’hui, pensez à embrasser les Raoul, ils auront bien besoin de réconfort avec ce prénom-là. On se retrouve ce soir pour d’autres prévisions météorologiques catastrophiques.
Cette si jolie présentatrice, que l’on affectionne tant à l’accoutumée, se transforme soudainement en monstre hideux et pervers, souriant à l’annonce des montées de chaleur et pointant sadiquement du doigt l’endroit exact de la carte indiquant votre position actuelle.
Vous êtes assis face à votre bureau, la sueur perle à grosse goutte sur votre front. Mais ce n’est pas le pire. Non, le pire c’est votre collègue, juste à côté de vous, qui a enlevé ses mocassins en peau de chevreuil, et qui tortille ses doigts de pieds, les laissant profiter de leur nauséabonde liberté.
La chaleur est excessive, certes, mais elle ne représente pas une raison valable pour rester chez vous, devant votre frigo grand ouvert, en rêvant de courants d’air. D’autres employés sont plus chanceux, ceux de l’étage du dessus par exemple, ils savourent la fraicheur que leur offre leur nouveau climatiseur. Effectivement, cette année leur patron a accédé à leur requête. A ceci près qu’ils y laisseront leur petit bonus de noël, sucré pour cause de réévaluation budgétaire ou plutôt, laissez-moi vous proposer une traduction sémantique, en vue d’un futur achat couteux étant donné que c’est bientôt l’anniversaire de la femme du patron.
Pourtant, et c’est bien connu, le malheur des uns fait le bonheur des autres. Et il faut bien le désarroi de toute une civilisation grillant sous les rayons du soleil, à qui l’on repasse une couche de réchauffement planétaire, pour faire le bonheur de nos insouciants bambins. Nos chères petites têtes blondes se délectent avec affront de leurs vacances d’été passées au fil des journées ensoleillées.
Le bruit du ventilateur vous endort et vous rêvez de temps libre, de sieste à la mexicaine sous un large sombrero. Pourtant lorsque l’occasion s’offre à vous, la saisissez-vous ?

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