Un Assassin pas comme les autres
75 pages
Français

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Description

Ils sont tous les cinq, des tueurs ou violeurs en série. Ils sont en sursis et se réunissent pour tenter de canaliser leurs vices inhumains. Tels les alcooliques anonymes, ils se retrouvent incognito entre psychopathes. Ils tentent de ne pas tuer dans l’immédiat. L’idée, c’est de se tenir tranquille quelques temps à l’abri de leur association et, plus tard, laisser libre court à leurs instincts meurtriers en toute discrétion. Seul Papi Bô, le plus ancien d’entre eux, ne s’est jamais fait serrer. Le patriarche va faire une rencontre qui le poussera à changer et ne plus ressentir ses travers assassins au grand dam de ses amis. Va-t-il résister ou céder à ses macabres pulsions extatiques ?Un assassin peut-il vraiment changer ? Au sein du cercle des électrons libres, les paris sont lancés.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 10 mai 2021
Nombre de lectures 1
EAN13 9791093167916
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0345€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Un Assassin pas  
comme les autres
 
 
 
Tous droits réservés
©Estelas Éditions
11590 Cuxac d’Aude France
 
estelas.editions@gmail.com  
www.JaimeLaLecture.fr
www.estelaseditions.com
 
ISBN : 9791093167923
« Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. »  
 
 
Victoria Dézil  
 
 
 
 
 
 
 
Un Assassin pas comme les autres
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
 
 
 
Table des matières
Personnages  
Chapitre 1  
Chapitre 2  
Chapitre 3  
Chapitre 4  
Chapitre 5  
Chapitre 6  
Chapitre 7  
Chapitre 8  
Chapitre 9  
Chapitre 10  
Chapitre 11  
Chapitre 12  
Chapitre 13  
Chapitre 14  
Chapitre 15  
Chapitre 16  
Chapitre 17  
Chapitre 18  
Chapitre 19  
Chapitre 20  
Chapitre 21  
Chapitre 22  
Chapitre 23  
Chapitre 24  
Chapitre 25  
Chapitre 26  
Chapitre 27  
Chapitre 28  
Chapitre 29  
Chapitre 30  
NOS TITRES  
NEWSLETTER  
 
 
 
 
Personnages
 
La famille Moneris
Ariane , jeune étudiante en psycho en quête de son avenir.  
Mr et Mme Moneris Claude , les parents d’Ariane.  
 
Le club des assassins, le Cercle des électrons libres  
Raymond , dit « le Chir », esthète et ami de Papi Bô.  
Simone , «  El Diablo  », secrétaire de l’association et experte en plat à tomber par terre.  
Jacky , «  le Chat  », pédophile en sursis au verbiage insupportable.  
David , «  le p’tit Goliath  », trésorier de l’association et mémoire vivante du monde des assassins.  
Papi Bô ou Boris , assassin au long cours.  
 
L’immeuble dans le 16 è arrondissement  
Odile alias Mamie Rose , logeuse occasionnelle  
la concierge
 
Les époux Greenford
Violette , sugar baby et amie d’Ariane  
Patrick , trader néo-zélandais  
 
Les prostituées
Graziella , prostituée et transformiste  
une prostituée, échangiste  
le responsable du cabaret
 
Le monastère d’Aiguebelle
Le Père Maître  
 
À Koutaba  
Un prêtre, en charge de la construction du monastère  
Deux civils, les assistants du prêtre  
Un militaire, en poste sur une base militaire  
 
Le milieu parisien
Le photographe de mode, dont Boris est l’assistant  
Mannequin noir, au prix de Diane à Chantilly  
 
La police de Paris
Un enquêteur  
Un gendarme  
 
Le bus 72
Le chauffeur de bus  
 
 
À mes LouMarVal,  
À ma première lectrice,  
À mon cher et tendre,  
Merci.
 
 
 
 
Chapitre 1
 
 
 
Il la trouvait jolie. Ensemble, ils déambulaient dans les allées de l’hippodrome. Les regards, les paroles s’animaient de toutes parts à leur passage. La frénésie des parieurs se figeait. Les équidés en pleine course semblaient être évincés un court laps de temps par ce couple atypique : une jolie et belle jeune femme au bras d’un vieil homme. Il était en costume trois-pièces tout de noir vêtu avec pour seul trait de lumière une cravate blanche contrastant sur sa chemise noir jais. A priori, ce type de couple était le stéréotype du vieux beau et de sa poule, une jeunette, idiote et avide d’argent facile. Pourtant, ce qui détonnait, c’est qu’Ariane n’était pas la jeune femme pulpeuse, seins au vent et lèvres en feu auxquelles la populace aurait pu s’attendre. Elle était fagotée, de manière assez commune, avec un combishort marine et des Converse bleus ton sur ton. Elle n’avait rien d’une femme fatale ou d’une croqueuse d’hommes en quête de dot. Et c’était bien ça qui surprenait l’assistance. Que faisait cette belle jeune femme désintéressée au bras de ce vieux rapace ? Tout le monde, dans le milieu des courses le connaissait, ce vieux Papi Bô. C’était l’exemple type du roublard. Il était craint par beaucoup, il n’était pas facile comme parieur. Il était l’incarnation d’un homme affable en apparence, mais, en réalité, il vous observait avec célérité, rien ne lui échappait. Peu l’appréciait, donc peu lui parlait. Il pouvait vite mettre mal à l’aise son interlocuteur. Seule la gent féminine trouvait grâce à ses yeux, son autre passion avec les chevaux. Et c’est en cela que cet après-midi-là, il était fier que cette si belle donzelle soit accrochée à son bras. Il paradait, elle suivait. Elle découvrait ce monde à part, hors du temps, irréel. Une foule amassée, hypnotisée devant une course de chevaux pour gagner un pari d’argent, ça lui semblait si futile. Et puis ce lieu, ce nom, hippodrome. Quel drôle de nom ! Un mélange d’hippopotames et de dromadaires. Elle riait intérieurement en imaginant la stupeur des spectateurs devant une course de chevaux métamorphosés instantanément en animaux bimorphe. C’était dingue ! Et elle aimait ça, l’ivresse du rêve éveillé, aux antipodes de ce pari à gagner, désiré par tous, mais remporté par peu d’élus. La mélancolie la gagnait, trop d’espoirs déçus, comme un rappel à sa vie, son quotidien, une réalité sans horizons. Ariane éprouvait une vive tristesse, alors que Papi Bô était tout guilleret. Il lui parlait avec passion de sa pouliche favorite, Enable. C’était une jument pur-sang anglais. À chaque fois, qu’elle courait, il misait. Il ne pouvait s’en empêcher. Il s’était pris d’affection pour cette jument de course.  
Sa passion pour les courses de chevaux avait été le fruit du hasard. En suivant, il y a trente ans, une jeune femme dans les allées de l’hippodrome d’Auteuil. À l’époque, il était un jeune photographe de mode free-lance fraîchement arrivé à Paris. Il avait vite trouvé dans les courses de chevaux un trompe-l’ennui qui s’était, au fil des ans, mué en passion dévorante. Il jouait beaucoup et il lui arrivait souvent de miser sur plusieurs chevaux dans une même course. Il calquait, d’ailleurs, sa vie affective sur sa façon de miser : avoir une femme pour chaque jour de la semaine. Elles étaient toutes au courant du planning de leur Boris ! Et chacune y trouvait son compte. Il faut dire qu’il ne lésinait pas sur les petits cadeaux en tous genres ou les restos huppés. C’était l’apogée du sexe-friendly des années soixante et Papi Bô avait fait honneur à son époque. Résultat des courses, il en avait monté un paquet de pouliches durant toutes ces années. Les femmes et les chevaux, c’étaient ses violons d’Ingres pour remplir le vide qui le rongeait intérieurement. Grâce aux courses, il avait gagné de belles sommes, il ne jouait jamais au hasard, il se renseignait avec minutie sur les entraîneurs, les jockeys. Il tenait méticuleusement un petit carnet, où étaient notés tous ses paris avec ses pertes, ses gains. La chance lui avait souvent souri, car il préparait tout, jusqu’au moindre détail. Il n’aimait pas improviser ses mises et comme pour les femmes, il n’aimait pas séduire à la dernière minute. Il jouait aux chevaux et il draguait les femmes de manière machinale, sans émotion. Il était intéressé par les femmes, mais n’éprouvait rien envers elles, il les considérait comme des objets de plaisir, et ce, quels que soient les moyens pour les atteindre. Alors, rien ne le prédisposait à s’attacher à Enable, une simple pouliche. Pourtant, depuis ces dernières années, se voyant vieillir seul, les courses avaient été un exutoire à sa solitude, à ses démons. Et cette jument en avait été le point d’orgue, elle était devenue le cache-misère de sa vie monotone qu’il abjectait. Il ne se supportait plus, il avait besoin d’un ailleurs, c’était Enable. Il avait été rapidement séduit par son palmarès incroyable. « Une fameuse, le plus bel espoir de la saison », disait-il. Grandiloquent, il se lança dans des explications sur l’historique de cette jument.  
—  Cette pouliche a atteint un exploit jamais égalé : elle a remporté le triplé Oaks anglais et irlandais, puis King George VI et Queen Elizabeth Stakes. Et toutes ces victoires à seulement trois ans, rendez-vous compte, c’est incroyable ! Son prochain duel au sommet sera sans aucun doute avec Winx, sacré meilleur cheval du monde sur gazon !  
Il avait hâte d’assister au Prix de l’Arc de Triomphe, à l’automne prochain. Il était surexcité, tel un gamin, à qui l’on annonce la sortie de la nouvelle console de jeux. Il était fan d’hippisme, fasciné par les pur- sang. Dans le monde du cheval, ils étaient des stars, pareils à une Formule 1 dans le monde automobile. Ces courses représentaient des sommes d’argent colossales. Les parieurs étaient obnubilés par le gain sur le bon cheval. La prochaine fois, il l’emmènerait peut-être à Longchamp. Aujourd’hui à l’hippodrome d’Auteuil, il y avait de belles courses, mais s’il avait choisi ce lieu pour le premier rendez-vous avec elle, c’était d’abord pour des raisons pratiques, Enable ne courrait pas, il pouvait se consacrer ainsi à sa jeune recrue. Et cela lui permettait de se rendre facilement à sa réunion hebdomadaire au Cercle, rue de la Pompe.  
 
 
 
 
Chapitre 2
 
 
 
Le Cercle de la rue de la Pompe était un club très fermé, dont Papi Bô était membre et qui était à quelques encablures de l’hippodrome. Il avait contacté Ariane, car elle était nouvelle sur le site. Ils avaient échangé quelques mails et SMS pour fixer une rencontre, mais il n’avait fait mention que du tarif sans indiquer le type de prestation souhaité. Il avait été volontairement silencieux à ce sujet, car il avait une idée en tête bien particulière. Depuis quelque temps, il voulait changer sa nature. En s’inscrivant sur le Net, il voulait tenter sa chance avec une proie plus facile d’approche. Et cet après-midi-là, il ne pouvait pas se concentrer sur ses deux passions à la fois : les femmes et les chevaux. Ils avaient assisté à la course en simples spectateurs. Il voulait lui montrer l’ambiance du lieu, l’émulation, l’enthousiasme qui y régnait. Il se surprit lui-même, il était enjoué, cela ne lui était pas arrivé depuis longtemps. Était-ce Ariane qui provoquait en lui cette sensation ? Il pressentit que cette jeune femme n’était pas comme toutes les autres, les tant d’autres qu’il avait connues. Elle semblait différente, elle lui rappelait une amie du passé, Graziella. Il n’arrivait pas à la décrypter. Il lui semblait qu’elle était son double en femme, elle était blessée intérieurement. Il s’étonna lui-même, Ariane le déstabilisait sans en avoir l’air. Les souvenirs douloureux de Graziella ressurgissaient. Il fit vite l’impasse sur cette sensation fugace, qui le décontenançait et il imputa cette sensation à un simple hasard, rien de plus. Il voulait profiter de ce moment à la fois étrange et plaisant, sans se poser de questions inutiles.  
Il continuait de parader au bras d’Ariane, de jouer le fanfaron parmi la foule des parieurs, en parlant des courses, de sa passion pour les pur-sang. Elle esquissait un sourire mécanique, sans affect. Elle ne l’écoutait plus, elle s’abandonnait à sa mélancolie en attendant la fin de la course, bientôt le début de l’angoisse.  
Il était 17h, c’était fini, il fallait rentrer. Il s’avança vers sa berline allemande et lui ouvrit la portière. Ils montèrent et disparurent à la nuit tombée. La prestation débutait vraiment, c’était la première fois. Elle était assise là mais n’y croyait pas. Elle, c’était une monture, pour un cavalier en fin de course. L’écart d’âge était flagrant, c’était un vieillard. Elle était escorte girl. Le principe : une prestation sexuelle tarifée. La contrepartie semblait si facile à avoir : une enveloppe remplie de billets pour une unique course en amazone. Elle attendait fébrile sans savoir comment elle devait se comporter ou quoi proposer. En général, le site indiquait que lors de la première rencontre, il ne se passait rien, mais ce n’était qu’une indication. Ariane s’était préparée à dire « non » la première fois. Si par la suite elle devait passer à l’acte ça ne serait que pour une fois ou deux, pas plus. Ensuite, elle passerait à autre chose, cela ne serait presque rien, presque rien, se répétait-elle.  
Papi Bô pressentait l’émoi d’Ariane, aux aguets, prête à filer à l’anglaise. En la regardant, il repensait à ses vingt ans, à sa jeunesse. À l’époque, il était sans foi, ni loi. Vingt ans et belle comme un cœur ! Au même âge, j’étais beau moi aussi, se disait-il en l’épiant du coin de l’œil. Que de belles années ! Il était un beau gosse qui plaisait aux filles, mais cela le laissait de glace. Il n’était pas intéressé, pas encore. Jusqu’à ce qu’il séjourne en Afrique pendant plusieurs années. À son retour dans l’hexagone, sa vie avait pris un tournant décisif, il avait découvert un autre moi. Il était devenu un coureur de jupons, avide de conquêtes, indifférent aux larmes des sylphides délaissées. Et en cette fin d’après-midi, il avait à ses côtés une belle donzelle qui semblait terrorisée. Elle était paralysée comme un animal pris au piège. On aurait dit qu’elle faisait semblant de faire le mort pour qu’il l’oublie. Mais celle-là, il ne la louperait pas, il voulait essayer de changer soixante ans après. Il était temps, il en avait quatre-vingts. Il voulait seulement discuter en ne faisant aucune remarque déplacée, sans faveur lubrique, sans contrepartie sexuelle. Mais cela, elle ne le savait pas. Il recherchait un plaisir plus perfide et invisible. Ce plaisir, c’était celui de voir la métamorphose de ce visage diaphane, passant du pire au soulagement. La frayeur de l’attente d’y passer, puis le soulagement lorsqu’il la déposerait sans avoir rien fait. Elle raconterait avoir seulement accompagné un vieillard à une course de chevaux tout un après-midi durant, en échange d’une belle liasse de billets. Personne ne la croirait ! Quel homme ferait ça ? Un vieux désaxé ! Il n’a tout simplement plus la force d’être au garde-à-vous. Que nenni ! Toute sa vie durant, on s’était trompé sur son compte. Son grand plaisir avec les femmes, c’était d’observer leur émoi. Le passage d’un état à un autre. Il avait pu le constater dans les ébats amoureux. Il y avait le plaisir des préliminaires, l’excitation du frôlement des corps, puis le plaisir d’être en elles mêlé à leur légère douleur du va-et-vient jusqu’à la satisfaction de la jouissance. Ce qui l’émerveillait, c’était de voir jouir une femme, il y avait tant de façons, toutes uniques, fascinantes. Il se rappelait chacune de ses conquêtes par leurs orgasmes, quelles apothéoses ! Les femmes et les courses de chevaux, ces deux passions où l’être est dépossédé de son corps, de sa raison soit par la pulsion sexuelle soit par la pulsion vénale.  
Elle s’échappa de cette berline sans un regard en arrière, même pas un au revoir. Sa seule peur était qu’il la rattrape ou l’interpelle en la traitant de tous les noms, après qu’il se soit rendu compte qu’il n’avait rien fait. Durant toute l’après-midi, il n’y avait eu qu’une série de : « Bonjour », « comment allez-vous ? ». Après cette journée, qu’allait-elle faire ? Oublier ? En parler sous couvert d’une histoire qu’on lui aurait racontée ? Cela lui éviterait de vivre l’émoi d’autrui. Elle détestait faire ressentir un changement d’émotions. « Sois invisible », tel était son credo, sa bouée de sauvetage pour elle qui avait vécu entre des parents petits-bourgeois, bien vus aux yeux de tous, mais qui, en coulisses, s’étripaient. Le home sweet home était en réalité, l’antre des disputes où les soupières remplies de bonnes intentions s’envolaient, un enfer ! Alors, oui, pour elle, l’important était de rester insignifiante, ne pas faire de vague, avancer à pas feutrés dans cette existence. Pour l’instant, elle enchaînait les petits boulots : serveuse, hôtesse d’accueil, garde de sécurité et celui-ci : sugar baby. La fiche signalétique de ces sapiens était simple : ils étaient avides de sexe et ne voulaient pas s’encombrer de la case séduction. Elle trouvait cela lâche et écœurant mais ce soir-là, ça l’arrangeait bien, d’autant que rien ne s’était passé. C’était juste une promenade à l’hippodrome avec un vieillard à l’air gentil. Et pourtant, un vieillard de quatre-vingts ans qui recourait à une escorte girl, ça l’intriguait, ça n’était pas courant. Elle avait pensé « avec celui-là, c’est le premier et le dernier rencard, vu le millésime ! »  
« La voilà partie ! » soupira-t-il. Il éprouvait une douce mélancolie en pensant à Ariane. Était-ce la bonne ? Celle qui allait le faire changer ? Durant sa vie, il avait essayé à plusieurs reprises de changer son rapport aux femmes. Cela s’était soldé systématiquement par des échecs sanglants, sauf une fois avec Graziella. Et après cette journée à l’hippodrome, il reprenait espoir pour changer son destin. Il se sentait déterminé à choisir une autre destinée que celle prédite par sa nature. Il ne blesserait plus, il ne ferait plus de mal à la gent féminine. Il avait pris conscience de ce vide intérieur qui était destructeur. Et Ariane, était peut-être sa dernière chance pour réussir à abolir ses pulsions. Il voulait le croire et faire mentir toutes les prédictions des experts en psychiatrie. Toutes ces années, il n’avait pas cédé à la pression de la police, il était resté muré dans le silence, rendant fou les analystes comportementaux ou psy en tout genre, il les avait tous épuisés. Cela avait concouru à son plaisir perfide et insidieux : il était passé entre les mailles des enquêtes de terrain, des multiples auditions… « Pas de traces d’ADN, ni de preuves suffisantes » concluaient à chaque fois les enquêteurs. Cette belle étudiante ne se doutait de rien et il voulait que cela en soit ainsi, jusqu’à la fin. En attendant, il avait hâte de la retrouver pour un autre rendez-vous, il espérait qu’elle dirait oui, qu’il lui avait fait bonne impression. Il s’étonnait lui-même, il faisait preuve de candeur tel un jeune énamouré. Il décida de proposer une autre rencontre, il l’emmènerait cette fois manger une pâtisserie. Son objectif était de se faire aimer de cette donzelle, de lui faire découvrir ses passions, son autre moi, charmeur, et drôle, et surtout aucune allusion sexuelle. Cela risquait de le plonger à nouveau dans ses travers morbides.  
 
 
 
 
Chapitre 3
 
 
 
« Donnons-nous rendez-vous au café Pouchkine. Les pâtisseries sont exquises, surtout la Pavlova, un régal. Venez, je vous en prie. » À la suite de cet appel, elle restait stupéfaite. Un vieillard, Papi Bô, comme il s’était présenté, l’invitait dans l’un des meilleurs cafés de Paris pour prendre le goûter. Mais à quoi jouait-il ? Un billet de cinq cents juste pour un gâteau ? La dernière fois, rien ne s’était passé entre eux. Cette promesse de gain facile devrait la ravir. Cet argent, elle en avait rêvé et elle en avait besoin pour ses études, son quotidien. Malgré tout, cette facilité apparente l’inquiétait. Tant pis ! Elle irait, elle n’écouterait pas son instinct. Ce billet de cinq cents, il le lui fallait !  
 

 
« Impressionnant ! » C’était la première sensation qui jaillit en elle. Ce café Pouchkine était un véritable écrin de pâtisseries. Ce n’était pas le petit salon de thé de quartier comme celui où sa grand-mère l’emmenait les mercredis après-midi pour prendre une crêpe au chocolat et un diabolo grenadine. Elle n’osait passer le pas de la porte, de peur qu’on lui refuse l’entrée pour délit de faciès : pas assez chic, vous êtes, Mademoiselle ! Quand soudain, une serveuse vint à sa rencontre et l’invita à monter à l’étage, son hôte l’attendait. Elle tremblait. Son émoi était double, pénétrer dans cet écrin de délices et retrouver son Papi Bô !  
Il était de dos, au fond de la pièce feutrée, où étaient disposées quelques tables encore vides. Son chapeau était posé sur la banquette. Il avait un crâne, mi-dégarni mi-frisottant, entouré par des lunettes noires et rondes.  
Il l’appela sans se retourner avec une voix pincée :
—   Venez, je vous attendais.  
Face à face, en pleine lumière, elle le voyait , sans fard. Son regard perçant l’indisposait, l’intriguait. Il avait la peau blême très ridée avec un énorme grain de beauté sur la tempe gauche.  
—   Je vous ai commandé une Pavlova avec un thé à la bergamote. Cette association de saveurs est exquise. C’est un dessert russe, mon favori, vous ne pouvez que l’aimer, lui lança-t-il.  
Interloquée, elle ne réussit qu’à prononcer un « Merci ». Qu’allait-il se passer ? Elle se trouvait dans une situation totalement déroutante. Elle était dans un café, au décor d’Alice aux pays des merveilles, avec un vieux qui lui offrait une tisane et un gâteau russe !  
Pendant toute l’après-midi, Papi Bô, lui parla de ses origines franco-russes, de sa lignée avec les Romanov qui avaient été assassinés en 1918. Il avait un lien de parenté avec Alexis, le tsarévitch, qui était hémophile. La reine Victoria du Royaume-Uni était porteuse de cette maladie qui se transmet uniquement par les femmes.  
Tel un conteur des mille et une nuits, il narrait ses aventures rocambolesques. Elle esquissait un sourire de voir un vieil homme raconter avec emphase sa vie. Il semblait déconnecté des préoccupations quotidiennes. Elle était bercée par ses histoires d’ailleurs. Elle trouvait cela assez plaisant. Il était grandiloquent et avait une certaine majesté dans sa façon d’être. Quand enfin, il termina sa narration, il la fixa de son regard perçant, Des frissons la parcoururent brusquement.  
Dix-huit heures sonnaient à la Madeleine, le salon de thé finissait de se vider. Ils se retrouvaient tous les deux, seuls. Un parfum de mystère se dégageait de cette entrevue. Pendant tout ce temps, elle n’avait presque rien dit, juste écouté. C’était d’ailleurs le but escompté par Papi Bô : il voulait lui plaire et ne pas évoquer ses réelles origines beaucoup plus modestes. La seule chose qui était authentique, c’était sa maladie, l’hémophilie. Tout le reste était de la pure imagination. Dans sa famille, point de descendance impériale, ni de sang bleu mais plutôt rouge ! Son père était ouvrier et sa mère était aide à domicile. Ses parents ne tenaient pas à avoir d’enfant, d’autant que sa mère était porteuse de l’hémophilie. Ils ne voulaient pas d’enfants, il était un enfant non désiré. Officiellement, ils voulaient laisser faire la nature, si la grossesse aboutissait, c’était le destin. En réalité, en cette période trouble, sa mère était tétanisée par l’avortement. Beaucoup de femmes restaient sur le carreau, en raison des conditions d’hygiène désastreuses. Sa mère, très croyante risquait aussi la condamnation de l’Église. À cette peine morale, il y avait celle de l’État, en risquant de finir aux Assises et d’être condamnée à mort. Ils ne voulaient pas subir la double peine. Tant pis, pas d’avortement, ensemble, mari et femme, ils seraient parents même s’ils ne s’en sentaient ni l’instinct, ni l’envie. Cela viendrait sûrement avec l’éducation, se disaient-ils. En réalité, sa mère culpabilisait d’avoir transmis à son fils l’hémophilie. Dès son plus jeune âge, il avait été diagnostiqué positif. Ses géniteurs le confinaient à la maison pour éviter des hématomes, des égratignures. En cas de chute, cela pouvait provoquer chez lui des maux de tête, des accès de fièvre et parfois même des évanouissements. Quelques voisins savaient qu’ils avaient un fils atteint d’hémophilie mais peu le connaissaient. Personne ne parlait de sa maladie. Au lendemain de la guerre, tout ce qui se rapportait au sang était synonyme de mort. Pourtant, Papi Bô ne leur en voulait pas, cela lui était indifférent. En réalité, lui non plus il ne les avait jamais aimés. Il n’en avait jamais ressenti ni l’envie, ni le besoin. La vie, pour lui, s’était écoulée sans remous. La vie de famille avait été morne et monotone.  
Aussi bizarre soit-il, ça lui avait plu, il n’aurait pas voulu tomber dans une famille aimante et dégoulinante de tendresse et d’amour. Il comprit bien plus tard la raison de cette indifférence, de cette absence à s’attacher à un être aimé. Paradoxalement, il était doté d’un charme certain, c’était le petit garçon mignon, à l’air coquin que tout le monde appréciait. Malicieux et perspicace, il en joua rapidement dans sa prime jeunesse ce qui lui attira les faveurs de ses maîtres et de son entourage. Les quelques amis au courant de sa maladie étaient aux petits soins pour lui. Personne ne pouvait lui résister, même ses parents lui cédaient tout. I nconsciemment, agir ainsi, était une façon pour eux de se faire pardonner du passé. Leur souhait inavouable d’avorter sa naissance. Peu lui importait, il en profitait et avait compris le besoin de l’être humain d’aimer pour vivre, à l’inverse de lui.  
 
 
 
 
Chapitre 4
 
 
 
Jeune adulte, Papi Bô était indécis sur son avenir, il s’était toujours senti déconnecté des enfants de son âge comme un atome qui tombe à côté des autres. Ado, il estimait que cet écart entre lui et les autres était lié à sa pathologie. Incompris, il avait décidé d’être monastique . Cette décision marqua un tournant décisif dans son existence. Ces parents fervents croyants acceptèrent ce choix.  
Il s’orienta donc vers l’ordre le plus strict, les cisterciens. Cette vocation était à l’origine de la recherche d’un apaisement intérieur. Depuis quelque temps, un excès de violence incontrôlée le gagnait sans qu’il ne puisse en trouver la raison. Devenir religieux répondait à ce besoin d’être en dehors de la société, loin des autres, dans une quête de sérénité. Par sa mère, il avait de la famille dans le Lubéron, près d’Aiguebelle où il y avait un monastère. Il avait postulé une place d’aspirant dans cette communauté.  
Il fut accueilli dans un premier temps comme « regardant » dans l’hôtellerie du monastère. Il y demeura durant plusieurs séjours. Il découvrit la paix du silence monastique, le goût pour la prière qui imposait d’être plongé dans une solitude totale. Il n’avait pas à proprement dit « la foi », il ne ressentait pas l’appel, mais il se plaisait à suivre les règles monastiques de manière scrupuleuse avec un zèle que beaucoup de regardants lui enviaient. L’absence d’appel ne l’inquiétait pas et il n’en faisait pas allusion, au contraire, il prétendait, vis-à-vis de ses supérieurs, l’avoir ressenti. Pour lui, il ne leur mentait pas, car il était persuadé qu’à force de prière et de travail, l’appel viendrait, ce n’était qu’une question de temps. À ses yeux, cela ne signifiait pas que sa vocation faisait défaut. C’était juste latent. Il était en pleine quête de soi.  
Au bout de plusieurs séjours, il entra au noviciat sous la direction du Père Maître et devint ainsi « postulant ». Durant sa première année, son supérieur le questionna sur son empressement à l’œuvre de Dieu. Il fut vite démasqué, mais au lieu de le bannir du monastère, le Père Maître lui proposa une mise à l’épreuve. Papi Bô était, aux yeux des autres cisterciens, un membre moteur au sein du monastère, par son empressement dans la prière et le travail qu’il fournissait pour la communauté. Le Père Maître souhaitait provoquer sa nature réelle. Il pressentait que ce jeune homme était animé par autre chose que le souffle de Dieu, une présence plus sombre. Il fut donc envoyé au Cameroun à Koutaba. Dans ce lieu reculé de l’Afrique de l’Ouest un monastère était en cours de construction, car il devait accueillir une communauté entière venant du sud du pays, Minlaba. Il y rejoignait trois autres postulants, un prêtre et deux civils originaires du pays. Il devait rester un an dans cette région montagneuse de l’Adamaoua. C’était un travail titanesque pour aider à la construction. Loin de l’effrayer, il était ravi de cette mise à l’épreuve. Cela lui permettrait peut-être de canaliser ses démons. Il souhaitait sincèrement être appelé par Dieu, le seul, pensait-il, qui pourrait l’apaiser. Il savait qu’à l’issue de l’année écoulée, il rentrerait au monastère pour confronter sa vocation au Père Maître et devenir novice. Le travail aidant, il était déterminé à se plonger dans la prière. Il avait vingt-deux ans, cela faisait presque un an qu’il était rentré à Aiguebelle.  
Il décida avant de partir en Afrique de revoir ses parents. Ils habitaient dans le Nord. Il savait qu’en partant à Koutaba, il aurait peu de moyens de leur donner des nouvelles. Il voulait les rassurer sur son choix de vie même si au fond il n’avait pas la fibre filiale. Il ne comprenait pas le concept de famille, s’attacher à un être vivant. Pour lui, s’attacher à une figure abstraite comme pouvait l’être Dieu était plus facile, car tout se passait dans son for intérieur. Sans leur dire, il voulait, en les revoyant, leur faire des adieux. L’adulte qu’il était devenu ne leur devait rien. Il refusait de continuer de faire semblant d’être le fils prodigue et aimant. À l’inverse, ses parents l’aimaient. Ils étaient heureux de n’avoir pas commis l’irrémédiable. Leur fils Boris, ou tendrement appelé « Bô » était le rayon de soleil qui éclairait leur vieillesse morne. Pour ce jeune homme, à l’époque, voir vieillir ses géniteurs ne le réjouissait pas, bien au contraire, pour lui, c’était un véritable naufrage, il ne voulait pas finir ainsi, il garderait sa jeunesse quel qu’en soit le prix à payer. Et se retirer du monde dans un monastère, était, pensait-il, le meilleur moyen de sauver son âme. Il était obnubilé par la pensée de Rabelais « un corps sain dans un esprit sain ».  
Plus tard, en repensant à ses jeunes années, l’idée lui paraîtra bien naïve. Après avoir passé quelques jours en famille, il rentra au monastère d’Aiguebelle et se prépara à partir dès le lendemain.

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