Une autre chute
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Description

On dit qu’au cinéma, l’action prime tout. Il en est de même pour la nouvelle.


La plume nerveuse de Geneviève Buono se prête merveilleusement à cette contrainte. Qu’elle puise son inspiration dans le cinéma – tiens tiens ! – ou dans la dure réalité de notre époque, le merveilleux réussit à tirer son épingle du jeu, taquinant les personnages aux limites extrêmes.



Un recueil de nouvelles à la tonalité empreinte de merveilleux, puisant ses thèmes dans le cinéma ainsi que dans la rude réalité de l'époque contemporaine. Electre



Editions Tangerine nights

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 23 mars 2020
Nombre de lectures 0
EAN13 9791093275468
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0030€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Geneviève Buono
 
 
Une autre chute
 
 
 
 
Collection Nouvelles des Étoiles
 
 
 
 
 
Éditions Tangerine nights
46 Domaine du vert coteau
14800 Touques
 
Isbn : 979-10-93275-24-6
Ean : 9791093275246
Isbn numérique : 979-10-93275-46-8
Ean numérique : 979109327546-8
 
 
 
La disparition de Jérôme
 
 
Le téléphone a sonné un peu tôt ce matin-là. J’étais couchée et Klaus préparait le petit déjeuner.
– C’était qui ? 
Il n’avait pas entendu, je me suis décidée à me lever. Je pressentais une journée formidable. L’instant d’un soupir, je me suis jetée dans ses bras puis mon radar personnel m’a projetée sur la cafetière. Une fois mon mug rempli à ras bord, j’ai relancé mon amour.
L’appel venait de Laurent, le compagnon de Jérôme.
« Oui, il y a un problème. Jérôme a disparu. »
Jérôme est le fils de Klaus, et je ne suis que sa belle-mère. Ingénieur en télécommunications. Il installe des relais pour le transport aérien. Argentine, Venezuela, Mexique, et j’en passe… C’est simple : il dort plus souvent à l’hôtel que dans leur trois pièces à Versailles. Cette fois, il était en déplacement au Venezuela.
J’ai roulé des yeux effarés :
– Disparu ? S’il était parti au Nigeria, mais là…
« Détrompe-toi, me dit une petite voix intérieure, on enlève beaucoup en Amérique latine aussi… » et je repris:
– Si c’est une histoire d’otage, on va bientôt entendre parler de rançon. Mais ça ne rassure pas, bien sûr.
Des tas de films, plus atroces les uns que les autres, ont défilé dans ma tête : Jérôme chez les Jivaros, Jérôme livré aux piranhas, happé par un alligator, sous le charme d’une femme-serpent de la jungle, découpé en rondelles par des trafiquants de drogue, jeté dans un cul de basse fosse en Amazonie …
– La police est au courant ?
– Bien sûr ! Pedro, le technicien de la boîte. Il leur a tout raconté.
J’étais horrifiée par cette histoire invraisemblable. Pouvait-on se fier à ce Pedro ? Pourquoi n’avait-il pas été enlevé lui aussi ?
Jérôme devait intervenir sur un îlot, petit caillou perdu dans l’Atlantique. La traversée avait duré longtemps, suite à une panne du vieux rafiot. Mais, une fois sur site, tout s’était passé normalement : l’antenne était en place et, fer à souder à la main, Pedro n’avait eu qu’à escalader le pylône pour brancher son câble. Ensuite, ce fut au tour de Jérôme, ou plutôt de son ordinateur.
La phase de dialogue avec le satellite-relais avait été difficile, aussi Jérôme s’était amusé à invoquer Arawak, le dieu des étoiles. Mais une fois établi le contact, le travail n’avait été qu’une formalité. Comme toujours, le bateau du retour avait tardé, et tous les deux en avaient été quittes pour somnoler devant le paysage de rêve. À moment donné, un avion était passé. C’était le vol quotidien Caracas–Paris. Jérôme avait murmuré en espagnol «  Esto es mío  ! » et Pedro avait ajouté «  Es nuestra primera conexión  ! » et un sourire complice les avait réunis .
Pedro ne se souvenait de rien de plus. Quand le teuf-teuf du bateau de retour l’avait réveillé, Jérôme n’était plus là.
Le temps d’avaler ma dernière gorgée d’un café déjà bien refroidi, puis :
– Qu’est-ce qu’on va faire ?
– Tu as de ces questions ! Je n’en sais rien. C’est à la police de faire son travail !
– Enfin, la police de là-bas…
– Si tu en connais une autre…
Et Monsieur me planta pour entrer dans la salle de bains. Quand il se passe des choses vraiment graves, Klaus se transforme en carpe. C’est nul, il l’avoue, mais il n’y peut rien.
C’était effrayant, cette histoire. La première chose à faire fut de rappeler Laurent. J’ai beaucoup d’estime pour ce jeune homme plein d’à-propos et d’énergie. En plus, c’est un chorégraphe de génie. Le monde entier se mobilise à la moindre de ses créations. Avec sa petite taille et son auréole de cheveux blonds, il a un charme fou. Mon beau-fils l’appelle son petit prince, et le couple qu’ils forment m’amuse toujours.
Naturellement, il était effondré :
– Ils disent qu’il n’y a rien d’autre à faire qu’attendre… Rester les bras croisés, c’est ce qu’il y a de pire !
 
Comment rassurer quelqu’un dans des circonstances pareilles ? Je demandai à quelle date Jérôme était parti, à quand remontait son dernier coup de téléphone, s’il avait exprimé des inquiétudes… Mais non, rien ne l’avait alerté. À la fin, il fondit de nouveau en larmes :       
– Le pire, c’est qu’on s’était disputés la veille de son départ.
Je l’entendis se moucher, puis :       
– On sortait du cinéma et, quand il a parlé de repartir déjà, je me suis fâché. Il l’a mal pris : « Il faut bien que je gagne ma vie, et tout ça… » Et, d’un ton lourd de sous-entendus, il a ajouté : « Et toi, ça te permet de retrouver de vieux copains… » Il voulait parler d’un chorégraphe que j’avais revu la semaine précédente, mais non, rien quoi.
J’imaginais le nez de Laurent labouré par son kleenex et je sentis mes larmes qui mer à l’unisson :
– Une petite dispute d’amoureux, alors… 
– Mais si, c’était grave ! On s’est tourné le dos toute la nuit et le lendemain on aurait dit que ce n’était plus pareil entre nous. Ensuite, il est parti là-bas, sur cette île perdue, et voilà.
– Ce n’est pas important, juste une petite brouille. Ne t’en fais pas : votre couple, c’est ce qui compte le plus pour lui.
Dans le soupir qui suivit, je devinai le demi- sourire qui lui venait enfin :       
– C’est gentil. Depuis ce matin, je n’ai fait que pleurer. L’idée qu’on se soit quittés comme ça…
On sonnait à l’entrée.
– Excuse-moi une seconde, dit Laurent.
À travers le récepteur, des cris me firent craindre le pire, puis Laurent me reprit :
– Ah la la c’est incroyable ! On a retrouvé Jérôme. Non, il n’est pas encore là, mais… Oui, il va bien, je te rappelle plus tard.
 
Dans la soirée, Klaus reçut enfin un appel de son fils. Encore tout sonné de son aventure, et ça n’avait rien à voir avec le décalage horaire. Il ne comprenait pas ce qui s’était passé. Tout ce qu’il savait, c’est que le Caracas–Paris était passé au-dessus de lui. Puis, plus rien. Et personne ne pouvait en parler non plus.
On avait retrouvé Jérôme endormi sur un siège de l’avion à son arrivée à Roissy. Or le siège en question était libre au moment du décollage, comme en témoignaient fermement l’hôtesse et les autres passagers. Nul ne pouvait dire ce qui s’était produit, et Jérôme moins que les autres. Une fois découvert par le personnel de bord, il avait été entouré d’une meute de policiers surexcités. On l’avait conduit au poste, menottes aux poignets, et ça avait pris des heures pour qu’on le laisse enfin tranquille – en fait, grâce à l’intervention du ponte de sa boîte, qui s’était porté garant de son employé.
Une enquête était ouverte. Il pouvait rentrer chez lui, à condition de ne pas en repartir. Complètement groggy, il était content de retrouver son lit.
 
Le samedi suivant, Jérôme nous accueillit dans un sourire désabusé :
– Vous venez voir un revenant ?
Il s’efforçait de faire bonne figure, mais on le sentait abattu. Au prétexte de surveiller son gratin, i

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