Une femme inventée
73 pages
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Une femme inventée , livre ebook

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Description

Une chute, et c'est l'amnésie. Axelle, prénom fictif, se sauve de la clinique où elle végète et, au fil des rencontres, sculpte sa vie, à défaut de se souvenir du passé. Ravie, elle se découvre des talents de photographe. Puis tombe sur un étrange voleur de baskets qui va finalement la guider jusque chez elle. Sur la porte, il est écrit : Nadège. Comment la jeune femme va-t-elle réagir en découvrant qui elle était et quelle sorte de vie elle menait alors ?

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 27 septembre 2012
Nombre de lectures 0
EAN13 9782312004778
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0017€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Une femme inventée
Eveline Gaille
Une femme inventée

















Les éditions du net 70, quai Dion Bouton 92800 Puteaux
À mes enfants, Nicolas et Véronique




Du même auteur
L’une et l’autre , Québec, Production Luka, 2012.
À tire d’elles , Québec, Productions Luka, 2012.























© Les Éditions du Net, 2012 ISBN : 978-2-312-00477-8
Chapitre N° 1 Amnésique
Il avait failli buter contre elle, étendue là dans le petit matin sur la chaussée, sans connaissance ni personne et, déchaussée. Pieds nus. Pour le reste, elle était bien vêtue. Un survêtement Lacoste blanc la recouvrait du cou aux chevilles. Singulièrement, elle conservait sa dignité, bien que démunie de papiers, de mémoire et de quoi que ce fût qui aurait pu lui donner un nom, un âge, une origine, une profession, une histoire… Nulle adresse, ni même un numéro de téléphone gribouillé sur un papier à l’arraché. Pas un seul ticket de caisse, de cinéma, ou de métro…
– Quel est votre nom ? essaie-t-il encore.
– Mais je ne sais pas ! gémit-elle.
– Cessez donc de répéter : « Je ne sais pas ! », réplique le médecin en la singeant.
L’inconnue lui sourit. Tout timide. Tout triste. Mais enfin, c’est un sourire qu’elle a accroché là et qui tient le temps de la rendre jolie. Sous la frange noire et bouclée, le regard se cache encore. Depuis le début, elle garde les yeux baissés. Comme si elle avait honte d’être ainsi livrée à elle-même sans rien à se rappeler.
Personne n’est venu la chercher. Nul ne l’a réclamée.
Objet perdu sans valeur.
Alors elle se croit seule au monde. Abandonnée. Avec un passé vierge qui ne lui procure aucun indice, rien à quoi s’agripper. Elle a peur de glisser.
– Ça brille, ça scintille, peut-être suis-je une star ? hasarde-t-elle avec une mimique comique. Tout est blanc, continue-t-elle. Je ne vois rien d’autre. Où que je regarde, n’importe comment, ça m’éblouit et c’est blanc à gerber.
Elle en a assez pour aujourd’hui.
Perplexe, le toubib se pince le lobe de son oreille gauche. Il ignore dans quelle catégorie ranger cette jeune femme amaigrie, qui vacille debout près de lui.
Jusqu’à hier, elle est demeurée muette, prostrée du matin au soir, depuis… la nuit des temps, lui semble-t-il. Et maintenant qu’elle a retrouvé la parole, elle persiste à voir tout en blanc, alors qu’elle devrait broyer du noir, enfin, façon d’imager les choses. Lorsqu’on sombre dans l’oubli, on est supposé ne percevoir qu’un champ noir, non ? Aussi, cette blancheur inattendue dont sa patiente paraît prisonnière, l’intrigue. Il improvise :
– De la neige ? Ou peut-être de la glace ?
Avec un clin d’œil malicieux, il suggère, histoire d’alléger l’atmosphère :
– Chantilly ?
Très drôle, pense-t-elle. Elle dit :
– Je ne sais pas.
– Allons ! Faites un effort !
– C’est comme si ma vie n’était plus qu’un long fil blanc. Je ne sais plus, soupire-t-elle, découragée.
Le médecin l’observe. Si la jeune femme toujours debout près de lui se redressait, elle serait aussi grande que lui. Un mètre soixante-quinze. Il décide de changer de tactique, d’innover. Il lui sourit et lance :
– A vous de la colorier !
– Quoi ? fait-elle interloquée.
– Votre vie : mettez-y un peu de rêve et d’espoir, que diable ! Cherchez des idées, fixez un but. Vous avez perdu un passé, et alors ? Il vous reste encore le présent et le futur, si je ne m’abuse. Profitez-en !
La jeune femme réfléchit.
– Ce n’est pas bête en fin de compte, concède-t-elle. Je veux bien essayer. Mais par quoi commencer ?
– Eh, bien, quel prénom vous plairait-il ? Choisissez !
– Axelle ! lance-t-elle tout à trac.
– Parfait. Continuons : quel âge avez-vous ?
Axelle se dirige vers le miroir fixé au-dessus du lavabo.
– Hé ! Sans tricher ! plaisante le toubib.
La jeune femme se retourne.
D’un seul coup elle ouvre son regard sur lui. Et c’est le choc. La croisée des chemins. Elle est là, elle existe, même s’il a eu l’impression d’avoir dû aller la chercher très loin, tandis qu’une nuit étoilée recouvre ce passé que la mémoire d’un seul trait a effacé. Au milieu de cette pièce blanche, une jeune femme prénommée Axelle pour la circonstance, se tenait là au bout de lui, avec sa propre vie et sa vérité, sans pouvoir en déceler la plus infime parcelle.
Axelle demande enfin :
– Et vous ? Comment vous appelez-vous ?
– Je suis le docteur Marron. Marcel Marron. Allons… quel âge ? reprend-il en douceur.
Axelle se colle au miroir, interroge ces yeux de la nuit où s’effilochent les lueurs, demeurent les mystères…
– Je ne sais pas, murmure-t-elle dans la glace.
Puis elle se ressaisit. Elle se redresse et lance :
– Trente-trois, docteur.
Amusé, Marcel Marron rejoint sa patiente près du lavabo. Il la dévisage, attentif, tandis qu’il lui demande :
– Vous m’avez entendu, ce matin ?
– Ce matin ?
– Oui. Qu’est-ce que je disais à la jeune fille que j’auscultais ?
– La jeune fille ?
– Non, rien, inutile, grommelle-t-il, en se traitant mentalement d’illuminé. Le toubib avait un instant cru saisir déjà un fil à tirer.
– Rien du tout, répète-t-il, las tout à coup.
Axelle fronce les sourcils, se concentre : Matin… Jeune fille…
– Comment me trouvez-vous, docteur ? questionne-t-elle à brûle-pourpoint.
Marron tressaille, réplique néanmoins d’une voix ferme :
– Courageuse, et sûrement pleine de talent.
– Dites trente-trois ! s’exclame-t-elle soudain.
– Pardon ?
– C’est ce que vous avez ordonné à votre malade qui tousse dans la chambre au bout du couloir. La porte était ouverte. Je passais. Je vous ai entendu. Vous m’avez vue…
– Et bien, nous y voilà ! Nous sommes sur le bon chemin, Miss Axelle, triomphe le médecin.
– Et physiquement ? enchaîne Axelle sans transition. Comment suis-je ?
– Euh… en bonne santé, rétorque le toubib avec sérieux.
– Oui, mais encore ? insiste-t-elle.
Marron laisse passer un moment. Mais il va le lui dire. Pour la stimuler. Et parce que c’est vrai.
– Vous êtes belle, Miss Axelle, prononce-t-il.
– Et bêtement seule, conclut-elle, en fixant d’un air désabusé son annulaire gauche dépourvu de toute trace d’alliance.
La jeune femme hausse les épaules, agacée, fatiguée tout à coup de cette espèce de jeu de rôle.
– Et après ? Ça m’avance à quoi ? Une femme inventée. C’est tout ce que je serai alors. Et pour finir, je me prendrai pour une espionne menant une double existence. Sauf que ma vraie vie restera une énigme… Une triste farce.
Se laissant choir sur le lit, Axelle promène son regard autour d’elle.
– Même ma chambre est blanche, constate-t-elle, écœurée. Les murs, le lavabo, le lit, les draps, ma chemise… et toutes ces pilules ! Il y a de quoi tomber malade, gémit-elle.
– Mais vous avez raison ! s’exclame Marron, ça manque de couleurs par ici.
En trois enjambées, le toubib atteint la porte. Il pivote et intercepte l’expression mitigée de la jeune femme.
– Axelle, il serait sage de vous reposer un peu, lui conseille-t-il avec un sourire bienveillant.
– Je suis ici depuis combien de temps ? s’intéresse-t-elle soudain.
– Euh… un mois environ. Etendez-vous maintenant, Axelle. Je reviens dans un moment.
La jeune femme s’allonge.
Un mois !
Seigneur ! Qu’avait-elle fait durant toutes ces journées sinon végéter comme une courge ? Et d’abord, je suis beaucoup trop docile, constate-t-elle avec humeur.
Axelle se relève.
Perplexe, elle inspecte son placard. Il n’y a là qu’un pantalon de jogging blanc – décidément, ça doit être sa couleur favorite - déchiré au genou, avec le haut muni d’une poche intérieure qui se ferme à l’aide d’une bande Velcro. Pour la énième fois, elle provoque le fameux scratch , plonge la main et

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