Victoire
68 pages
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Victoire , livre ebook

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Description

Victoire, interpellée par quatre mots lus sur un panneau publicitaire, échoue à La Réunion au sein d'une église évangéliste. Là, elle croise la route de Timothée Damour, un gourou au grand cœur et Colette, sa fidèle collaboratrice qui vont bouleverser le cours de sa vie. Cette jeune femme, enfant de la balle, fan de Céline Dion, dépendante aux jeux de hasard et allergique à la prière, parviendra-t-elle à échapper à ses créanciers ? C'est une histoire de hasards ou de coïncidences, de petits cailloux semés sur un chemin qui ne mène jamais où l'on croit. Victoire, une héroïne intense et volcanique à l'image de l'île où se déroule l'intrigue : La Réunion. C'est un roman frais et pétillant, émouvant et drôle à la fois, avec des personnages attachants, qui donne envie d'être créateur de sa destinée.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 14 juin 2017
Nombre de lectures 1
EAN13 9782363157195
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0007€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Patricia Ricordel
 
Victoire
 
 
 
Roman
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
www.l-hirondelle.eklablog.com
Photo couverture : Felikss Veilands
©2017 Patricia Ricordel
Dépôt légal : Juin 2017
 
ISBN 978-2-9560718-0-8
 
 
 
 
 
 
À Jean-Luc.
À ma famille.
À Delphine.
 
 
 
 
 
« Je me presse de rire de tout,
de peur d’être obligé d’en pleurer. »
Beaumarchais , Le Barbier de Séville, Figaro, Acte I, Scène 2.
 
 
Chapitre 1
Le goudron défilait devant ses yeux. Les pointillés blancs se succédaient. Lorsqu’elle était enfant, elle les comptait pour occuper le temps. Depuis qu’elle était passée au volant, elle ne pouvait plus s’adonner à ce toc. Elle adorait conduire, rouler pendant des heures sans but particulier. L’habitacle de la voiture constituait un abri dans lequel elle demeurait inatteignable. Elle se sentait en sécurité. Elle chantait à tue-tête sans déranger ses voisins, pleurait sans faire pitié, s’inventait des histoires, dénichait des solutions à ses problèmes. Elle était libre d’aller où bon lui semblait, libre comme l’air, pensait-elle. Elle roulait. Pour amadouer ses angoisses, elle n’avait pas trouvé mieux. Et ce jour-là, tandis qu’elle se rendait à l’autre bout de l’île pour essayer de sauver ce qui pouvait encore l’être, elle passa devant un énorme panneau publicitaire qui promettait la chose suivante :
 
PRIÈRE – GUÉRISON
DÉLIVRANCE – DÉBLOCAGE
C. A. U.
CENTRE D’ACCUEIL UNIVERSEL
 
Tous les mots étaient écrits ainsi, en majuscule et rouge vif, et chaque lettre devait mesurer au moins un mètre de haut, avec en dessous un numéro de téléphone. Elle pensa que c’était Jésus – ou son père – qui avait mis ce panneau sur son chemin. Elle se moquait, et pourtant elle avait grand besoin de toutes ces promesses, et ces quatre mots l’avaient interpellée. Prière, guérison, délivrance, déblocage … Ils tournaient en boucle dans sa tête. Alors elle fit demi-tour. Le sauvetage pouvait attendre. Elle avait un doute sur prière . Mais qu’à cela ne tienne, pourvu qu’elle soit délivrée !
Elle était prête à tout, même à croire les histoires de son vieil épicier, qui lui recommandait d’observer les pailles-en-queue qui tournoyaient et virevoltaient au-dessus de la ravine. Ils exécutaient un ballet aérien élégant et si léger qu’ils laissaient rêveur. Ils semblaient loin du tumulte et des vicissitudes terrestres. Et si elle aussi, elle prenait de la hauteur et s’abandonnait aux courants ? Secrètement, elle espérait en voir un se percher dans un creux de la falaise parce qu’alors, si l’on osait un vœu, il s’exauçait immanquablement. Elle avait passé beaucoup de temps à les contempler et était obligée de se rendre à l’évidence : elle se dessécherait avant d’observer ce phénomène se produire. Elle ne les avait jamais vus se poser.
De retour chez elle, elle composa le numéro de téléphone qu’elle avait mémorisé. Elle avait quelques facilités avec les chiffres, les maniait avec aisance, pratiquait le calcul mental de haute volée depuis sa plus tendre enfance. Elle avait beaucoup impressionné son entourage avec ce petit don.
La sonnerie retentit à plusieurs reprises avant ce message : « Bienvenue au C. A. U., votre Centre d’Accueil Universel. En mon absence, veuillez laisser votre message, je vous contacterai dès mon retour. Ayez confiance. Jésus est à vos côtés. »
Elle raccrocha et s’entendit appeler :
— Jésus ! T’es là ? Jésus ? 
Pas de réaction. Elle était déçue. Elle imaginait une guérison immédiate, elle allait devoir patienter. Comment cela fonctionnait-il ? À quel type de rétablissement pouvait-on s’attendre ? Quelle différence entre délivrance et déblocage  ? Quelle définition donner à ces mots parce que, d’après le dictionnaire, exorcisme , désenvoûtement et purification y étaient associés ! En poursuivant ses recherches, elle découvrit, à son grand soulagement, des choses plus sympathiques telles qu’ illumination et nirvana . Pour déblocage , elle n’envisageait qu’un problème dorsal et pourtant, toujours d’après ses informations, on pouvait le rapprocher de dégel , défoulement ou fadaise  ! Sa soif de savoir frisait la surchauffe. Mais par-dessus tout, la présence de Jésus l’intriguait. Est-ce qu’il allait se tenir à ses côtés en permanence ? Devrait-elle se remettre à prier ? Elle avait un souvenir d’enfant assez précis. Elle récitait, les mains jointes au pied de son lit, chaque soir avant de se coucher : « Je te salue Ô Reine, mère de miséricorde, tu es pour nous vie, douceur, espérance. Vers toi, nous les enfants d’Ève, nous crions dans notre exil, vers toi nous soupirons gémissants et pleurants dans cette vallée de larmes. Toi, notre avocate, tourne tes yeux pleins de bonté. Et Jésus, ton fils béni, montre-le-nous au terme de cet exil. Ô clémente. Ô si douce Vierge Marie. »
Elle ne comprenait rien à cette prière, et en plus elle lui faisait peur. Elle imaginait un cortège d’enfants en pleurs, perdus et gémissants dans une vallée sombre et inquiétante. C’était terrifiant ! Et chaque soir, cette image lui était imposée. Elle tentait de se rassurer parce qu’à la fin de cette horrible invocation, elle allait se réfugier bien au chaud au creux de son lit et rêver. Mais chaque nuit, cette allégorie dévorait ses espoirs de sommeil enchanté. Alors elle comptait les moutons, elle les comptait avec frénésie.
Pour les prières, elle avait donc décidé d’attendre. Elle n’eut pas à languir trop longtemps. La voix du répondeur la contacta quelques heures plus tard :
—  Bonsoir, vous avez essayé de nous joindre aujourd’hui. Votre numéro s’est affiché sur mon téléphone.
— Ah ? Oui, euh… bonsoir. Euh… mais… et vous êtes ? cafouilla-t-elle.
—  Je m’appelle Damour, Timothée Damour, créateur du C.A.U. : Centre d’Accueil Universel à Saint-Denis. Je propose de répondre à toutes vos questions. 
Elle crut qu’il lisait dans ses pensées. Il enchaîna :
—  Comment avez-vous eu ce numéro ? 
— Je l’ai vu sur un panneau publicitaire à côté de la rocade. 
—  Ah oui ! C’est vrai que ce panneau est très bien situé. Je ne vous dérange pas ? 
L’homme jouissait d’une voix douce et rassurante. Ce genre de voix ne proférait pas de mensonges. Ce genre de voix ne vous menait pas en bateau. Ce genre de voix vous mettait en confiance. Il s’adressait à elle comme s’ils se connaissaient déjà. Elle posa sa première question :
— J’attendais votre appel. En fait, je voulais des éclaircissements concernant ce panneau, justement. J’ai pu lire des mots comme délivranc e, déblocage, prière et guérison . Qu’est-ce que vous entendez par là ? 
—  Je vais vous expliquer, Madame ou Mademoiselle ?
— Mademoiselle Molina. Victoire Molina.
—  Très bien, chère Mademoiselle. Le C.A.U. est un centre qui a pour but de soulager les gens dans leur quotidien. Nous nous heurtons tous, un jour ou l’autre, à mille maux dans une vie. Nous offrons tout sim

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