Cheval de légende, l histoire vraie de Gladiateur
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Description

Rien ne semblait vouer Harry Grimshaw et Gladiateur à devenir l’un des duos de course les plus connus du xixe siècle en Europe. Le premier, atteint de myopie sévère, enchaînera les succès malgré les obstacles, porté par le second, un pur-sang boiteux.

Au fil des pages de ce roman, inspiré de faits réels, se dessine le destin extraordinaire de ce binôme équestre à qui tout va réussir. Une plongée intime dans le monde des courses hippiques, mais aussi et surtout, le récit touchant d’une relation riche et inexplicable : celle qui unit un cavalier à sa monture.


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 02 janvier 2019
Nombre de lectures 7
EAN13 9782215171447
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0020€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Table des matières
PARTIE 1 - AVANT « EUX »
1 – Acheté aux enchères
2 – Le maître des lieux
3 – Le pari d’Henry
4 – Victoire, Araucaria, Miss Gladiator ou Liouba
5 – Juste avant
PARTIE 2 - DEUX DESTINÉES PARALLÈLES
6 – Premiers pas
7 – Un petit gars de Bolton
8 – Gladiateur, un poulain fougueux
9 – Les poings d’Harry
10 – Un « presque » yearling prometteur
11 – L’idée de Grand’Pa
12 – Premières foulées sur la piste
13 – Harry prend ses marques
14 – Tom Jennings : l’homme providentiel
15 – Un jockey myope
16 – Phantom House et les premiers yearlings de Dangu
17 – Un accident de paddock
PARTIE 3 - HARRY ET GLADIATEUR, UN DUO D’EXCEPTION
18 – La rencontre
19 – « Le pacte Gladiateur » d’Harry et des frères Jennings
20 – Arrivée de Gladiateur
21 – Naissance d’une amitié exceptionnelle
22 – Première course ensemble
23 – Vainqueurs magnifiques de la Triple Couronne
24 – L’année 1866 et leur dernière course
ÉPILOGUE – LA FIN DE DEUX DESTINS EXTRAORDINAIRES
Harry Grimshaw
Gladiateur
Harry et Gladiateur en images
Remerciements
Lexique
Les personnages qui ont existé
Les lieux qui existent ou ont existé
Ce qui est vrai
Les sources consultées
Notes
Page de copyright
À mon grand-père, Marcel Giroud
Il n’y a pas de secrets aussi intimes que ceux d’un cavalier et de son cheval. Robert S. Surtees
Cher lecteur,
L’univers du cheval en général, et le monde du turf en particulier, requiert un vocabulaire technique qu’aucun autre champ lexical ne pourrait remplacer. Un lexique spécifique, qui a été ajouté en fin de roman, permettra aux plus curieux d’en apprendre davantage. Si par mégarde des erreurs avaient été commises, elles relèveraient de ma seule responsabilité.
La lecture de ce roman est un voyage à la fois temporel et géographique. Les événements racontés se déroulent entre 1840 et 1876, en France et en Angleterre. Cela signifie qu’il y aura des alternances de dates et de lieux jusqu’à la rencontre des deux personnages principaux, Harry Grimshaw et Gladiateur en troisième partie.
Afin de vous aider, un petit drapeau ainsi qu’une ligne du temps indiqueront l’endroit et le moment où se déroule l’action.
Dans ses grandes lignes, l’histoire qui suit est vraie.
Fabienne Blanchut
PARTIE 1 - AVANT « EUX »
1 Acheté aux enchères

Frédéric de Lagrange est un homme heureux. Il vient d’acheter Monarque, pour une somme qui ferait tourner la tête à n’importe qui. Mais monsieur le comte est un homme riche et rien n’est trop beau pour parfaire son écurie. Lui et son bras droit, l’ancien jockey et désormais éleveur Henry Jennings, gardent depuis deux années déjà un œil sur le sublime étalon bai brun né en 1852, au haras de Victot. Demeuré invaincu l’année de ses trois ans, Monarque est un champion doté de gènes que l’on suppose fantastiques. C’est l’hypothèse folle qu’ont faite le comte et Henry, l’étalon n’ayant encore jamais procréé. Bref, en ce samedi matin pluvieux, Monarque, fils d’Empereur, vient d’être adjugé à Frédéric de Lagrange qui a dû renchérir pour l’acquérir. Une fois le marteau abaissé par le commissaire-priseur sur sa dernière enchère, le comte tend une main ferme à Henry qui s’en empare et la presse contre sa paume calleuse :
– Ça va être à vous de jouer !
Henry sait qu’il tient, sur le papier du moins, le reproducteur parfait pour le haras. Il pousse un soupir, prenant soudain conscience des tâches qui lui incombent et du poids qu’auront ses décisions. Ces dernières pèseront, d’une manière ou d’une autre, sur l’avenir de l’écurie de son employeur. Il espère au mieux, naturellement.
Les deux hommes, qui s’entendent parfaitement, se séparent amicalement sur les pavés de la capitale, devant la salle des ventes sise 11 rue de Ponthieu, non sans avoir échangé une nouvelle poignée de mains. Le comte s’en va rejoindre à pied ses appartements parisiens, tandis qu’Henry saute dans une carriole pour Dangu, dans l’Eure. Maintenant soulagé, un sourire franc s’affiche sur les lèvres pleines de l’éleveur. Ils viennent de remporter Monarque !
– Finalement, rien n’est impossible, murmure Henry pour lui-même, tandis que le cocher fouette l’attelage à deux percherons, l’un gris pommelé et l’autre noir de jais, loué par le comte à son endroit.

La première heure du trajet, Henry est trop excité par l’achat et il la passe, muni d’un carnet et d’un crayon, à agencer l’espace qui accueillera l’étalon-reproducteur et à l’accoupler, « sur le papier », avec les meilleures juments de Dangu. Henry, qui a vu Monarque remporter le Prix du Jockey Club en 1855, garde le souvenir d’un cheval assoupli, bien éveillé et courageux. Il espère qu’il saura pleinement remplir la tâche qui lui est désormais assignée, lui, le « retraité des compétitions ». Il a hâte de le revoir et de le juger sur pattes. Bercé par la route, Henry finit par s’assoupir. Il a vingt ans de moins, il ne souffre plus du genou, héritage d’un épanchement de synovie 1 mal soigné du temps où il était lui-même jockey, et dans son rêve, c’est Monarque qu’il chevauche, le stimulant de la voix et des talons pour le relancer dans la course et le guider vers la victoire.

La carriole s’est arrêtée et le cocher frappe à la porte. Henry se réveille. L’équipée est arrivée au haras. Immédiatement, deux palefreniers, Louis et Paul (Henry gère douze hommes en tout pour quarante et un chevaux), sortent des écuries et s’empressent de déharnacher les percherons. Les bêtes sont emmenées à l’intérieur pour être bouchonnées. Une fois la sueur nettoyée, les chevaux pourront manger, boire et se reposer dans une stalle recouverte d’une litière épaisse. Ils reprendront la route pour Paris demain matin. Henry remercie le cocher, lui indique ses quartiers de nuit puis prend la direction de l’écurie. Il pénètre dans son univers où se mêlent les odeurs de foin, d’ammoniaque, de cuir ciré et de crottin. Comme à son habitude, Henry commence sa ronde en passant devant l’enceinte qui accueille les poulinières, ces juments destinées à la reproduction, et leurs petits. Ensuite, c’est au tour des box abritant les juments, puis enfin ceux des chevaux et étalons. Chacun des enclos indique sur sa porte les prénoms des pensionnaires et Henry les connaît toutes et tous, évidemment. Même les poulinières de passage que le comte accueille ici avant les saillies. Henry a quarante ans. Avec l’âge, il s’est un peu empâté mais il se dégage de lui une puissance presque animale. Il a une épaisse tignasse blonde et raide, des yeux noisette enfoncés dans ses orbites et les mains abîmées de ceux qui ne rechignent jamais au travail. Depuis toujours, les chevaux sont toute sa vie. Il a grandi avec son frère Tom, dans l’écurie que dirigeait leur père en Angleterre. Tom, son cadet de quatre ans, maintenant entraîneur, est resté là-bas, mais Henry a traversé la Manche à maintes reprises, d’abord comme jockey pour disputer des courses, avant d’accepter l’emploi proposé par Frédéric de Lagrange. Cela fait déjà neuf ans qu’Henry vit à Dangu et qu’il s’y plaît. Ses pensées et ses pas l’ont mené vers l’avant-dernier box, occupé par Marquis, un étalon pie certes petit, mais bien équilibré et parfaitement proportionné. Il s’arrête et flatte l’encolure de l’animal.
– Salut l’ami ! lui dit Henry alors que le cheval passe fièrement la tête à l’extérieur. Tu ne dors pas ?
Henry caresse le chanfrein de Marquis, cette partie qui se situe entre les yeux et les naseaux, et ce dernier souffle de contentement.
– Chut, lui murmure Henry, tu vas réveiller tes voisins.
Dans le box d’à côté, les sabots de Socrate piétinent gauchement la litière de paille.
Henry attend que l’étalon noir se rendorme et poursuit :
– Tu vas avoir un nouveau voisin, mon vieux. Juste à ta gauche.
Marquis se laisse cajoler, ignorant évidemment la signification des mots que lui susurre Henry. Ses oreilles fines pointent, attentives à la voix de l’éleveur.
Le box qui va accueillir Monarque, vide pour le moment, est situé à l’extrémité sud de l’écurie. Par superstition (Monarque aurait pu leur échapper), Henry a refusé qu’un lad le prépare. Ils auront maintenant sept jours pour le faire, puisque l’étalon n’arrivera qu’en fin de semaine prochaine. D’ici quelques minutes, Henry s’installera dans son bureau et écrira à Tom. Les deux frères ont toujours tout partagé et la réussite de l’un satisfait pleinement l’autre, sans aucune jalousie. Ensuite, et seulement ensuite, Henry appellera Jacques, son chef d’écurie. Consciencieusement, celui-ci aura noté les chronomètres d’entraînement des pur-sang engagés dans les prochaines courses, les progrès des yearlings, les bagarres entre étalons, l’état de santé des poulinières et de leurs petits. Bref, tout ce à quoi il n’a pas assisté lors des deux journées qu’il a passées à Paris. Ce n’est qu’une fois ce compte rendu détaillé exposé qu’Henry annoncera la bonne nouvelle à Jacques : Monarque a été acheté par le comte. Il se peut même que les deux hommes trinquent avec un verre d’armagnac. Après tout, ce n’est pas tous les jours qu’on acquiert un pur-sang de cette renommée !
2 Le maître des lieux

C’est par le réseau national ferré, entre les cloisons d’une stalle improvisée, que Monarque effectue les cent soixante-dix kilomètres qui séparent le haras de Victot-Pontfol et celui de Dangu. Le cheval a l’habitude de ce genre de trajets et il supporte très bien le voyage. C’est donc un étalon resplendissant de santé qu’Henry accueille à sa descente de wagon. L’éleveur a l’œil et Monarque est d’une beauté exceptionnelle. Henry pose devant lui sur le sol un seau rempli de céleris et de laitues. Tandis que le cheval se régale, Henry fait le tour de l’animal pour le contempler. C’est un grand cheval, environ un mètre soixante au garrot, doté d’un large poitrail. Il possède des pattes solides, des muscles longs et déliés. Sa queue noire touche presque le sol et ses sabots sont en excellent état. Henry se place maintenant face à l’étalon qui a relevé la tête, le seau ayant été vidé jusqu’à la dernière feuille de salade. Ses yeux bruns sont brillants, attentifs, et il pointe deux petites oreilles vers l’éleveur.
– Tu portes bien ton nom, l’ami, lui dit Henry qui ne peut s’empêcher d’admirer la noblesse royale qui se dégage de l’étalon.
Monarque s’ébroue en secouant la tête, sa crinière cache un instant ses yeux avant de se remettre en place puis il hennit gaiement, laissant pour la première fois entendre sa « voix » à Henry. Lorsque ce dernier fixe la courroie au licol, Monarque se laisse faire et emboîte docilement le pas de l’éleveur, visiblement heureux de se dégourdir les pattes. Il obéit sans difficulté quand Henry le guide vers son box. Victor, assis sur un coffre à harnais, se lève aussitôt qu’il voit Henry et Monarque approcher.
– Tout est prêt pour accueillir Sa Majesté ? demande Henry en souriant au jeune lad.
– Oui, m’sieur Henry, répond le garçon au visage criblé de taches de son.
De fait, Henry constate avec satisfaction que Victor a préparé une litière épaisse et qu’il a pris grand soin de frotter la plaque en laiton où sont gravées les huit lettres du prénom de leur nouveau pensionnaire.
– Tu le frictionnes bien pour ôter les dernières traces de sueur de son voyage, tu lui donnes à boire mais pas trop, je ne veux pas qu’il attrape froid.
– Oui, m’sieur, acquiesce l’adolescent qui ne cache pas sa fierté de s’être vu confier cette mission.

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