Historique des troupes coloniales - Campagne du Mexique
99 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Historique des troupes coloniales - Campagne du Mexique

-

99 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Description

Les campagnes de Crimée et de la Baltique avaient hautement mis en relief les solides qualités militaires des troupes de la marine sur l’échiquier des campagnes d’Europe ; elles n’avaient toutefois rien pu ajouter à la traditionnelle réputation de dévouement et d’abnégation de ces troupes, affirmée sur tous les points du globe. Celles-ci semblaient, en effet, vouées par destination aux tâches ingrates accomplies sous les climats les plus meurtriers, à une époque où l’opinion publique s’intéressait peu aux questions coloniales et n’accordait guère d’attention qu’aux faits d’armes retentissants.Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 1
EAN13 9782346125869
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

À propos de Collection XIX
Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.
Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…
Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces fonds publiés au XIX e , les ebooks de Collection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.
Désiré Lucien Vallier
Historique des troupes coloniales
Campagne du Mexique
I
L’infanterie de marine en 1861. — Formation et concentration du 1 er corps expéditionnaire. — Evénements survenus jusqu’à la déclaration de guerre au Mexique (avril 1862)
Les campagnes de Crimée et de la Baltique avaient hautement mis en relief les solides qualités militaires des troupes de la marine sur l’échiquier des campagnes d’Europe ; elles n’avaient toutefois rien pu ajouter à la traditionnelle réputation de dévouement et d’abnégation de ces troupes, affirmée sur tous les points du globe. Celles-ci semblaient, en effet, vouées par destination aux tâches ingrates accomplies sous les climats les plus meurtriers, à une époque où l’opinion publique s’intéressait peu aux questions coloniales et n’accordait guère d’attention qu’aux faits d’armes retentissants.
L’expédition du Mexique allait de nouveau synthétiser, dans un raccourci caractéristique, cette fonction de sacrifice obscur qui avait été le lot de l’infanterie et de l’artillerie de marine dans le passé, et qui devait l’être davantage encore au cours des nombreuses campagnes coloniales du dernier quart, du siècle passé.
 
A l’époque où va s’ouvrir la guerre du Mexique, l’infanterie de marine est régie par le décret du 31 août 1854 1 . Elle forme 4 régiments comprenant ensemble 120 compagnies actives et 4 compagnies hors rang, et atteint un effectif de 14.761 officiers et hommes de troupe. Le 1 er régiment est stationné à Cherbourg et à la Martinique, le 2 e , à Brest et à la Guadeloupe, le 3 e , à Rochefort et à la Guyane, enfin le 4 e , à Toulon, à la Réunion et au Sénégal.
Dans son rapport à l’empereur, pour présenter le décret précité, le Ministre de la marine résume fort exactement les vicissitudes par lesquelles l’arme a passé et les incertitudes dans lesquelles les événements n’ont cessé de la ballotter.
« ... La constitution de l’infanterie de marine, écrit-il, insuffisante dans le principe, trop souvent remaniée suivant le caprice du jour ou le jeu plus mobile encore des révolutions, n’a jamais eu de caractère définitif. Il appartient à Votre Majesté de l’asseoir sur des bases rationnelles et durables... »
 
Le Ministre de la marine d’alors, M. Th. Ducos, signalait le mal organique dont souffrait le corps : l’incertitude du lendemain ; mais il s’abusait, ainsi que l’avenir l’a prouvé, en croyant y porter un remède définitif. Oserons-nous constater, qu’après plus d’un demi-siècle d’essais, d’expériences et de remaniements, la même question reste posée !
Du reste, les bases durables dont parlait le Ministre devaient peu durer en réalité, car la décision impériale du 25 janvier 1859 apporta déjà certains changements au décret organique de 1854. Les effectifs sont ramenés à 12.803 unités, dont 516 officiers, et quelques dispositions nouvelles modifient la répartition des effectifs entre la France et les colonies.
Mais en dépit de ses faibles effectifs, l’infanterie de marine ne tient pas seulement garnison dans les ports de guerre ou dans les vieilles et paisibles colonies. C’est ainsi qu’après avoir glorieusement participé aux campagnes de Crimée et de la Baltique 2 et à l’occupation de la Grèce, elle n’a cessé de guerroyer au Sénégal, où Faidherbe conquiert presque toute la Sénégambie en une admirable série de campagnes ; en Nouvelle-Calédonie, où l’occupation se heurte à de nombreuses difficultés ; en Cochinchine et en Annam, où elle contribue puissamment à jeter les fondements de cet empire indo-chinois, dont la France est justement fière ; enfin, en Chine, où elle coopère avec sa vigueur habituelle, aux côtés de l’armée de terre, aux diverses opérations qui amèneront cette puissance à composition.
 
Au Mexique, Juarez et Miramon se disputaient, les armes à la main, la présidence de la République. Cet Etat semblait alors voué aux troubles politiques qui ont longtemps été le fléau des républiques sud-américaines. Après trois années de lutte, la fortune sourit à Juarez, qui put rentrer dans la capitale en décembre 1860.
Il fit des réserves au sujet des indemnités à accorder aux Européens établis au Mexique et qui avaient eu à souffrir de la guerre civile 3 . Mais les relations diplomatiques ne furent rompues que le 27 juillet 1861, après que le président eut suspendu pour deux ans le paiement de la dette étrangère.
L’Angleterre, la France et l’Espagne signèrent alors la convention de Londres (31 octobre 1862), pour soutenir solidairement leurs réclamations, sans toutefois élaborer un programme bien défini d’intervention 4 . Une triple escadre et un double corps expéditionnaire (l’Angleterre n’envoya qu’une flotte avec quelques troupes de marine destinées à être momentanément débarquées) furent préparés pour faire une démonstration sur les côtes du Mexique. Les Français et les Espagnols comptaient même s’avancer dans l’intérieur du pays si leurs revendications n’étaient pas agréées.
Dans le principe, le corps expéditionnaire français ne devait comprendre que des troupes de la marine. Ce ne fut qu’un peu plus tard qu’il fut jugé opportun d’adjoindre à ces troupes un bataillon de zouaves et un peloton de chasseurs d’Afrique, ainsi que des détachements du génie, du train et d’ouvriers d’administration.
L’ordre général ci-après, du Ministre de la marine, communiqué aux troupes en rade de Fort-de-France (Martinique), le 17 décembre 1861, précise l’organisation définitive du 1 er corps expéditionnaire français :
« Conformément aux ordres, les troupes du corps expéditionnaire sont composées ainsi qu’il suit :
Une brigade, sous le commandement de M. le colonel Hennique, du 2 e régiment d’infanterie de marine ;
Une réserve, sous les ordres du chef de bataillon du 2 e zouaves.
La brigade comprend :
Un régiment d’infanterie de marine de 12 compagnies (deux bataillons) ;
Le bataillon des matelots fusiliers (6 compagnies) ;
Une batterie de six pièces rayées servie par l’artillerie de marine.
La réserve comprend :
Le bataillon de zouaves ;
Une batterie de 4 (rayée) servie par les marins.
Les troupes de ligne, comprenant un détachement de sapeurs du génie, un peloton de chasseurs d’Afrique, une section de canons de 12 (rayés) servie par les marins, sont sous les ordres du commandant en chef.
En l’absence du commandant en chef (contre-amiral Jurien de La Gravière), le commandement supérieur du corps expéditionnaire est exercé par M. le colonel Hennique, et, à son défaut, par l’officier le plus élevé en grade, conformément à l’article III des troupes en campagne.
Le présent ordre sera communiqué aux différents chefs de corps, de détachement, par les soins des commandants des bâtiments de la division sur lesquels ils sont embarqués. »
 
Le régiment de marche d’infanterie de marine avait été tiré par moitié des I er et 2 e régiments de l’arme, qui fournirent chacun six compagnies. Parmi ces six unités, dans chaque corps, trois étaient stationnées en France et les trois autres aux Antilles 5 , ainsi qu’il sera indiqué plus loin.
Le colonel Hennique rend compte en ces termes, au général inspecteur de l’infanterie de marine, à la date du 17 décembre, des divers détails relatifs à la composition et à la réunion des éléments composant le régiment de marche :
« ... Après une traversée des plus heureuses, nous sommes arrivés à Fort-de-France le 9 décembre La Guerrière continue à se faire remarquer par sa marche supérieure : elle a précédé tous les bâtiments de l’escadre de quelques jours.
Dès mon arrivée, je me suis préoccupé de l’organisation des trois compagnies que devait fournir la Martinique. J’en ai passé la revue à terre dimanche matin. J’ai vu avec plaisir que M. le lieutenant-colonel Collier avait fait tous les efforts possibles pour bien composer ce détachement. Le personnel me parait réunir toutes les conditions désirables pour faire campagne.
Des ordres sont donnés pour l’embarquement des trois compagnies de la Martinique, lequel aura lieu sur l’ Aube, le 20 décembre...
Le Montézuma est arrivé ce matin de la Guadeloupe, porteur des trois compagnies du 2e régiment fournies par cette colonie. Voici la répartition des douze compagnies expéditionnaires 6 sur les différents bâtiments composant l’escadre :
Sur le Masséna, la fanfare du régiment ;
Sur l’Aube, les 2 e , 3 e et 4 e compagnies, avec M. le commandant d’Arbaud ;
Sur l ’Astrée, les 10 e , 11 e et 12e compagnies ;
Sur le Montézuma, les 5 e , 8e et 9 e compagnies, avec M. le lieutenant-colonel Charvet ;
Sur l’Ardente, les 22e, 25 e et 28 e compagnies, avec M. le commandant Campion. »
Le tableau ci-après résume la composition du cadre des officiers du régiment :
 
Etat-major.
MM.
Hennique, colonel ;
Charvet, lieutenant-colonel ;
D’Arbaud, chef de bataillon (1 er bataillon ;
Campion, chef de bataillon (2e bataillon) ;
Gagné, capitaine adjudant-major du 1 er bataillon ;
Chasseriaud, capitaine adjudant-major du 2e bataillon ;
Letournoux- Villegeorges, lieutenant, officier payeur et d’habillement ;
Poincignon, sous-lieutenant porte-aigle (drapeau du 2 e régiment) ;
Jaspard, chirurgien aide-major du 2 e bataillon ;
Douille, chirurgien de la marine de 2e classe, faisant fonctions d’aide-major.
CADRE DES OFFICIERS DES COMPAGNIES.

L’escadre française appareilla de Fort-de-France le 17 décembre, se dirigeant sur la Jamaïque, où elle mouilla à Kingston le 22. Elle reprit la mer le lendemain, faisant route sur la Havane, où elle arriva le 27, après une excellente traversée, avec les bâtiments suivants : Masséna, Guerrière, Ardente, Aslrée, Bertholet, Chaptal, Marceau. Le Montézuma et l’Aube, qui avaient embarqué les six compagnies de la Guadeloupe et de la Martinique, n’avaient pas encore rejoint, ainsi que la Meuse, qui transportait le matériel d’artillerie et les effets de campement des troupes d’infanterie de marine.
A son arrivée à la Havane, l’amiral Jurien de La Gravière fut surpris d’apprendre qu’une partie du corps expéditionnaire espagnol avait été dirigé sur le continent et que le fort de Saint-Jean-d’Ulloa et la ville de Vera-Cruz avaient été occupés par nos alliés le 17 décembre.
Le colonel Hennique fit, au sujet de ces divers événements, le compte rendu suivant au général inspecteur :
« ... Le général Prim est ici (à la Havane) depuis quelques jours avec le reste de l’expédition espagnole. Il compte se mettre en route en même temps que l’amiral français. Le départ est fixé à mercredi prochain.
L’escadre anglaise n’a pas encore paru. Nous en avons rencontré une partie à la Jamaïque et nous avons su, par les commandants de ces bâtiments, que l’amiral qui la commande était encore aux Bermudes et qu’eux avaient ordre de se rendre, pour le 27 décembre, au cap San-Antonio, pour y croiser et attendre le reste de l’expédition. Ces commandants nous ont paru, du reste, beaucoup plus préoccupé de leurs affaires avec les Américains que de la question mexicaine... »
L’Aube, avec les trois compagnies de la Martinique, rejoignit la flotte française devant la Havane le 1 er janvier 1862, et le Montézuma (troupes de la Guadeloupe) arriva le lendemain. Le départ des alliés eut lieu sans plus tarder, car les forces franco-espagnoles comptaient trouver l’escadre anglaise devant Vera-Cruz.
La traversée dura cinq jours, et, le 7 janvier 1862, l’escadre, composée du Masséna, de l’Ardente, de la Guerrière et de l’Astrée, mouilla en rade de Sacrificios, à 3 milles de Vera-Cruz. Le Bertholet, le Chaptal et le Marceau l’y avaient précédée de quelques jours.
L’amiral Jurien de La Gravière aurait voulu mettre à terre sans délai les troupes de toutes armes ; mais, faute de locaux pour les recevoir, il fallut renoncer à l’exécution immédiate de ce projet. Cependant, le 9, les zouaves, les apprentis fusiliers et l’artillerie purent être débarqués. Ces troupes occupèrent les casernes de Vera-Cruz abandonnées par les Mexicains 7 .
Le 10, les généraux alliés résolurent d’éloigner de cette ville une partie des troupes pour faire place à celles qui devaient débarquer. Ils voulaient, en même temps, donner de l’air aux forces alliées en élargissant la zone de terrain occupé, afin de neutraliser les effets de l’hostilité des populations qui n’obéissaient que trop bien aux ordres donnés par le commandant de la province de Vera-Cruz. Cette hostilité se manifestait surtout par la difficulté de trouver des vivres et des moyens de transport, dont nous avions le plus grand besoin, l’amiral Jurien étant parti de France sans voitures et sans animaux.
C’est ainsi que le Il une colonne, dirigée par le général Prim, l’amiral français, le commodore Dunlop, et composée du bataillon de zouaves, du bataillon d’apprentis fusiliers, d’un bataillon de carabiniers espagnols, d’une compagnie d’infanterie de marine anglaise, d’une section du génie (français) et d’un escadron de lanciers espagnols, se porta sur la Téjéria, à 12 ou 15 kilomètres de Vera-Cruz, sur la ligne de chemin de fer de ce port à Mexico (en construction), par Orizaba. La colonne arriva sans encombre, mais non sans de grandes souffrances, dues à une chaleur accablante, à la Téjéria, où les généraux alliés décidèrent de l’y installer provisoirement sous les ordres du colonel Hennique, à l’exception de la compagnie d’infanterie de marine anglaise, qui rentra ce même jour à Véra-Cruz, ainsi que le général Prim et les amiraux.

Carte du Mexique
Les 10e, 11 e , 12 e , 22 e , 25 e et 28 e compagnies du régiment d’infanterie de marine furent débarquées au cours de la journée de l ’Astrée et de l ’Ardent. Le lendemain 12, ce fut le tour des 5 e , 8 e et 9 e compagnies ; enfin, les 2 e , 3 e et 4 e compagnies, amenées par l’Aube, prirent terre le 14. L’infanterie de marine occupa a Vera-Cruz les casernes évacuées par les troupes portées à la Téjéria.
 
A cette époque, la campagne du Mexique n’est pas encore commencée, puisque la guerre n’a pas été déclarée et que, sauf la violation du territoire, aucune action militaire proprement dite n’a été engagée, les deux parties observant une sorte de trève tacite. Mais les privations, les souffrances et les maladies n’allaient malheureusement pas attendre l’ouverture des opérations pour se manifester. Dès le débarquement à Vera-Cruz, elles pesèrent lourdement sur nos troupes, qui n’étaient même pas soutenues par le stimulant de la marche à l’ennemi et l’action quotidienne qui entretiennent le courage et galvanisent les hommes. Aussi le colonel Hennique pouvait-il écrire au général inspecteur : « Il est à souhaiter qu’elles (nos troupes) n’y restent pas longtemps (à Vera-Cruz), car la chaleur y est très grande et l’endroit est très malsain. Il faudrait en partir le plus tôt possible pour soustraire nos hommes aux influences pernicieuses du climat 8 . »
Mais, d’une part, notre démonstration dans les terres chaudes, pays désert, sans ressource ni population, n’était pas de nature à exercer une pression décisive sur le gouvernement de Mexico, et, d’autre part, nous manquions de moyens de transport pour aller de l’avant et sortir de la zone bordière des terres chaudes. Enfin, l’Angleterre et l’Espagne ne voulaient pas s’engager à fond dans une entreprise qui pouvait conduire à l’occupation et, par suite, à la conquête du Mexique lui-même.
C’est dans cette situation aussi pénible que confuse que les alliés entamèrent des négociations avec le président Juarez, afin d’essayer d’obtenir par persuasion ou intimidation les réparations auxquelles ils prétendaient.
Pendant cette période d’arrêt forcé, le régiment d’infanterie de marine fut porté en entier à la Téjéria. Son chef fait, le 30 janvier, le compte rendu suivant au général inspecteur :
« ... Les zouaves, les marins fusiliers, le génie et les chasseurs d’Afrique, avec deux brigades de gendarmerie, ont changé de campement et sont venus camper à 3 lieues environ de la Téjéria, sur le plateau de Loma de Piedra, près du village de San-Juan. Ce mouvement a eu lieu le 27 au matin.
Le 1 er bataillon du régiment d’infanterie de marine a quitté Véra-Cruz le 25 pour se rendre à la Téjéria. Il a été installé le même jour sous de grandes tentes de vaisseau, qui avaient été préparées à l’avance. Le 2e bataillon a opéré le même mouvement le 27 au matin. Il est campé de la même manière que le 1 er bataillon.
Le régiment restera dans cette position jusqu’à l’arrivée des effets de campement qui ont été embarqués sur la Meuse, contrairement sans doute aux intentions du Ministre.
Les plénipotentiaires 9 sont rentrés hier à Vera-Cruz avec le Ministre des affaires étrangères de la République mexicaine. Rien n’a transpiré jusqu’à ce jour sur les conférences qui ont lieu à Mexico, mais il est certain que le gouvernement du Mexique désire la paix... »
En attendant, la situation des alliés devenait chaque jour plus critique, en raison de l’approche de la saison des pluies (de mai à octobre), pendant laquelle le séjour des troupes dans les terres chaudes équivaudrait à un véritable désastre 10 .
Pour sortir de cette impasse, le général Prim rédigea un projet de convention, approuvé par les Français et les Anglais, et auquel adhéra le gouvernement de Mexico (convention de la Soledad, 19 février 1862).
Aux termes de ce document diplomatique, des négociations devaient s’ouvrir à Orizaba entre les plénipotentiaires mexicains et ceux des puissances alliées, et, en attendant leur issue, les troupes franco-espagnoles seraient autorisées à aller occuper, avant la mauvaise saison, des cantonnements salubres au delà des terres chaudes, les Français à Téhuacan, les Espagnols à Orizaba, sous la seule réserve qu’en cas de rupture des pourparlers les alliés rétrograderaient de l’autre côté du Chiquihuite, à l’exception des hôpitaux.
Il était vraiment temps, spécialement pour nos soldats d’infanterie de marine, dont la moitié provenait des garnisons épuisantes des Antilles, de quitter une côte, aussi malsaine. Du reste, les conditions climatériques de l’année étaient particulièrement mauvaises.
Ainsi, à la date du 2 février, le général Prim dut renvoyer à la Havane 800 malades ; de notre côté, nous avions 375 malades sur un effectif total d’environ 3.000 hommes. Néanmoins, le moral restait excellent, mais il était à craindre que les hommes, déjà éprouvés par la fièvre paludéenne, n’eussent bientôt plus la force de porter leurs armes et leur équipement. L’état sanitaire continuait d’ailleurs de s’aggraver. Une quinzaine de jours plus tard, les Espagnols n’avaient plus que 4.000 hommes en état de combattre sur 6.000, et nous avions nous-mêmes de 400 à 500 indisponibles chaque jour. De plus, la terrible fièvre jaune commençait à faire des vie times et la chaleur devenait excessive.
Enfin, les troupes françaises purent partir pour Téhucan le 26 février, mais leur mouvement en avant fut rendu très pénible par suite de la défectuosité des moyens de transport improvisés. Et, cependant, il fallait un important convoi pour transporter des vivres sur les 80 kilomètres de pays sans ressources, qui s’étend jusqu’au Chiquihuite. Le commandant Lazé ne peut réunir que 11 chariots à quatre roues, 30 charrettes à deux roues et 3 voitures d’ambulance. Ce petit convoi pouvait porter huit jours de vivres, sans comprendre le fourrage des animaux, en majeure partie des mules presque sauvages ayant pour conducteurs des matelots créoles peu préparés à ce service.
L’amiral se souvenait, non sans appréhension pour l’avenir, des cruelles fatigues éprouvées par la première colonne se rendant à la Téjéria, et qui n’eut pourtant à couvrir qu’une étape insignifiante. Comment nos soldats supporteraient-ils la traversée des terres chaudes après six semaines d’énervement, de souffrances et d’affaiblis sement dans les camps insalubres de la côte ! De plus, les hommes seraient lourdement chargés, puisqu’ils étaient obligés de porter quatre jours de vivres et que le convoi, insuffisant, ne pouvait les soulager d’aucune manière.
La première étape en partant de la Téjéria fut d’environ 18 kilomètres. La colonne, qui avait quitté cette localité à 6 heures du matin, n’atteignit le but assigné pour l’étape de la journée que vers midi 11 , et encore les officiers n’amenaient-ils que le tiers de l’effectif, les deux autres tiers étant restés en route. L’amiral, remontant à cheval, revint sur ses pas en se faisant suivre par des mulets d’ambulance et par les cavaliers de la colonne portant des bidons remplis d’eau : le spectacle était navrant. « Les soldats, épuisés, haletants, se traînaient sur la route ; les mulets, couchés à terre ou se roulant sur leur charge, ne voulaient plus avancer ; cependant, peu à peu, les traînards, auxquels on apportait à boire, purent se remettre en marche et rejoignirent successivement le bivouac ; à la nuit tombante, les mulets d’ambulance ramenèrent les derniers. Deux soldats d’infanterie de marine succombèrent à l’insolation.
Le soir, pour donner de la viande aux troupes, on abattit à coups de fusil quelques taureaux sauvages qui erraient autour du camp : il avait été impossible d’amener le troupeau jusqu’à l’étape 12 .
Le convoi était également resté en chemin. Les voitures n’avaient pu quitter la Téjéria qu’à 2 heures du soir, et à 8 heures elles n’avaient encore fait que 4 kilomètres !
L’étape du lendemain à la Soledad, environ 15 kilomètres, fut cependant franchie dans de meilleures conditions, mais l’histoire de la campagne du Mexique ne présente aucun épisode comparable à ces premières étapes 13 . »
La colonne séjourna à la Soledad jusqu’au 2 mars et atteignit le Rio-Chiquihuite le 4, à la limite des terres chaudes : ses souffrances étaient finies !
Toutefois, à partir de la Soledad, le colonel Hennique pouvait écrire à l’inspecteur général : « ... L’état sanitaire a complètement changé ; les chaleurs ont considérablement diminué et la température est plus agréable. Par suite, nous n’avons plus de fièvre et nous n’avons laissé personne en route. Il est à désirer que les hommes que nous avons laissés à Vera-Cruz, à la Téjéria et à la Soledad nous rejoignent le plus tôt possible. C’est, du reste, l’intention de l’amiral, dès que les moyens de transport le lui permettront 14 . »

Routes de Vera-Cruz à Mexico, par Puebla et Jalapa.
Après avoir campé à Poloverdo, Chiquihuite, Potrero, Cordova et Fortin, le régiment d’infanterie de marine arriva à Orizaba le 7.
Il en repartit en même temps que le reste du corps expéditionnaire, le 9, à 6 heures du matin, et campa successivement à Técamalucam le même jour, le 10 à Aculcingo, le 11 à Puente-Colorado et le 12 à Chapulco-Santa-Anna. Enfin, le 13, l’amiral fit son entrée à Téhuacan à la tête de son état-major et de ses troupes 15 . Le lendemain, toutes les troupes furent casernées dans d’anciens couvents abandonnés et mis à notre disposition par les autorités mexicaines. Les officiers furent logés en ville par les soins de l’administration.
Le colonel Hennique rendait ainsi compte de ces divers événements au général inspecteur :
« ... L’installation de nos hommes laisse certainement à désirer ; mais, dans la situation où nous sommes, on peut dire qu’ils sont bien. L’adjudant-major de semaine loge à la caserne...
Il est cependant à souhaiter que le corps expéditionnaire quitte bientôt Téhuacan. C’est un triste pays, qui ne possède aucune ressource : pas de fruits, pas de légumes, pas de vin, pas d’arbres pour s’abriter de la chaleur. Tout y est fort cher et en petite quantité : ce n’est donc pas une garnison bien agréable.
L’arrivée prochaine du renfort nous permettra peut-être d’aller

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents