Irène, Géza. Itinéraires particuliers
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Description

C’est à 16 ans que l’auteur, d’origine hongroise, découvre peu à peu le douloureux passé de sa mère qui a été la seule rescapée d’Auschwitz parmi sa famille. Jusque là, elle ne lui en parlait jamais.
L’auteur relate le vécu que celle-ci lui a raconté sur cette période terrible, le comportement courageux et héroïque de son grand-père paternel qui cacha et sauva plusieurs juifs de la folie meurtrière des Croix Fléchées, parti nazi hongrois, l’impact sur la vie de sa mère pendant et après cette épreuve effroyable, les conséquences psychiques sur certaines personnes de son entourage qui ont subi aussi les affres de la déportation, la volonté et la force de sa mère pour occulter ce passé et vivre pleinement le présent.
Mais, a-t-elle pu oublier ?
À la fin de cet ouvrage, des amis ayant connu les parents de l’auteur apportent leur témoignage sur la personnalité remarquable de sa mère.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 21 avril 2016
Nombre de lectures 0
EAN13 9791029004766
Langue Français

Extrait

Irène, Géza Itinéraires particuliers
Yves Hajos
Irène, Géza Itinéraires particuliers










Les Éditions Chapitre.com 123, boulevrad Grenelle 75015 Paris
À Denise et Elsa

























© Les Éditions Chapitre.com, 2016 ISBN : 979-10-290-0476-6
Octobre 1972. Jour de mon départ pour l’armée. En début de soirée, arrivé à la gare du Nord, je marche, pensif, parmi de nombreux appelés, jusqu’à la gare de l’Est. Les jeunes campagnards, fiers d’accomplir leur devoir national, donnent l’impression de sortir de leur ferme pour la première fois. La meute de révolutionnaires chevelus, en revanche, manifeste bruyamment.
– Ah bas l’armée ! Bande de fachos !
L’après-midi, avec un immense pansement sous le menton, suite à une intervention chirurgicale, je garantis à ma famille, sceptique sur mes chances de succès, d’être de retour à Eaubonne très rapidement. Mon dossier médical est béton. Ma surprenante tactique, d’une logique implacable et d’une simplicité extraordinaire, même si mes parents la jugent trop téméraire, devrait surprendre les officiers les plus endurcis. Je ne suis pas un objecteur de conscience, mais dès mon plus jeune âge, je ne tiens pas à revêtir l’uniforme. Même si aujourd’hui, il a plus l’allure de l’honneur retrouvé grâce au Général de Gaulle que celui de la capitulation que nous infligea l’Assemblée en désignant Pétain.
⃰ ⃰ ⃰ ⃰
Pourquoi cette aversion envers l’armée, la police et un ordre psychorigide, alors que je suis le premier à m’insurger contre le désordre ?
Est-ce mon côté anarchiste bourgeois très conventionnel ou…?

En prenant connaissance des évènements marquants qui ont influencé la vie de mon grand-père Géza Hajos, ainsi que de mon père Joseph et essentiellement celle de ma mère Irène, j’espère que vous parviendrez à dénouer les fils inextricables qui ont jalonné ma petite enfance jusqu’à ce jour. Chacun, à leur manière, peut se targuer d’avoir vécu une existence peu banale.
Mon père a subi passivement la période agitée que fut la deuxième guerre mondiale. Par la suite, il obtint une réussite professionnelle incontestable et remarquable. Mon grand-père paternel, au contraire, se sublima durant ces troubles meurtriers. Un véritable héros Balzacien. Alors que ma mère dont le seul tort fut d’être juive, découvrit, assommée et impuissante, le sommet de la folie humaine. L’appartenance à ce prétendu peuple élu, fortement balloté, fut mise à mal par des êtres monstrueux dénués de toute morale.
Ces trois personnages m’ont inculqué les notions de remplir son devoir, de connaître et de croire aux sens des mots : respect, fraternité, solidarité…, tout en appréciant les aspects délicieux d’une atmosphère joyeuse et conviviale. D’ailleurs, jusqu’à l’âge de mes quinze ou seize ans, avant que je ne me mette à découvrir leurs invraisemblables parcours qui ne laissent pas indifférent, l’ambiance à la maison était une succession de fêtes avec de nombreuses chansons Hongroises certes, mais toujours avec la fierté des valeurs de la République Française. Mes parents n’ont jamais dénigré leur pays d’adoption. À leur humble façon, ils ont apporté leurs pierres à la contribution de notre république tolérante et protectrice. Pour cette raison, enfant d’origine Hongroise, je me suis toujours senti aussi Français que mes copains descendants de Jeanne d’Arc ou de Garibaldi.

Je retiens de mon grand-père que la grandeur d’un être humain ne se mesure pas sur des conditions de classe, de religion, de couleur de peau. Chaque personne possède des droits identiques et détient des chances analogues en fonction de ses capacités.
Parmi tous les critères fondamentaux, mon grand-père, un laïque chevillé au corps, pensa trouver à travers le communisme la voie vers un monde chaleureux et égalitaire. Le fameux paradis que même les adorateurs de Jésus préférèrent placer si haut, au cas où… Les mots : succès, gloire et reconnaissance, n’étaient pas chez lui synonymes d’un ego démesuré. L’idée de la maltraitance du faible par le fort lui était totalement étrangère. Ainsi, lorsqu’il arracha de la mort programmée par les Croix Fléchées, parti nazi hongrois d’Extrême Droite, quelques Hongrois juifs et parfois communistes, il considéra cet acte que je qualifierais de bravoure au péril de sa vie, comme un geste tout à fait banal. Pour lui, tout être ayant un cœur ou une âme aurait fait de même. Un bel idéaliste utopiste par excellence !

Mon père avait le principe de la valeur incarnée dans le respect des gens et du travail. Toutefois, sa rigueur un tantinet janséniste , son tempérament nerveux et angoissé, ses réflexions trop orientées vers le passé et ses certitudes bien tranchées en politique, l’empêchaient de laisser jaillir ce brin de folie, à la différence de mon grand-père ou de ma mère, expansifs et communicatifs. Il ne saisissait pas ce léger ajout de piment qui agrémente une existence fleurie aux contours un peu distendus. Son côté méthodique, ordonné à l’extrême, où tout était blanc ou noir, sans la moindre nuance, l’empêchait de se libérer d’un carcan trop rigide, de s’éclater avec spontanéité, sans chercher à se retenir. Grandes furent ses désillusions.
Cependant, il m’avoua en toute simplicité qu’il aurait été incapable d’imiter son désintéressé de père en abritant des pauvres bougres complètement désarçonnés, poursuivis par des sanguinaires aux pensées morbides et aux mains meurtrières qui transpirent de haine et qui répandent l’horreur. Il se reprochait amèrement ce manque d’audace. Au fait, avez-vous rencontré beaucoup de citoyens épris de justice aux parcours chevaleresques ? Au moins, il ne se joignait pas aux groupes de lâches qui, bien à l’abri au milieu d’une cohorte vociférant, déversaient leur fiel avec quelquefois le geste brutal à l’appui. Il resta sagement à l’écart de ce déferlement de haine.
Modéliste, s’il ne dédaignait pas son succès professionnel justifié, il n’étalait pas, pour autant, une vanité puérile. Il restait très discret au sujet des politiciens ou des acteurs qu’il avait fréquentés, très heureux de porter ses créations. La seule photo qu’il prenait plaisir à me montrer était celle de Bourvil enfilant un de ses modèles. Il aimait bien ce comédien, tout en discrétion comme mon pater. Sa fierté était toute en retenue, contrairement à la mienne. En effet, bien droit à côté de ma mère, je me délectais en voyant son nom : Jo Hajos, représentant la mode masculine Française en 1958 à l’Atomium de Bruxelles.
L’Exposition Universelle a réussi la gageure de réunir quelque 50 pays et plusieurs organismes internationaux. Les pavillons de chaque pays rivalisaient d’innovation et d’imagination. En pleine période de guerre froide, les Belges prirent un malin plaisir à installer l’imposant pavillon Russe juste en face de celui des États-Unis. Espéraient-ils secrètement une réconciliation ? Celui de la France, avec sa flèche spectaculaire, longue de 80 mètres, illustrait parfaitement le génie architectural et scientifique Français. Sans oublier la touche romantique enviée par de nombreux pays. Toutes les heures, le carillon jouait la chanson : « Auprès de ma blonde ». Imaginez tous les hommes galants, en costume Jo Hajos, un bouquet de fleurs à la main, la démarche souple, la mine radieuse, s’approcher de toutes ces jolies femmes aux visages épanouies en chantant cet air célèbre.
Il faut dire qu’il avait de bonnes bases pour progresser et profiter des joies de la vie. La lutte et le violon. L’excellente combinaison de la force tranquille mise en musique. Il fut champion de Hongrie de lutte gréco-romaine et devait représenter sa nation au championnat d’Europe lorsqu’il se démit accidentellement l’épaule au plongeoir de la piscine de l’île Marguerite. Un joyau dans le cœur de Budapest qui laisse encore couler quelques larmes d’émotion à mon père. Un an plus tard, l’ancien lutteur au cou de ta

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