Journal intime d une jeune fille en détresse
181 pages
Français

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Journal intime d'une jeune fille en détresse , livre ebook

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Description

C’est un journal intime. Celui d’une jeune fille de 14 ans vivant à Gaza. Il court de septembre 2008 à Janvier 2009. Elle raconte le quotidien des Gazaoui sous le blocus israélien, puis surtout l’invasion du 26 décembre 2008 et ses conséquences. Sa maison est prise en cible, vers le 8 janvier. Elle se retrouve prisonnière des décombres avec son frère de 8 ans et sa nièce de 2 ans... (C’est une fiction basée sur des documents réels).

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 juillet 2014
Nombre de lectures 1
EAN13 9782312027968
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0012€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Journal intime d’une jeune fille en détresse

Hala
(Traduction d’Amine Arezki)
Journal intime d’une jeune fille en détresse










LES ÉDITIONS DU NET 22 rue Édouard Nieuport 92150 Suresnes
© Les Éditions du Net, 2014 ISBN : 978-2-312-02796-8
Avant-propos
Le travail que je m’apprête à mettre entre les mains du lecteur est un journal intime. Celui d’une jeune fille de 14 ans qui vivait à Gaza, en Palestine. Il couvre la période allant du 24 septembre 2008 au 15 janvier 2009, c’est-à-dire en plein durant la grande agression israélienne sur Gaza de décembre 2008.
C’est un document manuscrit manuel qui, après avoir été scanné, m’a été envoyé plus ou moins anonymement par mail. Je ne peux donc ni affirmer ni infirmer son authenticité, je veux dire le fait qu’il me soit réellement envoyé depuis Gaza (ville où j’ai néanmoins quelques correspondants) et encore moins le fait s’il soit ou non l’œuvre d’une adolescente de cette ville. Mais en l’absence d’éléments qui le rendraient suspect à mes yeux, je ne peux que le supposer authentique.
J’ai traduit le texte du mieux que j’ai pu, en veillant notamment à ce que le résultat soit d’un niveau sémantique et phraséologique proche de l’original, afin qu’il demeure sensiblement celui d’une jeune fille de 14 ans, étant donné que la personnalité d’une personne, sa manière de penser et sa vision du monde transparaissent toujours à travers son style d’écriture. Les parties que je n’ai pas pu comprendre, je les ai laissées sans les traduire, tout comme beaucoup d’autres passages inutiles, trop personnels ou simplement illisibles.
L’office de traducteur que j’ai fait ici m’a obligé à être fidèle dans la transcription du sens. A ce titre, nul ne peut à bon droit me juger sur le contenu. Les idées exprimées dans ce document ne sont pas les miennes. Je ne peux même pas dire si je les approuve ou non.

Amine Arezki
Paris, le 25 avril 2014

[Voyage]
Mercredi 24 septembre (2008)
Catastrophe ! Dans la confusion générale du passage de Rafah, ce matin, je me suis trompée de sac. J’ai échangé le mien avec celui de quelqu’un d’autre par erreur. Il contenait surtout mon gros cahier-journal. Tout ce que j’ai écrit depuis juin dernier : les examens et les résultats, les vacances, les dix jours que j’ai passés chez tante Fatima à Khan-Younis.., et jusqu’à ce voyage en Égypte. Tout est perdu.
Enfin, peut-être pas, puisque à la place de mon sac, j’en ai pris un autre. Il est plein de médicaments et de lait en poudre pour bébés. Papa a dit que ce sac est sûrement plus important pour la personne qui l’a égaré que le nôtre pour nous, car les médicaments en question semblent être très importants et introuvables chez nous. Sûrement que le propriétaire de ce sac va se mettre à le chercher. Pour l’aider, papa a décidé de faire passer une annonce dans le journal et à la radio. J’espère que ça va marcher, aussi bien pour moi que pour la pauvre maman qui a perdu le lait et les médicaments de son bébé.
Je n’arrête pas d’imaginer ces gens en train d’ouvrir leur sac. Surprise ! « Mais qu’est-ce que c’est que ça ?! Im Untel {1} , est-ce que les médicaments se sont transformés en chaussures pendant le voyage ?! »
Assez blaguer. J’ai pris la ferme résolution de changer à partir de cette rentrée. Dorénavant, je serai sérieuse, je ne raconterai plus jamais de vannes, si quelqu’un en raconte une devant moi, je sourirai seulement, mais à condition que ce ne soit pas aux dépens de quelqu’un d’autre. On me verra souvent sourire, mais je ne rirai jamais aux éclats, comme je faisais jusque-là. Je serai vraiment digne d’un futur écrivain et d’une future poétesse.
Ce nouveau cahier, c’est tata Siham qui vient de me l’envoyer. Elle avait vu à quel point j’étais triste d’avoir perdu l’autre. Mais elle a souri quand je lui ai dit que je regrettais autant la partie écrite que la partie vierge et les 2 autres cahiers que je venais d’acheter spécialement pour ça. Elle a dit : « Je vais te donner un joli carnet qui convient mieux à un journal intime. » Et elle m’a envoyé celui-ci et un autre. Ils sont vieux et ne ressemblent pas du tout à ceux que j’utilise d’habitude, mais je m’en fous, pourvu que ce soit du papier et que je puisse écrire dessus.
(Entre parenthèses, on voit bien qu’elle vient d’arracher les pages écrites. Je parie qu’elle aussi, elle en tenait un quand elle était plus jeune. Peut-être quand elle avait mon âge. Voilà donc un cahier qui aura servi de confident à deux âmes sensibles, qui écrivent pour éviter d’exploser, à 20 ans d’intervalle.)

( Le soir )
L’électricité vient de revenir. Profitons-en.
A part mon journal (paix à son âme) et les 2 cahiers vierges, ce foutu sac contenait un jeans, deux ou trois pulls et surtout des chaussures. J’en avais pris une paire pour chacune des filles et une pour chacun des enfants, comme on me l’avait dit. Or grâce à l’argent que les frères et sœurs de tata Siham m’ont donné, j’ai pu en prendre également une paire pour mon père (une très belle, en plus, et très solide), une pour maman et une pour abeeh {2} . Au final, seuls ceux qui n’en ont pas besoin qui n’en auraient pas eu : grand-père et grand-mère (qui ne marchent pas beaucoup,) Heitham bien sûr et Mahmud (qui s’est acheté une paire de baskets il n’y a pas si longtemps pour 250 shekels ( !!!), sans l’autorisation de papa.)
Maintenant, je n’ai même plus envie de mettre les miennes. Je crois que je vais les donner à Dalal, si elles lui vont. Et on va devoir encore une fois envoyer un gros cabas de veilles chaussures au cordonnier, pour qu’il nous les rafistole pour la millième fois.
(J’ai remarqué que les belles-sœurs en ont des neuves, et pas Maryam et Souad. J’espère que ce ne sont pas mes frères qui ont acheté des chaussures à leurs femmes et qui ont oublié leurs sœurs. Cela dit, c’est des « chaussures-Shanghai » qui ne tiendront pas plus de deux semaines, j’en suis sûre.)
Dieu merci, la cartouche de cigarettes pour grand-père n’a pas été perdue. Elle a failli l’être, puisque je l’avais mise dans le même sac que les chaussures, avant que tata Siham me dise de la cacher mieux que ça. Pour la boîte en métal, tata Siham l’a cachée dans son sac à main, comme si c’était la sienne. C’est des Ed Laurens qu’on a réussi à lui dénicher (pour grand-père) à la dernière minute. Il était ému jusqu’aux larmes, mon pauvre grand-père, et il m’a embrassée en me disant : « Merci infiniment. » Ce qui m’a fait énormément plaisir. Il n’a pas pu résister à l’envie d’en allumer une à peine a-t-il rompu le jeûne, au maghrib {3} . Et il a dit en expirant la fumée, après avoir tiré lentement et savoureusement une première bouffée : « Fumer une Ed Laurens et mourir ensuite ! »
Voilà. Il y a seulement 24 heures j’étais là-bas, dans un pays libre, et maintenant je suis ici, dans un pays occupé. Du paradis à l’enfer. Hier, j’étais libre comme un oiseau, et maintenant je suis à nouveau dans cette grande prison qui s’appelle Gaza, où tout est inaccessible, où tout est introuvable, où tout est rationné… Dans cette prison où la psychose règne en continu, où les gens sont moitié-fous moitié-résignés par fatalismes.
J’avais vraiment commencé à prendre goût à la vie de là-bas. Ce n’est pas seulement pour la magie des soirées ramadaniennes cairotes, mais surtout pour le sentiment de sécurité qui existe là-bas, le fait de ne jamais entendre des avions au-dessus de sa tête, le fait de s’endormir la nuit et de se réveiller le matin en toute sécurité, sans se dire : « Et s’ils nous bombardaient, par ordre ou par erreur, ou simplement parce que l’un d’eux a soudain eu une envie de "se rapprocher de Dieu" en tuant des Palestiniens ?! »
Le ramadan au Caire est tout simplement magique, et la famille de tata Siham est vraiment très accueillante. Cela dit, je suis incroyablement contente d’avoir retrouvé ma maman, mon père, mes frères, mes sœurs et tous les miens. Deux ou trois semaines, d’accord, mais pas plus. Je préfère vivre en enfer avec eux que dans l

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