La Microfinance en Indonésie
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Description

Cet ouvrage est une étude approfondie de la microfinance en Indonésie et représente le fruit d’une année de travail et de trois mois d’investigation sur le terrain. Cet essai a pour ambition de vous donner une nouvelle approche de la microfinance que cela soit par ses qualités ou par ses défauts. L'objectivité de la réflexion sera le leitmotiv de cet essai. L'auteur tentera de vous apporter tous les outils dont il dispose pour vous forger une opinion sur le phénomène du microcrédit et plus généralement du social business.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 13 mars 2012
Nombre de lectures 4
EAN13 9782312006307
Langue Français

Exrait

La Microfinance en Indonésie
Goulet Gaylord
La Microfinance en Indonésie
La réussite d’un modèle ou l’échec d’une utopie ? Le social business !





LES ÉDITIONS DU NET 70, quai Dion Bouton 92800 Puteaux
À tous ceux qui m’ont aidé dans
cette aventure.





















© Les Éditions du Net, 2012 ISBN : 978-2-312-00630-7
Avant propos
Cet ouvrage est le produit tout à fait original de mon expérience en Indonésie auprès d’un organisme de microfinance appelé VisionFund Indonesia. La microfinance est devenue un thème populaire en Occident. Un bien pour les uns ou un mal pour les autres, ce phénomène soulève bien des fantasmes. Véritable miracle ou juste l’illusion d’un énième projet philanthropique sans grande avancée sociale? Le désormais incontournable Yunus Muhammad nous apporte un modèle bancaire innovant en permettant l’accès au capital pour les populations pauvres dans les années 80 à travers la Grameen Bank [1] . Celui-ci est d’ailleurs devenu prix Nobel de la paix en 2007.
Pourtant des critiques s’élèvent contre ce modèle paraissant trop beau pour être vrai.
Je me suis rapidement intéressé au microcrédit. Un processus bancaire aidant les populations pauvres à améliorer leurs conditions de vie tout en faisant du profit, cela attire forcément l’attention. Le concept m’a tout de suite convaincu puis j’ai découvert les nombreuses critiques vis-à-vis de la microfinance. Certains organismes sont montrés du doigt prenant la place des usuriers et augmentant la dette de familles déjà en faillite. Cette face cachée du système existe, cela ne fait aucun doute, pourtant je ne pouvais me résoudre à abandonner une idée qui, sur le papier, semble être cohérente.
La démarche est alors simple. Il faut vérifier sur place par soi-même en menant sa propre investigation. C’est donc le 30 Mars 2011 que j’embarquais sur un vol en direction de Jakarta, la capitale de l’archipel indonésien. L’Indonésie fait partie des grands pays pourvoyeurs de microcrédits et à juste titre devient un sujet d’expérience idéal pour trouver la vérité sur cette hydre à deux têtes, schisme entre vertu et immoralité. J’ai intégré VisionFund Indonesia et suivi ses équipes à travers les méandres de la capitale durant 3 mois et 12 jours dans le but d’apporter des réponses sur un thème qui fascine les économistes occidentaux de tout bord.
Introduction
A l’aune d’une nouvelle crise économique mondiale sous le signe de l’endettement publique, la microfinance prend à contre pied la logique du désendettement. Avec le social business comme concept, le microcrédit cherche à créer un modèle durable, rentable et social. Cette vision propre à la microfinance telle que l’a pensé Yunus Muhammad s’étend partout où se trouve la pauvreté. Néanmoins cela soulève beaucoup de questions. La microfinance améliore-t-elle de manière significative la vie des bénéficiaires tout en réalisant des profits? Plus que du crédit aux pauvres, la microfinance exerce-t-elle une influence sur la société, les traditions et la culture d’un pays? Nous pourrions même ajouter une autre question pour pousser encore plus loin notre raisonnement. L’effet microcrédit est-il une illusion pour se donner bonne conscience ou la réalité pour un pays en voie de développement comme l’Indonésie, qui développe son économie par son socle, soit la population la plus défavorisée ? De plus, est-il un moyen concret et efficace de lutter et de faire reculer la pauvreté dans une société ou les inégalités sont de plus en plus grandissantes ? Afin de répondre à toutes ces questions je tiens à m’appuyer sur les nombreuses expériences et enseignements tirés de mon voyage en Indonésie à travers les institutions de la microfinance. De nombreux rapports professionnels viendront enrichir mon discours ainsi que certains ouvrages dédiés à la microfinance. La démonstration, qui va s’illustrer dans les pages qui vont suivre, a une mission très ambitieuse. Tout ceci a été réalisé dans l’espoir de vous apporter la version la plus objective et sérieuse de l’histoire de ces hommes et de ces femmes qui travaillent chaque jour pour améliorer le quotidien de leurs semblables. Bien entendu, la microfinance possède des atouts et également certaines limites, l’équilibre parfait entre le social et le capital est souvent difficile à appliquer. Plusieurs thèmes seront abordés et le cheminement des idées devraient, je l’espère, vous faire comprendre les rouages de la machine « Microcrédit ». Tout d’abord nous commencerons par une introduction à la microfinance ainsi qu’une description de tous ses aspects tels que son intégration structurelle ou culturelle ainsi que les différents acteurs de ce marché financier naissant. Puis nous continuerons par sa réussite économique, ses effets et ses impacts à tous les échelons, tant sociaux que traditionnels. Enfin nous finirons par les limites de la microfinance ainsi que son avenir à travers le développement de l’Indonésie.
P ARTIE I
Introduction à la Microfinance

Chapitre 1
L’économie informelle : Environnement principal de la Microfinance
Avant de rentrer dans les détails de la « machine Microcrédit », il faut d’abord cibler son environnement. La microfinance n’est pas crée pour évoluer dans le modèle économique tel que nous le connaissons. L’économie formelle est une économie réglementée et encadré par la législation étatique. Elle a peu d’intérêt vis-à-vis de la microfinance et ses modiques sommes prêtées. Nous imaginons mal un employé d’une société demandait un micro-prêt qui ne représente que 10 % de son salaire mensuel. Un emprunt de cet ordre n’aurait aucun sens.
L’économie qui nous intéresse est l’économie informelle. Le Manuel de l’OCDE nous décrit cette économie d’une manière stricte de cette façon : « La production du secteur informel est le fait d’activités qui ne cherchent pas délibérément à se cacher et à se soustraire aux obligations légales mais qui ne sont pas enregistrés du fait de l’incapacité des pouvoirs publics à appliquer leurs propres réglementations.» Pour éclaircir cette définition, nous pouvons la simplifier en disant que ces travailleurs sont illégaux indépendamment de leur volonté.
Cette économie parallèle a tendance à être ignorée par le gouvernement, faible valeur ajoutée par rapport aux géants pétroliers ou miniers et autres multinationales. Pourtant l’économie informelle est omniprésente dans les pays en voie de développement, occupant parfois plus de 50% de l’activité économique d’un pays. Il faut donc se pencher sur les composantes de ce phénomène. Que représente cette économie si importante dans les pays en voie de développement et quasi inexistante voire répréhensible en Occident ?
L’Organisation Internationale du Travail (OIT) tente de répondre à cette question en 2002 [2] . Tout d’abord l’emploi informel n’est pas cloisonné dans son microcosme. Celui-ci est présent jusque dans les établissements formels du type administratif ou des entreprises légalement déclarées. Ces emplois sont en général peu productifs, ne s’organisant pas comme une entreprise moderne, par exemple, la division du travail. Les salaires pratiqués ou les revenus d’activité sont faibles, et je dis « revenus d’activité» car l’emploi informel représente également des auto-entrepreneurs. La protection sociale est inexistante à l’exception des aides étatiques, comme les aides familiales, par exemple. Les travailleurs n’ont aucune existence légale leur permettant de prétendre à de quelconques droits du travail.
Le rapport de l’OIT nous décrit également le travailleur comme étant jeune, non-qualifié et souvent issu de l’immigration. Mais je ne suis pas d’accord avec cette analyse. Car de ma propre expérience, les dizaines de petites mains de l’économie informelle que j’ai rencontré en Indonésie ne rentrent pas dans ces 3 catégories. Nous pouvons effectivement affirmer que la main d’œuvre est peu ou pas qualifiée. Malgré tout, l’économie informelle ne regroupe pas que les jeunes ou les migrants. Des personnes de tous âges, hommes et femmes, travaillent informellement pour subvenir à leurs besoins les plus essentiels tels que manger ou envoyer les enfants à l’école. De plus les migrants sont une minorité dans la masse de travailleurs informels. Il faut comprendre que l’emploi informel représente plus qu’une population en marge de la société. D’après les données de Claudia Seise [3] , l’économie informelle représente les deux-tiers de la performance économique de l’Indonésie. Il parait donc illogique que la majorité des emplois informels soient monopolisés par des jeunes et des migrants.
Ce phénomène « d’informalisation » de l’économie n’est pas marginal. Il répond à un besoin précis de la population, le besoin de travailler. La croissance de la demande d’emploi est plus forte que la capacité d’assimilation du pays dans l’économie formelle. Le marché du travail Indonésien est saturé par une démographie déséquilibrée malgré une croissance économique forte. La population non-qualifiée est la première touchée. En outre, des centaines de milliers d’Indonésiens font le choix de travailler dans l’économie informelle par défaut, car le modèle économique classique n’est pas en mesure de les accueillir.
L’autre aspect de l’économie informelle est sa semi-légalité. Les produits vendus sont légaux mais la procédure illégale. Par exemple, une femme achète des boissons à un grossiste et décide de les vendre sur son étale. Le produit est tout à fait conforme à la législation, mais la manière de le vendre reste en dehors du cadre juridique stricte. De plus, les lieux de travail sont exigus et indéfinis.
Cela peut être dans la rue ou simplement dans la maison d’un micro-entrepreneur. Il n’y a aucune réglementation sanitaire ou de sécurité sur les produits ou pour le travailleur. En dehors du cadre juridique, l’employé informel n’est pas non plus déclaré fiscalement et ne possède aucune obligation sociale. La législation s’arrête là ou commence l’économie informelle et j’ai presque envie de dire, la microfinance commence là où la législation s’arrête.
La microfinance qui conditionne toute la réflexion de cette œuvre est un pont entre économie formelle et informelle. Une institution légale répondant aux besoins d’agents illégaux en toute légalité. Cette pirouette autorisée par les gouvernements donnent plus de souplesse au système et se déchargent ainsi d’un constat d’échec dans l’intégration des travailleurs informels.

Chapitre 2
Histoire de la microfinance
La microfinance ne s’est pas forgée en un jour. La microfinance n’était d’ailleurs pas microfinance à son commencement. De nombreuses tentatives pour diffuser le capital ou partager les richesses ont été parsemé d’échecs et de succès. La plus notable, et non pas la plus ancienne, a été celle du Maire de la commune de Heddesdorf en Rhénanie du nom de Friedrich Wilhelm Raffeisen [4] . Visionnaire pour son époque, il créa une société d’épargne et de crédit [5] qui prônait la réussite individuelle. Avec cet embryon de banque il parvenait à fournir aux paysans ou aux artisans des capitaux qu’ils pouvaient investir dans leurs activités professionnelles. Il propagea son modèle économique à travers son livre [6] parut en 1866 dans lequel il démontrait l’importance de donner accès au capital aux couches sociales inférieurs dans la société.
Son modèle s’appuie sur des coopératives locales, la responsabilité solidaire, la non-distribution des excédents et la non-discrimination sociale. Tous ces éléments nous rappellent bien sur les fondements de la microfinance largement employé par la Grameen Bank de Yunus Muhammad et par la suite les autres banques et coopératives qui ont suivi ce modèle. Ce mutualisme financier, père fondateur du micro-crédit se retrouve également en 1941 dans l’organisation basque Mondragón qui regroupe tout type d’activité et aide ceux qui sont en difficultés ou qui ont besoin de financement. Il est a noté d’ailleurs que ce modèle économique réussi car aujourd’hui Mondragón [7] continue son expansion et regroupe près de 100 000 travailleurs à travers le monde.
Mais c’est dans les années 1970 que le microcrédit à part entière fait son apparition dans un des pays les plus pauvres du monde, le Bangladesh. Yunus Muhammad, économiste bengali, tente plusieurs expériences. Par exemple, il prêta de petites sommes d’argent dans un village ou tenta de mutualiser des exploitations agricoles pour augmenter leur productivité grâce à un système d’irrigation plus performant. Ses différents succès le mène à créer la Grameen Bank en 1983. Il diffuse le microcrédit dans tout le pays et partage aujourd’hui son modèle économique dans le monde entier à travers des organisations jumelles ou s’inspirant de la Grameen Bank. Le secteur de la microfinance possède une croissance régulière ces dernières années et représente un marché de 25 milliards de dollars en 2007. Néanmoins, les besoins en crédit dans les zones pauvres sont dix fois supérieurs à ce montant. Il reste à faire de nombreux progrès et investissements pour répondre à la demande croissante de ces ménages tant sur le plan de la technique que sur le plan purement financier.

P ARTIE II
Procédure et profil du client

Chapitre 1
Processus et procédure
La microfinance est plurielle, elle peut agir sous la forme d’organismes gouvernementaux, d’organisations à but non-lucratifs ou plus simplement sous la bannière d’une banque privée. Chaque institution possède son propre process d’exécution, néanmoins la base est toujours la même. Ce qui les différencie le plus sont le plus souvent les conditions d’attribution d’un prêt avant l’accord, mais nous en reparlerons dans un autre thème concernant les différents acteurs indonésiens.
Le processus possède une colonne vertébrale similaire à tous les organes se réclamant de la microfinance. Tout commence par le besoin.
Un jour, des ménages souhaitent commencer une activité et ont besoin de capital. Ces ménages se tournent naturellement vers le microcrédit n’ayant pas accès aux banques classiques. Mais il existe un deuxième cas de figure. Ce cas de figure s’apparente à une contamination, la contagion du virus microfinance. Evoluant dans des communautés resserrées où tout le monde se connaît.

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