Le Pain et le blé
164 pages
Français

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Le Pain et le blé , livre ebook

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Description

Ce livre parle du début du XXe siècle, de la campagne, des métiers, des gens de cette époque. Jules Leroux nous donne une petite galerie de ce monde paysan. Le Charron, la tante Poncette, des personnages bien dessinés dans leur petitesse, leur égoïsme féroce et leur rapacité en face des Poncette ou encore des Francolin qui respirent la vie et la joie. Le vocabulaire de Jules Leroux est celui d'une époque, hors Larousse, celui d'une région, les Ardennes. Un livre fort sans intrigue réelle où l'on suit avidement les personnages dans leur vérité attachante de gens modestes roulés dans les aléas d'une vie qu'ils finissent quand même par maîtriser. Ce roman posthume ne fut édité qu'en 1922.


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 13 décembre 2013
Nombre de lectures 73
EAN13 9782365752374
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0056€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Jules Leroux
 
 
Le Pain et le blé
 
 
Roman
 
 

 
 
Première partie
Le pain
 
 
Flizy
 
Lorsque l’on quitte Mézières par la porte du Theux et qu’on grimpe la rampe qui conduit à Saint-Laurent, on ne tarde pas à dominer la plaine, qui, à droite, pose un large cercle vert entre Mézières et Donchery. Complètement fermée par des collines aux lignes souples, elle donne l’impression de quiétude des endroits bien clos, jardins, pâturages, où les verdures, les fleurs et les ombres dorment sous la protection des haies vives ou des murs de pierres sèches.
À la douceur des lignes sinueuses de l’horizon proche, à la tranquillité de cette campagne somnolente où de loin en loin piétine quelque troupeau, s’ajoute la tendresse des tons effacés et fondus d’un paysage voilé.
Toujours un peu de brume ouate les formes, atténue les couleurs, éteint le vert de la grande prairie et des bouquets d’arbres, adoucit le gris bleu des toitures d’ardoises et les ocres des labours qui rapiècent les coteaux. Les notes les plus claires sont données par les flaques brillantes des sablières, les barres de la Meuse, qui, à chaque coude, luisent avec un éclat doux de vieil étain, le panache blanc d’une locomotive ou d’un remorqueur. Sur les collines les plus lointaines, dévêtues chaque matin par une bise sèche, les masses noires des forêts, les bleus de Prusse, des sarts et des triots se juxtaposent durement, révélant dans l’arrière-pays l’Ardenne sombre, brutale, hostile.
C’est vers cette plaine que le plateau ardennais chasse le troupeau débandé des nuages, qui, bousculés, bondissent des trouées de Mézières ou de Sedan, sous la huée et les sifflements d’étrivières du vent d’est. C’est là qu’ils se rassemblent, et le ciel de cette région grise est d’une beauté surprenante, sans cesse renouvelée. Si, pendant quelques rares journées d’été, il prend des teintes fraîches de blanc lavé de bleu, pendant presque toute l’année il est couvert, comme disent les gens du pays. Parfois les nuages s’étagent en stries sombres, répétant dans l’immense les ondulations des collines ; parfois, ils se juxtaposent comme des blocs d’une fantastique maçonnerie dont les lézardes laissent filtrer un soleil pâle ; le plus souvent, ils se mêlent, se confondent et tendent un gigantesque rideau de papier huilé qui tamise une lumière opalisée sous laquelle s’argente un paysage de rêve. Toits et ciel d’ardoise comme les yeux des femmes de la région, collines d’un blond cendré comme leurs cheveux, aux lignes larges et souples comme celles de leurs corps robustes, verdures grises comme leurs âmes, il y a entre cette nature et l’habitant une harmonieuse correspondance, un accord intime et discret comme celui du sourire et du regard dans un visage apaisé.
Sous ce grand ciel songeur ou tourmenté, au bas des talus et sur les hauteurs s’égrène le double chapelet des villages : Le Theux, Romery, Lumes, Nouvion, Flize, au bord de la Meuse qui dessine la moitié d’une circonférence ; et le long de la route nationale qui l’achève, Dom-le-Mesnil, Elaire, Les Ayvelles, Flizy. Au-dessus du cercle des villages de la plaine, un cercle de villages sur les collines : Saint-Marceau, sur un mamelon ; Feuchères à l’orée du bois d’ Élan  ; Ville-sur-Lumes ; Saint-Laurent, penché curieusement sur Romery. De village à village, on se fréquente peu ; on ne s’aime guère ; les gens du Theux, qui sont presque des citadins, dénigrent les ferronniers de Saint-Laurent, qui méprisent les carriers de Romery, lesquels accablent de quolibets au passage les charretiers de Lumes, et jusqu’au bout de la chaîne il en est ainsi.
Mais le village le plus fier de lui, le plus dédaigneux à l’égard des autres, est certainement Flizy. Oui ! ils sont fiers de leur village, les habitants de Flizy, et même ceux qui ne le quittent jamais le proclament le plus beau des Ardennes.
Bâti à flanc de coteau, à trois kilomètres de Mézières, sur la route de Sedan, il aligne tant bien que mal ses maisons de pierre jaunâtre, haussées sur d’étroites chaussées, coiffées d’ardoise, le long de l’unique rue qui, perpendiculaire à la grand-route, dévale vers la Meuse. Oui, les Fliziens aiment Flizy, et la Meuse qui l’inonde presque tous les ans, et leurs hauts tas de fumier dressés devant chaque maison, et leur clocher planté de travers, et le pâquis appelé grand-place, et le château aux tourelles pointues, transformé en caserne pour quelques dragons. Se tourne-t-on vers Sedan ? Devant soi s’étend la vaste prairie, coupée par la ligne du chemin de fer, verte au printemps, blonde l’été, rousse en automne, recouverte d’eau pendant l’hiver. Se rend-on à Mézières ? On suit, sous une double file de frênes, une belle route, droite et ombreuse. Descend-on vers la Meuse ? On s’arrête devant la Sablière, où l’on tue à coups de fusil des brochets gros comme des veaux, et dont l’eau rend le linge de Flizy le plus blanc de la région. En sens inverse, gravit-on la colline au bas de laquelle s’étend le village ? Arrivé à la hauteur du fort des Ayvelles, on domine la plaine et son amphithéâtre, et les Fliziens qui ont quelque peu voyagé disent volontiers :
– Il n’y a pas deux points de vue pareils en France.
La plupart des ouvriers qui habitaient Flizy ne se montraient nullement hostiles aux laboureurs, qu’ils plaisantaient volontiers, dégourdis par la vie à l’usine. Presque tous conservaient les qualités de sobriété et d’économie des travailleurs de la terre qu’ils avaient été. Tous cultivaient un jardin, élevaient des lapins, et parfois un cochon. Leur grande ambition était de posséder une petite maison. Il fallait d’abord acheter le terrain, puis donner tant par mois à une société qui se chargeait de la construire, et, jusqu’à sa mort, l’ouvrier demeurait l’esclave de sa maison, qu’il devait payer, entretenir, embellir.
C’est ainsi que Flizy s’agrandit d’un quartier propre et coquet. Fiers de leur maison, les nouveaux propriétaires étaient fiers de leur village : l’orgueil local ne faisait que s’accroître, et lorsque l’un d’eux disait : « Je travaille à Mohon, mais j’habite à Flizy », il laissait entendre, en élevant la voix sur les derniers mots, qu’il tenait à l’honneur de compter parmi les habitants du plus beau village des Ardennes.
Le grand Brifaut, le charron, n’aimait ni les cultivateurs ni les ouvriers d’usine. Naturellement, il se gardait bien de les insulter ; il faisait même belle mine à tous, mais quand il se trouvait avec le bourrelier, le maréchal-ferrant, le cantonnier, il ne retenait pas sa langue. Il habitait au centre du village, en face de l’église, de la mairie, de l’école, des deux principaux cabarets, dans une grande maison haut perchée sur une chaussée, au coude de la route ; il voyait, entendait, savait tout ce qu’il y avait à voir, à entendre, à savoir : rien ne lui échappait. De sa boutique, il dominait la moitié de Flizy, savait sortir ou rentrer à propos. Chaque jour, il voyait le curé, le maître d’école, le maire, le garde-champêtre, le cantonnier, et presque tous les habitants. De là, il assistait à tous les baptêmes, à toutes les noces, à tous les enterrements, et chaque dimanche à l’entrée et à la sortie de la messe. C’est lui qui fabriquait tous les cercueils, mettait les morts en bière, les portait dans la fosse. Avait-on besoin de consulter le plan cadastral ? On appelait le charron, qui connaissait comme pas un tout le terroir. Manquait-il un témoin dans quelque cérémonie ? On appelait le charron, qui ne refusait jamais une occasion de boire un coup, quand il ne lui en coûtait rien. Dans sa boutique, tout en remuant ses pièces de bois ou en planant une jante, il ne cessait de monologuer à haute voix, ricanait, s’emportait, se posait des questions, y répondait avec mépris ou colère, s’adressait de sonores injures en y entremêlant quelques jurons, parfois si haut qu’on lui criait de la rue :
– Ça ne va donc pas, père Brifaut ?
– Non, ça ne va pas ; il n’y a plus que la canaille qui vit !
Et sa voix était indignée ; et tout son corps, éloquent ! Tous les muscles de son visage rasé, massif, taillé dans du vieux chêne, tressautaient d’indignation ; et sous les sourcils en broussaille, le regard de ses petits yeux gris-bleu luisait comme l’acier de sa besaiguë. Il se redressait, le tricot marron bouffant au-dessus du pagne de toile verte qui lui ceignait les reins, son large pantalon sans bretelles dégringolant sur ses lourds sabots. Les mains croisées derrière sa longue échine un peu voûtée, traînant les pieds, il allait de long en large dans sa boutique, s’arrêtait un instant devant la fenêtre pour s’assurer que rien de nouveau ne se passait dans le village, et avec amertume ou véhémence développait ses deux thèmes familiers :
– Les laboureurs de Flizy sont des pouilleux.
– Les ouvriers sont des crève-de-faim.
Les cultivateurs voyaient en lui un ouvrier, et, ne voulant pas qu’il gagnât des dix francs par jour, le chicanaient sur ses prix. Comme il faisait valoir son bien et en vendait les produits cuir et poil, les ouvriers le tenaient pour un cultivateur âpre au gain. Recevant de l’argent et des reproches des deux groupes, il acceptait l’un et les autres, et ne s’indignait que lorsqu’il se trouvait seul ou avec des neutres :
– Je vais te dire une chose, bourrelier. Il y a vingt ans, tu n’aurais pas trouvé deux Flizy dans les Ardennes ; aujourd’hui, tu n’y vois qu’une bande de méchants gueux qui n’ont rien, qui ne mettent pas un sou de côté. Ils viennent on ne sait d’où, avec un peigne dans un chausson, et ils finiront par se rendre maîtres du pays ! Ça commence ! Il y en a déjà quatre au conseil municipal ! Flizy ! C’est le ramassis de ce qu’il y a de moins au monde ! Oh ! je ne m’en fais pas de bile, c’est bon assez pour les laboureurs qui travaillent quand ils ont le temps, qui achètent des carrioles en ville pour aller vendre tous les matins leurs quatre sous de lait ; alors qu’ils devraient être honteux de leurs équipages de berlandiers !
Parfois le cantonnier, fort peu pressé par son travail, entrait dans la boutique :
– Ah ! te voilà, cantonnier ! Tu viens pour que je te paye la goutte... Ça me fera une occasion de la boire aussi !
L’autre, qui ne gagnait que quarante sous par jour, parlait peu, écoutait peu, se tenait humble, tâchait de boire le plus possible.
– Toujours du travail, père Brifaut ?
– Du travail ? C’est-à-dire qu’on travaille comme des bêtes, du matin au soir ! Et pour qui ? Pour des canailles de laboureurs de rien du tout qui vous paient quand ils y pensent. Oh ! tant qu’on commande, ça va bien ! Rien de trop bon. Du frêne bien sec, du cœur de chêne, pas d’aubier, pas de bois blanc ! Et ça presse ! Et tout de suite ! Quand il s’agit d’apporter des sous, on ne voit pas le bout de leur nez ; s’il en vient un, c’est pour te traiter de cher épicier et te faire passer pour un voleur ! L’année prochaine, je les fiche tous à l’huissier ! Tiens, il y a ce Badré-là... c’est une canaille, tout le monde le sait ; il est sur la langue de tout le village depuis qu’il a mis le feu à sa maison pour toucher la prime d’assurance... Il ne vient plus ici. Pourquoi ? Parce qu’il me doit on ne sait combien, et j’ai appris qu’il a acheté et payé comptant au charron de Mézières, une belle paire de roues de charrette !
– Pourtant Badré pourrait vous payer ; il fait des charrois, pour les usines... On a beau dire, mais depuis qu’elles marchent, on voit de l’argent dans le pays !
– Les usines ! Crois-tu qu’on a attendu tes usines pour voir la couleur d’un louis d’or ? Dans dix ans, quand tu crieras « au voleur ! » dans les rues de Flizy, tout le monde se sauvera, le curé et le maître d’école en tête. Avait-on besoin ici des usines et de leurs bandes d’ouvriers ? Qu’est-ce qu’il faut, à Flizy ? J’admets que les laboureurs ne valent pas bipette, mais il en faut pour cultiver la terre ; il faut des gens de journée pour les aider ; il faut un charron, un maréchal-ferrant, un bourrelier pour raccommoder les équipages ; un cantonnier pour mettre les cailloux dans les ornières ; un maître d’école pour les enfants ; et un curé pour les morts. Tout le reste, on le trouve à la ville !...
Il parlait de la ville comme Robinson Crusoë de son vaisseau providentiel. Le cantonnier hocha la tête en signe d’approbation, vida son verre, approuva de nouveau.
Il n’avait pas tourné les talons que Brifaut reprenait :
– Les cantonniers, de beaux fainéants ! Dire que la commune leur donne tous les jours une belle pièce de quarante sous, et qu’il n’y a pas plus paresseux que ces paroissiens-là ! Ça promène une pelle dans une brouette toute la sainte journée, ça avale du matin au soir chez l’un, chez l’autre. Le plus grand effort qu’il fait, c’est de cracher dans ses mains. Quand il y a un baptême, une noce, un enterrement, il va racler la boue ou balayer la poussière pour avoir la pièce ! Et ça se plaint de ne pas gagner gros ! C’est gras comme une abbesse ; c’est blet comme une poire de curé, et il finira par cuire dans son jus en été, ou à mourir du gras fondu. Te v’l’à encore, cantonnier ?
– Je crois que les Martinet viennent d’entrer chez Francolin.
– Ah ! ils viennent encore dîner chez le beau-frère, les cousins Martinet. Tu vois, ils ne sont pas fiers ; c’est riche ; c’est de la haute de Sedan et ça ne renie pas sa famille ! Toujours tiré à quatre épingles, le cousin ! des lunettes en or, des dents en or, une raie jusqu’au milieu du dos. Il vaut mieux que sa grosse péniche de femme. Ça s’en va en canetant, avec tous ses afflûtiaux qui lui dansent sur le ventre au bout de ses chaînes d’or ! Je ne dis pas que c’est une mauvaise femme, comprends-tu, cantonnier, mais ça aime trop à faire les beaux bras et la belle jambe, et il lui faut des robes à balayer la rue et un lorgnon au bout d’un manche, le grand monde, quoi ! Mais, s’ils sont chez les Francolin, il y aura un bon coup à boire tout à l’heure ; c’est le moment d’aller dire bonjour à la belle-sœur.
– Pour sûr, j’irais bien à votre place.
– Toi, cantonnier, tu ne saurais qu’avaler comme un trou, et tu t’en fourrerais jusqu’au gavion sans dire un mot, tandis que moi je les amuse avec mes histoires ; il faut faire l’âne pour avoir du son ; je vois bien qu’ils me prennent pour un paysan bêtasse, et je vois bien qu’ils me font boire pour me faire bavarder, mais qu’est-ce que ça me fait, du moment que je bois ! Il y en a qui disent que je suis un avaleux... d’abord, qui est-ce qui n’aime pas les bonnes choses ? C’est-y toi, cantonnier ? Non, alors tout le monde est avaleux ! Seulement, on est plus ou moins honteux. Moi, je ne le suis guère, je n’ai pas de fierté mal placée et je me dis que le verre de vin qui est bu ne nous fait plus envie !...
Et après avoir passé son sarrau, s’être coiffé de sa haute casquette de soie noire, le grand Brifaut, les mains derrière le dos, traînant les pieds, montait lentement la rue de la Barrière, sachant bien que les Francolin l’arrêteraient au passage.
 
 
Les Francolin
 
Toutes les fois que le charron parlait des Francolin, c’était avec une envie qu’il ne pouvait dissimuler. La chance leur souriait, à ceux-là, ils vivaient à l’aise et toujours en belle humeur. Certes, lui, Brifaut, arrondissait son bien et amassait de l’argent, mais la réussite d’autrui était pour lui un demi-échec.
Resté veuf à quarante ans, il vécut comme un loup et éleva ses deux garçons et ses deux filles avec brutalité. En rentrant du régiment, les fils, désirant s’établir à leur compte, lui demandèrent la part de leur mère, comme les filles, quand elles furent en âge de se marier ; il refusa de leur donner un sou.
– Faites vendre tout, les cendres du feu avec : vous toucherez peut-être assez pour payer les frais.
À la moindre allusion à un règlement de comptes, il entrait dans des colères épouvantables, moins par indignation que pour intimider ses enfants. Ceux-ci se résolurent à attendre sa mort, et jamais plus ne lui adressèrent la parole ; avares et têtus comme lui, ils se contentaient de travailler dur, les deux garçons en charronnant tard et matin ; les filles, en élevant du bétail ; à tirer chacun de son côté en se gardant des autres et du père. Jamais à l’heure des repas une même table les réunissait. Assis au coin de l’âtre, le charron mangeait sur ses genoux : le fils aîné, sur l’appui de la fenêtre ; l’autre, à califourchon sur un banc ; les deux filles attendaient que les hommes fussent partis avant d’emplir leur assiette.
Oubliant ses torts, Brifaut braillait parfois :
– Des sauvages ! la race de Caïn !
Comment Francolin s’y prenait-il pour vivre toujours en bonne intelligence avec sa femme et son fils ? On riait toujours dans cette maison !
– Ils ont de la chance, disait-il. Dans la famille, il n’y a que moi de malheureux !
Et il lui arrivait de le croire.
– On peut dire que je suis tombé sur la moins chanceuse des trois filles du père Frémont ! Quand je pense que Poncette, l’aînée, est rentière depuis la mort de son homme ; un homme qui avait un métier propre, pas fatigant – un employé de gare se repose la moitié du temps ! -, avec ça sérieux, économe, qui allait prendre sa retraite. Veuve, des rentes, pas d’enfants, tous les bonheurs ! Et Marguerite, la plus jeune, avec son Francolin, n’est-elle pas la plus heureuse du village ? Dans dix ans, ils vivront de leurs rentes comme Poncette, et leur garçon sera au moins maître d’école, peut-être curé, si ce n’est adjudant ! Tout leur réussit à ces Francolin-là !
À l’époque de son mariage, Charles Francolin était un des plus beaux garçons du pays. De taille moyenne, mais râblé, carré des épaules, bien planté sur des jambes un peu courtes, les bras tressés de muscles, il passait pour un homme de première force, redouté dans les querelles de chantier et les rixes des fêtes patronales. Avec son front dégagé, élargi encore par le coup de brosse qui rejetait en arrière ses cheveux noirs ; ses yeux bruns, brillants et malicieux, assez enfoncés ; son nez busqué ; sa moustache et sa royale fines et noires, il présentait le type de physionomie à la mode sous le Second Empire. Charpentier comme son père, il avait fait son tour de France et travaillé comme compagnon jusqu’à l’âge de vingt-cinq ans. Mais le beau temps du compagnonnage était fini ; on ne trouvait plus d’ouvriers pour tracer une charpente, en faire un projet en réduction, l’exécuter, la monter et la cheviller. C’est à peine si l’on fêtait encore la Saint-Joseph, et il n’y avait plus d’apprenti pour prendre un chevron de hêtre, en tirer à la plane, sans les détacher, de longs copeaux, larges comme des feuilles, enroulés comme des fleurs, frisés comme des vrilles, de façon à former autour d’une tige amincie un énorme bouquet que l’on ornait de larges rubans. Nul ne consentait plus à faire un apprentissage de six ou sept ans ; les usines donnaient tout de suite des fortes paies. Puis, les scieries perfectionnées, avec leurs raboteuses, leurs mortaiseuses ; puis la construction métallique, faisaient aux charpentiers une concurrence contre laquelle on ne pouvait lutter.
À cette époque, la Compagnie de l’Est construisait à Mohon d’immenses ateliers de wagonnage et cherchait partout de bons ouvriers. Forgerons, taillandiers, ajusteurs, charpentiers, quittèrent la petite boutique attenant à leur maison pour s’embaucher dans les nouveaux ateliers où la paye était élevée et sûre. Conseillé, pressé par un de ses cousins de Sedan, M. Martinet, gros actionnaire de la Compagnie et actif recruteur de compagnons de choix, Francolin se décida à entrer au service de la Compagnie, ce qui fit s’allonger le nez de Brifaut.
– Dix francs par jour ! jamais de mauvaise paye ! travailler de six à six, en voilà une chance ! On a bien raison de dire : « Changement de pâture réjouit le baudet ! » Bon ; tant mieux pour lui ; ça ne me retire rien. Moi, je ne m’habituerais pas à entrer et à sortir à la cloche, à être enfermé du matin au soir, à rester des demi-jours sans dire un mot et sans boire autre chose qu’une méchante bouteille de bière. Oui, mais ça n’empêche pas que tous les mois il rapporte 300 francs dans son porte-monnaie ; avec ça, deux cents beaux francs pour la location de son bien, et avec sa maison il touche de beaux loyers ! Il a des permis pour voyager, et à soixante ans il aura une retraite ! On peut bien dire que ces usines-là ont empoisonné le pays !
Quelques mois après son entrée aux ateliers de Mohon, Francolin épousait Marguerite Frémont, malgré les sœurs de la jeune fille qui représentaient à leur cadette que se marier à dix-huit ans est pure folie, malgré le vieux père Francolin dont tous les biens étaient hypothéqués sans qu’on n’en sût rien.
Le ménage vécut heureux ; au bout de deux ans, la naissance de Paul fut une grande joie, et le père devint ambitieux. Prévoyant la transformation et l’agrandissement de Flizy, il réfléchit, calcula :
– Nous avons du terrain, un peu d’argent ; nous faisons bâtir une maison ; au lieu d’en faire une juste pour nous loger, pourquoi n’aurions-nous pas des locataires ? Dans quelques années, les logements seront hors de prix. Quel placement plus avantageux peut-on espérer ? Le montant des loyers suffira à couvrir l’intérêt de l’argent que nous emprunterons, et que nous rembourserons petit à petit, sans nous en apercevoir, sans nous priver de rien. Nous sommes jeunes et solides ; j’ai une bonne place : il n’y a pas à hésiter.
Il n’hésita pas ; Flizy compta une belle maison de plus ; le nouveau propriétaire et ses trois locataires étaient les gens les mieux logés du village, car Francolin dirigea lui-même la construction et se chargea de poser la charpente et les planchers.
Cependant le devis dépassa ses prévisions ; puis, à la mort de son père, au lieu de toucher un peu d’argent, il fallut payer quelques dettes dissimulées, si bien que, pendant plusieurs années, on dut prier le notaire de prendre patience. C’était d’ailleurs un si brave homme, ce Me Corbineau, qu’il accordait sans discussion tous les délais qu’on demandait. Confiant dans sa force, dans sa santé, dans l’avenir, le charpentier disait gaiement :
– Nous avons le temps ! à deux ou trois ans près ! Nous travaillerons un peu plus !
Et il n’épargnait ni son temps, ni sa peine. Non seulement il se montrait grand abatteur d’ouvrage à l’atelier, mais pendant la belle saison il entreprenait des travaux de charpente, de démolition, de clôture, et bûchait comme un sourd tous les soirs et le dimanche. Et toujours de bonne humeur ! Il se réjouissait de quelque farce jouée à un voisin, savait conter des gaillardises, et les commères, qui en sont friandes, s’approchaient de lui, à manière de rien, le dos rond, et bientôt elles s’esclaffaient, se renversant en arrière pour rire plus fort. Il était de ceux qu’au village on ne nomme que par leur prénom, ce qui les rend un peu parents de tout le monde.
Cependant, d’aucuns le craignaient, car il s’emportait vite et avait la main leste. À deux reprises, les gendarmes vinrent à la maison pour des affaires de côtes enfoncées et d’yeux pochés ; ce qui faisait trembler la jeune madame Francolin.
Celle-ci joignait au robuste bon sens des Ardennaises la sensibilité un peu frémissante des Frémont. Active, elle travaillait sans bruit, tenait son ménage de façon irréprochable, préparait les repas pour l’heure précise, et jamais le charpentier ne rentra de l’atelier sans voir la soupière fumer sur la table. Comme elle avait une écriture longue et fine, qu’elle savait tourner une lettre sans faire de fautes d’orthographe, elle passait pour instruite.
– Elle aurait pu être institutrice, disaient les voisins.
Francolin trouvait sa femme la plus jolie des Fliziennes, avec son visage rond, tout en lignes souples et en fossettes, avec ses yeux marron riant sous les bandeaux cendrés de la chevelure ; et quand, les jours de fête, les voisins voyaient sortir le charpentier, sa femme et leur fils, ils disaient volontiers que c’était là une belle petite famille. Paul marchait gentiment, craignant de salir ses beaux habits, tenant la main de sa mère. Fraîche dans sa robe de drap bleu, son corsage d’indienne, sur lequel tranchait la blancheur d’une cravate de dentelle à la mode alors, Marguerite prenait avec fierté le bras de son gai et vigoureux mari. Celui-ci conservait cette mise élégante des ouvriers de métier, qui seule apporte encore dans le costume moderne une note de pittoresque. Leurs vêtements des dimanches ne se différencient des vêtements de travail que par un drap plus fin et une coupe plus soignée. Ils s’y trouvent à l’aise ; rien ne gêne les mouvements habituels, sûrs et par conséquent esthétiques, que sont les gestes du travailleur habile. Vraiment, Francolin avait belle et franche allure, vêtu de son pantalon de velours noir à grosses côtes, large aux hanches, serré à la cheville, avec sur les côtés la petite poche où l’on glisse le mètre de bois jaune ; de sa veste de drap à gros boutons de fer sur lesquels on voyait en relief le triangle du fil à plomb, le compas et l’équerre. Mais la pièce la plus élégante du costume était le gilet. En velours uni, plus fin, il montait jusqu’au col, rayé par une chaîne d’argent, orné de ganse à l’ouverture des poches, fermé par une ligne serrée de boutons ronds nickelés.
Quand il regardait la grande photographie accrochée au-dessus de la commode, représentant l’équipe dont faisait partie son père, le petit Paul l’admirait et, le comparant aux autres, il le trouvait le plus beau, le plus fort, et même la longue besaiguë qu’il tenait à la main lui donnait un air héroïque. Chaque soir, quand le charpentier rentrait de son travail, l’enfant aimait se jeter dans ses genoux, se sentir hisser jusqu’à son visage, s’imprégner de l’odeur des vêtements, odeur de sciure, de résine, saine odeur de travail, fraîche et gaie comme celle du pain, comme celle de la soupe qui fumait dans les assiettes.
Et le dimanche, quand Francolin ne travaillait pas au-dehors, quelle bonne journée l’on passait ! Paul ne quittait pas son père qui trouvait toujours à s’occuper à la maison, fabriquant quelque meuble, fixant un rayon. L’enfant enfonçait des pointes dans un morceau de bois, jouait avec les copeaux, regardant avec envie les outils tranchants, les outils défendus. Puis, à midi, on riait pendant le déjeuner ! Parfois, les cousins de Sedan annonçaient leur arrivée. M. Martinet, qui possédait quelques maisons à Flizy, touchait lui-même ses loyers et faisait volontiers le tour du propriétaire ; sa femme, une bonne bourgeoise épaisse, pour avoir lu Maupassant sans rien s’appliquer, jouait à l’inspectrice des mœurs des paysans. Ils étaient reçus comme des bienfaiteurs et acceptaient avec condescendance les témoignages d’une active gratitude. Puis, la gaîté du charpentier était si alerte et de si bon aloi que tous se réjouissaient à l’avance de faire une bonne partie, même Poncette qui, le lendemain, se demandait toujours si l’on ne se montrait pas inconvenant en riant si fort et si longtemps.
– Brifaut ne tardera plus guère, disait Mme Martinet quand Marguerite posait la soupière sur la table.
En effet, à peine finissait-on de manger le potage que le charron entrait :
– Bonjour ! Ah ! vous avez de la visite !
Il faisait deux pas, se balançant sur ses longues jambes, traînant ses sabots, la casquette pendant à ses mains croisées derrière le dos, et ne regardait que la table.
– Je m’en vas, disait-il sans bouger.
– Assieds-toi, Baptiste ; tu vas faire comme nous.
– Merci ! merci ! j’ai mangé la soupe.
– Voyons, cousin, flûtait Mme Martinet, d’un air littéralement amusé, est-ce que nous vous faisons peur ?
– Ben non, la cousine, seulement, je ne veux pas passer pour un avaleux.
En souriant, Mme Francolin mettait le couvert du charron qui, la nappe sur les genoux, la serviette au menton, la fourchette en main, feignait encore d’hésiter.
– Tu fais des manières ! disait le charpentier.
– Ben non, je sais bien qu’ici comme chez nous, c’est la table qui prie, et je ne suis pas de ceux-là qui disent « merci, monsieur, merci, madame », et qui s’en vont, les dents agacées et la faim au ventre, comme à la noce à la fille de l’Harnicot ; je voyais de ma boutique les invités entrer à la charcuterie après le dîner. On sait ben que c’est beau d’être poli, mais c’est bon aussi de faire un bon repas, et il vaut mieux avoir les yeux plus grands que le ventre que de faire petite bouche. Je viens de manger la soupe, puis un peu de bouilli, puis une petite platée de ratatouille, mais deux repas ne se battent pas, et, comme on dit, tout fait farine à bon moulin.
Poncette, effarée, ne soufflait mot, se demandant ce qu’allait penser la cousine Martinet, mais celle-ci, fière de ses lectures qui lui permettaient d’apprécier le pittoresque des paysans, poussait les plats vers le charron, lui versait à boire, le faisait causer :
– Vous devez être servi comme un seigneur chez vous ; vos deux filles sont grandes maintenant ; je les ai vues à la messe : ça vous fait deux cuisinières.
– Ah ! vous croyez ça, la cousine ! Ce sont deux Marie-Graillon, qui toute la sainte semaine vous fabriquent une soupe de maçon que la cuiller y tient debout ; le dimanche, elles se figurent vous régaler en faisant un bouillon avec un morceau de flanchet. Moi, je n’aime pas prendre sur ma bouche ni bouder contre mon ventre ; j’aime ce qui est bon ; je ne regarderais pas à un sou pour prendre un beau morceau de cimier, et quand j’ai besoin d’une boudine de cochon pour graisser ma scie, je ne la mets pas à la soupe. Ainsi, le matin, en se levant, qu’est-ce qu’il y a de meilleur qu’une paire d’œufs, fricassés avec un creton de lard ? Ben oui, j’ai beau retourner tout dans les armoires je ne trouve ni fric ni frac. Mes deux pleure-pain, qui ne pensent qu’aux sous, vendent fait à fait le beurre, le lait, les beaux jambons de derrière ; et j’en profite moins que le dernier ouvrier de Flizy !
– Mange donc, Baptiste, disait Francolin.
– Comment ! ce sont les ouvriers qui achètent tous vos produits ? disait avec un étonnement malicieux la lectrice de Maupassant.
– Oui, et je vas vous dire le fin mot de la chose : tous ces ouvriers-là, c’est de la canaille. En hiver, ils paient un œuf trois et même quatre sous... des bouchées qui reviennent cher, mais ils n’y regardent pas. Ils paient, ça, ils paient, argent sur table et au rez d’un sou, mais ne feraient-ils pas mieux, au lieu de gaspiller leur quinzaine, de manger une tartine de saindoux avec du sel dessus ou quatre belles pommes de terre cuites sous la cendre, et de porter leurs sous à la Caisse d’épargne ?
– Mais, objectait doctoralement M. Martinet, celui qui travaille beaucoup doit se soigner.
– Je comprends ben ça, le cousin ! N’empêche que quand je les vois partir le matin, je suis déjà à l’ouvrage depuis une heure ; quand je les vois rentrer le soir, j’ai encore un quart de jour à m’échiner. Et ils gagnent plus que moi ! Tout ça, c’est fait pour narguer les gens du pays et donner le pas aux étrangers ou à la racaille. Voyons, Charles, disait-il à Francolin amusé qui l’approuvait par des hochements de tête, qui est-ce qui était plus bas que Cornet-le-Rat, avant qu’il entre au laminoir ? Un mauvais tourne-à-gauche de rien du tout, et, comme on dit, si maigre qu’on voyait clair au travers ! Et aujourd’hui Monsieur fait bâtir une maison ! Monsieur est du conseil municipal et bientôt il viendra me commander dans ma boutique !
Et tous riaient, même Poncette ; à demi gris, le charron, ne riant jamais, tirait sa bouche en V, fermait les yeux et gonflait ses joues. Profitant de l’aubaine, il mangeait toujours, guignant les bons morceaux pour les piquer comme par hasard quand on lui passait le plat, emplissait son assiette de sauce qu’avec un chiffon de pain il épongeait en quelques coups, faisait l’éloge de chaque bouchée et de chaque verre de vin.
– Parlez-moi de ce vin-là ! Ce n’est pas de la piquette ! Et ce veau-là tendre comme de la rose ! Ça doit venir de chez Camus ; je sais que le boucher lui donnait cent vingt francs de son gros veau, celui de sa vache noire.
– Cent vingt francs, c’est un bon prix, disait Poncette.
– C’est-à-dire que si les cultivateurs de Flizy n’étaient pas des croquants, ils rouleraient sur l’or. Ils gagnent de l’argent gros comme eux, mais plus ils font des affaires, plus ils deviennent crasseux. D’abord, ils ont des équipages de camps-volants. Au lieu de vous commander une paire de roues neuves, ils font refaire un tour de jantes aux vieilles ; au lieu de vous commander deux ou trois belles herses en frêne bien sec, ils achètent en ville des herses en fer et des extirpateurs. Je peux dire que mon bois est extra, qu’il a des six ou sept ans de grenier, que jamais il ne renfle, que jamais il ne se gondole : eh bien ! quand je leur demande quatre-vingt francs pour une paire de roues, je passe encore pour un voleur !...
Au café, il s’épanouissait, humait lentement sa tasse, prenait précieusement son verre de cognac, le vidait, le coude haut, en fermant les yeux ; puis, après avoir fait claquer sa langue, il retournait son verre dans la main gauche, le secouait pour en détacher la dernière goutte, frottait ses paumes qu’il portait vite sous son long nez, et reniflait avec concupiscence.
– Ça, c’en est du vrai, affirmait-il.
– Un petit canard, Baptiste ?
– Ma foi, je ne dis pas non ; après un bon repas, ça ressuie le cœur. Comme je le répète toujours à mes deux Marie-j’ordonne : « Au lieu d’acheter chez l’épicier de la mauvaise eau-de-vie au litre, commandez une bonbonne de cognac : on se fera plaisir de temps en temps ». Oui, je t’écoute ! Elles se mettent à bougonner : des vieux soulauds ! des vieux avale-tout ! Comme si on ne pensait qu’à boire la goutte ! Et les garçons ! aussi grigous que mon père qui ne lâchait jamais un sou sans savoir où il allait. Ah oui ! chez nous, on ne sortait le litre d’eau-de-vie, on ne faisait trois galettes pareilles au pain que les jours de grande fête à bâtons, et on vous le reprochait toute l’année ! Je ne la gaspillais pas, leur bonbonne ! De temps en temps, un verre aux amis, à ceux qui apportent des sous, mais il y aurait toujours sur la planche un litre d’eau-de-vie à trente sous pour le cantonnier, le bourrelier ou le maréchal !
– Ce serait encore trop bon pour le maréchal, affirma nettement Francolin, qui savait que dans un village le charron et le maréchal-ferrant vivent comme chien et chat.
– Lui ! c’est la plus franche canaille du pays ! Qui est-ce qui le connaît mieux que moi ? Je fais une paire de roues, c’est lui qui les cercle ; je fais une charrette, c’est lui qui pose les ferrures. Dix sous de ferraille, quatre coups de marteau, et tiens, il t’allonge une note plus forte que la mienne ! En v’là un qui ramasse des sous facilement ! Il se promène les trois quarts du temps, tandis que moi je me reproche de perdre une seconde pour respirer. Aussi, regarde-le, il a une figure ronde comme pleine lune, et un ventre qu’il devra bientôt mener en brouette ! Toujours parti à droite ou à gauche, aux Ayvelles, à Saint-Laurent, censément pour visiter...

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