Monica
172 pages
Français

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Description

À l'inverse de son frère aîné, Armand, solide et rustre paysan, est revenu vivant des tranchées. Mais son âme est meurtrie par la vision du soldat allemand transpercé de sa baïonnette qui, avant de mourir, lui a transmis comme une aumône la photographie écornée de sa jeune épouse. Dorénavant et pendant de nombreuses années, Armand n'aura de cesse de retrouver ce prénom : Monica.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 7
EAN13 9782812914508
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0090€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Diplômé d’études juridiques,Michel Berthod abandonne le droit et consacre sa vie professionnelle à l’animation comme directeur de M. J.C. Homme de culture, passionné par la chanson d’auteur et le cinéma, il aime aussi prendre la plume. Il signe, aprèsLe Temps des hirondelles, son second roman aux éditions De Borée.
Titre
MICHELBERTHOD MONICA
Le Temps des hirondelles
Copyright
Du même auteur
Aux éditions De Borée
Autres éditeurs Mes Amis d’un soir: Léo, Georges, Claude… S’il te plaît monsieur, ouvre-moi la porte Un silence d’éternité… et autres petits moments de vie
En application de la loi du 11 mars 1957, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage sans autorisation de l’éditeur ou du Centre français d’exploitation du droit de copie, 20, rue des Grands-Augustins, 75006 Paris. ©De Borée, 2015
À Joseph.
Lecœur a ses raisons que la raison ne connaît point.
Blaise PASCAL
Avertissement
Ce livre est inspiré de faits réels interprétés lib rement par l’auteur.
Repose en paix mon ami!
L FAIT FROID en cet après-midi du jeudi 12décembre 1963. La bis e qui souffle en I1 rafales chasse vers le sud le troupeau de nuages qu i se déploie dans le ciel de ce début d’hiver. Dans le petit cimetière de Lornay , une foule nombreuse entoure un cercueil. Parmi elle, une femme se recueille. On en terre un homme du village: Armand Pitois. Un drapeau tricolore recouvre la bière. Deux médail les militaires reposent sur un coussin. M.Robert Plon, ancien patron d’Armand et p résident de la société de chasse, sort de l’assemblée un papier à la main. Il se plac e près du cercueil, se racle la gorge et fait l’éloge du défunt: Je ne dérogerai pas à l’habitude, et puisque ton en tourage avait coutume de t’appeler par ton prénom, je dirai: monsieur Armand. Ancien combattant des deux guerres et résistant, tu as été un patriote convain cu et courageux. Tu n’as pas hésité à risquer ta vie pour notre pays. Tu as été aussi un ouvrier consciencieux et dur à la tâche. Épris de liberté, pas un recoin de la montag ne ne t’était inconnu. Tu as été un chasseur passionné, connu de tous. Tu as rejoint to n frère Félix, mort à la guerre en 1915, et tes parents que tu as secondés de ton mieu x. Repose en paix mon ami. Un profond silence à peine contrarié par le vent qu i se glisse entre les tombes prolonge cette allocution de circonstance. Mouchoir à la main, des femmes essuient les larmes qui leur montent aux yeux. Du milieu de l’assistance, deux hommes, un béret de chasseur alpin sur la tête, leur veste bardée de médailles, s’avancent en bordure de la tombe, se mettent au garde-à-vous et font le salut militaire. Après un temps de recueillement, l’abbé s’approche, pose une main sur la bière et dit à mi-voix: et univers qui vous fascinait.À présent, mon ami, vous connaissez le mystère de c Quatre hommes déposent le cercueil dans le trou. L’ abbé prend une poignée de terre fine, la jette sur le cercueil et rappelle à l’assistance: «Souvenons-nous que nous sommes poussière et que nous retournerons à la pous sière», puis, après s’être signé, quitte le cimetière, imité par l’assemblée émue. Le silence. Déjà le fossoyeur s’approche pelle à la main et com ble la tombe. Une femme a assisté à la mise en terre. Elle sort e n donnant le bras à un jeune homme. C’est Marie, la tante de Jean. Elle a l’âge d’être sa mère. Elle lui a demandé de la transporter. Dehors, près de la grille en fer, deux femmes, leur s maris et cinq enfants sont alignés dans l’allée qui prolonge la sortie du cime tière. Ils reçoivent les condoléances de l’assistance. Bernadette, une des enfants, pleure. .C’était mon tonton, dit-elle, en séchant des larmes Des groupes se forment. Celui des hommes. Celui des femmes. Les femmes sont discrètes. Les hommes papotent. L’u n d’eux s’étonne qu’il y ait eu autant de monde: Il y avait des gens de Rumilly. Ceux de la tannerie sont venus en nombre, observe Xavier Pellin, un ancien du village. Y avait aussi tous ses copains de chez la Camille, ceux avec qui il mangeait à midi. Et puis les jours d’enterrement, il y a toujours des
gens qui se déplacent pour être vus. Il n’aura pas profité longtemps de sa retraite, le pauvre. Tout juste deux ans, enchaîne un autre. Le président a bien parlé. C’était un travailleur, Armand. Moi, quand je l’ai connu j’étais tout gosse, dit An toine. Nous étions voisins. On était plusieurs gamins du hameau à venir chez lui. Il nous racontait des histoires. Parfois, on avait droit à une friandise. Il nous ai mait bien. Avec nous, il était sympathique. Quand il travaillait la terre, dit un ancien, il ét ait un des premiers debout! Y avait 2 pas plus rapide pour atteler deux vaches aubarrot. é sur ma moto une bonneIl y a quelques années en arrière je l’ai transport semaine, relève Antoine; il avait cassé son vélo. Je me souviens, dit Roger en éclatant de rire, mais il ne fallait pas lui parler de ça, il t’aurait botté le cul. tre.C’était quand même une tête, Armand, constate un au s fois, souligne Fernand, unUn buté, tu veux dire. Il m’a envoyé paître bien de homme âgé. Je crois que la guerre de 14 lui a tourn eboulé la tête. Il n’était pas comme ça avant de partir. C’était un garçon plutôt timide , un peu solitaire, un brave gars. Il s’est passé quelque chose. Je crois qu’il ne s’est jamais remis de la mort de son frère et de ce qu’il a vécu dans les tranchées. On m’a di t qu’il avait longtemps gardé une photo sur lui. Il s’était peut-être amouraché d’une infirmière? déclare en riant Léon. En attendant, il a toujours vécu seul et dans quelles conditions! Il paraît qu’à l’hôpital les médecins ont dû l’attacher sur son lit pour pas qu’ il se sauve. Il criait: «Détachez-moi, détachez-moi, je veux rentrer chez moi!» Dans les chambres d’à côté, des malades criaient aussi pour qu’il se taise. Un silence de cimetière prolonge cette réflexion. Pour rompre le malaise, celui qui paraît le plus je une de l’assistance masculine demande en sourdine des nouvelles de la famille d’A rmand. Son frère, Félix, est mort en octobre1915. On était dans le même régiment, dit M. Pellin. C’était un chic type. Il avait trente ans q uand il a disparu. Il a laissé une femme et un enfant. La Josiane est sa fille. Louise, la m ère, qui est morte en 1935, a quand même élevé cinq enfants, deux garçons et trois fill es. Armand était le quatrième. Vous aviez quel âge, monsieur Pellin, quand vous av ez été appelé en 14? interroge Antoine. T’étais pas né quand j’suis parti. J’avais vingt-qu atre ans.
Pendant que des hommes discutent, la famille retour ne sur la tombe que le fossoyeur termine de combler de terre. Pas un mot n’a été échangé entre la parenté et Mari e. De retour, Josiane et son mari invitent les petits groupes au café du village. Le pot du défunt. Comme le veut la coutume! Attablés devant un verre de vin blanc ou de rouge, les hommes parlent. Ils parlent encore d’Armand, mais le sujet s’épuise. Que dire d ’un homme qui ne recherchait pas le contact, qui avait délaissé la ferme pour s’en a ller travailler en ville et passer le reste de son temps en compagnie de son chien à courir les bois un fusil de chasse à la main?
Des volutes de cigarettes s’élèvent au-dessus du gr oupe d’hommes vêtus pour l’occasion de leurs habits sombres. Pendant que ce petit monde bavarde, la jeune fille interroge sa mère: ilitairePourquoi, maman, deux messieurs ont fait le salut m ? Ohle d’à côté.! Il méritait bien ça, dit un des invités de la tab La mère regarde d’un air surpris cet homme qu’elle connaît; dans un petit village, tout le monde se connaît malgré l’ignorance que cer taines personnes se prêtent mutuellement. Je t’expliquerai, ma fille. Ton grand-oncle a connu les guerres. Il a servi la patrie. Des hommes que le travail appelle quittent le bistr ot en remerciant la famille du disparu. Les derniers s’attardent. s du père Charles, je peux te direMoi, qui étais son voisin, reprend Aimé, un des fil que je l’ai bien connu l’Armand. Quand il était de bonne humeur, c’était un homme abordable. Par contre, quand il était en rogne, il ne fallait pas se fourrer dans ses pattes. Pour sûr qu’il ne fallait pas se fourrer dans ses p attes, surtout quand il avait un canon dans le nez, enchaîne Fernand, mais il était brave. e un autre. Les plus virulentsPar contre, il y en a qui lui en voulaient, enchaîn étaient les chasseurs des villages alentour. Son dé part doit arranger beaucoup de monde. Pas tous, rétorque Antoine, il avait ses têtes et c eux-ci vont le regretter. Si on avait la chance de faire partie de son groupe de ch asse, on rentrait souvent la besace pleine. Mais c’était aussi un malin. Quand il n’ava it pas envie qu’on approche de trop près lièvres ou sangliers, il nous promenait une jo urnée entière dans la campagne. C’était la même chose pour les champignons. Certain s l’ont accusé d’empoisonner leurs chiens, de s’approprier les zones de chasse e t de n’en faire qu’à sa tête. Tous ces bruits sont-ils fondés? interroge Roger. Quand on en veut à quelqu’un, on dit n’importe quoir, combien ont! C’est comme ces voyages qu’il faisait à l’étrange prétendu qu’il menait une double vie? Quand on ne sait pas, on se tait. Un silence pudique vient de tomber sur la table. Le s causeurs hochent la tête l’un après l’autre comme s’ils approuvaient ou s’interro geaient. Y a du vrai et du faux! poursuit Fernand. En attendant, il est mort comme un chien abandonné. C’est ta mère, Aimé, qui l’a trouvé couc hé derrière son fourneau, pas vrai? Oui, c’est elle, dit-il calmement. Comme ce n’était pas un lève-tard, ma mère s’est inquiétée quand elle ne l’a pas vu de toute la mati née. C’était la semaine dernière, lundi ou mardi. Elle a frappé à sa porte. Elle a ap pelé. Personne n’a répondu. J’ai forcé 3 l’entrée. Elle l’a trouvé couché dans lepèle. Il y faisait froid. La cheminée et la cuisinière étaient sans feu. Il était recroquevillé sous un tas de vieilles couvertures. Il râlait. J’ai appelé le médecin. En l’attendant, on lui a fait boire du lait chaud. Il est mort de quoi? s’enquiert Fernand. On ne sait pas. Une congestion? Une pneumonie? Quand elle l’a trouvé, il était mal en point. Le mé decin l’a fait hospitaliser mais ça n’a servi à rien. Il aura réussi à mettre l’hôpital sens dessus dessous avant de partir.
1.Bâle (Suisse). 2.Radio (télégraphie sans fil).
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