Trois Gascons pour chérir la liberté
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Description

Au moment où les technologies créent des addictions, la pandémie limite la mobilité, le réchauffement climatique inquiète, la raison régresse au profit de multiples croyances, la question de la liberté devient essentielle. En particulier parce que le néolibéralisme touche à sa fin et qu’il faut construire l’avenir.


Trois Gascons, ayant vécu à des époques différentes, ont mis en avant l’importance de l’autonomie, de la liberté individuelle, du respect dû à chacun. Montaigne au niveau de chaque personne, Montesquieu au titre du citoyen et Frédéric Bastiat en ce qui concerne le consommateur.


Les rapprocher paraît utile puisque chacun de nous est Individu, citoyen et consommateur. De plus à l’heure où l’on va fêter les 300 ans des Lettres Persanes de Montesquieu, il est utile de se demander : comment peut-on être libéral ?

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EAN13 9782381536446
Langue Français

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Exrait

Trois Gascons pour chérirla liberté
La SAS 2C4L — NOMBRE7,ainsi que tous les prestataires de production participant à laréalisation de cet ouvrage ne sauraient être tenus pourresponsables de quelque manière que ce soit, du contenu, engénéral, de la portée du contenu du texte, ni dela teneur de certains propos en particulier, contenus dans cetouvrage ni dans quelque ouvrage qu’ils produisent à lademande et pour le compte d’un auteur ou d’un éditeurtiers, qui en endosse la pleine et entière responsabilité.
Pierre Tabarin
Trois Gascons pour chérirla liberté
Je suis né pour te connaître,
Pour te nommer,
Liberté.
Paul Eluard
Gascon.Mot célèbre, à un titre ou un autre, et parfoisdans le monde entier. À commencer naturellement pard’Artagnan, chevalier de Batz, et les Mousquetaires du Roi.Puis, pour les mieux informés, par deux maréchauxcélèbres : Blaise de Monluc et Jean Lannes.Et, pour les encore plus avertis, Clément V le pape résidantà Avignon et originaire de Bazas. De même queVital Dufour, auteur des fameuses 40 vertus de l’Armagnac,spiritueux emblématique de la Gascogne.
Gascon. C’estaussi une référence aux cadets de Gascogne et àCyrano de Bergerac. Ainsi qu’à la mise en avant decette jeunesse, qui a durablement laissé à penser, quele Gascon était à la fois, « un bonsoldat, mais à la parole peu fiable tout autant que hâbleuret mutin ».
Mais la Gascogne c’estaussi la terre de naissance, d’expression et d’action detrois personnalités, qui ont marqué leurs époques,et dont les écrits ne cessent d’être commentés.Très différents les uns des autres, maiscomplémentaires. Ayant vécu à des momentshistoriques différents, mais tous, à la fois, penseurset acteurs, il apparaît que leurs engagements, leurs combatssont toujours d’actualité. En particulier si l’onfait l’effort de les rapprocher. Ce qui, semble-t-il, n’ajamais été fait. Quels sont donc leurs points communs,leurs apports historiques, leurs enseignements utiles pour le monded’aujourd’hui et l’intérêt defaire le lien entre eux ? Bienvenue à Michelde Montaigne, Charles de Montesquieu et FrédéricBastiat.
HIER
Laformation d’une personnalité
Gascogne ! Quelledéfinition retenir de cette province et quel lien entrecelle-ci et nos trois héros ? L’histoire de cetterégion, dans le sud-ouest de la France, ayant étéparticulièrement mouvementée, il est bon de noter que,globalement et géographiquement, elle s’est appuyéesur une triple frontière à savoir : au sud lesPyrénées, à l’ouest l’océanatlantique et à l’est la Garonne depuis le Val d’Aranjusqu’à l’estuaire de la Gironde. Un trianglegéographiquement bien défini où les guerres etcombats y furent nombreux. Avant les Romains, puis pendant leurdomination, et longtemps encore après, sans sous-estimerl’importance des guerres de religion. La Gascogne exista entant qu’entité politique jusqu’en 1063 oùune défaite militaire la coupa en deux. On distingua alors uneGascogne occidentale (Bordeaux, Dax, Bayonne) et une Gascogneorientale (Armagnac, Bigorre, Béarn). Ceci dit, au-delàdes vicissitudes historiques, il est clair que cette notion deGascogne a marqué la région, à la foisgéographiquement puisque subsistent, par exemple, le golfe deGascogne ou les landes de Gascogne, mais aussi culturellement. Eneffet, outre le gascon qui a été longtemps parlédans toute la région – et nos trois hérosont parlé le gascon – il est demeuré uneidentité culturelle forte. Elle repose, outre des clichésliés à telle ou telle caractéristique supposéedu gascon, sur trois éléments forts et pérennes :l’indépendance d’esprit, la prudence vis-à-visdu pouvoir central, la recherche d’équilibre entretradition et modernité. Mais les sols et le climat ont, sansdoute aussi, façonné un « ethnotype »particulier où les valeurs rurales ont conservé del’importance, où la politique a vite étésource de débats et de conflits, où la langue estrestée pendant longtemps un marqueur social. D’ailleurs,comme le rappelle Guilhem Pépin dans sa Genèsed’évolution du peuple gascon, « jusqu’àla fin du XVIIe siècle, on distinguait les Gascons desFrançais ». Nul doute que cela a laissédes traces.
Michel de Montaigneest né à Saint Michel de Montaigne, actuellement dansle département de la Dordogne, mais situé dans le cadrelarge de la Gascogne déjà évoqué et quidura jusqu’au XVIIe siècle. De plus ses parentsétaient, d’une part, d’origine bordelaise et,d’autre part, de lignée toulousaine. En outre, il asouvent évoqué le gascon dans ses propos « c’estaux paroles à servir et à suivre, et que le Gascon yarrive, si le François n’y peut aller. »D’ailleurs Michel Serres, qui nous a récemment quittés,a toujours estimé que Montaigne et lui, né àAgen, étaient gascons. De son côté MadeleineLazard, Professeur émérite et Présidente de lasociété internationale des amis de Montaigne, rappelleque son patronyme Eyquem est un vieux nom gascon dont les attaches ausol sont anciennes et indiscutables. D’ailleurs, Montaigne asouvent souligné son origine. Par exemple lorsque son pèrelui demande de traduire un ouvrage de latin en français et oùil s’excuse d’avoir laissé à sa traduction« quelque traict et ply de Gascongne. » Ouencore lorsqu’il constate que le roi Henri II, le recevantécorche le parler gascon « j’ai veu le royHenri second ne pouvoir jamais nommer à droit un gentil hommede ce quartier de Gascongne ».
Charles de Montesquieuest né à La Brède, actuellement dans ledépartement de la Gironde, mais bien au cœur du trianglegéographique de la Gascogne historique. Mais plus précisémentdans la partie Guyenne. Lui aussi parlait le gascon, qu’ilapprit chez sa nourrice dans le moulin du bourg de La Brède,et considérait que « l’humeur des Gasconsest un remède à la mélancolie. » Enoutre, toute sa vie rurale et locale liée àl’exploitation de ses terres se déroula en gascon. Mêmes’il écrivit ses principaux ouvrages en français,langue à l’époque de la communication, sans doutecomme l’anglais de nos jours.
FrédéricBastiat est né à Bayonne, d’une famille landaisedepuis de nombreuses générations. Bayonne étantune ville mi-gasconne, mi-basque, mais, contrairement à ce quel’on croit, elle n’a jamais été la capitalede la province basque du Labour. Honneur qui était confiéà la ville voisine d’Ustaritz.
Mais, au-delà dela géographie, ce qui les réunit tous les trois a traità leur éducation très humaniste, proche dupeuple même s’ils étaient originaires de milieuxplutôt aisés, un lien fort avec le monde rural, toustrois ayant eu des préoccupations d’exploitant agricoleou viticole, et tous trois ayant occupé des fonctionsélectives. Leurs formations, clés de leurs futurs,méritent d’être affinées et comparées.
Ainsi Michelde Montaigne a été élevé chez unenourrice dans un village afin de « l’habituer àla plus humble et à la plus ordinaire façon de vivre. »Ayant un parrain et une marraine « de la plus abjectefortune. » Ce qui lui a conservé, toute sa vieune compassion pour les humbles, souvent victimes de la guerre ou despuissants. Éduqué de façon humaniste, enparticulier inspiré par Érasme, il maîtriseplusieurs langues à commencer par le latin puis le gascon, lefrançais et, semble-t-il, quelque peu l’allemand. Commenombre de Gascons, nommant « ceux de par là »pour désigner les Français du Nord. Cette formationpratique, à la vie de tous les jours, fut complétéepar une formation classique au collège de Guyenne àBordeaux et une solide formation juridique à Toulouse et àParis. Cette dernière lui plut beaucoup, contrairement àses années de collège, qu’il vécut comme« une geôle », même s’ily apprit le goût de la lecture et des livres. Au total, c’estsans doute cette formation, humaniste, sage, riche, car avant toutdiverse, sans oublier rencontres et voyages, qu’il lui fitécrire « c’est une absolue perfection etcomme divine que de savoir jouir loyalement de son être. »Déjà une réflexion sur l’individu, sur larichesse qu’il y a en chacun.
Charles de Montesquieuest également né dans une famille aisée, mais aeu comme parrain un mendiant « afin que toute sa vie ilse souvienne que les pauvres sont ses frères. »Puis, lui aussi, comme Montaigne, après avoir étéélevé par des paysans gascons a intégréun collège renommé puis poursuivi des études dedroit. Comme Montaigne encore, il a beaucoup voyagé et écrit.Et, comme ce dernier, il verra certains de ses ouvrages interdits parl’Église catholique romaine. De traditionaristocratique, beaucoup plus ancienne que Montaigne, il aura unejeunesse moins agitée, mais tous les deux resteront, dans leurpostérité, très liés à la ville deBordeaux. En outre, tous les deux, contrairement à ce qui estsouvent pensé ont été bons vivants. Ou plutôtattachés au bien-vivre, curieux de tout et de tous. Comme l’adit Roger Caillois, « l’œuvre de Montesquieuest soutenue par un extraordinaire respect de la personne humaine ».
FrédéricBastiat, comme Montaigne et Montesquieu, est né dans un milieude propriétaires, sa famille possédant une maison denégoce et un domaine. Puis, comme eux, il a fréquentéun collège réputé, s’est passionnépour la lecture et les humanités, a beaucoup voyagé enEurope, parlé plusieurs langues, a exercé desresponsabilités électives locales. Moins scientifiqueque Montesquieu, moins philosophe que Montaigne, il se différenciepar sa réflexion économique, mais les rejoint, commel’a bien dit le Ministre des Finances Léon Say lorsqu’ilest venu inaugurer la statue de Bastiat à Mugron « Sonhéros était l’homme, usant librement, sans faireobstacle à la liberté des autres, des facultésdont la nature l’avait doué. »
Certes entre le 16e etle 19e siècle, entre la France d’Henri IV etcelle de Napoléon III, il existait bien des différences,mais ces trois personnalités, issues d’une mêmeculture régionale, ont partagé bien des points communsdans leurs jeunesses, dans leurs carrières, mais surtout dansleurs préoccupations tournées vers les autres, vers lavie en société. Ces personnalités riches, carpourvues de multiples compétences et facettes, ont toujourscherché à défendre chaque personne, àvaloriser la richesse qu’il y a dans toute personne humaine.Montaigne en parlant de lui dans les Essais afin d’inciterchacun à prendre conscience de soi et à profiter de lavie. Montesquieu lorsqu’il écrit « Hommesmodestes, venez que je vous embrasse : vous faites la douceur etle charme de la vie. » Et Bastiat car sa motivationprofonde était le peuple, la paix entre les peuples qui, selonlui, passait par les échanges. Sans aucun doute, ils avaienttous les trois une vision positive de l’individualisme, ce quede nos jours on confond trop souvent avec l’égoïsme.Sans doute parce que Pascal nous a marqués avec « lemoi est haïssable. » D’où l’utilitéd’examiner ce qui, dans les propos et les actes de nos troisGascons, peut de nos jours encore nous être utile, au moment oùla société française est plus divisée quejamais et où, bien des pathologies modernes, témoignentdu mal être individuel de nombreux citoyens. D’ailleursla lecture des Essais de Montaigne, des Lettres Persanes de Montesquieu ou des sophismes de Bastiat n’est-elle pas àconseiller à tous, notamment aux plus jeunes ? Lapremière pour mieux comprendre la réalitéhumaine, la seconde afin d’avoir toujours un juste recul, parrapport au Prince ou à l’ensemble de la société,et la troisième car le sophisme des fabricants de chandelle oude la vitre cassée évoquent clairement nos débatsactuels sur le protectionnisme ou les limites de l’indicateurque constitue le PIB.
Les idées qu’ils ont défendues
Bien que les Essais fussent critiqués car « ils ressentaient trop leramage gascon », il ressort des propos de Montaigne biendes enseignements généraux et pérennes quiinvitent chacun à la réflexion. En particulierlorsqu’il affirme « chaque homme porte la formeentière de l’humaine condition », ce qu’ilillustre en se prenant comme la matière des Essais ,incitant chacun à suivre le même chemin, à fairela même introspection. « C’est moy que jeprends, je suis moy mesme la matière de mon liure. »Mais, au-delà, Montaigne enseigne, d’une part,l’équilibre entre réflexion individuelle etaction collective « mon opinion est qu’il faut seprêter à autrui et se donner à soi-même »et, d’autre part, l’humilité dans l’exercicedes responsabilités. « Nous ne conduisons jamaisbien la chose par laquelle nous sommes possédés etconduits. »
Dans la périodeparticulièrement mouvementée et douloureuse des guerresde religion, il a su mettre en avant le scepticisme qui sied, face àtout extrémisme, à tout intégrisme, le stoïcismequi appelle à la vertu individuelle pour mieux se libérerdes contraintes d’une époque, et la sagesse, tantépicurienne pour profiter de la vie, que philosophique pour nepas oublier la mort. Montaigne a pris des positions fortes contrel’absolutisme, contre la torture, contre le colonialisme, pourle respect de chaque être humain. Tout en incitant chacun àfaire l’effort de rechercher le mieux plutôt que leplus, aussi bien en soi qu’auprès des autres « quivit aucunement à autrui, ne vit guère à soi. »Plus tourné vers la philosophie que vers la science, àla fois socialement conservateur et individuellement progressiste,Montaigne est avant tout lucide. Comme l’a écrit lephilosophe André Comte Sponville : « Montaignec’est un philosophe sans illusion sur la philosophie, c’estun humaniste sans illusion sur l’homme, c’est unrationaliste sans illusion sur la raison. »
En outre Montaigne aaussi voulu mettre l’accent sur l’évolution, surle fait que chaque être humain évolue, apprend,notamment « en frottant sa cervelle à celled’autrui », mais aussi parce qu’il doitsavoir tirer les leçons de ses expériences. Si rienn’est figé, rien n’est définitif, cela nesignifie pas que tout se vaut, que rien n’a d’importance,car la conviction de Montaigne c’est que chacun a en soi lasolution de son bien-être personnel, de son équilibrepersonnel, dans un ensemble donné, à une époquedonnée : « la principale charge que nousayons c’est à chacun sa condition ».

Du côté dechez Montesquieu, les critiques reçues ont égalementété nombreuses, en particulier sa façon d’êtrearistocratique, non dénuée de fatuité. De même,certains propos sur les femmes ou l’esclavage trèsreprésentatifs des idées dominantes à sonépoque. Ceci dit, il mettait en avant que si l’éducationétait égale pour tous la situation serait différente,et que tous les êtres humains naissent égaux. Mais ilest clair, qu’avant d’écrire ses textes les plusimportants, il a beaucoup papillonné dans les salons etboudoirs, son libertinage n’étant pas qu’intellectuel.Toutefois, cette première partie de sa vie a permis deconstruire un homme et une pensée. Ainsi aura-t-il étérapidement opposé au despotisme, et très vite sensibleaux idées de liberté individuelle et de propriétéprivée, le pouvoir devant les respecter. Ou encore aura-t-ilsouvent mis en avant le besoin d’une justice « éclairée,prompte, point austère et universelle. »
En dehors des Lettres Persanes qui sont le support de nombreuses critiques concernant les mœurspolitiques et sociales de son époque il a, dans ses Pensées ,formulé de nombreuses idées, plus ou moins reproduitesdans ses écrits majeurs, qui évoquent les Essais de Montaigne, lorsqu’il parle de lui en précisant « jeme connais assez bien » et en décrivant seshumeurs et son humanité. Et comme Montaigne, il rejette tousles fanatismes et extrémismes, en particulier religieux, cequi vaudra à ses écrits d’être souvent misà l’index par l’Église catholique. Ce quil’a sans doute amené à mettre en avant deux idéesfortes, en particulier dans l’ Esprit des lois  : laliberté et la modération.
La liberté conçue commele respect dû à chacun, comme la prise en compte dufondement de la nature humaine, peut être lointaine approche dece que nous apporte de nos jours les neurosciences, à savoirque l’homme n’est ni uniquement raison, ou chair, ou êtresocial, mais un mix complexe. Qu’il s’agisse de religion,de politique, de vie économique ou sociale, la confiance faiteà chacun lui paraît un progrès individuel etcollectif. D’où son approche du doux commerce, d’oùson approche de la loi. Ce doux commerce étant trèsmoderne dans son approche puisqu’il dénonce, à lafois, les manipulations monétaires ou les excès de lafiscalité, tout en promouvant le travail « l’industriede la nation, du nombre de ses habitants, et la culture de sesterres », ainsi que le libre-échange. Ceci dit,il était accompagné de considérations morales etpratiques issues des préjugés aristocratiques del’auteur. Toutefois, l’idée d’équilibreentre la liberté économique et la loi étaitnouvelle et prémonitoire des débats actuels sur larégulation comme sur la relation entre la libertéd’entreprendre et l’État de droit. D’oùson approche de la loi, équilibrée dans sa mise enplace, car partagée entre divers pouvoirs, en relation avecson époque, avec le « climat »local, pour être utile et efficace, juste, afin de « pouvoirfaire ce que l’on doit vouloir et n’être pointcontraint de faire ce que l’on ne doit pas vouloir. »Liberté et loi, équilibre que l’on retrouverachez Frédéric Bastiat et d’autres libéraux.En outre, perspicacité remarquable… mais qui ne seraguère suivie « quand il n’est pasnécessaire de faire une loi, il est nécessaire de nepas en faire », soit une utile dénonciation del’inflation législative, qui s’avère, àl’expérience, être plus un frein dans la vieéconomique et sociale qu’un moteur.
Équilibre, tolérance,modération… autant de mots qui s’imposent pourdéfinir une « pensée philosophique »et que Montaigne ne peut renier. Ce qui ne signifie pas le manque declarté et de fermeté du propos. Ce que l’onretrouve également chez Bastiat.

Frédéric Bastiat a connuaussi une vie de combats intellectuels, philosophiques et politiques.Plus polémiste que Montaigne ou Montesquieu, car toujourspressé et sur tous les fronts, peut-être à caused’une santé défaillante qui le vit mourir jeune,il n’en reste pas moins porteur d’une penséeforte. En particulier parce qu’il mérite bien lequalificatif d’économiste. Certes pas au sens del’économétrie, ou dans la conception mathématiqueactuelle de l’économie. Mais au sens étymologiquedu terme à savoir la manière de gérer sa maisonet de diriger sa vie. D’où, avant tout, un discoursporté sur le comportement des individus, et sur son appel àune société fondée sur l’harmonie.Harmonie entre individu et collectivité, via un État dedroit, et harmonie entre personnes responsables et éduquées.Issu d’un milieu moins aisé que Montaigne etMontesquieu, il est à la fois moins distant et sans doute plusoptimiste qu’eux, car il croit qu’il faut se battre pourla paix entre les peuples. Mais en passant par l’individu, parle rôle et la responsabilité de chacun. Et là ilsse rejoignent tous les trois, car ils sont tous épris de laparticularité et de la richesse que représente chaquepersonne. Montaigne, à partir de son exemple personnel, enincitant chacun à prendre conscience de soi. Montesquieu enexpliquant que les lois devaient avoir de l’esprit,c’est-à-dire être au service des individus. EtBastiat en défendant l’idée que l’échangeharmonieux entre individus, comme entre États est la clédu bien vivre. À ce titre, il est sans doute le premier àfaire un lien entre harmonie sociale et harmonie économique,précurseur sans doute des travaux ultérieurs sur lelien entre sciences sociales et économie. On a sans doutereproché à Bastiat de ne pas être assezscientifique ou dogmatique, alors que c’est justement cela quifait sa différence et le rapproche sans doute des deux autresGascons : la prise en compte de l’individu. Et, enconséquence, pour tous les trois, des approches pragmatiques,certes vécues à des siècles différents,mais toutes prenant du recul, pour l’un avec les dogmesreligieux, pour l’autre avec les excès du pouvoirabsolu, et pour le troisième avec un État qui sevoudrait toujours bienfaisant. Ce point commun est fort, car quedevient la personnalité de chaque individu si sa libertéest contestée au titre de la loi divine, de la dictature d’unhomme ou de l’État et de ses « enrayeurs »comme l’écrit Bastiat. Tous finalement attirant notreattention sur tout type de risque qui, comme le dira plus tardTocqueville « ne brise pas les volontés, mais lesamollit, les plie, les dirige. »
Enfin, autre point essentiel, ilsétaient tous les trois ce que l’on a appelé desprovinciaux girondins. Provinciaux car, s’ils ont beaucoupvoyagé et, en particulier Montesquieu et Bastiat, connu unevie parisienne active, ils sont restés attachés àleur province. À l’écart du parisianismedirait-on aujourd’hui, à l’écoute des plushumbles qu’ils ont côtoyés pendant leur éducation,dans le cadre de leurs activités de propriétairesagricoles ou dans leurs fonctions électives. Et Girondins.D’une part dans le sens de modéré, d’équilibré,par opposition historique aux Montagnards, qui se sont révélésplus extrémistes lors de la Révolution française.D’autre part parce qu’ils étaient sans douteporteurs de ce que l’on appelle de nos jours la subsidiaritéascendante laquelle se conçoit, chez chacun d’eux, àpartir de l’individu. Montaigne avec sa notion « deprêt à autrui », Montesquieu et son « douxcommerce » et Bastiat ses « harmonies ».
Lesrôles qu’ils ont joués à leur époque
Il est frappant de constater que nostrois héros ont tous eu des engagements politiques importantsEngagements atypiques car aucun d’eux n’a fait decarrière politique, au sens où nous l’entendonsaujourd’hui. Mais engagements soutenus, illustrant une volontéde cohérence entre une réflexion et une action.Engagements locaux, en Gascogne, engagements concrets où, danstous les cas, il est apparu qu’ils ont été tousles trois, efficaces et utiles.

Montaigne a été magistratà Périgueux et à Bordeaux. Cette association àla vie judiciaire locale l’a beaucoup déçu « combienay-je vu de condamnations plus crimineuses que le crime. »Et il en démissionna assez vite. Toutefois, il y développasans doute ses qualités d’analyse et d’écoute,ce qu’il confirma en devenant un négociateur habile.Parfois même au plus haut niveau entre le Roi de France et leRoi de Navarre, le futur Henri IV. Dans ses écrits, ilest resté très discret sur le contenu de ses missionsde négociation. Mais la liste de celles-ci, comme leurcalendrier, comme la position géographique du domaine deMontaigne, témoignent qu’il a bien été aucœur de diverses négociations d’importance entrecatholiques et protestants. Le fait qu’il ait étéélu Maire de Bordeaux confirme la reconnaissance, dont sesqualités humaines et tactiques faisaient l’objet. Ilaccomplit cette mission difficile, dans un contexte conflictuel etviolent avec le plus grand sérieux. Il parvint à lafois, à défendre le mieux possible, la paix civile et àprotéger les intérêts des négociantsbordelais. Il réussit si bien qu’il fut réélu,chose très rare à cette époque… mêmesi à la fin de son mandat il n’était plus àBordeaux. Cependant, il a mis en avant qu’il fallait distinguerl’homme de la fonction (« la peau et lachemise »), prendre du recul, ne pas être dupe dela tâche qui vous est confiée. Mais au-delà, ilest peut-être le premier à illustrer la notion decivisme, laquelle consiste à ne pas se désintéresserdes affaires du monde et, à l’occasion, à yprendre sa part. Mais sans oublier l’essentiel qui estl’humaine condition, sans la magnifier outre mesure, tout enencourageant chacun : « il n’est rien si beauet légitime que de faire bien l’homme et dûment. »
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