Au bord du Gouf
208 pages
Français

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Description

En 2020, le groupe terroriste DEATH menace de provoquer une pollution massive en faisant exploser une charge sur des déchets radioactifs abandonnés au fond d'un canyon sous-marin situé en face de Capbreton. La menace est prise au sérieux au plus haut niveau de l'État qui décide de recourir aux compétences du professeur Barouk, un géologue spécialiste des canyons sous-marins et notamment du Gouf de Capbreton. L'aventure nous entraîne au coeur du dispositif mis en place au sein de la cellule interministérielle de crise où tous les moyens sont mis en oeuvre pour tenter de résoudre le problème.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 02 mars 2017
Nombre de lectures 13
EAN13 9782140031168
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0112€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Couverture
4e de couverture
Écritures
Écritures
Collection fondée par Maguy Albet
Noël (Sébastien), Conquête du pouvoir , 2017.
Steinling (Geneviève), Histoires d’amour, de folie et de mort , 2017.
Augé (François), Début de roman , 2017.
Mandon (Bernard), Belleville tropical , 2017.
Lemna (Camille), Alors, on fait comment pour les clés ?, 2017.
Denis (Guy), Le souffle d’Allah , 2017.
Mounier (Pascal), L’homme qui ne voulait pas mourir , 2017.
D’Aloise (Umberto), Manhattan 1907 , 2017.
Pialot (Robert), La courtisane rouge , 2017.
Lutaud (Laurent), L’araignée au plafond , 2017.
Mahé (Henri), Quelques nouvelles du port , 2017.
Chatillon (Pierre), La danse de l’aube , 2017.
Gontard (Marc), Fractales , 2017.
Pisetta (Jean-Pierre), Hostilités , 2016.
Toubiana (Line) et Point (Marie-Christine), De porte en porte. Histoires parisiennes , 2016.
* **
Ces quinze derniers titres de la collection sont classés par ordre chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site www.harmattan.fr
Titre


Gérard Serrie







Au bord du Gouf


Roman


Préface d’Hugo Verlomme
Copyright
Du même auteur
Rue du Grand Faubourg , Édition privée, Tarbes, 2011 (roman).
Le Voyage des Blanchisseuses , L’Harmattan, Paris, 2012 (roman).
J’ai une âme , L’Harmattan, Paris, 2014 (roman).
Celui qui sauva le pape François , L’Harmattan, Paris, 2016 (roman).
© L’Harmattan, 2017
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.editions-harmattan.fr
EAN Epub : 978-2-336-78352-9
Préface d’Hugo Verlomme
Quoi de plus extraordinaire que la découverte soudaine d’un trésor caché qui a toujours été là, tout près de nous, invisible mais bien présent ? Du bout de l’estacade de Capbreton, nous avons observé l’océan, ses vagues, ses courants, ses bateaux, sans nous douter qu’à quelques brasses, se trouve une merveille géologique. Ce n’est ni un pic, ni un cap, encore moins un gouffre, non, le Gouf de Capbreton est bien un vaste canyon majestueux, mystérieux, qui s’étire tel un serpent géant né des entrailles du magma. Là, tout près de nos plages, cette large vallée sous-marine s’enfonce vers les profondeurs abyssales. À moins de 300 m du bord, la « tête » du Gouf est le seuil d’un fantastique royaume dont nous ignorons presque tout.
Nous avons toujours cherché la vérité bien trop loin. Nous aimons croire en des mondes lointains qui expliqueraient nos origines. Des trous noirs menant à d’autres univers, qui mènent eux-mêmes à des multivers sans fin… Alors que l’objet de notre quête se trouve là, sous notre nez. La mer contient les réponses à nos questions. Elle est la réponse. Mais nous ne voyons rien, aveuglés par sa surface miroitante, et nous lui tournons le dos, cramponnés à nos misérables 28 % de terres émergées tels des crabes sur un rocher.
L’imagination, dont Einstein confirme qu’elle est « plus importante que le savoir », nous permet d’ouvrir tout simplement des portes que la science met parfois des siècles à déverrouiller. Or, les canyons sous-marins recèlent une extraordinaire biodiversité, ils contiennent des millions d’espèces encore inconnues, demeurent des énigmes pour les chercheurs, et nous parlent d’un temps antédiluvien, avec d’immenses variations du niveau des mers… Ces canyons sont de véritables réservoirs de fantasmes, de découvertes. L’imagination humaine, boostée par la technologie actuelle, parviendra sans doute plus vite au fond des choses que les sonars, drones ou autres robots.
Dans ces lieux abyssaux, hors du monde et hors d’atteinte, tout devient possible, le meilleur comme le pire. On imagine la présence de créatures mythiques, des formes de vie inconnues, des paysages qui n’existent pas sur les continents, des vestiges d’anciennes civilisations, mais aussi des déchets toxiques rejetés par l’homme, ou des sous-marins nucléaires jouant à cache-cache, car on trouve de tout dans ces mystérieux canyons…
Le roman de Gérard Serrie explore une chréode, un sillon dans le champ de nos mémoires, et il fait naître au fond du Gouf une histoire inspirée du monde d’aujourd’hui. En cela il s’inscrit dans une lignée d’écrivains qui explorent l’inconnu proche pour inventer des mythologies postmodernes. Et c’est l’un des atouts du Gouf, de pouvoir générer des passions, faire bouillonner les imaginations, pour que naissent, dans le futur, de nouvelles légendes dont certaines, qui sait, se révéleront peut-être vraies ?
Mamoune
Éloïse ne sentait plus le bout de ses doigts. Avachie dans son fauteuil, la vieille femme tentait de réveiller son téléviseur en manipulant la télécommande. L’arthrose envahissante l’obligeait à pianoter les touches de façon hasardeuse. L’écran plat, sensible aux instructions transmises, lui renvoya des images inattendues qui la firent sourire. Ce monde l’étonnait. Les émissions qui l’attiraient étaient diffusées sur « LCI » et « LCP Public Sénat ». L’une comme l’autre de ces chaînes dévoilaient des personnages aussi irréels que les propos qu’ils tenaient. Sans qu’elle en comprît le quart, son attention restait soutenue pour essayer de ne rien manquer. Le temps de la chaîne nationale unique en noir et blanc, la mire et la pendule en colimaçon, les programmes présentés par d’élégantes speakerines, n’étaient pas si éloignés. Elle se rappelait encore les premiers téléviseurs en couleur qui faisaient tellement envie à son époux. Quelques rares privilégiés en possédaient après avoir économisé pendant cinq ans pour pouvoir s’offrir le récepteur tant convoité.
Situé en front de mer au bord de la plage centrale, l’appartement provenait d’un ancien hôtel réaménagé. Deux pièces au rez-de-chaussée, un coin cuisine et une salle de bains composaient modestement l’ensemble. Un balcon, placé à l’angle de l’immeuble et protégé par une véranda, offrait une vue panoramique qui s’étendait du casino jusqu’aux blockhaus. Éloïse passait de longs moments à observer les environs, installée dans son fauteuil. Le bord de mer, presque toujours animé, lui procurait un divertissement paisible qui l’enchantait. Les individus la captivaient autant que le paysage. Entre la pleine saison et les premiers mois de l’année, l’ambiance changeait radicalement. Les touristes envahissaient le front de mer lorsque les beaux jours apparaissaient ; le phénomène s’amplifiait les week-ends avec l’arrivée des Bordelais, des Palois et parfois des Parisiens.
Depuis l’invasion des surfeurs, ce petit monde avait bien changé. Les retraités avaient fait place aux jeunes sportifs vivant dans des camionnettes et étalant leurs affaires sur les trottoirs, pour adopter des logements plus abordables dans l’arrière-pays, abandonnant les lieux à la villégiature. La station revêtait un tout autre aspect l’hiver. Les rues désertes, les plages délaissées, le port de pêche en activité réduite, composaient le décor. Éloïse préférait cette période où la nature sauvage reprenait le pas sur la douceur anesthésiante de l’été. Elle avait le temps.
L’engourdissement qui la gagnait parfois ne l’inquiétait guère. Cela ne la perturbait que le soir, pour disparaître au petit matin. Ce qui la réjouissait en fin de journée ne devait plus tarder. Son soleil se nommait Laure. Cet or ne quitterait jamais son cœur si usé. Elle en avait connu des amours, mais celui-ci était au-dessus de tout : pur, indéfectible, prêt à tout accepter, à tout pardonner. Celui d’une grand-mère qui n’avait plus qu’elle au monde.
Dix-neuf heures sonnaient à l’horloge lorsque la vieille dame sursauta au claquement de la porte d’entrée. Elle n’avait pas entendu le cliquetis de la serrure, mais reconnut sa petite fille aux sons qu’elle émettait lorsqu’elle se déplaçait.
– Bonjour Mamoune. Tu vas bien ? dit-elle en l’embrassant sur le front. Je t’ai apporté des churros pour ton dessert.
– J’adore ça, tu es un ange. Heureusement que tu es là ! Comme je suis contente que tu t’occupes de moi si gentiment. Je sais que ce n’est pas bien, tu devrais plutôt être avec les jeunes de ton âge.
Laure se dirigea vers la cuisine tout en continuant la conversation.
– Tu sais, je n’ai pas tellement d’atomes crochus avec eux.
– Mais, petite Laure, tu devrais. Il y a forcément de beaux garçons qui aimeraient te connaître. Il faudra bien que tu te maries un jour.
– Arrête avec ça Mamoune, tu ne vas pas recommencer…
Quelques assiettes propres posées sur l’égouttoir séchaient depuis la veille, vestiges de précédents repas. Les couverts étaient bien rangés dans le tiroir, un carton trônait seul sur la table et contenait le dîner qui venait d’être livré. La jeune fille passait voir Éloïse tous les soirs pour s’assurer que rien ne manquait et que tout allait bien. Un service de livraison à domicile procédait au ravitaillement quotidien de la vieille dame, mais il demeurait nécessaire de s’assurer qu’elle s’alimentait correctement. Parfois elles se mettaient à table toutes les deux. Le plus souvent la grand-mère chassait la jeune fille pour ne pas lui prendre trop de son temps.
Après avoir éteint le téléviseur, Éloïse se rendit dans la cuisine. Sur un plateau, Laure avait disposé de façon esthétique la verrine d’avocat aux crevettes, les lasagnes accompagnées de salade, ainsi qu’une crème caramel, le tout sorti du colis. Attrapant une bouteille d’eau minérale au passage, elle se dirigea vers le balcon. Une tablette escamotable accrochée à la rambarde permettait à la vieille dame de s’installer en supervisant tout ce qui se passait dehors. Ce soir-là, elles prirent le repas ensemble. Laure avait acheté un club sandwich au supermarché. Elles continuèrent la conversation, installées aux premières loges.
– Comment vont tes patients aujourd’hui ? demanda la grand-mère.
– J’ai deux jeunes surfeurs qui se sont blessés lors d’une compétition. Depuis que j’exerce au CERS 1 , mon travail a bien changé. Le centre reçoit des sportifs de haut niveau. La prestation du kinésithérapeute y est différente de celle d’un cabinet en ville. Les patients ont une musculature bien faite, ce qui facilite la rééducation, mais les blessures sont parfois importantes. Tu sais Mamoune, je m’occupe aussi de sportifs célèbres.
– Ah, je savais bien que tu rencontrerais quelqu’un !
– Qu’est-ce que tu racontes ? Je ne te parle pas de ça.
– Un jeune sportif riche et connu, voilà ce qu’il te faut.
– Tu veux vraiment te débarrasser de moi, Mamoune.
– Mais non ma chérie. Je serais bien ennuyée si tu partais.
– Je ne te laisserai jamais, même si je rencontre quelqu’un.
– Tu sais, l’amour fait faire des folies.
– Pourquoi dis-tu cela ? Tu en as fait, toi, des folies, quand tu étais jeune ? Raconte-moi.
– Les choses étaient bien différentes de mon temps. Lorsque j’ai connu ton grand-père, nos parents ne voulaient pas qu’on se fréquente. « Il est trop vieux pour toi » disait ma mère. Quelle importance ? On avait dix ans d’écart, et après ? On s’aimait, voilà tout. Le reste nous importait peu. Eux aussi avaient rencontré l’amour, mais ils ne comprenaient pas le nôtre, si simple. Nous devions nous retrouver en cachette, comme des voleurs, pour éviter les remontrances. Notre persévérance les agaçait. Ils ne savaient plus trop comment nous décourager. Leurs tentatives nous amusaient et nous prenions un malin plaisir à les faire tourner en bourriques, car nous savions qu’ils ne pourraient jamais nous séparer. Personne ne le pouvait. Le temps nous fut favorable. Ma mère comprit la première qu’il ne fallait pas rester sur ce constat et que persévérer dans ce sens ne contribuait qu’à nous éloigner les uns des autres de façon sournoise et imperceptible. Tout son talent fut nécessaire pour convaincre mon père. Il ne s’intéressait qu’aux dates, aux échéances, aux différences. Si un enfant naissait de cette alliance, il aurait dix ans lorsque le père en aurait quarante, à vingt ans il en aurait cinquante, puis serait à la retraite avant d’être grand-père… enfin, toute une litanie d’arguments qui ne tenait pas devant les nôtres. Il lâcha prise lorsque ma mère lui fit comprendre que nous allions tout simplement partir de notre côté, et ça… il ne le voulait en aucun cas. En vieillissant, la différence d’âge est plus dérangeante, mais on n’a pas eu le temps de s’en apercevoir. Ton grand-père est mort avant ta naissance.
Laure prit la brosse à cheveux et coiffa lentement sa grand-mère, qui profitait de cet instant de complicité. De temps en temps elle lui caressait la joue du dos de la main. Ce contact si frais lui faisait du bien. Elle fermait les yeux.
– Comme tu es gentille.
– Je suis bien avec toi, Mamoune.
– Rentre chez toi maintenant, il est tard. Tu dois te reposer, il faut que tu sois en forme pour masser tes beaux sportifs demain.
Elle embrassa tendrement sa grand-mère sur le front. La vieille dame lui prit la main et la serra si fort qu’elles eurent mal toutes les deux. Ses yeux bleus humides la fixaient, exprimant tout l’amour qu’elle éprouvait pour sa petite-fille. Laure referma doucement la porte d’entrée puis la verrouilla.
La jeune fille avait l’habitude de faire un tour en bord de mer, puis de repasser une demi-heure plus tard pour vérifier que la lumière était éteinte. Elle se dirigea sur la droite vers le casino en longeant la jetée. Quelques personnes s’étaient regroupées pour regarder en contrebas vers la plage, commentant ce qu’elles voyaient. Les téléphones portables immortalisaient la scène. En s’approchant, Laure aperçut l’objet de leur attention : un magnifique village, composé d’un pont et d’une église entourée de maisons, sculpté avec soin dans le sable sur quelques mètres carrés. Saupoudrée sur les édifices, de la farine simulait la neige, et des petites bougies incrustées dans les fenêtres conféraient à cette composition éphémère une allure hivernale. Les auteurs, un couple accompagné d’un chien, se tenaient à proximité, acceptant les offrandes. Laure s’attarda pour admirer le paysage miniature qui prenait du relief, au fur et à mesure que la lumière ambiante déclinait. Puis elle continua son chemin.
Le claquement sec des boules de pétanque s’entrechoquant précéda les cris de joie des vainqueurs. Les spectateurs qui suivaient la partie, installés sur les marches en gradin autour de la piste, applaudirent le carreau parfaitement réussi. Laure contourna l’aire de jeu longeant les terrasses des restaurants du bord de mer, à l’emplacement de l’ancien poste de secours. La lettre « H », peinte au sol pour baliser le lieu d’atterrissage de l’hélicoptère de la gendarmerie, restait visible. Laure se rappelait cet endroit avant les travaux de rénovation du front de mer. Un accès direct à la plage, situé plus loin, avait été condamné. À l’époque, lorsqu’il fallait évacuer quelqu’un, les gendarmes sécurisaient les lieux autour de la zone, exigeant la fermeture temporaire des terrasses des restaurants à cause du déplacement d’air provoqué par les pales en rotation de l’engin. Chaque intervention attirait immanquablement les touristes, qu’il fallait tenir à distance.
Laure continua jusqu’à l’esplanade, puis rejoignit l’estacade en laissant sur sa droite les deux baraques à churros, glaces et autres sucreries très prisées l’été. En marchant sur les planches légèrement espacées, elle apercevait le déferlement des vagues sous ses pieds. À l’extrémité de ce grand épi de bois, se tenaient quelques pêcheurs suréquipés prêts à passer la nuit s’il le fallait pour ne pas rentrer bredouilles. Arrivée au bout, elle se retourna pour admirer le magnifique paysage de la Côte d’Argent. Les façades illuminées s’étendaient depuis Hossegor jusqu’au CERS. Plus loin au sud, le phare de Biarritz projetait ses éclats lumineux reconnaissables loin en mer. Elle resta là quelques instants pour observer la terre comme embarquée sur un navire, fermant les yeux et respirant profondément l’air si pur… Puis elle se tourna vers le large ; les embruns la rafraîchirent. La nuit envahissait lentement le bout du môle. Le bruit des vagues la berçait langoureusement. L’océan formait une énorme masse sombre ; elle n’aperçut bientôt plus que l’écume de la crête des vagues. Au loin, les feux des bateaux de pêche oscillaient comme des lampions accrochés aux branches secoués par le vent.
Le froid la pénétra sournoisement, lui rappelant qu’elle devrait aller se mettre au chaud. Laure regagna la terre ferme d’un pas rapide, fit un crochet par chez sa grand-mère pour vérifier que la lumière était éteinte, puis rentra chez elle.
1 Centre Européen pour la Rééducation du Sportif
Marzak
Laure prit son service à huit heures trente, comme tous les matins, au CERS. Spécialisée dans la rééducation individualisée à sec, elle traitait une vingtaine de patients pour des soins répartis sur la semaine. Tous, sportifs de haut niveau ou amateurs souvent doués, venaient au Centre se préparer aux compétitions ou se refaire une santé suite à divers traumatismes. La moyenne d’âge tournait autour de vingt ans, ce qui facilitait les échanges et la convivialité. Certains, pressés de retrouver une pleine activité, manifestaient leur impatience, mais en général l’ambiance bon enfant prévalait.
La jeune kinésithérapeute rejoignit le récent hôpital de jour situé à l’abri des paparazzis et installa plusieurs athlètes sur des appareils de musculation. Elle leur rappela les instructions d’usage et les guida dans leur rééducation en corrigeant les positions qui pourraient être inefficaces, voire dangereuses. Les encouragements permanents qu’elle prodiguait avaient une grande importance. Elle savait se montrer exigeante tout en mettant les formes, aidant ses patients à progresser sans trop les brusquer. Marzak faisait du mieux qu’il pouvait. Les douleurs aiguës déclenchées au niveau de son genou gauche irradiaient toute sa jambe pendant l’exercice. L’expression de son visage ne laissait pas de doute sur ce qu’il endurait.
Après vingt minutes de souffrance réparatrice, Laure interrompit l’exercice, annonçant une pause pour tout le monde. Les patients abandonnèrent leurs engins de torture et se dispersèrent par petits groupes. Elle en profita pour prendre l’air. La météo n’avait pas prévu ce mauvais temps. Les conditions atmosphériques s’étaient dégradées dans la nuit, mais le travail en intérieur n’avait pas permis de s’en rendre compte. Laure enfila un vêtement de pluie et fit quelques pas en longeant la plage du Prévent. Elle fut rejointe par Marzak qui boitillait en s’appuyant sur deux béquilles.
– Foutu temps, dit-elle.
Le vent d’ouest soufflait en rafales, les vagues déferlaient par paquets depuis l’horizon jusqu’au bord de plage sous un ciel sombre et orageux. Les rouleaux venaient du fin fond de l’Atlantique après en avoir parcouru l’immensité, et finissaient leur course dans cette impasse que constitue le golfe de Gascogne. Leur vacarme rendait la conversation difficile. L’océan ressemblait à un immense bain bouillonnant. Vers le sud, des montagnes d’eau s’écrasaient en gerbes sur les restes des blockhaus situés autrefois sur la terre ferme. Le ravinement progressif les avait fait basculer, avant que l’eau les envahisse au point de les recouvrir partiellement à marée haute. La distance entre ces vestiges de la dernière guerre et la dune démontrait le travail d’érosion laborieux, mais continu, de la mer sur le littoral.
La pluie cinglait sous les bourrasques. Les éléments naturels déchaînés offraient un spectacle grandiose. Aucun navire à l’horizon. Comment auraient-ils pu manœuvrer dans de telles conditions ? Les marins pêcheurs connaissaient bien ce lieu.
L’entrée du port de Capbreton est l’une des plus dangereuses d’Europe. Les vagues se présentent perpendiculairement à l’estacade et à la digue nord. Elles déferlent depuis le large jusque dans la passe. Les navires doivent aborder de façon franche l’entrée sans tenter de faire demi-tour. Une fausse manœuvre peut être fatale même par petit temps. De nombreux marins en ont fait la triste expérience, au péril de leur vie. Marzak regardait l’horizon.
– Il faut des belles vagues pour surfer, mais là c’est impraticable.
– Il va falloir un peu de patience avant de reprendre, commenta Laure.
Marzak détourna le regard vers son genou blessé. Son comportement dénotait une inquiétude, mais aussi une révolte interne. Sans doute qu’après la rééducation son articulation fonctionnerait normalement, du point de vue d’un citadin. Mais retrouverait-il jamais la souplesse, l’agilité et la rapidité d’exécution lui permettant de faire la différence avec d’autres compétiteurs ? L’inquiétude de s’incliner pour des raisons physiques qu’il ne pourrait jamais compenser par la volonté et le courage, le minait. Certes, le mental est essentiel, mais l’aptitude physique et le métabolisme du corps devaient être irréprochables si l’on voulait atteindre la plus haute marche du podium. La compétition représentait beaucoup pour lui. Son but n’était pas de surclasser ses adversaires, ce qu’il cherchait, c’était de pouvoir donner son maximum afin d’offrir un spectacle digne de ce nom aux aficionados .
– Je vous comprends, reprit-elle en se tournant vers lui, mais vous devez être patient. Très souvent, les grands sportifs comme vous retrouvent tous leurs moyens, et les épreuves psychologiques qu’ils ont endurées peuvent parfois même les renforcer.
Laure se voulait rassurante. La fraîcheur et l’humidité commençaient à pénétrer leurs vêtements. Elle frissonna.
– Vous êtes de la région ? questionna-t-elle.
– Oui, je suis installé à Bayonne.
– Ça fait longtemps que vous pratiquez ce sport ?
– Presque dix ans. Quand on était petit, mon père nous emmenait souvent surfer.
– Qui ça nous ?
– Mon frère et moi.
– Il est aussi sportif, votre frère ?
– Non, pas du tout. C’est un intello. Il travaille à l’université de Bordeaux, il est géologue marin.
– Oh ! Bravo. C’est une tête.
– Oui, on peut dire ça.
Le raffut produit par le mauvais temps ne facilitait pas les échanges et s’ajoutait au froid et à l’humidité pour rendre l’endroit particulièrement inconfortable. Ils décidèrent de retourner au Centre, à l’abri.
Échouage
Le soleil ne parvenait pas à se lever sur Capbreton. La grisaille des mauvais jours couvrait la mer d’un manteau uniforme. Comme après la tempête, l’océan offrait son immensité sereine. Pas une vague, seul un bruissement régulier accompagnait le clapot. Éloïse avait rejoint son poste de guet sur la petite terrasse abritée qu’elle affectionnait tant.
Une forme étrange attira le regard de la vieille dame vers la plage déserte. Puis elle en repéra une autre à proximité. La première, oblongue, de couleur sombre, semblait avoir une taille assez importante. De sa fenêtre, Éloïse l’estimait à trois ou quatre mètres. La deuxième forme sur le sable n’était pas vraiment plus petite, mais beaucoup moins haute et d’un blanc laiteux comme une méduse. Pas de doute, il s’agissait d’animaux marins échoués. En observant la scène plus en détail, Éloïse se rendit compte que d’autres amoncellements, situés de part et d’autre des deux premiers, se trouvaient sur l’estran. Les mouettes, qui d’ordinaire se précipitaient sur toute nourriture facile, restaient perchées sur les toits, comme si dévorer ces restes relevait du sacrilège. D’un commun accord, sans doute dicté par leur instinct, les oiseaux se tenaient à l’écart des chairs. La vieille dame observait le manège avec curiosité. De mémoire d’octogénaire, elle ne se souvenait pas d’avoir assisté à une telle scène.
Peu à peu, l’agitation commença autour des dépouilles. Le bouche-à-oreille et les téléphones portables se mirent à fonctionner. Quelques personnes rôdaient sur la plage, cherchant une explication à ce phénomène rare, lorsqu’un véhicule de pompiers vint se positionner au plus près de l’endroit. Trois hommes en uniforme s’approchèrent et balisèrent le lieu à l’aide de piquets plantés dans le sable, reliés par un ruban rouge et blanc. Il fallait sécuriser la zone pour éviter tout contact avec ces animaux qui pouvaient être porteurs de germes ou de substances dangereuses pour l’homme. Mais il importait de garder les dépouilles intactes pour effectuer les analyses qui détermineraient la cause de leur mort.
Le camion d’équarrissage attendait déjà lorsqu’un 4x4 s’immobilisa sur la plage. Le professeur Cacharian en descendit. L’homme ‒ une sommité internationale ‒ venait de Bayonne où il séjournait par le plus grand des hasards. Accompagné d’une jeune étudiante qui le suivait comme son ombre, le professeur se précipita vers les dépouilles. Le jeune cachalot échoué attira son attention et il inspecta l’animal en commençant par la tête. Sa main gantée caressait les flancs du mammifère. Son regard exprimait tristesse et colère.
Il ordonna à la jeune fille de commencer les prélèvements. Après avoir revêtu une combinaison blanche, elle procéda méthodiquement, ouvrant d’abord l’estomac du cétacé pour en extraire le bol alimentaire. Les informations recueillies permettraient de déterminer s’il y avait eu empoisonnement. Elle eut un geste de recul lorsque l’odeur nauséabonde envahit ses narines, tandis qu’elle découvrait un début de décomposition des organes. Blasé par les milliers d’autopsies qu’il avait pratiquées dans des chairs putréfiées, le professeur l’encourageait dans son exploration.
L’œil de l’expert fut attiré par l’absence de marques externes. Le cuir de l’animal ne laissait apparaître aucune blessure, ni trace de combat. Les deux scientifiques effectuèrent un relevé précis des espèces échouées sur la plage, puis consignèrent le tout sur un document officiel. Des photos numériques permirent de compléter les informations. Le nettoyage de la plage ne commença que lorsque le professeur Cacharian en donna la permission. Son autorité prévalait sur celle des services de la commune.
Charles
Chaque fois que Laure gravissait les trois marches avant d’entrer, elle ne pouvait s’empêcher de penser qu’un jour ce passage deviendrait une barrière infranchissable pour sa grand-mère. Cette dénivellation de quelques centimètres ne prêtait pas à conséquence pour le moment. Au contraire, un peu de gymnastique entretenait les articulations. La vieille dame était en excellente santé mais il fallait malgré tout envisager que ses bonnes dispositions se réduiraient un jour. Il n’était pas question de maison de retraite. Une fois, Laure avait abordé le sujet avec sa grand-mère, et la réaction de l’octogénaire avait suffi pour qu’elle ne revienne plus jamais sur le sujet : « M’enfermer avec des vieux ? Mais tu n’y penses pas ! » avait-elle répondu.
Laure utilisa son double des clés pour ouvrir la porte, puis la claqua pour qu’Éloïse l’entende. Elle craignait de lui faire peur en apparaissant trop soudainement devant elle.
– Bonjour Mamoune, je t’ai apporté le journal.
Elle le posa sur ses genoux et accompagna son geste d’une tendre caresse du dos de la main sur sa joue.
– Merci ma chérie. Je ne sais pas ce que je ferais sans toi.
– N’exagère pas, c’est simplement le journal.
– As-tu regardé si on parle des échouages d’hier matin ? C’était très impressionnant de voir ces cadavres sur la plage.
– Oui, il y a un article complet.
– Vas-y, raconte-moi, je préfère t’entendre que de le lire.
La jeune fille résuma les informations de l’article. Le professeur Cacharian affirmait que les animaux n’avaient pas été empoisonnés, ni atteints d’une maladie quelconque. Il n’avait pu établir de façon formelle la cause des décès. L’article mentionnait le nombre d’individus et les différentes variétés identifiées. En plus du petit cachalot, un encornet de taille moyenne s’était échoué. On trouvait également une chimère et un grandgousier. Le plus surprenant, selon le professeur, était que ces espèces provenaient des grands fonds et qu’on ne les trouvait que rarement sur nos côtes.
La jeune fille accompagna sa grand-mère en promenade. Elles remontèrent, bras dessus, bras dessous, le front de mer vers le casino, puis longèrent les restaurants avant de rejoindre l’esplanade donnant accès à l’estacade. Laure n’osait pas l’entraîner sur le ponton en bois, de peur qu’elle se torde la cheville. L’entrée du port incitait à suivre le chenal jusqu’à la capitainerie. Un peu plus loin, les pêcheurs vendaient leurs poissons à l’étal. Capbreton conservait ce droit ancestral de vente directe sur le quai. Bars, barbues, maquereaux, sardines, côtoyaient pendant quelques heures crabes et homards avant de rejoindre les sacs à provisions des clients.
Les souvenirs émergeaient de la mémoire d’Éloïse lorsqu’elle passait devant les pêcheurs. Elle racontait souvent les mêmes histoires mais Laure ne s’en lassait pas. Son mari ne quittait pas ses pensées. Les marins l’avaient surnommé « Pibale » parce qu’il était grand et maigre, comme le poisson. Il embarquait pour la pêche le plus souvent sur des navires de taille moyenne pour ne s’absenter que pendant de courtes durées. En général, pas plus de trois jours. Quand il rentrait, les voisins se rassemblaient autour de lui pour écouter ses histoires de mer. Il lui arrivait toujours quelque chose d’étonnant et il savait tellement bien les raconter que cela pouvait durer longtemps. La plus marquante resta gravée dans toutes les mémoires. Ils allaient remonter le trémail 2 quand le drame se produisit.
On leur avait déconseillé de sortir en mer à cause du mauvais temps. La météo diffusait des messages sans équivoque. La raison aurait dû les persuader de rester à terre, mais les filets étaient à l’eau depuis deux jours et il fallait bien les relever. S’ils attendaient encore, ils ne remonteraient que des poissons morts, pris dans les mailles, bouffés par les crabes. Il faudrait plusieurs jours pour nettoyer le matériel de pêche, ce qui priverait les marins d’une sortie rentable. Sans parler du remboursement de l’emprunt que le patron avait contracté pour acheter le bateau… L’homme n’hésita pas, et il le regretta : Charles bascula par-dessus bord en manœuvrant le trémail. « Un homme à la mer ! » hurla le patron. Paul lança par réflexe la bouée de sauvetage en fer à cheval, tandis que l’homme de barre stoppait les machines. Le patron ordonna de larguer les filets sans quitter des yeux le point de chute. Il fallait que le bateau retrouve sa mobilité. Tout le matériel de pêche irait au fond. Aucune importance, son seul but était de sauver Charles.
Les vagues courtes, partiellement recouvertes d’écume, masquaient la tête de l’homme par intermittence. Le contact visuel fut rapidement perdu. En faisant demi-tour, le bateau revint sur zone. La tension à bord était extrême. Les hommes n’échangeaient plus un mot. Du patron à l’équipage, personne n’ignorait que le pire drame qu’il pût arriver en mer demeurait de passer par-dessus bord. Nager en ciré, bottes aux pieds, relevait de l’impossible. La température permettait une survie d’une heure tout au plus. Ils devaient agir vite, avec une probabilité de succès très faible. Pour retrouver l’homme, il fallait repérer sa tête dans une mer formée, ce qui revenait à localiser un bateau au milieu de l’océan sans radar.
En basculant, Charles avait tenté par tous les moyens de s’agripper au bastingage. Ses mains avaient glissé sur un taquet, puis sur un écubier, avant que son poids l’entraîne d’un coup. L’eau à quinze degrés traversa ses vêtements et le froid le sidéra. Dans la chute, il ne resta immergé que quelques secondes ; l’air emprisonné dans le ciré l’aiderait durant quelques instants. Les mouvements qu’il parvenait à accomplir le maintenaient en surface, mais le froid envahissait tout son être. Il n’apercevait plus qu’un ciel gris dans une mer agitée. L’horizon restait vide. Le bateau avait disparu. Charles savait que son temps était compté.
L’accident que tous les marins redoutaient s’était produit. Son rythme cardiaque s’accélérait pour compenser l’effet du froid. L’engourdissement gagnait ses membres inférieurs, lorsqu’il aperçut une masse orange à quelques mètres. Un afflux d’adrénaline l’aida à se déplacer vers l’objet qu’il agrippa comme il pouvait. L’élément flottant lui redonna du courage. Cette aide inattendue retarderait l’échéance, sans le sauver pour autant, mais chaque minute gagnée représentait un peu de vie en plus. Il passa la bouée autour de son cou et ficela maladroitement les liens dans son dos. Charles pouvait désormais se maintenir en surface sans effort.
Le froid pénétrait son corps sans retenue. Rien n’y faisait. Il bougeait le moins possible pour conserver ses calories. Petit à petit, subrepticement, l’eau glaciale inonda son corps jusque dans son âme. Sans lâcher prise, il luttait pour ne pas sombrer, pris dans un combat déloyal perdu d’avance, dans une lutte contre la nature, contre un élément qui n’était pas le sien, un océan glacé et salé qui lui servirait de sépulture.
À ce moment, le naufragé ressentit une douleur étrange sous les bras, puis une impression de chaleur dans tout son corps. Des cris le sortirent de sa léthargie. Collées par le sel, ses paupières peinaient à s’ouvrir. Charles fut ébloui par la lumière. Des projecteurs braqués sur lui l’empêchèrent de voir ce qui se passait. Il se laissa porter, convaincu d’être déjà dans un autre monde. Pibale s’activait sur le palan pour remonter l’équipier. Tous, à bord, louaient le Seigneur pour cet heureux dénouement. Ils avaient repêché leur compagnon à la nuit tombante. Cependant, l’inquiétude demeurait car le marin, suspendu à l’élingue, ne bougeait pas. Il fut déposé sur le pont tel un paquet inerte. Le patron donna des claques au naufragé et l’homme reprit figure humaine. Il fut transporté dans une cabine ; l’hypothermie n’avait pas provoqué de séquelles irréversibles. Charles s’en sortait à bon compte.
Mamoune ne tarissait pas d’éloges pour ces compagnons d’infortune dont faisait partie Pibale, et qui sauvèrent Charles d’une mort certaine. La mer ne fait jamais de cadeau. Éloïse pensait qu’il fallait remercier Dieu, le seul capable de sauver les hommes dans la tempête.
2 Filet composé de trois nappes de filet aux mailles inégales.
Charaf-Eddine
Plusieurs jours s’écoulèrent, permettant au beau temps de s’installer. En quittant le Centre, le soir après son travail, Laure aimait bien longer la plage, les pieds dans l’eau. Ôtant ses chaussures, elle rejoignit le bord de l’océan. Marcher dans le sable la détendait. Elle s’accroupissait par moments pour admirer la couleur vert émeraude que prenait le creux des vagues éclairé par le soleil couchant. Ce spectacle l’étonnait mille fois plus que le fameux « rayon vert » qui apparaissait parfois brièvement sur l’horizon, à la fin du crépuscule. Ces instants calmes lui permettaient de faire une transition entre les journées physiquement très éprouvantes et les soirées qui débutaient toujours par une visite chez Éloïse.
Le personnel de restauration s’activait pour préparer les terrasses des établissements du bord de mer. Les poissons frais et les crustacés, provenant directement du port de pêche situé à quelques centaines de mètres, constituaient la base essentielle des menus affichés. Les huîtres d’Hossegor précédaient agréablement bonites, bars, soles et limandes lorsque les tables n’étaient pas envahies par les chipirons cuisinés à toutes les sauces. Le choix pouvait aussi se porter sur les plateaux de fruits de mer copieusement servis. Il n’était pas rare que Laure achète une douzaine d’huîtres dans une vente à emporter pour sa grand-mère.
Ce soir-là, elle fut attirée par les grands signes d’un consommateur installé en terrasse. Il n’était pas seul et insistait dans ses mouvements. Laure se retourna pour voir à qui pouvaient bien s’adresser ces moulinets de sémaphore. Elle mit du temps avant de reconnaître Marzak et de comprendre que ces signaux lui étaient adressés. Un homme se trouvait à ses côtés. Les signes étaient amplifiés par les cannes que le jeune homme avait saisies et qu’il brandissait à bout de bras pour être certain d’être vu. Laure sourit en le voyant manifester une telle ferveur et pensa que ce n’était effectivement pas de rééducation des bras dont il avait besoin.
La jeune fille remonta la courte dune artificielle reconstituée chaque année, avant d’emprunter l’escalier, puis se débarrassa du sable en secouant ses pieds avant de se rechausser.
– Approchez-vous, lança le jeune homme !
– Bonjour. J’ai eu du mal à vous reconnaître.
– Je voudrais vous présenter mon frère Charaf-Eddine.
La jeune femme tendit la main vers celui-ci. L’homme se leva. Il était de petite taille, trapu et bien musclé. Cheveux grisonnants et courts, la quarantaine passée, Charaf-Eddine portait un pantalon d’été de couleur claire, une chemise légère bleu foncé, rentrée dans le pantalon. Chaussures de pont aux pieds, l’homme avait un aspect sympathique et rassurant. Il accompagna sa poignée de main d’un large sourire.
– Marzak m’a beaucoup parlé de vous, dit Laure.
– En bien, j’espère.
– Qu’aurait-il pu faire d’autre ?
– Avec lui, il faut s’attendre à tout !
Marzak ne releva pas, mais jeta un regard en coin à son frère, mêlant complicité et rebuffade.
Il proposa à la jeune femme une boisson qu’elle accepta volontiers. Laure saisit une chaise par le dossier et s’installa. Les hommes reprirent place.
– Mon frère arrive de Bordeaux à l’instant. Je suis heureux de cette coïncidence, car le « professeur » est très occupé, il est rare de le voir, vous avez de la chance, ajouta Marzak sur un ton ironique.
Charaf Eddine ne réagit pas aux sarcasmes de son frère.

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