Crime d avril ne tient qu à un fil
153 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Crime d'avril ne tient qu'à un fil , livre ebook

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
153 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Perséphone Murier a le vent en poupe : elle s’apprête à reprendre l'entreprise d'événementiel de sa tante Janis. Pour sa première mission, elle doit dénicher le lieu idéal pour le mariage de l'une de ses amies. Morne Etang, ce domaine entre vignes et garrigues, dans le sud-ouest de la France est parfait pour ça !


Mais le rêve tourne au cauchemar. Entre les hôtes du manoir qui sont tout sauf accueillants et le terrible orage qui les coupe brutalement du reste du monde, le séjour de Perséphone s’annonce très mal.
Au moment où elle pensait que la coupe était pleine, Perséphone découvre un cadavre dans l’étang... Et la noyée porte sa veste !


Quels terribles secrets cachent les résidents ? Et qui est vraiment Adalric Toussaint-Malvac, le séduisant viticulteur héritier de Morne Étang ? Perséphone n'est pas au bout de ses surprises !



Un huis clos entre suspense et humour avec une héroïne qui n'a pas froid aux yeux, n’a pas sa langue dans sa poche et est gourmande comme pas deux. Déterminée, curieuse et spontanée, elle vous charmera autant qu’elle vous fera rire !

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 5
EAN13 9782378123154
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

« Le vin est semblable à l’homme : on ne saura jamais jusqu’à quel point on peut l’estimer et le mépriser, l’aimer et le haïr, ni de combien d’actions sublimes ou de forfaits monstrueux il est capable. »
Charles Baudelaire. 



Prologue
« Au moment où commence avril, l’espoir doit se montrer subtil »
I l y eut un grand « boum » et la boutique de souvenirs d’Igor Stavinov explosa dans l’azur radieux de Cancún, emplissant l’atmosphère d’une épaisse fumée sombre chargée de débris. Non loin de là, un petit groupe filait à perdre haleine sur la passerelle de bois clair qui menait à la mer des Caraïbes. Perséphone Murier, ses escarpins à la main, courait en compagnie des mariés, du juge qui venait de les unir, de leur fille, et de tante Janis. Sa robe grise en soie légère remontait sur ses cuisses charnues et sa peau de rouquine rosissait sous l’effet de la course et de la moiteur de l’air. La trentenaire aux cheveux courts lança un coup d’œil à sa tante. La fantasque Janis McArthur lui léguait son entreprise d’évènementiel. C’était fou ! Le bateau à moteur de location se dessina enfin devant eux et Perséphone fonça de plus belle. Elle n’avait pas pris le temps de visiter la cité mexicaine et vu la conjoncture, elle n’était pas près de revenir à Cancún.
—  Hurry up, everybody 1  ! héla tante Janis avec son accent écossais à couper au couteau.
Une main sur le chapeau de paille qui recouvrait son carré blanc, la petite sexagénaire replète se précipita dans l’embarcation motorisée. Igor Stavinov l’imita et se retourna pour accueillir son épouse toute neuve dans ses bras. Leur fille et le juge suivirent. Perséphone eut à peine le temps de poser un pied dans le hors-bord que sa tante démarrait. Sous l’impact, la jeune femme atterrit dans les bras de l’homme de loi qui lui décocha un sourire ravageur.
—  Sorry. .., bredouilla Perséphone en se redressant aussitôt, tout en réprimant un frisson de dégoût.
Le genre vieux beau plein aux as, cela n’avait jamais été son truc.
— Tu devrais t’asseoir, darling  ! lui conseilla sa tante d’une voix forte, ses yeux bleus pétillants de malice.
Perséphone prit place aux côtés d’Igor qui serrait sa bien-aimée contre lui et l’observa lancer un regard triste en direction de la plage qui s’éloignait à toute vitesse. Son échoppe de souvenirs n’existait plus. Vingt-cinq ans de la vie du grand Russe s’évanouissaient dans les flammes et la fumée, pour la bonne cause. L’œil humide, il prit le visage de son épouse entre ses mains.
—  I love you ..., chuchota-t-il, la voix chargée d’émotion.
Léana rougit et baissa ses beaux yeux en amande sur sa robe de soie fine. Les deux tourtereaux venaient d’échanger leurs consentements plus de deux décennies après le début de leur histoire d’amour. La mafia thaïlandaise, dont le frère de Léana était l’un des caïds, ne leur mettrait pas la main dessus. Cette fausse disparition dans le chaos et les flammes leur permettrait de vivre unis et heureux jusqu’à la fin de leur vie. Sacrée tante Janis ! En près de trente ans, la fantaisiste Écossaise avait organisé des noces aux quatre coins du monde, bravant les interdits et ne reculant devant aucun obstacle. « L’amour doit triompher de tout ! » répétait-elle sans cesse. Voilà pourquoi Perséphone avait accepté de prendre la relève. Il était hors de question que l’entreprise McArthur Weddings se retrouve entre les mains de quelqu’un qui ne poursuivrait pas l’œuvre intrépide et généreuse de tante Janis. Dès que l’avion du retour les poserait en France, Perséphone dirigerait les opérations. Cela faisait des mois qu’elle s’y préparait d’arrache-pied. L’union d’Igor et de Léana était l’ultime étape de sa formation explosive. D’ici peu, sa tante profiterait d’une retraite bien méritée, quelque part sur une plage de sable blanc et Perséphone serait alors aux commandes de l’entreprise, pour le meilleur et pour le pire.
Une secousse ébranla le frêle esquif et tout le monde se cramponna. Janis éclata de son rire franc et communicatif, donna un coup de volant et le bateau se stabilisa, continuant de fendre les eaux translucides. Perséphone poussa un soupir contraint, cala son corps du mieux qu’elle le put et reprit sa contemplation des passagers. Assise face à elle, Igoranna, la fille des mariés, dégagea de son visage angélique ses longs cheveux bruns que le vent giflait. Elle sourit à Perséphone qui le lui rendit. En plus d’un tempérament aventurier, les deux jeunes femmes avaient en commun un nom de baptême peu banal. Si « Igoranna » était la contraction des prénoms de ses parents, Perséphone devait le sien à la fantaisie de son cher papa. Pierre-Edgard Murier, professeur en retraite d’histoire de l’Antiquité de l’université de Toulouse, dans le sud-ouest de la France, avait croisé la route, en 1968, à Paris, de la renversante Pearl McArthur, jeune violoncelliste écossaise de talent. Coup de foudre immédiat. La lettre P leur portant chance, Pearl décida de donner à leurs trois filles des prénoms commençant par cette initiale. La passion de Pierre-Edgard pour la mythologie grecque fit le reste. Voilà pourquoi la jolie rousse franco-écossaise aux yeux ambrés comme le meilleur des whiskies se prénommait Perséphone. Sa sœur aînée avait écopé de Phèdre et la plus jeune de Pandore. Perséphone et ses sœurs faisaient la pluie et le beau temps au sein de la famille Murier-McArthur et l’originalité n’était jamais exempte de leur quotidien.
Une nouvelle secousse la tira de sa rêverie et elle crispa ses mains sur le rebord de la coque de noix tout en observant l’horizon. Le yacht n’était plus très loin.
— Nous avons réussi ! s’écria alors tante Janis, couvrant presque le bruit du moteur de sa voix puissante. Igor, Léana, je vous souhaite un océan de bonheur ! Vive les mariés !
Les passagers reprirent en cœur la litanie et les jeunes époux s’embrassèrent avec passion. Mission accomplie !


1 Dépêchez-vous, tout le monde !



Chapitre 1
« Fleur d’avril ne tient qu’à un fil »
A ccoudée au balcon du troisième étage du vieil immeuble, dans son appartement toulousain, Perséphone contemplait d’un œil ravi les lumières nocturnes qui s’étiraient devant elle, une tasse fumante à la main. Deux jours plus tôt, sa tante et elle avaient dit adieu aux Stavinov dans le hall de l’aéroport de Cancún. Après les avoir remerciées avec émotion, la petite famille, casquettes sur la tête et faux passeports à la main, s’était éloignée vers une destination tenue secrète. Une nouvelle vie débutait pour eux. Le vol de retour des deux femmes avait fait escale à Rome, pour le plus grand bonheur de tante Janis, qui s’était empressée de dévaliser les boutiques de la capitale italienne afin de combler son péché mignon : les chaussures. Sa tante mettait depuis toujours un point d’honneur à l’initier à l’art du chic et de l’audacieux. « Je suis ta marraine, darling , c’est mon devoir ! » affirmait-elle. Perséphone, qui était très loin d’être une fashion-addict, l’avait suivie de bon cœur, se laissant même tenter par une paire d’escarpins en daim rouges, qu’elle n’enfilerait sans doute jamais. Avant de rejoindre leur chambre d’hôte dans le centre historique de Rome, elles avaient pris le temps de flâner à la terrasse d’un petit café et de porter un toast à la gloire des nouveaux mariés. L’odeur du cappuccino à la crème épaisse et au léger goût de vanille qu’elle y avait dégusté lui revint à l’esprit et Perséphone en saliva d’envie. « À Igor et Léana ! » avait clamé Janis, son verre de chianti à la main. La jeune femme sourit à ce souvenir. Il était rare de croiser des gens qui s’aimaient au point d’être prêts à braver tous les dangers pour vivre leur amour. Bien sûr, il y avait l’exemple de ses parents, mais ils faisaient partie de ces fameuses exceptions qui confirment la règle. Perséphone n’était pas une séductrice, comme sa sœur aînée, ni un cœur d’artichaut, comme sa cadette. Ses relations amoureuses s’étaient bornées à quelques fades semaines au sein desquelles elle n’avait jamais réussi à s’épanouir. Ceux qui les connaissaient savaient que les femmes McArthur étaient dotées d’une intuition tenace. Tante Janis appelait cela « le flair ». Grâce ou à cause de ce « nez » présumé infaillible, la jeune femme avait sans cesse la désagréable impression que le moment était venu de prendre ses jambes à son cou. Les années passant, elle avait vu ses amies se marier, divorcer, refaire leur vie, mais, elle, était restée sur la touche en simple spectatrice, immunisée contre la flamme qui ravageait tout sur son passage. Jusqu’à Steve.
Une chauve-souris virevolta près d’elle et elle la suivit des yeux, observant avec plaisir le balai nocturne du chiroptère. Elle éprouvait depuis l’enfance une affection très tendre pour les animaux de tous poils. Après des études supérieures en psychologie, elle avait enchaîné sur un master en éthologie. Améliorer le bien-être des animaux, étudier leurs rapports avec les humains, cela la fascinait. Dès l’obtention de son diplôme, elle avait commencé à travailler auprès des chevaux et des chiens dans la vaste propriété familiale de ses parents, près du charmant village de Padern, au cœur du massif des Corbières, dans l’Aude.
Elle porta sa tisane bio agrumes-cannelle à ses lèvres et en renifla les effluves délicieux, les yeux mi-clos, avant d’en aspirer une petite gorgée. Douceur, parfum et acidité se répandirent sur son palais gourmand. Ce miel de garrigue ramené de chez ses parents était un pur délice et la combinaison des plantes et des épices, divine. Elle avala une nouvelle lampée du breuvage chaud et resserra son gilet de laine contre sa poitrine généreuse dans un soupir satisfait. Perséphone était une redoutable gourmande. Pour elle, le plaisir de la bonne chère l’emportait sur presque tout le reste. Enfant, elle avait mené des expéditions secrètes dans la cuisine de ses parents, lorsqu’ils avaient le dos tourné, à la recherche des pots de pâte à tartiner à la noisette confectionnée par son père. Adolescente, elle avait appris à cuisiner des confitures avec les fruits du verger ou de la nature. Elle savait les secrets des desserts écossais, enseignés par sa mère, sa grand-mère et ses tantes. Quand elle était en déplacement, elle mettait un point d’honneur à visiter les fromageries qui croisaient sa route et se délecter de laitages odorants et savoureux. D’ailleurs, le premier aliment qu’on lui avait présenté à la place du biberon était un fromage de chèvre acheté dans une ferme des Corbières. Sa mère lui en avait tendu un morceau et Perséphone, qui ne devait pas avoir plus de huit mois, avait tété ce bout de paradis avec un bonheur parfait, sous les regards attendris de ses parents. Le couple avait bien vite déchanté lorsque leur fille avait fini par piquer une grosse colère afin d’en obtenir davantage. Oui, l’amour des bons produits était pour elle une éthique de vie essentielle à son équilibre. Voilà pourquoi elle portait avec fierté les formes girondes qui allaient à ravir à son mètre soixante-dix, mais qui pourtant, n’avaient pas été du goût de son ex-compagnon.
Un voile de tristesse glissa sur son visage. Trois ans plus tôt, lors de l’anniversaire d’une connaissance parisienne, Perséphone avait rencontré... « l’Enfoiré ». C’était Pandore, sa cadette, qui le surnommait ainsi. L’Enfoiré répondait au nom de Steve Coldham. Joueur de football professionnel à l’affiche des tabloïds, Steve était anglais, blond, célèbre et très séduisant. Le cauchemar de toute femme en mal de sensations fortes. Et comble de l’abomination, la clairvoyance de Perséphone s’était mise en sourdine. Le beau parleur au charme fou et aux résultats sportifs exceptionnels l’avait envoûtée. Sans s’en rendre compte, elle avait mis son activité d’éthologue entre parenthèses pour partir s’installer avec Steve dans un appartement, à Paris. Elle n’aimait pas la surexposition médiatique dont son amoureux était l’objet, mais elle le trouvait si dynamique et charismatique qu’elle avait fermé les yeux sur tout le reste. Déplorable erreur !
Le vent souffla une rafale froide qui lui tira un frisson et l’extirpa de ses pensées moroses. Elle jura à voix basse. Elle s’était pourtant promis de ne pas se laisser gagner par la mélancolie. Une nouvelle bourrasque la décida à rentrer. Son observation béate de la place du Capitole serait remise à plus tard. De toute façon, il fallait qu’elle dorme, car il devait être près de deux heures du matin et elle avait une journée chargée le lendemain. Elle fit coulisser la baie vitrée et entra se mettre à l’abri. Dans la pénombre, les ronflements de Janis, affalée sur le canapé, un livre de gâteaux de mariage ouvert sur son nez retroussé – marque de fabrique des McArthur – accompagnaient le ronron régulier des véhicules qui passaient dans la rue. Ses bras dodus pendaient de chaque côté de son corps et sa poitrine opulente se soulevait en cadence, faisant trembloter le tissu de la djellaba crème qui lui servait de chemise de nuit. Perséphone sourit, referma derrière elle et s’empressa de se pelotonner dans son vieux fauteuil de cuir fauve qui trônait face au divan. La solitude était douce à cette heure avancée de la nuit. Elle approcha à nouveau sa tasse de ses lèvres et promena un regard fier sur le décor qui l’entourait. Elle avait acheté ce studio six mois auparavant et y avait investi l’avance sur salaire que Janis lui avait concédée pour l’aider à débuter une nouvelle vie. Un coup de peinture blanche sur les vieux murs aux plafonds hauts parcourus de moulures anciennes avait suffi à lui redonner de l’éclat. Les planches brutes qui servaient de bibliothèque, contre le mur du fond, et le canapé-lit gris souris étaient les seuls meubles imposants de l’espace. Un tapis indien coloré sous la table basse, un lampadaire cuivré et son gros fauteuil en cuir complétaient le coin salon. La salle d’eau-w.-c., près du coin-cuisine, possédait une douche à l’italienne et un évier double, un luxe que Perséphone avait décidé de s’accorder. Cependant, elle aimait vivre sans télévision. Son ordinateur, internet et son téléphone lui permettaient de ne pas se couper du monde, de regarder des séries policières ou romantiques. Lorsqu’elle avait besoin de calme, elle ouvrait un livre ou écoutait de la musique, lovée dans son fauteuil ou allongée dans le hamac suspendu dans un coin du grand balcon, au milieu des plantes vertes, une bouteille de bière belge d’abbaye fraîche à la main. Pour Perséphone, la tranquillité avait le goût du merveilleux.
Elle se pencha en avant pour déposer sa tasse sur la table basse, attrapa son ordinateur portable et l’alluma afin de consulter les courriels de l’entreprise. Elle avait profité du vol de retour Rome-Toulouse, le matin même, pour préparer la semaine qui débutait, pianotant de manière frénétique sur son ordinateur portable. Dans quelques heures, on serait déjà mardi et on était au milieu du mois. Les cérémonies d’avril marquaient le départ de la grosse saison pour McArthur Weddings et les aléas de dernière minute étaient foison. Il fallait savoir rebondir et improviser en toute circonstance. Chaque jour, des dizaines de demandes pour l’organisation de mariages ou de cérémonies originales fleurissaient sur la boîte mail de l’entreprise et elle profitait de ses soirées pour les étudier. Sa tante se chargeait de sélectionner les cas les plus romantiques ou épineux. Perséphone, de son côté, s’occupait de répondre aux professionnels qui proposaient leurs services. Boulangeries, traiteurs, restaurateurs, boutiques de robes de mariées, décorateurs, comédiens, musiciens, tout était épluché avec soin pour correspondre à l’exigence de qualité que l’on attendait d’elles. D’un geste machinal, elle promena la flèche de la souris sur la liste des nouveaux messages. Il y en avait une quinzaine. Confirmation de réservations de salles, devis... Elle s’arrêta sur celui dont l’intitulé annonçait « Domaine et maison de maître à louer au cœur des Corbières ». Son intuition s’éveilla. Bérénice, son amie d’université, et son fiancé Gavin, souhaitaient unir leurs cœurs dans l’écrin naturel de leur pays audois. Le mariage était prévu pour l’automne et malgré tous ses efforts, Perséphone n’avait pas encore déniché le lieu « coup de foudre » qui mettrait les larmes aux yeux du jeune couple. Elle cliqua sur le mail et s’enfonça un peu plus dans son fauteuil. La lumière de l’écran éclaira son visage concentré.
«   Vaste propriété de 200 hectares, au cœur du massif des Corbières et du pays cathare, entourée de collines argilo-calcaires et de vignes sur un sol de schiste. Manoir très bien entretenu et habité. Grande cour, jardins d’agrément et petit étang. Cadre naturel paisible à 5 km du premier village.
Les propriétaires proposent de louer la salle de cérémonie et les jardins pour les mariages et autres célébrations.
Si cela vous intéresse, veuillez me répondre par mail. Je travaille pour le compte de madame G. Toussaint-Malvac.
Cordialement,
Mathilde Bonnafons. »
Perséphone se mordit la lèvre, comme souvent lorsque quelque chose l’interpellait. Elle jeta un coup d’œil rapide à sa tante qui n’avait pas bougé d’un pouce, en pleine imitation d’une locomotive à vapeur. Ses amis auraient peut-être leur nid d’amour tant espéré ! Elle s’empressa de laisser courir ses doigts agiles sur le clavier.
«   Bonsoir madame Bonnafons,
Nous venons de prendre connaissance de votre proposition et elle a retenu notre attention.
Serait-il possible de visiter la propriété dans les prochaines semaines   ?
Si oui, veuillez me donner vos disponibilités.
Bien cordialement,
P. Murier, de McArthur Weddings. »
Elle envoya le message et referma l’ordinateur. Son flair lui soufflait qu’elle avait déniché un lieu idyllique. Une douce euphorie la gagna et Perséphone laissa son esprit vagabonder. Elle voyait déjà la blonde Bérénice, du lierre dans ses longs cheveux tressés, s’avancer en amazone sur un cheval blanc, au milieu d’une allée de roses trémières et son Gavin, une fleur à la main, qui l’attendait près de l’étang. Ou plutôt sur un pont de bois qui traverserait l’eau claire dans laquelle des nénuphars et des carpes koïs se mêleraient. Elle ferma les yeux et posa la tête contre le dossier du fauteuil, un petit sourire aux lèvres. Elle visualisa la réception, un immense méchoui d’agneau pour deux cents convives, un orchestre de jazz sous le porche du manoir, le vin rouge de la propriété tiré de vieilles barriques en bois de chêne. La musique serait sensuelle et langoureuse. Des dizaines de lampions orangés éclaireraient la nuit et les chaises décorées de tissus clairs seraient pleines de monde. Les mariés danseraient au centre d’une gloriette débordant de fleurs, unis et heureux. Le son lascif d’un saxophone ponctuerait le brouhaha des conversations et des rires. Perséphone poussa un soupir béat et sombra peu à peu dans un sommeil réparateur.
***
— Debout la marmotte ! chantonna tante Janis, joviale. Il fait jour !
Perséphone cligna des paupières. Le regard dans le vague, elle observa la sœur de sa mère qui remplissait une tasse de thé fleurant bon la bergamote. Elle la posa sur la table basse, face à elle et la jeune femme s’empressa de se déplier, sa tignasse rousse dressée en bataille sur son crâne, l’œil hagard. Elle grimaça tout en massant sa nuque endolorie. Voilà pourquoi elle détestait s’endormir dans son vieux fauteuil. Elle jeta un coup d’œil autour d’elle. L’aube pointait ses rayons rosés à travers la baie vitrée du balcon. Elle s’étira, ébouriffa ses cheveux courts et émergea tout à fait.
— Salut, tantine ! répondit-elle en étouffant un bâillement.
— Bonjour, honey  ! Je n’ai trouvé que ça, précisa Janis en lui agitant un paquet de biscottes sous le nez, le festin sera pour plus tard, j’en ai peur.
Perséphone observa la maigre pitance d’un œil morne et son estomac protesta. Son regard glissa sur sa tante, coiffée, maquillée et impeccable dans sa longue robe fleurie.
— Tu es déjà prête ? s’étonna-t-elle.
— La préparation du mariage des Albertini ne peut pas attendre, expliqua Janis, la future mariée vient de m’appeler en catastrophe : elle a un séminaire la semaine prochaine ! Donc je me suis démenée pour la caser aujourd’hui. J’ai envoyé un mail à tous nos rendez-vous du jour pour les reporter. Je dois être à Bordeaux pour quatorze heures, je te tiendrai au courant…
Perséphone fronça les sourcils.
— Comment ça « je » ? demanda-t-elle en tendant la main pour attraper la tasse de thé devant elle. On ne devait pas y aller ensemble ?
— Tu ne peux pas être en même temps au four et au moulin, honey  ! répliqua sa tante en avançant de sa démarche dandinante jusqu’au coin repas.
Perséphone ne comprenait rien du tout. Sa tante ne venait-elle pas de lui dire qu’elle avait décalé tous leurs autres rendez-vous ? Soupçonneuse, elle avala une gorgée de breuvage et se leva à la suite de Janis. Le parquet était agréable sous ses pieds nus et les meubles de bois blanc de la cuisine semblaient lui tendre les bras. Elle grimpa sur l’un des tabourets de bar noir chiné dans une brocante. Devant elle, une assiette de biscottes beurrées patientait. Elle posa sa tasse et croqua dans l’une d’elles, tout en observant Janis qui terminait sa vaisselle en fredonnant. Soudain, Perséphone grimaça, une main devant les lèvres.
— Ce n’est pas du beurre salé, se plaignit-elle la bouche pleine, manquant de tout recracher. Tantine, je te l’ai déjà dit, le beurre sans sel sur les biscottes, c’est fade !
— J’ai attrapé la première plaque de beurre que j’ai trouvée dans ton frigo, se défendit Janis d’un ton sans réplique. Au fait, ton téléphone a vibré tout à l’heure, ajouta-t-elle.
Tout en mâchant l’insipide pain grillé d’un air contraint, Perséphone chercha son sac à main des yeux. Elle l’aperçut, posé sur la petite commode campagnarde de l’entrée, à côté des innombrables paquets de chaussures italiennes de sa tante.
— Tu as contacté maman pour lui dire qu’on était bien rentrées ? s’enquit la jeune femme en se levant pour aller récupérer son portable.
— Non, honey …
Perséphone soupira en silence. Elles avaient oublié de prévenir sa mère, grave erreur que l’anxieuse Pearl ne manquerait pas de leur reprocher dès qu’elles se verraient. Elle déverrouilla l’appareil et trouva, comme elle s’y attendait, un message maternel auquel elle s’empressa de répondre.
— En parlant d’elle, lui rappela Janis en essuyant ses mains sur un torchon, souviens-toi que samedi, nous fêtons l’anniversaire de ta sœur chez tes parents. Rendez-vous en fin de matinée pour une surprise en l’honneur de ses quarante ans ! Comme tu ne seras pas très loin, tu peux prendre le temps pour faire le tour du projet…
Perséphone replaça son téléphone dans son sac et dévisagea sa tante, son regard d’ambre chargé d’incompréhension.
— Mais de quoi tu parles, à la fin ? hasarda-t-elle.
— De l’anniversaire de Phèdre, voyons ! s’amusa Janis. Tu n’as tout de même pas oublié ?
— Non, la reprit Perséphone en tentant de garder son calme, tu as dit : « tu peux prendre le temps de faire le tour du projet ». Quel projet ?
— Eh bien, sourit Janis en secouant une main nonchalante, tu sais, le manoir et tout le tralala !
— Un manoir ? s’étonna Perséphone en se grattant la tête. Quel manoir ?
— Celui du mail, voyons ! expliqua sa tante en s’avançant vers la commode de l’entrée pour y récupérer ses sacs de chaussures.
Sa nièce resta un instant dans le flou, cligna trois fois des paupières, puis son esprit s’éclaira d’un seul coup. Non, elle n’a pas osé ? Le cœur battant, elle s’approcha de son ordinateur, sur la table basse du coin salon, et l’ouvrit. Il s’alluma sur la page des courriers électroniques et elle lut, éberluée, la dernière réponse de son interlocutrice de la veille.
«  Parfait, madame Murier, nous vous attendrons aujourd’hui pour le repas de midi.
À tout à l’heure ,
Mathilde  »
Elle agrandit les yeux de surprise et observa sa tante.
— Non, mais ! … Je rêve ! s’indigna-t-elle en revenant sur ses pas. Tu as pris un rendez-vous à ma place ?
— Relax, chérie, sourit Janis tout en fouillant dans les cartons à la recherche de la paire de chaussures qu’elle avait choisi de porter. Tu sais que je me réveille toujours vers quatre heures du matin. Quand j’ai vu que tu dormais, l’ordinateur sur les genoux, je me suis dit que tu avais dû lire quelque chose d’intéressant, alors j’ai fait ma curieuse.
Perséphone lui lança un regard furibond et Janis, comprenant que sa nièce ne prenait pas les choses avec autant de désinvolture qu’elle, renonça à ses cartons et s’approcha de la cuisine en haussant les épaules.
— Je n’y suis pour rien si la correspondante est aussi matinale que moi ! Nous avons échangé plusieurs mails, et voilà ! conclut-elle d’un ton jovial. Il ne faut pas passer à côté d’une telle opportunité. Ce domaine a l’air plein de promesses. Un véritable havre de paix. Je compte sur toi pour négocier les tarifs de l’hébergement. Les propriétaires débutent et ne sont pas référencés sur les sites de gîtes ou chambres d’hôtes, nous pouvons donc obtenir un prix intéressant. Tu as déniché une perle rare, je pense !
Perséphone, bras croisés sur la poitrine, dévisageait sa tante en secouant la tête, consternée.
— T’es pas croyable ! lâcha-t-elle.
— Boucle ta valise et rentre l’adresse dans le GPS de ton téléphone, continua Janis, faisant la sourde oreille. Le manoir se trouve entre les villages de Cascastel et de Villeneuve-des-Corbières ! ajouta-t-elle d’une voix chargée d’excitation, magnifique terroir de schistes ! C’est le lieu-dit « Domaine de Morne-Étang », un nom mystérieux, ne trouves-tu pas ? Les propriétaires t’offrent le gîte et le couvert ! Tu y logeras cette nuit. Ensuite, tu n’auras plus qu’à rejoindre la maison de tes parents, à quelques dizaines de kilomètres de là, pour aider à préparer l’anniversaire de Phèdre...
Elle se tut, le visage radieux, et tendit sa tasse de thé à sa nièce qui resta un instant muette d’indignation, avant de retrouver la parole.
— Il ne t’a pas traversé l’esprit que cette escapade risquait de bouleverser mon planning ? protesta-t-elle en attrapant la tasse d’un geste vif qui trahissait sa fureur. Rien que ce matin, j’ai deux rendez-vous avec des fleuristes. Je dois assister au dernier essayage de la robe de madame Longin cet après-midi et demain, je rencontre des artistes de cirque pour le mariage médiéval des Viala !
— Dis-toi que c’est une urgence, voilà tout ! affirma sa tante en secouant la main comme si rien de ce qu’elle venait de lui opposer n’avait de réelle importance. J’ai écrit à tout le monde pour décaler. Madame Longin ne t’en voudra pas, tu as fait un travail remarquable avec elle et le reste peut se gérer par téléphone. Tu as déniché un trésor, honey  ! Et puis cela te fera du bien de faire une pause durant quelques jours, tu ne t’es pas arrêtée pour souffler depuis Noël…
— Mais enfin, on est en avril ! La grosse saison va débuter, ce n’est pas le moment de faire une pause ! fulmina Perséphone qui avait soudain une irrépressible envie de lui étaler le beurre sans sel sur la figure. Tu es censée me passer la main, je te rappelle !
Le visage de Janis prit une expression grave et elle ajouta à mi-voix, comme si elle craignait d’être épiée :
— Depuis ta rupture avec... « tu-sais-qui », tu n’as pas accepté une seule invitation à dîner et je sais pourtant qu’il y en a eu !
Et voilà ! On y était ! Janis remettait cet enfoiré de Steve sur le tapis !
— Ne change pas de sujet, s’il te plaît, répliqua Perséphone, un doigt accusateur pointé vers sa tante. Avec cette manie que tu as de le nommer « tu-sais-qui », on se croirait dans Harry Potter ! Pour ta gouverne, je n’ai pas accepté d’invitations à dîner, car je n’en avais pas envie ! Je ne suis pas prête pour une relation amoureuse.
Janis esquissa une grimace contrariée et releva le menton.
— Personne n’est jamais prêt pour le grand frisson, lui opposa-t-elle d’un ton professoral en se dirigeant vers le meuble de l’entrée afin de récupérer ses paquets.
Elle allait surenchérir, mais en avisant la mine furibonde de sa nièce dont les joues avaient viré au cramoisi sous l’effet de la colère, elle se ravisa.
— Très bien, n’en parlons plus, concéda-t-elle. Le boulot avant tout !
— Je te remercie ! conclut Perséphone en sirotant sa tasse de thé d’un air morose.
Sa tante l’observa un instant avant de s’approcher d’elle et de lui caresser le bras d’un geste tendre. La jeune femme leva les sourcils. La maline Écossaise était en train d’exécuter son numéro de charme.
—  Rends-toi là-bas, honey, suggéra-t-elle, la voix radoucie. Visite ce domaine, prends des notes, imprègne-toi de l’ambiance des lieux et reviens avec de folles idées pour organiser le plus beau mariage qui soit !
L’image de Bérénice radieuse sur son cheval blanc s’imposa à elle et Perséphone dodelina de la tête, avant de pousser un profond soupir, vaincue. Sa tante sourit d’un air espiègle et retourna vers ses chaussures. Elle sortit de sa boîte une paire d’escarpins vernis à pompons dorés.
— Mon petit doigt me dit que ce séjour va être plein de surprises, décréta-t-elle, guillerette. Le flair d’une McArthur ne se trompe jamais !



Chapitre 2
« En avril, tout oiseau fait son nid, à part la caille et la perdrix »
O n accédait au domaine de Morne-Étang par la route communale, en suivant une longue allée de platanes centenaires qui débouchait sur une cour de gravier clair. Le manoir du XIXe siècle, parcouru de multiples portes-fenêtres, se dressait là, au cœur d’un écrin de garrigue, niché entre vignes et collines. Chaque ouverture de son unique étage possédait un balcon et son grenier, des fenestrons arrondis. Des rosiers grimpants couraient un peu partout sur la façade et ne tarderaient pas à fleurir. À une centaine de mètres de la bâtisse, en contrebas, un étang de belle taille, entouré de saules pleureurs, de bancs de bois et de buissons, ajoutait un charme romantique à l’ensemble. Quelques canards barbotaient à la surface des eaux grisâtres dont des cercles mouvants, çà et là, indiquaient la présence de poissons. Un chemin de terre bordant l’étendue d’eau invitait à la promenade, qui devait être agréable en toutes saisons. Perséphone remonta ses lunettes de soleil sur ses cheveux roux et claqua la portière de son Austin mini vert bouteille tout en couvant le décor d’un regard appréciateur. Janis avait bien fait de l’inciter à venir. Le lieu s’annonçait idéal pour les noces de ses amis. Un sourire radieux sur les lèvres, elle s’empressa de récupérer sa petite valise dans le coffre. Elle n’était pas mécontente de devoir passer la nuit sur les lieux. En plus de visiter la maison et ses alentours, elle prendrait la mesure de l’ambiance nocturne et pourrait réfléchir à l’éclairage qui mettrait le domaine en valeur. Elle déposa son bagage à ses pieds, sortit son téléphone portable de sa veste de tweed verte fétiche, le déverrouilla et zooma sur le manoir pour prendre des clichés. Quand ce fut fait, elle avança, sa valise à la main. Une violente bourrasque lui coupa la respiration, mais elle ne s’en formalisa pas. Perséphone avait l’habitude du vent, la propriété de ses parents étant située à quelques dizaines de kilomètres à peine de Morne-Étang. Les Corbières étaient, avec le nord de l’Écosse, la région la plus ventée d’Europe. Dans ces contrées sauvages, les vents soufflaient plus de trois cents jours par an et étaient au nombre de quatre. Aujourd’hui, c’était le cers qui balayait la propriété. Cers était le nom régional que l’on donnait à la tramontane, un vent de nord-ouest, soufflant avec des pointes souvent supérieures à cent kilomètres à l’heure. Lorsque le marin prenait le relais, on l’appelait vent d’autan. Il venait de la Méditerranée par le sud-sud-est et apportait humidité, brume sur les côtes, ou pluie. Plus occasionnel, le grec était un vent marin tout droit venu de l’est sur la côte audoise. Il était associé à des perturbations pluvieuses très intenses et à des épisodes cévenols qui pouvaient causer d’importantes inondations. Plus rare encore était le sirocco, un vent venu d’Afrique qui laissait toujours une pellicule de terre ocre sur son passage. Un abri de toile serait indispensable lors de l’apéritif ou de la séance photo, si l’on ne voulait pas que la mariée entame la traditionnelle danse de couple affublée d’une coiffure façon choucroute. Un cri de rapace résonna dans le ciel et Perséphone mit sa main en visière pour scruter l’azur parcouru de nuages blancs. Soudain, un bruit de course ponctué de râles retentit et elle baissa la tête, les yeux écarquillés. Un énorme chien gris jaillit de derrière un buisson, non loin de la terrasse qui longeait la demeure et se précipita sur elle en aboyant comme un forcené. Sursautant de surprise, Perséphone brandit sa valise en avant pour se protéger. Le molosse, un mâtin de Naples musculeux, s’arrêta à quelques centimètres de l’arme de fortune. Il portait un collier muni de pointes de fer et ses babines se retroussaient sur sa mâchoire puissante. Perséphone déglutit, le cœur battant. Elle avait l’habitude des chiens, mais n’était pas du genre à risquer de perdre une main pour prodiguer des caresses.
— Tout doux, mon beau ! s’exclama-t-elle en sentant l’angoisse lui nouer le ventre.
Le monstre redoubla de fureur, crachant sa salive comme s’il s’était agi d’une invective. Perséphone, la bouche sèche et les jambes flageolantes, s’apprêtait à reculer jusqu’à son véhicule pour s’y réfugier, lorsqu’une voix graveleuse à l’accent chantant l’interpella.
— Il vous aime pas beaucoup, on dirait ! 
Un homme d’une cinquantaine d’années, casquette sur la tête, moustache fournie et ventre bedonnant, était adossé à la façade du manoir. Il portait un bleu de travail très sale, des bottes de caoutchouc crottées et semblait s’amuser de la situation.
— Vous... voulez bien le contrôler, s’il vous plaît ? l’apostropha Perséphone en bredouillant de malaise.
Un sourire moqueur sur son large faciès buriné, l’homme sortit un torchon sale de sa poche et prit un temps plus long que nécessaire pour essuyer ses doigts noirs de cambouis avant de taper dans ses grosses mains pour rappeler le chien.
— Typhon, ici ! vociféra-t-il d’une voix de stentor.
L’animal émit aussitôt une plainte frustrée, mais trottina jusqu’à...

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents