Démons de cendre
334 pages
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Démons de cendre , livre ebook

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Description

Urban Fantasy (Bit-Lit) - 649 pages



Rien ne va plus dans la sphère démoniaque.


Alors que les solitaires se réunissent en meute et se rendent coupables de massacres, plusieurs casglwr sains, fragiles créatures qui maintiennent l’équilibre du monde, disparaissent mystérieusement.


Née sous le sceau d’une terrible malédiction, Rowane, démone phœnix, traque les solitaires pour les ramener à la surface de la conscience. Face à la nouvelle menace, bien déterminée à régler ses comptes avec le destin avant de tirer sa révérence, elle accepte de s’allier aux zalistes. Et pas question de céder à l’attrait sensuel qu’éveille en elle Trenton Black, dangereux dragon d’argent au charme ténébreux.


Alpha sanguinaire et impitoyable, il n’aura aucun scrupule à utiliser Rowane, petite-fille d’une ennemie notoire, pour protéger les siens et retrouver les deux casglwr sains qui ont été arrachés à son clan. Seul problème, son dragon l’a choisie....



Dans un univers prêt à sombrer, sauront-ils écouter la voix ancestrale de leurs âmes ?

Sujets

Informations

Publié par
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EAN13 9782379613241
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Démons de cendre – 1 – Le chant du phoenix


Laura Black
Laura Black

Mentions légales
Éditions Élixyria
http://www.editionselixyria.com
https://www.facebook.com/Editions.Elixyria/
ISBN : 978-2-37961-324-1
Illustration de couverture : Nicolas Jamonneau
Prologue

Rowane ignorait où elle se trouvait, mais le paysage qui s’étendait à perte de vue devant elle lui rappelait le territoire des enfers, à un détail près. La province interdite n’était que flammes. Ici, le sol calciné dégageait une odeur nauséabonde qui lui agressait les poumons, tandis que des geysers de feu jaillissaient de cratères façonnés dans la roche. La chaleur était insupportable, ce qui n’aurait pas dû l’affecter. Un fait qui augmentait sa perplexité. Rowane était un phénix. Elle partageait son âme avec une démone, dont la principale aptitude était de se métamorphoser en Oiseau de feu. Les flammes, même celles créées par les enfers, ne pouvaient donc ni la brûler ni impacter la température de son corps. Pourtant, elle ruisselait bien de sueur, le front ceint dans un étau chauffé à blanc et les tempes battant au rythme d’un morceau de hard rock. Elle déglutit, mais un nœud bloquait sa trachée. Elle se força à inspirer et expirer lentement, cherchant un sens à ce charivari.
Elle se rappelait s’être couchée dans son lit, son esprit ressassant encore et encore les emmerdes qui lui tombaient dessus au rythme d’une pluie diluvienne en période de mousson. Pas un jour sans mauvaise nouvelle ou un semblant d’éclaircie… Non, le Destin avait décidé de s’acharner et de la rendre spectatrice des malheurs des siens.
Rowane se raidit à mesure que les souvenirs s’imposaient, limpides et néanmoins légèrement altérés comme si… bon sang ! Elle rêvait… ou plutôt elle nageait en plein cauchemar. Ce n’était pas la première fois ni la dernière, mais quelque chose clochait. Le paysage était… envahissant. Presque dévorant. Agressif !
Les pitons rocheux n’avaient pourtant rien de particulier, pas plus que les amas de cendres qui s’envolaient à chaque bourrasque. Non, c’était plus une impression, comme si l’environnement tout entier était vivant et l’observait. Et la fente acérée de ce regard distillait des frissons d’angoisse sur sa peau.
Rowane inspecta de nouveau les lieux, à la recherche d’une sortie ou d’un indice. Elle n’avait pas l’habitude de ressentir la peur, mais cette dernière ondoyait dans ses veines avec une jouissance mal contenue, traçant son chemin en lui imposant des démangeaisons à peine supportables. Elle résista à l’impulsion de se gratter. Les rêves, chez les démons, étaient parfois plus que l’expression de leur subconscient et ouvraient des portes entre psyché et état physique. Merci bien, mais elle n’avait aucune envie de se réveiller écorchée par sa propre faute.
Un roulement sourd remplaça le mugissement du vent. Sourd et… menaçant. Elle pivota avec l’agilité d’une guerrière surentraînée et hoqueta d’horreur en repérant la vague qui fonçait vers elle. Non, elle ne redoutait pas les flammes de l’enfer, mais là… comment dire ? La déferlante brûlante hurlait son hostilité avec l’enthousiasme d’une nuée de jeunes combattants découvrant les champs de bataille.
Un vent de chaleur lui fouetta le visage. Devant elle, le monstre prenait de l’ampleur à chaque mètre parcouru. Des pics écarlates chevauchaient l’onde maléfique et propulsaient des boules de feu tous azimuts. Le ciel d’ambre vira à un rouge incendiaire, à mesure que l’atmosphère s’empesait d’une fatalité navrante.
Rowane sut qu’elle allait mourir. Qu’elle n’aurait jamais la force de résister à cette marée fracassante.
Par réflexe, elle déplia ses ailes et carra les épaules, consciente que fuir ne la sauverait pas. Son phénix demeurait étrangement silencieux, presque docile, comme si l’envoûtement dans l’air l’avait muselé. Cela l’effraya un peu plus, son Oiseau de feu étant plutôt du genre à frapper le premier et à poser des questions après.
Le grondement devint infernal. La vague dévastatrice n’était plus qu’à une centaine de mètres d’elle et dévorait tout ce qui se trouvait sur son passage. Sous ses pieds, la roche se fendit dans un craquement sinistre, révélant des entrailles ravagées par du magma. La température monta encore d’un cran.
Prête à encaisser, Rowane aspira une dernière bouffée d’air, ses poumons rugissant contre le feu qui se déversait dans leurs alvéoles. La douleur réveilla ses terminaisons nerveuses une seconde plus tard, et elle tomba à genoux sous le choc. Mais sa chute ne s’arrêta pas au sol caillouteux. Son esprit, emporté par la vague brûlante, dégringola dans ce qui lui sembla être un puits sans fond. Rowane eut le sentiment qu’un poing se refermait sur ses membres, écrasant et pressant ses chairs comme s’il avait voulu en extraire la sève.
C’était au-delà de la souffrance…
Elle releva la tête, terrassée par ces tourments sans noms, mais comprit que son calvaire était loin d’être achevé. L’onde maléfique la heurta une seconde plus tard, l’engloutissant dans une étreinte qui termina de ravager la moindre parcelle de son être et de son âme.
Elle ouvrit la bouche et céda à la torture en lâchant un long cri de douleur…
Rowane se réveilla en hurlant, le corps trempé. Bataillant dans ses draps pour échapper à la vague ardente, il lui fallut quelques secondes pour réaliser qu’elle était dans son lit et que le feu n’était qu’un produit déviant de son imagination.
Imagination mon cul, oui , songea-t-elle en haletant comme une vieille locomotive.
La peur s’entêtait à lui tordre le ventre, mais c’était une émotion presque délicate comparée aux échos de douleur qui continuaient de sinuer sous sa peau. Les paupières frémissantes, elle fit le tour de sa chambre, du bureau impeccablement rangé à la commode en pin qui accueillait sa collection de photographies, en passant par les étagères croulant sous les livres.
La pièce, bien que familière, lui semblait étrangement hostile. Différente de ce qu’elle avait toujours été. Peut-être était-ce le cas ? Depuis que sa famille s’embourbait dans les ennuis, rien n’avait plus la même saveur.
Rowane s’extirpa de son lit et réalisa qu’elle se frottait vigoureusement la cuisse. Son regard glissa sur son débardeur et son short de nuit pour s’arrimer sur la spirale qui habillait le côté de sa jambe droite. Les relents de peur muèrent en totale panique. Sa marque de naissance n’était plus d’un rose soutenu, elle avait commencé à noircir sur le pourtour. En l’effleurant, elle sentit l’afflux d’énergie et s’érafla la peau comme si ce simple geste pouvait la débarrasser de sa malédiction. Un doux rêve qui ne se réaliserait jamais. Il n’y avait pas d’issue pour les porteurs de cette marque, autre que de sombrer dans la folie avant de mourir.
Sans même l’avoir consciemment décidé, elle sortit de sa chambre et, pieds nus, emprunta les escaliers qui descendaient jusqu’à la cave, frémit lorsque l’humidité des lieux remonta le long de ses jambes et les couvrit de chair de poule.
Trey était là, prisonnier d’une cellule froide et impersonnelle. Allongé sur un amas de duvets en lambeaux, il offrait la vision d’un macchabée en devenir. La faute aux semaines qui avaient vu fondre ses muscles, dévoilant un grain de peau fragile et des os saillants.
Il s’était déchaîné une fois de plus contre lui-même, laminant ses vêtements, s’éraflant partout où ses mains avaient pu se faufiler et arracher des poignées entières de cheveux… Résultat : de nouveaux stigmates écarlates et desséchés zébraient son corps. L’épiderme trop souvent maltraité et abîmé, son démon peinait à guérir ses blessures et à effacer les cicatrices disgracieuses. Trey resterait marqué à vie, pour peu qu’il survive à cet enfer…
Rowane appuya ses paumes contre la glace, le cœur lourd. Ses yeux s’embuèrent lorsque la poitrine masculine se souleva laborieusement, un gémissement sourd jaillissant de ses lèvres déshydratées.
— Trey ? souffla-t-elle, son chagrin résonnant dans le vide.
Mais son frère ne lui répondit pas. Maudit lui aussi, il avait définitivement sombré, exhibant le spectacle de sa future déchéance…
1

Rowane fit un bond de côté lorsque Dog s’écrasa contre un arbre à quelques mètres d’elle, propulsé dans les airs par l’enfoiré qui plastronnait devant elle.
Qu’est-ce que c’était que ce bordel ? Pour des pisteurs aguerris, la situation était clairement en train de virer à leur désavantage et, comme si cela ne suffisait pas, la vue de la jeune femme commençait à se brouiller.
Merde ! Ce n’était vraiment pas le moment.
Après sa nuit difficile, Rowane avait quitté la demeure familiale sans même avaler un petit-déjeuner. Évidemment, elle était pressée de s’immerger dans son travail et d’effacer, si ce n’était d’oublier, les mauvais augures de son cauchemar, mais la vérité, c’était qu’elle avait fui le domaine des Shaeman.
Comme une lâcheuse de première ! railla la voix de sa conscience.
Elle ne pouvait le nier. Passées les grilles de la propriété, elle avait d’ailleurs poussé un long soupir de soulagement, avant de se fustiger pour ce comportement indigne. Mais, après des semaines à tourner en rond, tout valait mieux que de demeurer, les mains ballantes, à assister à la lente déchéance de son frère adoré.
Tout ? ricana sa démone, pince-sans-rire.
Quand on a la poisse, on l’a jusqu’au bout , maugréa mentalement Rowane en retour.
Parce qu’il y avait combien de chances sur mille pour qu’elle écope d’une mission qui vire à l’hécatombe ?
Bingo ! Vous avez remporté le jackpot, mademoiselle Shaeman !
Devant elle, le wendigo la scrutait, une lueur de fébrilité au fond du regard qui ne lui faisait pas oublier qu’il était à l’affût du plus infime signe de faiblesse. Il avait d’ailleurs utilisé la légère dégradation des ondes qu’elle délayait vers lui pour lancer une boule de feu vers son coéquipier, l’obligeant à renforcer l’assise de son sortilège.
Le problème, c’est que le solitaire n’aurait pas dû être capable de cet exploit. Pas plus qu’il n’aurait dû afficher un petit air narquois.
Affamé, même, ironisa sa saleté de conscience.
Rowane tressaillit, dégoûtée par ce qui sinuait derrière les mots. Mais pas moyen d’ignorer que le salopard se repaissait de son odeur. Il ne se gênait d’ailleurs pas pour se pourlécher les babines dès que le vent charriait les effluves de sa peau jusqu’à lui. La meilleure stratégie aurait été de le prendre à revers et de se tapir sous les violentes bourrasques, mais la situation leur avait un brin échappé. Elle n’avait donc pas eu le choix : c’était se mettre en danger ou laisser filer sa proie…
Vu le nombre de victimes que cette dernière totalisait, Rowane n’avait pas pu s’y résoudre, même si elle savait déjà que Dog allait lui passer un sacré savon quand tout serait terminé... Enfin, s’ils s’en sortaient vivants ! Ce dont elle ne douterait pas si son coéquipier n’exhalait pas la puanteur aigre de la peur.
Croyez-le, venant d’un leprechaun qui faisait la taille d’un déménageur bodybuildé, ça craignait !
La créature hideuse se tenait de nouveau prête à bondir, attendant que Rowane faiblisse ou qu’elle relâche son filet d’entrave.
Rowane renifla d’agacement, rayant résolument l’option « finir en sushis » de sa liste des activités du jour. Elle se concentra afin de rassembler le maximum de pouvoir, lucide sur le fait que l’altération de sa vision la perturbait.
Elle cligna des yeux pour chasser la sueur qui lui dégoulinait sur le front. Peine perdue ! Elle transpirait comme une truie sur le point de se faire rôtir. Pour elle qui supportait les flammes de l’enfer, c’était un peu la loose , et un écho fort déplaisant de son cauchemar... Ce qui ne changeait rien au fait que la plus infime goutte d’eau circulant dans son corps avait soudain décidé de se faire la malle. Rowane n’était pas simplement liquide, elle était poisseuse. Même ses ailes en subissaient le contrecoup et lui paraissaient plus lourdes que d’habitude. Son seul réconfort résidait dans le fait que Dog semblait aussi brûlant qu’elle. Ce qui ne pouvait signifier qu’une chose… Le wendigo accroissait par magie la température de leurs organismes.
L’enfoiré !
Rowane aurait aimé pouvoir utiliser ses mains pour s’essuyer le visage, mais cela serait revenu à rompre le lien métaphysique qu’elle avait établi avec sa proie. Impossible de s’y résoudre sans mettre Dog en danger. Ce dernier était bien trop proche de l’infâme créature et à demi sonné, donc vulnérable. Si un pisteur n’abandonnait jamais son partenaire, c’était encore plus vrai entre Dog et Rowane. Ils faisaient équipe depuis deux siècles, et leur collaboration s’était forgée dans l’adversité. Un temps, elle avait pourtant redouté que l’intérêt de son ami à son endroit soit un frein à leur aptitude à travailler ensemble. Mais Dog possédait un cœur d’artichaut. Il avait fini par se faire une raison et s’était investi à deux cents pour cent dans ce qui était devenu une amitié fiable et solide.
Au quotidien, leur mission consistait à localiser les solitaires, ces démons qui sombraient dans la folie et provoquaient des carnages, parce qu’incapables de gérer leurs pouvoirs. Ils basculaient alors dans une frénésie primaire qui les poussait à s’exposer, ce qui mettait les espèces non humaines en danger… Face à ce péril, les démons n’avaient eu d’autres choix que de former une unité d’intervention pour traquer ceux d’entre eux qui disjonctaient. Dog et Rowane appartenaient à cet escadron et opéraient inlassablement, jour après jour, assurés qu’ils ne connaîtraient jamais le chômage. Ceux d’entre eux qui succombaient à la frénésie en revenaient rarement, et ils étaient chaque jour plus nombreux !
Le fantôme de Trey survola la conscience de Rowane avant qu’elle le refoule avec un désespoir acharné. Pas moyen qu’elle se laisse déconcentrer dans un moment pareil ! En mission, elle était la première à intervenir quand ils détectaient un solitaire. Parce qu’elle était nantie d’un don de chuchoteuse, elle possédait un talent spécial pour capter leur attention. Un talent qui versait, dans l’envoûtement pur et simple. Rowane utilisait ses aptitudes pour essayer de ramener leurs cibles à un état de conscience suffisant, afin de bannir la frénésie ; une gageure possible uniquement si le pauvre hère venait juste de céder aux griffes de ce mal insidieux. Si elle échouait, c’était Dog qui assurait le relais…
Enfin, quand il ne pissait pas dans son froc de peur !
D’ordinaire, les solitaires agissaient comme des animaux traqués. Certes, ils mordaient et tuaient, mais ils n’opéraient pas selon un schéma de pensée cohérent. En revanche, la folie exacerbait leurs instincts primaires : il en découlait une violence désespérée et désordonnée.
Or, celui qui leur faisait face se révélait un adversaire plus coriace et surtout pourvu de réflexes stratégiques élaborés. Il avait réussi à échapper à plusieurs équipes de pisteurs et s’était entre-temps acharné sur ceux qu’il avait autrefois aimés et adorés.
Il avait décimé toute sa lignée, ce qui n’avait rien d’inhabituel en pareil cas. Ce qui l’était, en revanche, c’est qu’il avait contré les mesures prises pour la protéger avec une facilité déconcertante.
D’ordinaire, le mal plongeait les solitaires dans un monde obscur où seule comptait leur satiété. Ils devenaient alors des corps avides de sang et de chair fraîche, et cet instinct les poussait aux crimes les plus abominables. Néanmoins, leur esprit disloqué ne leur permettait pas des manœuvres raffinées. Ils agissaient plutôt comme des bêtes sauvages.
Comme Trey, qui s’arrache la peau dans sa prison parce qu’il n’a rien d’autre contre quoi retourner sa rage… gronda sa démone, entre chagrin et fureur.
Le wendigo, en ce qui le concernait, singeait peut-être une créature au bord de la folie, il émettait, cependant, des vibrations bien différentes. Et qu’il ait réussi à les attirer dans ce coin paumé et à les envoûter… Eh bien, ce n’était pas normal ! Pas plus que l’attitude de son coéquipier.
Rowane ignorait ce que le wendigo avait diffusé jusqu’à Dog, mais ce dernier n’était pas du genre à trembler comme une feuille. Il était fort et loyal, pervers même quand il s’agissait de neutraliser un ennemi. Rien de comparable avec le gros balèze qui trempait son pantalon à chaque fois que la bête grognait de colère.
Merde ! Cela ne sentait pas bon du tout, sans jeu de mots !
Rowane souffla longuement, s’imprégnant des flux qui ondulaient sous sa peau. Cette puissance circulait dans ses veines jusqu’à ses mains et s’étirait vers sa proie, l’enserrant dans une sorte de filet énergétique qui flamboyait de l’intérieur. Le solitaire était ficelé comme une saucisse.
— Écoute-moi, wendigo, dit-elle d’un ton voilé.
La créature se figea, incapable de résister au charme ensorcelant de la voix au timbre sensuel. Ses muscles se crispèrent, pourtant, sous sa peau desséchée, preuve qu’elle luttait contre l’enchantement.
Rowane n’en fut pas surprise, même si ce genre de réactions était plus qu’inhabituel.
Comme à peu près tout ce qui concerne cette mission, non ? railla-t-elle in petto.
Agacée, elle accentua son emprise mentale, renforçant l’éclat des glyphes qui paraient son cou, et se réjouit de constater que les globes oculaires d’ordinaire noirs du wendigo viraient au gris. C’était le signe que la créature se soumettait, mais ce n’était pas une finalité en soi. Elle ne pouvait par sa seule volonté l’obliger à lutter contre la frénésie. Ou à adhérer in fine aux directives du Forum.
La structure sociale qui avait permis de sauver les espèces démoniaques avait fait ses preuves au cours des trois derniers siècles, mais elle restait décriée par tous ceux qui estimaient que les démons méritaient de vivre à la lumière du jour. Or, toutes les lois du Forum étaient fondées sur une discrétion absolue.
Le pouvoir de Rowane ôtait à ses cibles toute volonté de riposter et les incitait à écouter, mais son action demeurait temporaire. Son principal travail commençait pendant cette parenthèse de paix, où la jeune femme pouvait se connecter sur les ruines de la psyché du sauvageon et réparer les liaisons neuronales. Elle le ramenait ainsi à un état de conscience suffisant pour qu’il ait la capacité de raisonner. Si elle ne remportait pas ce défi, le solitaire finissait par attaquer, et Dog devait le tuer. Sauf que, pour le moment, son coéquipier semblait hors course.
Rowane doutait que Dog se pardonne cette faiblesse quand ils feraient le bilan de cette journée, même si la puissance du sortilège était manifestement dévastatrice. Elle grinça des dents, remerciant tous les dieux d’être immunisée. Elle préférait encore se liquéfier, plutôt que d’exsuder cette puanteur de peur viscérale.
— Je ne me résignerai jamais à cacher ce que je suis, émit la créature d’une voix désincarnée.
— C’est notre seule chance de survivre…
— Survivre ? Toi et moi sommes des démons. Nous avons toujours été supérieurs aux humains, cette Terre nous appartient ! Pourquoi la partager avec eux ?
— Parce que nous avons besoin de leurs auras…
Le solitaire lâcha un sifflement aigu qui lui vrilla la tête, sorte d’éclat de rire satanique qui se répercuta jusque dans ses os. Sur un esprit faible, l’effet se révélait catastrophique, détruisant les connexions neuronales d’un coup.
Le wendigo cherchait à la déstabiliser et à rétablir le contrôle à son avantage. Une tentative qui picotait salement la peau de son phénix. Rowane s’efforça d’apaiser sa part démoniaque, consciente que celle-ci réglerait son compte à sa proie sans même se poser de questions si elle la libérait.
Il te met en danger , feula l’Oiseau de feu.
Rowane secoua la tête, irritée. En vérité, elle ne capitulerait pas avant d’avoir tout essayé pour le rallier. C’était presque un pur-sang, et ces derniers étaient en voie d’extinction.
— Tu crois encore au père Noël, petite !
Ben, ce foutu bonhomme était peut-être bien devenu complètement cinglé, il respirait toujours, non ? OK, il n’avait rien de comparable avec l’image débonnaire qui circulait parmi les humains, mais il était aussi célèbre chez les démons. La raison principale ? Il avait possédé, avant de sombrer corps et âme dans la folie, un flair infaillible pour repérer et pister les Sphaerams , ces auras de lumière absolue nécessaires à l’équilibre de l’univers.
Le Yin et le Yang. Voilà ce qui maintenait le monde en place.
Seulement, aujourd’hui, les Sphirals , les lumières inverses, se répandaient bien plus vite que les Sphaerams . La lutte était devenue si incertaine que chaque jour une catastrophe naturelle voyait le jour quelque part sur le globe ou qu’une guerre se déclenchait.
— Le forum travaille pour préserver la balance cosmique.
Le wendigo se redressa et cracha dans sa direction, exprimant son avis sur la question. Puis, bafouant son impuissance, il abaissa brutalement le poing et frappa le sol. La terre trembla, juste assez pour que Rowane vacille. Elle comprit en une fraction de seconde que le solitaire avait surtout voulu déséquilibrer Dog. Contre toute attente, ce dernier avait réussi à surmonter les effets du sortilège pour se relever et s’avancer subrepticement vers le wendigo. Malgré sa silhouette dégingandée, Rowane soupçonnait la créature hideuse d’être assez rapide et forte pour assommer un démon métis. Dog était peut-être surentraîné, mais les dons hérités de ses ancêtres avaient été pervertis par trop de sang humain.
C’était là un problème insoluble. Traqués et décimés, les démons avaient dû s’adapter pour survivre, et donc consentir à des unions avec les humains. Cela les avait affaiblis, tout en les préservant de l’éradication pure et simple…
— Tu parles de cette structure qui s’est autoproclamée sauveuse de notre espèce ? De cette saloperie qui m’a envoyé des incapables pour me capturer, avant de se rabattre sur un métis et une fillette ?
Un grondement roula dans la gorge de Dog. Ce dernier était chatouilleux sur la question de son identité, d’autant plus qu’il avait été épinglé comme quarteron. Trois quarts de sang humain l’auraient propulsé illico dans la classe des cambions {1} s’il n’avait pas été l’un des meilleurs pisteurs de sa génération. Ça, le wendigo l’ignorait. Il ne voyait qu’un tas de muscles et une apparence tout ce qu’il y avait de plus mortelle.
— Nous ne sommes pas là pour te capturer, mais pour t’expliquer que notre survie à tous dépend de notre capacité à nous fondre dans le décor. Les Cavaliers de l’Apocalypse sont partout et bien plus puissants depuis qu’ils ont trouvé le moyen de nous identifier. On ne gagnera pas en nous exposant davantage, et le monde n’est pas prêt à comprendre que nous existons. Nous nous condamnerions en agissant ainsi.
— Je ne veux plus vivre dans les bas-fonds, s’insurgea la créature.
Le wendigo appartenait à la catégorie des démons visibles, les Gweladwys . Il ne possédait pas d’enveloppe humaine qui lui aurait permis de se balader librement en plein jour. Il était donc obligé de circuler de nuit, et de préférence dans des endroits isolés afin d’éviter toute rencontre malencontreuse. Évidemment, les sous-sols et égouts étaient des lieux prisés par les Gweladwys , mais le Forum avait établi de vastes complexes pour que ces derniers jouissent des mêmes privilèges que leurs concitoyens. Seulement, certains ne supportaient pas l’idée de devoir se plier aux limites de ces structures. Ou de devoir se borner aux royaumes de la sphère démoniaque. Rowane pouvait le comprendre. Elle qui était libre d’aller et venir à sa guise, elle imaginait mal se retrouver un jour bloquée de la sorte.
C’est ce que vit Trey , lui souffla sa petite voix intérieure. Et regarde ce qu’il est devenu… Une épave au cœur rempli de colère et d’amertume ! Une épave qui ne vaudra bientôt pas mieux que la créature que tu affrontes aujourd’hui… s’il n’est pas déjà trop tard…
Des images trop précises se formèrent dans l’esprit de Rowane. Elle avait cessé de compter les nuits où elle finissait par échouer devant la cellule de son frère, la poitrine gonflée de tristesse et d’impuissance. Elle avait essayé de l’aider, d’investir sa conscience pour la tracter jusqu’à la surface, mais chaque tentative s’était soldée par un échec cuisant.
Chassant ces pensées funestes, elle se concentra sur le wendigo. Ravala la boule qui obstruait sa gorge et humidifiait ses yeux…
Le Forum offrait de larges espaces à ses membres, ce qui se révélait loin de l’image d’une prison même si les limites constituaient effectivement une entrave à leur liberté. Toutefois, il s’agissait d’une mesure nécessaire à leur survie à tous. C’était ça ou périr. Au jeu de « Je te dégomme », les Cavaliers de l’Apocalypse n’étaient pas leurs seuls ennemis. Après les avoir déifiés ou diabolisés, les humains les avaient traqués avec une audace confondante, vu leur faiblesse physique. Mais, face à la vague impétueuse, les démons avaient été défavorisés par le nombre.
— Tu ne serais pas obligé de vivre dans les profondeurs, l’informa Rowane.
La jeune femme subodorait pourtant que la créature ne supporterait pas l’enfermement dans l’un des complexes de décompensation, en dépit des vastes espaces extérieurs. Le wendigo avait une aura d’une pureté qui proclamait qu’il avait connu le monde du temps où les démons étaient vénérés et déifiés. L’illusion de puissance avait façonné la perception de ceux qui avaient grandi à cette époque et avait formé une élite au milieu des non humains. Ces démons avaient refusé d’évoluer, même lorsque leur propre survie s’était retrouvée dans la balance. La meilleure preuve en était le destin des sangs purs. Ces derniers n’avaient pas su s’adapter au nouvel échiquier mondial et avaient méprisé leur vulnérabilité, comme si ce n’était rien de plus qu’une vue de l’esprit. Ils étaient pourtant dans les premiers à être tombés sous les coups des humains. Ensuite, ils avaient été traqués pour ce qu’ils représentaient. Traqués et éradiqués. Oh ! L’espèce démoniaque, malgré le métissage, restait forte et capable de briser un humain d’un seul regard, mais elle était passée du statut de prédateurs incontestés à celui de proies potentielles. Et cela faisait une sacrée différence !
— Tu veux m’enfermer dans une cage, petite ? éructa la créature, ses yeux perdant leur teinte ardoise.
Merde ! Rowane s’épuisait plus vite qu’elle ne l’avait prévu. Ses entraves ne faiblissaient pas encore, toutefois elle percevait la détérioration qui menaçait. Elle décida qu’il était temps pour elle de franchir l’étape suivante.
Exacerbant la puissance de son don, elle sourit en constatant que le wendigo s’abandonnait à son contrôle. Elle en profita pour s’infiltrer dans sa conscience et hoqueta devant le spectacle qui l’attendait. L’esprit des solitaires ressemblait en général à une vaste plaine aride et brûlée. Tout était noir et malodorant.
Chez le wendigo, si l’espace obscur et dévasté était bien là, d’immenses murs gris bornaient les contours ravagés, comme si ces derniers avaient pour mission de limiter la pourriture de la folie. Sur la surface imparfaite, des glyphes de lumière attirèrent l’attention de Rowane, et elle affina sa vision psychique pour les déchiffrer, discernant une puissance intrigante à la consistance graisseuse.
Un sombre pressentiment la saisit à la gorge. Un pressentiment qu’elle n’eut pas le temps d’approfondir : une force extérieure expulsa son esprit de celui du wendigo. Elle reprit conscience de son environnement en battant des cils et se raidit en captant des frémissements suspects derrière les buissons.
Ils n’étaient plus seuls dans la clairière… La panique referma son poing sur ses entrailles, déversant un goût de bile amer dans sa bouche.
— Dog ! cria-t-elle en guise d’alerte.
Son coéquipier n’eut pas le temps de se mettre à couvert. Deux boules de feu jaillirent dans la nuit et l’envoyèrent valser dans les airs. Rowane le vit s’écraser au pied d’un arbre, mais ne put s’élancer vers lui. Le wendigo s’était libéré de son emprise. D’un bond malhabile, il la renversa sur le sol et s’abattit de tout son poids sur elle. Le choc lui coupa littéralement le souffle, et des étoiles jaunes explosèrent derrière ses paupières quand sa tête cogna sur la roche.
Nom de Dieu !
Le wendigo se pencha vers elle et expira profondément, arborant une dentition de piranha. Son haleine fétide donna la nausée à Rowane, mais le salopard l’écrasait sous son corps, entravant ses gestes. Impuissante ( impuissante ? réagit le phénix, outré), la pisteuse feula de rage et écopa d’un rire moqueur en retour.
Les mâchoires verrouillées, Rowane se força à respirer calmement, consciente que ses glyphes se mouvaient tel un ballet de corbeaux des enfers. Son phénix était sur le point d’émerger, furieux qu’elle se liquéfie sous une étreinte qui la révulsait d’autant plus que la langue du wendigo se baladait avec nonchalance sur sa peau, lapant la sueur qui dégoulinait dans son cou.
— T’as bon goût, petite, s’enthousiasma l’enfoiré. Moi et mes copains, on va se délecter de ta chair si savoureuse…
Rowane esquissa un rictus plein de fiel. Sa minceur conduisait toujours ses ennemis à la croire faible et fragile. En vérité, elle adorait voir la lueur de stupéfaction dans leurs regards quand ils réalisaient qu’ils s’étaient sacrément fourvoyés. Centimètre par centimètre, elle dégagea son mollet droit. Le wendigo était tellement obsédé par son odeur qu’il semblait indifférent à tout ce qui se déroulait autour d’eux. Il continuait de la lécher, ronronnant comme un beau salopard.
— Détrompe-toi, chéri, j’ai le cuir dur !
Elle déplia brusquement sa jambe pour frapper du genou l’arrière de la tête de son assaillant, le déséquilibrant juste assez pour qu’il retombe sur le côté. Elle n’eut pas besoin de plus pour rouler, loin du wendigo, se redresser et le faucher. La lame intégrée dans la semelle de ses chaussures de combat sectionna peau et muscles sans difficulté, faisant couler le sang épais et nauséabond.
Le démon s’écroula sur le sol dans un cri de rage, l’œil irradiant d’un feu létal.
Oups ! Je l’ai foutu en rogne, le pauvre chou.
Bien joué  ! s’enthousiasma son phénix, savourant l’odeur métallique du sang de leur ennemi.
— Je ne serais pas contre un peu d’aide, l’apostropha une voix rauque.
Dog luttait contre trois adversaires qui l’avaient cerné, espérant probablement une victoire rapide. Rowane fronça de nouveau les sourcils. La coopération entre solitaires n’existait pas. Pas plus que le ralliement autour d’un objectif commun. Alors que foutaient ces enfoirés à combattre ensemble ?
Au moment où Rowane allait rejoindre son partenaire, deux énormes gobelins se plantèrent devant elle et lui coupèrent la route. Elle jura entre ses dents, agacée par cette traque, qui évoluait définitivement en catastrophe intersidérale. Pour parfaire le décor, prouvant qu’il n’était pas hors course, le wendigo à terre diffusa dans l’air de nouvelles ondes magiques. Dog exhala aussitôt une peur acide qui fit virer ses beaux yeux bleus à un jaune pisseux.
Rowane sut qu’ils étaient à la croisée des chemins. Ce changement augurait d’un pétage de plomb dans les règles de la part de son coéquipier. Si sa part démoniaque raffolait des bagarres, celle de Dog… versait dans le carnage absolu.
— On dirait que t’as besoin d’une paire de cojones , mec, aboya le wendigo dans un éclat de rire qui fila la chair de poule à Rowane.
Cette fois, Dog avait atteint les limites de sa patience. Sous le coup de la colère, son double satanique émergea, libérant des cornes sur le sommet de sa tête et une queue griffue. La transformation gonfla ses muscles et fendilla sa peau humaine pour révéler un cuir rouge parsemé de veines saillantes noires. Ses vêtements ne résistèrent pas à ce traitement et finirent en lambeaux à ses pieds.
De la fumée sortit des narines frémissantes du pisteur, et Rowane jura copieusement. Comme tous les quarterons, Dog avait du mal à gérer son démon. Il utilisait facilement la force induite par sa nature, mais évitait d’en appeler physiquement à la bête. Celle-ci se révélait vite incontrôlable, considérant tous les êtres alentour comme des ennemis. Rowane comprise… Mais, pour l’heure, il se contenta de sauter sur le solitaire le plus proche de lui. Il l’égorgea au moment où l’un de ses comparses, un manticore à la dentition impressionnante, refermait les mâchoires sur son bras. Doxor – la version démoniaque de Dog – hurla de douleur, ses yeux rougeoyant de plus belle. Dans un cri déchirant, il se rua sur ses adversaires, déchaîné, et transforma un autre de ses agresseurs en… pâtée pour chat.
Rowane esquissa un rictus dégoûté devant l’amas de chair sanguinolente, puis se secoua, ignorant Doxor, qui n’était pas encore un danger immédiat pour elle, pour se concentrer sur les gobelins. Ses ailes palpitaient sous sa peau à mesure que la menace enflait, l’exhortant à libérer sa part démoniaque. Le phénix s’imposa dans une gerbe d’or, déployant ses ailes enflammées. La silhouette incandescente lâcha un feulement aigu et passa aussitôt à l’attaque. Elle lança une boule de feu vers son premier assaillant et le tua sur le coup, tout en évitant les décharges énergétiques du second gobelin.
La démone n’eut pas le temps de s’en réjouir. Six nouveaux sauvageons émergèrent des ténèbres, un sourire carnassier sur les lèvres.
— Surprise ! Surprise ! ricana le wendigo, la moquerie remplaçant la grimace de douleur sur son visage.
— La ferme ! siffla le phénix avant de céder à son envie de museler l’infecte créature en le faisant rôtir.
Le décès du wendigo ne perturba pas ses acolytes, pas plus que la puissance de feu de leur adversaire. Mourir ne les effrayait pas, comprit Rowane, ce qui les rendait difficilement vulnérables. Le hic, c’est que d’ordinaire, ils ne se baladaient pas en meute. À deux contre huit, elle ne donnait pas cher de leur peau, sauf à ce qu’ils capitulent et se replient. Une solution inacceptable pour sa démone, mais la jeune femme ne voyait pas d’autre issue. D’autant que Doxor était blessé et peinait à maintenir ses adversaires à distance. Son bras droit, celui que le manticore avait mordu, pissait le sang et pendait bizarrement, comme s’il était paralysé.
Le phénix finit par se résoudre à fuir. Il releva ses ailes et incendia le sol en libérant des vagues de feu qui trouvèrent un écho dans les boules de flammes qu’il dispersa aux quatre vents. La pluie d’étincelles brûla la peau de ses ennemis tandis que la terre se fissurait sous leurs pieds. Un subterfuge qui lui permit de s’élever plus haut dans les airs et de foncer sur Doxor pour le soulever et l’entraîner au-dessus de la cime des arbres. L’exercice se révéla plus périlleux que prévu. Inapte à saisir la portée du geste de sa coéquipière, Doxor se débattit pour échapper à son étreinte et manqua les faire chuter. Le phénix feula, réprimant son envie d’assommer le leprechaun, mais il avait besoin de lui valide, pour détaler une fois au sol. Car, une chose était sûre : vu le poids de son partenaire et son incapacité à se tenir tranquille, ils n’avaient aucune chance de s’éloigner assez pour être hors de danger. Comme pour le confirmer, une avalanche de boules de feu illumina le ciel. La démone évita les projectiles en louvoyant, puis décida de voler en rase-mottes au-dessus des cimes effilées, soulagée qu’aucun des solitaires ne soit en mesure de leur filer le train par la voie des airs. Elle jubila en apercevant sa voiture, sagement garée sur le bas-côté de la route. Un rictus revanchard sur les lèvres, elle lâcha Doxor à quelques mètres du sol, ravie de l’entendre jurer comme un charretier lorsqu’il percuta violemment la terre meuble.
Une juste vengeance, estima-t-elle, puisque ce crétin lui avait déchiré les poignets avec ses griffes pendant qu’elle le tractait.
Merci de me l’avoir énervé un peu plus , pesta Rowane à l’arrière-plan.
Pour toute réponse, la démone ricana. Dans un soupir, la jeune femme reprit le contrôle, ainsi que son apparence humaine, et courut déverrouiller les portes de sa voiture, un œil fiché vers la canopée obscure. Elle n’entendait pas les solitaires, mais était prête à parier qu’ils fouillaient les bois à leur recherche. Doxor gronda dans son dos, hostile et résolu à en découdre.
— Ce n’est pas le moment, mon grand, le réprimanda-t-elle d’une voix impérieuse, en usant de son don de chuchoteuse. On vient de se prendre une dérouillée, et je n’ai pas particulièrement envie de remettre le couvert. Donc soit tu te calmes et tu montes gentiment dans le coffre, soit tu restes ici et tu te débrouilles tout seul.
Un éclat azur darda du regard du démon, preuve que Dog luttait pour émerger. Il échoua, mais la ligne de ses épaules se détendit imperceptiblement. Doxor grommela, désormais plus boudeur que colérique. Rowane soupira de soulagement, puis grimaça en avisant les lèvres dégoulinantes de chair avariée et de sang.
— Beurk ! Je te préviens, lui signala-t-elle, tu ne montes pas dans ma voiture avant d’avoir fait un brin de toilette !
Dans la même ...

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