Double crime rue Vieille du Temple
110 pages
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Double crime rue Vieille du Temple , livre ebook

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Description

C’est l’émoi, rue Vieille-du-Temple, un double crime vient d’être perpétré dans l’échoppe « Aux cent mille bouquins » du père la Calotte. Le pauvre commerçant a été retrouvé criblé de balles parmi ses vieux papiers. À ses côtés, une dame du monde gît, elle aussi, tuée par arme à feu, mais de calibre différent.


Le commissaire Jules TROUFFLARD, chargé de l’enquête, va devoir s’imprégner de l’ambiance du quartier afin de faire connaissance avec les voisins qui sont tous des suspects potentiels.


Heureusement pour le policier, un témoin, Isidore, a assisté aux meurtres. Or, celui-ci s’avère peu coopératif, voire même agressif envers les inconnus. De toute façon, il ne sera guère bavard, Isidore étant le chat du bouquiniste...

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 8
EAN13 9791070033487
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0011€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

CHAPITRE I
LA MÔME ANGORA DÉCOUVRE UN ÉTRANGE SPECTACLE

Titi Titou, garçon de courses d' Évariste Tacon fils, « accessoires de pharmacie », causait sur le trottoir avec la môme Angora, apprentie chez Hortense sœur « Plumes et duvets ». Quelques minutes avant l'ouverture du magasin, ils avaient coutume de se rencontrer devant l'étalage impudent et quasi obscène de poires en caoutchouc et de canules. Leurs yeux n'étaient pas offensés par un spectacle devenu familier.
Titi Titou subissait les disgrâces de l'âge ingrat. Son pantalon trop court attestait qu'il avait grandi trop vite, sa tignasse rousse, hérissée d'épis, demeurait rebelle à tous les cosmétiques et son front bourgeonnait, car c'était le printemps. La môme Angora l'admirait cependant : plus aveugle encore que les autres est le premier amour.
L'apprentie avait quatorze ans, l'âge de Juliette, et elle était fière d'avoir éveillé une folle passion dans le cœur d'un mâle, fût-il un gamin de seize ans encore mal dégagé des incertitudes et des troubles de l'adolescence. Ce matin-là, c'est avec fièvre qu'elle contait à son soupirant émerveillé l'intrigue du nouveau film projeté par le Coliseum de la Bastille.
Dans la rue aux pavés inégaux, un charreton en route pour le marché aux fleurs, avait laissé traîner derrière lui, entêtante et grisante, une odeur de muguet. C'était bien le printemps, le printemps de Paris qui éclate soudain comme une fanfare. Il envahissait tout et jusqu'à l'étroite rue méprisée par le soleil. Le ciel était, par-dessus les toits, très tendre et souriant.
La boutique d' Évariste Tacon fils occupait, rue Vieille-du-Temple, la majeure partie du rez-de-chaussée d'une maison sans style et sans âge, qui faisait triste mine à côté des hôtels vénérables qui, déchus de leur splendeur ancienne, abritaient des commerces hétéroclites : ornemaniste, éponges en gros, diamants et perles, gravure à l'eau-forte, fantaisies pour confiseurs, collages à façon, soies de sanglier et crins pour brosses, telles étaient les professions qu'on pouvait lire sur les plaques et sur les enseignes. Un étage unique, coiffé de mansardes, abritait, au-dessus de l'officine d' Évariste Tacon fils, l'industrie d' Hortense sœur . Enfin, à côté du magasin était logé, fort à l'étroit si l'on en jugeait par la place qui lui était laissée sur la façade, un autre commerce, « Aux cent mille bouquin... » : c'est ainsi que des lettres, à moitié effacées, précisaient de façon quelque peu prétentieuse, la destination de cette échoppe.
La môme Angora s'interrompit dans son récit pour prêter l'oreille à un bruit qui parvenait de la bouquinerie :
— Écoute, Titi, c'est la voix d'Isidore. Il est enfermé dans la boutique, le pauvre.
— Tu crois, Belle ?
— J'en suis sûre, le père la Calotte a dû l'oublier. Il est d'ailleurs en retard, le père la Calotte.
Dans le quartier, des sobriquets remplaçaient les noms qui, d'ordinaire, demeuraient ignorés. Isabelle Biju – que Titi Titou appelait Belle – avait été appelée la môme Angora depuis le jour où elle avait arboré un manteau neuf adorné d'un col de fourrure. « C'est du lapin, avait observé, jalouse, une copine ». « Oui, avait répondu Isabelle, mais c'est du lapin angora. » Elle avait dit ce mot avec tant de sérieux, d'ostentation naïve qu'elle était devenue la môme Angora.
Et c'est parce qu'on ne l'avait jamais vu la tête nue, que le bouquiniste avait été surnommé « le père la Calotte ».
Nul n'a jamais su par qui et comment avait été rebaptisé Titi Titou.
Isabelle continuait à se préoccuper du sort d'Isidore.
— Il faut que je le délivre, dit-elle.
— Tu ne pourras pas, la boutique est fermée, observa Titi Titou.
— On va voir. Si, par hasard, le père la Calotte avait oublié de fermer à clef le cadenas.
Sous les doigts de la jeune fille, le cadenas s'ouvrit. Belle pénétra dans le magasin.
Un cri perçant retentit. Titou bondit, mais il n'eut que le temps de recevoir dans ses bras son amie qui s'évanouit tandis que, les yeux phosphorescents, les poils hérissés, la queue en bataille, Isidore apparaissait sur le trottoir. Car Isidore était un chat.
Après avoir confié son amie à Hortense sœur, arrivée à propos, Titi Titou prit ses jambes à son cou pour se rendre au quai des Orfèvres. Avec autorité, il demanda, dans les locaux de la Police Judiciaire, qu'on lui indiquât le bureau du commissaire Troufflard dont il connaissait les exploits.
Par chance, Troufflard était présent. Pendant toute la nuit, relayé par quelques inspecteurs, il avait interrogé un « dur » un perceur de murailles auquel il venait enfin d'arracher des aveux. Tout ensemble satisfait et abruti, Troufflard s'était écroulé dans un fauteuil qui vomissait ses crins par maintes blessures. Il n'avait même pas eu la force d'allumer un de ses ignobles cigares noirs, qu'il mâchonnait. Jetant sur Titi Titou un regard atone, il lui dit :
— F... le camp, sale gosse, et laisse-moi dormir.
Le gamin ne se laissa pas démonter par cet accueil revêche. Après Isabelle, il avait contemplé un spectacle d'horreur qu'il sut décrire de façon si impressionnante que Troufflard, avec un soupir qui ressemblait à un rugissement, se dressa.
— Cochonnerie de cochonnerie de métier ! bougonna-t-il. Je suis claqué. Mais je ne peux tout de même laisser l'affaire à un autre.
Il cria dans le couloir :
— L'inspecteur Sylvestre est arrivé ? Oui... alors qu'il descende, je l'emmène... Petit, je te suis. Nous irons à pied : j'ai besoin d'un peu d'air pour me remettre en train.
Dehors, Troufflard se sentit, d'un coup, ragaillardi. Mai redonnait aux hommes la joie de vivre. Une tiédeur délicieuse coulait dans ses membres engourdis par l'hiver. Des oiseaux chantaient. Lavé de frais, le ciel semblait avoir choisi la couleur des enfants de Marie. La Seine royale roulait dans ses eaux l'or des rayons dispensés par un soleil devenu soudain prodigue. Des femmes arboraient déjà de claires robes estivales. Dans l'air flottaient des parfums de jeunesse, de renouveau, de désir.
Marchant au côté de Titi Titou, qui se hâtait, Troufflard transpirait dans le vieux pardessus que, machinalement, il avait jeté sur ses épaules. Il n'avait pas eu le loisir de faire sa toilette, de se raser. Avec sa silhouette tassée et rugueuse, son allure lourde, sa moustache anachronique, il pouvait être pris pour quelque paysan qui débarquait dans la capitale après une nuit de voyage en troisième classe. Et, en réalité, il était demeuré, malgré un séjour déjà long à Paris, le robuste montagnard de l'Ardèche dont une étrange vocation avait fait un policier.
Brutal et rusé, violent et, tout au fond de lui, pitoyable, il avait conservé l'état d'esprit, les réactions, les sentiments des bergers, des rouliers, des cabaretiers qui, à travers les siècles, avaient composé la lignée des Troufflard, demeurée obscure jusqu'au jour où une enquête retentissante devait révéler aux foules le nom du dernier descendant de la race.
Il est devenu banal de constater que les contraires s'attirent. Arraché par Troufflard à la brigade mondaine, l'inspecteur Sylvestre authentique fils de famille qui avait fait des bêtises, conservait la tenue élégante et l'aisance d'un homme du monde. Il faisait même un peu gandin. Au début de sa collaboration avec Troufflard, ce n'est pas sans quelque gêne, voir quelque honte qu'il déambulait de conserve avec un gaillard vêtu comme l'as de pique, que l'on pouvait prendre pour un bougnat. Mais l'admiration qu'il vouait à un chef à la rudesse quasi paternelle avait tout effacé. Sylvestre était attaché à Troufflard par toutes ses fibres. Il l'aimait et absolu était son dévouement.
Par les rues étroites, pittoresques et souvent équivoques du vieux Paris, le trio gagna la boutique du père la Calotte qui, de loin, était signalée par le rassemblement formé devant sa porte. Deux agents avaient organisé spontanément un service d'ordre qui contenait la foule des curieux attirés par l'annonce du crime, cette attraction d'un exceptionnel attrait pour les badauds.
Troufflard se fraya à coups d'épaules un chemin dans la masse des curieux et pénétra dans la bouquinerie. D'un coup d'œil, il inspecta et photographia les lieux ; sa rétine constituait la plus fid

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