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L'assassinat du marquis

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Description

Le juge d’instruction Mercier, chargé de l’enquête sur la mort du marquis de Jarmier n’a aucun doute sur l’identité de l’assassin. Tout accuse son intendant Pierre Gormas. Malgré ses protestations, le suspect est arrêté.


Mais un Japonais qui dit s’appeler Iko TEROUKA et être un détective sur la piste des tueurs du richissime comte d’Osugawa se présente au magistrat et lui annonce que Gormas est innocent et qu’il se fait fort de retrouver le coupable.


Le lendemain, le juge Mercier reçoit la visite d’un autre homme prétendant être le véritable Iko TEROUKA...

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Informations

Publié par
Nombre de lectures 10
EAN13 9791070034606
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0015€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

AVANT-PROPOS
Dans la littérature populaire française, il est des auteurs encore plus cultes que les plus cultes des auteurs populaires.
Ainsi, s'il est indéniable que Georges Simenon, Frédéric Dard, Léo Malet... sont parvenus à des sommets dans l'esprit des lecteurs, d'autres écrivains qui, parce qu'ils sont demeurés inconnus aux yeux du grand public actuel alors que leurs textes émerveillent encore l'esprit des lecteurs d'antan et de trop rares passionnés d'aujourd'hui, ont réussi à supplanter, dans la tête de ceux-ci, leurs célèbres pairs susnommés.
Car, là où certains ont atteint la postérité grâce à une édition systématique de leur production sous le format pérenne du roman « classique », d'autres ont échoué dans la quête d'« immortalité littéraire » malgré quelques livres gravés de leurs noms – Rodolphe Bringer, Gustave Gailhard, Jean-Toussaint Samat…, par exemple.
Mais, qu'en est-il des écrivains dont les textes n'ont jamais inondé les pages d'un « vrai » bouquin qui dure, qui se prête, se revend et s'échange ?
Un auteur, en particulier, connaît la réponse puisque son surnom de « écrivain sans livre » explique, à lui seul, pourquoi il demeure inconnu de la plupart des lecteurs de notre époque.
Pourtant, son immense production, les genres dans lesquels il a œuvré, les personnages qu'il a animés, écrasent toute concurrence.
Son nom : Joseph Théophile Maurice MOSELLI alias José MOSELLI .
José MOSELLI est né le 28 août 1882 à Paris et est mort le 21 juillet 1941 au Cannet.
Parlez de José MOSELLI à un passionné de littérature populaire et vous êtes assurés de voir ses yeux clignoter de plaisir. Évoquez-le devant un lecteur lambda et vous constaterez immédiatement que ce nom ne lui évoque rien.
L'auteur est devenu tellement « Culte » auprès des aficionados de littérature populaire, autant par son parcours que par sa production, que l'on peut encore croiser des lecteurs dont les pères ou grands-pères leur contaient, enfants, leurs souvenirs de feuilletons désormais introuvables dont l'écrivain a inondé les journaux de l'époque.
Son parcours est celui d'un enfant de famille aisée qui, avide d'aventures, fugue à treize ans pour s'engager comme mousse sur un navire. Les années suivantes furent un gage de souvenirs d'évènements, de personnages et de lieux qui nourriront sa plume par la suite.
Brimé, maltraité, le gamin s'offre corps et âme à son boulot. Mais son esprit voyageur en fait un déserteur malgré lui. Alors, il continue à naviguer et à découvrir le monde avant de rentrer en France pour être traduit en « conseil de discipline ». Les juges furent cléments et organisèrent l'éducation du jeune homme qui devint Officier de la Marine marchande. Ses aventures se poursuivirent, mais, lassé, José MOSELLI chercha à se stabiliser en acceptant un poste de journaliste en charge de la rubrique « L'actualité maritime ».
En parallèle, il écrit des contes et des nouvelles et entrera en contact avec les Éditions Offenstadt pour lesquelles il produira un nombre incalculable de feuilletons pour divers journaux et magazines.
Parmi ces séries, on pourra citer l'une de ses premières si ce n'est la première : « W... vert » édité dans le magazine « L'Intrépide » de 1910. Mais, également : « John Strobbins, détective cambrioleur », « Les aventures fantastiques d'un jeune policier », « Le roi des boxeurs », « Le baron Stromboli », « Les champs d'or de l'Urubu », « Les naufrageurs de l'air », « La prison de glace », « Le Club des Trois », « M. Dupont, détective », « Browning & Cie », « La momie rouge », « Triplix l'insaisissable »... et des dizaines d'autres qui s'étalaient sur des centaines d'épisodes à travers des années et des années.
Parmi ces feuilletons, certains sont devenus « cultissimes » et plusieurs fois réédités et d'autres sont comme le Saint Graal, tout le monde en parle, tout le monde les cherche, mais personne n'a réussi à mettre la main dessus – du moins, plus grand monde de vivant.
Si, certains de ses feuilletons d'anticipation, comme « La fin d'Illa », « Le messager de la planète » ou « La guerre des océans » ont eu le privilège d'être réédités à la fin du siècle dernier, toute la partie « policière » de l'œuvre de José MOSELLI a lentement disparu avec ses supports papier vieux de plus de 80 ans.
Dans cette production particulière, si certains personnages ou certaines séries, comme « John Strobbins, détective cambrioleur » , évoquent quelque chose aux plus férus passionnés des textes de l'auteur, d'autres, comme « M. Dupont, détective », étaient même oubliés de ceux qui n'oublient pourtant pas.
Mais il existe deux séries policières qu'il était inenvisageable, jusqu'à ce qu' OXYMORON Éditions mette son nez dans la production de l'auteur, de pouvoir lire ou relire un jour ou l'autre.
La seconde est « Browning & Cie » , une série diffusée dans le magazine « Le Cri-Cri » à partir d'octobre 1922 et ce jusqu'à février 1935. Mais nous y reviendrons probablement dans quelques mois (en clair, nous envisageons sérieusement une réédition de cette série dans un avenir plus ou moins proche).
La première se nomme de façon éponyme « Iko Terouka » et conte les enquêtes d'un détective japonais à travers le monde.
« Iko Terouka » est une série qui a été écrite pour le magazine « Le Petit Illustré pour la Jeunesse et la Famille » des éditions Offenstadt et qui a été diffusée entre le mois de décembre 1919 et le mois d'avril 1935 à raison d'une page par semaine (page alternant illustrations et texte).
« Iko Terouka » navigua donc sur près de 800 numéros dudit magazine, et ce, sur presque 16 ans.
Réunir l'intégralité de la série relevait donc de la « mission impossible ». Mais l'équipe d' OXYMORON Éditions , mue par une passion pour la littérature populaire sans commune mesure et une volonté de proposer aux lecteurs d'aujourd'hui, des textes introuvables d'hier, ne s'est pas avouée facilement vaincue. Notre volonté étant de faire revivre notre patrimoine culturel en général et celui de José MOSELLI , en particulier, – ce n'est pas pour rien que vous pouvez retrouver dans notre catalogue, du même auteur, « John Strobbins, détective cambrioleur », « M. Dupont, détective » et « La momie rouge » – nous avons mené un combat perdu d'avance pour mettre la main sur les textes de la série « Iko Terouka » .
Mais comment parvenir à réunir 800 numéros consécutifs d'un magazine qui date de près d'un siècle ?
Car, si la série est évoquée sur des sites ou des ouvrages consacrés à l'auteur, aucun renseignement ne précisait s'il s'agissait d'une seule et même histoire (ex. : « La momie rouge » ) ou bien de plusieurs épisodes collés les uns aux autres sans délimitation précise (comme pour la série « M. Dupont, détective » ).
Pour en savoir plus, il fallait donc réussir à mettre la main, non pas sur le Saint Graal, mais sur 800 Saint Graals.
Malgré toute notre passion, notre bonne volonté et notre patience, nous devons avouer qu'au bout de plusieurs mois de vaines recherches durant lesquelles nous nous étions procuré quelques dizaines de numéros consécutifs (juste assez pour faire naître l'espoir et, surtout, prendre conscience que la série était bel et bien composée d'épisodes non délimités qui se suivaient les uns les autres), nous avions baissé les bras et envisagions de mettre un terme à notre quête quand le hasard nous mit sur la route d'un collectionneur passionné des magazines jeunesses des éditions Offenstadt !
Cependant, même cette personne qui collectionnait depuis des décennies, les divers magazines, dont celui qui nous intéressait, n'était pas en possession de l'intégralité des 800 numéros que nous recherchions.
Pour autant, il avait en sa possession suffisamment de numéros pour nous permettre d'établir une liste quasi exhaustive des épisodes qui composaient la série (que vous retrouverez à la fin de cet avant-propos).
Heureusement, les passionnés sont généreux et, grâce à cette personne, nous pûmes entrer en possession des textes d'une grande partie de la série et réunir plusieurs épisodes afin de pouvoir les proposer ensuite à nos lecteurs.
Cependant, malgré tous nos efforts (et ceux du passionné en question), il nous fut impossible de réunir l'intégralité de la série (du moins, pas encore), aussi, nous ne vous assurerons pas être en mesure de pouvoir rééditer l'ensemble des textes autour du personnage d' « Iko Terouka » . Pour autant, les épisodes n'ayant pas réellement de liens entre eux, cela ne nuira en rien à votre lecture.
Pour terminer, il nous semble important de préciser que nous vous proposerons, tant que faire ce pourra, les épisodes dans l'ordre de première édition à quelques exceptions près.
Tout d'abord, le tout premier épisode demeure encore indisponible du fait qu'il nous manque un numéro du magazine pour le posséder intégralement. Si nous mettons la main dessus, nous n'hésiterons pas à vous proposer cet épisode dans le futur.
Ensuite, du fait de la disparité de tailles des épisodes, afin que le lecteur ne se retrouve pas surpris, d'un achat à l'autre, de ne pas avoir un même temps de lecture et ne se sente floué, nous avons décidé de regrouper les épisodes afin de former, comme pour les aventures de « John Strobbins, détective cambrioleur » , des tomes de tailles homogènes. Seulement, pour ce faire, il est possible qu'un épisode soit déplacé afin de faciliter notre tâche. Rassurez-vous, comme les épisodes n'ont pas de réels liens entre eux, cela ne nuira pas à votre lecture non plus.
Pour cette réédition, et comme cela avait déjà été le cas pour « La momie rouge » et pour « M. Dupont, détective » , la découpe en chapitres des épisodes respecte l'édition d'origine. En clair, chaque chapitre correspond au contenu d'un numéro du magazine de l'époque. Aussi, pour vous replonger dans la peau du lecteur d'hier, vous pourrez vous contenter de lire un chapitre par semaine (la série était éditée dans un magazine hebdomadaire), mais il y a fort à parier que vous ne pourrez résister à l'envie de dévorer les épisodes le plus vite possible.
Avant de vous laisser découvrir les aventures d' « Iko Terouka » , comme promis, voici une liste quasi exhaustive des épisodes composant la série. Cette liste est développée selon l'ordre chronologique de première édition et ne correspondra pas, pour les raisons invoquées plus haut, parfaitement à l'ordre d'édition que nous vous proposerons (mais les titres des épisodes seront de toute façon signifiés dans chaque tome). Les titres des épisodes n'étant pas précisés par l'auteur, ils sont juste indicatifs et résultent d'une lecture en diagonale des épisodes (sauf ceux qui ont déjà été travaillés pour cette réédition) et pourront être amenés à être changés en cours de route pour mieux coller à l'histoire.
Nous avons donc dénombré au moins 41 épisodes (il est fort probable qu'un épisode soit perdu dans les magazines sur lesquels nous n'avons pas réussi à mettre la main, ce qui amènerait le total des épisodes à 42 au plus) :
1) L'assassinat du marquis (n° 795 à 842)
2) Les rubis du temple de Siva (n° 843 à 855)
3) La jonque disparue (n° 856 à 876)
4) Meurtre sur l'« Indianola » (n° 877 à 885)
5) Le diamant de la Gold Mining Corp (n° 886 à 901)
6) L'empoisonneur de Tamatave (n° 902 à 913)
7) Le billet de loterie (n° 914 à 933)
8) Le consul de France (n° 934 à 941)
9) L'assassinat du banquier (n° 941 à 949)
10) Le serpent « requiem » (n° 950 à 964)
11) Le Ranch de L'Étoile Rouge (n° 965 à 976)
12) Le ver meurtrier (n° 977 à 989)
13) L'employé de banque (n° 990 à 998)
14) Le Fjord de Rofulshom (n° 999 à 1004)
15) Le mystère d'Elsingham manor (n° 1005 à 1017)
16) L'innocent de Pernambuco (n° 1018 à 1027)
17) Les extorqueurs de la pampa (n° 1028 à 1047)
18) Le scorpion vert (n° 1048 à 1067)
19) Les Sorciers d'Indramayu (n° 1068 à 1097)
20) L'étrange aventure des îles Kuriles (n° 1098 à 1112)
21) Les assassins du receleur (n° 1113 à 1124
22) Les incendiaires invisibles de Mexico (n° 1125 à 1148)
23) Les geysers de feu d'Auckland (n° 1149 à 1163)
24) Le ranch Rouge (n° 1164 à 1179)
25) Le roc du Diable (n° 1180 à 1198)
26) Les voleurs de radium (n° 1199 à 1214)
27) La Tortue d'or (n° 1215 à ????)
– Il y a peut-être un épisode qui s'insère ici
28) Le pêcheur norvégien (n° ???? à 1274)
29) Le chercheur de diamants de Kimberley (n° 1275 à 1294)
30) Le mystère sanglant du château de Glen Murdoch (n° 1295 à 1324)
31) Les pépites disparues (n° 1325 à 1339)
32) L'homme aux mains vertes (n° 1340 à 1377)
33) La ténébreuse affaire de poison et de mort (n° 1378 à 1398)
34) La momie de sel (n° 1399 à 1423)
35) Le toreador meurtrier (n° 1424 à 1438)
36) La balancelle Stella-Maris (n° 1439 à 1459)
37) L'assassinat de l'orfèvre (n° 1460 à 1482)
38) Le mystère des deux cimeterres (n° 1483 à 1514)
39) Le vol de la Main de Fer (n° 1515 à 1531)
40) L'ingénieur anglais (n° 1532 à 1563)
41) L'empoisonneur japonais (n° 1564 à 1592)

« OXYMORON Éditions » souhaite que, grâce au travail passionné de son équipe, un grand nombre de lecteurs découvre ou redécouvre le talent d'un auteur injustement oublié.



N.B . Pour en savoir plus sur José MOSELLI , sa vie et son œuvre, procurez-vous l’ouvrage intitulé « L’Apothéose du roman d’aventures, José MOSELLI et la Maison Offenstadt » publié par Encrage Édition en 2001, du regretté Jean-Louis Touchant, passionné de littérature populaire en général et de l’œuvre de José MOSELLI , en particulier, ancien président de l’association « 813 : Les Amis des Littératures Policières ».
N’hésitez pas, également, à vous rendre à l’adresse suivante – http://www.oeildusphinx.com/moselli_00.html – vous y découvrirez une mine d’informations sur l’auteur.
IKO TEROUKA,
LE CÉLÈBRE DÉTECTIVE JAPONAIS
L'ASSASSINAT DU MARQUIS
Feuilleton policier

par José MOSELLI
I

I l y eut une grande émotion dans le village de Trinville, en Normandie, lorsque le bruit se répandit que le marquis de Jarmier avait été assassiné. Le marquis de Jarmier était connu dans toute la contrée ; il vivait seul, dans son château, avec ses deux jeunes fils. La plupart des fermes du pays lui appartenaient. Mais le marquis était charitable et bienveillant : tous ses fermiers l'aimaient ; les vagabonds qui cheminent sur les routes savaient qu'il y avait toujours un morceau de pain et un verre de vin pour eux au château de Jarmier.
Et pourtant, le marquis avait été assassiné. Le garde champêtre de Trinville, en faisant sa tournée du matin, avait découvert le corps de M. de Jarmier étendu dans un chemin creux, sous une haie d'aubépines. M. de Jarmier avait reçu par-derrière une balle qui lui avait traversé la tête, le tuant du coup. L'assassin avait ensuite dépouillé sa victime : les poches du marquis étaient vides et retournées.
Le garde champêtre, Jules Durand, était un homme calme et rempli de bon sens. Il courut immédiatement avertir la gendarmerie.
Le corps du marquis fut ramené au château et la justice, prévenue, commença ses recherches.
Évidemment, l'assassin de M. de Jarmier l'avait tué pour le voler. Or, le marquis avait touché la veille une somme de soixante-dix mille francs que son intendant, Pierre Gormas, était allé chercher à la banque de Lisieux. Le juge d'instruction fit donc appeler Pierre Gormas. L'intendant de feu le marquis de Jarmier était un gros homme au visage large et rouge que flanquaient deux favoris blonds. On ne l'aimait guère ; il était loin d'être aussi généreux que son maître.
Aux époques du terme, c'était lui qui se présentait chez les fermiers pour toucher les loyers et il n'admettait pas de retard dans les paiements. Lorsque les gendarmes vinrent inviter Gormas à se rendre à Lisieux, l'intendant était en train de déjeuner avec sa femme Élise et ses trois petits enfants.
— C'est pour l'affaire de M. le marquis ? dit-il. Bon ! Je pars de suite !
Le jour même, Gormas se présenta au juge.
— Quand avez-vous remis les 70 000 francs à M. de Jarmier ? lui demanda le magistrat après l'avoir longuement considéré.
— Hier soir, vers cinq heures.
— Y avait-il un témoin de cette scène ?
— Non, monsieur le juge. Je suis entré dans le cabinet de travail de M. le marquis, où il était seul, et je lui ai remis l'argent qu'il a compté devant moi. Après, je me suis retiré.
— Vous n'avez parlé à personne de cette affaire ?
— Oh ! monsieur le juge ! Chacun sait bien que je ne parle guère, et encore moins des affaires de M. le marquis que des miennes…
— Donc, vous seul saviez que M. de Jarmier avait ces 70 000 francs ?
— Dame ! Je pense que oui, monsieur le juge ! fit Gormas. À moins, comme de juste, que M. le marquis en ait parlé à d'autres !... Il aimait à parler, M. le marquis !
— Je ne vous demande pas votre appréciation, Gormas ! Dites-moi seulement où vous vous trouviez hier soir, entre dix heures et minuit ! coupa brusquement le juge.
Gormas eut un mouvement de contrariété et se dandina d'un air embarrassé en regardant le magistrat et le greffier.
— Répondez, Gormas ! ordonna sévèrement le juge. C'est entre dix heures et minuit, d'après les médecins, qu'a été tué le marquis ; les 70 000 francs ont disparu, et vous seul, vous l'avouez, saviez que le marquis venait de les toucher ! Donc, donnez-moi l'emploi de votre temps au moment du crime !
Gormas devint violet ; ses yeux s'injectèrent de sang :
— Oh ! monsieur le juge, protesta-t-il, vous me soupçonnez ? Eh bien, je vais tout vous dire : hier soir, j'étais justement allé à un rendez-vous avec un certain Fournier qui voulait acheter une pièce de terre du côté de Bervilliers… Il m'avait même demandé de ne pas le faire savoir, car il avait peur qu'un autre acheteur le devançât et il n'avait pas encore touché l'argent qui devait lui servir à acheter ce terrain… Il devait m'attendre hier soir, au coin de la route de Bervilliers, pour me donner une réponse… J'y suis allé et ne l'ai pas trouvé… J'ai attendu pendant une heure et suis revenu. Voilà tout !
Le juge fronça les sourcils :
— Voilà une explication bien extraordinaire, Gormas ! Et vous n'avez rencontré personne, hier, en allant à ce rendez-vous ?
— Personne, monsieur le juge ! Il pleuvait à torrents…
— Donc, vous ne pouvez pas me donner une explication plausible de l'emploi de votre temps au moment du crime ! Je suis obligé de vous faire arrêter !
— Arrêter, moi ! s'écria Gormas. Oh ! Mais j'ai des lettres de ce Fournier ! Vous verrez que je ne mens pas ! Elles sont chez moi.
— C'est ce que nous allons voir, car je vais faire opérer une perquisition en votre présence ! conclut le magistrat.
II

L a perquisition chez l'intendant Gormas eut lieu le jour même. Gormas, les poignets enserrés dans des menottes, et flanqué de deux gendarmes, assista à la fouille de sa maison :
— Les lettres de ce Fournier sont dans une cassette de fer dont j'ai la clé dans la poche ! déclara l'intendant. Vous allez en trouver une, datée d'il y a trois jours, où Fournier me donnait rendez-vous pour hier soir, à 10 heures, au carrefour de la route de Bervilliers… vous verrez que j'ai dit la vérité : je suis innocent de tout cela !
La clé de la petite cassette se trouvait bien dans la poche de Gormas. Un des gendarmes, s'étant fait remettre la cassette par M me Gormas, l'ouvrit. La petite boîte de fer contenait quelques pièces d'or, des reçus des lettres de fermiers de M. de Jarmier, mais aucune lettre signée Fournier et mentionnant un rendez-vous ! Le juge montra les papiers à Gormas les uns après les autres et lui fit remarquer que la cassette ne contenait pas de lettre du mystérieux Fournier. Gormas fut pris d'un tremblement convulsif :
— Oh ! alors, je suis perdu ! gémit-il. Monsieur le juge, je vous le jure, il y avait dans cette cassette sept lettres de ce Fournier… Sept, pas une de plus, pas une de moins ! Elles étaient écrites sur du papier à carreaux, je m'en souviens… Et j'avais seul la clé de la cassette ! Si les lettres n'y sont plus, alors c'est que le diable s'en est mêlé ! Mais je suis innocent ! Je suis innocent ! Je le jure !
— C'est ce que vous essaierez de prouver au jury ! interrompit le magistrat. Pour l'instant, je constate que vous avez menti et que les lettres avec lesquelles vous comptiez expliquer l'emploi de votre temps la nuit du crime n'existent pas ! Vous avez pu le constater !
Gormas, sans répondre, baissa la tête. Il était anéanti.
La perquisition continua. Dans un coin du grenier, les gendarmes découvrirent un fusil à deux coups contenant une seule balle, l'autre ayant été tirée :
— C'est à vous, ce fusil ? demanda le juge à Gormas.
— Oui, monsieur le juge ! Je l'avais caché là pour que les enfants n'y touchent pas…
— Une balle a été tirée ! Quand vous êtes-vous servi de ce fusil ?
— Oh ! Il y a au moins quinze jours !
— Les experts verront si vous dites vrai !... Pour l'instant, moi, je vous inculpe d'assassinat sur la personne de M. de Jarmier, votre maître. Je n'ai rien d'autre à dire !
— Je suis innocent, monsieur le juge ! Sur ma tête, sur celles de ma femme et de mes enfants, je vous jure que je suis innocent ! gémit Gormas, tandis que sa pauvre femme et ses trois petites filles se précipitaient vers lui en poussant des cris déchirants.
Le juge, ému, fit emmener Gormas par les gendarmes et se retira.
Gormas, le jour même, fut transféré à la prison de Rouen. Et personne ne douta plus qu'il fût le coupable lorsque, le surlendemain, les médecins, en faisant l'autopsie de M. de Jarmier, découvrirent que la balle qui lui avait traversé la tête était d'un calibre correspondant exactement à celui du fusil de Pierre Gormas !
Ainsi, tout s'expliquait ! L'intendant avait tué son maître pour s'emparer des 70 000 francs. Grâce à la rapidité de l'enquête, il n'avait pas eu le temps de prendre ses précautions pour dissimuler les traces de son crime et avait dû se borner à raconter cette stupide histoire du mystérieux Fournier, car de ce Fournier, personne ne trouvait de traces. Tout le monde fut donc convaincu de la culpabilité de Gormas, le juge d'instruction, Mercier, plus que tout autre. L'affaire était claire, très claire. Les preuves abondaient.
Pierre Gormas savait seul que son maître venait de toucher 70 000 francs. Il ne pouvait donner l'emploi de son temps au moment du crime, et, de plus, la balle qui avait tué le marquis était juste du calibre de son fusil où manquait un projectile.
M. Mercier ayant relu et examiné de nouveau toutes les charges qui pesaient sur Gormas, allait sonner son greffier pour lui faire transmettre le dossier du procureur de la République, lorsqu'on frappa à la porte de son cabinet. C'était un planton qui remit au magistrat une petite carte de visite en parchemin portant ces mots :

Iko Terouka prie M. le juge d'instruction de bien vouloir lui accorder un entretien pour affaire très urgente.

— Iko Terouka ? murmura le magistrat, je ne connais pas… Qu'est-ce que c'est que cet homme, Bardin ?
— On dirait un Japonais… ou un Chinois, monsieur le juge ! déclara le planton. Il a des lunettes d'or…
— C'est bien. Faites entrer ! ordonna M. Mercier après un moment d'hésitation. Nous allons voir quelle est cette affaire urgente !
III
 
D errière le planton , un petit homme entra dans le cabinet de M. Mercier. Un tout petit homme qui avait l'apparence d'un garçon de quinze ans. Son visage jaune était entièrement rasé et une paire de lunettes rondes à monture d'or cachait ses yeux noirs. Il était vêtu d'un ample manteau de caoutchouc gris et chaussé de gros souliers jaunes.
— Monsieur Terouka ? fit le juge d'instruction en dévisageant le nouveau venu d'un regard investigateur.
Le petit homme s'inclina.
— Parfaitement ! dit-il en s'inclinant, un sourire fendant ses lèvres minces. Iko Terouka, de Nagasaki, et votre humble serviteur !
— Qu'avez-vous à me dire de si urgent, monsieur ?
— Vous allez en juger de suite ! fit Iko Terouka, impassible. Je viens simplement vous expliquer que vous êtes en train de commettre une erreur judiciaire. Je suis arrivé avant-hier du Japon, sur le Tumbo Maru qui m'a débarqué au Havre. J'ai une mission de mon gouvernement, ou plutôt, j'avais une mission, car elle est terminée. Alors, en attendant le paquebot qui doit me ramener dans mon pays, je me suis amusé à lire les journaux. C'est ainsi que je me suis mis au courant de l'affaire du marquis de Jarmier. Et je viens vous dire que le malheureux Pierre Gormas est innocent.
Le juge d'instruction fronça les sourcils ; il n'aimait...

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