L'Espion X. 323 - Volume III - Du sang sur le Nil , livre ebook

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C'est au terme d'une dernière aventure en Égypte, où il comptait passer une lune de miel des plus paisibles, que Max Trelam pourra enfin jouir d'un repos mérité avec la femme qu'il aime et que X. 323 retrouvera son nom et son rang. Mais cette ultime mission sera celle de tous les sacrifices, tant pour Max Trelam que pour celle qu'il aime et X. 323, son beau-frère désormais. Tous trois devront transcender un deuil terrifiant et jeter toutes leurs forces dans une lutte sans merci contre le fils du comte Strezzi, bien décidé à faire payer une dette de sang à ceux qui, puissants dirigeants ou hommes de l'ombre, ont contribué à la mort de son père.
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Publié par

Date de parution

30 août 2011

Nombre de lectures

134

EAN13

9782820608673

Langue

Français

L'Espion X. 323 - Volume III - Du sang sur le Nil
Paul d Ivoi
Collection « Les classiques YouScribe »
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ISBN 978-2-8206-0867-3
PREMIÈRE PARTIE – LA COMÈTE ROUGE
CHAPITRE PREMIER – PRÉSAGE DE SANG
Le 15 janvier, dans cet hiver égyptien doux comme un printemps, ma chère Ellen et moi, mariés depuis trois mois, nous étions postés sur la toiture-terrasse de notre joli home du Caire.
Allongés sur des chaises longues de bambou, nous rêvions.
La nuit opaline de la vallée du Nil nous entourait de sa pénombre bleue, à travers laquelle se confondaient des chants, venant de la ville, ou des daha-biehs (bateaux) amarrées sur le fleuve, d’où se détache le canal Ismaïlieh, en bordure duquel se trouvait notre demeure, poétiquement dénommée Villa de l’Abeille.
Dans la rumeur nocturne, il nous semblait discerner les inflexions rauques des âniers excitant leurs bêtes, la mélopée des conteurs narrant, à l’angle des carrefours, les prouesses d’Antar, le héros arabe, ou les aventures de la Mahmoudié aux cheveux verts.
Et, toute pénétrée de la mythologie égyptiaque, que, depuis trois mois, nous avions étudiée en de longues et douces excursions à Giseh, à la Forêt pétrifiée, à Zaouyieh-El-Arran, Aboussi, Sakhara, Memphis, Dahehour, Helouan, Ellen murmura :
– Ne vous semble-t-il pas, Max, que sur cette plate-forme dominant la ville nous devenons plus que des êtres humains ? Pour moi, je vois en vous le divin Osiris, père du Nil, et je suis Isis, casquée du croissant lunaire ; nous écoutons, du haut d’un olympe, le bourdonnement de l’humanité ; si haut au-dessus d’elle que, dans le murmure imprécis, nous ne distinguons plus le blasphème de la prière.
Je la regardai surpris. Elle continua :
– Cette sensation d’éloignement, c’est sans doute elle que les prêtres de l’antique Égypte ont voulu exprimer par l’impassibilité des dieux ; l’impassibilité qu’ils considéraient comme la caractéristique de la divinité, à ce point que la Loi Sacrée interdisait aux artistes de reproduire par le ciseau ou la couleur le mouvement, c’est-à-dire la vie apparente. L’Immobilité leur paraissait seule digne des divinités. Être immobile, sans geste de colère ou de pitié !
Elle s’interrompit brusquement, dressée d’un seul jet, le bras étendu vers un point du ciel, et son organe frémissant d’une angoisse inexplicable :
– Là ! Là !… Voyez, Max… un présage de sang !
Je regardai, frissonnant sans savoir pourquoi. Et je demeurai sans voix.
Vers l’Ouest, se déplaçant sur le ciel avec rapidité, un astre singulier venait d’apparaître.
Cela avait la figure classique attribuée aux comètes. Oui, je découvrais le noyau plus brillant, la queue dont la luminosité s’éteignait par degrés.
Une comète ne peut émouvoir un citoyen anglais, ayant fait des études suffisantes pour savoir que ces voyageuses célestes sont inoffensives.
Et cependant, mon tremblement s’accentua.
D’un geste instinctif, j’attirai Ellen contre moi. Je l’enlaçai, avec l’impression que j’avais à la défendre.
Contre quoi ? Contre qui ? Il m’eût été impossible de le dire. Ma raison était en déroute. J’étais livré à la clairvoyance mystérieuse de l’instinct.
Et puis… et puis… il y avait autre chose.
L’astre, la comète, apparaissait rouge. Elle avait, avec sa chevelure de sang rutilant sur l’indigo du ciel, un je ne sais quoi de menaçant.
Tous les journaux du lendemain se trouvèrent d’accord sur ce point, alors qu’ils relatèrent en articles compendieux, la présence inattendue de cet astre errant.
J’étreignais Ellen. Je sentais son cœur battre éperdument, et je ne trouvais pas une parole pour apaiser son émoi.
La peur était sur nous.
Tout à coup, la comète diabolique s’éteignit, ou, plus exactement, une condensation de sa masse s’opéra.
Il sembla que les vapeurs empourprées qui la composaient s’arrêtaient en leur course orbitaire, qu’elles roulaient en nuage informe. Puis sa couleur se modifia, passa du rouge au jaune.
Elle se fractionna en dix nuées lumineuses. Celles-ci se contractèrent à leur tour, et soudain prirent l’apparence d’yeux ouverts au fond du firmament.
Dix yeux d’or vert regardaient la terre.
Ils nous regardaient, nous, pantelants sur la terrasse. Et leur ensemble donnait cet aspect :

Un instant, les yeux d’Ellen se fixèrent sur les miens. Ses lèvres s’entr’ouvrirent, prononçant d’une voix sifflante :
– Les lettres ! Les lettres !
C’était vrai. Les yeux d’or s’alignaient, figurant un T et un V.
Et, grelottant dans mes bras, me communiquant la fièvre d’épouvante qui la secouait toute, Ellen murmura :
– Les lettres de mort… Frère, sœur, au secours… Sauvez-le !
– Ellen, que dites-vous ? murmurai-je, bouleversé par cette terreur inexpliquée.
Ma voix parut redoubler son effroi.
Ses dents claquaient, et comme je répétais : « Ellen, ma bien-aimée, revenez à vous ! » elle se renversa tout d’une pièce dans mes bras, évanouie.
Je l’emportai, je l’étendis sur son lit. J’appelai à grands cris Nelaïm, un jeune fellah de seize ans tour à tour valet de chambre à l’intérieur de la maison, ânier dans les promenades d’un rayon restreint, drogman (majordome-interprète) lors de nos courses aux déserts Arabique ou Lybique, entre lesquels coule la bande verdoyante de l’Égypte arrosée par le Nil. J’envoyai le garçon chez le docteur Fitz, de la résidence khédiviale.
Hélas ! le docteur, avec la franchise d’un vrai savant, m’avoua qu’il ne comprenait rien aux manifestations nerveuses d’Ellen.
Et quand, au milieu de la nuit, ma chère femme revenue à elle, je la pressai de m’expliquer ce qui avait pu la terroriser ainsi, elle se blottit dans mes bras et, m’enlaçant étroitement, avec une énergie qui démentait ses paroles, elle murmura du ton d’une enfant prise en faute :
– Je ne sais pas… Max ; dites-vous que votre Ellen est une petite folle, et ne me parlez plus de cette heure de faiblesse dont j’ai honte !
Comme l’homme, si fier de sa clairvoyance, est aveugle ! Je ne compris pas qu’en cet instant la pauvre mignonne me donnait la plus grande preuve de tendresse que femme donna jamais.
Je ne compris pas (cela me restera toujours comme un remords) que, pour m’assurer un esprit paisible, elle accaparait pour elle seule toute l’angoisse du danger planant sur nous, dans l’orbe sanglant de la Comète rouge ; toute la menace formidable des dix yeux d’or vert.
CHAPITRE II – LE MÉNAGE MAUVE
– Khoouaga (monsieur), oun papir à la hourme ingilisi ! (une lettre pour la dame anglaise). »
C’est avec ces mots que, le lendemain, vers trois heures après-midi, le boy Nelaïm se précipite dans le salon-fumoir où je me tiens auprès d’Ellen, un peu pâle encore, étendue languissante sur un divan.
Mais l’arrivée de Nelaïm semble vaincre la langueur d’Ellen.
D’un bond elle est auprès de lui. Elle a pris la lettre, considère l’enveloppe. Et avec une joie que j’attribue à l’affection qu’elle ressent pour sa sœur, dont elle est séparée depuis notre mariage, elle clame :
– De ma chérie ! C’est de ma chérie !
Elle déchire l’enveloppe et lit.
Une teinte rosée envahit ses joues ; ses narines délicates palpitent. Elle me tend le papier sans me regarder. On dirait que ses yeux cherchent je ne sais quoi, là-haut, dans le ciel au bleu profond ; ses lèvres s’agitent imperceptiblement comme si elle parlait à un invisible interlocuteur.
Mais je lis ce qu’écrit cette sœur si chérie.
« Petite Ellen bien-aimée,
« De passage à Alexandrie, je voudrais la douceur de tes baisers.
« Je ne puis venir au Caire ; mais toi, toi, chérie, tu peux prendre le train de quatre heures. Je t’attendrai en gare d’Alexandrie. Nous passerons la soirée toutes deux et demain matin je te remettrai au train.
« Pardonnez-moi, toi et lui, de vous séparer quelques heures. J’ai tort de m’excuser, car je suis certaine de votre pitié pour votre sœur… Oh ! oui, vôtre !
« Signé : TANAGRA. »
Ellen m’interrogea du regard :
– Il faut y aller, murmurai-je.
Elle me sourit avec une douceur infinie, et comme si jusque-là elle avait pu douter de mon consentement, elle me dit avec un accent d’indicible gratitude :
– Merci, mon aimé. Alors, vous me conduisez à la gare ?
J’inclinai la tête. Elle baisa mes yeux et sortit pour se préparer au départ.
Une demi-heure après, nous sortions de notre maison.
Dix minutes nous suffisaient pour gagner la gare centrale, d’où partent les trains sur Alexandrie et Suez, en traversant le pont Kautaret, jeté sur le canal Ismaïlieh.
Nous serions donc en avan

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