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Description

À Saint-Tudy, le capitaine Kermao s’apprête à prendre une retraite bien méritée.


À Saint-Tudy, la receveuse des Postes, Joséphine Lamy, surnommée la Mite, a hâte d’annoncer à tout le monde ses fiançailles avec le capitaine Kermao.


À Saint-Tudy, Clara Pensec, institutrice, harcèle le professeur Yves Kergall pour qu’il l’épouse.


À Saint-Tudy, Yves Kergall est secrètement amoureux de Joséphine Lamy.


À Saint-Tudy, Le Parisien et Petit-Pierre sont passionnés par la photographie.


À Saint-Tudy, enfin, un corbeau envoie des lettres de menaces anonymes dont la signature est un lépidoptère collé en bas des missives. Une mite, donc.


Mais, quand Joséphine Lamy est empoisonnée à l’arsenic, il ne fait de doute pour personne que la Mite n’est pas La Mite et que les drames vont s’enchaîner à Saint-Tudy...




Jean-Marie LE LEC (1902-1951). Né le 11 octobre à Treffiagat dans le Finistère, Jean-Marie LE LEC a commencé très tôt à prendre la plume pour conter des histoires s’ancrant dans les villages qu’il connaissait et chérissait.



C’est au début des années 1940, sous l’influence de Edgar Allan Poe, Stanislas-André Steeman, Pierre Véry, Agatha Christie... qu’il décide de se lancer dans le roman policier sous le pseudonyme de Yann LE CŒUR.



En moins de trente mois, il en écrira une demi-douzaine, tous se déroulant dans les Cornouailles et tous mettant en scène Martial Le Venn alias Mars, inspecteur qui deviendra, par la suite, commissaire.



Yann LE CŒUR ne se contentera pas, dans ses histoires, de dépeindre les paysages l’entourant, il s’évertuera, également, au sein de ses intrigues, de faire des études de mœurs en proposant, à chaque fois, des portraits fouillés de Bretons et de Bretonnes. Il n’oubliera pas d’évoquer les coutumes et les folklores locaux et de parsemer ses textes d’expressions du cru...

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Informations

Publié par
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EAN13 9791070039441
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0022€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

AVANT-PROPOS

Le polar terroir a le vent en poupe depuis quelques décennies.
Et, si de nombreuses régions sont concernées par le phénomène, certaines sont mises en avant par l'ampleur de leur production, la ferveur du public ou parce qu'elles ont été précurseurs en la matière.
Parmi celles-ci, comment ne pas penser à la Bretagne qui, l'une des premières, suscita à ce point l'engouement des lecteurs, des auteurs et des éditeurs, que le roman policier breton constituerait presque, désormais, un sous-genre à lui seul.
Mais, certains écrivains n'ont pas attendu cette « mode » pour clamer haut et fort, dans leurs intrigues, tout l'amour qu'ils portaient à leur Terre et à ceux qui la foulent.
Jean-Marie LE LEC (1902-1951) est indéniablement l'un de ceux-ci. Né le 11 octobre à Treffiagat dans le Finistère, Jean-Marie LE LEC a commencé très tôt à prendre la plume pour conter des histoires s'ancrant dans les villages qu'il connaissait et chérissait.
C'est au début des années 1940, sous l'influence de Edgar Allan Poe, Stanislas-André Steeman, Pierre Véry, Agatha Christie… qu'il décide de se lancer dans le roman policier sous le pseudonyme de Yann LE CŒUR.
En moins de trente mois, il en écrira une demi-douzaine, tous se déroulant dans les Cornouailles et tous mettant en scène Martial Le Venn alias Mars, inspecteur qui deviendra, par la suite, commissaire.
Yann LE CŒUR ne se contentera pas, dans ses histoires, de dépeindre les paysages l'entourant, il s'évertuera, également, au sein de ses intrigues, de faire des études de mœurs en proposant, à chaque fois, des portraits fouillés de Bretons et de Bretonnes. Il n'oubliera pas d'évoquer les coutumes et les folklores locaux et de parsemer ses textes d'expressions du cru…
Dès sa première tentative, avec « Treize dans l'île », il démontrera son amour de la Bretagne et des Bretons, et, surtout, ses inspirations, ses motivations et ses intentions…
Malheureusement, Jean-Marie LE LEC mourut avant d'atteindre ses cinquante ans, laissant la Bretagne orpheline d'un de ses plus ardents représentants.
Vous avez l'opportunité, maintenant, de découvrir le plus breton des écrivains bretons et ses romans qui ne sont pas que des romans policiers… qui sont plus que des romans policiers…
K.

I
LE CAPITAINE PREND SA RETRAITE

Napoléon Kermao, capitaine du port, donnait ce soir-là son dîner de retraite à l' Hôtel des Glénan.
Depuis dix-sept ans — et il en aurait bientôt cinquante — Kermao, dit le Marsouin, réglait, avec un flegme conquis à force de bon sens, le mouvement maritime de Saint-Tudy.
Qui ne connaît cet attachant port de pêche et de commerce gîté comme une perle dans sa conque à l'embouchure de l'Odet ?
Le poste passait pour une sinécure, mais il réclamait un joli doigté et une sacrée pinte de patience, car on est volontiers frondeur dans cette Cornouaille à la tête aussi chaude que le cœur.
Kermao, qui avait bourlingué sur toutes les mers du globe et qui connaissait les marins, étant de leur race, avait su se faire respecter, mieux, se faire reconnaître comme sien par ce peuple au sang vif et à l'esprit batailleur.
Aujourd'hui, sa carrière achevée, il prenait sa retraite.
Encore vert malgré ses cheveux poivre et sel et ses rhumatismes intermittents, il n'avait pu se résoudre jusque-là à s'amarrer au quai du mariage. Mais, maintenant qu'il jetait l'ancre au port...
Saint-Tudy, il avait fallu inviter son collègue de l'école des garçons, M. Kergall, un vrai sauvage qui passait ses loisirs à collectionner les insectes et à rimer des vers de longueur et de valeur très inégales. M lle Pensec avait été gratifiée par sa mère du prénom claironnant de Clara et par ses élèves du surnom plus prosaïque de « Cent lignes ». La manie des surnoms commence à l'école comme la plupart des mauvaises habitudes.
Pour n'oublier personne, terminons par le dernier invité, si modeste soit-il : Joz Carval, le facteur, surnommé Plouz-Foenn depuis qu'il avait débarqué du Foch sans avoir ramené la moindre sardine rouge sur les manches. Joz servait à l'occasion comme matelot sur la barque de Kermao, Reder ar Mor (le coureur de la mer). C'était un bon garçon aux allures de crabe, innocent aux deux sens du mot.
Quand nous aurons dit que la table était présidée par Pain-Beurre, nous en aurons fini avec nos personnages.
Ne parlons pas du menu qui eût fait pâlir le déjeuner de Sousceyrac, de fameuse mémoire.
À quoi bon éveiller de stériles regrets ? Ce menu, pour ceux qui ne craignent pas de saliver à vide, a été publié par le Progrès de Cornouaille du 22 juillet 193...
Au fait, est-ce en 34 ou en 35 ? Peu importe.
Au dessert (fraises de Plougastel-Melba accompagnées de « Petit-Chever »), il se produisit comme on dit dans les romans un coup de théâtre.
Kermao se leva, réclama le silence et y alla de son laïus pimenté de cet accent bigouden que la plume est, hélas ! impuissante à traduire.
— Mes chers amis, je suis content de vous voir tous autour de ce bon dîner soigné comme il faut par Pain-Beurre. Maintenant que je vais toucher ma retraite, il faut bien que je fasse un peu le Jacques, tout comme un jeune quartier-maître. Autrement dit, je me flanque à l'eau... je me marie, quoi ! Hein ? Qu'est-ce que vous pensez de ça ?
Il savoura son effet en marin qui en raconte « une bien bonne ». Tout de même, il avait peur qu'on se moquât de lui. Mais ses invités étaient assez bien élevés pour ne pas dégainer leur moquerie. Après tout, était-ce tellement risible ? Prendre femme à la cinquantaine ce n'est pas, de loin, aussi périlleux que de prendre un bain parmi une bande de requins comme cela lui arriva, un jour, dans la mer des Antilles. Il en sua dans l'eau, si l'on veut bien le croire !
— Personne, continua-t-il devant ce silence, ne me demande avec qui je m'assortis ?
Nouveau silence poli. Alors, Kermao se mit à rire.
— Sapristi ! vous êtes moins curieux que des poissons devant une pomme !
Le recteur sourit.
— Napoléon, tu nous prends pour des nouveau-nés ? Qu'est-ce que tu crois ? Que nous sommes sourds et aveugles comme des galettoires ? Regarde ta Joséphine. Elle est rouge comme une enfant de Marie prise en faute ! Allons, mademoiselle Lamy, allez-y d'un « bouch-ploak » à votre amoureux de cinquante ans ! Si ce n'est pas une pitié ! Et vous autres, faites au moins semblant d'applaudir, sinon je me fâche tout rouge !
Et il donna l'exemple.
Kermao se pencha vers sa voisine de gauche — Pain-Beurre était à sa droite — et lui décocha trois baisers retentissants à la mode de Plovan.
Pfft ! Il y eut un éclair et un déclic. Petit-Pierre, le photographe, surgi on ne sait d'où, venait d'enregistrer avec son Rolleiflex cette image sensationnelle.
— Hein ! je vous ai eus, espèces de tourtereaux ! s'exclama-t-il.
Cette fois, l'assemblée laissa fuser sa gaîté.
— Bravo, Petit-Pierre ! cria Fanch Caradec, son copain. Je retiens une photo de Napoléon embrassant Joséphine.
— Un jour, un marsouin baisait une mite ! susurra Clara à l'oreille de l'instituteur. Vous devriez en faire une épithalame, monsieur Kergall.
— Un, mademoiselle Pensec.
— Quoi, un ?
— Oui, un épithalame, masculin singulier, du grec épi, sur, et thalamos, lit nuptial.
— Est-ce que, par hasard, vous apprenez le Petit Larousse par cœur ? fit Clara Pensec, aigre-douce.
Le Parisien, amusé, entra dans le jeu :
— M lle Pensec a raison et vous n'avez pas tort, fit-il. On écrit un épithalame, mais on prononce une épithalame.
— Et quand est-ce que je vous marie ? questionna le recteur.
— Oh ! rien ne presse, répondit Kermao, finaud. Si j'ai attendu cinquante ans, je ne suis pas à deux ou trois mois près. Joséphine décidera. N'est-ce pas, ma belle ?
— On ne se marie pas en été, déclara M lle Lamy, mi-figue, mi-raisin.
— Assieds-toi, Petit-Pierre, et prends un morceau de gâteau breton ! Toi, le Parisien, débouche-nous le champagne et que ça saute, nom de...
— ...Zeus ! coupa le recteur. Pas de blasphème un pareil jour, Napoléon, ça te porterait malheur.
— Pas de danger ! s'esclaffa le Marsouin. Si j'ai échappé aux requins des îles Sous-le-Vent, je ne serai pas dévoré par une petite mite si gentille ! N'est-ce pas, Joséphine ?
Mais Joséphine ne goûtait guère ce genre de plaisanteries. Elle n'avait jamais pu s'habituer à ce surnom de la Mite qui la poursuivait depuis quinze ans qu'elle était receveuse des Postes à Saint-Tudy. Elle fit une moue que Kermao interpréta comme un sourire. Et les bravos de crépiter comme une mitraillette.
Le champagne coula, riant, dans les flûtes de Pain-Beurre et la fête s'acheva, turbulente, à peine tempérée par la présence du recteur.
Vers 11 heures, celui-ci se leva et prit congé de la tablée.
La Prudence est un des sept dons du Saint-Esprit. Et l'abbé Tanguy possédait celui-là, en vrai curé de campagne qu'il était.
II
LOTERIE NATIONALE

M lle Lamy avait beaucoup de peine à se débarrasser des billets de la Loterie Nationale qu'elle devait débiter (par ordre supérieur) au guichet de la poste. Ce n'est pas qu'elle manquât de zèle, mais les gens de la côte sont, selon l'expression imagée, « près de leurs sous ». Ils se méfient de ce jeu où l'on donne cent francs en échange d'un papier portant un numéro vide de substance. Même les dixièmes à onze francs ne les attirent pas ! Les mathématiciens qui ont étudié de près les décevantes lois de la probabilité les comprendront certainement.
Pourtant, il fallait placer coûte que coûte ces satanés papiers de Paris dont les chiffres, qui avaient beau se mêler entre eux de toutes les façons imaginables, comme par un fait exprès, ne sortaient jamais des sphères de la Fortune dans le même ordre que sur les billets.
En désespoir de cause, M lle Lamy faisait du charme auprès des habitués de l' Hôtel des Glénan. Naturellement, son fiancé, bien que maugréant, avait dû s'exécuter et prendre un billet entier.
Vous commencez déjà à me bouffer ma retraite, ma belle ! Voilà un billet de cent francs qui serait mieux employé à faire fabriquer un gouvernail neuf

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