Le caveau des angoisses
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Le caveau des angoisses , livre ebook

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Description

Albert Depresle, jeune homme devenu riche grâce à un héritage inattendu, est la cible des médias qui, grossissant les traits de sa générosité, lui fait la réputation d’un excentrique.


Quand Albert Depresle se retrouve aux prises avec l’organisation du Gant Noir après avoir secouru la princesse Tatiana Skanikoff, alors qu’il l’a découverte, blessée, dans le jardin de sa propriété, il est surpris, à la suite de chaque événement de l’histoire, de constater que le journaliste de Paris-Monde, Paul DUMVILLER, a écrit un article relatant précisément les faits pourtant tenus secrets.


Néanmoins, Doum, le surnom du reporter, l’avait prévenu après qu’il ait refusé une interview au lendemain de l’incident liminaire : « La presse a toujours le dernier mot ».


Albert Depresle, à ce moment-là, était loin de se douter de la véracité de cet axiome qui, heureusement pour lui, va résonner comme une prédiction...


Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 1
EAN13 9791070037621
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0007€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

DOUM REPORTER


LE CAVEAU
DES
ANGOISSES

Par
NEVERS-SÉVERIN
CHAPITRE PREMIER
SURPRISE NOCTURNE...
 
Sur la lisière occidentale de Paris, dans ces quartiers nobles et calmes qui bordent le Bois de Boulogne, l'avenue Ingres se distingue par son charme aristocratique. Elle aboutit à une petite place plantée d'arbres, d'où part une allée courant vers les lacs. Alentour, ce ne sont qu'hôtels particuliers retranchés derrière leurs grilles et leurs jardinets.
Certains de ces hôtels sont de véritables palais. L'un d'eux, notamment, se signale par une double rangée de blanches colonnes, et aussi par une gracieuse verrière latérale, à travers les vitres de laquelle on entrevoit les exotiques verdures d'un jardin d'hiver. Cet immeuble magnifique appartient à Albert Depresle, que la grande presse entoura naguère d'une éphémère notoriété : en feuilletant les collections de journaux de l'année 1937, on retrouverait les échos du tapage qui entoura la subite fortune de cet heureux garçon.
Albert Depresle avait alors vingt-quatre ans et exerçait la modeste profession de secrétaire chez un gérant d'immeubles : il était célibataire et dépourvu de toute famille... du moins en France... car il possédait ailleurs une parenté dont il se souciait fort peu.
Il avait vaguement entendu dire, naguère, qu'un sien oncle Octave menait une vie de brigand en Amérique, mais cette histoire était oubliée depuis longtemps quand arriva la nouvelle du décès dudit oncle : et, ainsi que dans certains contes merveilleux, une fortune incalculable vint s'abattre sur la tête du neveu abasourdi.
Feu Octave Depresle, plus connu à New York sous le nom de O. Michigan Preslinger, était devenu le vice-président de la Venus Oil C° Ltd, l'une des principales compagnies pétrolières d'outre-Atlantique. Il laissait à son héritier une somme que certains journaux évaluaient à cent vingt millions et quelques autres à plus de deux cents : même en ne tenant compte que du premier chiffre, le destin d'Albert Depresle rejetait dans l'ombre ceux des mortels les plus favorisés par la Loterie Nationale.
Pendant quelques jours, Albert fut le prince de l'Actualité ; il se découvrit des amis inattendus ; des portes, qu'il n'avait jamais pensé franchir, même en rêve, s'ouvrirent devant ses pas ; des célébrités parisiennes, des vedettes de cinéma, des champions, des businessmen notoires tinrent à faire sa connaissance, lui offrirent des fêtes...
Certains de ces officieux avaient, bien entendu, des affaires à proposer, ou des ennuis d'argent à aplanir.
Albert était de caractère généreux, il le prouva à plusieurs reprises, au bénéfice de tout ce petit monde. Mais il advint que la presse, toujours portée à grossir les faits, attribua à sa fantaisie ce qui n'était que l'effet d'une pure bonté et lui fit la réputation d'un excentrique.
Ainsi, il avait racheté un petit yacht pour obliger un courtier en mauvaise posture, et avait offert le champagne, sur le pont du bateau. Cette réception fut transformée par la Renommée en une sorte de fête néronienne, au cours de laquelle on aurait jeté, en pluie, les perles des jolies invitées sur les barques des curieux attirés par le spectacle. On imprimait que les murailles du salon de l'avenue Ingres allaient être entièrement incrustées de turquoises ; on imprimait qu'Albert élevait des lionceaux dans sa bibliothèque ; on imprimait... Mais que n'imprima-t-on pas, durant quinze jours, sur le compte du jeune homme ?
Albert commença par rire et finit par se fâcher. Il ne voulait pas devenir une « tête de Turc ». Il se brouilla avec une partie de ses soi-disant amis, responsables de ces cancans, et consigna à tout jamais sa porte aux journalistes.
Après quelques mois écoulés, cette rancœur était demeurée vivace et Albert l'exhalait une fois de plus devant quelques camarades, choisis parmi les loyaux et les sincères, assemblés en un petit souper intime.
C'était par une chaude et belle journée de juillet. Les larges portes-fenêtres du rez-de-chaussée de l'hôtel béaient, grandes ouvertes, sur une cour ornée de massifs, au-delà de laquelle s'inscrivait le décor silencieux et désert de l'avenue. Le repas avait été exquis et les convives — rien que des hommes — se sentaient en belle humeur. Mais l'un d'eux ayant eu la malencontreuse idée de parler de la fameuse artiste M..., Albert s'était écrié :
— Ah ! Ne m'en parle pas, de celle-là ! Encore un mauvais souvenir !
— Que t'a-t-elle fait ?
— Elle ? Rien. Mais on a voulu nous marier ! Parfaitement !
De toutes parts, les rires fusèrent, car M..., ainsi que Tout Paris le savait, approchait gaillardement de ses soixante-dix ans.
— Et, reprit Albert, c'est la presse, la maudite presse, qui avait lancé ce « canard », tout simplement parce que M... était venue dîner ici, au milieu de vingt-cinq invités.
— Je connais une personne qui a dû être mécontente ! remarqua malicieusement quelqu'un.
— Tu veux parler de Raymonde ? Je n'étais encore rien pour elle ! répondit le maître de maison.
Ce n'était plus un secret, pour tous les hôtes d'Albert, que ce dernier se trouvait, depuis peu, officieusement fiancé avec Raymonde Bernières, une ravissante jeune fille de la meilleure société. Albert avait rencontré Raymonde au tennis du Pré Catelan et tous deux étaient rapidement devenus des partenaires d'élection : à cette sympathie d'ordre sportif en avait succédé une autre, plus générale et plus profonde, quand Raymonde, tout d'abord tenue en défiance par la réputation imméritée d'Albert, se fut rendu compte du véritable caractère de ce garçon physiquement admirable et eut pu apprécier sa parfaite correction, sa courtoisie, sa bonté, la délicatesse de ses sentiments.
La conversation des soupeurs ayant ainsi dérivé vers la personnalité de Raymonde Bernières, les invités d'Albert ne tarirent pas d'éloges sur le compte de la jeune fille et assurèrent à leur hôte qu'il était décidément un heureux homme. Albert les écoutait en souriant, mais ce sourire avait quelque chose de contraint, comme si, loin de répondre à un sentiment spontané, il avait voulu dissimuler quelque préoccupation sourde.
Cependant, il se faisait tard et l'un après l'autre, les invités prirent congé. Les ronflements des puissantes autos, rangées dans la cour, ponctuèrent ces départs successifs. Une heure du matin venait de sonner quand Albert se trouva seul.
Le valet de chambre, Michel, avait commencé d'éteindre les lustres aux couronnes étincelantes de feux, ne laissant allumées que quelques appliques murales, si bien qu'Albert eut la sensation de pénétrer dans une pénombre ; mais cette demi-obscurité lui était douce, elle lui permettait de méditer.
Un nuage avait gâté sa journée : avant de recevoir ses amis, il s'était, pour la première fois, querellé avec Raymonde : oh ! très légèrement et à propos d'une chose absolument futile ! La jeune fille avait blâmé avec vivacité un nouveau prêt d'argent fait par lui à un camarade qu'elle n'aimait point et qu'elle accusait d'être un « tapeur ».
— Si vous vous laissez dépouiller de la sorte, avait-elle dit, dans cinq ans, vous serez sur la paille... et votre femme aussi !
Albert s'était irrité ; il ne lui plaisait pas de découvrir chez sa fiancée ces soucis d'ordre trop matériel, il les jugeait mesquins et sordides.
C'était là, pensait-il, le fruit de l'éducation donnée par cette « grande bourgeoisie » qui, sous des dehors brillants, cache une âme profondément égoïste. Les membres de cette classe ont reçu de bonne heure des principes sévères pour défendre avec férocité un capital qu'ils n'ont cependant guère eu de peine à acquérir. Mais n'est-ce pas précisément leur ignorance du labeur et de la souffrance qui leur donne cette insensibilité ?
Albert, qui avait connu les difficultés d'une vie besogneuse, raisonnait différemment et se demandait, avec quelque mélancolie, si cette dissemblance de caractère qu'il venait de constater chez Raymonde ne lui vaudrait pas, dans l'avenir, des mécomptes...
Soudain, un bruit insolite vint troubler et disperser les pensées du rêveur : on eût dit une plainte étouffée.
Albert, tressaillant, se dirigea vers les portes-fenêtres, toujours largement ouvertes, car ce bruit paraissait émaner d'un jardinet tracé en bordure de la cour de l'hôtel.
Le jeune...

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