Le Grand Dédé
113 pages
Français

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Description

Dans ‘Il s’en passe de drôles’, Bernadette Herman nous entraîne à sa suite dans l’univers carcéral, où gardiens et détenus ne font pas la paire. On y parle aussi de pots de vins reçus par les autorités de ces lieux mal fréquentés, en vue d’amusements pour le moins malsains, lors de congés pénitentiaires. En lisant ce cinquième tome de la saga du grand Dédé, vous assisterez à une avalanche de situations plus inattendues les unes que les autres, commanditées par des gens à la réputation inattaquable. D’un côté, l’argent coulera à flot. De l’autre, au risque d’y laisser leur vie, les bénéficiaires des vacances organisées n’auront plus que des miettes à ramasser.


Avec ses personnages taillés à sa guise et à sa gouaille comme si elle les avait à sa table de cuisine, Bernadette Herman se guérit quotidiennement des coups de blues de la vie réelle.


En oscillant de sautes d'humour en intrigues policières, amoureuses ou simplement humaines, en dosant instinctivement poivre et sel, l'auteure à l'insu de son plein gré, fait aujourd'hui mijoter à feu doux des intrigues policières sucrées-salées, souvent inspirées de sa chienne de vie. Pour Bernadette, écrire dédramatise les coups du sort, vide la tête, les abcès, règle aussi, sans en avoir l'air, quelques vieux comptes avec ces prétendus notables devant lesquels elle a toujours refusé de courber l'échine. Une échine qu'elle a solide et nerveuse. Juste ce qu'il faut pour donner à ses récits le cru et le truculent qui les rendent uniques à ceux et celles qui y ont goûté et se lèchent déjà les babines en poignant à plein main dans ce dernier morceau de choix, faisandé à souhait.



Philippe Coulée, journaliste.


Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 9
EAN13 9782376920243
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

L’esprit des aigles Chaussée de Forest, 22 1060 Saint Gilles Bruxelles http://espritdesaigles.e-monsite.com http://qasida.e-monsite.com/ ISBN (version papier) : 978-2-87485-019-6 ISBN (versions numériques) : 978-2-37692-024-3 Versions eBooks réalisées parIS Editionvia son labelLibres d’écrire.
Tous droits de traduction et d’adaptation réservés. Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle, faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur, de ses ayants-droits, ou de l’éditeur, est illicite et constitue une contref açon, aux termes de l’article L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
Chapitre I
Après le raffut provoqué par sa dernière enquête, André Gard ne savait plus où donner de la tête. De nouveaux clients affluaient de partout. À tel point qu’il était obligé de faire le tri. Du coup, son histoire d’amo ur naissante avec Murielle avait tourné court. Il n’était pas assez disponible au go ût de la donzelle. Un peu déçu au début, il avait vite repris le dessus. « Tant pis pour elle ! » avait-il conclu, un brin fataliste. Il venait de résoudre une histoire de pots de vin q uand un appel anonyme l’intrigua. Une voix féminine lui signalait qu’il se passait de drôles de choses à la prison de Marnier. Elle insistait en disant qu’au r etour de congés pénitentiaires, certains détenus rentraient souvent en piteux état. Le personnel de la prison ne bougeait pas. Bizarrement, et malgré les demandes répétées de Dédé, elle avait raccroché sans se présenter. « Encore une timbrée » , pensa le détective. Sur cette constatation, il enfila un blouson et partit au Bistrot. Les vieux l’accueillirent par un « bonjour gamin ! » sonore et commandèrent u ne nouvelle rafale. Le patron du Bistrot sortit de son comptoir l’œil mauv ais. Il déposa les verres sur la table des vieux en les fusillant du regard et réintégra ses quartiers en faisant un clin d’œil à Dédé. – Holà ! Y a de l’eau dans le gaz ? demanda ce dernier. – Oui ! Et c’est pas fini, cracha René. – Qué pasa ? – Il se passe que les trois polichinelles que tu vo is là m’ont fait chier à chanter des chansons paillardes jusqu’à trois heures du mat in. Et pas moyen de les déloger de leur table. Maintenant, il en est onze e t ils sont déjà presqu’aussi bourrés que cette nuit. Mais c’est pas le débat. Pe ndant que les Beatles poussaient la chansonnette, deux gaillards à la mine patibulaire, bâtis comme des armoires à glace sont entrés pour un dernier drink, comme ils ont dit. Résultat, en plus de la voix des trois faisandés, j’ai eu droit au chœur des petits chanteurs à la gueule de bois. Ça allait de la chanson « Un vieux curé de campagne, aux Filles de Camaret, en passant par Saint Nicolas dans son b erceau ». Tu parles d’une berceuse… Voulaient même s’inscrire à la Star machin... Comme si… – On a choqué les chastes oreilles de môsieur ? Ce qui le fait surtout râler, c’est qu’on avait une groupie nommée Josette. Et fallait voir comme elle se balançait en cadence, suspendue aux bras des deux athlètes en goguette. Puis, allez savoir, c’était peut-être d’anciens compagnons de c ellule de « Saint René », hoqueta Ferdinand. – Ou des anciens clients de la patronne…, susurra Arthur. – Fermez-la ! On va se faire jeter, dit Mathieu, to ut à coup inquiet devant le regard furibard et le poing levé de René. – Va pas nous faire ça. Il nous aime trop, éructa Ferdinand. – C’est sûr ! Qui remplirait son tiroir-caisse ? demanda Arthur.
– Peut-être des gens de la haute. Mais en voyant vos tronches et en entendant vos conneries, ils feraient demi-tour aussi sec, répliqua l’interpellé. – Des gens de la haute ? À Belvier ? N’en connais p as beaucoup. Puis ils sont bien trop fiers pour venir dépenser leur pognon dan s un bar où le patron fait toujours la gueule, asséna Ferdinand. Conscient qu’il fallait détendre l’atmosphère, Math ieu reprit les rênes. Avec un sourire contrit, il déclara : – Ça suffit les mecs ! Le client est roi, mais René reste le patron. J’admets qu’on y est allé un peu fort hier. C’est de notre faute s i les deux malabars sont restés collés au comptoir. C’est de notre faute aussi s’ils ont joué le jeu. D’ailleurs, tu les as incités à chanter avec nous quand tu es monté sur la table, en jouant les chefs d’orchestre, avec un tuteur en bambou en guise de baguette, dit-il en s’adressant à Ferdinand. – Voilà, c’est encore ma faute. Suis toujours le Ca limero de la farce. C’est trop injuste ! pleurnicha le vieux en faisant le geste d’essuyer une larme. – C’est bon, arrêtez les frais. Mais c’est la dernière fois. Sinon, dehors ! asséna René, menaçant. – Ouf ! On est pardonné, dit Arthur, soulagé. Tout le temps qu’avait duré le flot de diatribes, André Gard était resté silencieux. Il annonça : – Je viens de recevoir un coup de téléphone bizarre. Une voix de femme m’a dit qu’il se passait des choses pas claires à la prison de Marnier. Quand j’ai voulu en savoir plus, elle a raccroché sans se présenter. C’ est quoi cette prison ? demanda-il à René. – Bof ! Sais pas trop, dit l’ancien taulard. On n’e n entend pas beaucoup parler. Elle n’héberge pas de grands criminels, ça se saura it. À mon avis, c’est plutôt réservé aux peines légères. Te casse pas la tête av ec ça. Si c’était grave, les mâtons auraient mis la police dans le coup. – Justement, ils ne veulent peut-être pas que les f lics s’en mêlent, rétorqua Dédé. – Patience ! Ton interlocutrice a tâté le terrain. Si c’est du sérieux, elle te rappellera. Mais cette fois, fais en sorte de savoir qui elle est, et surtout de quoi il retourne exactement. Faut qu’elle annonce la couleur. T’es pas l’Armée du Salut, que je sache… – Juste ! À plus, les ténors ! dit le jeune homme, mi-figue, mi-raisin en s’adressant à ses vieux potes. Le deuxième coup de téléphone ne se fit pas attendr e. La même voix un peu rauque se fit entendre. André Gard coupa court en demandant à son interlocutrice de se présenter. La femme n’obtempéra pas. Elle lui demanda un rendez-vous par une formule pour le moins originale : – Oui Mireille. Je serai là vers quatorze heures. Ça te convient ? – Euh, vous n’êtes pas seule… ? glissa le détective.
– C’est ça ! – À bientôt, alors, dit André en guise d’au revoir. Intrigué, le jeune homme se plongea dans sa comptab ilité en attendant l’heure du fameux rendez-vous. Réglée comme une horloge, la femme arriva à quatorze heures précises. Après les salutations, Dédé la guida jusqu’à son bureau e t lui proposa de s’asseoir. Il s’installa en face d’elle tout en la jaugeant discr ètement. Elle était sobrement vêtue d’un tailleur pantalon noir et d’escarpins de la même couleur. Ses longs cheveux auburn étaient négligemment retenus par une grosse pince en bois garnie de minuscules brillants. Son visage d’icône était percé de magnifiques yeux d’un vert profond où pétillaient de minuscules points dorés. Elle croisa nonchalamment les jambes et s’adressa avec assuranc e au détective ébloui par une telle prestance. – Vous avez sûrement été surpris de m’entendre vous appeler Mireille. Il y avait du monde autour de moi. Ce que j’ai à vous dire ne regarde pas le personnel de la prison. Je ne sais pas très bien ce qui se passe. Mais si quelqu’un est dans le coup, inutile de lui mettre la puce à l’oreille. – Puis-je vous demander qui vous êtes ? demanda And ré Gard toujours pas plus renseigné quant à l’identité de sa cliente. – Excusez-moi. Je m’appelle Marianne Devos. Je suis psychologue. Je travaille deux jours par semaine à la prison de Marnier. Depu is quelque temps, certains détenus bénéficiant de congés pénitentiaires rentrent parfois en piteux état. – Qu’entendez-vous par là ? – Des hématomes, des courbatures, des griffures… enfin vous voyez. – Au visage ? – Non, plutôt sur le corps. – Je ne savais pas qu’il fallait se déshabiller pou r avoir un entretien avec une psychologue…, osa Dédé. – Normalement, je les vois sur rendez-vous dans un local prévu à cet effet. Bizarrement, quand ils reviennent de week-end, ils se retrouvent souvent à l’infirmerie. Veste de pyjama ouverte ou le torse simplement vêtu d’un marcel, dit-elle, sans relever les insinuations du détective. – Le personnel de l’infirmerie ne fait pas de rapport ? – Je ne crois pas. J’ai bien sûr soulevé la questio n. On m’a répondu qu’il ne fallait pas en faire un fromage. Les traces de coup s n’étaient rien d’autre que le résultat de bagarres entre détenus, ou de blessures reçues à la salle de sport de la prison. Que répondre à cela ? – Je ne sais pas. Et du côté des blessés, aucune plainte ? – Rien ! Silence complet. On pourrait même penser qu’ils s’en fichent. – Ils sont nombreux dans ce cas-là ? – C'est-à-dire ? – Est-ce toujours les mêmes qui sortent et combien sont-ils ? – Ils sont quatre. Les perm’ leur sont accordées séparément.
– Quel est leur profil ? Pourquoi ont-ils été condamnés ? – Ce ne sont pas des détenus dangereux. Ils ont entre vingt et trente ans. Leurs peines vont d’une à deux années. Ce sont des voleur s de voitures, des escrocs ou des bagarreurs. On les laisse sortir en vue d’une réinsertion dans le monde du travail ou pour passer un week-end en famille. Enfin, c’est ce qu’ils disent. Mais à mon avis, une fois dehors… – La prison est située en pleine campagne au bout d e la commune de Marnier. Je suppose qu’ils ne se déplacent pas à pied ? – Sûrement avec leurs proches ou en bus. Il y a une navette prévue pour les visiteurs. – Ou alors peut-être sont-ils de mèche avec un gardien ou une gardienne ? – Les gardiennes sont réservées au quartier des fem mes. Elles n’ont aucun contact avec les détenus. – Pas facile ! Comment voulez-vous que j’entre en r elation avec eux sans éveiller des soupçons ? Il me faudrait au moins un signalement, une photo ou encore la date et l’heure de leurs sorties. Avec ce la, je pourrais les prendre en filature. Et aussi, comment entrer dans la prison s ans me faire remarquer ? Et surtout pour quelle raison ? – Pour l’heure et la date, je pourrais peut-être m’arranger. Mais pour les photos ou une visite, c’est autre chose. – De toute façon, l’idée de la visite n’est pas bonne. Il me suffirait de croiser un policier pour perdre mon anonymat. Pourtant… dit le jeune homme, pensif. – Pourtant quoi ? – Je ne sais pas. Je dois réfléchir. Renseignez-vou s sur les jours de sortie de ces messieurs puis nous aviserons. – Je vous donnerai le plus de renseignements possib le demain. Même endroit, même heure. Enfin, si ça vous arrange ? demanda la jeune femme en se levant pour partir. – À demain, mademoiselle, lâcha le détective en obs ervant la démarche élégante de la psychologue. « Quelle nana ! Elle ne devrait pas me le demander deux fois… », pensa le jeune homme en soupirant. Il réfléchit une demi-heu re à la façon dont il allait mener l’enquête sans trouver d’autres idées que celle de la filature. Subitement, une autre pensée lui vint à l’esprit : pourquoi cet te femme, travaillant seulement deux jours semaine à la prison, voulait-elle en savoir davantage sur la façon dont les détenus occupent leurs loisirs ? Qu’est-ce que ça peut bien lui faire ? Encore une redresseuse de torts, sûrement », conclut Dédé, à qui elle paraissait déjà beaucoup moins sympathique. À court d’arguments, il se dit que, vu ses fréquent s séjours à l’ombre, René pourrait peut-être éclairer sa lanterne sur les que stions qu’il se posait quant aux lois en vigueur dans les prisons. Au Bistrot, les vieux, la mine enfarinée, revenaient de leur sieste quotidienne. Ils allaient commander le premier verre de l’après-midi, quand Josette, la patronne
du Bistrot, sortit de la réserve en sifflotant. Adm iratif devant autant de vivacité après une nuit mouvementée passée à boire et à chanter, Arthur lança : – Quelle santé ! Tu te shootes à la DHEA, ma parole. – Non, à la sève de mon homme… C’est bien mieux ! r épondit Josette en rigolant. De grognon qu’il était, le visage de l’homme en que stion passa d’un coup au sourire charmeur. Ferdinand ne put s’empêcher de la ramener : – Et voilà ! On nous reçoit comme des malpropres en disant qu’on va terminer l’inventaire à la cave. L’inventaire des sous-vêtem ents de Josette, oui ! Et nous, en attendant que môsieur se libère, on a le gosier comme du papier émeri. T’as pas honte de traiter de la sorte trois pauvres vieux comme nous ? Pffff ! On serait encore mieux au home, tiens ! René servait la rafale commandée par Mathieu quand l’arrivée de Dédé calma les ardeurs du clan. Comme à chaque fois que le dét ective lançait une nouvelle enquête, ils firent silence afin d’écouter attentivement ce qui se disait. – Alors ? demanda René. – Alors rien. J’ai besoin de tes lumières, répondit le détective. J’ai des questions : quelles conditions faut-il remplir pour avoir droit à un congé pénitentiaire ? Les détenus travaillant en prison p euvent-ils disposer de leur argent comme ils l’entendent ? – Arf ! Les prisons et les lois… Quelles lois ? Celles du gouvernement ? Pour ça, il te suffit d’interroger le Net. Quant au règlement intérieur, ça dépend souvent du directeur. C’est à la tête du client et de ce que ç a peut lui rapporter. Dis-moi d’abord qui est la femme qui est venue te trouver. – Elle s’appelle Marianne Devos. Elle est psycholog ue. Elle se demande pourquoi les détenus rentrent de leurs sorties couv erts de bleus, sans jamais se plaindre de quoi que ce soit. D’après elle, ils auraient même l’air plutôt satisfaits. Pas de plainte du côté des gardiens ni du personnel de l’infirmerie. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Bizarre quand mê me, hein ? Elle dit aussi qu’elle a essayé de percer le mystère, mais rien ne transpire. Alors… – Sûrement une mocheté ou une refoulée, ta psy ! – Au contraire. C’est une belle femme. Et classieuse, en plus ! – Ben qu’est-ce qu’elle fout là ! Pas très gratifiant de travailler dans cet endroit. C’est pas comme ça qu’elle va se faire une renommée à l’extérieur. Ou alors, si elle est aussi belle nana que tu le dis, elle devra it jouer de son charme. Ça paie, des fois… – Pas pensé à ça. C’était pas au programme. Elle re vient demain. Je vais creuser la question. En attendant d’en savoir plus, je vais terminer quelques rapports, puis je verrai… – Tu as d’autres clients en attente ? – Oui, mais y a pas le feu au lac. – C’est quand même des sous, souleva Mathieu. – T’as pas compris qu’il en pince déjà pour la beauté classieuse ? serina Arthur.
– Allez, bye ! dit Dédé, évitant ainsi l’ouverture des débats. Le lendemain, Marianne Devos se présenta un peu plus tard que prévu. – Excusez mon retard. Je suis allée me changer avan t de venir. J’avais l’impression de sentir la prison à plein nez. Le détective était bouche bée. La jeune femme avait troqué son tailleur contre un pantalon moulant en maille et une blouse en voil e transparent posée au-dessus d’un débardeur qui cachait juste le minimum. Ses cheveux, délivrés de la grosse pince en bois qui les maintenait la veille, lui tombaient en flots bouclés sur le dos et sur les épaules. À n’en pas douter, Maria nne était la plus belle femme qu’il ait jamais rencontrée. Ébloui, Dédé ne savait comment lancer la conversation. Voyant son trouble, la psychologue demanda en souriant : – Ça ne va pas ? Je peux vous aider ? Rappelé à la réalité, André sourit à son tour et an nonça qu’il devait établir un dossier la concernant avant de lancer l’enquête. – Nom, prénom, adresse, fonction et votre âge si ce la n’est pas indiscret ? demanda-t-il d’une voix où perçait l’émotion. Elle lui révéla ce qu’il désirait savoir, en terminant moqueusement par : « Vingt-huit ans et toutes mes dents ! » Peinant à garder son sérieux, Dédé enchaîna directe ment sur le sujet qui les intéressait : – Avez-vous les renseignements que je vous ai demandés ? – En partie. Voilà les noms et les dates approximat ives de leurs prochaines sorties. – Approximatives… ? – Oui, par recoupement. Il y aura des congés à ces dates-là, mais je ne saurais pas vous donner le nom exact du bénéficiaire. Cela se décide la veille du week-end autorisé. Je vous le dirai en temps voulu. J’ai réussi à les prendre en photo à leur insu en coupant le flash et le son du clavier de mon téléphone. J’ai fait mine d’envoyer des SMS et voilà, dit-elle en tendant son portable au détective. Il visionna trois photos avant de lui demander s’il po uvait les copier sur son ordinateur. – Oui, bien sûr, dit-elle. L’opération terminée, elle s’approcha de l’écran et souligna : – Il en manque une. Nous n’avions pas rendez-vous aujourd’hui. Vous l’aurez la semaine prochaine. Dédé hocha la tête puis il posa la question qui le turlupinait depuis le début : – Puis-je vous demander quelque chose de plus personnel ? – Euh, oui… – Pourquoi vous intéressez-vous au cas de ces homme s ? C’est le boulot du directeur de la prison… – C’est une directrice. – Une directrice ? Vous aviez dit que le personnel était exclusivement masculin.
– Je pensais vous l’avoir signalé, excusez-moi. Mai s pour répondre à votre question, cette affaire m’interpelle pour des raisons familiales. Il y a trois ans, mon frère purgeait une peine là-bas pour un accident de la circulation sous emprise de l’alcool. Il avait malheureusement blessé un passant sans s’arrêter pour lui porter secours. Il faisait nuit. Le pauvre homme est décédé sur place avant l’arrivée des secours. D’où une accusation de délit de fuite, d’homicide involontaire et de non-assistance à personne en danger. Il a écopé d’une p eine de prison de deux ans, d’une grosse amende et de dédommagements moraux à l a famille. Mon frère avait déjà purgé un an quand il est décédé une semaine après un de ces fameux congés. La cause étant, d’après la directrice et le médecin légiste, une mauvaise chute lors d’une séance de sport à la prison. Mon frère n’étant pas sportif du tout, je n’ai jamais cru à leur version. Hélas, je n’avais rien de concret pour étayer mes doutes. Voilà pourquoi j’aimerais éclaircir cette h istoire de coups sur les autres détenus. S’il en ressort quelque chose de louche, j e pourrai peut-être relancer l’affaire. Vous comprenez ? – Tout à fait. Mais dites-moi, il n’y a pas eu d’en quête de police concernant la mort de votre frère ? – Juste un constat. Ils se sont basés sur le rappor t du médecin légiste, je suppose, répondit Marianne. – Voyiez-vous souvent votre frère ? Pouvez-vous me dire ce qu’il faisait quand il était en ville ? – Un passage chez mes parents, puis l’oiseau s’envo lait pour soi-disant chercher du travail en vue de son retour dans la vraie vie. Il rentrait au petit matin et repartait le soir. Allez savoir où… – Il avait peut-être une copine ou des amis ? Si c’était le cas, on pourrait voir de ce côté-là. Il ne vous en a jamais parlé ? – C’était quelqu’un de très renfermé. La prison lui avait forgé le caractère. Rien ne filtrait. Je vais me renseigner auprès de ses an ciens copains, mais j’ai des doutes… – Faites ça. Mais surtout, n’oubliez pas de me donn er les dates et heures de sortie des quatre lascars et la durée de leur congé. – Trente six heures, trois fois par trimestre normalement. – Donc une fois par mois, je présume ? – Oui, en temps normal. Mais ici, les traces de cou ps à peine effacées, c’est reparti pour un tour. Je n’y comprends rien. – Donc, en y réfléchissant bien, la directrice contourne les lois. – Il se peut que ce soit aussi un arrangement avec un ou plusieurs gardiens. La directrice n’étant pas souvent là le week-end, ils ont les coudées franches. – Ouais ! On n’est pas encore sorti de l’auberge. R enseignez-vous un max. Je ne peux pas travailler à l’aveugle. – Je ferai tout mon possible. Je peux récupérer mon téléphone ? demanda-t-elle en s’apprêtant à partir. – Il me faudrait aussi les noms correspondant aux photos, remarqua Dédé.
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