Le marbre n’a pas de mémoire
268 pages
Français

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Le marbre n’a pas de mémoire , livre ebook

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Description

Au centre hospitalier de Château-Bellecombe, sponsorisé par le plan-hôpital 2012, le directeur ayant créé la cellule du nouvel hôpital – secondé efficacement par Éli, ingénieur – tente d’échapper aux fausses factures, aux marchés publics truqués et à la turbulente Adeline, son chef de projet.
Secrets et manipulations rythment le quotidien de l’hôpital, tandis qu’une directrice adjointe tombe amoureuse du directeur, et que Ludmilla, la femme d’Éli, la protège des rumeurs… Pour combien de temps ?
Après trois disparitions et la découverte d’un cadavre non identifié, un ciel d’ombres obscurcit l’atmosphère de l’hôpital.
La Police judiciaire enquête. Une enquête longue, risquée, qui manipule le lecteur selon une logique défiant tous les scénarios et le maintient dans un suspense permanent. Une méthodologie implacable où rien n’est laissé au hasard.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 17 novembre 2014
Nombre de lectures 1 058
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

LE MARBRE N’A PAS DE MÉMOIRE

Karl Auprey



© Éditions Hélène Jacob, 2014. Collection Thriller/Suspense . Tous droits réservés.
ISBN : 978-2-37011-231-6
À André, mon père,
À ma femme,
À mes enfants que j’aime beaucoup,

Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.
1 – Disparitions


Éli Desmartes, ingénieur hospitalier, sirotait un jus de fruits, comme à son habitude depuis le départ de Ludmilla, dans l’un des bars exotiques du plateau de Château-Bellecombe. Il admirait le dessin d’un soldat français exhibant un trophée devant la ferme familiale.
Durant la Deuxième Guerre mondiale, la résistance, les Canadiens et les Américains s’étaient organisés pour lutter contre l’ennemi et l’avaient d’ailleurs payé très cher. Quelques courtes semaines avant l’armistice, en janvier 1944, un avion canadien programmé pour larguer des armes et des vivres s’était abîmé au sommet du plateau, en pleine forêt, à 1 200 mètres d’altitude. L’exploitation de cette zone géographiquement difficile et les stratégies divergentes des équipes – en liaison avec, d’un côté, la région genevoise et, de l’autre, le sillon rhodanien – complexifiaient le repli des Allemands, mais contribuaient aux lourdes pertes d’une lutte finale intensifiée par les enjeux. Durant les six derniers mois de guerre, le nombre de morts et de disparus dans la zone boisée du plateau avait représenté quatre-vingts pour cent du préjudice comptabilisé sur les six années de combats.
Sitôt le repli de la Wehrmacht, les mythes avaient fusé et leurs légendes se racontaient encore soixante ans plus tard. Certains n’avaient jamais capitulé devant l’ampleur des disparitions et des règlements de comptes. D’autres s’étaient intéressés aux innombrables largages de vivres et d’argent qui, selon divers témoignages parallèles, n’avaient pas été perdus pour tout le monde. Les grosses bâtisses bugistes {1} avaient poussé comme des champignons.
Éli aurait sûrement abordé cet homme s’il avait su que ce dernier vivait ses dernières heures. Il l’aurait aidé. Leurs regards s’affrontèrent. Éli songeait à Ludmilla. Ce soir, elle serait de retour de l’oral de son concours et il s’occuperait d’elle pour remonter son propre moral. Ludmilla s’était éloignée, dans le but de grimper les échelons de l’administration hospitalière, malgré l’appréhension de l’ingénieur.
Cette halte, de fréquence journalière, n’était pas aussi soutenue par le passé qu’elle l’était aujourd’hui. En effet, l’esprit sportif d’Éli bannissait ces automatismes de « boire un coup au bar d’à côté » qui, selon lui, n’étaient fondés sur aucun but. Il stoppait sa voiture à Château-Bellecombe, au retour de Châtiron, avant de regagner en solitaire sa demeure vide. L’ingénieur profitait du spectacle des quelques badauds et appréciait les observer. Quelquefois, il acquiesçait d’un signe de tête lorsque son regard croisait un autre habitant plus ou moins connu.
Philippe Briand se passionnait pour la spéléologie, mais pas n’importe laquelle. Historien, croqueur de volumes {2} et collectionneur de pièces de la Deuxième Guerre mondiale, l’enseignant parcourait depuis plus de dix ans le plateau de Château-Bellecombe, à la grande inquiétude de son épouse. Des casques, des fusils en cuivre, des autoporteuses et automitrailleuses meublaient – en partie seulement – la grande grange qu’il avait acquise non loin de Corcelline. Le reste du volume des soupentes était rempli de pièces détachées de side-cars, que Philippe adorait. Occupant une large majorité de ses week-ends, il s’évertuait à redonner vie à ces glorieuses machines pétaradantes. Philippe s’était également arrêté par hasard, dans ce petit bar incrusté au milieu du seul virage en épingle à cheveux du village.
Les trajectoires de leurs regards différaient puis convergeaient, car Éli avait remarqué le pantalon d’escalade de l’homme installé à deux tables d’écart, et, d’une façon réciproque, ce dernier avait décelé l’orientation de pupilles proches en direction de sa personne.
Une histoire titillait les deux hommes, celle du fameux gouffre de l’avion de janvier 1944. La première année, Philippe avait investi une journée pour trouver, à l’aide de son GPS, le départ de ce trou inquiétant ; quant à Éli, il l’avait déniché d’une façon absolument aléatoire en parcourant la forêt en VTT. Dans une petite dépression du terrain, au milieu des sapins et des fougères, un entonnoir de quatre mètres de largeur par trois mètres de profondeur – formé par trois dalles rocheuses et enfoui sous la végétation, dont le sol en diagonale rejoignait le pied d’un résineux sur lequel étaient placées trois rangées de barbelés – semblait défendre crânement un secret militaire. Les fils métalliques avaient été placés là comme pour dissuader les visiteurs téméraires. L’entonnoir se terminait par une ouverture donnant accès à un gouffre. De la terre glaise et de la mousse recouvraient les parois rocheuses. L’endroit ne connaissait pas le bruit. Seul un coucou lointain résonnait de ses deux syllabes caractéristiques, dès lors que le visiteur d’un jour y prêtait l’oreille.
Éli, aventurier mais pas spéléologue, posa un jour un rappel pour scruter l’entrée du boyau. L’initiative fut avortée, et il se contenta de remonter avec un beau bleu sur la cuisse, consécutif à une glissade sur la dalle fortement inclinée de l’ouverture.
Lorsque Philippe découvrit le trou, il pleuvait. La brume parsemait la végétation et l’eau ruisselait le long des pentes des talus surplombant l’entrée du gouffre. Vue d’en haut, celle-ci n’était pas plus large qu’une section de taille humaine. Philippe sortit sa corde, son casque, son baudrier, sa lampe de spéléo et ses mousquetons. Toute la longueur d’un fil de nylon de cent mètres – attaché à un arbre dressé en limite d’une des parois de l’entonnoir – fut balancée dans le trou, et le descendeur en « huit » {3} , enroulé sur le filin synthétique puis « mousquetonné » sur l’équipement de sécurité.
Philippe s’assit dans le baudrier et plaqua ses bottes bien à plat sur le plan incliné d’une des parois. Il glissa sur le côté. Instantanément couvert de terre glaise et de taches vertes dues au frottement sur la mousse imbibée, il peina à se relever, s’appuyant sur sa main amont. L’autre main empoignait fermement la corde en aval du « huit ». Les semelles filaient. Après quelques minutes d’une démarche chaotique, il s’approcha de l’orifice et tenta d’éclairer la suite de son chemin.
Le gouffre fuyait verticalement, mais son boyau – parfois rétréci par des cailloux qui s’apparentaient à des polypes intestinaux – semblait osciller. De sa position suspendue, le spéléologue tenta vaguement d’éclaircir cet orifice ténébreux délimité par de la verdure criarde, en vain. Par de minuscules enjambées, et tout en scrutant l’arbre sur lequel était enroulée sa ligne de vie, le chasseur de trésor fit basculer son bassin et, les jambes horizontales, pénétra dans l’antre de la terre. L’eau dégoulinait sur ses épaules et ruisselait dans son dos jusqu’à stagner dans ses bottes étanches. Dix mètres plus bas, et après une bonne dizaine de reptations, l’homme trouva un tremplin rocheux et y posa ses deux pieds. Balayant de son faisceau lumineux les entrailles du dinosaure, il aperçut, vingt mètres en aval, une vire {4} . Il alluma sa forte lampe électrique et sourit. Des empreintes dans la terre glaise se distinguaient nettement, mais lorsqu’il voulut placer son Jumar {5} pour aller à la rencontre des profondeurs, une grosse quantité d’eau glacée inonda son corps, colla ses vêtements et éteignit la flamme de son casque. Celle-ci, impossible à rallumer, l’obligea à rebrousser chemin. L’air libre s’immisça dans ses poumons alors que, titubant et glissant sur chaque reprise d’appui, il parvenait, exténué, au fond de l’entonnoir. La nuit était tombée et il ne se sentait p

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