Le Silence des loups
222 pages
Français

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Le Silence des loups , livre ebook

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Description

Non loin de Chamonix, dans une ferme isolée au cœur de la montagne, trois cadavres sont découverts. L'un d'entre eux, un vieillard portant un tatouage des camps de concentration, a eu la langue tranchée.
Au même moment, Daniel Dernemont, quinquagénaire qui s'est toujours cru orphelin, se découvre une famille. Un frère jumeau, d'abord, et puis... des parents ? À la poursuite de son passé, il va croiser la route de Matthieu Guillaume, le jeune lieutenant chargé de l'affaire de Chamonix, et se retrouver pris avec lui dans un engrenage aussi dangereux qu'implacable.
Meurtres, complots, course effrénée contre la mort, la vérité a toujours un prix.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 99
EAN13 9782913897755
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Éric Robinne

LE SILENCE DES LOUPS
ISBN EBOOK : 978-2-913897-75-5 Couverture : image libre de droits, pixabay.com Nouvelle édition Éric Robinne et Éditions AO
La lecture est une passion permanente. Cultivons-la comme tu sais si bien le faire !
Le 9 août 2005, région de Chamonix
Assis dans son fauteuil en cuir, il relisait pour la troisième fois le rapport que Friedrich lui avait remis. Enfin, ils touchaient au but. Le plus dur avait été réalisé et désormais plus rien ne devrait empêcher la mise en œuvre de l’objectif de sa vie. Il tira nerveusement sur sa pipe en laissant échapper une série de volutes régulières qui montaient à la verticale. Il se leva et se dirigea vers l’un des rayonnages de la bibliothèque qu’il avait fait installer sous son laboratoire. Il aimait cet espace qu’il considérait comme étant une partie de lui-même. Il y avait rassemblé toute la mémoire de ses travaux depuis plus de vingt ans. Maintenant, la page de toute cette période devait être tournée le plus vite possible. Malgré son âge avancé, il n’avait jamais baissé les bras, mais le temps était compté.
Il s’approcha de l’une des étagères et balaya rapidement du doigt la série d’ouvrages qui se présentait à lui. Ses yeux suivirent son index presque machinalement, puis s’arrêtèrent sur un dossier plus gris que les autres, surtout au niveau de la reliure, tant il avait été compulsé. Il le prit et l’ouvrit en soupirant puis le referma. Il ne réussit pas à retenir une larme qui glissa le long de sa joue légèrement ridée avant de se perdre dans sa barbe grise finement taillée.
Il retourna vers son fauteuil, attrapa le combiné du téléphone posé sur la table, et appuya sur une touche. Quelques instants plus tard, une voix à l’accent germanique lui parla :
— Friedrich ! Tu veux quelque chose ?
— Non, mais je ne veux surtout pas être dérangé.
— Comme tu voudras.
Il raccrocha.
Il appuya sur une télécommande et la lumière de la salle s’estompa légèrement pour devenir tamisée. Il se rassit en se calant bien, reprit sa pipe qui s’était éteinte, la cura lentement pendant qu’il réfléchissait, puis la bourra et la ralluma en jetant la tête en arrière pour mieux relâcher la fumée épaisse des premières bouffées. Il n’avalait jamais la fumée, c’était un principe. Une fois prêt, il prit le dossier posé sur ses genoux anguleux, alluma le lampadaire placé à côté de son fauteuil et il lut alors distinctement derrière ses lunettes rondes :
« Auschwitz – 1944 »
En rouvrant ce dossier, il eut un pincement au cœur. Chaque fois qu’il le reprenait, c’était le même scénario : il en avait besoin pour se redonner du courage et oublier les difficultés malgré son contenu. Il avait tant souffert et tant donné à la recherche qu’il n’était plus question d’échec. Il se mit à tourner lentement les pages pour regarder, ou plutôt observer, les photos collées sur des feuilles de cahier, dont certaines le fascinaient. Imperceptiblement, ses doigts se contractèrent au fur et à mesure qu’il tournait les pages. Déjà une vingtaine de photos venaient de défiler devant son regard de plus en plus humide. Lorsqu’il s’arrêta à la page 26, il ne put s’empêcher de gémir. Sa vision se brouilla et il sortit un mouchoir pour se tamponner les yeux. Il lui fallait reprendre du courage pour poser son regard une nouvelle fois sur cette scène qui lui semblait totalement irréelle. «Il le faut», se dit-il, encore une fois pour oublier enfin...
Au milieu d’une pièce de laboratoire, un groupe d’hommes en blouse blanche posait autour d’une paillasse. Certains étaient tachés de sang, d’autres portaient une casquette ou un masque. L’ambiance semblait froide. Sur la table de dissection, un individu en tenue de bagnard était couché sur le ventre, les bras tendus et attachés à une barre de fer fixée au sol. Son dos était nu et sanguinolent. Des filets de sang s’écoulaient sur ses flancs, libérant des gouttes qui maculaient le carrelage blanc de taches épaisses. Un scalpel et une pince étaient posés à côté de lui. Derrière la table, un homme blond, plus grand que les autres, souriait béatement. Il portait un uniforme SS largement dévoilé par une blouse étriquée et tenait entre ses mains un grand lambeau de peau humaine qu’il exhibait au photographe. En tête de la paillasse, un autre prisonnier qui pleurait tenait la tête du supplicié pour lui tourner la face vers l’objectif et l’obliger à montrer sa détresse.
En observant plus attentivement, il chercha à décrypter le message que portait ce regard. Il en était certain, au-delà de la souffrance, c’était la haine qui transpirait du pauvre supplicié. Comme chaque fois, il sortit la loupe de la poche de sa chemise et examina de plus près ce visage. Il plaça ses yeux dans le regard figé pour vérifier ce qu’il ressentait. Il en était certain, ce n’était pas un sentiment de vengeance, mais plutôt de haine qui suintait du cliché.
Il avait donc eu raison et agi comme il fallait.
Il ne voulait pas se venger de l’humanité, mais bien la dominer, la mettre à ses pieds, la contraindre à lui obéir, la dompter tout en éliminant les inutiles. Pour réussir, il fallait être meilleur que le III e Reich en imposant son projet, seul moyen d’uniformiser ce monde qui l’avait tant fait souffrir. On s’était servi de lui comme cobaye, on l’avait maltraité, mais aujourd’hui c’était différent. La chance avait tourné et il avait enfin réussi. Il était devenu le père d’une souche éternelle d’hommes qui perpétueraient sa pensée. Trop vieux, il ne connaîtrait pas la consécration finale, mais l’organisation était en place. Restait à maîtriser quelques détails et certaines fortes têtes. Les erreurs des années précédentes ne seraient plus reconduites. Enfin, il allait donner le signal.
Il se releva, rangea sa loupe et referma le dossier. Il éteignit le lampadaire et réduisit encore l’intensité de la lumière de la salle. Prostré dans cette semi-pénombre un long moment, il attendit avant de regarder sa montre: elle affichait 23 h 4. Il se saisit du téléphone et appuya sur la même touche. Quelques sonneries plus tard, la voix germanique se fit à nouveau entendre. Il ne lui laissa pas le temps de parler :
— Tu dormais ?
— Non, je t’attendais.
— C’est prêt ?
— Oui, quand tu veux.
— Alors, on commence demain.
Il raccrocha. Un fugace sourire parcourut ses lèvres.
Il se leva sans prendre la peine d’aller ranger le dossier. Il vérifia qu’il avait les clés de sa voiture, éteignit, puis décida d’aller se coucher. Les journées qui s’annonçaient allaient être particulièrement longues.
Le 11 août 2005, Paris, ambassade de Russie
Mikhaïl K. était installé derrière son ordinateur portable : un Mac qui ne le quittait jamais. Il avait spécialement choisi le procédé Apple car il était certain de limiter les risques de piratage par un hacker quelconque. Précaution indispensable! Restaient les virus... Or, ce que contenait cet ordinateur était beaucoup trop important pour être laissé accessible à n’importe quel individu malveillant, espion, truand ou simple bidouilleur de génie. Mikhaïl était obligé de modifier régulièrement les mots de passe et il installait en conséquence des pare-feux et autres protections toujours plus performantes, sachant qu’il ne serait jamais totalement à l’abri de débrouillards inconscients...
Mikhaïl n’était plus très jeune. Il avait atteint la soixantaine d’années et il se savait sur le déclin. Bientôt, il serait obligé de quitter l’Europe et la France qui lui avait rendu tant de services et tant apporté de satisfaction... personnelle. Il avait été un bel homme, certes pas très grand, mais bien bâti, musclé comme il fallait, au regard de braise qui faisait des ravages auprès des femmes, de préférence instruites, disponibles et ayant quelque expérience de la nature masculine. Pas question de séduire une jeunette, avide d’argent et prête à tout. Trop de risques...
Actuellement, il entretenait une relation discrète depuis plusieurs années avec l’ancienne épouse d’un dirigeant d’une grande banque étrangère. Une femme efficace, disposant d’un beau carnet d’adresses. Comme son palmarès, d’ailleurs... Âgée de 45 ans, elle a

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