Le Silence des loups
249 pages
Français

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Le Silence des loups , livre ebook

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Description


Non loin de Chamonix, dans une ferme isolée au cœur de la montagne, trois cadavres sont découverts. L'un d'entre eux, un vieillard portant un tatouage des camps de concentration, a eu la langue tranchée.


Au même moment, Daniel Dernemont, quinquagénaire qui s'est toujours cru orphelin, se découvre une famille. Un frère jumeau, d'abord, et puis... des parents ? À la poursuite de son passé, il va croiser la route de Matthieu Guillaume, le jeune lieutenant chargé de l'affaire de Chamonix, et se retrouver pris avec lui dans un engrenage aussi dangereux qu'implacable.


Meurtres, complots, course effrénée contre la mort, la vérité a toujours un prix.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 88
EAN13 9782913897755
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Éric Robinne
LE SILENCE DES LOUPS
ISBN EBOOK : 978-2-913897-75-5
COUVERTURE : IMAGE LIBRE DE DROITS, PIXABAY.COM
NOUVELLE ÉDITION ÉRIC ROBINNE ETÉDITIONS AO
La lecture est une passion permanente. Cultivons-la comme tu sais si bien le faire !
Le 9 août 2005, région de Chamonix
Assis dans son fauteuil en cuir, il relisait pour l a troisième fois le rapport que Friedrich lui avait remis. Enfin, ils touchaient au but. Le plus dur avait été réalisé et désormais plus rien ne devrait empêcher la mise en œuvre de l’objectif de sa vie. Il tira nerveusement sur sa pipe en laissant échapper une série de volutes régulières qui montaient à la verticale. Il se leva et se diri gea vers l’un des rayonnages de la bibliothèque qu’il avait fait installer sous son la boratoire. Il aimait cet espace qu’il considérait comme étant une partie de lui-même. Il y avait rassemblé toute la mémoire de ses travaux depuis plus de vingt ans. Ma intenant, la page de toute cette période devait être tournée le plus vite possible. Malgré son âge avancé, il n’avait jamais baissé les bras, mais le temps était compté. Il s’approcha de l’une des étagères et balaya rapid ement du doigt la série d’ouvrages qui se présentait à lui. Ses yeux suivir ent son index presque machinalement, puis s’arrêtèrent sur un dossier plu s gris que les autres, surtout au niveau de la reliure, tant il avait été compulsé. I l le prit et l’ouvrit en soupirant puis le referma. Il ne réussit pas à retenir une larme qui glissa le long de sa joue légèrement ridée avant de se perdre dans sa barbe grise fineme nt taillée. Il retourna vers son fauteuil, attrapa le combiné d u téléphone posé sur la table, et appuya sur une touche. Quelques instants plus tard, une voix à l’accent germanique lui parla : — Friedrich ! Tu veux quelque chose ? — Non, mais je ne veux surtout pas être dérangé. — Comme tu voudras. Il raccrocha. Il appuya sur une télécommande et la lumière de la salle s’estompa légèrement pour devenir tamisée. Il se rassit en se calant bie n, reprit sa pipe qui s’était éteinte, la cura lentement pendant qu’il réfléchissait, puis la bourra et la ralluma en jetant la tête en arrière pour mieux relâcher la fumée épaiss e des premières bouffées. Il n’avalait jamais la fumée, c’était un principe. Une fois prêt, il prit le dossier posé sur ses genoux anguleux, alluma le lampadaire placé à c ôté de son fauteuil et il lut alors distinctement derrière ses lunettes rondes : « Auschwitz – 1944 » En rouvrant ce dossier, il eut un pincement au cœur. Chaque fois qu’il le reprenait, c’était le même scénario : il en avait besoin pour se redonner du courage et oublier les difficultés malgré son contenu. Il avait tant s ouffert et tant donné à la recherche qu’il n’était plus question d’échec. Il se mit à to urner lentement les pages pour regarder, ou plutôt observer, les photos collées su r des feuilles de cahier, dont certaines le fascinaient. Imperceptiblement, ses do igts se contractèrent au fur et à mesure qu’il tournait les pages. Déjà une vingtaine de photos venaient de défiler devant son regard de plus en plus humide. Lorsqu’il s’arrêta à la page 26, il ne put s’empêcher de gémir. Sa vision se brouilla et il so rtit un mouchoir pour se tamponner les yeux. Il lui fallait reprendre du courage pour poser son regard une nouvelle fois sur cette scène qui lui semblait totalement irréell e. «Il le faut», se dit-il, encore une fois pour oublier enfin...
Au milieu d’une pièce de laboratoire, un groupe d’h ommes en blouse blanche posait autour d’une paillasse. Certains étaient tac hés de sang, d’autres portaient une casquette ou un masque. L’ambiance semblait froide. Sur la table de dissection, un individu en tenue de bagnard était couché sur le ve ntre, les bras tendus et attachés à une barre de fer fixée au sol. Son dos était nu e t sanguinolent. Des filets de sang s’écoulaient sur ses flancs, libérant des gouttes q ui maculaient le carrelage blanc de taches épaisses. Un scalpel et une pince étaient po sés à côté de lui. Derrière la table, un homme blond, plus grand que les autres, s ouriait béatement. Il portait un uniforme SS largement dévoilé par une blouse étriqu ée et tenait entre ses mains un grand lambeau de peau humaine qu’il exhibait au pho tographe. En tête de la paillasse, un autre prisonnier qui pleurait tenait la tête du supplicié pour lui tourner la face vers l’objectif et l’obliger à montrer sa détresse. En observant plus attentivement, il chercha à décry pter le message que portait ce regard. Il en était certain, au-delà de la souffran ce, c’était la haine qui transpirait du pauvre supplicié. Comme chaque fois, il sortit la l oupe de la poche de sa chemise et examina de plus près ce visage. Il plaça ses yeux d ans le regard figé pour vérifier ce qu’il ressentait. Il en était certain, ce n’était p as un sentiment de vengeance, mais plutôt de haine qui suintait du cliché. Il avait donc eu raison et agi comme il fallait. Il ne voulait pas se venger de l’humanité, mais bie n la dominer, la mettre à ses pieds, la contraindre à lui obéir, la dompter tout en éliminant les inutiles. Pour e réussir, il fallait être meilleur que le III Reich en imposant son projet, seul moyen d’uniformiser ce monde qui l’avait tant fait souffr ir. On s’était servi de lui comme cobaye, on l’avait maltraité, mais aujourd’hui c’ét ait différent. La chance avait tourné et il avait enfin réussi. Il était devenu le père d ’une souche éternelle d’hommes qui perpétueraient sa pensée. Trop vieux, il ne connaît rait pas la consécration finale, mais l’organisation était en place. Restait à maîtr iser quelques détails et certaines fortes têtes. Les erreurs des années précédentes ne seraient plus reconduites. Enfin, il allait donner le signal. Il se releva, rangea sa loupe et referma le dossier . Il éteignit le lampadaire et réduisit encore l’intensité de la lumière de la sal le. Prostré dans cette semi-pénombre un long moment, il attendit avant de regar der sa montre: elle affichait 23 h 4. Il se saisit du téléphone et appuya sur la même touche. Quelques sonneries plus tard, la voix germanique se fit à nouveau entendre. Il ne lui laissa pas le temps de parler : — Tu dormais ? — Non, je t’attendais. — C’est prêt ? — Oui, quand tu veux. — Alors, on commence demain. Il raccrocha. Un fugace sourire parcourut ses lèvre s. Il se leva sans prendre la peine d’aller ranger le dossier. Il vérifia qu’il avait les clés de sa voiture, éteignit, puis décida d’aller s e coucher. Les journées qui s’annonçaient allaient être particulièrement longue s.
Le11 août 2005, Paris, ambassade de Russie
Mikhaïl K. était installé derrière son ordinateur p ortable : un Mac qui ne le quittait jamais. Il avait spécialement choisi le procédé App le car il était certain de limiter les risques de piratage par un hacker quelconque. Préca ution indispensable! Restaient les virus... Or, ce que contenait cet ordinateur était beaucoup trop important pour être laissé accessible à n’importe quel individu malveil lant, espion, truand ou simple bidouilleur de génie. Mikhaïl était obligé de modif ier régulièrement les mots de passe et il installait en conséquence des pare-feux et au tres protections toujours plus performantes, sachant qu’il ne serait jamais totale ment à l’abri de débrouillards inconscients... Mikhaïl n’était plus très jeune. Il avait atteint l a soixantaine d’années et il se savait sur le déclin. Bientôt, il serait obligé de quitter l’Europe et la France qui lui avait rendu tant de services et tant apporté de satisfaction... personnelle. Il avait été un bel homme, certes pas très grand, mais bien bâti, muscl é comme il fallait, au regard de braise qui faisait des ravages auprès des femmes, d e préférence instruites, disponibles et ayant quelque expérience de la natur e masculine. Pas question de séduire une jeunette, avide d’argent et prête à tou t. Trop de risques... Actuellement, il entretenait une relation discrète depuis plusieurs années avec l’ancienne épouse d’un dirigeant d’une grande banqu e étrangère. Une femme efficace, disposant d’un beau carnet d’adresses. Co mme son palmarès, d’ailleurs... Âgée de 45 ans, elle avait acquis une maîtrise inté ressante des relations sexuelles, savait transmettre et donner des informations sans poser de questions et devenait une tombe lorsqu’il le fallait... Mikhaïl l’appréci ait en la couvrant de bijoux et de plaisirs variés sans regarder à la dépense. C’était son talon d’Achille... Assis confortablement derrière son bureau dans un g rand fauteuil en cuir souple, Mikhaïl vérifiait des colonnes de chiffres sur un t ableur et lorsqu’il lut le total affiché, il esquissa un sourire. Les affaires marchaient bie n, et même suffisamment bien pour permettre de bloquer un capital important pour la d ernière opération confirmée par Kurt Linner, dit « le chimiste ». Installé depuis vingt-cinq ans en France, il avait commencé par structurer ses activités autour de sa mission principale qui l’ava it plongé au cœur des enjeux nucléaires de l’époque. Familier de plusieurs minis tères, Mikhaïl pouvait discuter avec certains ministres sans passer par les cabinet s ni les encombrants conseillers. C’était un privilège unique, d’autant que son extra ordinaire carnet d’adresses lui permettait d’avoir des accès particuliers auprès de s services de police. Cette facilité lui apportait une satisfaction grandissante... Le programme nucléaire iranien, les essais souterra ins français dans le Pacifique, le programme Eurodif et l’enrichissement étaient au tant de sujets sensibles qui l’avaient rapproché des autorités françaises et de la Cogema avant qu’elle ne devienne Areva. Mikhaïl avait alors considérablemen t utilisé son pouvoir relationnel et son ancienne expérience du KGB pour défendre les intérêts russes tout en protégeant la zone d’influence de son pays en Asie orientale. Jusqu’à l’accident de Tchernobyl, d’avril 1986... Mikhaïl s’en tira plutôt bien, du moins au début. J amais il n’avait été autant
consulté, questionné, entendu pour expliquer ce qui s’était passé... Mais la langue de bois et le mutisme général qu’on lui imposa fini rent par le marginaliser lentement mais très sûrement. Ce fut alors la traversée du désert... Une longue t raversée... que Mikhaïl utilisa bien opportunément pour développer de nouvelles act ivités, certes délicates, mais qui avaient l’immense avantage de lui faire gagner de l’argent, beaucoup d’argent... Et son train de vie lui coûtait fort cher... Quelques années plus tard, l’actualité lui apporta sur un plateau la chute du mur de Berlin et la perestroïka de Gorbatchev. Dès lors , Mikhaïl revint en grâce auprès de nombreux interlocuteurs qu’il avait précieusemen t entretenus discrètement. Mikhaïl se leva et rejoignit la fenêtre. Il écarta le rideau qui masquait la vitre et distingua aussitôt quelques coureurs qui longeaient le bois de Boulogne ensoleillé. Le ciel était légèrement voilé par une brume de pol lution qui avait tendance à s’épaissir en ce début du mois d’août. Il avait un mauvais souvenir des événements de la canicule qui avait été insupportable deux ann ées plus tôt. Il espérait que rien d’identique ne se reproduirait au cours de ce mois estival. Pour l’instant, il faisait juste chaud... Satisfait, il sortit son éternel fum e-cigarette ainsi qu’une Dunhill d’un étui argenté qu’il fixa délicatement à l’embout. Il chercha son briquet Dupont, cadeau de son équipe de l’ambassade, et alluma sa cigarett e. Il expulsa la fumée lentement en une longue expiration. Il retourna à son bureau et se rassit derrière son ordinateur. Il rédigea un message qu’il adressa à u n destinataire avec qui il entretenait une relation particulière : ce cher Kur t... Quel génie ! Quel orfèvre dans son domaine ! Il lui confirma en quelques mots qu’il était d’acco rd pour débloquer encore cinq cent mille euros pourvu que le résultat attendu soi t obtenu. Par contre, il estimait nécessaire de couper, une fois pour toutes, les pon ts avec le député Jacques Lambert. Mikhaïl estimait que les anciennes activit és de Kurt n’étaient plus compatibles avec leur nouveau projet. Le message s’évanouit dans les limbes du Net... Il n’avait plus qu’à attendre la réponse qui ne tarda pas : «Je suis d’accord. L’objectif est uniquement de bât ir ce que nous avons imaginé à notre service. Pour le reste, les oppositions qui s ’exerceront seront autant de leviers profitables. Cordialement. » C’était signé K. L. Mikhaïl sourit et répondit aussitôt : « Je veux juste connaître les statistiques et le de gré de réussite. M. K. » Il n’y eut pas de réponse. Mikhaïl termina sa cigarette sans bouger de son fau teuil, simplement en regardant le voile du rideau s’agiter sous l’effet du léger c ourant d’air qui s’invitait par la fenêtre qu’il avait entrouverte. À peine le mégot écrasé, i l appuya sur un bouton. Vladimir, son fidèle maître d’hôtel qui lui servait de chauffeur et d’homme de confiance, entra. — Oui, monsieur ? interrogea-t-il. — Prépare la voiture, Vlad. Réserve une table au Ca rré des Feuillants pour deux personnes. J’y serai vers 13 heures. — Je vous conduis ? — Non, je pars seul.
Vladimir s’éclipsa sans rien dire. Il savait ce que signifiait cette escapade sans lui. Un quart d’heure plus tard, Mikhaïl quittait l’amba ssade au volant de sa Mercedes.
Le 17 août, Paris
Aon, il avait invité Hélène à dînerujourd’hui, il fêtait ses 50 ans. Pour cette occasi au bord de la Marne près de Joinville. C’était un m oment précieux qui les enchantait et leur faisait oublier les tracas quotidiens. Ils n’avaient pas pu flâner au bord du fleuve ni observer les valseurs des petits bals de l’après-midi. Hélène, sa compagne, détestait les thés dansants: «Ce n’est plus de notr e époque !» disait-elle. Lui, il appréciait, bien au contraire, ces petites fêtes au charme désuet qui entraînaient des couples dans des farandoles que d’autres génération s avaient tant aimées. La vie étant ce qu’elle est, en ces jours incertains, les jeunes ne connaissaient plus que la techno, le rap ou autres déhanchements dont Daniel ne saisissait pas très bien le sens. Même les Beatles qui avaient marqué sa jeunes se étaient devenus deshas beenaturité étonnante pour des. Seuls les Rolling Stones faisaient preuve d’une m papys de 60 ans. Pour son demi-siècle, Hélène avait souhaité l’emmen er dans un endroit luxueux, pour un week-end en amoureux, loin de Paris au mome nt du 15 août. Elle travaillait le samedi, ce qui les obligea à décaler leur escapa de. Finalement, ils étaient partis le dimanche et le lundi suivants à Reims, pour « faire les caves » et acheter quelques bouteilles de champagne. Il n’en avait plus et il d evait reconstituer ses stocks pour les petites fêtes qu’il aimait organiser à l’occasi on. Abandonné à la naissance, il avait été élevé dans une famille d’accueil. Sa fami lle était si réduite qu’il ne pouvait compter que sur des amis pour s’amuser. Ses enfants le délaissaient et il était sans nouvelles de son ancienne épouse. Ils avaient passé deux jours de pur bonheur, tranquillement ballottés au cours de visites dans l a campagne rémoise et de dégustations de champagne. En rentrant de ces deux jours merveilleux, ils e s’installèrent dans un petit hôtel du IX arrondissement, vers Pigalle, derrière les grands magasins, pour être tranquilles et profiter d’eux intensément, sans être dérangés pendant quelque temps. C’était une petite folie qu’il aimait faire: ils étaient ainsi seuls au monde, sans lien direct avec l’extér ieur. Ces moments étaient magiques. Ils rêvaient d’un monde meilleur en dégus tant une bonne bouteille en guise d’apéritif ou se racontaient des histoires sa ns queue ni tête, juste pour se charmer et se draguer. En règle générale, ils termi naient la soirée par un moment d’amour agréable. Pour un homme de 50 ans, il était plutôt en forme. Certes, il avait quelques kilos en trop. Mais ils n’étaient pas très disgracieux. Daniel adorait faire l’amour et Hélène était souvent étonnée ou surprise par tant d’allant à son âge. C’était comme ça ! La testostérone lui montait à la tête et il ne crachait pas à l’occasion sur un petit film acheté au rabais dans les nouveaux supermarchés du sexe. Même Hélène, si rebutée au début, finissait p ar leur trouver un attrait, à défaut de leur trouver du charme. Les deux jours d’escapade pendant lesquels il avait cherché à étonner Hélène, la provoquer, lui donner encore un peu plus le goût de se perdre dans des caresses de plaisir, s’étaient admirablement bien déroulés. Cet te situation était plaisante. Quelque temps auparavant, une journée durant, il av ait souffert de violentes douleurs au dos et à la tête sans explication, comm e cela lui arrivait parfois. Tout s’était arrêté comme par enchantement ! Les médecin s le prenaient pour un
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