Marc Mercier & Le diamant d’alanine
206 pages
Français

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Description

L’an 2040, Paris, la plus belle ville du monde est devenue la capitale d’une nouvelle société régentée par un fou se prétendant prophète. L’asservissement de la population suite à une pandémie intentionnelle a plongé l’homme au fin fond de l’enfer, mais quelques-uns tentent de résister. Coban, un beau jeune homme de 27 ans, chef de la rébellion, traqué, recherché mort ou vif, est contraint par le plus grand des hasards et au péril de sa vie, de sauver l’enfant de la fille du dictateur.Le 28 février 2012, 7h du mat sous une pluie battante, Marc Mercier, inspecteur à la brigade criminelle, séducteur, célibataire endurci et sans enfant, est appelé sur une affaire des plus mystérieuses. Un jeune homme et un bébé sont retrouvés mourant sous le pont d’Alma. Mais qui sont-ils, d’où viennent-ils et quel est ce diamant étrange qu’il serre dans sa main ?Entre amour, meurtres, trahisons et révélations, Marc Mercier devra survivre à l’enquête la plus inimaginable et dangereuse de sa carrière.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 10 mai 2021
Nombre de lectures 2
EAN13 9782490981113
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0345€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Laurent Pigeault
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Marc Mercier
&
Le Diamant d’Alanine  
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Roman
 
 
 
 
Tous droits réservés
©Estelas Éditions / Under Éditions
11590 Cuxac d’Aude France
 
estelas.editions@gmail.com  
www. JaimeLaLecture.fr
www.estelaseditions.com
 
ISBN : 9782490981113
« Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. »  
 
 
 
Les personnages ne sont que fiction et toute ressemblance ne serait que pur hasard… ou presque !  
 
 
 
Table des matières
Table des matières  
Prologue  
Chapitre 1  
Chapitre 2  
Chapitre 3  
Chapitre 4  
Chapitre 5  
Chapitre 6  
Chapitre 7  
Chapitre 8  
Chapitre 9  
Chapitre 10  
Chapitre 11  
Chapitre 12  
Chapitre 13  
Chapitre 14  
Chapitre 15  
Chapitre 16  
Chapitre 17  
Chapitre 18  
Chapitre 19  
Chapitre 20  
Chapitre 21  
Chapitre 22  
Chapitre 23  
Chapitre 24  
Chapitre 25  
Chapitre 26  
Chapitre 27  
Chapitre 28  
Chapitre 29  
Chapitre 30  
Chapitre 31  
Chapitre 32  
Chapitre 33  
Chapitre 34  
Chapitre 35  
Chapitre 36  
Chapitre 37  
Chapitre 38  
Chapitre 39  
Chapitre 40  
Chapitre 41  
Chapitre 42  
Chapitre 43  
Chapitre 44  
Chapitre 45  
Chapitre 46  
Chapitre 47  
Chapitre 48  
Chapitre 49  
Chapitre 50  
Chapitre 51  
Chapitre 52  
Chapitre 53  
Chapitre 54  
Chapitre 55  
Chapitre 56  
Chapitre 57  
Chapitre 58  
Chapitre 59  
Chapitre 60  
Chapitre 61  
Chapitre 62  
Chapitre 63  
Chapitre 64  
Épilogue  
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NOS TITRES  
 
 
 
Quelques gouttes de rosée sur une toile d’araignée, et voilà une rivière de diamants.
Jules Renard, Journal 1893 – 1898  
 
 
 
 
 
Prologue
 
 
 
Terré dans son petit appartement sordide, les volets légèrement entrouverts filtrant à peine la lumière des enseignes et des éclairages vétustes grésillants de la ruelle, Coban nettoyait son arme. Les effluves nauséabonds des poubelles montaient jusqu’à lui, impassible, le regard froid et sombre. Assis devant une vieille table de bois, les pièces de son Remington étalées à côté d’un morceau de sandwich desséché et d’un fond de whisky d’une bouteille bon marché, le jeune homme, vêtu d’une combinaison de cuir et d’un treillis militaire, semblait soucieux. Une putain de radio posée sur une commode aussi pourrie et encombrée que la table, diffusait inlassablement le même discours entrecoupé de publicités.
« Nous rappelons à nos compatriotes que notre société est enfin saine et sûre, grâce à vos efforts et au respect des règles en vigueur. Nous vous félicitons pour votre sagesse et sommes fiers de vous et de notre communauté. Nous vous rappelons qu’il est formellement interdit de mettre au monde un enfant hors des lieux prévus à cet effet. Seuls les nouveau-nés correspondants aux critères établis par le Conseil des sages et de notre prophète bien-aimé sont approuvés. Il en va de la sécurité et de la sérénité de notre société. Seul notre prophète dans toute sa sagesse, messager de Dieu, dicte la vérité qui nous est très chère. Seuls les nouveau-nés sélectionnés peuvent vivre au sein de notre société. Le non-respect de ces règles vous expose à des sanctions graves et définitives. Vivons bien, vivons sain, paroles du prophète ! »  
Il s’ensuivait une musique chiante et soûlante avant d’entendre une voix féminine qui reprenait en boucle. « Chers concitoyens, pour vivre heureux, n’hésitez pas à dénoncer toute mauvaise action illégale aux yeux de notre prophète, le grandissime Yarael, dont vous serez témoin. Une récompense vous sera offerte ! »  
À chaque fois que Coban entendait ce foutu message, il serrait les dents pour contenir sa rage et son sentiment d’impuissance.
 
Soudain, un bruit de pas précipités résonna dans le couloir de l’immeuble. Puis, il entendit tambouriner successivement à chaque appartement. Le sien, le dernier du palier, se situait tout au bout. En quelques secondes, il remonta son arme et engagea le chargeur, se leva d’un bond et éteignit la radio. On frappa à sa porte.
—  Ouvrez-moi, je vous en supplie, ouvrez-moi, cria une jeune femme.
Surpris par cette voix féminine, presque douce malgré la détresse, il hésita et resta silencieux. La voix reprit, sanglotante, désespérée.
—  Je vous en prie, aidez-moi, ouvrez !
Au mépris de sa sécurité, Coban s’avança, tourna la poignée et entrebâilla la porte qu’il bloqua de son pied. Derrière, il aperçut une jeune femme, le visage mouillé de larmes, un bébé serré dans ses bras.
—  Aidez-moi, répéta-t-elle. Ils en veulent à mon enfant !
Il soupira, excédé, avant de jeter un coup d’œil dans le couloir. Grimaçant, il ouvrit suffisamment la porte pour la laisser entrer puis referma aussitôt derrière elle. La jeune femme était très belle, une jolie brune aux yeux noisette, rougis et brillants de larmes.
—  Merci, souffla-t-elle. Je m’appelle Aayla. Ils veulent mon bébé, ils veulent me le prendre. Aidez-moi, je vous en supplie !
 
Paris, la plus belle ville du monde, enfin, avant ! En cette année 2040, en partie détruite et dévastée, elle avait été partagée en 4 secteurs. L’île était le premier secteur, celui de l’autorité et de l’administration gouvernementale, entourée de hauts murs infranchissables, de barbelés et de miradors, «  très accueillants  ». De grands buildings de verre avaient remplacé les vieux hôtels particuliers et la plupart des monuments historiques que tant de générations précédentes avaient essayé de préserver. Les deux suivants étaient habités par « les gens comme il faut », soumis aux règles du gouvernement, respectueux des nouvelles lois, acceptant tout sans rechigner. Ils avaient droits aux belles habitations et à leur sécurité. Depuis l’an 2022, c’était comme ça et, malheureusement, cela n’avait qu’empiré d’année en année. Le secteur quatre, anciennement le pont d’Alma, abritait le quartier des pauvres, où renégats, rebelles et voyous se cachaient, traînaient, survivaient. Le pire de l’humanité, aux dires du gouvernement ! Ils vivaient dans les vieilles rues sales et sombres. De temps à autre, la garde noire du Prophète organisait des descentes de nettoyage et de purification, disaient-ils. Ils capturaient hommes, femmes, vieillards et enfants par dizaines et les envoyaient dans une région montagneuse et hostile, loin au sud de la ville. Nul n’en revenait.
Après des années de corruption, d’abus et de dérives de la part des élus et des présidents successifs, du monde des finances, des grandes entreprises, des associations et fondations profiteuses, de la mafia quelle qu’elle soit, le monde s’écroula. La société, déjà plongée dans la cupidité et la désuétude, sombra dans l’infortune et la dictature. L’appauvrissement et l’endoctrinement de sa population ont toujours été le meilleur moyen de prendre et de garder le pouvoir, et ce, malheureusement, depuis que l’homme marche debout.
Notre monde partit à la dérive. Le peuple, influencé par un certain Yarael qui se proclamait prophète et sauveur de l’humanité, un personnage vil, mauvais et sans scrupule, profita de la situation. Avec l’aide de son parti, il endoctrina notre monde désœuvré, désemparé. Il s’ensuivit mort, destruction et épuration. Les êtres «  humains » se jalousaient, se crachaient dessus pour une miette de pain, se dénonçaient entre eux dans l’espoir de la reconnaissance gratifiante du gouvernement, le mal avait gagné comme si souvent. Yarael prit le pouvoir sur le monde. L’homme, avide de pouvoir, adopta alors une nouvelle forme de gouvernance et d’idéologie. La pureté de la race, la souveraineté et la sécurité avaient pris place au détriment de la diversité et de l’expression, de la liberté et de la fraternité, anciens symboles de la société corrompue par les politiques de l’époque. Dans le désespoir ou l’espoir, devenu si courant, l’homme était doué du pire, tellement médiocre pour faire le bien.
L’histoire ne servait pas la raison. L’homme était cupide, égoïste et insatiable !
« Tiens, ça rime avec diable ! »  
 
 
 
 
Chapitre 1
 
 
 
Aayla pleurait. Elle caressait la tête de son bébé, beau comme un ange qui tombait du ciel. C’était une fille, mignonne, très belle, même exceptionnellement très belle. Elle avait les cheveux blonds et des yeux bleu azur magnifiques, rien d’autorisé, le contraire de sa mère.
Coban essaya de la rassurer.
—  Ne vous inquiétez pas, je vais vous aider. Les cheveux et les yeux sont toujours de cette couleur quand ils naissent. Ils vont foncer après, j’en suis sûr, dit-il, peu convaincu mais voulant rassurer. Elle pleurait, désespérée.
—  Elle si mignonne, si innocente. Ils vont me la prendre, je vais la perdre. S’ils me trouvent, ils vont la tuer !
—  Mais non, personne ne sait que vous êtes là. On va la cacher. Je vais vous aider et je ne laisserai personne vous prendre votre enfant. Et le père ? Où est-il ?
—  Mort, ils l’ont assassiné.
—  Désolé ! Mais, vous êtes blessée ? s’exclama Coban en apercevant une tache de sang dans le bas du dos.
—  Ce n’est rien, je me suis accrochée sur un grillage en fuyant.
—  Montrez-moi ça. Je vais vous désinfecter sinon vous allez choper le tétanos, dit-il en prenant une trousse de soin dans un tiroir de la commode.
Aayla releva sa chemise, baissa légèrement son pantalon et laissa apparaître une cambrure délicate. La chute de reins à peine découverte laissa deviner une tache de vin en forme d’un cœur.
—  Je m’appelle Coban.
—  Coban ? Le Coban ? Ne me dites pas que vous êtes le fils du célèbre Julian ?
Il hocha la tête.
—  Putain, je n’ai vraiment pas de chance. Vous êtes recherché par toutes les polices ! Peu importe, promettez-moi de veiller sur mon bébé, s’il vous plaît.
—  Ne vous en faites pas, il ne lui arrivera rien !
À cet instant, des bruits de pas se firent entendre dans les escaliers de l’immeuble. On cogna à la porte. Coban sursauta.
—  Chut ! lui chuchota-t-il.
Il lui prit la main et la serra très fort. Il entraîna la jeune femme jusqu’à la salle de bains et l’enferma.
—  Restez cachée et ne faites aucun bruit, surtout.
Il se précipita derrière la porte et colla l’oreille pour écouter.
—  Police communautaire ! Ouvrez, ouvrez, je vous dis !
—  Putain d’enfoirés, lâcha-t-il en retournant vers la femme. C’est la police, vous avez été suivie !
—  Partez ! Emmenez mon bébé et disparaissez. Sauvez-le, vous me l’avez promis.
—  Je ne peux pas partir et vous laisser là, venez avec moi !
—  Non, moi, je ne crains rien, mais mon bébé, oui ! Je suis la fille du prophète, avoua-t-elle, honteuse et confuse. Ne vous inquiétez pas, ils n’oseront pas me faire du mal, laissez-moi et filez ! Ce n’est pas moi qu’ils veulent, c’est elle ! Allez-y, dépêchez-vous. Prenez-la et sauvez-la, elle doit vivre !
—  Je reviendrais vous chercher, cachez-vous !
—  Daala ! Elle s’appelle Daala !
Résigné, contraint, Coban prit l’enfant dans ses bras et se sauva par la fenêtre. Il descendit l’escalier de secours quatre à quatre, au dos du vieil immeuble, se demandant quelle connerie il était en train de faire. Il courut dans la ruelle sombre et sale, jonchée de poubelles et de détritus malodorants.
 
La police communautaire, toute de noir vêtue, armée de pistolets automatiques, enfonça la porte. Les six hommes entrèrent, inspectèrent la pièce et se dirigèrent vers la seule porte au fond : la salle de bains. Aayla les attendait, seule, assise dans le bac à douche, terrorisée, à peine cachée derrière le rideau de plastique.
—  Où est l’enfant ? demanda le chef du groupe.
—  Y a plus d’enfant, il était mort-né. Vous arrivez trop tard, je suis allée l’enterrer.
L’homme la regarda et pointa son arme sur elle.
—  Tu me prends pour un con ? Tu n’as pas respecté la loi, Aayla ! Ton père est très déçu.
—  Mon père est un dictateur et un tyran ! Il n’a pas le droit de m’imposer son mode de vie. Je l’emmerde, tu n’as qu’à lui dire !
—  T’es qu’une petite conne, une enfant gâtée et une sale pute !
—  Va te faire foutre, sous-fifre ! T’es qu’une merde ! Je suis la fille du seigneur des sages, tu ne peux rien me faire !
—  Hein !? Moi, un sous-fifre ? Une merde ? Tu crois ça, connasse !
Un rictus au coin des lèvres, il fixa Aayla dans les yeux et appuya sur la détente. La balle entra au milieu du front et lui traversa le crâne. L’arrière de la tête éclaboussa le mur et la faïence derrière elle. Le policier la regarda morte sans aucun état d’âme, aussi froid qu’une pierre. La jeune femme, la bouche ouverte, juste un trou au milieu du visage d’où coulait un filet rouge, les yeux sans vie, s’affaissa lentement dans une mare de sang. L’homme s’avança vers la fenêtre ouverte, puis il ordonna à ses hommes de partir à la poursuite de Coban.
—  L’homme s’est enfui par-là, rattrapez-le ! Je le veux mort ou vif, écrasez-moi cette vermine !
 
 
 
 
Chapitre 2
 
 
 
Coban courait, serrant l’enfant dans ses bras. Il courait tellement qu’il s’essoufflait. Il devait se cacher pour reprendre son souffle. Le secteur quatre avait été mis en quarantaine depuis longtemps par le Conseil des sages. Considéré comme un vieux quartier de l’ancien Paris où les artistes révolutionnaires gauchistes s’y cachaient, le gouvernement le traitait comme un secteur à part. La police communautaire y entrait rarement, sauf pour faire la chasse et tuer les rebelles antigouvernementaux trop agressifs, révoltés contre le système instauré depuis quelques années, ou, parfois, juste pour s’amuser à la chasse à l’homme.
Il entra dans un bar, pensant pouvoir s’y cacher. Ça puait l’urine et le mauvais alcool. Deux poivrots accoudés au comptoir polémiquaient avec le barman sur la société actuelle. Au fond du bistrot, un homme, d’une soixantaine d’années, seul, de type asiatique, cheveux long et crasseux, buvait tranquillement son verre. Il leva les yeux sur Coban qui cherchait un endroit pour souffler un instant. Le type observa le jeune homme et lui fit signe de venir s’installer à sa table. Coban hésita, regarda autour de lui, et finalement se dirigea vers l’homme.
—  Assieds-toi, mon jeune ami. Tu es Coban, le fils de Marc Mercier, celui que l’on appelle Julian ? Si tu cherches à sauver cet enfant, je peux t’aider, lui annonça l’homme, les yeux rivés sur son verre de whisky.
—  On se connaît ? T’es qui, toi ?
—  Moi ? Je ne suis personne, juste quelqu’un qui peut t’aider ! J’ai bien connu ton père. Nous étions collègues et amis inséparables à l’époque.
—  Je ne vois pas comment tu peux m’aider, t’as vu la tête que t’as, tu es bourré. Tu n’es qu’un alcoolo, une éponge. C’est impossible que tu connaisses mon père ! La police communautaire est à mes trousses. D’une minute à l’autre, ils vont entrer dans ce bar, mais il est hors de question qu’ils prennent cet enfant.
—  OK, c’est comme tu veux l’ami, c’est comme tu veux, répéta-il en tentant de porter son verre à ses lèvres de sa main gauche avant de se raviser.
—  Tu n’es même plus capable de tenir ton verre et je devrais t’écouter ! ?
—  ç a va faire presque trente ans que j’ai mal à l’épaule, une prothèse. Ce sont tes potes qui m’ont fait ça !
Coban se releva, chercha du regard une issue.
—  Têtu, comme ton père, plutôt mourir que d’accepter une main tendue, lâcha l’homme les yeux plongés dans son verre.
Il admirait son alcool, espérant y trouver un quelconque réconfort.
—  Sérieux, tu peux m’aider ? Tu peux nous cacher ? Moi, ma vie ne compte pas, s’ils m’attrapent ce n’est pas grave, mais pas la gosse.
—  Ah, c’est une fille ! ? Comment s’appelle-t-elle ?
—  Hein ? Euh, Daala !
—  Elle est mignonne. Sa mère devait être jolie !
—  Comment ça, devait ? Elle n’est pas morte, t’es con ou quoi ? C’est la fille de…
—  … tire un trait sur ta femme, mon ami.
—  Ce n’est pas ma femme !
—  Qui que ce soit, elle n’est plus de ce monde ! Mais toi et le bébé, je peux peut-être vous aider ! Es-tu prêt à tout ?
—  Je lui ai promis de la protéger ! Et quand on fait une promesse, on se doit de la tenir !
L’homme but son whisky, releva la tête et appela le barman.
—  Serre-lui un verre et à moi aussi, la même chose !
—  C’est gentil mais je n’ai pas soif.
—  Bois ! Je t’expliquerai après.
—  À la tienne, dit-il en levant son verre.
—  Merde, tu fais chier.
Résigné, Coban but son verre d’un trait.
—  Voilà qui est mieux, un homme qui ne trinque pas avec une boisson d’homme n’est pas un homme !
L’individu aux cheveux sales sortit une pierre de sa poche, un objet étrange en forme de losange
—  Ça, c’est ta porte de sortie. Si tu appuies là et que tu tournes, expliqua-t-il en montrant l’objet, tu te retrouves des années en arrière, bien avant cette nouvelle société pourrie.
—  Tu te fous de moi ! Tu n’as plus ta tête, je perds mon temps, s’énerva Coban.
—  Ma tête ? Malheureusement, je l’ai encore. C’est bien tout ce qu’il me reste ! Écoute-moi, mon ami. Ce n’est pas une blague. Cet objet, c’est comme un bouton, comme un interrupteur, tu vois ? Si tu l’actionnes, ça ouvre une porte temporelle et tu peux te projeter dans le temps.
—  Et alors ?
—  Et alors ? T’es con ou quoi ? Tu ne comprends pas ? Tu peux changer ce monde. Tu fais en sorte que cette société pourrie n’existe pas et, du coup, tu sauveras le gosse et peut-être la mère !
—  En faisant quoi ?
—  Tu tues le prophète avant qu’il ne prenne le pouvoir. Sans lui, cette société n’existerait pas.
—  Pourquoi ne le fais-tu pas ?
—  Moi ?
Il se mit à rire.
—  J’aurais bien aimé. Je l’aurais fait avec plaisir mon ami, mais j’ai peur d’avoir quelques difficultés maintenant pour y arriver !
L’ivrogne se recula de la table et Coban grimaça de gêne et de dégoût.
—  J’ai un peu de mal à courir, depuis !
 
 
 
 
Chapitre 3
 
 
 
Le type face à Coban était assis dans un vieux fauteuil roulant, révélant deux moignons au niveau des genoux.
—  J’suis désolé. C’est vrai que, pour le marathon, c’est raté !
—  Ce sont les mêmes qui te courent après qui m’ont fait ça, reprit le vieil homme. Il y a quelques années, je me battais aux côtés de ton père. Nous avions tenté de tuer cet enfoiré de Yarael. Nous avions réussi à pénétrer dans son palais mais ils nous attendaient, les salauds. Ils m’ont tiré dessus. C’est un miracle si j’ai pu me sauver. J’ai juste eu le temps de récupérer ce truc dans son bureau avant de me tirer. Malheureusement, j’ai été mal soigné. Mes blessures se sont infectées et j’ai perdu mes jambes. Il n’y a plus de bons médecins dans ce secteur de merde !
—  Et mon père ?
—  Aucune idée. J’me suis tiré, j’te dis. Peut-être mort, peut-être en prison, va savoir !
Coban prit l’objet, le tourna dans sa main, perplexe.
—  Je ne sais pas si je…
—  … Si tu peux, toi, tu es un soldat, un militaire, ça se voit. Te battre, c’est ton quotidien. Alors tu peux, non, tu dois ! Sauve ce monde et tu sauveras ce bébé.
—  Appelle-moi Dieu, pendant que tu y es ! ironisa Coban. Comment ça marche, ce truc ?
L’homme sourit. Il reprit l’étrange diamant et lui expliqua le mode d’emploi.
—  Tu presses là et tu tournes, fit-il en montrant l’extrémité de l’objet.
Il reprit.
—  Tu vas partir vingt-huit ans en arrière. Dans ce sens, c’est dans le passé, de l’autre c’est dans le futur, enfin je crois, je ne l’ai jamais utilisé ! Ah, tiens, prends ça aussi !
Il lui tendit quelques pilules bleues qu’il posa sur la table.
—  Elles peuvent être utiles. En cas de blessure, elles font coaguler le sang et t’évitent l’hémorragie.
À cet instant, la porte du bistrot s’ouvrit, la police communautaire entra.
—  Sauve-toi ! Par les chiottes, je vais les retenir, s’écria le vieil homme.
 
Sans réfléchir, Coban attrapa la pierre et ramassa les pilules. Prenant l’enfant dans ses bras, il se sauva vers l’arrière-salle du bar.
—  C’est moi qui ai dénoncé ton père, je suis désolé, alors venge-le ! Et si tu le vois, donne-lui le bonjour de Tchang, lui cria-t-il.
Coban se retourna, serra les dents, puis s’engouffra dans les toilettes nauséabondes et crasseuses. Il ouvrit une fenêtre et se faufila dans l’ouverture. Au bout de la ruelle, il aperçut le pont d’Alma traversant la Seine.
« Avec un peu de chance, je peux le franchir. Je pourrais me cacher dans le secteur 2, là-bas, ils ne me chercheront pas » pensa-t-il.
Il partit en courant, serrant l’enfant contre lui. Les hommes de la police communautaire s’avancèrent vers le fond du bistrot en direction des toilettes.
—  Il s’enfuit par les chiottes ! Rattrapez-moi ce salopard, ordonna le chef.
À cet instant, l’homme sur son fauteuil sortit un vieux fusil de chasse à canon scié caché sous sa veste élimée. Il pointa l’arme vers les policiers.
—  Ça fait des années que j’attends ce moment. Content de te revoir, enfoiré ! dit-il, un sourire aux coins des lèvres.
Il appuya sur la gâchette. La tête d’un policier explosa sous la violence des plombs. Il n’eut pas le temps de tirer une deuxième fois, les autres soldats ripostèrent, le criblant de toutes parts. Le vieil homme, sous la puissance du feu, recula de deux mètres dans son fauteuil avant de rendre son dernier souffle dans une mare de sang.
—  Débarrassez-moi de toute cette racaille, lança le chef.
Les policiers tirèrent sur tous ceux qui se trouvaient dans le bistrot, par haine et surtout par plaisir.
 
Laissant derrière eux leur carnage, ils partirent dans la ruelle à la poursuite de Coban. Les balles sifflèrent autour de lui. L’une d’elles le toucha dans la cuisse gauche. Il hurla de douleur mais continua d’avancer, se traînant malgré la souffrance et arriva enfin sur le pont. Il aperçut des policiers de l’autre côté. Prévenus par leurs confrères, ils l’attendaient et lui barraient le chemin. Incapable de continuer plus loin, il aperçut un escalier qui descendait vers les bords de la Seine. À cet instant, un autre projectile le toucha dans le dos, sous l’omoplate. Explosive et carrée, contrairement aux munitions classiques, elle lui déchira le thorax et frôla le bébé en ressortant. Il hurla de douleur, tituba et faillit s’effondrer. Le sang coulait de ses blessures et de sa bouche. Il descendit, lentement, se cramponnant à la balustrade, serrant fort l’enfant contre lui, il arriva sur les quais. Au-dessus, il entendit les policiers qui arrivaient. Il comprit au bruit de leurs bottes sur les escaliers qu’ils descendaient. Il était perdu. Coban regarda la petite Daala. Une larme coula sur sa joue. Grimaçant de douleur, crachant du sang, il sortit l’objet que lui avait donné l’homme du bistrot. Il le tourna et retourna dans sa main. Il se remémora ce que le vieil homme lui avait dit.
—  Presse là, tourne de ce côté, 28 ans en arrière ! C’est de la folie !
La douleur de ses blessures était telle que ses doigts tremblaient. La mort le prenait lentement. Il attrapa deux pilules que le vieil homme lui avait données et les avala par désespoir. Il se sentit s’évanouir, tout devint flou autour de lui. Il tourna l’objet comme lui avait montré l’individu, puis perdit connaissance, la petite Daala sur le ventre.
 
 
 
 
Chapitre 4
 
 
 
L’an 2012, le 28 février  
Bords des quais de Seine, près du pont D’Alma, 7 h 00 du matin, le jour pointait à peine son nez, une sale journée commençait pour Marc.
 
Marc, c’était moi ! Mercier, c’était mon nom. Inspecteur de police à la criminelle, j’approchai les trente ans bientôt, enfin, d’apparence. En fait, j’en avais trente-deux, mais je me plaisais à m’en donner quelques-uns de moins, ça aide pour rester jeune. Il pleuvait, il faisait froid. Emmitouflé dans mon blouson de cuir, mon écharpe vieillotte autour du cou, mon éternel bonnet sur la tête, je râlais tout seul au volant de mon véhicule. J’arrêtais ma vieille voiture, un petit 4x4 Suzuki cabriolet scotché partout, près d’un véhicule de police. Je n’avais pas eu le temps de petit-déjeuner, appelé d’urgence tôt ce matin. Et sans mon café, j’étais plutôt d’humeur mauvaise. Je descendis de la voiture. Un gardien de la paix gardait farouchement un cordon de sécurité pour éloigner les quelques curieux matinaux. Il souleva le ruban signalétique et me laissa passer,
—  Bonjour inspecteur, sale journée, hein ! me lâcha-t-il en passant.
Je le saluai d’un signe de la tête. Je retrouvai plusieurs policiers et personnes attroupés sous le pont en compagnie de deux inspecteurs de police, mes collègues, déjà sur les lieux.
—  Salut Marc, désolé de t’avoir appelé si tôt, mais tu devrais voir ça !
Elle, c’était Marine ! Marine Salberg, mon binôme, mon bras droit. La jeune femme de vingt-six ans, récemment sortie de l’école de police, avait rejoint mon service depuis deux mois. Une jolie brune aux yeux noirs sous un chapeau bariolé. Les chapeaux, c’était son dada, allez savoir pourquoi. On me l’avait imposée pour des raisons qui m’étaient encore inconnues. L’entente entre nous n’était pas encore au beau fixe. « Ça viendra » m’avait-elle dit. Elle était aussi belle qu’elle était chiante !
—  Alors c’est quoi l’affaire ? lui répondis-je en continuant vers le groupe de policiers.
—  Pas bonjour, donc mauvais jour ! OK, dit-elle.
Elle m’emboîta le pas.
—  Accroche-toi, un homme et son enfant, un nourrisson, à peine quelques jours ! On vient de l’emmener en urgence au service maternité de la clinique la plus proche.
—  Marc, salut, c’est dingue, putain, viens voir ! Merde, je n’ai jamais vu ça, c’est, c’est, c’est dingue, bredouilla un homme en me voyant.
Il était tout excité. C’était mon autre équipier, le chinois, le soixante-huitard. Jacky Chang et Bob Dylan mélangés, vous voyez ? Cheveux longs, l’écharpe et la chemise à fleurs couleur jaune d’œuf. On m’avait refilé les plus barjots de la brigade, mais les plus efficaces. Et lui, c’était mon pote, cela faisait des années qu’on bossait ensemble.
—  Poussez-vous les gars !
Il écarta les policiers pour me montrer le corps allongé sur le sol.
—  Pas de papiers sur lui ? On ne sait pas qui c’est ? demandai-je.
—  Rien du tout, répondit Marine.
—  Regarde, c’est impressionnant, me fit Tchang en désignant le corps étendu.
Je m’approchai, une horreur ! Le pauvre mec était troué comme une passoire. Il y avait un grand trou dans la poitrine de l’homme et un autre beaucoup plus petit dans la cuisse gauche, des traces d’armes à feu mais d’une taille impressionnante.
—  Tu as vu ça ? On a dû lui tirer dessus avec un bazooka !
Je leur demandai en me penchant au-dessus.
—  C’est étrange cette tenue. Il sort d’un bal masqué ? On dirait qu’il est déguisé, en, en, comme dans Star Trek, tu vois ? À part cette veste militaire, sa tenue est vachement bizarre !
—  Bonjour Marc, me lança José, le légiste qui s’affairait sur l’homme.
—  Salut ! Pas la peine de me dire de quoi il est mort, vu le trou qu’il a dans la poitrine, fis-je remarquer.
Le médecin bafouilla et me répondit.
—  Ben, euh, il n’est pas mort justement ! C’est surprenant, mais c’est comme ça ! Il vit encore, et vu la blessure, c’est incroyable. C’est bien la première fois que je vois ça dans ma carrière. J’attends les secours d’une minute à l’autre, nous allons l’emmener à la clinique de l’Alma, c’est la plus proche. Il n’y a pas beaucoup d’espoir, mais bon.
—  Comment est-ce possible ? Tchang, tu me prends des photos de tout ça, avant qu’on l’embarque, OK ?
—  D’ac patron, je mitraille tout, répondit-il en sortant son appareil photo.
Marine se pencha également et me montra un objet étrange que l’individu serrait dans sa main.
—  Regarde ça ! C’est quoi ?
Elle retira délicatement l’objet des doigts du blessé.
—  Marc, on dirait une pierre précieuse, un diamant peut-être ? Dix centimètres au moins, c’est énorme !
—  Montre !
Un policier m’interpella pour me présenter un homme qu’il poussa devant lui.
—  Inspecteur, c’est la personne qui a découvert les corps. Il venait pour pêcher, il est tombé dessus ce matin en arrivant. Ça l’a un peu secoué, le garçon.
L’homme me salua de la tête, encore sous le choc de sa découverte.
—  Plus tard, dis-je au policier.
Mon café matinal me manquait.
—  Marc ! L’ambulance arrive, annonça Tchang.
—  Inspecteur, il semblerait que l’homme lui a parlé un peu avant de s’évanouir. Il lui a dit des trucs bizarres. Vous devriez l’écouter, insista le policier.
Le pêcheur s’avança.
—  Allez-y, dites-moi ce que vous savez.
Il tenait encore sa canne à pêche à la main et tenta de raconter.
—  Ben, m’sieur le policier, il m’a dit des trucs étranges. Je n’ai rien compris, il n’a pas arrêté de me montrer son bébé ! Sauvez ma fille, sauvez ma fille, qu’il répétait ! Et puis il a parlé d’un prophète, un nom comme Ariel, comme la lessive, oui, quelque chose comme ça et qui voulait sa mort ! Je ne comprenais rien. Il a parlé aussi d’un chiffre, 2040, ça, j’en suis sûr ! Il me demandait où il était et après, il répétait en boucle, 2 040 ! Où suis-je, où suis-je qu’il bafouillait le mec ! Je ne comprenais rien !
Après l’avoir écouté, je demandais à ma coéquipière.
—  Prends sa déposition, il est secoué le gars, qu’il rentre chez lui, il n’y aura pas de poisson aujourd’hui, ça ne mordra pas !
Marine se releva. Elle rangea soigneusement l’objet dans un sac.
—  Marc, regarde, dit Tchang en me montrant la main que Marine avait desserrée.
Un chiffre était tatoué dans sa paume.
—  Qu’est-ce que c’est que ça ? On dirait un chiffre, remarqua Marine : 2 040 !
—  Fait chier ! Sérieux, je sens que cette enquête va être une vraie galère. Il me faut mon café. Donne-moi ce truc.
Je pris l’objet dans ma main et le regardais dans tous les sens. Ne voyant rien de particulier, sauf la forme et la taille, je le remis dans le sac et glissai le tout dans ma poche.
—  Je vais faire analyser ce truc au labo, on verra si ça a de la valeur ou si c’est du toc !
—  Tu crois que c’est ça, le mobile du meurtre ? Pour lui voler ce truc ? questionna Tchang.
—  Peut-être, mais si c’est un vrai diamant, tu imagines sa valeur ! Pourquoi l’avoir laissé alors ?
Je me grattai la tête un instant.
—  Bon, les enfants, vous récupérez tous les indices possibles et on rentre. J’ai besoin d’un café. Moi, j’y vais, on se retrouve au poste.
Tchang acquiesça.
—  Pas de soucis, on s’occupe de tout et nous rentrons, comme d’hab.
Sur ces mots, je saluai les secours qui arrivaient.
—  Messieurs, bien le bonjour, vous avez du boulot, va falloir faire vite !
Je me retournai vers Marine et j’ajoutai.
—  Au fait, mets-moi des policiers devant sa chambre pour le protéger ! Qu’ils ne le quittent pas des yeux. Sait-on jamais, ceux qui ont fait ça pourraient vouloir finir leur travail et chercher à récupérer la pierre !
—  Bien chef ! Et pour le bébé ? me demanda-t-elle.
—  Même chose, nous irons le voir plus tard.
Je me tournai vers le médecin légiste et l’interpellai.
—  Doc ! J’aimerais que tu fasses des tests ADN sur cet homme et sur le bébé, juste pour être sûr qu’il est bien le père. Allez, sur ce, à toute !
 
Je regagnai ma voiture. Il pleuvait, il faisait froid, j’étais trempé, mauvaise journée. Il me fallait ce foutu café
 
 
 
 
Chapitre 5
 
 
 
J’arrivai dans mon bistrot préféré, juste à côté du commissariat, le Café du Commerce . L’endroit était accueillant et permettait à tous de se retrouver ensemble après des journées difficiles. Pascale, la patronne, très jolie, serrée dans une petite jupe bien moulante et un décolleté à faire rougir un moine, me connaissait bien. Une vraie merveille pour les yeux, juste faite pour rêver. J’avais l’habitude de venir dans son établissement, rien de tel pour me mettre en forme, enfin, parfois.
—  Oh, Marc, déjà là !? Tu es bien matinal, tu dois être de mauvaise humeur. Un petit café ?
J’acquiesçai d’un signe de tête, puis j’ôtai mon bonnet et le posai sur le comptoir.
—  Oh, je vois ! Journée qui s’annonce difficile, on dirait, me dit-elle avec sa bonne humeur habituelle. Tu sais que tu peux me parler, je suis ta confidente.
Elle s’approcha et me souffla à l’oreille.
—  Je peux être plus que ça si tu voulais, tu n’as qu’un mot à dire et…
—  … je sais, mais, tu l’as dit, journée de merde ! Mets-moi un croissant avec mon café, s’il te plaît.
—  OK, j’ai compris, ce n’est pas le jour !
 
Un peu plus tard, 79 rue de Clignancourt, au commissariat central, des policiers s’affairaient partout dans les couloirs et les bureaux. Mon bureau à moi était un bureau comme tous les bureaux de flic. Un local vitré, sans âme, comme tous les autres avec, pour seule déco, des photos de criminels recherchés accrochées sur un tableau et un pauvre cactus qui survivait miraculeusement sur une table en formica servant à notre traditionnelle cafetière. Mes coéquipiers m’attendaient déjà.
—  Alors, on en est où ? demandai-je en entrant.
Je m’adressai à Marine en lui posant une bise amicale sur sa joue.
—  Je ne t’ai pas dit bonjour ce matin, désolé, mais sans mon café !
—  Ça, on le sait ! Merci pour le bisou, très agréable. Je n’en espérais pas tant, après deux mois de collaboration.
—  Et moi ? répliqua Tchang en plaisantant.
—  Et toi ? lui répondis-je d’un ton ironique. Dis-moi quelque chose d’intéressant plutôt, dis-moi qui est ce mystérieux individu trouvé ce matin, et peut-être que tu auras une bise.
Tchang bafouilla.
—  Aucune idée, patron, il n’est pas fiché et inconnu de nos services. On dirait presque qu’il n’est pas de ce monde. Pas de pièce d’identité, pas d’empreinte fichée, ce type est tombé du ciel ! Les tests ADN sont en cours, on aura les résultats dans quelques minutes, je pense.
Je pris mon paquet de cigarettes et j’en attrapai une.
—  On a plus le droit de fumer ici, me fit remarquer Marine.
—  Je sais mais ça m’aide à réfléchir. Je me suis collé des patchs, des gommes et tout ce qui peut exister, mais ça ne marche pas sur moi.
Je remis la cigarette dans le paquet.
—  Tu as les photos ?
—  Oui, je les ai récupérées tout à l’heure, j’allais les accrocher.
Tchang retira les photos de notre dernière enquête et épingla les nouvelles sur le tableau en liège. J’observais les clichés.
—  Impressionnant !
Marine s’approcha et souligna un fait étrange.
—  C’est surprenant, on lui a troué la moitié du corps, mais il n’y a pas une seule goutte de sang par terre.
—  Ouais, c’est vrai, c’est étrange ! Comment cela se fait-il ? Il aurait perdu son sang avant, mais où ?
—  Moi je pense qu’il y a un truc surnaturel, remarqua Tchang. Ils ont été téléportés, ils viennent d’ailleurs, c’est sûr !
—  Des E.T ? plaisantai-je.
—  Un rituel, certainement une secte, vu sa tenue, supposa Marine.
Ils avaient peut-être raison, mais quelque chose me turlupinait.
—  Ouais !? Mais il y a un truc qui cloche pourtant, regardez sa main. Non seulement il y a ce chiffre inscrit mais son index est pointé vers le ciel, comme s’il voulait montrer quelque chose.
—   Le ciel, les étoiles ! Lâcha Marine
—  Au fait, en parlant d’étoiles, j’ai apporté le caillou au labo, il va s’en occuper ce matin.
À cet instant, le téléphone du bureau sonna. Tchang décrocha.
—  Oui, allô ? Non, c’est Tchang. OK, je lui dis, oui, à plus, salut !
Il raccrocha le combiné.
—  C’était le labo, il t’attend en bas, il a fini ses analyses !
—  OK, je descends. Marine prépare un petit café, je n’en ai pas pour longtemps.
—  Bien chef, dit-elle ironiquement dans mon dos alors que je sortais.
Elle s’adressa à Tchang en rouspétant.
—  C’est un gros macho, je ne suis bonne que pour lui faire son café !
—  Tu le fais meilleur que nous, c’est pour ça ! Tu es la petite femme qu’il n’a pas à la maison. Tu sais qu’il est fou de toi, lâcha-il en rigolant.
—  Lui ? Amoureux de quelqu’un ? Impossible, tu es aussi con que lui !
Elle s’approcha à contrecœur de la machine à café.
—  Et si tu crois que ça me fait plaisir, eh bien tu te trompes ! Il ne le montre pas beaucoup, et en plus, je m’en fous.
 
Je traversai les couloirs et descendis aux sous-sols, jusqu’au laboratoire d’analyses. Rogers, le médecin légiste, un petit gros bien joufflu, nourris aux chamallows, m’attendait à la machine à café, devant la porte de son labo.
—  Salut, Marc, je t’attendais. Tu as bu ton café ? Tu as déjeuné ?
Il n’attendit pas ma réponse.
—  Tant mieux car j’ai une surprise pour toi !
—  Tu sais bien que je n’aime pas les surprises et j’ai eu ma dose ce matin. Vas-y, montre-moi !
Rogers me précéda. Je le suivis, me plaquant contre la porte pour le laisser passer. Son ventre remuait en marchant. Tout en se dirigeant vers son bureau sur lequel trônaient des éprouvettes, papiers, dossiers et bonbons, il commenta.
—  Alors, en fait, j’ai fait toutes les recherches ADN, comme d’hab et comme tu l’as demandé, pour essayer de trouver qui étaient ces braves gens. Pour le bébé, c’est une fille, elle n’a que quelques jours, une semaine à peine.
—  ç a, j’ai vu.
—  Oui, mais ce n’est pas l’enfant de l’autre, ce n’est pas lui le père, tu comprends ?
—  J'suis pas débile ! C’est bon, j’ai compris, même si tu n’es pas toujours très clair.
Il s’enfila deux chamallows d’un coup du paquet posé à côté de ses éprouvettes.
—  Hum, c’est bon ! Par contre, pour le type, ce n’est pas pareil, dit-il la bouche pleine.
—  Vas-y, accouche, et arrête de te goinfrer, tu ne passeras bientôt plus par cette porte !
—  Ne te préoccupe pas de mon estomac ! Le souci, aujourd’hui, ce n’est pas mon ventre, me répondit-il en mâchouillant.
—  C’est quoi le problème ?
—  C’est toi !
—  Comment ça, moi ?
—  Ben, euh, laisse-moi finir et assieds-toi ! me dit-il en me montrant une chaise de son labo.
—  C’est bon, vas-y, je ne suis pas une fillette.
—  Comme tu voudras ! La science est formelle, vois-tu, elle ne se trompe jamais. Et, euh, là, pour le coup, les résultats, pourtant je les ai faits et refaits, tu peux me croire…
—  … vas-y, crache ta Valda ! coupai-je.
Je ne comprenais pas pourquoi il tournait en rond comme ça. Rogers repris, mal à l’aise.
—  Tu es sûr d’avoir pris ton café, hein ? Enfin bref, l’ADN de cet inconnu, c’est le tien ! Enfin pas tout à fait, celui de ta famille. Enfant, descendant très proche, quelque chose comme ça, enfin, tu vois ?
Je le regardai, étonné, me disant qu’il était devenu fou ! Les bonbons lui embrouillaient le cerveau. Un silence de quelques secondes se passa avant que je puisse réagir.
—  Tu as bu ?
—  Non !
—  Tu es sûr ?
—  Sûr de chez sûr !
—  Je n’ai pas de femme, pas de frère, pas de sœur, plus de famille !
—  La science, c’est la science !
—  Tu as dû te tromper, arrête les chamallows !
—  Désolé, mais non. Il n’y a pas de doute, la science ne se trompe jamais. Et, toutes mes condoléances pour ta famille, enfin s’il meurt ! dit-il sans se démonter.
—  Tu fais chier, je n’aurai jamais dû me lever ce matin, je le savais, journée de merde !
Je me dirigeai vers la porte pour partir, mais, tracassé, je retournai sur mes pas et lui demandai.
—  Sérieux, comment est-ce possible ?
—  Aucune idée !
—  Je vais faire un tour au labo pour la pierre, si tu trouves autre chose, préviens-moi !
—  Pas de soucis, compte sur moi. Ah, au fait, j’ai oublié de te dire !
Il s’enfila deux autres chamallows. « Ça devait le calmer » pensais-je.
—  D’après l’aspect physique, il devrait avoir 26 ou 27 ans, en gros, mais d’après d’autres analyses, il aurait plutôt, euh, comment dire, 65 ans, c’est là où je ne pige pas !
—  Arrête les chamallows et arrête de boire aussi, ce n’est vraiment pas bon pour toi. Refais tes analyses, mais à jeun !
Je sortis, préoccupé.
 
 
 
 
Chapitre 6
 
 
 
Je me dirigeai vers le labo scientifique. Je ne pouvais plus attendre, tant de questions se bousculaient dans ma tête. Un cousin ou un enfant de 65 ans à l’aspect de 25 ans, ça, je ne connaissais pas. C’était bien la première fois que j’entendais ce genre d’ânerie ! À peine entrai-je dans le labo que José m’interpella.
—  Ah, Marc, tu tombes bien ! Je n’ai pas tout à fait terminé, mais j’ai d’ores et déjà des petites choses à te dire.
Le laboratoire de José, le scientifique , était une salle comme tant d’autres, blanche, avec des tables alignées et des objets sous des microscopes, rien de plus, enfin si, une nuance, l’objet était posé sur une de ces tables.
—  Salut José, alors, tu as trouvé quelque chose ? demandai-je en m’approchant.
—  Assieds-toi, je crois que c’est mieux !
—  Vas-y, pas d’inquiétude, après ce que vient de m’annoncer Rogers !
—  Et bien, justement, tu ferais mieux, tu n’es pas au bout de tes surprises ! dit-il, sérieux.
—  Vous vous êtes donné le mot ce matin ? Tu pourrais arrêter les mystères !
—  Bon, ton caillou, il n’a pas de valeur. Ce n’est pas un diamant ou autre pierre précieuse, tu vois le truc ? Ça ne vaut rien. Enfin, quand je dis que ça ne vaut rien, c’est faux. Ce n’est pas une pierre précieuse ou autre truc dans ce genre, ça c’est sûr !
—  C’est déjà ça, mais tu te répètes !
—  Oui, mais c’est étrange, ce n’est pas fait dans un matériau connu. Il n’est pas de notre planète, en tout cas pas de notre époque, enfin, je ne crois pas.
—  Comment ça ?
—  Ben, tu me connais, je ne crois pas aux petits hommes verts qui arrivent d’une autre planète, je suis un scientifique, moi ! Mais là, j’ai un doute, on n’a jamais fabriqué ce genre de bidule sur notre terre.
—  C’est bon, OK, c’est la journée. Tu vas me dire qu’il vient du futur ?
—  Du futur, je ne sais pas, mais pas de notre planète, ça, j’en suis presque sûr.
—  Tu as fait des analyses ?
—  Pas facile, regarde !
Il prit un marteau et frappa de toutes ses forces sur l’objet. Impossible de briser la pierre, enfin, ce qui ressemblait à une pierre. Elle semblait incassable.
—  J’ai tout essayé, continua-t-il. Je l’ai même mis dans une presse qui écrase l’acier, rien à faire. Cependant, la seule chose que j’ai pu trouver dessus, c’est de l’alanine.
—  C’est quoi ce truc ?
—  De la soie, mais pas n’importe laquelle ! De la soie d’araignée, c’est ce qui lui sert pour faire sa toile.
Je pris l’objet.
—  OK, un diamant d’araignée ! ? Un mystère de plus. Sérieux, tu crois vraiment que ce machin pourrait venir d’une autre planète ?
—  Aucune idée ! De Mars peut-être, j’ai toujours pensé qu’il y avait des Martiens là-bas. Ou alors c’est une invention restée secrète.
Je tournai et retournai l’objet dans la main. De la soie d’araignée ! ?
—  À quoi ça peut bien servir ? On n’a pas inventé ce truc pour rien ?
—  Je ne sais pas, je n’ai pas eu le temps de l’étudier à fond.
Je le mis dans ma poche et me dirigeai vers la porte.
—  Eh ! Tu n’as pas le droit de le prendre !
—  Je te l’emprunte un moment, tu gardes ça pour toi. Je vais rendre visite à notre extraterrestre. S’il n’est pas mort, il pourra peut-être me donner des explications. Salut José, à plus !
—  Salut, à plus !
Je sortis et filai jusqu’à mon bureau chercher mes coéquipiers.
—  Prenez vos manteaux, on va faire un tour à la clinique.
—  Et ton café ? s’insurgea Marine.
—  Pas le temps !
 
Une heure plus tard, nous étions à la clinique d’Alma. Nous nous dirigeâmes jusqu’à l’accueil. Je montrai ma carte de flic à une infirmière qui se tenait derrière la banque et lui demandai le numéro de la chambre où se trouvait notre ami du futur.
—  Troisième étage, aux soins intensifs, chambre 62. Deux de vos collègues sont déjà là-haut, ils viennent d’arriver, dit-elle.
—  Deux policiers, vous dites ? Ils ont montré leur carte ? demandai-je, subitement inquiet.
—  Euh, non ! Ils ont dit la même chose que vous, qu’ils étaient de la police. Je n’ai pas pensé que, j’ai fait une bêtise ? s’inquiéta-t-elle, toute penaude.
Sans prendre la peine de lui répondre, je commandai à mes coéquipiers de monter. Nous partîmes en courant vers l’ascenseur. J’appuyai sur tous les boutons, espérant qu’une porte s’ouvre.
—  Tchang, prends les escaliers !
Il sortit son arme et partit en direction des escaliers. Enfin, les portes d’un ascenseur s’ouvrirent. Marine et moi entrâmes. C’est fou comme le temps paraissait super long quand on était pressé. Je sortis mon arme et vérifiai le chargeur. Marine en fit de même. J’avais un mauvais pressentiment, je me doutais que ces deux policiers n’étaient pas des vrais. Ils étaient là pour l’homme, pour l’enfant ou pour récupérer l’objet. Troisième étage, la porte s’ouvrit sur le couloir. Plus loin, devant la porte 62, les deux fonctionnaires de polices en fraction étaient étendus sur le sol. Il y avait du sang répandu sur le carrelage. Ils étaient morts. Longeant les murs, arme au poing, j’avançai prudemment, Marine me suivit. À l’approche de la chambre, nous entendîmes parler à l’intérieur. Tchang arriva à cet instant à l’autre bout du couloir. Je lui fis signe de rester silencieux. J’avançai la tête et regardai discrètement. Deux hommes, vêtus également de cuir de la tête aux pieds, bottes, combinaison noire sous un manteau de la même couleur, étaient penchés sur notre blessé. « Comment la fille de l’accueil avait-elle pu penser que c’étaient des flics ? Quelle cruche ! » pensais-je. Les deux individus tenaient dans leur main une arme sortie des livres de science-fiction.
—  C’est quoi ça ! ? C’est avec ça qu’ils ont fait des trous grands comme des portes. Avec mon Beretta, j’ai l’air d’un con, soufflai-je à mes collègues.
Dans la chambre, l’un des deux individus parla.
—  Il n’est pas mort et s’il n’est pas mort, c’est qu’il peut parler, réveille-le !
Son compère décrocha une seringue de sa ceinture et l’enfonça dans le cou de l’homme allongé sur le lit. Après quelques secondes, il eut un râle, toussa, cracha puis ouvrit les yeux.
J’étais stupéfait. Du jamais vu, je devais rêver !
—  Allez-vous faire foutre, lâcha-t-il aux deux autres.
Tchang, juste derrière moi, avait vu toute la scène. Il ne put s’empêcher de crier.
—  Putain, c’est quoi ce délire ?
Les deux hommes l’entendirent et se retournèrent. Ils dirigèrent leurs armes sur nous. Je n’eus que le temps de me pousser, ils tirèrent. Tchang fut touché à l’épaule. Elle éclata comme une pastèque, juste devant moi. Il fut projeté contre le mur puis s’écroula en hurlant de douleur. Je criai.
—  Nom de Dieu, Tchang !
Sans réfléchir, je me couchai sur le sol et vidai mon chargeur sur les deux hommes coincés dans la chambre. L’un d’eux tomba, mort, touché dans le ventre et la tête. L’autre, blessé à la cuisse, sortit le même objet que celui que j’avais dans la poche. Il l’actionna et disparut.
—  Merde alors, c’est quoi ce truc ? lâchai-je, désemparé en voyant disparaître l’individu sous mes yeux.
Tchang gisait à mes pieds sans connaissance, la moitié du bras presque arraché. Le sang coulait et se répandait sur le sol.
Marine, choquée, venait de vomir sur mon pantalon.
—  Tu aurais pu vomir ailleurs, putain de merde, je vais puer, maintenant !
—  J’suis désolé, mais Tchang, t’as vu ? Il, il, il est mort ! bégayait Marine dans tous ses états.
Je m’agenouillai près de Tchang, il vivait encore. Je demandai à ma collègue d’appeler un médecin en urgence. Elle ne réagissait pas, choquée.
—  Ressaisis-toi, merde, tu es un flic !
Je la giflai.
—  On aurait pu tous y passer. Qu’est-ce que tu fais dans mon service ? Tu fais chier, tu ne sers à rien, tu aurais pu tirer pour me couvrir !
Elle pleurait deux fois plus. Je manquais de tact, je n’avais pas toujours les mots pour réconforter. Les mots gentils, ce n’était pas mon truc. Je me précipitai dans la chambre et j’appuyai sur le bouton d’urgence. Au fond du couloir, des infirmiers alertés par le bruit des coups de feu, arrivèrent. Marine se ressaisit.
—  Un docteur, vite, dépêchez-vous, il se vide de son sang, hurla-t-elle.
—  Occupe-toi de lui, criai-je de la chambre. Et appelle les secours.
Pendant qu’ils transportèrent mon coéquipier aux urgences, je me penchai sur l’homme allongé dans le lit. Le truc que l’autre lui avait injecté l’avait tiré de son coma, mais il était encore très faible. Je devais lui parler sans attendre.
—  Qui es-tu et qui étaient ces hommes ? Que te voulaient-ils ?
Le jeune homme me regarda. Il ouvrit la bouche et me répondit d’une voix faible.
—  En quelle année suis-je ?
—  En 2012, mais attention, ne commence pas à me sortir des conneries, que tu viens du futur ou d’une autre planète, lui dis-je.
—  Qui êtes-vous ? me demanda-t-il.
—  Tu réponds toujours aux questions par des questions ?
Il resta muet et me dévisagea. Je soupirai.
—  OK ! Je suis l’inspecteur Marc Mercier de la police criminelle, et toi ?
—  Ton fils !
 
 
 
 
Chapitre 7
 
 
 
Je restai figé un instant, éberlué.
—  Mon fils ? Arrête tes conneries, qui es-tu ?  
Marine revint à cet instant dans la chambre.
—  Le bébé ? Où est le bébé ? Daala, est-elle vivante ? lui demanda le jeune homme.  
—  Elle est vivante, ne t’inquiète pas, répondit Marine derrière moi. On s’occupe d’elle, on la nourrit et on la soigne. C’est une très jolie petite fille. Elle a de magnifiques yeux bleus.  
—  C’est bien ça le problème ! Elle est en danger, il faut la protéger, cria l’inconnu en s’agitant.  
—  Bon, explique-moi maintenant, on ne va pas y passer la nuit !  
—  Oh, t’es un impatient toi, fit-il en essayant de sourire.  
Il se tut un instant, il souffrait puis, il soupira et reprit enfin.
—  De là d’où je viens, les enfants qui n’ont pas les cheveux noirs et les yeux noirs n’ont pas le droit de survivre. Ils sont tués ou pris pour des expériences.  
—  Quelle horreur ! lâcha Marine. Elle est pourrie ta planète, c’est un monde ignoble !  
—  C’est malheureusement le vôtre, et aujourd’hui c’est le mien, grâce à vous ou plutôt à cause de vous ! Ces hommes, ils voulaient Daala, le bébé et sa mère.  
Des larmes coulèrent de ses grands yeux noirs.
—  Je ne sais même pas si elle est encore vivante, bafouilla-t-il. Sa mère est la fille du prophète, le maître tout-puissant de ce monde pourri. Et c’est vous qui avez créé un tel monstre !  
Je m’énervai.
—  Comment ça nous ? Que veux-tu dire ? Je ne comprends rien de ce que tu dis. Mon collègue est presque mort alors arrête tes sornettes et raconte-moi tout !  
—  En quelle année sommes-nous ? demanda de nouveau Coban.  
—  2012, pourquoi ? lui répondis-je une fois de plus.  
—  Il ne m’a pas menti, je suis revenu dans le passé, bredouilla le jeune homme.  
Sa voix se faisait de plus en plus faible. Je lui montrai l’objet que je sortis de ma poche.
—  C’est quoi ce truc ? Le gars qui a filé, il en avait un dans sa main. Il a disparu comme par magie, alors j’ai besoin d’explications. Il va falloir m’en donner !  
Coban hocha la tête. Il me prit la main et la serra fort.
—  Je vais certainement mourir. Je veux voir le bébé, une dernière fois, je vous en prie.  
Je me tournai vers Marine pour lui faire signe de la tête d’aller chercher l’enfant.
—  OK, on va te l’amener. Maintenant, il faut m’expliquer, et plus d’embrouille, demandai-je impatient.  
Le jeune homme soupira, à bout de forces.
—  Quoi que je dise, ne me coupe pas !  
J’acquiesçai, pas le choix.
—  Je m’appelle Coban, je suis le fils de Marc Mercier, le même nom que toi ! C’est, enfin c’était le chef de la rébellion, allias Julian.  
—  Mercier ? Marc Mercier, comme moi ? Coïncidence.  
—  Je t’ai dit de ne pas m’interrompre !  
Il enchaîna.
—  Oui, comme toi, semble-t-il. Je viens du futur, de 2 040 exactement et je devais revenir en 2012. Putain de transporteur, ça a marché ! souffla-t-il en montrant l’objet.  
Il se tut un instant, reprit quelques forces puis continua.
—  Le gouvernement est dirigé par un dictateur, le pire que la Terre ait pu connaître, un sale type qui se fait appeler Yarael, mais on ne connaît pas son vrai nom. Des bruits courent sur des noms comme Sarcello, Salberg, et d’autres mais finalement personne ne le sait vraiment. Aayla, la jeune femme, c’est sa fille, en tout cas, c’est ce qu’elle m’a dit !  
Des larmes coulèrent de nouveau sur ses joues.
—  Daala, c’est son bébé, pas le mien !  
—  Et ce fameux prophète n’était pas d’accord ? C’est pour ça qu’il a cherché à te tuer ? Ce n’est pas un peu exagéré, non ? Si tu n’es pas le père, peut-être pense-t-il que tu as kidnappé cet enfant, ça me paraît plus cohérent.  
—  Non, je ne l’ai pas enlevé, je te le jure ! Le papa est mort, ils l’ont abattu et la maman, peut-être aussi à l’heure où je vous parle ! Ce qu’il veut, c’est récupérer Daala et la faire disparaître. Imagine, si le monde apprenait que sa descendance avait les yeux bleus, qu’elle n’était pas conforme à ses propres lois, il serait discrédité, son pouvoir mis à mal. Les prétendants à son poste se rueraient dessus.  
J’étais abasourdi par tous ces propos. « Comment le croire ? » pensai-je. À cet instant, Marine revint, portant le bébé dans ses bras. Elle le posa délicatement sur le ventre de Coban. Il la serra très fort contre lui et pleura. Malgré mon cœur de pierre, la scène était émouvante. Je ne savais que dire. Coban me reprit la main et me dévisagea.
—  Sauvez-la et veillez sur elle, promettez-le-moi ! Moi, je l’ai promis à sa mère.  
À bout de souffle, les larmes plein les yeux, il ajouta presque inaudible.
—  J’étais venu là pour trouver et tuer Yarael. Je devais l’empêcher de prendre le pouvoir. Il faut changer le futur ! Je vais certainement mourir, alors c’est à toi de le faire maintenant, sers-toi de l’objet pour voyager. Il te suffit d’appuyer sur les extrémités et de tourner dans un sens ou dans l’autre, la date s’affiche normalement sur la paume.  
Ses yeux se fermèrent. Il murmura une dernière chose avant de perdre connaissance.
—  Prenez garde, ils vont revenir, ils ne vous lâcheront pas !  
Le légiste arriva au même moment accompagné d’autres policiers, des vrais. Je me levai.
—  Tu as un client de plus, Doc, dis-je en montrant le type que j’avais descendu, étendu sur le sol. Appelez le médecin, celui-là vit toujours. Je veux des flics bien armés pour le protéger. À l’accueil aussi. Personne n’entre dans cette chambre sans mon autorisation. Marine, prends le bébé, il faut le mettre en lieu sûr, il ne peut pas rester ici, tu vas l’emmener chez toi pour l’instant !  
—  Chez moi ? Mais, qui va s’en occuper ? Il faut la nourrir, la changer, t’es fou ou quoi ?  
—  Ben, t’es une femme, tu sauras mieux que personne. Je ne vois pas où est le problème !  
—  Oui, mais non, tu ne peux pas me demander ça. Je n’ai pas d’enfant, je ne suis pas sûre de savoir ! Et puis, c’est interdit, on n’a pas le droit de l’emmener, râla-t-elle.  
—  Je suis certain que tu y arriveras, plaisantais-je. C’est juste pour aujourd’hui, d’ici là, je lui trouverai une nounou. Passe par la maternité, ils te donneront ce qu’il faut. Vas-y, je te retrouve chez toi un peu plus tard, moi je vais voir comment va Tchang.  
Sur ces mots, je sortis. Bon gré, mal gré, Marine prit l’enfant dans ses bras et m’emboîta le pas. Arrivé aux urgences, j’aperçus mon coéquipier en salle d’opération. Un médecin, un sexagénaire, vint à ma rencontre. Je montrai ma carte de flic.  
—  Inspecteur Mercier, de la criminelle. Comment va-t-il ?  
—  Mal en point, il a perdu beaucoup de sang mais il devrait s’en sortir. Pour son épaule par contre, j’ai bien peur qu’il ne soit obligé de porter une prothèse. Quelle arme a bien pu faire de pareils dégâts ?  
—  L’arme de l’enfer, Docteur, l’arme de l’enfer.  
Je fus rassuré, il allait vivre.
Je quittais la clinique d’Alma. Je devais trouver rapidement une vraie planque et une nounou pour mettre à l’abri cette petite Daala en attendant d’éclaircir cette histoire démente. Une multitude de choses et de questions s’entremêlaient dans ma tête.
« Et s’il avait dit vrai ? Si ce Coban venait vraiment du futur ? Mercier, c’est fou, il s’appelait comme moi ! Putain, dans quelle merde j’ai mis les pieds ? »
 
 
 
 
Chapitre 8
 
 
 
J’étais accoudé au comptoir du café du commerce, mon bistrot préféré à côté du commissariat. À 21 heures, le café était bombé par tous les habitués, mais le monde était propice à la discrétion pour un rendez-vous normalement discret.
—  Alors, beau gosse, cette journée, bien passée ?
La patronne, toujours très accueillante, se pencha sur le comptoir pour me tendre sa joue.
—  Tu m’offres u n verre, beau gosse ?
J’avais besoin de réfléchir.
—  Non, une autre fois peut-être, répondis-je assez froid.
—  Encore de mauvaise humeur depuis ce matin ? C’est bien dommage, ça ira mieux demain mon chéri. Ce qu’il te faut, c’est une bonne nuit avec moi. Ça te ferait du bien, un jour, peut-être !
Puis, elle tourna les talons et s’enfuit servir d’autres clients.
 
Je sirotais mon sky depuis un bon quart d’heure, un Jameson sans glace, un classique Irlandais, mais passe-partout et tellement bon. Ça me faisait du bien et m’aidait à réfléchir. La clochette de la porte du bistrot retentit. Les têtes des clients se tournèrent, la mienne aussi. Une jeune femme, grande blonde aux yeux bleus, entra et se dirigea vers le comptoir. Elle était si belle que tous les regards la suivirent. Vêtue d’un jean bien moulant et d’une chemise de soie au décolleté impressionnant, elle se dirigea vers moi d’un pas sûr et envoûtant.
—  Tu vas bien ? lui demandai-je en continuant de boire mon verre de whisky.
Plongeant mes yeux dans son décolleté qui se pointait sous mon nez, je jetai un regard oblique vers ces deux merveilles.
—  Pas mal la vue, mais pour la discrétion, c’est raté !
—  ç a t’excite, hein, me murmura-t-elle dans l’oreille.
—  Je n’ai pas vraiment la tête à ça, mais je reconnais que tu es de plus en plus belle. L’armée te va bien. Tu les as gonflés ou quoi ?
—  C’est du vrai, pas du plastique. Tu veux toucher ?
—  Ce n’est pas le moment !
—  Oh, tu es énervé, toi ! Je viens d’intégrer les services spéciaux, je bosse pour la DGSE. Le boulot est sympa, je suis sur le terrain et tu sais comme j’aime bouger ! Et j’aime bien quand on me fait bouger, me souffla-t-elle à l’oreille avec son petit sourire coquin.
Pour me mettre mal à l’aise, elle était la meilleure.
—  Je prendrais la même chose !
J’appelai le serveur planté derrière le comptoir à dévisager Laura, la bouche ouverte, la salive qui coulait aux coins des lèvres, comme hypnotisé.
—  S’il vous plaît, le même, dès que vous pourrez fermer la bouche, demandai-je au barman. Je suis au courant pour ta promotion, j’ai eu Arthur au téléphone, mes félicitations !
Le serveur servit nos deux whiskies, les yeux scotchés sur la poitrine de Laura.
—  Sept Euros, s’il vous plaît. Celui de madame, c’est moi qui l’offre, annonça-t-il en faisant un clin d’œil à Laura.
Elle gonfla sa poitrine.
—  Ça lui fait plus d’effets qu’à toi, a priori.
Pascale, la patronne, passa près de moi, jeta un regard jaloux sur Laura, puis soupira et continua son chemin en haussant les épaules.
—  Tu l’as sautée ? Je ne te plais plus ? demanda Laura, agacée.
—  Tu fais chier, ce n’est pas le jour ! Les crises de jalousie, une autre fois. Je ne t’ai pas appelée pour que tu excites tout le quartier. J’ai besoin de ton aide, alors, écoute-moi Laura, c’est sérieux !
Elle me demanda d’un air déçu.
—  Oh, si je te laisse de marbre, alors c’est que c’est grave. Vas-y, dis-moi ce qu’il se passe, en quoi puis je t’aider ?
 
Laura et moi étions amoureux depuis longtemps, en fait, depuis que l’on se connaissait, depuis l’armée. Experte en maniement d’armes, tireur d’élite, elle avait travaillé avec moi sur la plupart de mes missions. On avait fait les quatre cents coups ensemble. Des actions militaires où nous avions failli y laisser notre peau. Les multiples cicatrices sur nos corps en étaient témoins, mais également des soirées mémorables remplies d’alcool et de sexe. Elle ne me laissait pas indifférent, loin de là. Je pouvais presque dire que je l’aimais, mais la belle italienne au tempérament fort et jalouse comme une peste me faisait un peu peur. J’avais toujours refusé une relation de couple et préféré celle de l’amant occasionnel. Mais aujourd’hui, mes soucis étaient ailleurs ! J’étais inspecteur de police à la criminelle et cette affaire en cours me perturbait.
—  Écoute-moi un instant et cache tes nibards, putain, tu vas exciter tout le bistrot.
—  Sauf toi, a priori !
—  Sois sérieuse un instant. J’ai besoin d’une cache sûre et d’une nounou !
—  D’une nounou ? Tu te fous de moi ? Tu as un gosse, toi ?
—  Mais non, pas moi. Je suis actuellement sur une enquête, un truc bizarre, étrange, qui donne froid dans le dos. Un homme et un bébé, vêtus bizarrement, comme dans une autre époque, mais pas du passé, du futur, dans le genre science-fiction, tu vois ? Le mec est mal en point, il est peut-être mort à cette heure-ci, mais l’enfant, lui, est bien portant. J’ai besoin qu’on m’aide à le protéger !
Laura me regarda avec de grands yeux ronds. Un rictus sur le coin de ses lèvres apparut. Je n’aimais pas quand elle me regardait comme ça, ce n’était pas bon signe pour moi.
—  Attends, tu m’as fait venir pour me demander de garder un mioche ? Je n’y crois pas ! Tu m’as toujours refusé d’en avoir un avec toi et là, tu me demandes de garder ton gosse ! ?
—  Ce n’est pas mon gosse et ce n’est pas n’importe quel gosse. C’est une petite fille, un bébé, elle a moins d’un mois !
—  Moins d’un mois ! ? Tu vois ces seins ? me demanda-t-elle en me montrant sa poitrine. Tu as l’impression qu’ils sont gorgés de lait ?
—  De lait, non, mais ce n’est pas le problème, ce n’est pas d’une nourrice dont j’ai besoin, mais juste d’un garde du corps. Tu ne seras pas obligé de les lui donner, tu peux me les garder de côté, plaisantai-je.
Je repris, le ton plus grave.
—  Tu sais qu’il existe des biberons de nos jours ? Je ne te demande pas de lui donner le sein mais simplement de m’aider pendant quelque temps. Des hommes veulent la tuer ou l’enlever et je n’ai confiance qu’en toi.
Laura hésita, réfléchit, fit la moue puis s’adressa au barman.
—  Au lieu de reluquer mes seins, espèce de gros cochon, sers-nous deux verres , c ’est ma tournée.
L’homme confus, bredouilla quelques mots inaudibles et nous servit.
—  Vas-y, raconte, me demanda mon amie, curieuse.
Je trinquai av ec elle, dans les yeux. C’était important, une tradition disait-elle à chaque fois, sinon, sept ans sans faire l’amour.
Je m’enfilai le verre de whisky d’une traite et repris.
—  Je suis sur une tentative d’homicide, une histoire des plus étranges. Ce que l’homme m’a raconté avant de mourir, enfin, si toutefois il est mort, me turlupine encore, je te raconterai plus en détail après.
—  Là, je veux bien te croire, je te connais. Tu n’as jamais été dans cet état, lâcha-t-elle en buvant son verre.
—  Le plus étrange, ce sont les tests ADN et ce que Rogers m’a dit.
—  Et alors ?
—  Eh bien, il serait de ma famille !
—  Mince alors ! De ta famille ? Mais tu n’as plus de famille, encore moins un gosse, tu n’aimes personne, même pas toi !
—  T’es bête ! Ne dis pas ça, toi, je t’aime, mais ce n’est pas le propos et encore moins le moment.
—  Tu m’aimes ? Prouve-le, j’attends ça depuis si longtemps !
—  Écoute, ce n’est pas le moment ni le sujet. Sois sérieuse une minute.
 
Je ne vous ai pas tout dit. Avant d’être à la criminelle, j’étais commando de marine, officier dans les forces spéciales. J’ai quitté l’armée après une opération qui avait mal tourné. Contraint d’exécuter un ordre complètement débile par un officier totalement incompétent, j’ai perdu des hommes, des frères d’armes, des amis. J’ai alors frappé cet officier supérieur, un gratte-papier à la con qui s’enfermait dans son bureau, à l’abri de tout risque. La mâchoire brisée, le nez cassé, imaginez le topo ! Le trou ou viré. J’ai eu le choix compte tenu de mes états de service. La police a bien voulu me recruter, c’est peu dire. C’était ça ou bien le chômage !
à l’armée, j’avais rencontré Laura. J’étais amoureux d’elle, elle était belle comme une princesse et elle le savait. Mais beaucoup trop chiante, invivable, jalouse, un vrai caractère d’Italienne. Et puis, ma vie de célibataire avec mon métier m’allait bien. Pas d’horaire, pas de compte à rendre, pas d’explications à donner pour mes retards et personne pour se faire du souci pour ma pomme. C’était très bien comme ça.
Cela dit, outre sa beauté, elle était un soldat hors du commun et savait être efficace dans les enquêtes. Grâce à son physique, elle obtenait quelques passe-droits non négligeables. Je savais que, si elle acceptait cette mission, la petite Daala serait en sécurité, même si j’avais vraiment du mal à croire à cette histoire.
—  OK, j’accepte, mais c’est pour toi. Ça tombe bien, j’ai quelques jours de perm, et je n’avais rien de prévu, me dit-elle. Être près de toi me fera que du bien, comme dans le bon vieux temps, enfin j’espère !
—  T’es un amour, je te promets qu’après cette histoire, je vais envisager une relation plus sérieuse entre nous.
—  Ne promets rien, s’il te plaît, enchaîna-t-elle. J’attends ça depuis trop longtemps. Tu n’es qu’un artiste ! Dans ta tête, ça ne tourne pas rond, pas comme nous autres. Tu es dans tes livres, dans tes histoires, dans tes nuages, tu es un rêveur, mais, c’est peut-être pour ça que je t’aime !
Je ne savais que dire. Je préférais me taire. Je remis une tournée, à mes frais puis, nos verres finis, je lui demandai de me suivre.
—  Allons la chercher. Là où elle est, je ne suis pas tranquille. Je t’expliquerai en route. Tu vas voir la petite, elle est super mignonne.
 
 
 
 
Chapitre 9
 
 
 
Nous sortîmes du café pour nous retrouver dans la rue, non sans quelques regards envieux sur ma compagne, Sa voiture, une Cooper rouge, était garée devant, à côté de la mienne.
—  J’ai vu que tu avais toujours ta vieille guimbarde ! Prenons la mienne, ça ira plus vite, se moqua Laura.
—  Plus vite, peut-être, plus discret, j’en doute, répondis-je avant d’accepter. Va pour ta voiture, j’ai toujours aimé que tu me mènes.
—  C’est ça, vas-y, chante. À quand la prochaine fois ?
À peine installé dans sa voiture, elle démarra en trombe. J’accrochai ma ceinture.
—  OK, je vois que tu es toujours aussi douce.
—  Pour toi, je peux faire des efforts et c’est quand tu veux !
—  On verra ça plus tard, pour l’instant, prends la direction de Neuilly.
Elle roulait comme une folle, sans respecter la limitation de vitesse ni le Code de la route. Laura était dans la vie civile comme dans sa vie professionnelle, toujours à fond, aux aguets, sur la défensive et prête à tout. J’essayais tant bien que mal de lui expliquer mon enquête.
—  Tu sais qu’aux feux rouges, on s’arrête ? lançai-je, accroché à la ceinture de sécurité comme un morpion sur un poil.
Laura venait de griller le feu, évité de justesse deux voitures et leurs conducteurs qui klaxonnèrent de colère.
—  C’est bon, détends-toi, nous sommes passés, c’est l’essentiel. Et puis, au pire, t’es flic, tu me feras sauter le PV, dit-elle en se marrant en voyant ma tête.
 
Une heure plus tard, Laura m’amenait sain et sauf mais décomposé, aux abords d’un quartier de villas bourgeoises.
—  Tourne à gauche, c’est par là, indiquai-je en montrant la rue Delabordere.
Je lui demandai de se garer devant une grande maison d’architecte recouverte de lierre et entourée d’un haut mur. Elle admira la villa.
—  Ben mince alors, elle n’habite pas n’importe où, ta collègue, s’exclama Laura. Ça paye bien la police !
—  C’est l’adresse qu’elle m’a donnée, ça doit être chez ses parents.
—  Ouais ! ? Je sens que je vais laisser l’armée pour la police, c’est mieux payé. Ou les pots-de-vin, peut-être ?
—  Nous ne sommes pas tous comme ça ! Tu as vu mon appart ?
—  C’est vrai ! Quoi qu’il pourrait être sympa, il lui manque une présence féminine, voilà tout !
—  Bon, OK, je préfère me taire. Avant d’envisager une femme qui fourre son nez dans mes culottes et mes vieilles chaussettes, allons récupérer cette gosse, lançai-je, désabusé.
Avec Laura, chaque phrase, chaque mot, chaque syllabe me concernant, devaient être mûrement réfléchis avant d’être prononcés. N’empêche qu’elle n’avait pas tort, pour un simple flic, une telle demeure semblait inaccessible. Je ne pus m’empêcher de cogiter. « Qui était-elle ? D’où venait-elle ? D’où provenait cette fortune ? » J’ouvris la portière et sortis de l’automobile.
—  Viens, suis-moi.
 
À cette heure de la soirée, le quartier était calme. Personne dans la rue. Quelques fenêtres étaient encore allumées aux étages des somptueuses villas protégées derrière leurs murs. Je sonnai au portail. Quelques secondes plus tard, j’entendis la voix de Marine dans l’interphone.
—  Oui ?
—  C’est moi, Marc !
—  OK, je t’ouvre. Entre !
La grille s’ouvrit lentement. J’entrai et Laura me suivit. Marine sortit sur le pas de la porte. Elle avait changé de tenue. Elle s’était moulée dans un legging de cuir noir qui mettait son corps en valeur et un tee-shirt ample rose très échancré qui laissait deviner quelques merveilles en dessous. Marine était vraiment une très jolie jeune femme, une belle brune aux yeux noirs, sacrément bien roulée.
—  Tu l’as déjà baisé celle-là aussi ? me demanda Laura à l’oreille.
Je sentis un brin de jalousie.
—  T’es conne, tu crois que je ne fais que ça, baiser avec toutes les filles qui passent ? lui répondis-je en haussant les épaules.
—  Il est tard, tu en as mis du temps, rouspéta Marine en nous faisant entrer dans le hall de la villa. C’est qui celle-là ?
Je ne répondis pas. Elle referma la porte derrière nous. L’intérieur de la villa était luxueux : du marbre, des colonnes, des tapis, on sentait qu’il n’y avait pas de problème de fin de mois. Laura ne put s’empêcher de lâcher d’un air narquois la petite remarque qui pique.
—  Magnifique maison, ça paye bien la police !
—  C’est la maison de mes parents ! Ils ne sont pas là, ils sont en voyage. Moi, je n’ai juste qu’un petit appartement dans Paris, répondit Marine, légèrement agacée.
—  Dans le 16 e  ? ironisa Laura.
Je m’interposai et je fis les présentations.
—  Laura, une amie, Marine, ma coéquipière. Où est le bébé ?
—  Dans ma chambre, elle dort, répondit Marine qui dévisageait Laura avec ses yeux noirs. Tu l’emmènes quand ?
—  Ce soir, c’est plus prudent.
—  Je pensais, vu l’heure, que tu la laisserais ici cette nuit !
—  Et qu’il dormirait lui aussi dans ta chambre, lâcha Laura, incisive.
—  C’est qui, ta copine ? Elle a un problème ? s’énerva Marine.
Je m’interposai une fois de plus.
—  On se calme les filles ! C’est très flatteur de vous voir vous chamailler pour moi mais ce n’est vraiment pas le moment. Marine, va chercher le bébé, et n’oublie pas tous les trucs qui vont avec.
Marine ne comprenait pas pourquoi je ne souhaitais pas rester cette nuit.
—  Pourquoi te presser ? Vous n’avez qu’à rester ici cette nuit. Il y a suffisamment de place pour tout le monde et vous l’emmènerez demain. La maison est sûre, personne ne connaît cette adresse et…
—  … un mauvais pressentiment, je t’expliquerai plus tard, répondis-je.
Elle tenta d’insister mais vu mon regard, elle se résigna.
—  D’accord, comme tu voudras. Je vais la chercher, vous pouvez vous servir un verre en attendant, c’est dans le salon, dit-elle en nous montrant la pièce.
Elle monta les marches qui menaient à l’étage. J’acquiesçai d’un mouvement de tête et filai au salon. Une bouteille de bourbon attendait sur un guéridon. J’en versai dans un verre que je tendis à Laura puis je me servis.
—  Je ne l’aime pas, cette nana ! Je ne la sens pas du tout, me souffla Laura.
—  Jalouse ? répondis-je en buvant mon verre.
—  Non, je ne sais pas pourquoi, mais je n’ai pas confiance, c’est tout !
—  Son père, c’est Emmanuel Salberg.
—  Le politicien ?
—  Oui.
—  C’est un véreux.
Quelques instants plus tard, Marine redescendit avec le bébé dans ses bras. Elle s’était de nouveau changée. Elle avait remis son jeans habituel, enfilé une veste et posé un chapeau sur la tête. Son arme fourrée dans le holster pendait à l’épaule.
—  Je viens avec vous, fit-elle en nous retrouvant dans le salon.
—  On n’a pas besoin d’elle, on s’en sortira bien mieux que tous les deux ! rouspéta Laura.
Je réfléchis un instant puis acceptai.
—  OK, tu viens avec nous. Si ces individus nous retrouvent, nous ne serons pas trop de trois pour s’en débarrasser.
Nous sortîmes de la villa, j’entendis Laura bougonner derrière moi. Marine portait le bébé qui dormait à poings fermés. Nous montâmes dans la voiture de mon amie qui démarra en trombe. Laura fit demi-tour au coin de la rue. À peine partis qu’un gros véhicule s’arrêta à notre place. Quatre hommes en noir en descendirent, les mêmes types qu’à l’hôpital.
—  Merde, ils sont déjà là !

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