Meurtres Au Choeur Du Lacydon
170 pages
Français

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Meurtres Au Choeur Du Lacydon , livre ebook

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Description

La violente explosion d’un colis piégé crée l’horreur sur la cité phocéenne. Très vite, une seconde déflagration a lieu et ça ne va pas s’arrêter là ! Mais que se passe-t-il donc ? Marseille à feu et à sang, le choc est douloureux pour la crim dépourvue d’indices. Marius se trouve entraîné malgré lui dans une enquête sanglante qui frappe l'église du Lacydon dont les bons samaritains ne sont pas tous des enfants de chœur !Plongez au « Chœur » de ce polar et laissez-vous entraîner dans les multiples rebondissements d’une enquête qui vous coupera le souffle. Frissons garantis !Jusqu’à la dernière ligne on est très loin de se douter du dénouement de cette histoire.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 18 février 2020
Nombre de lectures 1
EAN13 9791093167831
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0495€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Meurtres au Choeur du Lacydon
 
 
 
 
Tous droits réservés
©Estelas Éditions
BP 20, 11800 Trèbes France
 
estelas.editions@gmail.com
www.estelaseditions.com
www.JaimeLaLecture.fr
ISBN : 9791093167831
 
 
« Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. »
 
 
 
Katamoun
 
 
 
 
 
 
Meurtres au Choeur
du Lacydon
 
 
 
 
Polar Marseillais
 

 
 
Table des matières
MISE EN GARDE
Personnages
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Chapitre 25
Chapitre 26
Chapitre 27
Chapitre 28
Chapitre 29
Chapitre 30
Chapitre 31
Chapitre 32
Chapitre 33
Chapitre 34
Chapitre 35
Chapitre 36
Chapitre 37
Chapitre 38
Chapitre 39
Chapitre 40
Chapitre 41
Chapitre 42
Chapitre 43
Chapitre 44
Chapitre 45
Chapitre 46
Chapitre 47
Chapitre 48
Chapitre 49
Chapitre 50
Chapitre 51
Chapitre 52
Chapitre 53
Chapitre 54
Chapitre 55
Chapitre 56
Chapitre 57
Chapitre 58
Chapitre 59
Chapitre 60
Chapitre 61
Chapitre 62
Chapitre 63
Chapitre 64
Chapitre 65
Chapitre 66
Chapitre 67
Chapitre 68
Chapitre 69
Chapitre 70
Chapitre 71
Chapitre 72
Chapitre 73
Chapitre 74
Chapitre 75
Chapitre 76
Chapitre 77
ÉPILOGUE
REMERCIEMENTS

 
 
 
  MISE EN GARDE
 
 
Ce roman est une œuvre de fiction. Les situations décrites dans ce livre sont purement imaginaires. Toute ressemblance avec des personnages ou des événements existants ou ayant existé ne serait que fortuite.
 
 
 
 
 
  Personnages
 
 
Les principaux protagonistes
Marius Lagâche dit Mèhu
Marseillais monté à Paris par la force de son amour pour Juliette, il a abandonné ses combines lucratives pour exercer la profession de détective privé.
Ernesto : Diacre de l'église Saint-Laurent (ou Lacydon), il est le chef de chœur de la chorale des Bons Enfants du Lacydon.
 
La famille Martin
Jean Pierre Martin (JPM)
Le père. Retraité. Replié sur lui-même, il vit avec sa fille, Céline. Tous deux se sont retirés au fin fond de la campagne provençale.
Céline Martin
La fille. Tétraplégique après un accident de voiture et déprimée chronique.
Eliott Martin
Le frère. Mercenaire en Amérique du Sud. Il a coupé tout lien avec sa famille.
 
La police locale
Marcello dit le Doyen : Inspecteur principal et doyen de l'équipe.
Mireille : Cheffe du pôle scientifique.
Grégorie dit Greg : Intello et travailleur infatigable.
Antoine dit Toinou : Dandy au carnet d'adresses bien fourni.
Hugo : Enquêteur stagiaire.
 
Les victimes
Sabrina Montero : Responsable commerciale chez Orange et maîtresse de Nicolas Silot.
Père Jean : Curé de l'église Saint-Laurent et fondateur de la chorale du Chœur des Bons Enfants du Lacydon.
Nicolas Silot : Commercial chez Orange et amant de sa responsable, Sabrina Montero.
Olivier Fracasse : Ex-fiancé de Céline Martin. Il a rompu après l'accident survenu à sa promise.
 
Autres
Jacques : Prieur de l'Abbaye de Sénanque.
Gégé : Patron du bar Le Télégraphe.
Ariiheiva dit Ari : SDF et informateur.
Astrid : Prostituée.
François-Xavier : Juge d’instruction chargé du dossier.
 
 
 
 
« La fin n'est jamais certaine avant d'être advenue. »
Michel Houellebecq
 
 
 
 
  Chapitre 1
 
 
Le soleil venait à peine de se lever. Il enflammait de ses rayons flamboyants les collines environnantes. Le massif de l’Étoile, au nord de la ville, et le célèbre Garlaban, bien plus à l'est, sentinelle rocheuse surplombant la plaine aubagnaise, découpaient leurs crêtes sombres dans un ciel bleu azuré aux touches nuancées, jaune orangé ou rouge écarlate, à la lisière des sommets. Le dégradé céleste tapissait ainsi l'immensité ; il s'invitait dans l'espace matinal pour satisfaire le seul plaisir des yeux. Bref, la cité phocéenne s'éveillait doucement aux couleurs printanières comme une brise naissante.
Et voici qu'une nouvelle journée se profilait, pleine de vie et de bruits. Le port de Marseille sortait en douceur de sa léthargie nocturne. Les paquebots, sagement amarrés, attendaient leur heure, celle du départ vers le sud, vers les îles de la Méditerranée ou encore plus loin, encore plus bas, vers les côtes africaines. Ils crachaient leur fumée noire comme autant de signes négatifs avant-coureurs d'une catastrophe écologique annoncée, celle d'une empreinte carbone impulsée par le consumérisme débridé. La pollution planait sur la métropole, dangereuse et sournoise, avec son cortège de maux et de maladies fatales.
Marseille suffoque ? Mais Marseille résiste ! grâce à un allier de poids, le Mistral. Par ses colères légendaires, ce puissant courant d'air, déboulant de la vallée du Rhône avec la puissance d'un taureau de combat, chasse les mauvais génies des pollutions atmosphériques, notamment générées par l'activité maritime et le complexe pétrochimique de Fos-sur-Mer. Une industrialisation galopante qui gangrène l'étang de Berre, les agglomérations périphériques et la santé des habitants depuis un demi-siècle.
Pourtant, à l'époque de sa création, le projet du Grand Delta, nouveau pôle de l'Europe industrielle, était salué comme le miracle économique contemporain. L'Homme se devait de conquérir cette terre bénite des animaux sauvages, pour en faire un paradis industriel qui profiterait aux populations locales. Belle et juteuse promesse hélas non tenue.
Emplois en abondance, urbanisation et équipements collectifs de qualité promettaient à chacun une existence meilleure, bien plus riche, bien plus agréable que le destin promis aux simples gens de ces marais inhospitaliers. Las, sous les coups de butoir de la mondialisation à marche forcée, sans possibilité d'inverser le cours des choses, de la concurrence au moins disant, le mythe a fait long feu !
 

 
La voiture, une 208 banalisée de la crim, défoncée comme un vieux sou, s'immobilisa à la one again, au pied de la tour Nouvel. Marcello jeta un coup d’œil à sa montre et déboula hors de ce tas de ferraille promis à la casse, comme un fantassin à l'attaque. Il n'était pas encore sept heures et sa journée s'annonçait d'ores et déjà longue et compliquée. En guise de breakfast, il lui faudrait bien digérer le macchabée du vingt-deuxième ou ce qu'il en restait, et toute la paperasse qui allait avec. Constatations, rapports, enquête et tutti quanti, presque le quotidien pour un flic de son acabit, familiarisé aux tourments de la mort, rodé aux cruautés et débordements sanguinaires d'un genre inhumain, sans foi ni loi. Routine de condé en somme.
Ce quinqua à l'allure pataude, aux épaules enrobées et à la mine débonnaire avait endossé le costume du civil par vocation. Le temps et l'expérience aidant, le doyen de la brigade criminelle phocéenne s'était peu à peu habitué aux mensonges, aux trahisons, voire aux turpitudes d'une comédie qui, au bout du compte, n'a rien d'humaine. Comme ses potes, il en avait vu de toutes les couleurs, des vertes et des pas mûres, tout au long de son immersion dans les bas-fonds d'une société noire et malfaisante.
— Hugo ! À quel étage, déjà ? s’enquit le détective chevronné auprès de son jeune collègue, collé dans son sillage immédiat comme une pâte à mâcher.
— Vingt-deuxième, Chef ! répliqua-t-il.
Et ce dernier de préciser penaud :
— Je monte à pied.
— T'es cinglé, mon gars ou quoi ? Tu veux te dégourdir les gambettes ? s'amusa le senior. L'ascenseur est en panne ?
— Je ne prends jamais ces boîtes à sardines sur vérin !
— Allons bon, trouillard ! railla l'inspecteur principal. On se retrouvera en haut si tu n'agonises pas d'une crise d'asthme dans les escaliers. Deux morts sur les bras de bon matin, ça ferait un peu beaucoup pour moi, même si à mon âge je ne m'étonne plus de rien.
— Ne vous inquiétez pas, les secours sont déjà sur place, rétorqua le stagiaire, sourire ingénu à l'appui. Je suis un peu trop jeune pour mourir, non ?
Puis, sautant du coq à l'âne, il poursuivit :
— Discrets mais présents, nos amis, regardez, Chef !
Il accompagna ses paroles d'un geste ostentatoire de la main.
Peu d'agitation en effet à l'entrée de la tour hormis quelques agents en uniforme, chargés de maintenir l'ordre, cinq marins-pompiers en discussion autour d'un brancard vide, une C3 rouge griffée « MÉDECIN » en lettres blanches capitales, une ambulance du Samu, et de rares curieux, sans doute des salariés tombés très tôt, trop tôt du lit.
— La Scientifique est sur le coup ? reprit naïvement le petit.
— Arrête avec tes questions débiles, ça m'énerve, ça me fait monter les abeilles. Tu ne vois pas, d'après toi ?
— Sais pas !
— T'es couillon ou endormi ? Si le boss nous a tirés du pieu au chant du coq, c'est bien parce qu'il soupçonne anguille sous roche ou quelque chose de même acabit ? Sinon on procédera aux constatations d'usage et on rentrera au bercail comme des cons que nous sommes, des gros cons, ouais, privés de sommeil, conclut-il agacé. Tu comprends, gàri ?
Le jeune auxiliaire acquiesça d'un mouvement de tête, évitant d'en rajouter plus que de mesure afin de ne pas irriter davantage son supérieur dont le coucou enroué du réveille-matin était resté en travers de sa gorge.
Sur ce, le pitchoun emprunta comme annoncé la voie escarpée des escaliers de service tandis que son tuteur s'engouffrait dans l'ascenseur avec la vigueur d'un courant d'air.
Rendez-vous au vingt-deuxième.
 
 
 
 
 
  Chapitre 2
 
 
Immeuble de bureaux, coloré en bleu, blanc, rouge, La Marseillaise se dresse au cœur du nouveau quartier d'affaires, EuroMéditerrannée. Du haut de ses 135 mètres et de ses trente et un étages, LM semble surveiller les mouvements des ferries en partance pour la Corse ou le Maghreb.
 
Depuis le large, l'édifice affiche fièrement ses trente nuances de couleurs selon le bon vouloir du soleil ou les caprices de la météo. Un peu à l'instar de la chaîne de la Sainte Victoire qui exaltait de mille feux la palette du peintre provençal, Paul Cézanne.
 
Le vingt-deuxième s'ouvrait sur un vaste hall logoté Orange avec vue imprenable sur l'horizon infini de la Méditerranée. 180 degrés de bleu azur, de luminosité intense, de rêve et d'évasion, une vitrine offerte comme du pain béni à un monde soumis aux contraintes salariales. À couper le souffle. Pas celui du Mistral en tout cas, ni celui du fringant assistant qui arrivait au terme de son périple, pas moins de trois cents marches escaladées quatre à quatre, frais comme un gardon.
Champion, garçon !
 

 
Sur le palier, Marcello était à pied d’œuvre. Il s’entretenait avec Mireille, la responsable du pôle scientifique de l’Évêché, une petite brunette au regard perçant et à l'accent marseillais bien ancré qui faisait son charme. Autour d'eux ça grouillait. Des fonctionnaires en combinaisons blanches évoluaient à la lumière des projecteurs. Ils s'agitaient, silencieux, dans une atmosphère lourde, mélange de suie en suspension et d'odeur de cramé tenace. À l'instar des opérateurs de centrale nucléaire, ils portaient des masques et des lunettes de protection qui leur couvraient jusqu'à la totalité du visage. Vision fantomatique d'équipes fouillant et flairant les décombres.
Couloirs et entrées étaient gardés par des agents en uniforme. Ils semblaient superviser les va-et-vient incessants de leurs collègues dans cet espace retourné par la monstruosité d'un acte sanguinolent, éminemment odieux, alors que les soldats du feu, jugeant le danger écarté, pliaient bagage.
— Selon nos premières investigations, expliqua la cheffe du service scientifique d'une voix fluette, la mort est consécutive à l'explosion d'un colis piégé. La malheureuse a pris la déflagration en pleine tête. Elle est complètement défigurée, méconnaissable.
— Est-elle identifiable au moins ? s’inquiéta-t-il.
— Par ses vêtements et sa position, oui. Il s'agirait de la directrice des ventes pros. À confirmer après reconnaissance familiale et analyses d'usage, bien sûr.
— Son nom ?
— Sabrina Montero.
— Quel âge ?
— La trentaine.
— Tu écartes le suicide ?
Malgré l'horreur qui s'étalait devant ses yeux, Mireille laissa échapper un gloussement réprobateur :
— Mon pauvre, n’as-tu jamais vu quelqu'un se suicider avec un colis piégé ? Une erreur de manipulation, un accident pourquoi pas ? Mais un suicide, tu plaisantes, j'espère ! ?
 
L'inspecteur principal ne sut qu'objecter tant la logique de sa consœur tombait sous le sens. Généralement, les écorchés vifs choisissent d'autres moyens moins sanglants mais tout aussi efficaces pour mettre un terme à leur misérable existence terrestre. D'ailleurs, au hit-parade de la mort conviée, le genre masculin occupe la première marche devant le genre féminin qui traîne des pieds pour offrir son âme à Dieu. Tous sexes confondus, la pendaison ou les barbituriques sont les sauf-conduits les plus appréciés par les candidats, volontaires et spontanés, au dernier voyage.
 
Marcello avait connu bien des abominations au cours de sa longue carrière et encore plus à l'entendre. Arme à feu, noyade, saut dans le vide ou sous les roues d'une locomotive en folie, la liste était loin d'être exhaustive tant l'imagination des démons qui habite les désespérés n'a point de limite. Mais se faire péter la gueule comme ça, au boulot, jamais ! C'était de l'inédit.
— On va voir ! ordonna-t-il à sa jolie interlocutrice.
 
Elle approuva d'un mouvement de tête vertical.
— Par ici. Suis-moi. Le bureau ou ce qu'il en reste est juste à côté.
Puis, hésitante, elle ajouta :
— Ce n'est pas un spectacle pour ton assistant !
— Tu n'y penses pas. Il nous accompagne, imposa-t-il.
 
 
 
  Chapitre 3
 
 
Bien que l'accès au bureau de l'ex-directrice des ventes, ou ce qu'il en restait, fût condamné par un ruban jaune fluo barré de l'inscription de circonstance : « Scène de crime, zone interdite », il n'était point besoin de s'y aventurer pour constater l'étendue des dégâts. Un simple coup d’œil, même fugitif, suffisait à mesurer l'atrocité du big bang dont l'endroit avait été le théâtre. À l'entrée, la porte de verre complètement désintégrée avait explosé sous le souffle puissant de la déflagration. Des milliers d'éclats rouge sang jonchaient le sol comme arrosé par la mitraille de mercenaires enragés. Des murs au plafond, il n'était plus qu'amoncellement de gravats léchés par les flammes, un espace chaotique d'où émergeaient de la noirceur ambiante ici des débris d'ordinateur, là un pied de table, une assise de chaise, un reste d'armoire ou là encore, ironie du sort ! un mug estampillé « Plus belle la vie ».
Bref, il était un univers défragmenté par le souffle de l'explosion dont les composantes n'avaient plus aucune cohérence entre elles. Difficile de s'imaginer que, voici peu, tout cela constituait un ensemble ordonné, confortable, principalement dédié à la performance professionnelle.
Au beau milieu de cet enchevêtrement d'objets informes, de documents, de papiers éparpillés, froissés, déchirés, carbonisés, gisait un corps complètement déchiqueté, méconnaissable. Autour de cet amas de chair et d'os, une dizaine d'experts s'appliquaient à déchiffrer les causes probables de l'apocalypse. Mission extrêmement ardue mais pas impossible au demeurant. Silencieux, secrets, concentrés, méthodiques, ils évaluaient, mesuraient, photographiaient, référençaient, jalonnaient, marquaient, interprétaient le puzzle de l'inconcevable, celui qui les conduirait à la lecture des faits.
Soudain, un beurk inattendu suivi d'un bruit sourd monopolisa l'attention des deux gradés. Ils se retournèrent inquiets : blanc comme linge, recroquevillé sur lui-même, à quatre pattes, Hugo vomissait ses tripes. Son supérieur se porta à ses côtés, tenta de le relever, de le remettre sur ses jambes ; mission impossible. Le jeune assistant agonisait à ce spectacle effroyable, spasme après spasme, beurk après beurk.
Depuis qu'il exerçait ce foutu métier, l'expérimenté policier n'avait jamais été confronté à pareil carnage. Bien qu'il n'y laissât rien paraître, il en avait lui aussi l'estomac tout retourné. Avec son franc-parler et ses manières de gentil brigand, il recelait en fait un cœur gros comme ça. Il dissimulait habilement sa sensibilité à fleur de peau sous son épaisse carapace de flic endurci à toutes les atrocités et dérives d'un genre qu'on se plaît malgré tout à qualifier d'humain.
À ce moment, il regretta d'avoir contraint le petit à côtoyer Hédès.
Mais le mal était fait.
 
 
 
  Chapitre 4
 
 
L'antre du principal, situé au deuxième étage de l'Hôtel de Police, aussi appelé l'Évêché par les Marseillais, ressemblait plus à un réduit au bordel indescriptible qu'à une salle de réception décorée et rangée avec goût. Point de fenêtre avec vue sur mer et encore moins sur la cathédrale de Sainte-Marie Majeure, plus connue sous le nom de « La Major », pourtant toute proche.
La minuscule pièce donnait sur une espèce de hall de gare froid et lisse comme l'intérieur d'un réfrigérateur. Elle était encombrée de tables, de chaises, de téléphones et d'ordinateurs ne semblant appartenir à personne. D'ailleurs, en cette mi-journée de vacances scolaires, l'endroit était particulièrement désert. Il était cependant à douter que les équipes de cow-boys fussent toutes sur le terrain pour revisiter le remake d'un jeu très prisé dans les cours de récréation, les gendarmes et les voleurs.
Le doyen entamait la dernière bouchée de son quignon de pain, agrémentée d'un jambon de pays et d'une bière, quand son patron, un homme au visage sec et à l'air hautain, entra sans crier gare.
— Bon appétit ! Finis, finis ton déjeuner !
— Merci, Chef.
Sur ce, il avala son bout de sandwich à la vitesse d'un gabian affamé.
— Sale histoire, mon gaillard, entama le commandant.
Le doyen se tassa dans son fauteuil pour mieux se lamenter, les bras en croix sur sa poitrine :
— Sale histoire, oui, reprit-il. D'après nos premières constatations, continua-t-il le torse recroquevillé, il s'agirait d'un acte criminel, d'un attentat ou de quelque chose comme ça. Par ailleurs, j'ai convoqué la directrice des relations humaines du groupe Orange pour mieux cerner la personnalité de la victime. Elle ne devrait plus tarder.
— Qui, la victime ? interrompit son supérieur, pince-sans-rire.
— Déconne pas, Boss, c'est du sérieux.
— Je sais. La télé et tout le tralala sont sur place. L'infortunée est complètement méconnaissable à ce que disent les journaleux.
— Oui, des lambeaux de chair partout à la ronde. En mille morceaux, la malheureuse. Terrifiant ! Hugo n'a pas supporté. On va certainement recevoir son arrêt maladie.
Le téléphone de Marcello retentit soudain.
— Elle est là, en bas, répéta-t-il dans son smartphone. Je descends.
Et à son patron :
— Excuse, la DRH d'Orange vient d'arriver.
 
 
 
 
  Chapitre 5
 
 
La dame était plutôt du style bon chic bon genre comme on les fabrique dans le huitième arrondissement de Marseille. Petit tailleur Chanel, le cheveu blond, lisse et au carré, l’œil légèrement maquillé et l'épiderme cuit à point. Une jolie personne en somme, bien dans ses Repetto, distinguée et souriante malgré la gravité des événements.
Échanges de politesse. Condoléances. C'était parti :
— Que savez-vous, Madame, de la personnalité de Mlle Montero ?
La directrice prit le temps de la réflexion avec toute la distance qui sied à sa condition et à ses responsabilités.
— Une remarquable manageuse, entama-t-elle l'air grave. Elle avait des résultats commerciaux excellents. Elle ne comptait ni ses heures ni son énergie débordante. Parfois, c'était même trop, beaucoup trop. Il me fallait la recadrer. Elle était respectée des membres de son staff. Ses qualités professionnelles et humaines étaient unanimement reconnues.
L'inspecteur écoutait attentivement l'évaluation dithyrambique de la DRH. Autant d'éloges sur la jeune disparue ne pouvaient susciter un tel acte en lui-même. On ne meurt pas sans raison.
Il devait donc dégager des pistes plausibles, trouver un mobile si la version criminelle se confirmait. Vengeance, acte d'un déséquilibré, folie passionnelle. Il lui fallait creuser :
— Que savez-vous de la vie intime de Mlle Montero ?
— Pas grand-chose à vrai dire. Juste ce que ses camarades racontent. Depuis quelques mois, elle entretenait une liaison avec l'un des vendeurs de son équipe, M. Nicolas Silot. Tout semblait aller pour le mieux entre eux. Si ce n'est des relations professionnelles parfois difficiles. Normal. La pression commerciale échauffe les esprits. Mais rien de méchant, je pense.
— Elle n'avait pas de hobby, de loisirs en dehors de son job, Mlle Montero ?
— Elle était très croyante. Sa seule distraction connue était le chant. Elle se produisait dans une chorale à caractère religieux, le Chœur des bons Enfants du Lacydon, qui se produit, notamment lors des messes dominicales, dans les églises de la région. Son ami, Nicolas, fait également partie de la troupe.
Marcello irait voir de ce côté-là certes. Pour autant, tenait-il enfin son bout de gras ? Pas vraiment. Son témoin lui avait donné un os à ronger, lui avait entrouvert quelques lucarnes, mais aucune de probante.
Il s'apprêtait à la remercier quand son taulier poussa la porte de son réduit sans frapper. Ce dernier semblait monté sur ressort. Il ne prit pas de gants pour annoncer brutalement :
— Le curé de l'église Saint-Laurent a été buté.
— Colis piégé ?
— Non, arme blanche.
La DRH eut un haut-le-cœur. Elle blêmit et sollicita la permission de se retirer. Cela faisait un peu trop pour elle. On la comprend. Deux crimes en quelques heures, c'était quasi apocalyptique pour cette personne beaucoup plus habituée à arrondir les angles et à apaiser les tensions sociales qu'à gérer les déviations criminelles d'esprits dérangés.
— Nom de Dieu, l'église, c'est celle du Lacydon ! s'exclama, incrédule, l'inspecteur principal. Comment cela se fait-ce ?
— C'est ça, plaisante. Ce n'est vraiment pas le moment. Va voir et tu me diras, ordonna le divisionnaire en se cabrant comme un suricate.
Expression fermée, l'enquêteur ressentit néanmoins un certain soulagement à considérer froidement le trait d'union susceptible de relier les deux affaires. Non pas qu'il se réjouît de l'atrocité des exactions commises. Non ! Comme tout un chacun, le crime le révoltait au plus haut point. Il était écœuré par le machiavélisme de certains pour détruire ce qu'il y a de plus précieux au monde, l'existence d'autrui. Non ! Il pensait plutôt détenir en la circonstance du grain à moudre, celui du Lacydon, seul dénominateur commun entre les trépas d'une femme de chœur sans histoire et l'histoire d'un homme au grand cœur. Sa raison rodée à toutes les hérésies lui indiquait donc de débuter par là.
Il enfila sa veste et raccompagna son témoin vers la sortie.
À l'extérieur, l'agglomération semblait apaisée. Un faux-semblant qui présageait à coup sûr d'un futur tourmenté, un court répit avant la tempête qui soufflerait immanquablement dès les prochaines heures.
 
 
 
  Chapitre 6
 
 
Contrairement à l'information délivrée par le commandant, le prêtre n'avait pas été trucidé à l'arme blanche. Il gisait dans une mare de sang, devant la place parvis de son église, un crucifix ensanglanté auprès de lui.
Bien qu'isolé par un cordon de sécurité et recouvert d'un drap, le corps du Père Jean n'était qu'à moitié dissimulé. La sauvagerie de l'acte perpétré peu de temps auparavant par un détraqué, forcément un détraqué - Se pût-il en être autrement ? - s'étalait dans toute sa dimension terrifiante. Entouré d'experts de la scientifique gantés et masqués, le pauvre diable (n'est-il pas cocasse d'appeler ainsi un fidèle serviteur de Dieu ?) était l'objet d'investigations poussées, de relevés complexes mais nécessaires aux constatations d'usage et, au bout du compte, à la recherche de la vérité.
La mèche grisonnante et le cheveu en bataille, Marcello débarqua au milieu de tout ce fatras. Il se fraya un passage dans cette fourmilière en combinaisons et masques blancs, aux allées et venues désordonnées, pour se placer à la hauteur du gisant. Comme à l’accoutumée, l'inspecteur portait blue-jean délavé et blouson aviateur élimé aux manches. Depuis qu'il traînait sa panoplie de cow-boy, il traçait son chemin sans jamais se soucier des tendances vestimentaires en vogue ni du qu'en-dira-t-on. Son allure n'était pas à proprement parler négligée, mais elle dénotait néanmoins un certain je-m'en-foutisme de mauvais aloi. Les modes passaient ; lui, le quinquagénaire, demeurait inflexible, attaché à l'uniforme de ses débuts.
Au fil des ans, il avait dû cependant adapter la longueur de son ceinturon à la taille de son pantalon. Bref, il se sentait fort à l'aise dans ses baskets et n'entendait pas céder un iota au diktat de la rue : il assumait pleinement son allure quelque peu ringarde et ses vêtements à cent sous dénichés au marché aux puces. Ses collègues le soupçonnaient d'ailleurs de jouer et d'abuser de son air décalé au point d'en faire une marque de fabrique à la Colombo. Ce n'était pas faux. Pas grand-chose de commun non plus avec le gros et gras Bérurier, ami de San Antonio et personnage truculent de Frédéric Dard.
— Comment va l'Ancien ? s'inquiéta une voix étouffée par un masque de chirurgien.
Il reconnut son vieux complice de toujours et ne put s'empêcher de le charrier du tac-au tac :
— Hé, Doc Papy, la retraite, c'est pour bientôt ?
Le médecin légiste évacua la réponse, se fendant d'un sourire sarcastique.
— En revanche, lui dit-il, tu n'y es pas encore, toi. Un double crime sur les bras en une seule matinée ! C'est l'apothéose. Pour sûr, ton ossature millénaire n'y résistera pas, ajouta-t-il un tantinet provocateur.
— À la place de déconner, parle-moi de la sainte victime.
— La soixantaine, un coup d'une violence incroyable asséné derrière la nuque, la moitié du crâne défoncée par la main de Dieu, si j'ose dire, ou plutôt par le crucifix qui a servi le bras du démon.
— Mécréant ! Ne parle pas ainsi, tu blasphèmes, s'énerva le principal. Tu as une idée du monstre qui a fait cette saloperie ? poursuivit-il.
— Non. Mais à considérer la force de l'impact, je pense qu'il s'agit d'un homme vigoureux.
— Des témoins ?
— Pas que je sache ! conclut le spécialiste.
Marcello remercia son pote et entreprit de chasser le renseignement dans l'entourage direct du défunt. Il commença par la servante, une petite dame à la mine ravagée par la dureté de sa condition et au dos voûté. Effondrée et en sanglots, la brave femme vouait à son employeur un véritable culte ; elle l'adorait et l'adulait. Il était tout pour elle et bien plus encore. Il était à la fois son guide spirituel et son maître à penser.
Bouleversé par autant de dévotion, le détective en appela au sacristain. Un être malingre, épais comme une allumette, à la voix cassée par l'alcool ou l'émotion, allez savoir ! Celui-ci ne donna pas dans la demi-mesure. Il prononça l'éloge de l'ecclésiastique en empilant les superlatifs comme les strates crémeuses et dégoulinantes d'un mille-feuille exposé au soleil.
Même refrain parmi les grenouilles de bénitier. Elles processionnaient à petits pas, pupilles dilatées et paupières gonflées de chagrin. Elles pestaient contre l'injustice d'un destin sordide qui, malgré elles, mettait un peu de sel dans leur quotidien terne. Il faut avouer que ce n'était pas fait pour leur déplaire même si de grosses larmes de crocodile coulaient le long de leurs joues fades comme la chair d'une vieille poule élevée aux hormones.
Tous ses interlocuteurs lui décrivirent un serviteur de Dieu droit, honnête, particulièrement dévoué aux faibles et aux indigents, un abbé sans peur et sans reproche qui exerçait son ministère comme un sacerdoce et qui avait fait de son quotidien un apostolat de tous les instants.
En savait-il suffisamment ? Le limier jeta un regard circulaire, se frotta le nez d'un revers de pogne comme un chasseur à l'affût d'un gibier invisible et, déçu, s'en fut d'un pas lourd, lesté par son embonpoint tenace. Depuis quelques mois, il avait en effet pris une dizaine de kilos superflus qui s'étaient installés à demeure. Sa silhouette ne trahissait pas encore une obésité inquiétante mais dessinait des formes à la limite du raisonnable. Il s'en accommodait fort bien car il appréciait plus que de raison la bonne chère et les agapes entre copains. En conséquence, il n'était pas question d'infliger à sa carcasse enrobée quelques austères privations de précaution.
Il prenait congé de ses confrères quand une voix chevrotante, émise dans son dos, le rappela à ses obligations professionnelles :
— Monsieur, Monsieur, excusez-moi !
Il se retourna et découvrit une petite vieille comme on n'en fait plus de nos jours. Triste comme une porte de prison, tout de noir vêtue, la démarche hésitante, elle affichait un épiderme froissé par les ans. Sa tête était enveloppée d'un foulard d'étoffe épaisse qui maîtrisait avec difficulté une chevelure indisciplinée, aux mèches jaunâtres.
— Oui ? interrogea-t-il peu enclin à l'écouter.
— Je vous ai vu parler à mes amies tantôt. Je ne sais pas si cela vous intéresse mais pas plus tard qu’hier, en début de soirée, devant l'autel, j'ai assisté à une scène épouvantable.
— Ah, bon ! lâcha-t-il dans un soupir dubitatif, sûr qu'elle forçait le trait.
— C'était la première fois que je voyais cela, précisa-t-elle.
La mémé allait se perdre dans des considérations anodines quand il la recentra sur l'essentiel sans ménagement.
— Venez-en au fait, Madame, lui intima-t-il sèchement.
— Eh bien, hier soir...
— Vous me l'avez déjà dit, coupa-t-il impatient. Qu'avez-vous constaté ?
Elle reprit comme gênée par l'imminence de son aveu.
— Père Jean et Monsieur Ernesto...
— Ernesto ?
— Oui, c'est notre diacre.
— Soit. Et alors ?
— Ils parlaient très fort. Ils semblaient se disputer.
— À propos de quoi ?
— J'étais trop éloignée pour les entendre, mais j'en suis persuadée, ça ne rigolait pas entre eux. Monsieur Ernesto paraissait très en colère.
— Où est-il, Ernesto ?
— Aucune idée ! Habituellement, il passe souvent à cette heure-ci, mais aujourd'hui, je ne l'ai pas vu.
Le cerveau du principal reçut une décharge d'adrénaline. À défaut de voie royale, un bout de piste s'imposait enfin à lui. Il en acceptait l'augure.
— Il me faut absolument le trouver, vous comprenez ?
La bigote compatit. Elle lui roula un œil de merlan frit et lâcha :
— Il loge à proximité, montée des Accoules.
 
 
 
 
 
  Chapitre 7
 
 
Alors que les techniciens de la crim poursuivaient sans relâche leurs relevés à la recherche de traces et d'indices, Marcello se dirigeait d'un pas alerte vers le domicile d'Ernesto, diacre permanent de son état, montée des Accoules. Pour avoir pratiqué maintes et maintes fois cette voie étroite, aux escaliers escarpés, qui s'alanguit entre les maisons réhabilitées du Panier, pour y avoir aussi joué aux gendarmes et aux voleurs dans son enfance, il en connaissait tous les coins et les moindres recoins aussi.
En vieil habitué du lieu, il savait que, depuis longtemps, ce quartier jadis contrôlé par la pègre locale, ce pré carré des prostituées et des malfrats, n'était plus qu'une légende destinée à alimenter la sale réputation d'une ville labellisée par l’industrie cinématographie coupe-gorge ou coupe-jarret. Le succès de films tels que Borsalino, suivi de Borsalino & Co ou La French a d'ailleurs enfoncé le clou du discrédit, gravant dans le marbre la notoriété sulfureuse et la dangerosité d'une cité pourtant soucieuse d'honorabilité. Il est à craindre cependant que, du haut de ses 2600 ans, Marseille ait à jamais perdu le combat de sa virginité recouvrée.
Quand il traversa la place Daviel, le principal eut une pensée émue pour son ex-acolyte, le roi de la démerde et désormais détective privé, Marius Lagâche, dont la perspicacité et le flair lui avaient permis de se sortir d'un sérieux bazar. Le regard du doyen se porta machinalement sur le premier étage de la bâtisse ; les fenêtres surplombant la pharmacie, pourvues de persiennes de bois ajourées, étaient inexorablement closes. Il savait que son complice d'alors s'était établi à Bougival avec son amie, Juliette, et que ce dernier s'était enfin rangé des combines lucratives pour endosser l'uniforme de gérant dans son propre cabinet d'investigation - une position moins amusante certes, mais mieux établie au regard de la société. La carte de visite de Mèhu s'était donc enrichie d'une ligne flatteuse : « Directeur du Pôle Enquêtes ». À ce titre, il bénéficiait d'une liberté d'action et d'une indépendance de décision infinies.
Devant l'officine tenue par M. Laurent, le doyen marqua l'arrêt, l’œil pointé vers le niveau supérieur du bâtiment, comme à l'affût d'un instant de vie qui pourrait transpirer des volets clos. Peine perdue ! L'appartement de son pote était bien en congé de proprio. Nulle âme qui vive à l'intérieur. Plus désolé qu'affligé, il prit le parti de poursuivre son chemin afin d'élucider au plus tôt le mystère de la supposée disparition d'Ernesto. Il ne lui fallait pas traîner en route car, de retour au bureau, il devrait se pencher sur le dossier du matin, le meurtre perpétré sur la personne de Sabrina Montero.
Le diacre occupait le rez-de-chaussée d'une bâtisse modeste, déglinguée à proximité de la place de Lenche. Aux abords de la bicoque urbaine, à la façade décrépite qui s'étalait sur plusieurs niveaux, il constata une agitation intense. Des techniciens de cinéma ou de télévision, il ne voyait pas la différence, se cachaient derrière des réflecteurs, des consoles et divers accessoires qu'on trouve généralement sur les tournages. De prime abord, il pensa qu'il arrivait trop tard et qu'Ernesto était désormais auprès de Saint Pierre.
— Jamais deux sans trois ! se lamenta-t-il.
Il pressa le pas et buta sur un barrage de sécurité.
— On ne passe pas, lui ordonna le vigile de garde.
— C'est quoi, un meurtre ?
— Non ! La série télévisée « Plus belle la vie ».
Il expira, soulagé.
Il se rappela également que, le matin même, au milieu des gravats causés par le souffle démoniaque de l'explosion, il avait aperçu un mug intact, griffé « Plus belle la vie ». Il s'autorisa un sourire amusé.
Bien évidemment, le prêcheur ne se trouvait ni chez lui, ni dans ce tohu-bohu. En acteur de seconde zone, il avait quitté la scène bien avant les premiers tours de manivelles. C'est d'ailleurs ce que confirma sa voisine sûre d'elle :
— C'est un monsieur pieux, précisa-t-elle, solitaire, d'une discrétion absolue, muet comme une tombe, ténébreux aussi. Il a quitté son logement avant même ce foutu remue-ménage. Sans doute parce qu'il ne supporte pas le bruit et l'agitation.
Il ne prolongea pas la discussion puisqu'il supposa, à juste raison, qu'il n'avait plus d'info à soutirer de l'intarissable pipelette.

 
 
  Chapitre 8
 
 
Engoncé dans son réduit lilliputien de l'Évêché, le capitaine convoqua sa garde rapprochée, à savoir les lieutenants Toinou et Greg. Pour pratiquer ces zigotos depuis de nombreuses années, il n'ignorait nul travers de leur personnalité qu'il considérait néanmoins avec bienveillance. Il faisait avec, tout bonnement. Il ne leur tenait pas rigueur de leurs égarements passés et excusait ceux à venir par avance.
Il s’apprêtait à leur exposer les faits quand il fut stoppé net dans son élan.
— Ne te fatigue pas, dit l'un des policiers. On est au courant. On a été mis au parfum dès notre arrivée, ce matin. Autant te dire que c'est branle-bas de combat chez le commissaire. Toutes les huiles cogitent entre elles, et à huis clos, s'il te plaît !
— Le divisionnaire est également de la fête ? s'enquit le principal.
— Ouais ! Et toi comme nous, sommes tenus à l'écart. Il est vrai, ajouta-t-il cynique, que les rastaquouères de terrain que nous sommes n'ont pas de cervelle.
Et puis sans transition :
— Le préfet ne devrait pas tarder à pointer sa truffe d'ici peu. Vise, chaud devant, il arrive avec sa troupe !
Une délégation d'officiels, trombine constipée sur uniforme civil, pénétra en effet dans l'immense salle adjacente et se dirigea d'un pas cadencé vers la cellule de crise, en l’occurrence le bureau du commissaire.
Les Starsky et Hutch façon new wave n'avaient pas le charisme de leurs glorieux aînés américains. Le lieutenant Grégorie, lunettes rondes sur nez aquilin, le cheveu dégarni, se posait comme l'intello du duo. Passionné de Cluedo, il était plus dans la réflexion que dans l'action ; c'était le champion de l'analyse, des regroupements de données et des recherches sur Google. Son compère, en revanche, soignait plus précisément son apparence physique. Le cheveu noir luisant, gominé comme un danseur de tango argentin, petite queue-de-cheval ou chignon en prime, Antoine semblait droit sorti d'une affiche publicitaire des années 50. Grâce à son entregent et à ses fréquentations nocturnes, il s'était constitué un carnet d'adresses épais comme le Code pénal. Le tandem se complétait. Il affichait une complicité aussi solide que celle de Stan Laurel et Oliver Hardy, l'humour en moins certes, mais le sérieux en plus.
Que reprochait donc le principal à ses garçons pour nourrir une attitude circonspecte à leur endroit ? Rien de bien méchant en somme, seulement leur opportunisme de circonstance. Ils s’affranchissaient et se dédouanaient aisément de la rigueur professionnelle prônée par leur supérieur pour s’accommoder de considérations très personnelles. En un mot, ils ne se gênaient pas pour mettre, à l'occasion, le mouchoir sur leurs propres convictions et servir la soupe à l'autorité de tutelle s'ils estimaient qu'une attitude conciliante envers elle pouvait préserver leur tranquillité et privilégier leurs intérêts. Pour preuve l'affaire Charcowiski-Barbazian 1 dont ils s'étaient tirés de peu glorieuse façon dans le passé.
— Alors, au jus, mes zigues ?
— On a commencé à fouiller dans le pré carré des macchabées. La femme, grosse bosseuse, responsable d'une unité dédiée aux professionnels, entretenait une liaison intime avec un de ses vendeurs. Un certain Nicolas, son cadet de cinq ans. Pour le second, rien de chez rien. Un ascète, sauveur des âmes en perdition. Très proche de ses ouailles et animateur inépuisable de sa paroisse. Bref, la perfection sur terre et, désormais, ange au paradis.
— Justement. Le Lacydon, ça vous parle, Messieurs ?
Ils se fixèrent intrigués puis l'un d'eux avança une explication cousue de fil blanc :
— C'est le nom du quartier.
— Certes, certes. Mais j'ai découvert un élément capital qui établit une correspondance tenue entre les deux homicides : la chorale ! L'abbé en assurait la direction, la femme s'y produisait aux côtés de son amant, et de surcroît le diacre dirigeait le chœur. Lui n'est pas mort, pas encore ! Jusqu'à preuve du contraire, il a seulement disparu. Alors ?
Médusé, le couple de limiers répondit à l'unisson sur un ton humoristique :
— Compris, Chef. On va s'intéresser de très près à cette fine équipe de chanteurs à la croix de bois.
Puis, ils rompirent le rang, abandonnant leur capitaine préféré à la solitude de ses hypothèses, pour chasser l'indice et sans doute le psychopathe qui se cachait derrière.
 

 
 
  Chapitre 9
 
 
Le Chœur des bons Enfants du Lacydon, créé par le défunt père Jean, réunissait un noyau dur d'une dizaine de fidèles, tous inconditionnels de l'expression lyrique sacrée et très liés entre eux depuis l'adolescence parfois. Il se produisait dans les églises de la commune lors des grandes fêtes pastorales ou religieuses. La troupe était dirigée par un chef doué mais à l’humeur renfrognée, le diacre Ernesto. Ce dernier était secondé par un soliste hors pair qui, accompagné au synthétiseur par un musicien talentueux, hissait sa voix de ténor jusqu'à sublimer les messages bibliques.
En fait, les bons Enfants formaient une microsociété avec ses qualités et ses défauts aussi.
L'inspecteur Greg comprit rapidement que le nœud de l'équation pouvait se situer au cœur de la chorale. Il entreprit de remonter les liens qui rattachaient les protagonistes. Ainsi Sabrina, piégée par le colis assassin, et le Père Jean, frappé par le crucifix de l'autel, se retrouvaient au centre d'une énigme profonde comme une nuit sans lune ; sans parler du diacre définitivement effacé des radars le jour des drames sanglants. Trop d'éléments troublants reliaient les victimes entre elles pour qu'on pût parler de simple coïncidence.
La mission terrain fut confiée à Toinou. Ce dernier consacra son entregent à dérouler la pelote des amitiés sincères ou ambiguës qui façonnaient cette tribu chantante et pure comme un visage d'ange mais aux vocalises pas si cordiales que cela. Très logiquement, il commença par s'intéresser au compagnon de la cheffe des ventes. Il le rencontra dans une brasserie du port à l'heure du déjeuner, sans mandat ni trompette, affectant le hasard d'une entrevue fortuite. En gentleman bien élevé, il lui présenta ses condoléances et lui dit toute la tristesse et la compassion qu'il éprouvait pour sa compagne.
Le cheveu court, le visage volontaire mais les traits tirés, Nicolas lui apparut extrêmement affecté par la mort subite et tragique de sa maîtresse. Normal. Ne l'aimait-il pas à la folie ? N'était-elle pas son horizon infini et bien plus encore ? N'était-elle pas la meilleure des amantes et une responsable géniale, fabuleuse ? Face à ce discours ô combien dithyrambique, trop peut-être, l'enquêteur nourrit inévitablement quelque suspicion légitime. D'autant que le garçon, à la fois charmeur et charmant, se voulait parfait sous tous rapports. Zéro défaut en apparence comme le Coca light. Amoureux tendre et attentionné, commercial performant et impliqué, il était tout pour elle et elle pour lui. La messe était dite bien que les restes de la malheureuse fussent toujours à la disposition du médecin légiste, dans un casier métallique de la morgue municipale.
— J'entends, j'entends, M. Silot, précisa le lieutenant d'un air détaché. Cependant, malgré vos relations intimes, il semblerait que Mme Montero fût d'un point de vue professionnel extrêmement exigeante. Elle exerçait sur vous une pression commerciale importante. Parleriez-vous de harcèlement moral, Monsieur ? Elle vous poussait souvent dans vos derniers retranchements, au bout du bout. Cette situation a généré de nombreuses disputes, quelquefois très violentes, des conflits qui altéraient le bon fonctionnement du service si j'en crois vos camarades de travail.
— Je ne sais ce que vous cherchez, Lieutenant, mais pour moi, c'en est assez. L'entretien est terminé. Vous n'aurez qu'à me convoquer en bonne et due forme, c'est-à-dire officiellement, quand bon vous semblera.
Le poulet à la queue-de-cheval ne prit pas ombrage du coup de gueule de son interlocuteur. Il avait introduit le ver dans le fruit, histoire de montrer qu'il n'ignorait pas la réalité tangible et aussi qu'il n'avait rien à cirer des contes de fées. Seule la vérité, nue et crue, aussi dure fut-elle, devait primer. Et le coupable tomber pour payer l'addition de ses méfaits à la société civile. Mais l'arrogance et la morgue du fanfaron l'avaient secoué.
Il poursuivit ses investigations, toujours de manière informelle. Il s'entretint ainsi, tour à tour, avec le soliste puis l'organiste de la troupe. Ce n'était pas de gros bavards, plus carpes que perroquets, les gonzes. Il les asticota façon je-n'y-touche-pas-mais-je-veux-tout-savoir. Comme il était à prévoir, il fit effectivement chou blanc. Les compères ne lui refilèrent aucun renseignement de choix, juste un vague accident de voiture survenu quelques années auparavant. Bref, pas de quoi casser trois pattes à un canard ni mettre la population locale à l'abri de l'assassin toxique qui sévissait dans les parages.
De son côté, Greg scotché sur son ordinateur, les lunettes mal ajustées à cause de son nez trop fin, scrutait les antécédents des personnes impactées de près ou de loin dans ces sales histoires. Il avait beau passer en revue des centaines de pages, visionner des milliers d'informations, tenter de regrouper les données, analyser, décortiquer, peser et soupeser, il lui fallut se rendre à l'évidence. Tous ces braves gens, potentiels gibiers du tueur psychopathe, menaient une existence paisible, largement au-dessus de tout soupçon. Ils ne pouvaient donc être aucunement les cibles désignées de règlements de compte abracadabrants, conséquence supposée de comportements immoraux, de trafics malhonnêtes ou de magouilles frauduleuses. Non ! Alors pourquoi ces meurtres sanglants, et surtout qui en était à l'origine ? Les deux affaires criminelles et la disparition du diacre impliquaient des membres actifs de la chorale, il ne faisait plus aucun doute que l'auteur n'était pas très loin. Au demeurant, il pourrait s'agir d'un serial killer. Les modes opératoires très différents, explosif versus objet contondant, n'en apportaient cependant pas confirmation, loin s'en faut. Alors ?
Quand Antoine rentra au bercail, la journée touchait à sa fin. Il s'approcha de son partenaire. Manches de chemise retroussées jusqu'aux coudes, ce dernier faisait cracher la photocopieuse en continu.
— Tu fais quoi ? lui demanda l'arrivant.
Grégorie lui retourna en guise de réponse :
— La pêche a été fructueuse ?
— C'est à voir ! s'exclama le bel hidalgo. Puis d'ajouter : Le petit Nicolas m'intrigue. Il ne me paraît pas franc du collier. Son discours ne colle pas vraiment avec les témoignages recueillis. Il va nous falloir le serrer de près, ce garçon.
— Yes, mon bonhomme. Au fait, demain à 8 heures sur le pont. Le boss veut nous causer.
— Eh bien, a domani, sale gosse, lui lança-t-il en plaisantant.

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