Meurtres du côté de chez Proust
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Description

1895. Marcel Proust et son ami, le musicien Reynaldo Hahn, passent leurs vacances en Bretagne. Ils se rendent à Belle-Ile pour saluer la grande Sarah Bernhardt puis ils séjournent à Beg-Meil, la station balnéaire de Fouesnant encore méconnue. Durant ces semaines qu'ils espèrent agréables, une succession de drames et de crimes les accompagne comme si la délinquance s'était accrochée à leurs basques.
Quel est donc le plan diabolique concocté par Augustin Kérel, l'ancien bagnard ?
Le docteur Motel préfère-t-il l'argent au serment d'Hippocrate ?
La jeune Albertine a-t-elle raison de croire encore à l'amour ?

Naufrages suspects, chasse à l'homme et meurtres sanglants jalonnent cette histoire troublante pour le plus grand bonheur de Samuel Pinkerton, le fin détective chargé de dénouer l'écheveau des passions qui conduisent au crime. Inexorablement.

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Publié par
Nombre de lectures 37
EAN13 9782374534077
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Meurtres du côté de chez Proust
Serge Le Gall
38, rue du Polar
Tout occupés des découvertes atroces où Proust nous engage, nous nous laissons, nous aussi, gagner à son indifférence pour tout ce qui n’est pas cette implacable recherche. François MAURIAC
Nous aurons pour otages ces captives divines qui suivront notre chance. Et la mort avec elles a quelque chose de moins amer, de moins inglorieux, peut-être de moins probable. Marcel PROUST
1
On aurait dit que le temps allait changer. Au loin, au-dessus de la presqu’île de Quiberon noyée dans une brume de chaleur tirant vers le gris, le soleil ne concédait pas un pouce de ciel. C’était plutôt du côté du continent que l’évolution climatique semblait vouloir exprimer sa volonté orageuse, voire son nouveau caprice.
Des nuages plombés approchaient en rangs serrés par le nord-ouest. Ils avaient louvoyé entre Groix et Port-Louis avant de venir s’effilocher ici, comme de l’étoupe à calfater, à l’aplomb du cordon ombilical reliant la presqu’île au reste du monde.
Comme souvent en ce lieu géographique particulier, le climat prenait un malin plaisir à faire mentir les prévisions. Il prenait à contre-pied les évidences météorologiques en instillant une pointe d’originalité dans le décor.
Du côté du golfe du Morbihan, le temps apaisé persistait et l’onde nonchalante montant de l’océan Atlantique grignotait inexorablement des étendues nauséabondes de vase grisâtre et visqueuse où s’activaient laborieusement des nuées de petits crabes pressés. Sur la face opposée, directement tournée vers le large, la mer lançait des bataillons de rouleaux grognons frangés d’écume à l’assaut des herbus austères.
À l’heure du flux, la presqu’île allait naturellement séparer l’océan fougueux des eaux plus tranquilles et s’approprier l’azur disponible, laissant la part de ciel moins clément à ces pauvres terriens. Ces farouches défenseurs du continent ne comprendraient jamais rien à l’essence même de l’insularité.
Le front appuyé sur la vitre maculée de traînées brunâtres dues aux embruns, le voyageur un peu fatigué songea, un court instant, à quelques phrases écrites par Hippolyte Taine, décédé depuis presque deux ans.
À une époque, le philosophe participa aux épreuves d’admission à l’École Militaire de Saint-Cyr. En parcourant la presqu’île, il nota scrupuleusement dans son carnet de voyage les émotions qui l’assaillirent quand il découvrit Quiberon : La double mer. L’une, d’un bleu intense et immobile ; l’autre, écumeuse en vagues incessantes, la mer sauvage…
Au terme de cet itinéraire éprouvant, le passager du train vérifiait combien le souvenir qu’il avait de cet écrit épousait parfaitement la réalité qui s’offrait à son regard mélancolique.
2
Le train ralentit en entrant dans la légère courbe annonçant le seuil invisible de la presqu’île. Le mécanicien, le corps adroitement penché au dehors de la machine trapue et fumante, accompagnait le mouvement du convoi qui semblait faire sa révérence au golfe du Morbihan.
Les lunettes rondes évoquant le roman 20 000 lieues sous les mers de Jules Verne, publié depuis un quart de siècle déjà, lui conféraient un air de globicéphale cruellement extrait de son milieu naturel. Peu lui importait l’inesthétique de l’objet usuel pourvu qu’il soit efficace. Cette encombrante paire de lunettes le protégeait contre les retours de fumée chargée de suie rabattue parfois brusquement vers la machine par le vent du large s’en donnant à cœur joie. Alors, comme s’il mettait en scène le geste traditionnel d’une affreuse sorcière balayant la plate-forme, le tourbillon malin dérobait au foyer rougeoyant quelques brûlantes escarbilles qui fusaient çà et là en crépitant.
D’un geste maintes et maintes fois répété, le conducteur tira sur la cordelette libérant immédiatement un jet de vapeur très blanche. Le sifflement strident ainsi engendré marqua symboliquement l’instant où le convoi ferroviaire abandonnait la quiétude de la terre ferme pour se risquer sur cette langue de terre à l’avenir somme toute incertain. Dans l’histoire de l’insularité, le pouvoir a toujours été détenu par l’océan.
Le jour de l’inauguration de la ligne de chemin de fer, le dimanche 23 juillet 1882, notre homme était présent. Il n’était pas encore le conducteur de locomotives d’aujourd’hui, calme et expérimenté, mais simplement un jeune apprenti, curieux et intrépide, embauché à tout faire sur cette nouvelle desserte qui semblait promise au plus bel avenir. Il ne savait pas encore que, bien des années plus tard, il serait le titulaire d’un poste envié par ses collègues de la gare d’Auray.
Depuis ce temps-là, à chaque fois ou presque qu’il pénétrait sur le territoire de la presqu’île, il se souvenait, le temps de quelques images fugaces, mais étonnamment précises, de ce moment si particulier qu’il avait vécu en ce dimanche ensoleillé.
Le premier train rutilant était pavoisé d’une multitude de drapeaux tricolores comme si une guerre venait d’être fièrement gagnée et que le peuple fêtait la victoire. Il roulait vers Quiberon d’un pas de sénateur pour permettre à la population massée sur le parcours de jouir pleinement du spectacle qui lui était offert en ce jour historique.
Quelque temps plus tôt, la construction de la ligne avait suscité bien des polémiques. D’aucuns avaient pointé du doigt l’activisme des habituels réfractaires à la moindre évolution. Ceux-ci avaient taxé le nouveau moyen de transport de fossoyeur de la vie presque insulaire. Ils n’ignoraient pas que le but avoué de l’opération était plus stratégique que touristique. Le chemin de fer allait permettre en effet d’approvisionner plus facilement les batteries de la côte et Belle-Ile en munitions. Cependant, ils devinaient aisément que l’utilisation du chemin de fer ne s’arrêterait pas en si bon chemin. L’avenir devait leur donner amplement raison.
Les autres, personnellement intéressés par un développement commercial qu’ils pressentaient ou tout simplement ouverts à la nouveauté et au progrès, applaudissaient l’initiative. Ils étaient même impatients de vivre le jour où le premier train déverserait son lot de passagers émerveillés sur les quais de la petite gare et ils les espéraient enclins à délier leur bourse pour fêter joyeusement l’événement.
Le train appartenant à la Compagnie des Chemins de fer d’Orléans prit un peu de vitesse. La voie rectiligne qui filait vers la mer n’exigeait plus une allure si mesurée que des enfants auraient pu monter sur la plate-forme des wagons sans grand risque de chute.
Les conifères plantés là sur des vallonnements de sable, de part et d’autre de la voie, semblaient être autant de stèles érigées à la mémoire de tous ces Émigrés défaits en 1795 par l’armée du général Hoche.
Ils avaient résisté durant des heures interminables, ces courageux chouans. Lazare Hoche, jeune général en chef de l’Armée Républicaine de l’Ouest, leur opposait une troupe plus nombreuse et mieux armée. Pour beaucoup de ces insurgés royalistes, le destin était de s’écrouler là, mortellement blessés, quelque part entre mer et continent, en ce lieu où ils avaient tant espéré trouver le refuge inexpugnable.
De saison en saison, les vents d’ouest avaient fait ployer ces arbres afin d’éprouver régulièrement leur résistance. Ceux-ci en avaient d’ailleurs gardé de sérieuses séquelles les contraignant à présenter une image penchée, tordue ou décharnée. Mais sans choir.
En ce jour du 4 septembre 1895, un siècle après la reddition, il y avait comme un regain de courage qui animait ces ramures.
3
Marcel Proust lissa méthodiquement sa fine moustache avant de passer la main ouverte dans ses cheveux afin de les rendre plus dociles. Le gardénia qu’il portait à la boutonnière n’arborait plus la fraîcheur éclatante qu’il affichait au moment de quitter Dieppe.
Madeleine Lemaire, son hôtesse, s’était délicatement penchée vers le jeune homme pour fixer la fleur resplendissante à son revers. Puis, dans un mouvement léger empreint d’un charme suranné, elle avait approché son visage du sien annonçant ainsi qu’elle voulait lui faire une ultime confidence. Sa bouche aux lèvres sucrées avait effleuré les plis de son oreille comme la plus douce des brises du matin. De sa voix fraîche et caressante, elle lui avait murmuré :
— Afin que vous pensiez à moi, mon cher Marcel, tout au long de votre voyage.
Puis elle avait imposé un court silence de connivence avant d’ajouter, sur le ton du secret :
— À moins qu’elle ne soit encore fort vaillante à votre arrivée pour que vous la portiez plus longtemps, promettez-moi de ne l’ôter qu’au moment où vous foulerez le sol de Belle-Ile pour la première fois ! Vous jetterez cette fleur dans l’océan qui me la rapportera !
Il ne quittait pas son veston, ne désirant pas apparaître en bras de chemise qu’il soupçonnait fripée par la sueur et la durée excessive du voyage. De temps à autre, il aplatissait, machinalement, mais d’un doigt fin et sûr, les faux plis qui se formaient sur son pantalon pied-de-poule au niveau des cuisses à chaque fois qu’il les décroisait pour se délasser un moment.
Il laissait errer son regard au-dehors peut-être même sans voir. Cette curieuse impression d’indifférence aux choses qu’un témoin assis en face de lui aurait pu ressentir venait probablement de ce visage parfois inexpressif saisi à Trouville par Jacques Émile Blanche, son portraitiste. Il y a si souvent dans les transports interminables cette sorte de langueur qui s’installe et qui confine les êtres aux frontières indéfinies de leur réalité profonde.
Il se sentait fatigué par ces quatorze heures de voyage depuis Dieppe. Ce n’est pas sans peine qu’il avait fait le choix définitif de l’itinéraire pour venir passer quelques jours en Bretagne. Il en avait discuté de longs moments avec son ami Reynaldo. Pour en finir, il avait bien fallu prendre une décision. Une fois arrêtée, elle leur avait paru la moins intéressante. Mais comme elle avait le mérite d’exister…
Son père, Adrien Proust, éminent professeur à la Faculté de Médecine de Paris, l’avait personnellement dissuadé d’entreprendre ce voyage. Il avait prétexté que le malade asthmatique ne se trouverait pas davantage à son aise face à un climat océanique charriant toutes sortes d’extraits végétaux irritants pour les voies respiratoires fragiles.
Proust avait fait une violente crise d’asthme lors d’une excursion au Petit-Abbeville où les hêtres de la route menant à Rouen lui avaient inspiré quelques lignes avant qu’il ne sombre dans une désespérante séquence de suffocation.
Alors que les deux amis étaient tous les deux couchés sur le dos, la tête renversée dans les feuilles mortes afin d’entrer en symbiose avec la matière, il avait été assailli par la montée inexorable d’un étouffement gravissime. Quand la crise s’était enfin éloignée, il s’était promis d’aller voir ailleurs si les cieux accepteraient de lui être plus cléments.
Marcel Proust avait eu vingt-quatre ans au début du mois de juillet. C’est en compagnie de sa mère, née Jeanne Weil, qu’il avait fêté l’événement à Bad Kreuznach, ville d’eaux de Rhénanie située sur la belle rivière Nahe. Comme prévu de longue date, ils étaient tous deux descendus au Kurhaus Hotel.
Il avait fait des promenades en barque poussant parfois jusqu’à Münster-am-Stein. Le soir venu, il avait pris plaisir à raconter sa journée à sa mère en s’efforçant de citer tous ces noms de lieux qui emplissaient les oreilles et la bouche d’une foule de sonorités particulières.
Il avait peu écrit à Reynaldo. Il n’avait pas d’explication à donner à ce silence. Il le savait ni choisi ni imposé, comme dans le cours naturel des choses sur lesquelles on n’a pas de prise et qui mènent le monde.
Peu de temps auparavant, le 29 mai, Marcel Proust avait été reçu, sans éclat particulier, au concours d’attaché non rémunéré de la bibliothèque Mazarine. Son affectation au dépôt légal situé rue de Grenelle le privant de fréquenter le prestigieux quai Conti, il s’était alors empressé d’invoquer des raisons de santé pour ne pas prendre son poste. L’administrateur, monsieur Alfred Franklin, qui ne l’entendait pas de cette oreille, n’avait cédé que sous la pression du ministre des Affaires Étrangères, grand ami d’Adrien Proust.
Sous le prétexte avancé de guérir un asthme nerveux, le futur fonctionnaire avait ainsi obtenu un congé de deux mois qu’il allait mettre à profit pour délaisser allègrement Paris.
Le compositeur Reynaldo Hahn avait eu vingt ans la veille de leur départ pour la Seine-Maritime. Marcel Proust avait fait sa connaissance deux ans auparavant lors d’un dîner chez Madeleine Lemaire, une artiste peintre au talent classique et varié, mais secondaire, qui s’était lancée sur la scène mondaine. Leur amitié s’était approfondie lors d’un séjour commun au château de Réveillon, une propriété de Madeleine Lemaire située à l’est de Paris entre La Ferté-Gaucher et Sézanne.
Reynaldo, qui n’avait alors que dix-huit ans, avait déjà composé un opéra-comique, l’Ile du rêve, et écrit une musique de scène pour Alphonse Daudet.
Il avait de beaux cheveux bruns et des yeux veloutés qui avaient séduit la danseuse Cléo de Mérode, petit sujet à l’Opéra. Comme beaucoup de jeunes gens de cette époque, dont Marcel, il portait une petite moustache coupée à la mode.
Reynaldo Hahn était né à Caracas d’une mère vénézuélienne et catholique. Son père, juif allemand, avait prospéré de façon spectaculaire en Amérique Latine en installant le télégraphe et le gaz d’éclairage. Il avait créé des voies ferrées et même fait construire… un opéra ! La famille avait émigré en Europe alors que Reynaldo n’avait que deux ans. Il ne devait jamais revoir le Venezuela.
Chez Madeleine Lemaire, à Dieppe, il n’y avait pas de piano pour le jeune musicien qui se prêtait à dire que la mer et le vent composaient à sa place. Qu’à cela ne tienne ! Sur les conseils de son ami qui avait apprécié le roman l’année précédente, il s’était mis à dévorer Anna Karénine avec assiduité.
Reynaldo avait appris de sa sœur Maria que Marcel se plaignait d’être oppressé et qu’il s’irritait des insomnies trop fréquentes qui troublaient gravement ses nuits. Il n’envisagea de quitter cet endroit de villégiature où il se trouvait si bien qu’à la suite de la crise douloureuse et spectaculaire subie par son ami. Dès lors, il décida d’afficher sa préférence pour un voyage en Bretagne.
4
Dans un crissement métallique bien caractéristique, le train se mit à ralentir alors que la vision du fort de Penthièvre envahissait la vitre de droite de son imposante masse grise.
L’ouvrage avait été commandé par le duc dont c’était le fief pour tenter d’offrir à la presqu’île une défense efficace qui avait cruellement fait défaut lors d’un débarquement anglais en 1746. Témoin de sombres heures au moment de l’héroïque résistance des chouans, la construction, toujours en travaux, avait traversé plus paisiblement les cinquante dernières années.
— Pourquoi s’arrête-t-on ? demanda Proust, assis sur la partie gauche sur la banquette.
— J’aperçois un petit écriteau, dit Reynaldo qui regardait au-dehors, l’air absent.
— Et tu peux le lire de ta place ?
— Il est penché comme une soprano qui vocalise, mon cher Marcel ! En plus spartiate et en moins généreuse s’entend !
— Mais encore ! insista Proust une pointe d’irritation dans la voix.
— Oh là, doucement ! Je distingue le mot « isthme » et c’est tout. Que veux-tu donc que je te dise de plus !
— Il doit y avoir un arrêt ici, à mi-chemin du parcours. Voilà sans doute l’explication.
— Il serait temps d’arriver cependant. J’en ai un peu assez de ce voyage interminable !
— Et moi donc ! Je me demande encore si c’était une vraie bonne idée que de faire un détour par Belle-Ile au lieu de filer directement vers Beg-Meil. Nous y serions déjà !
— Tu avais promis à Sarah Bernhardt de lui rendre visite si nous entreprenions une excursion vers l’ouest !
Proust prit une profonde inspiration avant d’avouer :
— Elle avait une voix si sublime dans Hernani …
Reynaldo Hahn secoua la tête. La raison invoquée lui paraissait futile au regard du temps qu’ils allaient perdre.
— La chaleur est étouffante en cet endroit ! dit-il d’une manière détachée. Je ne suis pas certain que tu t’y trouves à ton aise. Nous aurions pu embarquer au port d’Auray au lieu de venir nous perdre par ici en empruntant ce tortillard à touristes !
— Ne te souviens-tu pas de la remarque du chef de gare à notre arrivée ?
— Quand il nous a déconseillé cette solution ? Mais si bien sûr ! Je l’ai parfaitement entendu dire qu’il nous faudrait quatre bonnes heures avant de débarquer à Belle-Ile si nous prenions le bateau à Saint-Goustan !
— Ah, tu vois ! Tu l’avoues toi-même !
— Si tu veux ! Mais dis-toi que je reste persuadé que l’air aurait été plus agréable et plus sain pour tes bronches ! L’odeur qui règne dans ce train est épouvantable !
— Tu oublies la descente de la rivière. Elle doit être envahie par les miasmes pestilentiels rejetés par la cité qui la domine. S’y ajoute à coup sûr le remugle de la vase qui doit encombrer la majeure partie de son parcours ! Ce limon malodorant sent encore plus fort par ces temps d’orage !
— Une fois arrivé dans le golfe, tu aurais pu jouir de ce spectacle si particulier, dit-on, de ces myriades d’îles posées sur la mer comme des pets-de-nonne sur un plateau d’argent !
— Et avoir mal au cœur plus tôt ? Non merci !
— Alors, ne te plains pas de l’air épais qui nous assaille ici !
— Je ne dirai rien, rassure-toi ! Une fois sur le bateau, je pourrai respirer librement ! L’air du détroit doit être chargé de molécules aussi vivifiantes que celles de Saint-Moritz !
Un léger sourire éclaira son visage, le temps d’un souvenir qui se reconstituait image après image comme un puzzle. D’une voix presque suave, il se laissa aller :
— Je logeais à la pension Veraguth, modeste, mais honorable. Les nuages promenaient de grandes ombres bleues comme sur la mer. Je contemplais Élisabeth Fould qui faisait des ricochets sur le lac. Cela m’amusait.
Il s’anima davantage, les sensations se faisant sans doute plus insistantes.
— Il y avait aussi ces collines aux pentes mauves qui s’entrouvraient sur une contrée bleue. Et au bout de cette étincelante avenue naturelle, l’Italie ! Ah, l’Italie !
— En attendant, reprit Reynaldo, pragmatique, nous voici immobilisés dans un endroit qui me paraît être à cent lieues de ton paysage idyllique. Et, pour couronner le tout, il est quasiment désert !
— Regarde ! s’anima Proust. On dirait que le train va pénétrer dans la mer dès qu’il va s’ébranler à nouveau. Le passage est si étroit que l’on n’aperçoit que de l’eau que l’on jette un coup d’œil à droite ou à gauche.
Il chercha sa respiration avant d’ajouter :
— Il suffirait d’une bonne tempête d’équinoxe pour créer une nouvelle insularité. Le précaire tombolo serait, une nouvelle fois, balayé par la houle. Poseïdon surgirait de l’océan et, de sa main puissante et créatrice, ferait naître une île !
Un raclement suivi d’un cliquetis métallique agaça leurs oreilles. Le wagon bougea, mais de façon presque imperceptible.
— Le train avance à nouveau ! Nous repartons, dit Proust simplement, comme s’il acceptait de s’en satisfaire.
Reynaldo Hahn se pencha par la vitre qu’il avait réussi à abaisser après plusieurs tentatives peu concluantes.
— Je vois un homme qui court sur le ballast ! Il traîne un bagage qui paraît aussi lourd qu’encombrant.
— Ouvre-lui la portière et aide-le à monter. Sinon, il a toutes les chances de rater son train !
Reynaldo obtempéra. Quand il fut debout, il maintint la porte ouverte le temps que le futur passager glisse son volumineux sac de marin sur le sol du compartiment et se hisse à l’intérieur en soufflant bruyamment.
Une fois la portière claquée par la vitesse, toute relative, du convoi reparti, le nouveau venu s’ébroua comme un chien qui vient de subir un bain forcé. Puis il donna rapidement un coup d’œil circulaire pour repérer l’endroit qu’il venait d’atteindre et se l’approprier à la manière d’un prédateur qui investit une nouvelle tanière. Les fauves ne changent de terrain de chasse que lorsqu’ils n’ont plus le nécessaire sur leur territoire. Il alla ensuite s’asseoir, dans le sens contraire à la marche, sur la banquette faisant face aux deux voyageurs qui, dans un silence poli, ne le quittaient pas des yeux.
Le nouveau venu était un homme rougeaud de figure, légèrement voûté comme les boxeurs et tout aussi costaud. Ses oreilles, carminées par la vie au grand air et, plus certainement, par l’abus de boissons fortes paraissaient trop petites pour une tête qui semblait taillée à l’herminette et marquée de souvenirs douloureux que dissimulait tant bien que mal une barbe clairsemée.
Il portait une vareuse de pêcheur copieusement tachée sur le devant. L’épais tissu masquait un torse puissant enveloppé dans un maillot de corps douteux. Une touffe de poils rebelles débordait de l’encolure du sous-vêtement. Au bord de la couture supérieure, maladroitement reprisée par endroits, deux lettres bien visibles et cousues à la main en étaient l’unique broderie. Pour un monogramme, elles parurent mal placées à Marcel Proust qui avait l’habitude de ces marques distinctives auxquelles étaient attachées les personnes bien nées. Le pantalon de toile, rapiécé des cuisses aux genoux, annonçait le travailleur de la mer et indiquait la répétition des gestes et la rudesse du métier.
L’aspect vestimentaire de l’inconnu s’opposait en tout point à celui des deux autres passagers du compartiment. L’un comme l’autre affichait une allure de dandy en route pour les bains de mer. La qualité et la propreté de leurs vêtements, même s’ils accusaient quelques heures de voyage, ne laissaient aucun doute sur leur appartenance à la plus respectable des bourgeoisies.
— Nous avons failli vous laisser après nous ! lança Reynaldo pour tenter d’engager la conversation.
L’homme releva la tête, renifla un bon coup, mais resta silencieux. Son regard soupçonneux, très mobile sous ses sourcils broussailleux, se posa alternativement sur chacun de ses compagnons de voyage comme s’il découvrait un autre monde qu’on s’était bien gardé de lui décrire.
— Vous allez où vous autres ? dit-il enfin, d’un ton goguenard et l’œil amusé.
— À Belle-Ile ! précisa Proust aimablement. Nous prenons le bateau tout à l’heure.
— Tout comme moi ! Je vais aussi de l’autre bord ! Vous n’auriez pas un p’tit verre de gnôle pour la route ?
— Pour qui nous prenez-vous monsieur ? Nous ne transportons pas d’alcool dans nos bagages. Il n’y a guère que des vêtements dans ces sacs.
— C’est bien dommage ! J’ai le gosier en feu d’avoir couru après ce diable de train. Ce conducteur de malheur, il me le fait à chaque fois que je veux grimper dans son tas de ferraille. Il prend un malin plaisir à me faire courir !
— Il vous connaît cet homme ?
— Bien sûr !
— Et il ne vous aime pas ?
— On peut le dire. J’en dirais même beaucoup plus si j’avais les mots en bouche…
— Il vous déteste franchement !
— La formule est directe et elle est exacte. Un homme comme moi ne peut pas attendre autant d’égards que vous autres, bourgeois endimanchés. Je suis mal habillé et, le plus souvent, j’empeste. Je ne suis pas comme vous, rasé de près et portant une fleur à la boutonnière. En me voyant courir sur le ballast, vous auriez pu vous rendre compte que je n’avais rien à faire en votre compagnie, mes jolis !
— Ce train est à tout le monde ! protesta Reynaldo en s’agitant comme un Méditerranéen. Nous ne détestons pas les rencontres fortuites. Je ne pouvais pas vous laisser courir davantage. Vous seriez tombé pour finir, au risque de glisser sous les roues !
— Quelle énorme perte ! dit l’homme en ricanant. Je n’ai personne. Ni pour me pleurer, même des larmes de crocodile, ni pour faire ripaille avec le bien que je pourrais laisser derrière moi. Il y aurait juste de quoi boire un verre. Alors…
— Nous n’aurions pas aimé voir ce train s’immobiliser et être attirés au-dehors par une curiosité bien naturelle pour des voyageurs désœuvrés. Découvrir l’horreur d’un homme déchiqueté par ce monstre de métal sans humanité ne nous aurait pas été d’un spectacle agréable ! Nous ne sommes plus au temps de l’Inquisition et de ses horribles supplices, Dieu merci !
— Dites plutôt que vous auriez eu, à ce moment-là, toutes les chances de rater la correspondance avec Belle-Ile !
Devant le soudain silence de ses deux interlocuteurs, l’homme laissa fuser un rire gras qui balayait d’un coup tout risque de crédulité excessive.
— Et je peux savoir ce que vous allez y faire, là-bas ?
— Ce n’est certes pas pour nous une obligation de vous l’apprendre, rétorqua Proust légèrement irrité.
— Pour ma part, je connais très précisément le programme de réjouissances que je me suis préparé pour l’occasion. Chacun vit sa vie, pas vrai ? Je disais ça pour parler, mais je vous avoue que ça ne m’intéresse pas vraiment de savoir ce que vous comptez faire sur l’île.
— Je vais vous le dire quand même !
— Si cela vous chante !
— Nous allons rendre visite à madame Sarah Bernhardt !
Afin de juger de l’effet qu’il escomptait en citant une célébrité, Marcel Proust toisa son vis-à-vis de ses grands yeux profonds. Il lissa sa moustache d’un geste précis de l’index droit. L’homme fronça les sourcils et prit un air ombrageux comme s’il faisait le tour de sa mémoire afin d’en visiter les niches une à une puis il se racla la gorge bruyamment comme s’il hésitait à livrer une réponse mal assurée.
— C’est y pas cette actrice qui a racheté le fort des Poulains, l’an passé ?
— Vous voyez bien, vous la connaissez !
— Comment ne pas savoir qu’elle existe ! Elle en fait un de ces raffuts à chaque fois qu’elle arrive que toute la population en parle. Quand je fais relâche dans un port de la côte sud et que je dis que je viens de Belle-Ile, je n’y coupe pas au couplet sur votre coterie !
— C’est une actrice formidable, ne trouvez-vous pas ?
— On dirait qu’elle est toujours en représentation. Depuis qu’elle a découvert l’île, il y a deux ans passés du mois d’août, elle ne laisse personne indifférent, vous pouvez me croire. On vient la prendre en calèche à la gare. Elle descend à l’Hôtel de France où elle attend le vapeur. On l’installe avec pleins de salamalecs dans un salon privé. Une fois bien à son aise, elle réclame qu’on lui serve immédiatement une assiette de bouquets dont elle raffole. Pour le pêcheur qui les fournit, c’est une aubaine. C’est lui qui me l’a dit. On les lui paie le prix qu’il demande pour ses grosses crevettes roses. Il ne faut pas risquer d’indisposer Madame la bonne cliente !
Joignant le geste à la parole, le marin fit mine d’esquisser la révérence au chapeau si prisée à la cour des monarques. Puis il ajouta :
— Ensuite, quand elle débarque à Palais, c’est tout juste si un pékin ne vous propose pas une chaise payante pour regarder le spectacle !
— Qu’est-ce que je vous disais !
— Sauf que, pour les pauvres que nous sommes, les grandes gesticulations ne font pas bouillir la marmite ! Rien ne sert de brasser le bouillon si ce n’est que de l’eau claire !
— Elle doit bien avoir ses pauvres, madame Bernhardt !
— À ce qu’on dit, mais je n’en fais pas encore partie !
Le conducteur actionna une fois de plus le sifflet de la locomotive. Le convoi arrivait au passage à niveau du Roch en Saint-Pierre. Une calèche vide était arrêtée. Derrière la barrière abaissée de guingois et qui manquait visiblement d’entretien, le conducteur manifestait une évidente impatience qui n’échappa pas au regard exercé du marin.
— Encore un qui a peur de se faire souffler le client ! lança-t-il. Il est en retard pour se placer devant la gare, c’est certain, et les bonnes places sont chères !
La garde-barrière, le fichu noué en pointe sur ses cheveux grisonnants, attendait patiemment que le dernier wagon soit passé devant elle. Alors, elle pourrait saisir la poignée de la grande manivelle et relever la barrière.
À l’entrée du petit lopin de terre qui devait produire les légumes pour toute la famille, deux enfants en sarrau sale et en sabots jouaient avec des morceaux de bois. L’un d’eux reniflait sans cesse et la morve un instant stoppée dans sa progression redescendait inexorablement jusqu’au bord de sa lèvre supérieure.
— Arrête de remonter ta charrette au grenier ! lui cria sa mère en s’activant sur la manivelle avec la dextérité acquise par l’expérience.
Le train passé, l’attelage put traverser les voies sous le regard morne de la garde-barrière qui, d’un geste machinal, releva quelques cheveux indisciplinés qui s’étaient échappés du fichu. Elle fit claquer ses sabots sur la première marche du seuil. Avant de disparaître à l’intérieur de son logis, elle entendit le conducteur insulter copieusement sa bête pour la faire galoper en s’engageant dans la route à droite. Quoi qu’il en coûtât au cheval, il était plus que temps pour son maître d’aller gagner sa croûte.
La machine fumante s’arrêta juste devant le petit quai de Saint-Pierre. Les quelques passagers dont c’était la destination quittèrent leur wagon sans se presser outre mesure. Quelques-uns avaient les bras encombrés de ballots volumineux attestant de leur visite dans les commerces du continent.
L’attelage retardé par le passage à niveau fermé s’annonça bruyamment sur la place de la gare créant ainsi une animation inhabituelle, presque incongrue en cette journée vouée à la chaleur étouffante.
Une femme en noir, silencieuse et inconnue, était assise sur un banc placé à l’ombre des deux cyprès décharnés plantés de l’autre côté de la voie. Elle regardait le train sans sembler le voir…
— Quelque chose me dit que vous allez louer les services d’un voiturier pour vous descendre à l’embarcadère ! lança le marin à l’adresse de ses deux compagnons.
— C’est notre aspect vestimentaire qui vous pousse à le penser ? demanda Proust en relevant le menton.
— Je ne vous vois pas marcher jusqu’au bateau en traînant des valises que vous ne pourriez porter ! Elles sont certainement lourdes et elles pourraient salir vos beaux habits.
Dans un bruit de métal malmené, le train reprit lentement sa route en direction de la gare de Quiberon qui n’était plus bien loin.
— Vous avez presque raison ! s’amusa Proust. Le chef de gare à Auray nous a affirmé qu’il existe une charrette de transport qui va de la gare au port. Les bagages vont emprunter cette navette bien utile. Quant à nous, nous allons faire quelques pas dans la bourgade. J’ai envie de me dégourdir les jambes tout en découvrant les alentours. Qu’en penses-tu, Reynaldo ?
— C’est une excellente idée. Il y a des moments où je ne sens plus mes doigts de pied !
— Méfiez-vous ! Il ne vous reste pas des heures avant l’embarquement. Quand vous entendrez le signal d’appel du vapeur, ce sera trop tard si vous n’êtes pas montés à bord. Il corne juste avant le départ pour prévenir les gens qu’il va s’écarter du quai. Un accident est si vite arrivé. J’en ai vu moi des inconscients se faire écraser comme un fruit mûr entre la pierre et la ferraille !
— Vous avez vraiment envie qu’on ne le rate pas votre baquet de métal ! ironisa Reynaldo. Auriez-vous investi quelque argent dans l’affaire ?
— Si j’avais eu quelques sous vaillants, j’aurais certainement tenté l’aventure. Je suis un marin, ne l’oubliez pas. Et un marin sait bien où passera un navire et où il ne passera pas. Il faudra toujours une liaison maritime pour rejoindre l’île et toutes vos inventions de bourgeois parisiens n’y changeront rien. C’est pour cela que je peux vous affirmer sans risque de me tromper que c’est un bon placement.
— Pour un simple marin, vous êtes bien au courant des chemins tortueux de la finance ! constata Proust.
— Je m’intéresse aux choses quand elles se présentent. Durant les longues journées de mer quand il n’y a rien à faire d’autre que de mettre des bateaux en bouteille, il faut bien penser à quelque chose sinon à quelqu’un. Et puis on écoute dire, on entend parler !
— De quoi par exemple ?
— De cette société qu’ils vont fonder l’an prochain tiens !
— Ainsi, une nouvelle entreprise va naître. C’est dans l’ordre des choses. Quelle en sera donc la raison sociale ?
— Drôle de question que vous avez là ! Le but sera d’exploiter la ligne à partir de Quiberon pardi ! Il faut savoir que le plus gros du trafic est encore fait au départ d’Auray. Avec le temps qu’ça prend ! Ils sont en train de construire un nouveau vapeur à Nantes.
— Il y a déjà une compagnie bien implantée ici !
— Ce n’est pas ça qui va les gêner. Ils ne s’arrêteront pas en si bon chemin, c’est moi qui vous l’dis !
— Ils auront besoin de marins de votre trempe pour ce nouveau service !
— Et ce n’est certainement pas à moi qu’ils penseront. J’ai déjà eu maille à partir avec ces futurs armateurs. Il a fallu faire le coup de poing avec le fils de l’un d’entre eux, il y a quelques mois de cela.
Semblant intéressé par l’anecdote, Reynaldo réclama la suite en ajoutant :
— Et vous l’avez assommé pour le compte, le pauvre ?
Le marin s’installa plus confortablement en s’appuyant au dossier de la banquette. Il commençait à laisser tomber sa méfiance naturelle devant ces deux jeunes hommes bien mis qui semblaient bon public.
— Je lui ai démis l’épaule d’une bourrade bien placée. Il a hurlé comme un cochon qu’on égorge au point que sa plainte a dû traverser la mer comme le plus fier des trois-mâts !
— Quelle faute avait-il donc commis pour s’attirer ainsi votre colère ? demanda Proust d’un air désabusé.
— Vous voulez vraiment connaître toute l’histoire ?
— Elle nous passera le temps jusqu’au terminus de la ligne ! reprit Reynaldo, attentif.
— Je naviguais alors sur le Gars de Sauzon , une barcasse gréée pour la pêche aux crustacés. C’est Armand Bodélec qui en était le patron…
— C’était un bon capitaine ?
— Et un bon bateau ! Pensez donc. Des homards et des langoustes, on en envoyait des quantités vers Nantes chaque semaine.
— C’était une pêche miraculeuse, en quelque sorte !
— Bien sûr que non ! C’était la prise régulière, tout simplement ! Une bonne chtrouille de tripes et de têtes de poissons pour appâter et en avant nous autres ! Justement, le jour où ça s’est passé, on rentrait au port à bonne vitesse quand un autre équipage a voulu faire plus vite que nous. Les bordés se sont frotté dans un bruit d’enfer comme si on raclait le fond de l’océan. Le mousse qui avait laissé traîner sa main en dehors a été grièvement blessé. Ses doigts arrachés sont tombés à la mer comme une poignée de saucisses qu’on jette dans le ragoût de choux.
Marcel Proust eut un geste de la main pour s’éventer comme pour évacuer le risque d’une nausée imminente. Ayant perçu l’effet produit, le narrateur reprit le cours de son récit avec une évidente délectation.
— Une fois à quai, alors qu’on s’activait pour évacuer le gosse qui pissait le sang comme du cou tranché d’une volaille, le jeune blanc-bec est venu me chauffer les oreilles. Il interdisait qu’on passe par son navire pour aller à terre alors que c’est l’habitude dans tous les ports. Au plus fort de la campagne de pêche, les jours de tempête quand les bateaux ne sortent pas, il faut savoir qu’on peut traverser le bassin à pied sec en passant d’une embarcation à l’autre !
— Qu’avez-vous fait alors ?
— Mon sang n’a fait qu’un tour et je l’ai frappé durement au visage. Quelqu’un s’est rapidement interposé avant que je le massacre pour de bon et je n’ai pu que lui porter une sacrée bourrade...

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