Panique à l hôtel Kangchenjunga
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Panique à l'hôtel Kangchenjunga , livre ebook

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Description



L’heure des vacances approche pour Gopika Pathak. Ses parents lui offrent un séjour au

Kangchenjunga Golf-Club & Spa

, hôtel de luxe internationalement connu, situé à 3 350 m d’altitude, au cœur d’un fabuleux décor himalayen. Son acolyte Shirley Bhutia, la célèbre actrice de Bollywood, l’accompagne, et le médecin Tenzin Mingour profite du voyage pour rendre visite à un ami qui dirige un monastère situé dans le même secteur.



Une atmosphère étrange accueille les deux jeunes femmes à l’hôtel...



Bientôt, l’un des clients disparaît dans les eaux tumultueuses de la rivière Yangtchou toute proche, puis le cadavre d’une des employées est retrouvé au petit matin, flottant dans une piscine.



Ainsi donc, certaines des prédictions du vieil homme énigmatique rencontré par Gopika pendant le voyage semblent se réaliser... et ce n’est que le début.






Après

Le Talisman tibétain, Les évadés du toit du monde, La vallée du yak sauvage

et

Complot au Sikkim, Panique à l’hôtel Kangchenjunga

est le 5e épisode de la série Crimes en Himalaya de Bernard Grandjean. Dans une ambiance à la Agatha Christie mâtinée de culture indienne, Gopika et ses amis vont devoir mener l’enquête tambour battant pour mettre à jour les secrets sordides dont le prestigieux établissement est l’épicentre.

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EAN13 9782374537160
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Présentation
L’heure des vacances approche pour Gopika Pathak. Ses parents lui offrent un séjour au Kangchenjunga Golf-Club & Spa , hôtel de luxe internationalement connu, situé à 3 350 m d’altitude, au cœur d’un fabuleux décor himalayen. Son acolyte Shirley Bhutia, la célèbre actrice de Bollywood, l’accompagne, et le médecin Tenzin Mingour profite du voyage pour rendre visite à un ami qui dirige un monastère situé dans le même secteur.
Une atmosphère étrange accueille les deux jeunes femmes à l’hôtel…
Bientôt, l’un des clients disparaît dans les eaux tumultueuses de la rivière Yangtchou toute proche, puis le cadavre d’une des employées est retrouvé au petit matin, flottant dans une piscine.
Ainsi donc, certaines des prédictions du vieil homme énigmatique rencontré par Gopika pendant le voyage semblent se réaliser… et ce n’est que le début.

Après Le talisman tibétain, Les évadés du Toit du Monde , La vallée du yak sauvage , et Complot au Sikkim , Panique à l’hôtel Kangchenjunga est le 5e épisode de la série Crimes en Himalaya de Bernard Grandjean. Dans une ambiance à la Agatha Christie mâtinée de culture indienne, Gopika et ses amis vont devoir mener l’enquête tambour battant pour mettre à jour les secrets sordides dont le prestigieux établissement est l’épicentre.





Bernard Grandjean est l’auteur d'une quinzaine de romans. La plupart de ses livres sont centrés sur l’Asie et l’Himalaya, tel Moi, Das, espion au Tibet , sorti en 2014 aux Editions Tensing.
Ces 15 dernières années, l'auteur a publié chez Kailash Editions les biographies romancées de personnages hors du commun de l'Histoire du Pays des Neiges (le VIe Dalaï lama et la reine Bhrikuti), ainsi que 9 titres de la série des enquêtes de Betty Bloch, bien connue des amoureux du Tibet.
Crimes en Himalaya est sa nouvelle série policière, qui met en scène un duo atypique : Gopika, jeune enseignante indienne et Doc Tenzin, médecin traditionnel tibétain. Ensemble, sur les terres himalayennes et sur fond de turbulences politiques entre Tibet, Chine et Inde, et de corruptions en tous genres, ils vont mener l’enquête pour résoudre meurtres, intrigues, mystères...
Panique à l'hôtel Kangchenjunga
CRIMES EN HIMALAYA #5

Bernard Grandjean
38 rue du polar Les Éditions du 38
Dans la rivière paisible aux lotus d’or, Tu as folâtré avec ces belles jeunes filles éthérées aux visages charmants… (Nagarjuna, Lettre à un ami )
Principaux personnages
Gopika Pathak, professeur d’anglais et de hindi à l’école tibétaine de Namdang (Sikkim, Inde).
Tenzin Mingour, médecin traditionnel tibétain à Namdang.
Shirley (Namgyel) Bhutia, actrice de cinéma originaire de Namdang.
Sonam Lepcha, colonel de la police de l’État du Sikkim.
Vikram Adhikari, directeur de l’hôtel Kangchenjunga Golf-Club & Spa , et Saraï, sa femme.
Ourmila Varma, employée à l’hôtel Kangchenjunga.
Stephen Dacosta, Sunil Mondal et Raj Snelgrove, clients de l’hôtel.
Saraswati Ma, gourou et femme d’affaires.
CHAPITRE I
Vivez une expérience unique de sport, de confort et de détente aux portes du Tibet !
Situé à 3 550 m d’altitude dans une haute vallée du Sikkim, sur les rives de la rivière Yangtchou, le Kangchenjunga Golf-Club & Spa est blotti au cœur d’un fabuleux décor himalayen. Il vous étonnera par son confort luxueux, la qualité de sa cuisine, les bienfaits irremplaçables de ses sources thermales et l’air vivifiant d’un parcours de golf parmi les plus hauts du monde !
Comme de nombreuses personnalités des affaires, de la politique ou des arts, venez vous détendre et pratiquer votre sport favori dans des conditions exceptionnelles ! Enfourchez votre yak pour rejoindre notre parcours de golf d’altitude, venez ensuite profiter des bienfaits de nos spas, alimentés par une source naturelle d’eau chaude !
Nos coachs beauté, remise en forme, diététique, etc. sauront vous faire profiter à fond d’un séjour inoubliable. Nous pourrons aussi animer vos réunions de team-building et vos séminaires d’entreprise.
Le Kangchenjunga Golf-Club & Spa , établissement de repos et de loisir de renommée internationale, a reçu en 2017 le trophée du meilleur hôtel de charme de l’Inde. Il est facilement joignable en voiture 4x4, ou par un service d’hélicoptère au départ des aéroports de Bagdogra et de Katmandou.
Le Kangchenjunga Golf-Club & Spa est définitivement un lieu hors du commun pour gens hors du commun !

Le dépliant était abondamment illustré : un ensemble de jolis bâtiments de style vaguement tibétain apparaissait sur le premier volet. Le stupa blanc décoré de drapeaux de prière dressé devant l’entrée de l’hôtel parachevait l’illusion de se trouver devant un gompa , un monastère tibétain. Mais un gompa de cinéma, un peu trop léché pour être authentique.
Une autre photo montrait une chambre luxueuse et confortable, avec fauteuils profonds, large écran TV, lit à baldaquin, couleurs raffinées et bois précieux. En vis-à-vis, une vignette présentait l’intérieur d’un spa où des couples bavardaient assis dans l’eau, un verre à la main.
La photo du volet central du dépliant offrait un curieux spectacle : un homme souriant, vêtu d’un tee-shirt griffé et d’un pantalon à carreaux, chevauchait un yak ; l’animal était tiré au bout d’une longe par un jeune garçon coiffé d’un bonnet népalais, portant sur son dos un sac de golfeur presque aussi haut que lui.
Enfin, sur le dernier volet, apparaissait le massif du Kangchenjunga, presque trop blanc sur un fond de ciel presque trop bleu. La légende disait : Avec ses 8 586 mètres, le Kangchenjunga, ou Montagne aux Cinq Trésors, est le troisième sommet mondial, la plus haute et la plus magnifique montagne de l’Inde. Il était donc logique qu’il donne son nom à notre établissement, l’un des plus sélects de l’Inde ! Gopika Pathak n’avait qu’à lever les yeux pour le voir en vrai, et il était infiniment plus beau que sur cette photo publicitaire retouchée.
Entendant soudain des bruits de voix derrière elle, la jeune femme se dépêcha de cacher le dépliant dans son sac. Les deux amis qu’elle attendait pour leur pique-nique habituel arrivaient : Tenzin Mingour, médecin traditionnel tibétain, qui avait terminé ses consultations au dispensaire de l’école, et lama Tsültrim, professeur de religion à cette même école où Gopika enseignait le hindi et l’anglais. Ils vinrent s’asseoir à côté d’elle sur le muret cimenté, heureux de la retrouver.
— Chère Gopika, vous êtes déjà là ! s’exclama le médecin. Est-ce que votre cours se serait terminé plus tôt ?
— En effet, Doc, à cause d’un match de football que mes élèves disputent cet après-midi à Gangtok. Le football, c’est tellement plus important que l’apprentissage des langues ! Et vous, aviez-vous beaucoup de malades à votre consultation ?
— Non, nos petits démons sont en excellente santé !
— Vous voulez dire en excellente santé physique, soupira le professeur de religion, parce que pour ce qui est de l’esprit, il y a encore beaucoup de soins à apporter !
Le médecin éclata de rire :
— Vous y parviendrez, lama Tsültrim. Le tout est de leur inculquer de bonnes pratiques. Moi, je désespère de leur faire passer cette habitude qu’ils ont empruntée aux gamins indiens, consistant à croquer des piments à tout moment de la journée, un peu comme paraît-il, les enfants de l’Ouest mangent des barres chocolatées !
Sur ces considérations pessimistes, tous trois déballèrent leur pique-nique. Gopika sortit une boîte à lunch de son sac à dos ; un agréable parfum de salade de pomme de terre au curry s’échappa quand elle souleva le couvercle. Le docteur Tenzin Mingour remplit le bouchon-timbale de sa thermos d’un thé épais, copieusement beurré et salé, puis il éparpilla sur le liquide une pincée de viande de chèvre séchée, son régal.
— Doc, j’ai l’impression que vous mangez tous les jours la même chose, remarqua Gopika.
— Comme dit le proverbe tibétain, si une nourriture te convient, n’en change plus  !
— Pas très diététique, rétorqua la jeune femme.
Le lama, quant à lui, qui évitait de prendre des aliments solides en milieu de journée, se contenta d’un bol de thé. De temps en temps, il dérogeait à sa règle en y ajoutant une pincée de tsampa 1 , qu’il puisait dans un sachet tiré du sac de toile qu’il avait constamment à l’épaule.
Tous trois restèrent silencieux quelques instants, occupés à boire et mastiquer tout en contemplant le paysage. Tel un monstrueux dragon s’ébrouant en émergeant de son lac natal, les collines du Sikkim déroulaient leurs anneaux dans toutes les nuances du jade et de la turquoise. À l’horizon, sur la tête du dragon, les pics glacés de l’Himalaya posaient une tiare scintillante, merveilleusement belle et vaguement inquiétante.
Tous trois auraient pu reconstituer mentalement ce paysage dans ses moindres détails, mais ils ne se lassaient pas d’en admirer la beauté. Comme chaque mercredi, alignés sur le même muret, les trois pique-niqueurs formaient une galerie de portraits improbables : la jeune Gopika, ravissante ce jour-là dans un sari bleu ciel, sa chevelure relevée en un chignon sage. Le tika 2 en velours, d’une couleur assortie à son sari, qu’elle avait collé entre ses yeux immenses, achevait de la rendre très séduisante.
Lama Tsültrim Norbou, jeune homme au regard intelligent, arborait l’habit ordinaire des moines tibétains : deux grandes pièces de coton rouge brique, l’une ceinte autour des reins, l’autre portée en sautoir sur un gilet jaune sans manches.
Quant au docteur Tenzin Mingour, on le voyait rarement habillé autrement que ce matin : un pantalon informe, une chemise à carreaux aux manches effrangées et un blouson râpé à col de fausse fourrure. Ce qui faisait son originalité, et lui valait les désagréables photos des touristes occidentaux quand par hasard il se rendait en ville, c’était sa chevelure abondante, réunie sur le haut de son crâne en un chignon noir parcouru de quelques fils d’argent ; la coiffure de ses ancêtres Nakpa 3 , tradition du Tibet qui faisait sa fierté. Tenzin Mingour avait renoué avec cette coiffure dès qu’il avait pu fuir le Tibet pour se réfugier en Inde, par souci de perpétuer une tradition moribonde au Pays des Neiges, laminé par le bulldozer chinois. Mais pour les villageois, cette coiffure signifiait davantage. Ils y voyaient une marque des dieux, et le docteur Tenzin, par ailleurs excellent praticien, inspirait de la crainte : dans l’esprit populaire, on tenait les Nakpa pour de redoutables magiciens…

Aux pieds des trois amis silencieux, des arbres fleurissaient, en blanc et en rose. Si l’on ajoutait à cela que le soleil était radieux et la température printanière, on pouvait comprendre que face à tant de beauté les trois amis se taisent, car toute conversation aurait été comme une éclaboussure sur une étoffe précieuse. La lumière enchantait même la modeste école tibétaine accrochée à la pente : en haut, le petit bâtiment de l’administration auquel était adossée la chapelle, à côté le complexe abritant les salles de cours, légèrement en contrebas les dortoirs des élèves, la cantine et les cuisines, plus bas encore le gymnase et le terrain de basket. Le cricket et le football se pratiquaient tout en haut, sur le replat couronnant l’arrête montagneuse au flanc de laquelle se cramponnait la bourgade de Namdang, à quelques pas du grand stupa qui la dominait. Pourtant, si l’on faisait abstraction de la magie de la lumière, les bâtiments de l’école tibétaine restaient ce qu’ils étaient, des cubes de béton lépreux, récurés chaque été de fond en comble par les pluies de mousson.
Le médecin fut le premier à rompre le silence, après s’être énergiquement essuyé les lèvres à la manche de son blouson :
— Je souhaiterais profiter de ce que nous sommes entre amis pour aborder un point personnel vous concernant, Gopika-la… M’y autorisez-vous ?
La jeune femme afficha un sourire contraint :
— Avec une entame comme ça, Doc, je crains le pire ! Avant d’entrer dans le détail, pouvez-vous me dire au moins en gros de quoi il s’agit ?
— De votre humeur du moment. Ou de votre état d’esprit, si vous préférez.
— Voulez-vous que je m’éloigne ? demanda lama Tsültrim.
— Pas du tout, protesta Gopika, restez ! Vous avez raison, Doc : vous-même, lama Tsültrim et moi sommes les trois meilleurs amis du monde, et entre amis tous les sujets doivent pouvoir être abordés avec franchise. Et si je vous disais l’inverse, au nom du principe du respect de l’intimité par exemple, vous n’en tiendriez de toute façon aucun compte, n’est-ce pas ?
— Ré ! approuva-t-il. Le devoir d’un médecin est justement d’entrer dans l’intimité des patients, qu’il s’agisse de leur corps ou de leur esprit.
— Mon corps va assez bien, merci. Alors dites-moi franchement ce qui vous préoccupe à propos de mon esprit. Vous trouvez que je deviens une vieille fille aigrie, c’est ça ?
— Pas du tout, Gopika-la, protesta le médecin, vous êtes bien trop jeune pour ça ! Ce qui me tracasse, c’est que cette gaieté qui vous va si bien, qui met des pivoines à vos joues et des diamants à vos yeux, et que vous sembliez avoir retrouvée ces derniers temps, s’est à nouveau envolée. N’êtes-vous pas de mon avis, lama Tsültrim ?
Gêné d’être pris à témoin, le moine répondit de façon évasive :
— Peut-être… Si le médecin que vous êtes a observé ça, c’est qu’il doit y avoir un fond de vérité.
— Un fond de vérité ? Nous autres médecins ne basons pas nos diagnostics sur des impressions légères ! Est-ce que je me trompe, ou est-ce qu’une nouvelle contrariété est venue s’abattre sur la tête charmante de notre chère amie Gopika ?
La jeune femme fit un effort pour sourire :
— Vous avez à la fois raison et tort, Doc. Tout serait parfait dans ma vie, enfin, je veux dire que ma vie serait supportable, si je ne devais pas faire face à un contretemps irritant…
— Je le savais ! s’exclama le médecin, l’air réjoui. Mais comme dit un autre proverbe tibétain : si personne ne vous irrite, comment pratiquer la patience ?
— Les contretemps sont d’excellents maîtres, surenchérit lama Tsültrim, dans une tentative désespérée de détourner la conversation. Ils sont les petits gourous du quotidien, en quelque sorte. N’êtes-vous pas de mon avis, Gopika-la ?
— Je me passerais bien de ce genre de gourous, parce que moi, je ne suis pas équipée comme vous deux d’une carapace philosophique à l’épreuve des balles ! Surtout au milieu de la nuit, quand je me réveille en sursaut parce qu’un chien a aboyé sous ma fenêtre et que des idées noires m’envahissent pour m’empêcher de me rendormir…
— C’est que vous ne méditez pas assez ! répondirent en chœur les deux autres.
— Nos pensées sont nos pires ennemis, mais il ne tient qu’à nous d’en faire nos plus précieux amis ! insista le lama. Prenez refuge dans le Bouddha.
— … Et si ça ne va pas mieux dans cette vie, au moins vous vous préparez de meilleures conditions pour la suivante ! ajouta le médecin.
Mais Gopika vit à ses yeux qu’il la taquinait. Les trois meilleurs amis du monde poussèrent un profond soupir, chacun pour des raisons propres : d’impuissance pour Gopika face à la fragilité de son mental, de soulagement pour le lama parce que cette conversation gênante semblait s’arrêter là, et de désespoir pour le médecin, car en dépit de ses conseils avisés, les lacunes philosophiques de sa jeune amie restaient des crevasses béantes.
— Vous nous avez appâtés, avec ce contretemps irritant, reprit le médecin après un long silence. Peut-on savoir de quoi il s’agit ?
— Gopika-la, n’allez pas croire que notre ami amchi 4 Tenzin vous interroge par curiosité, crut bon de préciser lama Tsültrim. C’est juste pour savoir s’il peut vous venir en aide !
— Cela va de soi, approuva benoîtement le médecin, même si la curiosité fait partie des qualités fondamentales d’un médecin.
Gopika soupira :
— Pas sûr que vous puissiez m’aider ! Enfin, si vous tenez à le savoir… Mon problème du moment, c’est que mes parents avaient monté pour les vacances de printemps un plan d’une audace folle, je veux dire folle pour eux : aller passer deux semaines dans un hôtel très chic, ici au Sikkim. Un hôtel avec un spa et un parcours de golf perché à plus de 3 550 mètres d’altitude ! Naturellement, c’était le prétexte que ma mère avait inventé pour venir enfin remettre son nez dans ma vie ! Cet hôtel n’est en effet pas très éloigné d’ici. Mais voici que le projet tombe à l’eau : mon père est retenu à Bombay par un procès très important dont l’audience a été avancée, et ma mère est furieuse : je suis sûre qu’elle aurait profité de son passage à Namdang pour essayer de me convaincre de revenir dans le giron familial, avec l’espoir de me marier, vu que, comme elle dit, il serait temps …
— Alors vous voici bien soulagée ! s’exclama Doc Tenzin. Pourquoi vous faire du mauvais sang, puisque ce projet qui vous déplaisait est annulé ?
— Je crois deviner ce qui vous tracasse, déclara le lama. Vous craignez que votre mère laisse votre père à ses plaidoiries et vienne seule, en vous demandant de venir la rejoindre dans ce luxueux hôtel ! C’est bien ça, non ?
— Ma mère, voyager seule ? À Bombay, elle ne se risque jamais à aller faire des courses à cent mètres de la maison sans le chauffeur et une ou deux domestiques ! Alors, prendre l’avion toute seule, avec en plus une correspondance à l’aéroport de New Delhi, c’est comme si on lui demandait de traverser le Pakistan en auto-stop ! Et c’est mieux comme ça, parce que je me verrais mal passer deux semaines dans un hôtel perdu en tête-à-tête avec ma mère. Il faudrait ensuite me transporter directement en maison de repos !
— Alors, je ne comprends pas, s’étonna le médecin. Il est où, le problème qui vous tracasse ?
— Attendez, Doc, l’histoire ne s’arrête pas là ! Mon père a dû verser des arrhes à cet hôtel hors de prix, les trois-quarts du prix du séjour. Par pudeur, je ne vous dirai pas le montant, mais avec ça, moi je pourrais vivre des mois. Comme il ne tient pas à ce que tout cet argent soit perdu, il me demande avec insistance de profiter de ce séjour luxueux, en me faisant accompagner d’une amie puisque la réservation est pour deux personnes…
— C’est cool ! s’exclama lama Tsültrim, auquel il arrivait de copier par mégarde les expressions de ses élèves.
— Si on veut. Mon père pense me faire un grand cadeau, ce qui est exact. Je n’ai pas l’intention de me mettre au golf, mais l’idée de profiter du spa était tentante : le climat du Sikkim est tellement humide que je ne voudrais pas me retrouver percluse de rhumatismes d’ici quelques années.
— J’aimerais bien savoir ce qu’est exactement un spa, demanda Doc Tenzin.
— Disons, répondit Gopika, que ça consiste à se baigner dans une eau pas forcément thermale, mais dont les mouvements vous massent le corps et vous procurent une sensation de bien-être. D’autant que d’après la publicité de l’hôtel, ce spa est alimenté par une source naturelle d’eau chaude, captée dans les entrailles de l’Himalaya !
— Si ça n’est que ça, pas la peine d’aller si loin, rétorqua le médecin. Il y a près de Namdang plusieurs sources chaudes excellentes pour la santé, et gratuites en plus. Où se trouve-t-il exactement, ce Shangri-la 5   ?
— L’hôtel Kangchenjunga est situé dans une contrée assez reculée, la haute vallée de la rivière Yangtchou, à une journée de jeep à l’ouest de Yuksom. Ça se trouve à la limite du parc naturel du Kangchenjunga, à deux pas de la frontière népalaise.
Doc Tenzin leva les sourcils :
— Au cœur de la haute vallée de la Yangtchou, dites-vous ? Dans ce cas, cet hôtel n’est peut-être pas très loin de Yangtchou Gompa, le monastère dont un de mes vieux amis, lama Thoubten Dorjé, est l’abbé ! Nous nous sommes connus en maniant la pioche, comme prisonniers dans un camp de travail chinois pas très loin de Lhassa. En arrivant en Inde, il a repris sa vie religieuse, et il dirige un petit monastère nyingmapa 6 , d’une vingtaine de moines, la plupart originaires comme lui de villages sherpas des contreforts du Kangchenjunga. Je me demande même s’il ne m’a pas parlé une fois de cet hôtel luxueux au téléphone, mais je ne sais plus pour quelle raison. Certainement pas pour me suggérer d’y passer des vacances !
— Dans ce cas, voici ce que nous allons faire, Doc : on va y aller ensemble ! Moi je lirai des romans plongée jusqu’au cou dans l’eau bien chaude, et pendant ce temps-là, vous irez rendre visite à votre vieil ami !
— C’est tentant… Je vais lui téléphoner, pour lui demander à quelle distance de cet hôtel se trouve exactement son monastère. Mais de toute façon, je ne pourrais pas être votre accompagnateur, Gopika-la. Vous me voyez, moi, séjournant dans un hôtel fréquenté par des milliardaires ?
— Non, mais vous pourriez profiter de la voiture pour faire l’aller-retour jusque là-bas avec moi. Une fois sur place, vous vous feriez héberger par votre ami, si son monastère n’est pas trop loin !
— Mais, dans ce cas, vous vous retrouveriez toute seule à l’hôtel, et c’est justement ce que vous voulez éviter !
— Oui, bien sûr, et ça me ramène à mon problème… Il faut quand même que je trouve une amie pour m’accompagner. Quel désespoir !
— Allez-y seule ! s’exclama lama Tsültrim.
— Je ne peux pas : une partie de l’argent versé par mon père serait perdue. Je dois dire aussi que séjourner toute seule dans un hôtel où on ne doit croiser que des snobs richissimes, ça ne me tente guère.
— Jolie comme vous êtes, vous aurez vite de la compagnie !
Lama Tsültrim réalisa que sa remarque était très maladroite, puisqu’elle pouvait laisser supposer que la jeune fille lui inspirait des sentiments pas très appropriés à son état monacal. Il rougit, et les deux autres le regardèrent avec une pointe de surprise. Gopika sauva la situation :
— Justement, et vous faites bien de le faire remarquer, lama Tsültrim : je ne tiens pas du tout à ce genre de compagnie, qu’on pourrait qualifier pudiquement de très intéressée !
— Pourtant, vous ne manquez pas d’amies ! s’exclama Tenzin Mingour pour lui remonter le moral.
— C’est ce que vous croyez, Doc. J’ai proposé à Shirley de venir avec moi, mais outre qu’il faut beaucoup de luxe pour impressionner une actrice de Bollywood, elle est retenue à Bombay à ces dates-là par un tournage. Quant à Jamyang Dölkar, ma collègue qui enseigne la langue et la littérature tibétaines à l’école, elle ne peut pas, à cause du mariage de son frère. Sorti de ces deux filles, je n’ai aucune amie avec qui je m’entende suffisamment bien pour envisager de passer deux semaines de vacances en tête-à-tête. Si ces arrhes sont perdues, non seulement mon père va être mécontent, mais surtout ma mère dira que je n’ai aucune amie, que je vis comme un Sâdhu 7 , et que ça ne peut pas durer !
Cette déclaration fit sourire Doc Tenzin :
— Gopika-la, votre père est un des avocats les plus célèbres de Bombay, et il regagnera les roupies perdues en un rien de temps ! Croyez-vous vraiment que cette histoire soit un motif pour se désespérer ? Si tous les malheurs du monde étaient là…
— Vous avez raison, Doc, mais c’est une histoire en escalier. Car mon pire problème est ailleurs, et là, pardonnez-moi, mais ça devient très personnel : c’est mon manque d’amies, qui me désespère le plus ! Vous imaginez, alors que je vis dans le deuxième pays le plus peuplé du monde, je n’ai pas plus de deux amies, quatre amis en tout si je vous compte tous les deux ? Comment voulez-vous que ça ne m’amène pas à m’interroger sur moi, sur ma vie ? Est-ce que je ne suis pas assez ouverte aux autres ? Est-ce que ma personnalité n’a vraiment aucun attrait ? Être nulle en amour, comme Shirley n’arrête pas de me le seriner, c’est déjà un handicap, mais nulle en amitié, je trouve ça encore plus grave ! Voilà, vous savez tout… C’est de ces interrogations que viennent mes insomnies, et cette tristesse qui ne vous a pas échappé, Doc…
Les deux autres volèrent immédiatement à son secours, en jurant qu’elle était une des personnes les plus dignes d’intérêt qu’ils n’aient jamais rencontrée.
— … Au lieu de vous lamenter sur votre sort, remuez-vous pour convaincre quelqu’un de vous accompagner, conclut le médecin. Même si ceux qui vous connaissent bien savent que passer des vacances en compagnie d’une personne aussi active que vous, c’est une perspective qui peut fatiguer d’avance !

*

Plusieurs jours d’affilée, Gopika fit un siège téléphonique en règle de son amie Shirley.
— Ma petite Gopi, ça fait quatre fois que tu me poses la question ! Ton insistance est sympathique, mais tu deviens lourde !
— Il se pourrait bien que Doc Tenzin soit du voyage ! Tu ne vas pas rater ça ? Dis-moi franchement : qu’est-ce qui te retient de si important à Bombay ? Un dîner assommant dans la villa kitsch d’un producteur véreux ?
— Si tu veux le savoir, deux choses me retiennent ici. La première, c’est Kirtan, mon fiancé chéri, parce que moi je sais choisir mes amoureux, je ne suis pas de ces fofolles esclaves de leurs sens qui sautent dans les bras du premier play-boy qui passe !
— C’est pas gentil, ça, et très exagéré. C’est quoi, ta deuxième raison ? Tu m’avais parlé d’un tournage ?
— Un clip publicitaire pour Thermo-Energy Rice, la marque de riz précuit bien connue. Pour une fois qu’un publicitaire appelle mon agent en disant qu’il cherche une actrice aux yeux bridés, je ne vais pas laisser filer l’occasion, d’autant que c’est payé royalement et que ça passera à la télévision !
— Ne me dis pas que tu vas t’abaisser à tourner une vulgaire pub pour ménagère de moins de cinquante ans ? Shirley, tu as bien trop de talent pour ça, et tu vas abîmer ton image d’actrice de films d’auteur ! Quel réalisateur de fictions sérieux voudra confier un rôle à la fille qui fait de la pub à la télé pour cette tambouille ? Oublie ça, et viens plutôt prendre quelques jours de vacances dans ton Sikkim natal, en haute altitude, loin des miasmes de Bombay-la-Polluée, dans un des hôtels de charme les plus célèbres de l’Inde ! Tu pourras toujours rêver de Kirtan quand tu seras plongée dans le spa, et vous vous aimerez encore cent fois plus fort quand vous vous retrouverez !
— Mauvais argument : Kirtan et moi, on s’aime cent fois plus fort à chaque jour qui passe !

Alors que Gopika se désespérait en voyant fondre les délais, tout se dénoua comme par enchantement. Seulement quelques jours avant la date fatidique, elle reçut un appel de Shirley :
— Prépare-toi, j’arrive ! Je serai à l’aéroport de Bagdogra demain en fin de matinée, et donc à Namdang demain soir. Envoie-moi mon abruti de chauffeur avec la Land Rover !
— Je viendrai t’attendre moi-même. Alors comme ça, tu as enfin changé d’avis ? Ça me touche tellement que j’en ai les larmes aux yeux ! Je savais que tu ne trahirais pas notre amitié, et je ne te remercierai jamais assez !
— Notre amitié n’a rien à voir là-dedans. La cause, c’est le tournage du clip, qui n’est plus d’actualité.
— Et Kirtan, il en dit quoi ? Il supportera tes deux semaines d’absence ?
— C’est-à-dire que…
— Non ! Ne me dis pas que vous avez rompu !
— On n’a pas rompu, mais on s’est sérieusement engueulés. Justement à propos du clip. Il était radicalement contre, avec les mêmes arguments que toi. J’ai bien réfléchi, et vous avez raison tous les deux, et ça me vexe. J’ai annulé le clip, mais pour marquer le coup, je vais partir quelques jours en vacances sans lui. De toute façon, il n’en prend jamais. Tout ce qui me dérange, c’est que comme il sait que je pars avec toi, il ne sera pas vraiment inquiet.
Le téléphone collé à l’oreille, Gopika dansait sur place :
— Merveilleuse nouvelle ! Je sens qu’on va s’éclater !
— S’éclater ? Après cet horrible massacre à la bombe évité de justesse 8 , tu devrais mieux choisir ton vocabulaire !

Le bonheur de Gopika fut à son comble quand Doc Tenzin lui annonça qu’il acceptait sa proposition de faire partie du voyage :
— J’ai parlé avec mon vieil ami lama Thoubten Dorjé. Il me dit que son monastère ne se trouve qu’à seulement trois heures de marche de votre luxueux palace !
— Trois heures pour lui, six heures pour d’autres. Si votre ami Thoubten est de l’ethnie sherpa, méfiez-vous, Doc !
— Et alors ? Les Sherpas sont des Tibétains comme les autres. Vu que son monastère est difficile à atteindre en jeep, il m’a proposé d’envoyer une mule m’attendre à notre arrivée à l’hôtel. Je lui ai dit que ça n’était pas la peine, que j’aurais juste un sac et que je pouvais monter à pied, mais il a insisté. On pourra donc faire route ensemble et je n’aurai aucun problème pour rejoindre Yangtchou Gompa !
— Merci Seigneur, merci Bouddha !
— Lama Thoubten m’a dit d’autres choses…
— Quoi ?
— Ça me gêne un peu de vous répéter ça, mais je ne peux pas non plus le garder pour moi. Il prétend que le Kangchenjunga est un hôtel étrange, propriété d’un gourou, et qu’il s’y passe parfois des événements troubles…
Gopika éclata de rire :
— Ça ne m’étonne pas qu’un palace comme celui-là, où l’on voit des gens prendre des bains du matin au soir, et d’autres escalader la montagne à dos de yak pour aller taper dans une petite balle avec un bâton, ça puisse étonner l’abbé d’un petit monastère coupé du monde… Si vous saviez comme je suis soulagée par vos réponses, à Shirley et vous ! Il ne me restait plus que quelques heures pour régler le problème, et je me voyais mal en train expliquer à mes parents que tout cet argent était perdu parce que je n’avais trouvé personne au monde désireux de m’accompagner. Ma mère me l’aurait reproché pendant vingt ans !
CHAPITRE II
Vikram Adhikari, directeur du Kangchenjunga Golf-Club & Spa , s’assura que la porte de son bureau était bien fermée. Puis il retourna à son ordinateur afin de relire calmement la fiche de réservation qu’un certain Sunil Mondal, homme d’affaires résidant à Calcutta, avait fait parvenir par Internet. C’était la première fois que ce nom apparaissait, alors que la clientèle de l’hôtel était composée à quatre-vingts pour cent d’habitués. Pour chaque nouveau client, il procédait à ce contrôle ; Adhikari tenait à savoir exactement à qui il avait affaire.
À la rubrique profession , le dénommé Sunil Mondal avait écrit Dirigeant d’une agence de publicité. C’était vague. Adhikari aurait aimé en savoir davantage, car pour un établissement comme le sien, accueillir un publicitaire n’était pas anodin ; ça pouvait même être une aubaine. En conséquence de quoi, il ouvrit Google pour vérifier qui pouvait être exactement ce Sunil Mondal. La plupart de ses clients étant riches et vaniteux, ils laissaient généralement des traces profondes sur Internet ; certains mêmes s’y appliquaient, à coups de photos dans les rubriques people des journaux ou de portraits dans la presse économique ou sportive. Confiant, il écrivit le nom Sunil Mondal dans la fenêtre, appuya sur le bouton de recherche, et attendit avec curiosité.
Mais le moteur de recherche se mit à patiner. Dans ce pays d’un milliard trois cent cinquante millions d’habitants, et de cinq cents millions d’internautes, c’était toujours la même histoire : des dizaines, de Sunil Mondal vinrent se bousculer au portillon. Il vit défiler une armée de dentistes, de politiciens, de commerçants, de magistrats, un joueur professionnel de cricket, et même un docteur Mondal condamné à la pendaison dans l’État du Gujarat pour vingt-trois assassinats de patients.
Malgré ses patientes recherches, Adhikari, de plus en plus nerveux, ne parvenait pas à accoler le nom de Sunil Mondal à une quelconque agence de publicité. En revanche, ce nom revint plusieurs fois associé à une société spécialisée dans la protection informatique. Mais peut-être s’agissait-il une fois de plus d’un homonyme ? C’était à espérer, vu qu’il n’avait pas besoin de ce genre de fouineur dans son hôtel, même pour des vacances. Il devait absolument en avoir le cœur net…
Il opta pour une autre approche : rechercher via la photo. L’hôtel réclamait toujours une photo aux clients qui souhaitaient le rejoindre par hélicoptère, ce qui était le cas de beaucoup d’entre eux. Venir en véhicule 4x4, c’était une épreuve digne du championnat du monde des rallyes, et rares étaient les PDG qui avaient envie de perdre leur précieux temps et se démolir le dos sur la piste chaotique remontant le cours de la rivière Yangtchou. La photo du client était une exigence de la compagnie Sikkim Tourism Air Travels, depuis qu’un mari trompé, se faisant passer pour un client de l’hôtel, avait tenté de détourner un appareil avec l’idée d’aller s’écraser sur la maison où sa femme vivait avec un amant. Mais Google Images ne trouva rien ressemblant de près ou de loin à son client. Vikram Adhikari sentit une certaine inquiétude sourdre en lui. Ce jeu de cache-cache ne lui plaisait pas du tout.
Il commençait à voir des moucherons voleter devant ses yeux quand enfin il obtint un résultat intéressant : le portrait d’un Sunil Mondal, âgé d’à peine une vingtaine d’années, qui ressemblait énormément à la photo d’identité envoyée par son client. Le sujet devait avoir à peine 20 ans, mais il aurait parié qu’il s’agissait du même Sunil Mondal. Le jeune homme était alors étudiant à l’ Indian Institute of Science de Bangalore, l’une des meilleures universités de toute l’Inde, d’où sortaient des informaticiens de haut vol. Vikram Adhikari sentit son estomac se nouer : ce type avait éprouvé le besoin de mentir sur sa profession ! Était-il en mission spéciale ? Venait-il le surveiller ? Son employeuse avait-elle des doutes sur sa loyauté ?
Il quitta son bureau et monta d’un étage, jusqu’au luxueux appartement qu’il partageait avec Saraï, sa jolie épouse thaïlandaise. Il avait rarement l’occasion de pénétrer dans la chambre de celle-ci, et certainement pas pour y jouir de privilèges conjugaux qu’elle ne lui avait jamais reconnus. Il poussa timidement la porte, et comprit que la jeune femme dormait encore ; ce réveil matinal risquait de la fâcher pour la journée, mais l’affaire était suffisamment grave pour qu’il coure le risque. Il toussota, attendit que des froissements de draps se fassent entendre, et déclara :
— Saraï, pardon de te réveiller si tôt, mais il y a un souci, faut absolument qu’on se parle…
La jeune femme soupira et se retourna pour lui présenter son dos, à la ligne fort jolie par ailleurs. Il insista, et elle finit par s’asseoir dans le lit en maugréant. Elle alluma la lampe de chevet et se frotta les yeux :
— Tu as vu l’heure ? Qu’est-ce que tu me veux ?
Il prit quelques secondes avant de parler, le temps d’admirer sa poitrine menue mais charmante. Puis il lui exposa ses soucis à propos de ce...

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