Rien ne sert de mourir
274 pages
Français

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Description

Un jour de décembre, juste un peu avant Noël, Cécile est partie. Sans prévenir quiconque, elle a abandonné son mari et ses enfants : ses violons adorés pour unique bagage, elle a pris un train et a fui l’existence dorée qu’elle s’était laissé convaincre de vivre sans jamais l’accepter réellement. Elle a choisi de poursuivre seule son chemin, sans états d’âme, et a détruit les rares amarres qui l’unissaient à quelques personnes.
Près de quarante ans ont passé ; ses deux fils sont toujours orphelins et continuent de s’interroger sur sa désertion ; leur père, même s’il a refait sa vie, demeure blessé d’un divorce imposé.
De son côté, Victoire Meldec a revisité ses ambitions professionnelles et décidé de se consacrer à l’enseignement de la musique. Elle se prépare donc d’arrache-pied, avec madame Lancrenon, pour inculquer le violoncelle à ses futurs élèves. Jusqu’à ce que sa professeure, victime d’une agression crapuleuse, se retrouve à l’hôpital, plongée dans le coma.
Alerté, le commissaire Agnelli fait rapidement le lien avec des attaques similaires, dont s’occupe la capitaine Hugo. Une ancienne élève de madame Lancrenon, Gabrielle Willems, intriguée par un généreux cadeau que lui a offert son enseignante, leur apporte son aide. Mais aucun ne peut imaginer le dénouement stupéfiant qui découlera de cette enquête.
Car c’est alors que Cécile réapparaît…

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 24 octobre 2021
Nombre de lectures 13
EAN13 9782370117106
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0000€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

RIEN NE SERT DE MOURIR

Agnès Boucher


© Éditions Hélène Jacob, 2021. Collection Polars . Tous droits réservés.
ISBN : 978-2-37011-710-6
« Rien ne sert de mourir, il faut savoir disparaître. »
Jean Baudrillard

« Se vouloir libre, c’est aussi vouloir les autres libres. »
Simone de Beauvoir - Pour une morale de l’ambiguïté

« On peut se perdre ou disparaître dans une grande ville.
On peut même changer d’identité et vivre une nouvelle vie. »
Patrick Modiano - Discours de réception de son prix Nobel de littérature
Prologue
La nuit est à présent totalement tombée. L’obscurité est suave et tiède, porteuse de senteurs marines, comme l’Aquitaine en connaît fréquemment au mois d’août. Le soleil a sombré à l’horizon près d’une heure auparavant, nimbant les vagues d’un pourpre flamboyant. Un silence presque parfait a envahi la terrasse, plongée dans la pénombre après avoir été, durant de longues heures, inondée d’une brûlante touffeur. Les oiseaux se sont tus, repus. Même les grillons ont cessé leur stridente rengaine. La journée a été radieuse, l’été joue les coquets depuis son entrée en scène, alternant périodes maussades et grand beau temps ; ce soir, le vent léger qui souffle depuis l’Atlantique fait frémir les voilages tout autour des hautes portes-fenêtres.
Cela fait près d’une heure qu’elle est à demi étendue dans un transat, à croire que tout le monde l’a oubliée. Elle s’en réjouirait si elle ne savait l’hypothèse totalement chimérique. Elle demeure dans une parfaite immobilité, ne voulant surtout pas rompre le charme. Seule sa main s’autorise un va-et-vient paresseux vers ses lèvres, auxquelles elle porte négligemment une cigarette. Sans en avoir vraiment conscience, elle contemple les étoiles dont le scintillement délicat s’est accru, à mesure que le ciel s’assombrissait. En bruit de fond, depuis l’intérieur de la villa, lui parviennent des voix à peine intelligibles ; elles la bercent comme une mélopée un peu agaçante, parce que sans cesse recommencée.
À son habitude, sitôt le dîner achevé, toute sa belle-famille s’est lovée dans les vastes divans écrus qui meublent l’immense salon. Son mari et sa belle-mère se sont assis, quasiment enlacés, dans une attitude curieusement fusionnelle, dont elle ne s’est jamais montrée jalouse. Ils ont laissé les autres à leur lecture ou leur discussion sans fin. La vieille dame, en dépit de la température clémente, s’est sans doute drapée dans ses inévitables châles. Cette femme a toujours froid malgré son physique saisissant, comparable à celui d’une statue antique . Avec son fils aîné, elle affectionne ces rares moments d’intimité ; ils en profitent pour cancaner à bâtons rompus sur des sujets insipides, ce genre de platitudes que ne peuvent s’empêcher de proférer ceux qui considèrent la parole, fut-elle la plus insignifiante, préférable à l’insupportable béance du silence. S’imaginent-ils ainsi combler véritablement un quelconque néant ? Une fois de plus, ils doivent deviser de stratégies adoptées lors de leurs dernières parties de cartes, ou bien de conseils de jardinage, de commérages sur le voisinage ou leur cercle de connaissances.
À moins qu’ils ne revisitent tous ensemble le match de tennis disputé le matin même, arbitré par le pater familias en personne ; ce petit homme, malingre et bagarreur, adore se percher tel un vautour sur la chaise-arbitre, son polo flottant autour de son squelette efflanqué. Ce sont ses parents qui ont fait construire le court au début du siècle, un peu plus bas dans le parc, juste avant le sentier qui mène à la plage. Depuis lors, l’endroit accueille des générations entières sur sa terre battue, témoin muet d’exploits familiaux anodins. Une nouvelle fois, toute la sainte horde était réunie, enflammée à aiguillonner les joueurs dans leurs échanges, avec cette espèce de passion épuisante, inhérente aux extravertis. Comme toujours, elle s’est sentie de trop, en décalage complet avec leur enthousiasme de façade et cette horripilante manie qu’ils ont de hurler leurs surnoms respectifs pour se motiver les uns les autres.
Celui qu’ils ont attribué à son époux, depuis son plus jeune âge, est d’un genre assez ordinaire qu’elle ne supporte pas, à son avis à peine digne d’être celui d’un moniteur de ski. La concernant, à une seule reprise, un de ses innombrables beaux-frères a cru bon de l’affubler d’un de ces sobriquets censés être spirituels ou affectueux. C’était tout au début de son mariage. Elle l’a fusillé d’un regard meurtrier pour le dissuader de persévérer dans cette voie. Bizarrement, car l’individu ne possède pas un sens psychologique très aigu, elle n’a pas eu à lui expliquer en détail que réitérer ce genre de familiarités avec elle serait une grossière erreur.
Bien lui en a pris.
Les voyant frapper dans la balle comme des forcenés, elle a refusé d’endurer plus longtemps cette écœurante frénésie tribale ; elle a préféré s’échapper en catimini et plonger une tête dans l’océan, avide de paix et de solitude. Durant une dizaine de minutes, elle a crawlé lentement vers le large, dépassant sans difficulté la muraille de rouleaux. Puis elle s’est laissé porter par les vagues, rêvant de disparaître. Peine perdue. Ils n’ont pas tardé à la rejoindre. Même au milieu des flots, ils continuaient de pépier ainsi que de médiocres volailles dans leur basse-cour. En regagnant la plage, elle a eu droit, comme à l’accoutumée, à la leçon de morale de toute la maisonnée, la suppliant de ne pas s’aventurer aussi loin lorsqu’elle nage seule.
Tout cela est tellement pesant et ennuyeux. Vous voulez dire, rassurant , lui rétorquerait sa belle-mère, en bonne bourgeoise provinciale, épouse de notable respectable, fière de la santé et de la réussite matérielle de sa descendance. C’est ma famille , arguerait son mari, magnanime, je sais combien elle te paraît envahissante, mais je l’aime et n’en changerai pour rien au monde.
Comme tous les soirs, il va finir par s’inquiéter de la croire délaissée et se lèvera pour la rejoindre. Ce n’est pas qu’il ne puisse demeurer longtemps loin d’elle. Simplement, il n’a jamais compris le besoin qu’elle éprouve en permanence à se retrancher dans son monde intérieur. Cette capacité à s’extraire de tout le choque ; il reste à la porte de son univers mental et rêve de pouvoir pénétrer cet ultime refuge, interdit à la vie parfaitement orchestrée qu’il lui a concoctée. Qu’elle s’isole physiquement ou intellectuellement, pour lui, c’est du pareil au même. Elle ne lui appartient déjà pas beaucoup. Là, il ne la maîtrise carrément plus.
Il la devine également préoccupée depuis le décès soudain de son père. Lui est échue une fortune qu’elle n’imaginait pas aussi considérable ; et surtout, elle en a découvert les origines plus que sulfureuses, qui la remplissent de dégoût et de honte vis-à-vis d’un homme qu’elle idolâtrait jusque-là. Son mari ne sait rien de ces malversations écœurantes et humiliantes. Il lui a proposé plusieurs fois son aide pour gérer ses biens, mais elle lui a toujours opposé une farouche fin de non-recevoir, sitôt qu’il prétendait mettre le nez dans ses affaires. Elle conserve ce pré carré comme sa liberté suprême. Il ignore tellement de choses qu’elle n’a elle-même apprises que très récemment. S’il s’est vexé de son obstination, jamais il ne le lui a formellement signifié, célébrant au contraire la confiance mutuelle dans leur couple, valorisant son désir d’indépendance.
À son habitude, donc, son mari va s’approcher de son pas vif et athlétique, incapable de demeurer longtemps en place ; il lui demandera si tout va bien, si elle l’aime toujours, avec ce charmant sourire en coin qui fait craquer les femmes de tous âges autour de lui, sans qu’il cherche nécessairement à les séduire. La sienne lui suffit, qui ne peut même pas lui reprocher une quelconque forme de détachement et encore moins une trahison conjugale. À force de l’en supplier, il l’obligera à se lever et la prendra dans ses bras, la bercera en la serrant tout contre lui, comme pour l’empêcher de fuir. Il lui signifiera ainsi qu’il la protège contre le monde entier, alors qu’il est incapable de le faire contre elle-même.
Il a mis en place cet horripilant petit cérémonial dès le lendemain de leurs fiançailles ; il le joue à présent de façon presque automatique, pensant sans doute que l’interrompre risquerait de briser le fragile lien qui semble encore subsister entre eux. Elle a cédé devant le piège des habitudes et elle ne possède pas, à l’heure a

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