Suspecte malgré elle
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Description

Pas plus tard que la semaine dernière, j'étais une mère célibataire et prof d'art dramatique ordinaire à la Peytonville Prep qui menait une vie à peu près normale. Le seul vrai drame auquel j'étais confrontée concernait mon ex, entraîneur de football, et sa garce de copine. Et peut-être aussi décider si oui ou non je voulais de ce boulot d'actrice principale à temps plein au théâtre du coin.


Tout a changé quand j'ai découvert mon patron pendu dans son bureau. Le suicide s'est avéré être un meurtre, et mon ex a bizarrement disparu de la circulation.
J'ai bien essayé de trouver quelques réponses, mais tout ce que ça m'a valu, c'est d'éveiller les soupçons de Shaw Muldoon, cet inspecteur irrésistible et perpétuellement à cran. Pas vraiment ce que j'espérais éveiller chez lui, si vous voyez ce que je veux dire.


À présent, ma vie est super passionnante, si on compte un séjour en prison, plusieurs tentatives de cambriolage, de nouveaux cadavres et une voiture qui explose mystérieusement.
Ai-je mentionné que j'avais, en plus, mon propre harceleur ? Il est devenu assez évident que si je ne démasque pas très vite le tueur, ma vie ne sera plus jamais ennuyante... elle sera terminée.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 17
EAN13 9782375743904
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Emery HARPER

S uspecte malgré elle
Celeste Eagan mène l'enquête - Tome 1




Traduit de l'anglais par Lorraine Cocquelin




Collection Infinity
Mentions légales
Le piratage prive l'auteur ainsi que les personnes ayant travaillé sur ce livre de leur droit.
Cet ouvrage a été publié sous le titre original :
Person of Interest
Collection Infinity © 2017, Tous droits réservés
Traducteur © Lorraine Cocquelin
Relecture © Isabelle Vadori
Correction © Emmanuelle LEFRAY
Couverture © Harlequin Books S.A
Cover Art Copyright © 2016 by Harlequin Books S.A.
Cover art used by arrangement with Harlequin Books S.A. ® and ™ are trademarks owned by Harlequin Books S.A. or its affiliated companies, used under license


ISBN : 9782375743904
Dédicace

À mes hommes : Alan, Collin, Aaron, Reed et Zac. Je vous aime tous.
Chapitre 1

Cette fois-ci, c’était bon, on pouvait commencer la paperasse pour faire de moi une sainte. Mon ex-mari était toujours en vie, assis en face de moi, alors même qu’il venait de me demander si je pouvais aider sa copine. À sortir d’un pétrin dans lequel elle s’était fourrée toute seule. Rien que la retenue dont je faisais preuve pour ne pas l’étrangler devrait compter comme l’un des deux miracles exigés sur la voie de la canonisation. L’aider elle ? Mais bien sûr.
Colin Eagan était beaucoup de choses – Adonis blond, entraîneur de foot et père de notre fille, oui –, mais un mec avec un peu de bon sens… non.
— Allez, Celeste. Tout ce que tu as à faire, c’est amadouer Chad pour qu’il fasse marche arrière. Il t’aime bien, et il ferait n’importe quoi pour toi.
Je saisis le dossier du canapé, mais surtout pour m’empêcher de frapper Colin sur la tête.
— Non, désolée. Je ne vais pas faire ça.
Je jetai un regard noir à l’homme avec lequel j’étais restée mariée dix ans – huit de trop. Colin, sa copine Naomi Michaels et moi travaillions à la Peytonville Prep, une Académie Préparatoire privée à Peytonville, en banlieue de Fort Worth, au Texas. Chad Jones était le chef d’établissement, et notre patron.
La Peytonville Prep était la mère nourricière de Colin, il y travaillait quand nous nous étions rencontrés. Juste après que nous avions commencé à sortir ensemble, il m’avait obtenu un entretien pour le poste de prof de théâtre. C’était il y a quatorze ans. Dans l’ensemble, le travail était sympa, et les avantages – ne pas travailler l’été et être près de notre fille toute la journée – appréciables. Mais ça voulait dire aussi que rien ne me séparait de mon ex.
Après notre divorce, je ne m’étais pas souciée du fait que Colin et Naomi avaient commencé à se faire les yeux doux. Quand il lui avait trouvé un travail dans notre école, j’avais compris que j’aurais dû retourner vivre à Topeka. Il aurait été si facile de rentrer à la maison.
Mais j’avais déjà tenté le coup. J’avais enfermé mes illusions dans un placard et n’avais plus jamais regardé en arrière. Mais oh, que c’était tentant tout à coup.
— Tout ce que je te demande, c’est un peu d’aide. Chad ne m’écoute pas. On s’est disputés ce matin à ce sujet, insista Colin avant de se lever et de faire les cent pas entre la porte d’entrée et moi. Vois ça comme une faveur. Pour moi.
Naomi et Chad étaient en désaccord concernant le programme de cours de Naomi. La mère de l’un des élèves n’aimait pas le livre qu’ils devaient lire, La ferme des animaux de George Orwell, et disait que c’était de la propagande politique. Cette femme avait aussi protesté quand la cafétéria avait commencé à servir de la pizza pour le déjeuner, puisque son enfant en surpoids n’avait aucun self-control, et prétendait que c’était de notre faute s’il avait cinq kilos en trop… bref, elle aimait protester et se plaindre.
Malgré tout… ce n’était pas mon combat. Je n’avais aucune raison de m’en mêler. Pourquoi Colin ne le comprenait-il pas ?
Je le regardai faire les cent pas, encore et encore. En tant qu’entraîneur de l’équipe de foot secondaire, cet homme était aussi bien bâti à trente-huit ans que le jour de notre rencontre. Ce jour-là, Colin faisait un jogging et je l’avais percuté avec ma voiture – accidentellement, bien sûr. Le brouillard et trop de larmes versées après m’être fait larguer avaient mené à une mauvaise appréciation des distances, une hanche couverte de bleus pour lui, et pour moi, des années de Colin Eagan me convainquant de faire des choses que je ne voulais pas faire.
Soyons justes, notre fille fut la meilleure décision que nous ayons prise ensemble. La seule, à peu de chose près.
Et peu importait combien un short de foot en laine épaisse était sexy sur lui – que ce soit au printemps, en été, ou deux semaines avant Thanksgiving, fin novembre, il portait ce fichu short –, ça ne suffirait pas à me faire replonger dans le monde des « allez, Celeste » .
— Tu deviens mesquine.
Mesquine ? Il plaisantait ?
— Non. Je comprends le point de vue de Naomi dans cette affaire, mais pourquoi est-ce que ça devrait être à moi de le dire à Chad ?
— Il t’aime bien.
— Un peu trop. (Je plissai les yeux.) Est-ce que tu sais combien de temps il m’a fallu pour faire comprendre à Chad qu’il ne m’intéressait pas ?
Colin se raidit.
— Je savais que tu ramènerais ça à toi.
Les yeux me sortirent de la tête et ma mâchoire en tomba, mais pas longtemps.
— Paige !
J’attendis une seconde avant de hurler une nouvelle fois pour faire venir notre fille.
— Oui, madame ?
— Chérie, dis au revoir à ton père. Il doit s’en aller.
Mon adorable fille précoce redressa les lunettes sur son nez.
— Salut, Colin. À demain à l’école.
Je ne me souvenais plus quand elle avait commencé à nous appeler Celeste et Colin plutôt que Maman et Papa.
— Au revoir, ma puce.
Colin me jeta un dernier regard avant de se diriger à pas lourds vers la porte d’entrée.
— Il n’ira jamais nulle part s’il laisse ces femmes le mener par l…
— Paige, l’interrompis-je d’un ton menaçant.
Elle cligna plusieurs fois des yeux.
— J’allais dire le bout du nez .
— Bien sûr.
J’ébouriffai sa frange.
— Quand est-ce qu’il arrive, oncle Levi ?
Levi Weiss, mon meilleur ami, était devenu l’oncle honoraire de Paige à la seconde où elle était née. Elle et lui étaient à peu près aussi inséparables que lui et moi.
— D’une minute à l’autre. Va mettre ton uniforme.
Levi avait pris l’initiative de donner à Paige des cours privés de karaté dans mon salon.
— On appelle ça un gi .
J’éclatai de rire.
— Très bien, va enfiler ton gi .
Sa petite tête auburn s’agita quand elle acquiesça.
— J’y vais.
Je regardai ma fille. Parfois, j’avais l’impression de parler à ma mère – elle me corrigeait tout le temps. Je haussai les épaules et me dépêchai de mettre de l’ordre dans le salon. Levi me connaissait depuis trop longtemps. Il tomberait raide mort si ma maison n’avait pas l’air d’avoir subi une petite tornade. Mais au moins, j’essayais. À peu près.
Je venais juste de m’asseoir sur le canapé quand la porte d’entrée s’ouvrit brusquement.
— Je suis là, s’annonça Levi qui me rejoignit dans le salon en roulant des hanches.
À peine plus grand que mon mètre soixante-cinq, il était pourtant hors du commun. Il était effronté là où j’étais réservée, et tape-à-l’œil là où j’étais effacée. Nous nous complétions à la perfection.
Colin et lui, par contre… pas tant que ça. Ils se toléraient mutuellement. Sans moi, les deux hommes ne fréquenteraient pas les mêmes milieux et respireraient encore moins le même air. Même si on aurait pu les prendre pour deux frères tant ils étaient beaux et blonds, Levi, lui, avait plus des airs de diva, avec son côté méticuleusement soigné. Et il adorait l’exhiber devant Colin.
Je lui souris.
— Il est déjà parti.
— Oh.
Ses épaules s’affaissèrent et il arrêta de rouler des hanches.
— Salut, ma puce, dit-il en se penchant pour m’embrasser sur le front. Tu l’as chassé en un temps record.
— Eh bien, merci. Ravie de te voir aussi, mon chéri.
Levi sourit tandis que Paige revenait dans le salon en sautillant.
— Salut, oncle Levi.
Elle arrangea son gi .
— Je me suis bien échauffée.
Levi défit son trench-coat en cuir, dévoilant un gi similaire. Il me dévisagea.
— Ça te dit de te joindre à nous ? demanda-t-il avec un clin d’œil.
Je plaquai mes mains sur mes hanches de taille 44.
— Et perdre tout ça ? Je passe mon tour.
J’aurais aimé affirmer qu’il s’agissait des vestiges de mes kilos de grossesse, mais vu que Paige avait dépassé les deux chiffres près d’un an plus tôt, les glaces Ben & Jerry’s étaient les seules coupables. Elles, et un – ou deux – délice divin extra-large, bien gras, sans soja, au moka et au chocolat, tous les matins.
— Essayez de vous abstenir de casser les lampes, aujourd’hui, s’il vous plaît. On commence à me regarder bizarrement au magasin quand je dois aller en racheter.
Tous deux firent un vague signe de main dans ma direction avant de s’incliner l’un devant l’autre, puis d’entamer leur entraînement habituel.
Pendant que Levi occupait Paige, je me précipitai vers l’ordinateur dans mon bureau. Colin voulait que j’en appelle au fair-play de Chad pour que les enfants puissent lire ce qui leur avait été attribué. Je ne devrais pas le faire. En temps normal, je ne le ferais pas, mais Colin savait comment faire appel à mon fair-play – quelle que soit la situation.
Je me connectai sur mon compte de l’école et je fis un tour du côté de mes e-mails. Écrire un message rapide n’était pas compliqué. Mais j’avais réussi à éviter d’attirer l’attention de Chad pendant une bonne partie de l’année, et j’hésitais à renoncer à cette tranquillité, même pour Naomi et son droit d’enseigner ce qu’elle voulait à ses étudiants.
J’inclinai ma chaise et je regardai le plafond tout en tapotant ma lèvre inférieure avec mon stylo.
Est-ce que Chad sortait avec quelqu’un ? Si oui, mon e-mail ne serait rien de plus qu’un mauvais moment à passer. J’aurais dû être plus attentive.
Je soupirai et lâchai mon stylo.
— Un petit message, ça ne peut pas faire de mal.

***

Nous arrivâmes à l’école un peu plus tôt que d’habitude le lendemain matin pour que je puisse aller voir Colin avant mes cours. Je voulais l’informer que j’avais envoyé un e-mail à Chad pour lui demander de lâcher du lest concernant le programme de Naomi. Comme quoi, je pouvais me montrer sympa, contrairement à ce que pensait Colin.
Je jetai un coup d’œil à la place attribuée à Colin pour voir si son pick-up s’y trouvait. Il n’y était pas, alors qu’il arrivait d’habitude avant tout le monde au travail. Il aimait faire un entraînement de bon matin ; il appelait ça son « temps pour moi ».
Je n’avais pas envie de remettre à plus tard notre discussion, surtout dans la mesure où j’allais oublier et que ça ferait des histoires… Puisque Colin n’était pas encore arrivé, je décidai de vérifier si Chad avait bien reçu mon e-mail.
— Chérie, je dois m’arrêter dans le bureau du principal. Continue sans moi.
Je me dirigeai vers l’administration, à l’opposé de mon bureau.
Paige se dépêcha de me suivre.
— Tu n’as toujours pas signé mon autorisation de sortie.
Elle remua sa sacoche dans les airs.
— C’est pour aujourd’hui.
Je grognai. De toute évidence, cette histoire de béatification allait devoir attendre un peu.
— OK, une seconde.
J’ouvris la porte. Le bureau de l’assistante administrative était vide. Surprise, surprise, Kelsey Pierce n’était pas à son poste. Je contournai son bureau pour me diriger vers la porte de Chad et frappai une fois avant d’entrer. Je m’arrêtai si vite que Paige me rentra dedans.
— Hum, chérie, va m’attendre devant la porte.
Ma voix tremblait. Lorsqu’elle se mit à protester, j’aboyai un rapide « maintenant ! »
J’attendis qu’elle soit à l’autre bout de la pièce avant de faire un pas hésitant dans le bureau. La nausée me tordit les entrailles et je parvins tout juste à rester debout en agrippant le chambranle de la porte. Au-dessus du bureau de Chad Jones se trouvait nul autre que Chad Jones. Pendu.
— Paige, j’ai besoin que tu ailles très vite dans mon bureau. Essaie d’appeler ton père et attends-moi. Reste là-bas. Tu m’as comprise ?
Je jetai un coup d’œil par-dessus mon épaule. Les yeux kaki de Paige étaient écarquillés, mais elle acquiesça et courut en direction de mon bureau.
Je saisis le téléphone sur le bureau de Kelsey et composai le numéro des services d’urgence. Quand quelqu’un décrocha, je dis :
— Il nous faut une ambulance ou la police à l’Académie Préparatoire de Peytonville, sur Frankford Boulevard. Il y a un homme. Il est, euh, pendu.
L’opérateur dut me poser une question, mais pour être honnête, je n’en suis pas sûre. Je m’approchai doucement de Chad.
— Je crois qu’il est mort. Il a une couleur bizarre, presque bleue. On peut être pendu et toujours être en vie, non ? Est-ce que je devrais vérifier son pouls, alors ? Pour être sûre ?
— Madame, qui êtes-vous ?
— Celeste Eagan. Je suis la prof de théâtre. Vous envoyez quelqu’un ?
Le cordon du téléphone était tendu à son maximum. Je m’étirai pour atteindre Chad. Son poignet n’était qu’à quelques centimètres de mes doigts.
— Il faudrait que je vérifie s’il y a un pouls, non ?
Je frémis. Je ne voulais franchement pas toucher un mort. Mais s’il n’était pas mort, ils avaient besoin de le savoir. Je parvenais presque à le toucher du bout des doigts…
— Celeste ? Bon sang, qu’est-ce que tu…
Kelsey Pierce se mit à crier. Et crier.
Je sursautai et lâchai le téléphone.

***

— Quel bureau, madame ?
Je pointai vers la droite la porte qui abritait le département des beaux-arts.
— Celui-là.
— OK, attendez là jusqu’à ce que l’inspecteur arrive, je vous prie.
Le jeune officier m’ouvrit la porte. La police était arrivée quelques instants après l’ambulance et avait bouclé toute l’école. Ils m’avaient mise dans un coin et s’étaient occupés de Chad. Et de Kelsey, qui s’était évanouie à mes pieds quand elle avait vu son patron. J’avais à présent un bleu sur le dessus du pied, là où sa tête avait atterri.
Les premiers officiers qui étaient arrivés m’avaient posé plusieurs questions précises, du style : avais-je touché quoi que ce soit dans la pièce, ou bien l’avais-je vu avant qu’il… se retrouve dans la situation dans laquelle il était. Je ne sais toujours pas trop comment j’avais réussi à répondre, mais, visiblement, je leur avais donné les infos qu’il leur fallait, puisqu’ils m’avaient enfin autorisée à retourner dans mon bureau. Avec une escorte. Après que je leur avais expliqué que je devais retrouver ma fille. Peu d’étudiants étaient à l’école si tôt le matin, et ceux qui se trouvaient dans le bâtiment étaient cloîtrés dans la cafétéria, où ils auraient de toute façon attendu que retentisse la première cloche annonçant le début de la journée.
— Quand est-ce que je pourrai…
— L’inspecteur sera bientôt là.
J’acquiesçai et refermai la porte derrière moi. Le petit bureau que je partageais avec deux autres profs était une bénédiction après le remue-ménage dans l’aile réservée à l’administration.
— Celeste, Dieu merci te voilà.
Rachel, la prof d’élocution, passa les mains dans ses cheveux bruns bouclés.
— Que s’est-il passé ? Paige est arrivée, complètement paniquée. Je n’ai pas compris ce qu’elle disait.
Rachel et Holly, la professeure de débats, se rapprochèrent tandis que Paige traversait la pièce en courant pour se serrer contre moi. J’enroulai mon bras autour des épaules de ma fille et je la pressai contre moi.
— Une seconde.
Je levai la main pour couper court aux questions.
— Tu vas bien, chérie ?
Paige releva la tête vers moi, sourcils froncés, et acquiesça.
— Tu m’as fait peur. Qu’est-ce qu’il s’est passé ?
— Il y a eu un accident.
Un accident non accidentel , ajoutai-je mentalement. Je n’arrivais pas à me débarrasser de l’image de mon patron pendu au-dessus de son bureau.
— Tu as eu ton père ?
Quand elle secoua la tête, je poursuivis :
— Essaie de l’appeler de nouveau, d’accord ?
Ma fille me serra une dernière fois contre elle puis s’assit devant mon bureau. Une fois sûre qu’elle ne pourrait pas m’entendre, je m’approchai de Rachel et Holly.
— Chad est mort, je crois.
— Qu… Comment… Tu crois ?
Rachel était raide et immobile. Holly pâlit, mais ne dit rien.
— Il était pendu.
Je déglutis.
— Au-dessus de son bureau.
Holly se rassit lourdement dans sa chaise. La mâchoire de Rachel se décrocha jusqu’à sa poitrine. Il lui fallut un moment avant de retrouver sa voix.
— Sérieux ?
Elle secoua la tête.
— Tu plaisantes, n’est-ce pas ?
— Je préférerais.
J’ouvris mon sac et en sortis mon sweat-shirt, que j’enfilai, me sentant soudain frigorifiée.
— La police est là. Ils vont bientôt interroger l’équipe, je pense.
Je jetai un coup d’œil à ma fille et croisai les bras.
— Qu’est-ce qu’ils vont faire pour les cours ? intervint Holly, qui avait enfin retrouvé la parole.
Je haussai une épaule.
— Les annuler, je suppose.
Je m’appuyai contre le bord de son bureau. Chad était mort – j’étais certaine que la nuance de bleu qu’il arborait n’était pas signe de bonne santé.
Mais ça n’avait aucun sens. Cet homme transpirait l’égocentrisme. Je pouvais l’imaginer se regarder de longues heures dans le miroir au point d’en mourir de faim, mais se pendre… Je ne comprenais pas.
— Je n’arrive pas à avoir papa au téléphone.
Papa . Elle ne savait pas vraiment ce qu’il se passait, mais ça l’effrayait assez pour faire remonter l’enfant en elle et la pousser à appeler Colin « papa ».
— Dans ce cas, est-ce que tu peux essayer d’appeler oncle Levi ? Et lui demander de venir te chercher ?
— Mais, et l’école ?
— Appelle oncle Levi, d’accord ? S’il te plaît, ajoutai-je en voyant ses lèvres trembloter.
Je me précipitai vers elle et la serrai contre moi avant qu’elle ne reprenne le téléphone.
— Tout ira bien, ma chérie.
Il ne fallut que vingt minutes à Levi pour récupérer ses affaires sur son lieu de travail et venir. Il possédait sa propre entreprise d’achat et de revente immobilière, et, par chance, il choisissait donc ses horaires. Il partit avec Paige dès que l’escouade d’uniformes devant ma porte en donna la permission. Je promis à Levi de l’appeler pour lui donner des détails dès que j’en saurais plus, parce qu’il avait une tonne de questions. Mais, pour l’instant, personne n’avait la moindre réponse, juste une quantité de spéculations. Je voulais partir à la recherche de Colin, mais la police avait demandé à tous les membres de l’équipe éducative de rester dans leurs bureaux jusqu’à ce qu’ils puissent s’entretenir avec nous un par un. Après trois heures d’attente, un coup brusque retentit à la porte. Rachel sursauta sur son siège.
— Entrez.
Un officier de police – pas le même que tout à l’heure – pénétra dans la pièce, suivi par un homme habillé d’une veste de sport noire et d’un pantalon kaki.
— Mesdames, l’inspecteur Muldoon aimerait vous parler. L’une après l’autre, s’il vous plaît, indiqua le jeune officier.
L’inspecteur. Ma poitrine se serra.
L’inspecteur aux cheveux sombres nous dévisagea puis se tourna vers Rachel.
— Vous d’abord.
Il la précéda dans le hall et la porte claqua derrière eux.
Je sortis mon téléphone de ma poche, mais toujours aucune nouvelle de Colin. J’étais surprise qu’il ne m’ait même pas envoyé un texto, au moins pour prendre des nouvelles de Paige. Sans parler du fait que la découverte de notre patron mort dans son bureau était un potin bien trop juteux pour être ignoré. Même pour lui. Je lui écrivis un bref SMS.
« Où es-tu ? »
Le jeune officier se racla la gorge et secoua la tête dans ma direction. Je lui adressai un sourire penaud.
— Désolée.
Quelques minutes plus tard, Rachel revint et l’inspecteur me fit signe de le suivre dans le couloir. Quand je passai à côté d’elle, elle saisit mon poignet.
— Il sent délicieusement bon.
Je gloussai avant de me mordre la lèvre quand l’homme en question fronça les sourcils.
— Par ici.
Il m’indiqua deux chaises installées au milieu du couloir. Lorsque je m’assis, il posa son stylo sur son calepin.
— Votre nom ?
Sa voix résonna doucement dans le couloir vide.
En l’absence d’étudiants au milieu d’une journée de cours, le silence était plutôt troublant. Comme je ne répondis pas tout de suite, l’inspecteur se racla la gorge.
— Oh, pardon. Celeste. Celeste Eagan.
Il planta son regard dans le mien. Ses sourcils épais étaient de nouveau froncés. Mais, très vite, il masqua toute émotion et nota mon nom. Il releva de nouveau la tête, ses iris d’un bleu glacial un peu perturbants alors qu’il me regardait ainsi droit dans les yeux.
— C’est vous qui avez appelé ? Ils m’ont dit que vous étiez partie.
Je secouai la tête.
— Je suis retournée dans mon bureau parce que ma fille y était.
— Était ? Vous l’avez renvoyée chez vous ?
J’acquiesçai et il poursuivit.
— Était-elle avec vous ?
— Quand j’ai découvert… hum… quand je suis entrée dans le bureau du proviseur, oui, mais elle n’a rien vu. J’y ai veillé.
Bon sang, la thérapie qu’il aurait fallu suivre après ça… Enfin, pour moi. J’avais le sentiment que ma petite gamine à l’esprit analytique aurait sans doute trouvé ça fascinant, d’où la thérapie pour moi.
— Pouvez-vous me décrire ce qui s’est passé ce matin ?
Ce matin. Hum. Je coinçai une mèche de cheveux derrière mon oreille et me remémorai ma matinée.
— Je me suis levée à six heures et…
Il secoua la tête.
— Seulement à partir du moment où vous êtes arrivée à l’école.
— Oh, bien sûr.
J’acquiesçai et lui expliquai que je m’étais garée, dirigée vers le bâtiment, puis jusqu’au bureau de Chad – tout jusqu’au moment où les secouristes avaient fait sentir des sels à Kelsey – et, pendant tout ce temps, j’avais été coincée dans le petit bureau, avec le cadavre de Chad à quelques mètres de moi à peine. J’avais essayé de regarder partout sauf vers lui. J’avais quasiment les yeux collés à la surface de son bureau pour m’empêcher d’en voir plus que ce que je voulais. Je fronçai les sourcils. Je ne sais pas pourquoi je ne l’avais pas remarqué avant, mais il y avait un bloc-notes sur le sous-main. Le nom de Colin y était écrit à la hâte, de l’écriture anguleuse de Chad.
L’inspecteur se racla la gorge.
— Et vous enseignez ? demanda-t-il, interrompant mes pensées.
— L’art dramatique.
— Connaissiez-vous bien Chad Jones ?
— À peu près comme tous les autres professeurs et le principal adjoint, je suppose. Ça fait des années que je travaille ici avec lui.
— Et quand l’avez-vous vu pour la dernière fois ?
Je haussai les épaules.
— Hier, à la fin des cours, je crois.
— Vous croyez ? Vous n’êtes pas sûre ?
Ces questions étaient bien étranges pour un suicide.
— Pour être honnête, je ne me souviens pas. Je le vois plusieurs fois par jour, à un moment ou à un autre, donc je ne peux vous dire avec certitude ni quand ni où.
Il griffonna quelques phrases dans son calepin.
— Connaîtriez-vous par hasard un certain Colin Eagan ?
— Oui, c’est l’entraîneur de foot. Et mon ex-mari.
Je tordis mes mains sur mes genoux. Est-ce que l’inspecteur avait vu le nom de Colin là-bas ? Qu’est-ce que ça signifiait ? Qu’est-ce que lui pensait que ça signifiait ?
— Est-ce qu’il y a un problème avec lui ?
— Pourquoi posez-vous cette question ?
Je repensai à mon père, qui était méfiant envers tout le monde, et tentai de détendre mes épaules et de soutenir le regard de l’inspecteur. Je ne voulais pas qu’il porte son attention sur une chose qu’il n’avait pas encore remarquée, mais ne pas réussir à joindre Colin me rendait encore plus nerveuse.
— Comme ça. Parce que je ne comprends pas pourquoi vous posez ces questions.
L’inspecteur Muldoon plissa les yeux.
— Je voulais poser quelques questions au coach Eagan. Mais je n’arrive pas à mettre la main sur lui.
Il remua sur sa chaise.
— Ni sur sa compagne, Naomi Michaels.
— Oh, je… euh… je ne leur ai pas parlé ce matin.
Je faisais tout mon possible pour ne pas me tortiller.
— Quand leur avez-vous parlé pour la dernière fois ?
— Naomi et moi, on ne se parle pas vraiment. Le fait qu’elle sorte avec mon ex rend les conversations un peu bizarres.
Je souris pour tenter d’alléger l’atmosphère, mais il resta totalement impassible.
— Colin était chez moi hier soir. Vers huit heures.
— Votre ex-mari vous rend-il souvent visite le soir ?
Je me raidis.
— Veuillez m’excuser, mais je ne vois pas en quoi ça vous concerne. Ni ce que ça a à voir avec… tout ça, ajoutai-je en faisant un vague signe de main dans la direction du bureau de Chad.
— Auriez-vous par hasard un numéro où je pourrais joindre Monsieur Eagan, je vous prie ?
J’envisageai de lui dire que je ne connaissais pas son numéro, mais il devait savoir que je l’avais – et inutile de donner à cet homme une raison de se méfier de moi . Et tout ce qu’il lui suffirait de faire serait d’obtenir l’annuaire scolaire. Je dictai le numéro de portable et de domicile de Colin.
L’inspecteur Muldoon referma son calepin et se releva.
— OK, merci.
Je me levai et retournai en vitesse dans le bureau.
— Madame Eagan. (L’inspecteur Muldoon me rattrapa et me tendit une carte.) Si vous avez des nouvelles de votre ex, veuillez lui dire que j’aimerais lui parler.
Lorsque je me penchai pour prendre la carte, je me rappelai les paroles de Rachel et inspirai profondément. Aucun doute, il sentait le musc, la cannelle et le café – une odeur si séduisante. Comme j’étais une grande accro au café, j’arrivais presque à sentir le goût de ce divin mélange sur ma langue. Je combattis l’envie irrépressible de fermer les yeux et d’inspirer encore et encore.
Je remarquai qu’il m’observait étrangement. Il fallait que je renonce à mon orgasme olfactif et que je laisse cet homme retourner à son travail.
— Oui, Monsieur. Officier.
Je le saluai rapidement.
— Inspecteur, me corrigea-t-il très vite.
Je le savais. Mais il me rendait nerveuse.
— Oh, pardon. Inspecteur.
Sa carte toujours dans ma main, je me rassis à mon bureau, un peu sous le choc d’avoir trouvé un cadavre, de m’être fait interroger par un inspecteur de police, puis de l’avoir reniflé sans vergogne. Dès qu’il partit avec Holly, Rachel rapprocha sa chaise de la mienne.
— Qu’est-ce qu’il t’a demandé ?
— Ce qui s’est passé quand j’ai trouvé Chad.
Je ne voyais aucune raison de lui parler des questions concernant Colin.
Elle secoua doucement la tête.
— Tu vas bien ?
Je plaquai un léger sourire sur mon visage.
— Ouais, bien sûr.
Pas vraiment, non, mais qu’est-ce que je pouvais y faire ? M’effondrer ? Cela dit, j’étais plus inquiète de l’absence de Colin que de la mort de Chad. Cela faisait-il de moi une mauvaise personne ? Pire, est-ce que je m’en souciais ?
Rachel s’adossa à sa chaise et se passa une main dans les cheveux pour redonner du volume à sa coiffure. Elle arqua ses sourcils bruns. Puis elle jeta un coup d’œil au jeune officier qui se tenait devant la porte.
— Officier…
Elle déplia son corps svelte d’un mètre cinquante-cinq et se leva pour lui faire face.
— Starnes, couina le jeune homme.
— Officier Starnes, je suis un peu troublée par toutes ces questions. Je n’avais pas conscience qu’ils envoyaient un inspecteur pour interroger les gens quand il y avait un suicide.
L’officier Starnes eut de la peine à déglutir.
— C’est la procédure standard.
Il jeta un coup d’œil par-dessus son épaule à la porte fermée et baissa la voix.
— Quand le suicide a l’air suspect.
Suspect ?
— Vous pensez que ce n’est pas un suicide ?
Le jeune officier rougit.
— On ne m’a pas donné tous les détails.
Il reprit sa posture rigide de sentinelle.
Tout à coup, les questions concernant Colin commencèrent à me foutre franchement les jetons. Dans quoi s’était-il fourré ? Le besoin de le trouver devenait plus pressant. Je tambourinai des doigts sur le bureau.
— Excusez-moi, combien de temps allons-nous être encore retenues ici, à votre avis ?
— Je suis navré, Madame, mais ce n’est pas moi qui décide. L’inspecteur Muldoon est en charge de l’enquête. Je peux lui poser la question, si vous voulez…
— Oh non, non, c’est bon.
Une nouvelle fois, je tentai d’envoyer un message à Colin.
« Il faut qu’on parle. Maintenant ! »
Chapitre 2
 
Il y eut une annonce au micro. Nous devions nous rendre aussi vite que possible à l’auditorium. Rachel me regarda et haussa les épaules tandis que nous ramassions nos sacs. La journée de cours était bientôt terminée – en théorie. Mais, sans enfants présents, tout était en suspens, et nous étions toujours dans le flou par rapport à ce qui se passait. Bien sûr, je ne pensais pas que Chad s’était pendu tout seul, mais un meurtre… dans notre école, c’était trop inconcevable. Mais, vu leur manière d’interroger les gens… Je frissonnais chaque fois que j’y pensais.
Il fallait vraiment que Colin me contacte. J’avais appelé Levi en douce pour voir si Colin n’avait pas pris des nouvelles de Paige, mais pas de chance. Lui et sa poufiasse étaient introuvables, et après les questions d’un certain inspecteur Muldoon, mon estomac se tordait encore plus que quand Paige m’avait convaincue de faire un grand huit au parc d’attractions.
Les professeurs et tous les membres du personnel se traînèrent dans le couloir avec des murmures excités, comme le faisaient les élèves les jours de rassemblements. Si notre collègue n’était pas mort et que mon ex n’avait pas disparu, ça m’aurait peut-être fait rire. Dans l’auditorium, Holly, Rachel et moi nous installâmes à l’arrière. Le nouveau jardinier, Danny Machin-truc, était assis à la rangée devant nous, et tous les entraîneurs sauf Colin étaient devant lui. Plusieurs policiers en uniforme et les officiers de sécurité du campus, sans oublier l’inspecteur Muldoon, nous regardèrent nous installer.
Phil Bellmore, qui dirigeait le département des sports, se tourna vers moi.
— Où est-il ? articula-t-il en silence.
J’indiquai mon ignorance d’un geste de la main et haussai les épaules. Que Colin ne réponde pas à mes appels, c’était une chose. Nous pouvions passer des jours sans nous parler quand nous étions entre deux visites de Paige. Mais ne pas avoir parlé à Phil, son chef direct, un jour où il faisait l’école buissonnière… Surtout quand, ce même jour, il y avait eu une mort suspecte dans notre établissement…
Colin devrait répondre à beaucoup de questions quand je mettrais la main sur lui. Il était plus facile d’essayer d’être en colère que de continuer à m’inquiéter de son absence.
Je surpris l’inspecteur Muldoon en train de me regarder. Moi. Personne d’autre. Il ne dévisageait aucun autre employé de la Preytonville Prep, mais gardait les yeux rivés dans ma direction. Je dus détourner le regard pour m’empêcher de me laisser aller à me tortiller complètement.
Mark Hardin, le proviseur adjoint, se leva au coin de la scène.
— Mesdames, messieurs. Silence, s’il vous plaît.
Les clameurs étouffées de la pièce se calmèrent.
— Comme vous le savez sans doute déjà tous maintenant, nous avons perdu l’un des nôtres. Le principal Chad Jones n’est plus parmi nous.
— Choix de mots intéressant.
Rachel me donna un coup de coude et marmonna :
— Ce n’est pas comme s’il avait accepté un boulot dans une autre école. ...

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