Terne
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Terne , livre ebook

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Description


Dans le roman Terne, l'univers mis en place est suffisamment brumeux pour que l'on doive se questionner sur la réalité des faits qui se déploient ou ont l’air de se déployer. Le narrateur, un jeune homme, consomme une drogue récréative, une drogue dure, qui lui a été remise par le bon copain dealer de service que la conjointe du narrateur n'apprécie pas beaucoup. Après avoir consommé cette dive poudre, le narrateur se retrouve dans la situation qui littéralement déclenche l’étrange trame du présent récit. Mais cette situation, quelle est-elle exactement ? Les choses ne sont pas claires car l'altération des sensations et des perceptions due à l’absorption ponctuelle de cette obsédante substance est soigneusement reproduite dans l'écriture tant et si bien qu’il vient un moment où, à l'instar du narrateur, on ne sait tout simplement plus où on en est... Tout va mal, le protagoniste se fait brutaliser, se fait tabasser par des jeunes malabars... vraiment ? Ou pas? Ce roman est à lire comme un indice des contrariétés perceptives et conceptuelles d'une époque et du fait que, quand rien n'est impossible et tout est jouable, il n'est pas nécessairement si évident d'échapper à notre sort brutal. Si ce protagoniste meurt, on souffrira avec lui. Et si ce protagoniste reste en vie, c'est là, et vraiment là, qu'il macère au fond du dernier des enfers, l'enfer ordinaire. L’enfer... terne.


Avec Terne, Loana Hoarau continue de déployer son univers inquiétant, amoral et cruel.




Sujets

Informations

Publié par
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EAN13 9782924550625
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0026€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Terne
Loana Hoarau
 
© ÉLP éditeur, 2021 www.elpediteur.com ecrirelirepenser@gmail.com
ISBN : 978-2-924550-62-5
Conception graphique : Allan E. Berger
Image de la couverture : © David Heinis, 2021
Si tu n'arrives pas à penser,marche. Si tu penses trop, marche. Si tu penses mal, marcheencore.

JeanGiono
Première partie AVANT LE DÉLUGE
Mardi, 6h36
Amour,mon amour. Je suis désolé. Aujourd'hui, c'est le dernier jour. Ledernier jour où je te regarde, où je te bois, où je te devine, oùje te mange, où je te sens, où je te pense, où je t'enlace, où jete respire. Amour, mon amour. Aujourd'hui est un jour comme lesautres, mais il est spécial pour moi. Aujourd'hui, je vais mourir.
Jene sais pas comment la mort viendra me chercher, si elle sera douceou violente. Je laisse le destin s'occuper de mon sort. C'est un peugrisant, de penser à ça. De me dire que ce sont mes derniersinstants sur cette terre parce que je le décide. Ce n'est pas rien,de mourir, tu sais. Ce n'est pas rien, de te laisser. Det'abandonner. Amour, j'espère que tu t'en remettras. Que tu nepleureras pas trop longtemps. Que tu te fasses une raison. Cettefois-ci tu n'auras rien décidé pour nous deux. J'ai pris cettegrande décision sans vraiment te consulter. Pardon. Mais il faut queje pense à moi, pour une fois. Pour une seule fois dans ma vie.
Amour.Tu es encore endormie, alors je ne t’embrasse pas pour ne pas teréveiller, je veux garder ce moment pour moi, jusqu’à l’éternité,je veux me rappeler de chaque détail de ton corps, de tes courbes etta joie, les détails sont toujours un peu flous quand on a bu, ouije sais, je suis encore un peu cuit par cette soirée, je suis rentréil y a à peine vingt minutes, je sais, il est tard, ou tôt, commetu veux, mais je suis tranquille avec moi-même, je suis bien. Toi tudirais pasvraiment, puisque tu veux mourir. C'est vrai. Je vais mourir et j’aurais tellement de choses à tedire encore. J’espère seulement en avoir le temps avant que ça nedérape, avant que je flanche complètement. Il faut que je te dise.Je m'en veux de ne pas t'avoir laisséeparler. Je veux dire, quand je t'ai vu te tenir les deux mains contreton ventre, il y a deux jours, ce dimanche après midi, devant nosfamilles. Tu aurais voulu leur annoncer que tu étais enceinte maisj’ai refusé. Tu m’en as parlé quatre heures avant les autres,parce que tu voyais bien que je sombrais dans une nouvelle dépressiondepuis quelques jours. Je sais que c’est pour ça. Tu savais que tumarchais sur des œufs en voulant m'annoncer l'heureuxévénement, maistu voulais me changer les idées, j’en suis bien conscient. Tu assouri après m’avoir lancé ça, au creux de l'oreiller. Tu as dûcroiser les doigts et faire un vœu. Tu as tenté de dédramatiser lachose, peut-être que ça allait bien passer cette fois-ci. Je voyaistrès bien où tu voulais en venir, mais tu l'as dit quand même.« Tusouffres, mon chéri. Mais essaye de passe outre, pour une seule foisdans ta vie. Tu vaux mieux que tout ça. Je ne leur en parlerai pasde suite, d’accord, mais cette fois-ci c’est sûr, cette fois-cije le veux, ce p’tit bout, s’il te plaît, Laune, ne gâche pastout, dis-moi que tu vas réfléchir à la chose, et que tu vasaccept… » Voilàce que tu m’as murmuré au creux de l'oreiller, voilà ce que tum’as balancé parce que tu me voyais sombrer encore une fois.
Jepense que c’est là que j’ai décidé d’en finir. Ou alorsc’était hier, oui, c'était plutôt hier, quand tu es rentrée àl'improviste et que tu m’as vu en train de pleurer. Je ne t’avaispas encore annoncé que je voulais, que j’exigeais plutôt que tuavortes encore une fois. Tu pensais à ce moment-là que j’avaisévolué, que j'allais mieux, que je mettais de côtés mesangoisses, que j'oubliais finalement cette putain d'histoire, celleque tu connais, celle que je t’ai racontée. Tu pensais que cettefois-ci c’était la bonne, et tu as écarté l'idée d'une nouvelledépression liée à ça. Je n'ai pas pu te demander d'avorter, tusemblais si heureuse, une autre personne, je te regardais déambulerdans l'appartement, tu avais encore paumé ton agenda, c'est que tuavais une réunion importante avec les parents d'élèves, mais tu nepestais pas comme les autres jours, tu étais légère, glissantd'une pièce à l'autre, d'un rire à l'autre, te savoir mère dansquelques mois, ça te donne des ailes. Je t'ai regardé t'affairer etbabiller autour de moi, à me demander si j'avais bien dormi, tun'attendais pas de réponse et tu enchaînais Moioui, une nuit impeccable ,puis tu as dégainé tout de suite après Dis-moi, comment on va l’appeler, ce p'tit bout ? Tu aimes bien Raphaël, Raphie, Raph, ou Caroline, Carole, c'est jolicomme prénom, Carole, et tu riais, tu disais « Ohet puis non, pas de suite, ça porte malheur, il faudra y réfléchirbien sûr, mais pas encore, tu sais ce que j'aimerais ?J'aimerais bien avoir un garçon, bon, une fille aussi, c'est mignon,une fille, mais j'ai toujours voulu avoir un garçon... ou desjumeaux ? Tu t'imagines ? T'imagines si ce sont desjumeaux ? Allez, à ce soir amour, je te laisse, passe une bonnejournée, je t'aime, pense à acheter du pain pour le dîner. »
Jet’ai regardée partir et sens encore la douceur de tes cheveuxeffleurant mon visage. Tu es sortie presque en chantonnant, mais tuétais revenue deux minutes après parce que tu avais oublié tonparapluie, il commençait à pleuvoir, le temps était à l'orage, tues entrée en sautillant, le sourire encore bien scotché à teslèvres, puis tu t’es arrêtée net, tu m’as dévisagé et tu aslaissé tomber ton sac à main pour venir me prendre dans tes bras.Tu n’as rien dit, parce que tu sais. Tu sais pourquoi je pleurais.Tu m’as peut-être déjà vu m'effondrer ainsi sans que je lesache, d’ailleurs. J’en éprouve aucune honte. Pourquoi est-cemoi qui devrais avoir honte de cette histoire ? Je ne suisqu’une victime, après tout. Tu le sais. Je t’ai serrée dans mesbras. Tu m’as embrassé le visage et le cou, après quoi tu m’asdit « Tu veux en parler ? C’est à cause du bébé ?Tu veux que je reste ? » J’ai dit non à chaque fois.Comme un lâche. J'ai secoué la tête. « Non. Va travailler.Excuse-moi. Ne t'inquiète pas. Ça ira mieux ce soir, je t’assure.Je te préparerai tes lasagnes. Celles que tu aimes. » Tu asopiné de la tête, levé un sourcil comme pour me dire Tues sûr ? Maistu n'as rien dit, tu m’as souri et tu t’es sauvée parce qu’iln’y avait que ça à faire. C'est surtout parce que tu ne voulaispas entamer une discussion qui finirait comme la dernière fois. Tuvoulais éviter cela à tout prix.
Voilà.Tout part de là, je pense.
À propos de Loana Hoarau
Loana Hoarau, née en 1977, vit à Belfort dans l’Est de la France où elle consacre le plus clair de son temps à l’écriture. Auteure depuis plus de vingt ans, ses romans et scénarii sont basés uniquement sur le drame psychologique, le réalisme et l’horreur. Les enfants ont toujours une grande importance dans ses écrits et sont souvent les protagonistes réels ou rêvés, le thème principal de l’intrigue. Amoureuse des mots, des contrastes et des phrases à double sens, Loana offre un univers sombre et dérangeant à celui ou celle qui voudra bien la suivre.

Du même auteur
Mathématiques du chaos / roman. ÉLP, 2014
Buczko / roman. ÉLP, 2015
Soleil à Vazec / roman. ÉLP, 2016
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Maestria / roman. ÉLP, 2019
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Terne / roman. ÉLP, 2021
ÉLP éditeur est une maison d’édition 100% numérique qui publie en moyenne douze ouvrages par année. Pour en savoir davantage sur nos auteurs et pour lire de nombreux extraits de leurs ouvrages, n’hésitez pas à visiter notre site Web :
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