Toto Fouinard - L étrange affaire du Père Lachaise
107 pages
Français

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Toto Fouinard - L'étrange affaire du Père Lachaise , livre ebook

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Description


L’ÉTRANGE AFFAIRE DU PÈRE-LACHAISE




« Où Toto Fouinard et le reporter Samuel Fix vont en exploration dans le pays des morts.»


Pied-Jaune, un brigand repenti, vient demander de l’aide à Toto Fouinard. Alors qu’il longeait le cimetière, une belle femme étrangère a atterri dans ses bras, comme tombée du ciel. Par gratitude, elle lui a offert une magnifique bague couronnée d’un diamant bleu, avant de s’enfuir. Toto Fouinard se souvient d’un entrefilet du journal relatant les déclarations du gardien du cimetière du Père-Lachaise jurant avoir surpris, la nuit, une femme en blanc poursuivie par des gaillards ne parlant pas le français. Quand Samuel Fix, un reporter ayant besoin d’un bon article, vient lui proposer d’enquêter sur « L’Étrange Affaire du Père-Lachaise », Toto Fouinard voit, là, une opportunité de faire d’une pierre trois coups : résoudre l’affaire, offrir un bon article à Samuel Fix et sortir le brave Pied-Jaune d’une mauvaise situation.



JULES LERMINA (1839 – 1915) est un romancier français principalement connu pour les suites qu’il a données à de grandes œuvres de la littérature (« Les mystères de Paris », « Le comte de Monte-Cristo », ...) et de nombreux autres ouvrages, mais il est aussi l’auteur de petits romans destinés à être diffusés en supplément de journaux de l’époque. C’est le cas des aventures de Toto Fouinard, ce jeune détective drôle, fougueux et attachant, qui œuvrera sur 12 enquêtes savoureuses.


Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 11
EAN13 9782919564903
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0007€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

couve
Toto

Le Petit Détective Parisien

*

**

***

L’Étrange Affaire du Père-Lachaise

De

Jules LERMINA

***

**

*

D’après le récit complet publié le 12 janvier 1909 dans la publication hebdomadaire « LA VIE D’AVENTURES »

*

 

Où Toto Fouinard et le reporter Samuel Fix

 

vont en exploration

 

dans le pays des Morts.

CHAPITRE PREMIER

L'ILLUSION DU PÈRE TRUY

 

HÉ ! petite Suzon ! fit Toto en tendant un journal à la jeune fille, tu as oublié de couper ça. »

Et il lui désignait du doigt la colonne où un fait divers était encadré au crayon rouge.

Depuis que Suzon était fiancée officiellement à l'ami Gervais, Toto l'avait définitivement installée chez lui. Il avait voulu la soustraire aux promiscuités de l'atelier et surtout la délivrer des plaisanteries et des railleries par lesquelles ces demoiselles se vengent de celle qui – à leur grand dépit – a trouvé, grâce à sa bonne conduite, un brave garçon qui la prenne pour femme.

De plus, il faut reconnaître que, si solide qu'il fût, Fouinard n'était pas de bronze : et quelque énergie qu'il eût déployée, jusqu'au bout, dans la terrible affaire des treize apaches (1), il lui en était resté pendant près d'un mois une lassitude qui s'expliquait facilement.

On ne tend pas impunément, pendant quarante-huit heures, son système nerveux, au risque d'en briser toutes les fibres.

D'ailleurs, très raisonnable toutes les fois que son impétuosité ne l'entraînait pas hors des justes limites, il s'était résigné à cette cure de tranquillité. Il s'était installé dans son cabinet, au milieu de ses casiers qui avaient été quelque peu désorganisés lors de la tentative de cambriolage due à l'initiative de ce pauvre Piédebœuf : il avait révisé ses dossiers, perfectionné les classements.

Et il avait érigé Suzon au poste de secrétaire, marquant au crayon rouge les articles de journaux qu'elle devait ensuite couper et coller sur des feuillets de format uniforme. Alors, il les annotait, d'un chiffre méthodique, et elle les plaçait soigneusement dans les chemises indiquées.

Un répertoire – en fiches – permettait de retrouver les séries et les divisions multiples que nécessite un travail pareil, appliqué à tous les événements petits ou grands, qui se passaient quotidiennement à Paris, en banlieue, voire même dans les départements.

Donc il venait de s'apercevoir que Suzon avait oublié une coupure :

« Oh ! je vous demande pardon, monsieur Toto, je ne l'ai pas fait exprès...

— Si tu l'avais fait exprès, reprit Fouinard, c'est que tu aurais eu, pour négliger ce petit papier, une raison quelconque. Tu l'avais lu ?

— Oui... plutôt deux fois qu'une...

— Pourquoi deux fois ?...

— Je vais vous dire, monsieur Toto, mais vous ne vous fâcherez pas. J'étais tout étonnée de voir que vous attachiez de l'importance à une histoire, qui, entre nous, me paraît bien insignifiante.

— Ah ! c'est ton avis !... Je ne demande pas mieux que de m'y conformer... Veux-tu me relire cela tout haut ? Après tout, je me suis peut-être blousé !

— Je ne dis pas cela... Mais enfin, c'est une histoire d'ivrogne...

— Tu peux avoir raison... Lis toujours.

— Volontiers. »

Donc Suzon, qui avait la voix très claire, lut tout haut ce qui suit :

« La police a été l'objet, il y a quelques jours, d'une mystification assez amusante. Un gardien du Père-Lachaise s'était présenté, tout effaré, à la première heure au commissariat de police de Ménilmontant, et voici ce qu'il avait raconté :

« Vers cinq heures du matin, alors qu'il se préparait à sa ronde matinale, Pierre Truy, c'est son nom, était sorti du petit kiosque où il loge, auprès de la porte du cimetière qui donne presque au coin de l'avenue Gambetta, sur le boulevard de Ménilmontant.

« Il faisait encore nuit.

« Tout à coup, Truy entendit un cri aigu, comme désespéré, qui lui parut venir de l'avenue de l'Ouest, – où, pour fixer les idées de nos lecteurs, se trouve le tombeau de Balzac.

« Instinctivement, il s'était élancé de ce côté, et à peine avait-il fait une vingtaine de mètres, qu'à travers les tombes et les chapelles funéraires qui remplissent cette partie du cimetière qui s'appuie sur les remblais de l'avenue Gambetta, il aperçut une forme blanche, – d'une femme, lui a-t-il semblé, – qui s'enfuyait en courant de toutes ses forces.

« Derrière elle, bondissaient, pour l'atteindre, des hommes de haute taille, dont, affirme-t-il, les visages étaient bistrés, presque noirs (ne pas oublier que la nuit était partout et encore fort obscure) et qui, avec des cris gutturaux, semblaient proférer contre elle des menaces violentes. (Il paraît que ces hommes parlaient une langue parfaitement inconnue du brave gardien.)

« La femme avait une certaine avance, et avec une vélocité et une agilité prodigieuses elle franchissait la ceinture de tombes qui l'entourait. Le gardien poussa lui-même des cris d'alarme, élevant les bras pour effrayer les poursuivants de la malheureuse créature.

« Il sembla qu'ils l'eussent entendu et aperçu, car, subitement, – c'est lui qui parla ainsi, – ces ombres noires semblèrent s'abîmer sous terre...

« Rassuré de ce côté, notre courageux gardien revint rapidement sur ses pas, se hâtant d'autant plus qu'il savait que cette femme ne pouvait lui échapper, car, en cette partie du cimetière, qui longe le boulevard de Ménilmontant, le terrain forme un remblai de plusieurs mètres de hauteur, soutenu du côté du boulevard par un mur très élevé.

« Ce remblai n'est clos que par une rampe de pierres, d'un demi-mètre de haut.

« Il est donc impossible de fuir par cette voie : car, infailliblement, celui qui essaierait de franchir la rampe de bois, se briserait sur le pavé du boulevard.

« Donc notre homme galopait derrière cette femme qu'il n'avait pas perdue de vue et qui se dirigeait vers la terrasse en question.

« Elle semblait voler, dit-il, tant elle paraissait légère et diaphane, avec les voiles blancs qui l'enveloppaient.

« Le gardien Truy l'appelait de toutes ses forces, dans la crainte d'un accident. Mais elle ne l'entendait pas ou ne le comprenait pas, car elle courait toujours sans s'arrêter, ni même se retourner.

« Il allait l'atteindre, car elle était arrivée à la rampe dont nous avons parlé et qui lui coupait la route.

« Mais, à ce moment, elle sauta sur la margelle, large à peine de cinquante centimètres, et se précipita dans le vide, disparaissant aux yeux du gardien, cloué sur place par l'ahurissement et la terreur.

« Il revint à lui, se précipita sur la rampe et regarda en bas, s'attendant à voir sur le trottoir d'en bas la tache blanche du corps de la pauvre femme.

« Il ne vit rien ; tout au plus, a-t-il ajouté, nota-t-il un groupe qui traversait rapidement la chaussée. Mais il n'en pouvait répondre.

« Il courut alors vers l'escalier qui conduit à la porte de fer, formant à cet endroit, l'issue du cimetière. Il ouvrit cette porte et se trouva sur le boulevard. Rien !

« Désemparé, hanté d'idées funèbres, croyant à une tentative criminelle, il attendit les premières lueurs du jour et se rendit au bureau du gardien-chef qu'il réveilla, et à qui il conta l'aventure. Pendant ce temps, une pluie torrentielle s'était déchaînée, avec coups de tonnerre, ce qui ne contribuait pas peu à augmenter son exaltation et sa terreur.

« Le gardien-chef, quelque peu incrédule, l'écouta attentivement, puis, sur son insistance, les deux hommes, armés de lanternes, se rendirent à l'endroit du cimetière où s'était passée cette scène fantastique.

« Ils ne purent relever aucune trace de pas.

« Mais le gardien Truy, affirmant toujours qu'il avait vu, de ses yeux vu, ce qui s'appelle vu, son chef consentit enfin à l'accompagner chez le commissaire de police, où ils firent leur déclaration, qui fut reçue dans les formes habituelles et transmise à la Préfecture.

« Bien entendu, M. Charlet, chef de la Sûreté, reçut mission d'éclaircir ce mystère qui semblait rentrer dans le domaine du merveilleux.

« Rien ne fut négligé : pendant plusieurs nuits, des agents, blottis derrière les tombes, firent le guet. Rien d'insolite ne se produisit. Nulle trace ne put être non plus relevée relativement à la femme qui se serait échappée du cimetière de façon si extraordinaire.

« Malgré les affirmations sans cesse répétées du gardien Truy, on commençait à douter de sa sincérité, voire même de son bon sens : une enquête fut menée discrètement sur lui ; et on ne tarda pas à apprendre que le brave homme n'était pas d'une sobriété à toute épreuve.

« Très connu dans les cabarets du voisinage, Truy passait pour une tête faible. Il était un peu loufoque, disait-on couramment.

« Interrogé avec persévérance, le gardien, peu à peu, se contredit formellement dans les détails de son récit, sur la taille de la prétendue fugitive, sur le chemin qu'elle avait suivi à travers les tombes, même sur l'heure précise de l'événement.

« Enfin, s'apercevant que son entêtement à affirmer des faits controuvés, – nés sans doute dans son imagination surchauffée par quelque excès de boisson, – pouvait nuire à sa situation, peut-être même amener sa révocation, il s'est décidé à avouer qu'il n'y avait, en ces événements fantastiques, absolument rien de réel, qu'il avait surtout voulu se rendre intéressant, en attirant sur lui l'attention de ses chefs. C'était un bluff de premier numéro.

« Comme Truy est en somme un bon serviteur, très fidèle, très soumis, il en fut quitte pour une verte réprimande.

« Et, ainsi finit l'Étrange affaire du Père-Lachaise. »

« Eh bien ? demanda Fouinard à Suzon, qui avait achevé sa lecture.

— Eh bien ! ça me paraît clair comme le jour. Le bonhomme avait pris le soir un petit coup de sirop. Il a eu un cauchemar... et a cru voir un tas de choses... Comprenez donc, monsieur Toto : de demeurer dans un cimetière, ça donne des idées peu folâtres...

— Bon, tu as peut-être raison...

— Ah ! vous voyez bien !

— À moins que tu n'aies tort... Coupe tout de même, ma petite Suzon, et classe ça au NB. 27. »

La jeune fille obéit et monta sur un tabouret pour atteindre le carton.

Toto la regardait, de ses bons yeux d'ami :

« Dis donc, Suzon, reprit-il, et ce mariage, ça tient toujours ?...

— Oh ! pouvez-vous douter ! Seulement, vous savez... il faut que vous soyez tout à fait remis... et que vous nous promettiez de ne plus vous exposer ainsi follement... Penser à se marier pendant que vous seriez dans un trou à charbon ! Par exemple, ça ne serait pas à faire... Vous ne le ferez plus, pas vrai ? c'est promis ?...

— Entendu, dit Fouinard en riant. Maintenant, où en es-tu de ta location ? As-tu trouvé ce que tu cherches ?...

— À peu près, monsieur Toto : rue Saint-Denis, un rez-de-chaussée dans la cour, et un premier... Il y a là pour le magasin, l'atelier et le logement... Mais, voyez-vous, c'est cher !...

— Qu'est-ce que ça veut dire, cher ?...

— Dame ! onze cents francs, sans compter l'eau, le gaz, les contributions... ça peut être lourd...

— Ne t'occupe pas de ça, petite Suzon. Tu t'installeras là-dedans, avec ton bon Michel... et dix mille francs pour frais d'établissement, achat de fournitures et tout le bataclan... Ça fera bien, ton enseigne. – Suzanne Verette, plumes et fleurs. – Michel fera le placier...

— Et il portera la marchandise en ville, pendant que je trimerai à la maison... Oh ! je suis sûre qu'avant deux ans nous vous aurons remboursé...

— Remboursé ! cria Toto. En voilà une blague ! Tiens, Isaac en aboie ! »

En effet, le cabot lançait dans l'antichambre des aboiements violents, à ce point qu'il en avait réveillé Papa, le perroquet, somnolant sur son bâton.

« On a sonné, dit Suzon. Je vais ouvrir…

— Va, naïve enfant, fit Toto. Mais, tu sais, si jamais tu parles de remboursement ! »

Elle était déjà loin : Toto entendit qu'il y avait des pourparlers sur le carré.

Il se levait pour aller voir ce qui se passait, quand Suzon reparut, effarée :

« Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Toto.

— C'est un bonhomme... avec une tête... oh ! là ! là ! qui demande à vous parler...

— Remarque, Suzon, que s'il demandait à me parler... sans sa tête... ce serait encore plus étonnant...

— Je veux dire... qu'il marque mal... Je lui ai demandé son nom : il a répondu comme ça que...

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