83 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Découvre YouScribe en t'inscrivant gratuitement

Je m'inscris

Découvre YouScribe en t'inscrivant gratuitement

Je m'inscris
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
83 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

De toute sa carrière, le commissaire Henri MERVILLE n’avait jamais connu un coupable se rendant spontanément pour avouer un crime qui n’avait pas été signalé.


Aussi, quand Bertrand Jolivet, chargé de pouvoir d’une grande entreprise, se livre en s’accusant d’avoir détourné trois millions à son patron, le policier est plus que circonspect, surtout que le type a tout de l’homme tranquille et qu’il semble mener une vie d’ascète.


Alors, pourquoi voler autant d’argent si c’est pour vivre chichement ?


C’est ce que MERVILLE va chercher à comprendre en fouillant plus que de raison dans une affaire qu’il aurait dû, normalement, classer...

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 08 août 2023
Nombre de lectures 0
EAN13 9782385012021
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0015€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

LES ENQUÊTES
DU
COMMISSAIRE MERVILLE

UN COUP RATÉ !
Récit policier

Lydie SERVAN
CHAPITRE PREMIER

Le commissariat somnolait dans une quiétude tiède. C'est du moins l'impression qu'on pouvait avoir en y entrant : pas un chat ; même pas le moindre clochard, cuvant son gros rouge sur le banc de bois, même pas le moindre gosse venant déclarer qu'il avait trouvé un stylo sur le boulevard. Un crépitement de machine à écrire parvenait cependant des pièces attenantes, de derrière les portes où l'on pouvait lire « Cabinet de M. l'Officier de Police », « Défense d'Entrer ». Mais le préposé au guichet ne se mêlait nullement à cette activité : son crâne dépassant à peine la tablette se penchait sur une grille de mots croisés, qu'il ne se hâtait guère, d'ailleurs, de remplir.
La porte de l'extérieur s'ouvrit, projetant un courant d'air frisquet. Le client entra, s'avança vers le guichet :
— Monsieur... fit-il d'une voix sans histoire.
L'employé venait justement de trouver un mot difficile : sept lettres, horizontalement : « vestiges d'un continent disparu ». Il les aligna, ces sept lettres, orgueilleusement, victorieusement. Puis comme le client répétait son « Monsieur ?... » timide et patient, il leva enfin le nez :
— Vous désirez ? fit-il, allongeant machinalement la main pour saisir les pièces qu'il n'allait pas manquer de lui tendre. Qu'est-ce qu'un bonhomme aussi effacé, aussi peu représentatif que celui-là pouvait, en effet, venir faire au commissariat, sinon remplir une quelconque demande de papiers d'identité ? Âge moyen, front moyen, taille moyenne, le type bien brave qui paie ses contributions et entretient d'excellents rapports avec ses chefs, sa concierge, ses voisins...
— Je viens me constituer prisonnier, dit le type moyen.
L'employé ne réalisa qu'à partir de la dixième seconde qui suivit cet aveu.
— Comment ?
— Je viens me constituer prisonnier, répéta l'homme. J'ai commis pour trois millions de détournements au préjudice de mon employeur, M. Dominel, 80, rue Dante. Je suis son fondé de pouvoir.
— Dominel, répéta machinalement l'employé ahuri.
— Orfèvrerie, bijoux précieux et de fantaisie. Usines à Noisy-le-Sec, précisa encore l'étrange client.
« Vous avez fini de vous payer ma figure ? » eut envie de demander l'homme du guichet. Mais, dans la crainte de commettre une erreur regrettable, il se leva d'un bond, empoigna l'autre par le bras et l'entraîna « manu militari » vers le bureau de l'officier de police.
— Monsieur l'Officier de police, voici une affaire qui vous concerne : cet individu prétend être l'auteur d'un crime... non, d'une agression...
Il s'empêtrait, plus bouleversé que celui qu'il tenait toujours par le bras.
— C'est bien, fit froidement l'officier de police, je vais voir ça. Retournez là-bas.
Et lorsqu'il se retrouva seul avec l'homme :
— Alors, de quoi s'agit-il, Monsieur ?
Aussi calmement qu'il l'avait fait à l'employé du guichet, ce dernier répéta sa déclaration.
— C'est une plaisanterie, je suppose ? fit l'officier de police.
— Absolument pas. Je le sais, mon attitude peut vous sembler étrange, inhabituelle. D'ordinaire... Mais, il y a aussi des gens capables de faire le mal et qui, ensuite, éprouvent le besoin de libérer leur conscience.
— C'est possible, dit l'officier de police en attirant sa machine à écrire.
Il y engagea une feuille pour rédiger son procès-verbal.
— Nom, prénoms, âge ?
— Jolivet, Bertrand, Eugène, Vincent, né le 22 janvier 1905 à Beaumont (Oise).
— Profession ?
— Fondé de pouvoir des Établissements Dominel, 80, rue Dante, Paris 5 e . C'est à ce titre qu'il m'a été facile de détourner la somme de trois millions – enfin, approximativement trois millions – puisque je possédais tous pouvoirs sur la banque. Je faisais des chèques, je les signais, je les encaissais. Travail enfantin !
— Et en combien de temps prétendez-vous avoir commis ces détournements ?
— Environ dix ou onze mois.
— Naturellement, commenta l'officier de police, tout en continuant à taper son rapport, naturellement, vous préférez vous dénoncer avant que votre patron ne vienne porter plainte. Vous avez raison, ce vous sera une circonstance atténuante.
— Il n'a pas de raison de porter plainte, puisqu'il ne s'est aperçu de rien et qu'il y a de fortes chances pour qu'il ne s'aperçoive de rien avant longtemps.
— Trois millions, dites, ça fait tout de même du bruit !
— Pas chez Dominel. C'est une maison qui roule sur des capitaux dont vous n'avez même pas idée. Je n'ai pas les chiffres en tête – je suis tout de même un peu troublé, n'est-ce pas ? – mais les livres de comptes vous ahuriraient. Tenez, un exemple entre mille...
Il croisait les jambes, se renversait un peu sur sa chaise de bois, parlait d'un ton mondain comme au cours d'une conversation de salon. L'officier de police l'interrompit avec une brusquerie toute policière :
— Dites donc, dites donc, vos histoires ne m'intéressent pas ; vous aurez bien le temps de les raconter par la suite. Pour l'instant, c'est tout ce que vous avez à me dire ? Bon. Prenez connaissance du procès-verbal et signez.
Calmement, Bernard Jolivet relut la feuille dactylographiée puis sous la formule rituelle « Lecture faite, persiste et signe », il apposa son paraphe. Il se leva ensuite et, sans rien perdre de son calme, suivit docilement le gardien jusqu'à la chambre de sûreté.
Pour une affaire étrange, c'était une affaire étrange. Le menton dans sa main, l'officier de police y réfléchissait. Évidemment, policièrement parlant, elle apparaissait des plus simples, après quelques vérifications, une enquête brève, on aurait la conclusion. Si ce Bertrand Jolivet était sain d'esprit, le Code pénal a un tarif de peine pour ce genre de délit ; s'il s'agissait d'un roman issu de son imagination en délire, le fondé de pouvoir était mûr pour l'Infirmerie spéciale. De toute façon, cette affaire dépassait les limites des pouvoirs d'un commissariat ; l'officier de police décida de procéder aux premières vérifications qui s'imposaient, puis, s'il y avait lieu, de confier l'enquête à ses collègues du Quai des Orfèvres.

* * *

M. Léon Dominel arriva au Commissariat à l'heure notifiée sur la convocation à lui adressée. Il ne voyait, a priori, aucun motif à cette convocation, mais en homme d'affaires accoutumé à s'adapter aux circonstances, l'acceptait avec philosophie. Assis dans le bureau de l'officier de police, à la place même où son indélicat fondé de pouvoir s'était livré à des aveux inattendus, il recevait en plein visage la question :
— Sincèrement, d'homme à homme, monsieur Dominel, vous n'avez aucune idée du motif de ma convocation ?
— Aucune...
Nulle trace de mensonge sur ces traits réguliers, ce visage plein, légèrement poupin, entre les tempes grisonnantes. Léon Dominel pouvait porter beau pour certains, en tout cas il respirait la force et une honnêteté quasi candide. Cette assurance tranquille exaspérait l'officier de police ; il lança, tout de go :
— Votre fondé de pouvoir, M. Bertrand Jolivet, vous a volé de trois millions.
Cette fois, l'homme tranquille bondit :
— Qu'est-ce que vous dites ?
— Exactement ce qu'il vient de me déclarer, il y a quelques heures, en se constituant spontanément prisonnier.
— Oh ! le salaud ! éclata l'industriel.
L'officier de police respira : enfin, Dominel prouvait qu'il avait tout de même quelque chose dans le ventre. Il prouvait davantage : de simplement coloré, son teint tournait au rouge puis au brique. Un sanguin, que la cinquantaine proche dotait d'une mauvaise circulation.
— Vous l'avez coffré, j'espère ? Où est-il, que je lui casse la g... !
— Vous serez confrontés tout à l'heure. Auparavant, je vous serais reconnaissant de vous calmer un peu et de répondre à certaines questions indispensables. Tout d'abord, comment une telle différence a-t-elle pu se glisser dans votre comptabilité sans que vous ne vous en soyez pas aperçu ?
Dominel réfléchit un moment :
— Non, finit-il par dire, c'est impossible. C'est une histoire de fou. Jolivet est incapable de détourner un sou. Il est en pleine crise de démence, ou bien... Comment est-il ? Surexcité, hein, nerveux, agité ?
— Parfaitement calme, au contraire. J'ai rarement vu, pour ne pas dire jamais vu, un cas semblable.
— Lui qui avait toute ma confiance, gémit enfin Dominel, accablé. Je lui aurais confié toute ma maison... En fait, je me remettais entièrement à lui du domaine financier de mon affaire. Lui, ma femme et mon comptable, s'occupaient de la partie administrative ; moi, j'avais bien assez à faire avec le domaine production. Vous pensez, ces trois branches si diverses : l'orfèvrerie, d'abord, puis les bijoux, et cette bijouterie fantaisie qui prend de plus en plus d'importance dans la parure féminine ! Elle m'oblige à garder un contact étroit avec la Haute Couture, la Mode, pour que ces petits riens cadrent exactement avec les dernières créations des couturiers, sans fausse note, pour éviter aussi la concurrence dans les modèles et dans les prix... C'est un travail énorme, une préoccupation constante ; s'il fallait encore que je me dépêtre avec les chiffres, je n'en finirais plus ! Tout de même, trois millions... Oh ! ce n'est pas la somme en elle-même, mais le geste... Trois millions, vous savez, chez moi, ça va, ça vient...
— Combien gagnait Jolivet, chez vous ?
— Quatre-vingts, quatre-vingt-dix mille francs par mois... Célibataire, sans enfants... Je vous dis, à moins qu'il ne soit devenu fou, je ne vois pas...
— Écoutez, monsieur Dominel, le plus simple est que vous procédiez à une vérification de votre comptabilité au plus tôt. Vous saurez si ces trois millions ont réellement disparu et nous ne discuterons pas dans le vide. Restez assis, je vais vous faire amener Jolivet.
L'officier de police sortit quelques instants ; lorsqu'il revint dans son bureau, en compagnie de Jolivet qu'escortaient deux gardiens de la paix, le visage de l'industriel s'était transformé. À la placide rondeur succédaient des traits tirés, des

  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • Podcasts Podcasts
  • BD BD
  • Documents Documents
Alternate Text