Une femme sans histoire
136 pages
Français

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Une femme sans histoire , livre ebook

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Description

Dans un hôpital de Montpellier, une femme s’éveille complètement amnésique. Elle ne se souvient d’absolument rien. Pas même de son propre nom. Son voisin de chambre, Victor, se lie rapidement d’amitié avec elle. Ensemble, ils cherchent un prénom en attendant qu’elle retrouve le sien, et son choix se porte sur Anna.
Rien ne s’arrange durant son séjour à l’hôpital : non seulement la mémoire d’Anna reste complètement inaccessible, mais les médecins découvrent qu’elle est enceinte. Tout se bouscule dans sa tête. Qui est le père? Et pourquoi personne n’a signalé sa disparition? Que va-t-elle devenir sans identité?
Déterminé à lui venir en aide, Victor se propose de la prendre en charge et des liens très forts se tissent entre eux… jusqu’à ce que la mémoire de la jeune femme revienne subitement à la surface…
Un avenir est-il possible lorsque le passé nous échappe?

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 05 août 2016
Nombre de lectures 14
EAN13 9782897674489
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0020€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Copyright © 2016 Suzanne Roy
Copyright © 2016 Éditions AdA Inc.
Tous droits réservés. Aucune partie de ce livre ne peut être reproduite sous quelque forme que ce soit sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans le cas d’une critique littéraire.
Éditeur : François Doucet
Révision linguistique : Isabelle Veillette
Correction d’épreuves : Nancy Coulombe
Conception de la couverture : Matthieu Fortin
Photo de la couverture : © Thinkstock
Mise en pages : Sébastien Michaud, Sylvie Valois
ISBN papier 978-2-89767-446-5
ISBN PDF numérique 978-2-89767-447-2
ISBN ePub 978-2-89767-448-9
Première impression : 2016
Dépôt légal : 2016
Bibliothèque et Archives nationales du Québec
Bibliothèque et Archives Canada
Éditions AdA Inc.
1385, boul. Lionel-Boulet
Varennes (Québec) J3X 1P7, Canada
Téléphone : 450 929-0296
Télécopieur : 450 929-0220
www.ada-inc.com
info@ada-inc.com
Diffusion
Canada : Éditions AdA Inc.
France : D.G. Diffusion
Z.I. des Bogues
31750 Escalquens — France
Téléphone : 05.61.00.09.99
Suisse : Transat — 23.42.77.40
Belgique : D.G. Diffusion — 05.61.00.09.99
Imprimé au Canada


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Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada (FLC) pour nos activités d’édition.
Gouvernement du Québec — Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres — Gestion SODEC.
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Roy, Suzanne, 1975-
Alice
Sommaire : t. 1. Une femme amoureuse -- t. 2. Une femme sans histoire.
ISBN 978-2-89767-443-4 (vol. 1)
ISBN 978-2-89767-446-5 (vol. 2)
I. Roy, Suzanne, 1975- . Femme amoureuse. II. Roy, Suzanne. Femme sans histoire. III. Titre.
PS8635.O911A61 2016 C843’.6C2016-941158-3
PS9635.O911A61 2016
Conversion au format ePub par: www.laburbain.com


Chapitre 1
L’inconnue
U ne voix d’homme ramène la jeune femme à la conscience. Même si ses yeux restent fermés, elle se surprend à tendre l’oreille, puis à essayer de reconnaître les mots qu’il prononce. Lourdement, elle entrouvre un œil et tourne la tête dans un geste lent en direction du son. L’homme, installé sur un lit voisin près d’une fenêtre, tient un tas de feuilles qu’il lit à voix haute. La jeune femme essaie de reconnaître le lecteur, puis pivote sa tête pour observer le reste de la pièce. Aucun doute : elle est dans une chambre d’hôpital. Mais que fait-elle là ? Quand le chuchotement s’arrête, elle reporte son attention sur son voisin.
— Bonjour, la salue l’homme en affichant un large sourire.
Elle déglutit avant de répondre d’une voix rauque et faible :
— Bonjour.
— Je suis heureux de vous voir éveillée. Ça doit faire trois jours que vous dormez.
— Trois…
Les mots s’étranglent dans sa gorge lorsqu’elle essaie de se redresser dans le lit. L’homme dépose sa liasse de feuilles et se lève.
— Hé ! Doucement !
Il tente de venir aider la jeune femme à s’étendre à nouveau, mais l’étourdissement qui l’assaille la maintient sur le matelas bien plus rapidement encore. Elle porte la main à son front et ferme les yeux pour essayer de maîtriser sa douleur. À ses côtés, l’homme appuie sur un bouton installé entre les deux lits pour appeler l’infirmière. Dans un gémissement, elle remarque que son corps est courbaturé.
— Je me suis fait… renverser par une voiture ou quoi ? demande-t-elle.
— Je suis désolé. Je n’en sais rien, avoue l’homme piteusement.
Environ une minute plus tard, une femme entre et lorsque la patiente pose les yeux sur elle, elle affiche un énorme sourire avant de lancer :
— Eh bien, bonjour !
La jeune malade, qui vient seulement de parvenir à redresser son corps sans trop de mal dans le lit, ne répond pas.
— Comment allez-vous ? insiste la nouvelle venue avec une voix joyeuse.
— Euh. Bien…
— Tant mieux. Je vais chercher le médecin. Restez calme. Je reviens tout de suite.
L’infirmière ressort prestement de la chambre. Dès qu’elle se retrouve seule avec son voisin, l’homme titube jusqu’à son lit et reprend sa place avant d’annoncer :
— Je m’appelle Victor.
Comme elle le regarde sans répondre, il montre sa jambe avant d’ajouter :
— On m’a opéré au genou.
— Et moi ? Pourquoi je suis ici ? demande-t-elle sans se soucier de la blessure.
— Ça, je ne sais pas. D’après ce que j’ai compris, tu aurais été découverte sans connaissance, il y a deux jours. Les médecins disent que tu aurais reçu un coup sur la tête. Mais je n’en sais pas plus.
La jeune femme porte une main sur son front avant de souffler :
— Ah oui ?
— Ça ne te rappelle rien ? vérifie-t-il.
Elle essaie de retrouver une image de cet accident, mais rien ne surgit dans sa mémoire. Elle sursaute lorsque deux personnes, le médecin suivi de l’infirmière, rentrent dans la chambre et s’avancent vers elle.
— Notre inconnue est enfin réveillée ! s’exclame-t-il avec un sourire.
Pendant que la dame contourne le lit et tire le rideau qui la sépare de son voisin, le médecin vérifie les appareils autour d’elle, puis reporte son attention sur sa patiente.
— Je suis le docteur Madison, et vous êtes à l’Hôpital Lapeyronie.
— Que s’est-il passé ?
— Ça, c’est une bonne question, réplique le praticien en récupérant son bras pour prendre sa pression artérielle. Racontez-nous ce dont vous vous souvenez.
— Bien. Je… je ne sais pas, avoue-t-elle. Tout est… confus.
Un silence désagréable s’installe pendant qu’il termine son examen. La jeune femme attend, anxieuse. Lorsqu’il libère son membre supérieur, l’infirmière lit quelques résultats que le médecin note dans son dossier. Immédiatement, il se penche vers elle et soulève sa paupière sans lui demander l’autorisation. Il fait virevolter une lumière dans ses yeux. Enfin, il reprend la parole :
— On vous a transportée ici après vous avoir retrouvée sans connaissance dans une petite rue. Vous aviez une vilaine commotion.
— J’ai eu… un accident ?
— Ça, Madame, c’est à vous de nous le dire…
Il se détache et récupère le dernier bilan imprimé sur une feuille tout près de son lit. Il fait une sorte de « Hum », puis demande :
— De quoi vous souvenez-vous ?
Elle hausse les épaules en essayant de réfléchir. Impatient, il pose une nouvelle question :
— Savez-vous quel jour nous sommes ?
— Bien. Je… Non. Je crois que non.
— Pas même le mois ?
Elle interroge sa mémoire pendant une longue minute. Elle cherche, mais rien ne lui vient, aucune indication sur la saison et ce rideau tiré ne l’aide pas à avoir un aperçu de la météo extérieure. Elle lance, au hasard :
— Juin ?
Le médecin ne répond pas. Il gribouille des notes sur la feuille tout en continuant son interrogatoire :
— Quel est votre nom ?
La jeune femme affiche un air tout aussi perdu. Le thérapeute fronce les sourcils et insiste, sur un ton irrité :
— Vous avez bien un nom ?
— Bien… oui… enfin…
Elle plisse le front nerveusement et écrase ses doigts sur ses tempes, mais tout est noir dans sa tête. Elle cherche quelque chose : un mot, un nom, n’importe lequel, tant qu’il lui indique une information juste. Elle s’impatiente elle-même, ayant la nette impression que sa réponse prend une éternité et que tout le monde attend qu’elle réagisse. Le médecin continue à compulser son dossier dans un froissement de feuilles de papier qui ne l’aide en rien à réfléchir.
— Quelle est la dernière chose dont vous vous souvenez ? reprend-il.
Encore une fois, la jeune femme repart à la recherche d’une image et sa respiration lui semble de plus en plus difficile. Elle essaie de retrouver un souvenir, n’importe lequel, et le seul qui émerge est trouble.
— Un bruit. Une sorte de « chhhhhhhh ». Je crois.
Lorsqu’elle referme les yeux, elle ajoute :
— Je crois que je flottais. J’avais les jambes… engourdies.
— L’avion, peut-être ?
Le visage de la jeune femme s’éclaire, puis elle hoche la tête.
— Un avion, oui. Je crois que c’est ça.
La sensation issue de son souvenir lui paraît crédible, même si elle n’est pas certaine qu’elle soit juste.
— Bien, dit-il sans cesser d’écrire.
La voix du médecin lui semble plus calme et la jeune femme soupire de soulagement. Elle a l’impression d’avoir donné une bonne réponse à l’examen. Elle retombe dans son lit, étrangement épuisée d’avoir forcé sa mémoire à lâcher une sensation plus qu’un souvenir.
— Savez-vous où vous êtes ? demande-t-il encore.
— Eh bien… à l’hôpital ?
Sa réponse fait sourire l’infirmière, mais pas le médecin, qui précise sa question :
— Dans quelle ville ?
— Bien, vous avez dit… Lapey…
— Lapeyronie, répète-t-il. Et c’est le nom de l’hôpital, pas de la ville.
Il fronce les sourcils et attend. Elle cherche quelque chose autour d’elle, n’importe quoi qui puisse lui indiquer l’endroit où elle se trouve. Quand il remarque son visage anxieux, il répond lui-même à sa propre question :
— Vous êtes à Montpellier. Cela vous dit-il quelque chose ?
— Je… non.
Quand le trou noir s’acharne dans son esprit, elle finit par demander :
— Quand vous dites Montpellier, vous voulez dire… en France ?
— Oui. Connaissez-vous cette ville ? Y avez-vous de la famille ?
Elle réfléchit, difficilement, mais ne se remémore rien de précis concernant cet endroit.
— Non, je… ça ne me dit rien. Désolée.
Pendant plusieurs minutes, le médecin continue de griffonner, puis il replace le dossier sous son bras.
— De toute évidence, vous souffrez d’une amnésie partielle, annonce-t-il. Je vais demander au docteur Dubois de faire quelques analyses de routine.
Comme le regard de la jeune femme laisse transparaître une certaine panique, il ajoute avec une voix plus douce :
— Ne vous inquiétez pas. La perte de la mémoire n’est pas rare dans ce genre d’accident. Vous avez probablement subi un choc.
— Un choc ?
— Oui. Une agression, un accident. En tous les cas, quelque chose d’assez difficile pour vous empêcher de vous en souvenir.
Dans un geste rapide, la jeune femme regarde les parties de son corps. Elle cherche des indices, quelque chose susceptible de lui prouver qu’elle a été victime d’un accident. Elle montre d’étranges cicatrices sur ses avant-bras :
— Un truc comme ça ?
— J’en doute, répond le médecin. Vu la couleur de vos marques, ces griffures doivent dater de quelques mois. Je songeais plutôt à une agression armée ou à un accident de voiture…
La jeune femme se remet à réfléchir, à chercher le plus infime souvenir, lorsqu’elle soupire, dépitée :
— Ça va me revenir, hein ?
— C’est fort possible, avoue le praticien. Dans ce genre de cas, il arrive que la mémoire revienne peu à peu. Comme les pièces d’un puzzle qui arrivent par morceaux, dans le désordre.
Elle porte machinalement la main sur ses cheveux et celle du médecin, chaude, se pose son épaule.
— Ne forcez rien. Détendez-vous. Lorsque votre tête sera prête, tout viendra naturellement.
Elle se laisse retomber contre l’oreiller et ferme les yeux, faisant mine de céder aux paroles du docteur. Pourtant, dès qu’il tourne les talons, elle se redresse de nouveau.
— Et mon nom ? Vous le connaissez ?
Il pivote vers elle avant d’avouer :
— Au moment de votre admission, vous n’aviez aucun papier sur vous. On vous a peut-être volée ?
Sentant la panique la gagner, la jeune femme souffle :
— Je n’ai pas de nom ?
— Bien sûr que vous avez un nom, la contredit-il. Les policiers feront une enquête. Ils finiront bien par trouver qui vous êtes. Quelqu’un vous recherche sûrement quelque part. Votre mari, par exemple.
— Mon mari ? répète-t-elle. Je suis mariée ?
La jeune femme observe ses doigts, à la recherche d’une alliance qui n’existe pas. Elle essaie même d’en voir une trace sur sa peau, mais rien ne transparaît.
— Je n’en sais rien, admet-il. Votre mari ou votre petit ami, votre famille, votre employeur… quelqu’un doit bien vous chercher. Les gens ne disparaissent pas comme ça, vous savez.
La voix du thérapeute se veut douce et apaisante, mais la jeune femme s’interroge. Pourquoi tout est-il aussi noir dans son esprit ?
— Reposez-vous. Je viendrai prendre de vos nouvelles plus tard, dit-il.
Quand le médecin sort, elle abat sa tête dans l’oreiller. Elle cherche, en vain, à retrouver la plus petite information susceptible de lui donner un indice sur sa propre identité. Qui est-elle ? Pourquoi aucun souvenir ne lui est accessible ?
— Je ne sais même pas qui je suis !
— Chut. Calmez-vous, chuchote l’infirmière.
Elle attend que la jeune femme hoche la tête, puis elle ouvre de nouveau le rideau qui l’isole de son voisin de chambre.
— Je suis Nathalie, annonce-t-elle avec une voix enjouée. Si vous avez besoin de moi, appelez, d’accord ? Je serai juste là.
Elle pointe son doigt dans une direction, mais la jeune femme ne regarde même pas. Elle se concentre sur sa respiration, surtout pour essayer de retrouver son calme, soulagée de voir l’infirmière repartir. Soudain, elle sent le regard de son voisin posé sur elle. Sans attendre, elle tourne la tête vers lui et découvre un visage inquiet.
— Ça va aller ?
— Je ne sais pas. Je suppose que tu as tout entendu ? vérifie-t-elle.
— Oui, admet-il en baissant les yeux.
La jeune femme attend, puis son voisin dépose une pile de feuilles sur la table de chevet et se penche vers elle avant de tendre une main dans le vide.
— Je m’appelle Victor, redit-il.
Sans réfléchir, elle l’imite pour pouvoir répondre à son geste, mais le chagrin ne tarde pas à lui nouer la gorge.
— Je voudrais bien… me présenter, mais… je n’ai pas de nom. Ou plutôt, je ne m’en souviens pas…
Elle lâche un rire triste.
— C’est bête, non ?
Tout en reprenant place sur son lit, il affiche un visage songeur, puis reprend, en retrouvant un large sourire.
— Et si nous te trouvions un nom ? propose-t-il.
Il récupère une revue dans le tiroir de la table de chevet, la dépose sur lui et en fait tourner les pages.
— Tu n’as qu’à choisir un nom qui te plaît. Rachel ? Britney ?
Elle fronce les sourcils, puis son visage affiche un léger sourire quand elle comprend qu’il énonce tout haut les prénoms des personnes célèbres présentes dans le magazine.
— Je ne peux pas prendre n’importe quel nom ! proteste-t-elle.
— Pourquoi pas ? Après tout, ce sera temporaire. Et ça me permettra de t’appeler autrement que… la Femme endormie.
Sans attendre, il se remet à tourner les pages en poursuivant son énumération :
— Simone ? Claudia ? Béatrice ?
Elle secoue la tête.
— Joan ? Mohammed… euh, non. Marie ? Anna ?
Le visage de la jeune fille se relève vers lui et elle chuchote :
— Attends.
— Quoi ? Marie ? vérifie-t-il.
— Non. Anna. Je crois que… ça me dit quelque chose…
— C’est ton nom ?
Elle hausse les épaules, incertaine, et Victor opine de la tête.
— Alors, va pour Anna.
Il rit en penchant la tête et lui tend la main une seconde fois :
— Je suis enchanté de faire ta connaissance Anna. Je m’appelle Victor. Victor O’Brien.
Elle sourit avant de répondre à son geste.
— Anna. Je m’appelle… Anna.
— Alors, Anna, reprend-il, de quoi as-tu envie ?
Devant son regard intrigué, il explique sa question :
— Après trois jours endormie, peut-être aimerais-tu manger quelque chose de plus consistant que ça ?
Il pointe du doigt le cathéter collé au bras de la jeune femme.
— Ah ! dit-elle. Bien… je ne sais pas trop.
L’homme se tourne et récupère un sac qu’il dépose sur son lit. Il en sort diverses friandises qu’il lui tend. Anna attrape la première au hasard.
— Qu’est-ce que c’est ? demande-t-elle en ouvrant le paquet.
— Du chocolat à l’orange.
Elle le déballe et le glisse dans sa bouche. Un sourire plus franc s’affiche alors :
— Hum. C’est bon, confirme-t-elle.
— Et elle aime le chocolat, annonce-t-il avec un air ravi.
Victor se réinstalle plus confortablement dans son lit et elle en profite pour l’observer. Il a des cheveux épais, un peu longs, qui lui masquent légèrement le regard. Sa barbe de quelques jours lui donne un air négligé, mais son accent, qui prouve qu’il est probablement anglophone, donne l’impression inverse. Au bout de quelques minutes, il demande :
— Ça va mieux ?
— Oui. Merci.
Tout en déballant une autre sucrerie, elle se met à observer la chambre et les objets qui la composent.
— Depuis quand tu es là ? le questionne-t-elle.
— Trois jours.
— Et qu’est-ce qui est arrivé à ton genou ?
— Je suis tombé. Un truc complètement idiot. J’ai raté une marche alors que je transportais une boîte. Ç’a déchiré un muscle. Ce n’était pas joli à voir. Et on m’a opéré. D’ici quelques jours, je devrais pouvoir rentrer chez moi.
Elle soupire. Victor a drôlement de la chance de pouvoir sortir d’ici, comme ça. Lui, il a un endroit où aller. Une vie aussi. Des personnes qui l’attendent. Une vague de tristesse la submerge, mais Anna s’empresse de changer de sujet de conversation pour ne pas y céder :
— Qu’est-ce que tu fais comme travail ?
Sur le point de porter un bout de friandise à ses lèvres, il relève un sourcil intrigué vers elle.
— Tu vends du chocolat ? plaisante-t-elle en lui montrant son emballage vide.
Il rit de bon cœur avant de répondre :
— Je suis éditeur dans une petite maison d’édition.
Il tapote la pile de feuilles qu’il lisait plus tôt.
— Comme je suis coincé au lit, j’en profite pour avancer dans mes lectures de manuscrits.
Elle hoche la tête quand il reprend, gêné :
— Pardon, je suis là à te raconter ma vie sans intérêt. Tu aimerais peut-être te reposer ?
— Surtout pas. J’ai dormi trois jours, ça suffit !
Il sourit à son tour et se laisse retomber dans son lit. Elle l’imite avant de poursuivre son interrogatoire :
— Tu es marié ?
— Non.
— Tu as une petite amie, alors ?
Il rit avant de secouer la tête, et Anna a la sensation qu’il rougit.
— Quoi ? demande-t-elle.
— Je n’ai pas l’habitude qu’on me pose tant de questions, avoue-t-il.
— Bah… comme je n’ai pas grand-chose à raconter, je crois que tu vas devoir m’aider à faire la conversation…
Il hoche la tête avant de reprendre :
— Eh bien… non. Je vis seul.
Elle fait « hum » avant de poursuivre :
— Pourquoi avoir choisi le métier d’éditeur ?
— Ça, c’est une bonne question. Probablement parce que je voudrais écrire et que je suis meilleur lecteur qu’écrivain ? Remarque, certains manuscrits tendent à me prouver le contraire, mais… peu importe.
Elle tourne la tête vers la pile de feuilles et l’attrape. Une fois le document sur ses cuisses, elle feuillette les pages en récupérant quelques bribes au hasard.
— Ça semble intéressant, dit-elle.
— Oui, celui-là n’est pas mal.
— Et c’est l’histoire de…
— D’un gars qui essaie de devenir un superhéros après avoir vu un film à la télé. C’est drôle. Il lui arrive plein d’ennuis. Et comme il n’a aucun pouvoir, il rate tout ce qu’il entreprend.
Il rit avant de reprendre :
— Ça l’emmène dans une aventure qui tourne plutôt mal.
— Tu vas le publier ?
— Ce n’est pas seulement à moi de décider. Je dois d’abord en discuter avec un comité, puis avec mon partenaire. Il y a des étapes à suivre.
Elle continue de feuilleter le manuscrit pendant que la chambre retombe dans le silence. Elle sourit devant certaines phrases et sa réaction encourage Victor à proposer :
— Tu aimerais le lire ?
Elle sursaute et referme aussitôt le document.
— Non ! Je ne vais pas te prendre ton livre !
— Ne t’inquiète surtout pas pour moi ! Mon partenaire viendra m’en porter deux ou trois autres demain. Il en profite, qu’est-ce que tu crois ? Et puis, je l’ai presque terminé.
Elle hésite, et il s’empresse d’insister :
— Tu pourrais me dire ce que t’en penses. Nous verrions si nous avons les mêmes goûts…
— Bien… OK. Je crois que… j’ai bien besoin de me changer les idées…
Il confirme d’un signe de la tête. Sans attendre, elle ouvre la première page du manuscrit avant de chuchoter :
— Merci, Victor.
Dans un soupir, elle plonge dans la lecture du texte. Au bout de plusieurs minutes, Victor récupère une autre pile de feuilles et, ensemble, ils lisent en silence. Ce moment de calme dure de longues minutes, puis le sourire d’Anna finit par disparaître lorsque la réalité la happe de nouveau. Quand Victor remarque que la respiration de la jeune femme tremble, il demande inquiet :
— Ça ne va pas ?
— Pardon. C’est que… tout est tellement… irréel. Comment est-ce possible de tout oublier ?
Il dépose sa pile de feuilles et se lève en prenant appui sur une seule jambe. Il sautille jusqu’au lit de sa voisine, sur lequel il s’assied.
— Je ne sais vraiment pas ce que je vais devenir, avoue-t-elle.
— Tout ira bien, tente-t-il de la rassurer.
Elle renifle, puis le chasse pour se recroqueviller contre son oreiller. Elle pleure, longtemps, incapable de retrouver le moindre souvenir de son passé. Impuissant devant le désarroi de la jeune femme, Victor pose simplement une main réconfortante sur son épaule.
***
Le temps s’éternise. Anna oscille entre les crises de larmes et la lecture du manuscrit que lui a confié Victor. Quand une infirmière revient, c’est pour lui retirer le cathéter qui la nourrit. Elle profite de sa liberté pour s’enfermer dans la salle de bain. Elle fait couler l’eau et s’en asperge le visage pendant de longues minutes. Elle a envie d’une douche, d’un bain, d’eau chaude, de quelque chose de réconfortant, mais elle n’a accès qu’à un petit lavabo et un miroir qui lui renvoie un reflet qui lui semble vaguement familier. Elle le scrute pendant un temps considérable, essayant de coller un prénom à ce visage. En vain. Anna, c’est tout ce qu’elle est maintenant.
En fin d’après-midi, deux inspecteurs de police viennent lui poser plusieurs questions. Comme aucun souvenir ne lui est revenu, elle ne prend la parole que pour s’excuser de ne pas en savoir davantage sur un sujet pourtant simple : elle-même. C’est à ce moment qu’elle rencontre le docteur Dubois. Il interrompt son entretien avec les policiers et coupe court à leur interrogatoire en leur expliquant que sa patiente n’est pas en état de subir ce genre de stress. Quand l’homme en sarrau blanc revient, il tend la main vers elle :
— Bonjour. Je suis Paul Dubois. Je suis le neurologue chargé de votre problème d’amnésie. Comment allez-vous ?
— Euh… bien.
— Vous sentez-vous suffisamment forte pour marcher ?
Anna glisse ses pieds hors du lit et se lève aussitôt. Elle a déjà fait deux ou trois allers-retours à la salle de bain depuis le début de l’après-midi. Et même si elle ne marche pas vite, elle est ravie de pouvoir sortir de cette chambre.
— Où est-ce que nous allons ? demande-t-elle.
— Dans mon bureau. Nous allons d’abord discuter, puis je vous ferai passer quelques examens. Je vais vous aider à retrouver la mémoire. Ça vous dit ?
Elle opine, heureuse. Enfin quelqu’un qui souhaite s’occuper d’elle ! Elle le suit en silence pendant qu’ils traversent un long corridor. Lorsqu’ils arrivent au bureau du docteur Dubois, le médecin reprend la parole :
— Pardonnez le désordre. Quand on m’a dit que les gendarmes étaient dans votre chambre, je suis venu aussitôt…
Anna s’installe sur la chaise réservée au patient quand il récupère un dossier parmi ceux empilés sur un coin de son bureau.
— Voilà ! L’inconnue de Laroque.
— Laroque ? répète-t-elle, espérant qu’il s’agisse de son nom.
— Ah. C’est la rue dans laquelle on vous a retrouvée. Vous étiez sans connaissance et vous n’aviez aucun papier, alors… je vous ai nommée ainsi.
— Oh, dit-elle tristement.
— Ça ne vous dit toujours rien ?
— Non. Désolée.
Pendant qu’il continue de regarder les documents que contient le dossier, elle demande :
— Qu’est-ce qu’il y a d’autres, là-dedans ?
— Il y a peu de choses, avoue-t-il. Un appel anonyme a été passé vers 4 h pour signaler une femme inconsciente dans une petite rue déserte. Votre tête saignait.
Il relève le visage vers elle et cherche machinalement une plaie sur son crâne.
— On peut essayer de retracer cet appel ? questionne-t-elle.
— J’en doute. Et ce genre de coup de fil anonyme est fréquent dans ce quartier peu fréquentable. Les gens préfèrent ne pas se faire interroger.
Il se lève, contourne le bureau et tâte la tête de la jeune femme, à la recherche d’une bosse quelconque. Quand elle gémit, il amplifie son geste et elle grimace de douleur.
— Ici ? C’est sensible ?
— Oui, admet-elle.
Il continue de déplacer ses doigts autour de l’endroit douloureux. Après quoi, il retourne à son bureau.
— Bien, dit-il. Ça me semble assez léger, mais je vais refaire quelques tests pour vérifier votre état de santé général.
Il regarde certaines radiographies, qu’il place devant la fenêtre pour essayer de mieux les voir avant d’ajouter :
— Je ferai faire quelques prises de sang. Peut-être une ou deux radios supplémentaires. On pourra les comparer pour voir si votre lésion guérit normalement.
Anna ne répond pas. Elle l’observe noter des tas de phrases dans son dossier qui lui semble déjà bien chargé. Elle n’est pourtant là que depuis trois jours.
— Vous ne vous rappelez rien ? Pas de coup à la tête ? Pas de souvenirs de votre ancienne vie ?
— Euh… bien… je me souviens d’un bruit et d’une sensation.
— L’avion, oui. J’ai lu ça dans le dossier. Quoi d’autre ?
Elle hausse les épaules, désolée de devoir admettre que c’est tout. Il recommence à gribouiller sur une feuille et elle a l’impression de revivre la même scène qu’au petit matin. Elle fronce les sourcils avant de lâcher, exaspérée :
— Y a-t-il quelqu’un qui sache quelque chose sur moi dans cet endroit ?
— Calmez-vous. J’essaie de vous aider…
— Mais mettez-vous à ma place ! s’écrie-t-elle. Je ne sais rien du tout. Ni ce que je fais ici, ni ce qui m’est arrivé, ni… mon propre nom !
— Écoutez, Madame…
— Anna.
— Anna ? répète-t-il avec étonnement. Est-ce votre nom ?
— Non. C’est mon voisin de chambre qui m’a donné ce nom-là… en attendant que le vrai refasse surface.
— Ah. Je vois.
Il affiche une moue, visiblement déçu par cette réponse.
— Écoutez… Anna. Votre cas n’est pas si simple. Habituellement, les gens en amnésie post-traumatique n’oublient qu’une partie de leur vie. Dans la plupart des cas d’amnésie rétrograde, la perte de mémoire est partielle, mais aussi consécutive à une commotion cérébrale, soit un choc violent sur la tête. Dans votre cas il semblerait que ce soit une amnésie globale. Le problème reste à savoir si elle est d’origine psychogène ou non, et si elle a pour origine votre traumatisme crânien.
Il attend, mais comme elle ne réagit pas, il se voit contraint de traduire ses propos en langue profane :
— À mon avis, votre tête ne veut pas se souvenir de ce qui s’est produit.
Devant la panique qu’il perçoit dans le regard de la jeune femme, il s’empresse d’ajouter :
— Mais dans la plupart des cas, la mémoire finit par revenir. En partie, du moins. C’est comme un flash. Ça revient quand vous faites quelque chose qui vous semble familier.
— Quelque chose de familier ? Quoi, exactement ?
— Ça dépend. Vous pourriez retrouver des images pendant que vous faites la lessive. Certains ont retrouvé des images de leur passé en regardant la télévision. Il n’y a pas de recette précise. Il faut juste refaire un geste qui vous rappelle votre ancienne vie. Parfois, c’est une phrase, un rire, une chanson…
Le regard de la jeune femme devient insistant :
— Mais je finirai bien par me rappeler quelque chose, pas vrai ? Je veux dire… le docteur Madison a dit que j’allais retrouver la mémoire !
— Je ne peux pas me prononcer sur cette question pour l’instant.
Anna affiche une mine contrite. Qu’essaie-t-il de lui dire ? Qu’elle ne va jamais savoir qui elle est ?
— Je vais faire quelques recherches pour voir si d’autres personnes ont eu ce type d’amnésie, dit-il. Nous allons faire les tests et attendre quelques jours. Avec de la chance, quelque chose vous reviendra. Quand les premiers souvenirs surgissent, c’est bon signe. En général, les autres suivent…
— Il y a de l’espoir, alors ? vérifie-t-elle, incertaine de comprendre ses propos.
— Bien sûr ! Et les policiers nous aideront, eux aussi. Ils finiront bien par retrouver votre famille.
Il lui envoie un sourire auquel elle ne répond pas, puis il récupère le téléphone avant d’ajouter :
— Je vais demander quelques examens supplémentaires.
— OK, dit-elle en se levant.
D’une main, il lui fait signe d’attendre pendant qu’il passe son appel, puis il annonce :
— En fait, nous avons déjà une information intéressante à votre sujet.
— Ah oui ? Laquelle ?
— Votre accent. Vous n’êtes pas française, ça, c’est sûr.
Elle touche sa gorge, comme si elle n’avait pas perçu sa propre façon de parler.
— Vous êtes certainement québécoise… peut-être de passage dans la région ? En vacances ?
Il lui pose la question comme si elle pouvait y répondre.
— Est-ce que ça devrait me dire quelque chose ? questionne-t-elle.
— Peut-être pas, mais je demanderai aux policiers de vérifier le fichier des personnes disparues là-bas. Ça leur donnera peut-être une piste ?
Elle confirme de la tête et sent que l’espoir revient en elle. Quelqu’un, quelque part, finirait bien par la rechercher. Et aujourd’hui, elle ne souhaite qu’une chose : être retrouvée.


Chapitre 2
La proposition
L e jour suivant, Anna passe la matinée à faire une série d’examens et à répondre qu’elle ne sait rien à la majorité des questions qu’on lui pose. Elle ignore si elle a une quelconque allergie, si un membre de sa famille a déjà souffert de problèmes cardio-vasculaires ou sanguins, ou d’un cancer, et toutes ces choses que les gens normaux savent habituellement. De retour à sa chambre, elle se fige en apercevant un étranger, debout, devant le lit de Victor.
— Ah ! La voilà ! lance son voisin. Anna, je te présente mon associé : Stéphane Bizet.
L’homme s’avance vers elle et lui tend une main qu’elle accepte. Il sourit avant de lâcher :
— Je suis content de vous voir. Réveillée.
Du regard, elle interroge Victor, qui explique :
— Il est venu avant-hier. Quand tu dormais.
— Oh. Oui. Désolée.
D’un doigt, elle pointe sa plaie à la tête.
— J’ai eu un accident. Enfin… il paraît.
Un silence passe et Stéphane se décide à poursuivre :
— Il paraît que tu lis le manuscrit de Fanchon ?
Elle fronce les sourcils, sans comprendre, et il montre la pile de feuilles qu’elle a laissée sur la table de chevet.
— Ah ! Oui. J’espère que ça ne dérange pas, parce que j’ai bien besoin de me changer les idées…
D’une main, Victor tapote un sac rempli de manuscrits.
— Regarde ça ! Ici, il y en a assez pour toute la semaine ! annonce fièrement Victor. Et si ça se trouve, nous serons si efficaces que Stéphane devra en rapporter !
Le rire d’Anna résonne, mais dès qu’elle reprend place sur son lit, le nouveau venu pivote dans sa direction.
— Et cette histoire ? Elle est bien ? demande-t-il.
— Ce n’est pas mal. Les situations sont loufoques. On ne s’ennuie pas une seconde !
Elle regarde la pile de feuilles avant d’ajouter :
— Par contre, certains passages sont longs. À mon avis, on pourrait resserrer un peu.
Stéphane lance un coup d‘œil étonné vers son associé, qu’elle capte aussitôt.
— Quoi ? demande Anna.
— Rien, dit-il. Victor me disait justement que tu semblais être une bonne lectrice. Il n’a pas tort. On dirait même que tu as déjà fait ce genre de boulot.
— Eh bien… je ne sais pas, avoue-t-elle piteusement.
Elle tend la pile de feuilles vers Victor.
— En passant, je l’ai terminé ce matin.
— Déjà ?
— Oui. Est-ce que… ça te dérange si je jette un œil aux autres ?
Victor lui présente les manuscrits que Stéphane vient de lui apporter.
— Bah, si tu penses qu’elle peut faire l’affaire, n’hésite pas à lui en toucher deux mots, dit Stéphane.
Anna relève la tête.
— Deux mots sur quoi ?
— Victor t’expliquera tout ça. Moi, il faut que je me sauve, je suis déjà en retard à mon rendez-vous, annonce Stéphane, mais je suis content de t’avoir rencontrée, Anna. À bientôt, j’espère.
Dès qu’il quitte la chambre, elle tourne un visage intrigué vers son voisin.
— Deux mots sur quoi ? répète-t-elle.
— Sur un boulot de lectrice. Une des filles nous a lâchés, il y a trois jours. J’ai dit à Stéphane que tu lisais vite et que tu semblais avoir un bon jugement. Ça lui a plu.
— Ce qui veut dire ?
— Eh bien… si tu as besoin d’un boulot en attendant de retrouver la mémoire… voilà, quoi.
Elle repose ses yeux sur la pile de manuscrits entassés sur son lit avant de questionner :
— Attends, tu veux dire… que je serais payée pour lire ?
— Pas juste pour lire, non, mais pour sortir les points faibles et les points forts de chaque manuscrit qui te passeront entre les mains. Tu devras faire une présélection et ne laisser passer que ceux qui ont quelque chose d’intéressant. Qui sont publiables, quoi.
Elle sourit.
— Tu es sérieux, là ?
— Bien sûr. Je ne dis pas que c’est payant, par contre, mais si ça peut te dépanner pendant quelque temps… Et puis, ça risque d’être un peu compliqué au début, parce que… si tu n’as pas de nom, tu n’as donc aucun papier, mais je suppose que ça finira par s’arranger…
Un silence passe durant lequel Anna fixe le néant. Des papiers ? Comment peut-elle en obtenir sans identité ? Décidément, elle n’arrive pas à voir la fin de ce cauchemar…
— Tu n’es pas obligée d’accepter, dit-il.
— Oh, mais j’en ai envie ! Seulement… ça paraît très compliqué de m’embaucher. Et je n’ai pas de formation pour ça, enfin… à ce que je sache…
— Nous irons par étape. Deviens déjà lectrice, et si tu fais bien ton travail, tu pourrais éventuellement passer éditrice et t’occuper de certains auteurs, mais il faudra faire tes preuves avant.
Une lumière traverse le regard de la jeune femme.
— Ça me semble bien, avoue-t-elle.
Il tend une main vers elle avant d’ajouter :
— Bon, tu m’en refiles un ? Nous avons du boulot, je te signale.
Elle rit et récupère un paquet de feuilles dactylographiées au hasard avant de déposer les autres sur la table de chevet entre eux. Elle s’installe confortablement dans son lit et commence sa nouvelle lecture. Au bout de trois pages, elle relève la tête :
— On peut écrire dans les manuscrits ?
— Bien sûr, confirme Victor.
— Et vous publiez de la science-fiction ?
— Parfois, oui. Quand c’est bon.
— OK.
Quand elle retourne à sa lecture, Victor observe longuement la jeune femme, juste au cas où elle voudrait poursuivre la discussion, mais il la voit se déconnecter de la réalité pour se plonger dans cette nouvelle histoire. Retrouvant un sourire discret, il se remet à lire à son tour.
***
Chaque fois qu’elle voit le docteur Dubois, Anna a la sensation que rien n’évolue. Elle se souvient de choses complètement inutiles : elle sait conduire et aime le goût du chocolat. Ce vide commence sérieusement à lui peser.
— Vous aimez lire aussi ! dit-il.
— Et alors ?
— Eh bien… ça vous a quand même rapporté un travail ! C’est une bonne nouvelle !
Elle fronce les sourcils.
— Je préférerais savoir qui je suis !
— Ces choses-là prennent du temps, vous savez. Ça ne fait même pas une semaine que vous êtes là.
Il récupère une page dans l’épais dossier d’Anna avant de continuer :
— J’ai reçu le résultat de vos analyses et… j’ai de bonnes et de moins bonnes nouvelles.
S’attendant au pire, elle recule sur son siège en fixant le médecin avec inquiétude.
— Concernant votre forme d’amnésie atypique, il y a eu quelques cas similaires au vôtre, mais je ne vous mentirai pas : c’est très rare. Je n’ai réussi qu’à en répertorier 3 depuis les 100 dernières années. De ce fait, je ne peux pas encore me prononcer…
Devant l’air sombre de la jeune femme, il reprend, plus enjoué :
— Cela dit, les statistiques sont de notre côté. Il y a bien plus de gens qui retrouvent la mémoire que l’inverse !
Anna hoche la tête, mais commence sérieusement à s’inquiéter.
— D’abord, les mauvaises nouvelles, poursuit le docteur Dubois : il semblerait que les recherches du côté des disparitions n’ont rien donné.
— Qu’est-ce que ça signifie ? Que personne ne m’a déclarée disparue ? demande-t-elle.
— Ne songez pas au pire si vite ! Donnez-leur le temps de faire toutes les vérifications ! On m’a bien assuré que ce type de délai n’était pas anormal. Ces recherches prennent du temps, surtout si vous étiez en vacances dans notre beau pays.
— Justement ! s’énerve-t-elle. Que vais-je devenir si je ne suis pas d’ici ? Est-ce qu’on va me renvoyer au Canada ? Sans papiers ?
— Il est un peu tôt pour vous soucier de ce genre de détails, tente-t-il de la rassurer. De ce côté-ci, le Secours catholique pourra vous fournir une aide considérable dans votre réhabilitation. On vous donnera quelques vêtements et une chambre dans une maison d’hébergement jusqu’à ce que vous ayez le droit d’obtenir de nouveaux papiers.
Sous le choc, elle ferme les yeux, croyant que le pire vient d’être prononcé.
— Concernant vos examens, il y a autre chose… annonce-t-il avec une mine contrite.
— Pitié, ne me dites pas que je suis malade en plus ! le supplie-t-elle.
— Oh, non ! De ce côté, vous êtes en pleine forme. Votre commotion cérébrale se remet très bien, et votre bilan indique que vous êtes en excellente santé.
Elle soupire, rassurée sur ce point.
— Par contre, vos analyses de sang révèlent un taux d’hormones bêta-hCG très élevé.
Incertaine d’avoir bien saisi, elle fronce les sourcils :
— Et c’est grave ?
— Grave ? Non. Mais ça signifie… que vous êtes enceinte.
La réaction de la jeune femme se fait attendre, mais lorsqu’elle comprend ce qu’il lui annonce, elle bondit de sa chaise.
— C’est une blague ?
— J’ai bien peur que non. Et d’après nos calculs, le docteur Madison et moi pensons que c’est très récent. Deux ou trois semaines, tout au plus.
Elle attend, puis se laisse lourdement retomber.
— Vous croyez que je pourrais avoir été violée ?
— Je me doutais que vous poseriez cette question, avoue-t-il. Et vu l’état dans lequel vous étiez quand vous êtes arrivée aux urgences, le docteur Madison a pratiqué tous les examens afin de confirmer ou pas cette hypothèse. À son avis, rien n’indique que vous ayez subi la moindre agression sexuelle.
Voilà qui ne la rassure pas du tout. Qu’est-ce que cela signifie ? Et comment peut-on témoigner de ce qu’a vécu son corps ? Dans un grognement, elle enfouit sa tête entre ses mains. Pourquoi ne se réveille-t-elle pas de ce cauchemar ? Elle voudrait un indice… n’importe lequel !
— Mais qu’est-ce que je vais faire ?
— Anna, calmez-vous, chuchote-t-il.
Elle relève son visage et scrute le médecin, qui vient de l’appeler par son nouveau prénom. Est-ce le sien, désormais ? Perd-il espoir, lui aussi ? Submergée par ce qui lui arrive, elle éclate en sanglots. Le docteur Dubois lui tend une boîte de mouchoirs et elle en prend plusieurs qu’elle écrase sous ses yeux, mais son geste ne change rien : elle reste inconsolable.
— Comme si je n’avais pas assez de soucis comme ça…
— Tout va s’arranger, dit-il d’une voix douce.
Elle le fait taire d’un regard sombre. Comment ose-t-il lui promettre quelque chose de cet ordre ? Triste et en colère, elle bondit de son siège.
— Est-ce que je peux retourner dans ma chambre ?
— Oui. Oui, bien sûr.
Même si des larmes coulent toujours de ses grands yeux verts, Anna sort du bureau d’un pas rapide.
***
Quand Anna rentre dans la chambre, Victor remarque aussitôt que sa colocataire a les yeux rougis par les larmes. Elle a pourtant fait le tour de l’hôpital, s’est réfugiée dans les escaliers, a perdu un temps considérable dans une salle de bain à l’étage du dessus avant de revenir ici. Pendant qu’elle se réinstalle dans son lit, il demande :
— Est-ce que ça va ?
— Non.
Il hésite avant de chuchoter :
— Tu veux en parler ?
— Surtout pas.
Et pourtant, au lieu de replonger dans une nouvelle crise de larmes, elle peste :
— Je déteste cette vie !
— C’est si grave ? la questionne Victor.
Elle tourne un visage défait vers lui.
— Tu ne te rends pas compte ? Je suis dans la merde jusqu’au cou !
— Mais… non ! Tu as juste… un petit souci de mémoire, mais…
— C’est plus que ça ! Je ne me souviens de rien ! Et je suis… complètement seule…
— Hé ! Tout ça, c’est temporaire. Et les choses ne vont pas si mal pour autant, tente-t-il de la rassurer.
— Je suis enceinte, lâche-t-elle enfin.
Victor la dévisage, sous le choc à l’annonce de cette information
— Tu veux dire… là ? Tout de suite ?
Il fixe son ventre toujours plat, puis secoue la tête.
— Ce n’est pas possible, chuchote-t-il.
Confus, il se redresse et vient s’installer sur le rebord du lit d’Anna avant de la scruter avec attention.
— Il est certain de ça ? Le médecin ? Qu’est-ce qu’il a dit exactement ?
Elle souffle, embêtée de devoir se remémorer cette conversation qui ne lui laisse qu’un goût amer en bouche.
— Taux d’hormones élevé. Ça date d’environ deux ou trois semaines. Je t’avoue que je n’ai presque rien compris. J’étais sous le choc.
Lorsqu’elle relève un regard larmoyant vers lui, elle souffle :
— Tu sais, je comprendrais que… tu ne veuilles plus m’embaucher…
Il fronce les sourcils.
— Qu’est-ce que tu racontes ? Ça ne change rien du tout !
Toujours démoralisée, elle soupire :
— Mais qu’est-ce que je vais devenir ?
Il tapote doucement la main de la jeune femme.
— Je suis certain que tout ira bien. Nous allons trouver une solution.
— Victor, gronde-t-elle, je n’ai même pas de nom !
— Tu te nommes Anna, lui rappelle-t-il. Et tu devrais cesser de t’inquiéter. Ce n’est pas bon pour ta mémoire, tu te souviens ?
Elle laisse sa tête retomber vers l’arrière et soupire, épuisée par ce flot de mauvaises nouvelles. Au bout d’une interminable minute, elle souffle :
— Je pourrais… m’en débarrasser.
Le visage de Victor se rembrunit.
— Il y a quand même d’autres solutions avant de songer à celle-là !
— Mais regarde-moi un peu ! Je n’ai rien à offrir à un bébé ! Je n’ai pas de maison et… je ne sais même pas qui est le père ! Si ça se trouve…
— C’était peut-être ton mari, la coupe-t-il. Anna, imagine que tu retrouves la mémoire ? Imagine que tu regrettes ton geste ? Tu ne pourras jamais revenir en arrière !
Elle ferme les yeux, secouée par tous ces problèmes. Depuis son réveil dans cet hôpital, elle a l’impression de vivre un cauchemar.
— Quant à la maison, je suis prêt à t’héberger tout le temps qu’il faudra. J’habite tout près d’ici. Et je suis souvent en voyage, alors…
Anna reporte de grands yeux verts étonnés sur Victor.
— Tu ne me connais même pas !
— Toi non plus, plaisante-t-il en affichant un sourire triste. Par contre, une chose est sûre : ce sera bien plus facile si tu as un milieu stable.
Elle continue de le scruter, stupéfaite par son offre.
— Évidemment, tu as le temps d’y réfléchir. Je me doute qu’habiter chez un parfait inconnu n’est peut-être pas l’idéal pour toi.
Alors qu’il est sur le point de se relever, elle pose une main sur la sienne pour le retenir près d’elle.
— Ne dis pas ça. Tu es mon seul ami, Victor.
— Arrête, proteste-t-il, gêné. Je suis sûr que dans ton ancienne vie, tu devais avoir plein d’amis.
Un silence passe, puis il reprend, avec une voix douce :
— Pour ma part, je n’ai aucun problème à t’accueillir chez moi le temps que… tu sois apte à voler de tes propres ailes.
— Victor… tu ne te rends vraiment pas compte. Je n’ai aucune identité ! Et j’attends un enfant !
— Je ne vois pas cet enfant comme un problème, bien au contraire ! Vois-le plutôt comme une motivation. Grâce à lui, tu devras être forte, et faire en sorte de reprendre ta vie en main.
Elle hausse les épaules, incapable d’imaginer cette vie qui est désormais devenue la sienne.
— Anna, je suis certain que tout ira pour le mieux. Aie confiance, tu veux ?
Elle hoche la tête, mais le cœur n’y est pas. Voyant que la jeune femme est lasse, il lui propose de faire une petite sieste et la borde doucement. Ravie de s’échapper de cette vie et d’oublier tous ses problèmes, Anna s’endort rapidement.
Au lieu de retourner à son lit, Victor reste auprès d’elle et veille son sommeil pendant de longues minutes. Quand il la sent complètement détendue, il se relève, ressert son peignoir autour de sa taille et sort de la chambre.
***
À la fin de la semaine, Victor obtient son congé de l’hôpital. Anna masque son angoisse à l’idée qu’il quitte cette chambre et qu’il ne revienne jamais. Pourtant, il laisse une série de numéros de téléphone à Anna pour qu’elle puisse le rejoindre en cas d’urgence : chez lui, au travail et même son portable. Habillé autrement qu’en pyjama et en peignoir, elle a du mal à le reconnaître. Il est grand, costaud aussi, mais il paraît un peu plus âgé qu’elle avec cette barbe qui semble dater de quelques semaines.
Pour rassurer la jeune femme, Victor sort trois manuscrits ainsi qu’un lecteur de musique de son sac et les dépose sur la table de chevet. Sans attendre, elle récupère l’appareil électronique entre ses doigts et le tient avec force.
— Pour passer le temps, explique-t-il. Je dois régler certains détails au travail et à la maison. Je vais essayer de repasser ce soir, avant la fin des visites, d’accord ?
— D’accord.
— Si tu as besoin de quoi que ce soit, tu m’appelles.
— Oui, promet-elle.
En entendant son soupir nerveux, il ajoute :
— Je vais revenir, Anna. Je ne vais pas te laisser toute seule, compris ?
— Oui. OK.
Et pourtant, il constate que la jeune femme n’y croit qu’à moitié. Lorsqu’il sort de la pièce, Anna serre le petit appareil dans ses mains, puis glisse les écouteurs sur ses oreilles. Au bout de quelques minutes, elle ferme les yeux au son de la musique et passe le reste de l’après-midi à se répéter que Victor reviendra.
***
Assise sur une chaise destinée à accueillir les visiteurs, Anna fait semblant de lire un manuscrit en essayant de chasser ses angoisses. Le soleil se couche doucement, et Victor n’est toujours pas revenu. Les minutes défilent avec une telle lenteur depuis qu’il est parti. Anxieuse à l’idée de redevenir orpheline, elle sursaute lorsqu’une main se pose sur son épaule. La musique l’avait empêchée d’entendre les pas derrière elle. En retrouvant Victor, elle bondit sur ses jambes et se jette à son cou.
— Eh bien ! se moque-t-il. On dirait que tu ne m’as pas vu depuis une éternité !
— Oh… oui, pardon.
Elle se détache prestement de lui et dépose le manuscrit, puis elle retire le lecteur mp3 de sa poche et le lui rend timidement.
— Merci pour la musique.
— Garde-le. On dirait qu’il te sert déjà plus qu’à moi.
Il s’installe au bord du lit qu’il occupait le matin même, puis lui tend un énorme sac.
— Je t’ai acheté quelques vêtements, annonce-t-il.
— Des vêtements ? répète-t-elle.
Lorsqu’il insiste pour qu’elle les prenne, Anna s’avance et les dépose sur le lit à côté de Victor. Elle fouine avec le regard d’un enfant qui déballe un cadeau pour la première fois. En sortant un joli chemisier, elle souffle :
— Tout ça ? Pour moi ?
— Ce n’est pas grand-chose, mais pour sortir d’ici, c’est un minimum. Après, si tu veux, nous irons dévaliser les magasins. Tu pourras choisir par toi-même.
Stupéfaite par ce cadeau, elle ramène le sac contre elle et le serre avec force.
— Je ne sais pas quoi dire, admet-elle, émue. Je promets de te rembourser tout ça.
Il rit en faisant un signe de la main, puis en sort un autre, tout petit cette fois, de la poche de sa veste. Anxieuse à l’idée de recevoir un nouveau présent de la part de son ami, elle grogne :
— Victor… tu n’as pas…
Dès qu’elle remarque ce que contient le sachet en question, elle retrouve un sourire lumineux.
— Des bonbons ! s’écrie-t-elle.
— Je me suis dit que ça te ferait plaisir.
Elle les récupère aussitôt et, tout en riant, en cherche un qu’elle ne connaît pas, puis lui en offre.
— Ça, c’est une super idée, dit-elle, la bouche pleine.
— Et j’ai aussi une bonne nouvelle, annonce-t-il.
Il prend le temps de manger sa sucrerie pendant que le regard curieux d’Anna le scrute avec intérêt.
— Tu sors demain, dit-il enfin. Je me suis arrangé avec le docteur Dubois.
Le sourire de la jeune femme s’estompe, ce qui l’inquiète aussitôt.
— Ça ne te fait pas plaisir ? demande-t-il.
— Bien… je ne sais pas. Je ne m’attendais pas à… tout ça.
Elle ressent une vive angoisse à l’idée de sortir de cette chambre. C’est le seul environnement qui lui soit familier, après tout. Elle a peur de se perdre dans cette ville qu’elle ne connaît pas. Comment peut-elle véritablement songer à suivre un parfait inconnu chez lui ?
— En fait, j’ai découvert que tu seras transférée dans un centre d’hébergement en milieu de semaine prochaine. Je me suis dit que c’était l’occasion de venir chez moi pendant deux ou trois jours, le temps de voir si ça te plaît.
Elle hoche la tête en silence, le visage inquiet.
— Tu n’es pas obligée d’accepter mon offre. Tu peux aussi voir à quoi ressemble le centre d’hébergement du Secours catholique et prendre ta décision plus tard.
— Non, enfin… c’est que je ne suis jamais sortie d’ici, tu comprends ?
Lentement, il se penche et récupère la main d’Anna dans la sienne.
— Tu as le temps d’y réfléchir. Si tu préfères, nous ferons juste un saut dehors pendant la journée, pour que tu voies un peu la ville. Nous pouvons y aller par étape…
Ces paroles rassurent la jeune femme, qui opine de la tête avec un large sourire.
— Nous pourrons visiter ta maison aussi ? questionne-t-elle.
— Si tu veux.
Elle ferme les yeux quelques secondes et avoue :
— Je meurs d’envie de prendre un bain.
— Hum. Dois-je acheter des produits ? vérifie-t-il.
Elle rit avant de secouer la tête.
— Mais non. C’est l’eau chaude qui me manque. On dirait que tout est tiède, ici.
Il confirme d’un léger signe de tête.
— Ma salle de bain sera à ton entière disposition, annonce-t-il. Je dois juste m’assurer que j’ai des produits au parfum plus féminins. J’avoue que je n’ai pas songé à ce genre de détails. J’ai surtout préparé la chambre pour qu’elle soit plus accueillante…
Elle affiche un air surpris.
— Tu as préparé une chambre pour moi ?
— Oui, enfin… j’ai fait aérer la pièce, j’ai changé les draps… ce genre de choses, quoi.
— Wow.
— En fait, je pensais qu’on te laisserait sortir dès ce soir, mais le docteur Dubois préfère y aller par étape. C’est déjà un miracle qu’il ait accepté de signer ta feuille de sortie pour demain matin, rit-il.
— Oh, bien… d’accord.
Elle tortille l’emballage de sa friandise dans un bruit agaçant et nerveux.
— Personne n’a jamais été aussi gentil avec moi…
— Bien sûr que oui ! dit-il en riant. Mais tu ne t’en souviens probablement pas !
Elle rit à son tour et l’atmosphère se détend entre eux. Le message annonçant la fin des visites résonne dans l’interphone, mais Victor ne bouge pas.

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