Vols de vies
268 pages
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Vols de vies , livre ebook

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Description

Ce roman à suspense vous emmènera aux quatre coins du Canada et même au Tibet ! Vols de vies est au pluriel et vous comprendrez pourquoi lorsque vous aurez lu le livre !
Nos choix, sans l’ombre d’un doute, influencent le parcours de notre vie de façon positive ou, dans certains cas, viennent nous hanter. Au-delà des conséquences de nos décisions, d’autres personnages ont des desseins différents pour nous et par leurs actions inqualifiables viennent perturber notre existence. Parfois, les effets sont exponentiels dans le devenir d’une famille.
Billy Side, le maire de Rivière-Santé, son épouse Omalie Sung et leurs enfants Alice et Loïc forment une famille enviée. Ils sont beaux, intelligents et en santé. Demeurant dans la ville festive par excellence au Manitoba où la criminalité est inexistante sauf, curieusement, pour le maire et sa famille, ceux-ci vivront des moments traumatisants. Qui se cache derrière tous les ennuis et les incidents graves qui leur tombent dessus sans que la police ne puisse mettre le grappin sur les malfrats ? Ce roman à suspense vous emmènera aux quatre coins du Canada et même au Tibet ! Vols de vies est au pluriel et vous comprendrez pourquoi lorsque vous aurez lu le livre !

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 29 septembre 2021
Nombre de lectures 1
EAN13 9782897553050
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0450€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Réjean Côté
 
 
 
 
Vols de vies
 
 
Conception de la page couverture : © Les Éditions Première Chance
Artiste : Michèle Poissant
 
Sauf à des fins de citation, toute reproduction, par quelque procédé que ce soit, est interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur ou de l’éditeur .
 
Distributeur : Distribulivre   www.distribulivre.com   Tél. : 1-450-887-2182 Télécopieur : 1-450-915-2224
 
© Les Éditions Première Chance Lanoraie ( Québec) J 0K 1E0 Canada lepchance@bell.net www.leseditionspremierechance.com
 
Dépôt légal — Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2021 Dépôt légal — Bibliothèque et Archives Canada, 2021
 
ISBN papier : 978-2-89755-306-7
ISBN epub : 978-2-89755-305-0
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Vols de vies
 
 
 
 
 
 
Chapitre 1
 
 
 
Le cellulaire de Billy Side, le maire de Rivière-Santé, était posé sur la table de cuisine. Autour de la table, Omalie son épouse, le sergent Bourque ainsi que Billy attendaient l’appel. Ils étaient assis là depuis maintenant deux heures, alors qu’une équipe de la GRC s’affairait dans le voisinage à la recherche d’une piste quelconque, du moindre indice, s’il se pouvait. Incapables de manger, ils ne comptaient plus le nombre de cafés ingurgités. Soudainement, un air de jazz fit chanter le téléphone. Billy regarda l’appareil en craignant de répondre et d’entendre la suite. La tension était à son comble. Il activa le haut-parleur afin que tous puissent écouter.
La voix hésitante et empreinte de terreur, Billy se racla la gorge et répondit :
— Oui !
— Bonjour cher Billy et chère Omalie, je ne vous demanderai pas si vous allez bien en ce moment, car je n’ai pas de temps à perdre et que je connais la réponse, ah, ah, ah ! Nous avons vos charmants enfants avec nous et ils s’ennuient beaucoup de vous. D’ailleurs, ce sont eux que vous entendez chialer en ce moment. Comme nous sommes les maîtres du jeu, nous allons jouer à « Qui préfères-tu » ? Dans une heure précisément, nous allons rappeler et vous devrez nous indiquer lequel des deux vous voulez récupérer, car c’est ce qui est amusant dans ce jeu : vous n’allez récupérer qu’un seul des deux. Ah j’allais oublier… si vous n’êtes pas capables d’en nommer un, nous garderons les deux ! Il vous reste 59 minutes, beau petit jeu, ah, ah, ah, ah, ah, a… Et la ligne coupa.
Omalie en état de choc et ne se contenant plus s’adressa au sergent Bourque :
SERGENT BOURQUE, TOI ET TA GANG D’ENQUÊTEURS FAITES VOTRE TRAVAIL ET TROUVEZ NOS ENFANTS !
Le sergent Bourque, malgré son expérience de gendarme, était très affecté par ce double enlèvement ; il était un ami de la famille et même plus, il était le parrain du cadet, Loïc. Il ne pouvait rien répliquer, il ne trouvait rien à dire pour apaiser la colère et la détresse d’Omalie. Billy, tout aussi dévasté, s’adressa à Omalie :
— Chérie, le sergent ne peut rien pour l’instant. Nous n’avons pas de détails sur les kidnappeurs. Il nous reste moins d’une heure pour décider qui nous allons...
Billy fut incapable de terminer sa phrase, tellement attristé, découragé et impuissant face à cette situation dévastatrice.
 
 
 
Chapitre 2
 
 
 
Le 15 juillet 2024 soit quatorze mois avant l’enlèvement des enfants Side, avait lieu une journée plutôt spéciale à Rivière-Santé. Cette petite municipalité située au sud du Manitoba et connue jadis sous le nom de Gretna, accueillait tel que promis par son maire lors de son élection, le chanteur Raphaël Roberge pour un spectacle. Sous un soleil de plomb, une foule importante était rassemblée devant la scène extérieure du Centre de villégiature. Résidents, touristes, tout confondus, tout près de 3 000 personnes étaient là à patienter, attendant que le nouveau maire s’adresse à eux.
Fébrile, au centre de la scène, le maire Billy Side introduisit son demi-frère.
— Aujourd’hui, c’est un grand jour pour la communauté de Rivière-Santé. Non seulement nous avons l’immense honneur de recevoir une vedette internationale, mais c’est également un nouveau départ pour la municipalité. En effet, depuis peu, nous avons repris possession à 100% du Centre de villégiature !
La foule applaudit avec vigueur cette nouvelle et le maire poursuivit.
— Nous lançons à cet instant précis un concours auprès de tous les résidents de Rivière-Santé afin de donner un nom à ce merveilleux site enchanteur.
— Pour célébrer ce nouveau départ, laissez-moi vous présenter mon demi-frère Raphaël. J’ai manqué notre premier rendez-vous lors de sa venue ici même à Rivière-Santé il y a un peu plus de deux ans alors que je créchais dans un bois pas très loin d’ici. Je suis extrêmement heureux d’avoir renoué avec lui et c’est un grand plaisir de le recevoir à nouveau. Sans plus tarder, voici le grand Raphaël Roberge !
Raphaël s’amena au centre de la scène en saluant la foule et entama le spectacle avec sa chanson Crawling . La représentation prit une tournure magique au moment où il entreprit de chanter son plus grand succès Wish I ! En entamant cette chanson, tous les jeunes qui avaient fait le spectacle avec lui deux ans plus tôt s’amenèrent sur scène afin de la chanter avec lui et ce, à sa grande surprise. Il fut touché sincèrement et dut s’essuyer les yeux afin de poursuivre.
Après l’évènement, Raphaël laissa son band festoyer au El Salvador et il se dirigea à la demeure de Camilla Fuentes présentement incarcérée. Pendant qu’elle purgeait sa peine de cinq ans, Billy et sa famille logeaient et prenaient bien soin des enfants de Camilla, Luis et Ramon. Raphaël était le parrain d’Alice et inutile de dire qu’elle était sa plus grande admiratrice. Raphaël avait apporté une tonne de cadeaux pour les enfants de la maison et un pyjama couleur neutre pour le bébé d’Omalie et Billy que la cigogne larguerait dans les prochains mois. Quoique très heureux de se retrouver en famille, il existait un vide entre les deux demi-frères. Raphaël ne savait toujours pas pourquoi son frère avait quitté le Québec sans donner les raisons de son départ il y a plusieurs années déjà. Non seulement il avait quitté son patelin mais il avait aussi changé nom et prénom afin que personne ne puisse le retracer. Le vide existerait toujours tant et aussi longtemps qu’aucune explication ne serait divulguée. Comme les deux frères n’étaient jamais seul à seul pour en discuter, le mystère demeurait tout entier. Le lendemain du spectacle, Raphaël quitta Rivière-Santé heureux d’avoir renoué avec sa famille manitobaine, mais quelque peu déçu de repartir sans savoir les raisons de la « désertion familiale » de son demi-frère Billy.
Au lendemain de la fête, la vie reprit son cours habituel à Rivière-Santé, sauf que la soirée organisée la veille avait laissé un doux parfum communautaire de bien-être. L’air est meilleur ici que partout ailleurs se disait Billy en reconduisant son demi-frère pour rejoindre ses musiciens.
Quelque peu attristé, le band quittait le Centre de villégiature en distribuant mains et câlins aux employés.
— Il faudra rester plus longtemps la prochaine fois, dit le batteur à Raphaël.
Après avoir regardé le groupe quitter, Billy se dirigea vers l’hôtel de ville. Ce soir, aurait lieu la toute première assemblée générale tenue dans l’école secondaire de Rivière-Santé où étaient attendues quelques centaines de résidents. Le maire attendait ses conseillers afin de refaire le tour des différents points de la réunion. Cette assemblée ne serait pas une vulgaire promenade dans le parc et les membres du conseil en étaient conscients. Ce serait la première assemblée générale depuis les deux ans de tutelle et de la première année d’administration de ce nouveau conseil.
La réunion allait débuter dans quelques minutes et Billy, malgré un air serein, était extrêmement nerveux. Comment réagiraient les citoyens aux nouvelles plus qu’ordinaires ? Omalie, qui gérait la logistique, irait chercher et escorter les membres du conseil pour se rendre dans le gymnase. À l’heure prévue, elle entra dans la salle à diner des professeurs de l’école. Elle pressentait son Billy très nerveux et s’avança vers lui, fit semblant de replacer correctement son nœud de cravate et termina le tout en s’approchant et lui chuchotant à l’oreille qu’il était le meilleur et le plus beau. Ce petit geste émut Billy et il se dit que ceci deviendrait désormais un rituel avant chaque assemblée générale.
Le maire constata que la salle était à pleine capacité et plusieurs personnes se tenaient debout à l’arrière. Son stress augmentait : comment devait-il interpréter ce constat ? Besoin d’information, curiosité ou insatisfaction ? Peu importe, il se devait d’être à la hauteur. Il se racla la gorge, prit une gorgée d’eau d’une main tremblante, telle une feuille de papier devant un ventilateur qui roule à fond de train, et prit la parole :
— Bonjour chers concitoyens de Rivière-Santé. Nous sommes heureux de vous rencontrer pour la première fois en assemblée générale afin de vous transmettre des informations et de faire avec vous les mises au point qui s’imposent. Où en est votre municipalité après un an de gouvernance de vos élus, précédé de deux années de tutelle sous la gouvernance de la province du Manitoba ?
— Comme vous le savez pour la plupart, la mise en tutelle fut le résultat de la gigantesque enquête menée par le sergent Bourque de la GRC et de son équipe. Cette enquête a dévoilé au monde entier les scandaleuses opérations illégales et meurtrières du maire précédent et de son conseil. Vous avez vécu tout au long de ces deux années gérées par l’État sans oreilles attentives à vos besoins. Au tout début de la tutelle, le gouvernement provincial a pris possession du Centre de villégiature qui appartenait alors à la ChiliNewLife Corporation. En raison des opérations illégales opérées par ce groupe : prostitution, ventes de boissons hallucinogènes et homicides, le gouvernement a pris possession du site lorsque les actionnaires ont été incarcérés. Le gouvernement avait alors voté une motion d’urgence afin de maintenir en opération les centres de santé qui s’y logent et d’en tirer des revenus appréciables. Comme vous le savez, de très nombreux touristes à travers le monde viennent ici chercher les meilleurs soins de santé : massages, méditation, exercices, danses, etc. Les retombées indirectes pour la province ne sont pas négligeables, loin de là. Rivière-Santé est la principale source touristique du Manitoba depuis plusieurs années et sa popularité ne cesse de croître. Cette prise en charge par le gouvernement provincial a fait fondre les recettes de la municipalité considérablement. Comme si ce n’était pas assez, d’autres frais se sont ajoutés depuis que la municipalité est desservie par la Gendarmerie Royale du Canada (GRC) et non plus par la force locale instaurée par l’ancien maire Simpson. Depuis ce temps, tous les policiers locaux ont été démis de leur fonction tout simplement parce qu’ils n’avaient aucune certification légale de l’État pour agir à titre de gendarmes. Ces deux premiers facteurs susmentionnés ont fait des dommages considérables sur les finances de la municipalité.
—  Un autre facteur, socio-économique celui-ci, les nombreux résidents expatriés au Chili. Vous avez perdu des amis, des voisins qui, en raison de papiers non conformes aux yeux du gouvernement canadien, ont dû quitter notre pays. Après enquête, la GRC s’est rendu compte que tous les travailleurs qui œuvraient à l’usine de traitement de l’eau étaient recherchés par les autorités chiliennes. Alors, ces gens ont dû être redirigés vers les autorités policières du Chili. En raison de ce que je viens de vous dire, le ministère de l’Immigration a ouvert un bureau sur la rue Principale et vérifie, depuis, le droit de résidence au Canada des citoyens de notre municipalité. Sur ce point, je vous avoue que le nombre de maisons maintenant vacantes me fait craindre le pire pour notre municipalité et avant de se faire citer en tant que ville fantôme, votre conseil va travailler d’arrache-pied à regarnir ces maisons vides et le plus tôt sera le mieux.
Cette première assemblée était d’une très grande importance. Billy devait rassurer les citoyens et le début de son allocution n’avait rien fait pour réjouir et sécuriser les gens. Il sentait la tension et devait y remédier.
— Les nouvelles ne sont pas toutes mauvaises pour autant. Ma première promesse lors de notre élection a été tenue : la présentation d’un spectacle du chanteur Raphael Roberge et son band. Promesse tenue et sachez qu’en plus, ils nous ont fait cadeau de leur spectacle d’hier; aucun frais pour la municipalité.
Des applaudissements se firent entendre, appuyés de cris de joie. Billy se sentit soulagé de cette démonstration sympathique des citoyens.
— Cette soirée mémorable que nous avons vécue hier, représente le point de départ d’une nouvelle ère. C’est dans cet état festif que nous voulons vivre le plus souvent possible à Rivière-Santé. Comme je vous l’ai dit hier, la municipalité a repris possession de son Centre de villégiature. D’ailleurs, on veut lui trouver un nom et les détails du concours apparaitront sur notre page Web et notre page Facebook sous peu. Ce ne fut pas facile de reprendre possession du Centre. Il a fallu jouer du coude avec le premier ministre Pruneau. Il ne voulait pas vraiment nous remettre ce joyau, cette vache à lait. Je lui ai dit qu’il nous devait des taxes et que si la province ne voulait pas nous remettre le Centre, il devrait payer pour les infrastructures érigées et payées par Rivière-Santé. Jusque-là, il ne bronchait pas. Après lui avoir montré les factures d’infrastructures et des taxes municipales à payer, futures et rétroactives, il a commencé à se gratter le menton. Et comme il hésitait encore, je lui ai rappelé son discours inaugural en Chambre à l’effet que les municipalités devaient se prendre en main et ne pas s’attendre à ce que l’État soit toujours derrière elles pour financer leurs projets, des sommes dont la province ne disposait pas de toute façon. Il m’a regardé avec son sourire légendaire en me disant « c’est exactement cela, vous avez tout compris ». Dès lors, il s’est engagé à faire voter une motion pour nous remettre ce que l’État avait pris de force. Bref, voilà pour les bonnes nouvelles. Hormis la gestion efficace et judicieuse de la municipalité, quels sont nos prochains combats ?
— La légalisation de la vente de la Coucouna et l’offre des services sexuels dans nos centres de santé. Monsieur Spooner va dans quelques minutes vous parler de nos finances et vous comprendrez alors la nécessité de reprendre ces activités.
Billy remarqua l’outrance de ses propos dans la salle : boisson hallucinogène et services sexuels. Il aurait pu éviter d’en parler à ses concitoyens, mais il avait promis d’être transparent et c’est ce qu’il faisait lors de cette assemblée. Est-ce que trop de transparence pouvait nuire et rendre les résidents encore plus méfiants envers ses politiciens ? Il se posait la question en cette soirée qui n’était pas terminée, ne sachant pas comment elle finirait : dans la paix ou dans la cohue ? Il céda la parole au trésorier Gerald Spooner , le grand manitou des finances. Celui-ci, début soixantaine, chevelure inexistante, grand et maigre, était un homme de peu de mots ce que Billy appréciait grandement. Il dressa donc un bilan qui fit état de la précarité des finances de la municipalité pour la principale raison que pour opérer les centres de santé selon les normes gouvernementales, les dépenses de fonctionnement avaient doublé. Les revenus nets avaient donc chuté de 60% lors des deux dernières années opérées par le provincial. La bonne nouvelle qu’il fallait garder en tête, c’est que le nombre de visiteurs augmentait chaque année. Le manque à gagner pouvait aussi s’expliquer du fait qu’ils ne pouvaient plus vendre de Coucouna et que le réseau de services spéciaux, Spooner n’étant pas à l’aise de les nommer « services sexuels », avait été interrompu par la GRC lorsque la municipalité avait été mise en tutelle. La municipalité avait encore des réserves mais plus pour longtemps et aucun projet d’envergure ne pouvait être envisagé dans les conditions actuelles.
Avant de conclure l’assemblée, Billy affirma aux résidents présents qu’il devait rencontrer sous peu le ministre responsable du ministère de la Santé du Canada afin de faire approuver la boisson Coucouna. Le cannabis étant légal depuis octobre 2018 au Canada, pourquoi ne pas légaliser la Coucouna ? Si cela devait se produire, la vente libre de cette boisson pourrait rapporter énormément à la municipalité qui possédait déjà une bonne recette toute prête à être consommée ! Après avoir répondu à quelques questions, l’assemblée prit fin sur une bonne note.
 
 
 
Chapitre 3
 
 
 
Georgie, la cousine et amie de cœur de Harry Simpson, ancien maire de Rivière-Santé et résident permanent d’un centre correctionnel, s’était montrée volontaire afin de suivre les activités du sud du Manitoba dont Rivière-Santé fait partie, pour le compte de la Gazette de Teouville. Paul Arseno, directeur de la Gazette de Teouville, était ravi de son volontariat. Depuis qu’elle y avait été affectée, elle se faisait un plaisir de fournir les dernières nouvelles sur toutes les activités de Rivière-Santé à Harry Simpson et, parfois même, avant les lecteurs du journal. C’est ainsi qu’elle annonça au maire déchu que les centres de santé étaient maintenant opérés par la municipalité et de ce fait, par Billy Side.
Barry Trump, ancien président et patron de Billy Side lorsqu’il était vice-président à Flylonger, étaient assis face à Harry Simpson, dans la cafétéria du Centre correctionnel de Milner Ridge, à 90 km au nord-est de Winnipeg. L’information de Georgie fut plutôt difficile à avaler pour les deux détenus. Après avoir perdu leur liberté, ils ont vu l’État leur retirer la garde de leur bébé (Centre de villégiature) et, comble de malchance, c’était Billy Side leur ennemi juré qui pouvait désormais jouir de ce site magnifique.
Malgré le fait que Simpson y était pour le reste de ses jours et Trump pour encore 22 ans, ces deux crapules avaient encore des amis fidèles à l’extérieur des murs pouvant leur rendre des services. Les deux détenus filaient un mauvais coton depuis cette nouvelle et se promirent mutuellement de faire tout en leur pouvoir pour anéantir Billy Side. Ils lui devaient bien cela : après tout, c’est lui qui avait mis fin à leur vie de pacha. Avoir un compte de banque bien garni quand tu te trouves en dedans ne servait plus à rien… sauf à rendre des comptes !
Trump et Simpson élaborèrent quelques plans, mais la question était comment les réaliser sans que personne ne puisse leur attribuer la faute ? Avec toute la ruse qu’on lui connaissait, Simpson arriverait à ses fins, 100% garanti ! D’une part, créer un réseau extérieur fiable pour recevoir des informations et d’autre part, trouver une personne de confiance à l’intérieur pour faire passer les commandes. Idéalement, il s’agirait d’une personne qui puisse circuler librement à l’interne comme à l’externe. Trump discutait souvent avec l’un des gardiens et, lors d’une discussion avec celui-ci, apprit que sa fille s’était vu refuser une bourse pour un projet ambitieux qu’elle caressait. Ingénieure en forage en quête d’une maîtrise, elle voulait élaborer des stratégies de détection d’effondrement précoce avec des correspondants chiliens. L’endroit ciblé était nul autre que la mine de Copiapo au Chili, cette même mine qui en 2010 fit 33 mineurs prisonniers durant 69 jours à plus de 700 mètres de profondeur. Ce projet qu’elle caressait devait faire partie de sa thèse et nécessitait un appui financier important.
— Le voilà notre homme, se dit Simpson !
 
 
 
Chapitre 4
 
 
 
Billy Side attendait patiemment que la secrétaire du ministre de la Santé à Ottawa lui fasse signe afin de le rencontrer dans son bureau. Billy crut avec justesse que le cannabis étant légal depuis 2018, une porte s’ouvrirait facilement pour légaliser une boisson hallucinogène comme la Coucouna. Il fallait seulement convaincre le ministre que la consommation de la Coucouna n’était pas dommageable pour la santé. Finalement, la secrétaire lui fit signe de le suivre et ouvrit la porte. Billy entra et serra la main du ministre Anthony. La poigne fut ferme de part et d’autre, laissant aucun doute sur l’intention de ne pas s’en laisser imposer d’un côté comme de l’autre. Pendant que Billy remerciait le ministre de lui accorder cette entrevue, celui-ci l’interrompit. D’un air solennel et qui présageait un sentiment de négation :
— J’ai regardé votre dossier, monsieur le maire, et bien qu’il soit bien monté, je dois avouer que de prime abord nous ne sommes pas très chauds à l’idée d’ouvrir ce robinet, dit-il sourire en coin, se croyant possiblement très drôle !
Billy, fort insulté de se faire dire « non » dans les 30 premières secondes de leur rencontre alors qu’il n’avait même pas commencé son exposé, rétorqua au ministre :
— Je comprends que vous ayez plusieurs chats à fouetter, Monsieur le ministre, mais peut-être n’avez-vous pas consulté le chapitre consacré au traitement de l’eau avant d’y insérer les épices liquéfiées ! Le ministre vint pour parler et Billy continua :
— L’eau utilisée pour produire la Coucouna est de bien meilleure qualité que celle que vous avez sur votre bureau. Cette boisson a été testée pendant dix ans et personne n’a subi de malaise en la consommant et ce que vous ne savez probablement pas, elle contient beaucoup moins de coliformes que celle d’Ottawa. Et preuve à l’appui dans le rapport fourni par une firme externe, cette eau est moins dommageable pour la santé que n’importe laquelle des boissons gazeuses ou encore des boissons énergétiques sur le marché. Au contraire, elle soulage les souffrances autant psychologiques que physiques ! Alors, je ne vois pas où est le problème de votre robinet !
Le ministre Anthony, n’appréciant pas l’affront et le ton un peu agressif de Billy, le remercia et lui dit qu’il aurait sous peu une réponse à sa demande. Le ministre interpella sa secrétaire afin de reconduire Billy hors de son bureau. Fin de la rencontre et sans poignée de main cette fois !
Arrivé tard à la maison le lendemain, Billy discutait avec Omalie :
— Je crois que notre projet de Coucouna est à l’eau, ceci dit sans jeu de mots !
— Pourquoi dis-tu cela, Billy ?
— Disons que le ministre était contre l’idée dès le départ et que j’ai dû faire un très bref exposé malgré moi et qu’il m’a éconduit de son bureau très rapidement.
— Va-t-il au moins te donner une réponse sous peu ?
— C’est ce qu’il a dit, mais comme ce ne fut pas très chaleureux, je crois que nous devrons trouver un autre plan.
— Devrait-on l’inviter dans nos centres de santé et lui faire goûter à la Coucouna, dit-elle, sourire en coin ? Et Billy de rétorquer dans le même style de blague :
— Et lui offrir le service à la carte en usage jadis, faisant allusion aux services sexuels offerts dans les centres avant que le gouvernement manitobain n’intervienne.
— Pauvre Billy, lui dit Omalie, en l’entourant de ses bras et le serrant fort contre elle. Tout en maintenant sa position, elle lui dit :
— On ne s’arrêtera pas là, tu le sais. Je pense qu’en plus nous devrons exercer des pressions pour faire légaliser la prostitution tout comme à Amsterdam et probablement d’autres villes à travers le monde. Ce sont de bons revenus pour nous ainsi que pour le gouvernement. Je m’y mets dès demain, Billy.
Celui-ci se recula légèrement tout en maintenant Omalie tout contre lui, la regarda avec admiration et désespoir en même temps, mais au fond de lui, il savait que cette battante ne reculerait devant aucun défi !
Pendant ce temps, à la prison de Milner Ridge, Barry Trump et Harry Simpson s’entretenaient avec le gardien Trevor Bing.
— Trevor, nous avons quelque chose à vous proposer. Nous avons de l’argent dans une fondation qui pourrait servir à votre fille. De plus, nous avons beaucoup de contacts au Chili. L’argent n’est même pas un problème, croyez-nous.
— Que dois-je faire pour que ma fille reçoive cette bourse ?
— Pas grand-chose, vous n’aurez qu’à nous rendre de petits services, vous et votre fille. Si vous êtes d’accord, je n’ai qu’un appel à faire et un chèque sera fait au nom de votre fille. Par contre, pour des raisons stratégiques et organisationnelles, les chèques ne peuvent jamais dépasser 5000 $ à la fois. Quel est le nom de votre fille pour son premier versement ? Après une légère hésitation, Trevor Bing accepta et divulgua :
— Elle s’appelle Lisa Bing.
— J’appelle dès maintenant mon comptable. Elle pourra aller chercher son premier chèque dans 48 heures à cette adresse inscrite sur ce bout de papier.
Trois jours plus tard, l’agent correctionnel remercia discrètement Simpson. Sa fille était très heureuse, mais elle prévoyait avoir besoin d’au moins 20 000 $ pour effectuer ses recherches au Chili.
— Pas de problème, elle pourra en recevoir le double si elle et vous acceptez de rendre quelques services.
Ne voulant pas déplaire à sa fille avec qui il venait récemment de renouer, il sentit sa pression monter. Dans quoi s’était-il mis les pieds ? Et trop tard pour reculer ! Simpson, jouissif, lui remit un bout de papier qu’il devrait lire à l’extérieur du centre carcéral et exécuter la consigne à la perfection dans les délais prescrits.
 
 
 
Chapitre 5
 
 
 
Dans leur cour arrière, Omalie, enceinte de plusieurs mois, regardait Alice s’amuser et à l’occasion tenter de faire rire le petit Loïc couché dans sa poussette. Avec ce beau temps doux et une brise légère, rien de plus agréable que de passer du bon temps à l’extérieur ! La voisine et gardienne occasionnelle, madame Hernandez, la même qui gardait les enfants de Camilla jadis, sortit à l’extérieur avec un homme. Omalie fut surprise, car madame Hernandez ne recevait jamais d’invité. Tout comme elle, le prétendant devait être dans la jeune soixantaine. Omalie, quoique très curieuse de nature, fit des efforts pour ne pas regarder dans leur direction, ni écouter leur conversation. Après tout, elle était bien heureuse pour madame Hernandez si elle avait maintenant un petit copain.
Omalie débuta son travail sur le dossier « Coucouna ». Il y avait bien des boissons hallucinogènes connues dans le monde dont l’ayahuasca, une boisson hallucinogène originaire d’Amazonie. Omalie en avait pris connaissance il y a quelques années lorsqu’elle était journaliste pour un journal de Mexico. Ce breuvage psychédélique comptait des milliers d’adeptes aux États-Unis depuis 2010 environ. Toutefois, il s’agissait d’une drogue dure qui pouvait s’avérer dangereuse si prise en trop grande quantité. Elle découvrit avec grand étonnement que cette boisson était maintenant permise par Santé Canada depuis 2017 à la condition qu’elle soit consommée dans un cadre religieux reconnu par l’État.
Au souper, Omalie fit part de ses découvertes à Billy. Cette nouvelle raviva l’espoir qu’il semblait avoir perdu. Il allait donc mandater un spécialiste pour faire un parallèle entre cette boisson et la Coucouna. Il sortit l’album des finissants de son université afin de prendre contact avec une personne des cohortes de biologie et de chimie. Tiens donc, une connaissance, la docteure Hill !
Le soleil laissait ses rayons réchauffer et illuminer la ville. Un camion s’arrêta devant la résidence de madame Hernandez. Deux hommes en sortirent un réfrigérateur, quelques minutes plus tard, une cuisinière et une méga télévision. Cette livraison étonnait Omalie, pas qu’elle fut jalouse mais parce que madame Hernandez vivait très modestement, sans jamais faire d’excès.
Elle sortit dehors et aperçut sa voisine sur son balcon avant. Au premier abord, elle semblait mal à l’aise. Omalie lui dit tout bonnement :
— Mon dieu, Madame Hernandez, avez-vous gagné à la loterie ?
Madame Hernandez avoua qu’elle en avait assez de vivre avec de vieux appareils et qu’elle devait bien se gâter de temps à autre ! Voulant éviter de prolonger la discussion sur ses achats, elle dit :
— Et vous Omalie, une femme d’action comme vous, que faites-vous de vos journées ? Omalie, trop contente de travailler sur des dossiers importants, se laissa emporter :
— Billy est revenu d’Ottawa avec le sentiment d’avoir échoué dans sa tentative de convaincre le ministre de la Santé de faire légaliser la Coucouna. Son dossier risque donc d’être tassé et relégué aux oubliettes par Santé Canada. Alors, je m’y mets activement et éventuellement sur un autre... ce qui intrigua madame Hernandez :
— Vous êtes tellement douée, Omalie, que vous y arriverez je n’en doute pas le moins du monde. Mais de quel autre dossier parlez-vous si je ne suis pas trop indiscrète ? Omalie trouva bien surprenant que sa voisine soit aussi loquace aujourd’hui, elle qui d’ordinaire était si effacée.
— Je me laisse emporter si facilement quand je parle de recherches, excusez-moi, je dois retourner à l’intérieur, Alice et Loïc vont bientôt se réveiller. Bonne journée et félicitations pour vos appareils neufs, laissant en plan madame Hernandez sur ces gentils propos !
Une fois à l’intérieur de la maison, elle s’en voulait d’avoir parlé d’un dossier confidentiel. Même si madame Hernandez ne semblait pas avoir trop d’amis et qu’elle était d’une nature plutôt discrète, Omalie conclut qu’elle devait faire attention à ce qu’elle disait surtout sur les affaires de la municipalité.
Le lendemain, un samedi, donc jour de congé pour Billy et les enfants de Camilla, tout le monde attendait que madame Hernandez arrive afin de veiller sur Alice et Loïc. Dès son arrivée, Billy, Omalie , Ramon et Luis quittèrent pour se rendre au centre carcéral afin de voir leur amie Camilla Fuentes, la maman de Ramon et de Luis.
Camilla savait qu’elle aurait de la visite aujourd’hui et tentait de camoufler les ecchymoses du côté droit de sa figure. C’est ce qui arrivait lorsqu’une personne des forces de l’ordre se retrouvait en dedans, crut-elle. Il y avait des petits règlements de compte. Camilla ne savait toutefois pas pourquoi trois femmes s’en étaient prises à elle lorsqu’elle était sortie dans la cour de l’établissement. Elle ne les connaissait pas et ne les avait jamais vues auparavant. Pourquoi aujourd’hui, alors qu’elle recevait des visiteurs ? Décidément, il y avait du drôle de monde en prison.
C’était l’heure des rencontres et tout le monde fut attristé en voyant le visage enflé et meurtri de Camilla. Les enfants s’essuyèrent les yeux et Omalie s’adressa à Camilla :
— Pour l’amour Camilla, qui t’a agressée ?
— Ah ! ce n’est rien, de petits incidents et tu devrais voir la figure de l’autre, dit-elle en souriant !
— Je sais que tu sais te battre, ma belle, en se référant aux deux bagarres qu’elles ont eues il y a quelques années, mais je n’en resterai pas là et vais ordonner à notre avocat de faire un suivi afin que tu puisses avoir une meilleure protection.
— S’il te plaît, Omalie, n’en fais rien, car ça pourrait être bien pire. Ce qui se passe en dedans de ces murs doit y rester, sinon je risque d’y laisser ma peau. Il ne me reste plus grand temps et j’espère seulement que cet incident ne sera pas retenu contre moi. Alors, « silencio por favor » !
Sur le chemin du retour, de son rétroviseur, Billy vit la tristesse émanant du visage des fils de Camilla. Malgré l’annonce qu’ils se régaleront d’une bonne pizza pour souper, leur mets favori, il ne put que leur arracher un petit sourire, très bref. Un autre moment pénible pour les garçons.
Quelques visites plus tard où à chaque fois Camilla arborait des marques subies lors d’échauffourées, Omalie et Billy se demandèrent bien s’il s’agissait de coïncidence ou encore de message s’adressant à eux. Camilla jurait qu’elle n’avisait personne, mais à chaque fois elle subissait de mauvais traitements, soit la veille ou la journée même des visites. Billy et Omalie, fort inquiets, se posaient la question : mais qui est derrière tout cela et pourquoi ?
De retour à la maison, Billy et Omalie discutèrent des dossiers chauds. Le ministre Anthony n’avait pas encore donné de réponse à la demande de la municipalité afin de donner son aval pour que Santé Canada puisse statuer sur le dossier de la Coucouna. Omalie avait étoffé un dossier très révélateur avec l’aide d’une biochimiste renommée, en l’occurrence la docteure Hill. Louise Hill fut, entre autres, l’une des nombreuses conquêtes de Billy à l’université. Billy lui avait demandé son aide, en souvenir de leur amitié et du bon vieux temps. La municipalité n’étant pas très en moyens, il lui avait offert en échange de ses services, un séjour à l’un des centres de santé. Connaissant la renommée du Centre de villégiature de Rivière-Santé, elle accepta avec joie, mais à la condition que Billy passe une soirée avec elle. Quoiqu’ Omalie ne sauta pas de joie lorsque Billy partit retrouver la belle blonde pour souper au Centre de villégiature, elle comprenait bien que le maire devait parfois avoir des rencontres de ce genre pour le bien de la municipalité. Mais allaient-ils recevoir un massage tous les deux dans la même pièce, allaient-ils prendre un bain tourbillon ensuite, allaient-ils… ? Omalie se souvenait trop bien que Billy avait eu des rapports intimes avec Camilla le soir où ils s’étaient retrouvés tous les trois dans la cabane dans les bois. Elle en garde encore des traces et craint que Billy ne succombe aux charmes de la Dre Hill.
Dès le lendemain du départ de la Dre Hill vers Winnipeg, des photos sur Facebook apparurent montrant Billy et la belle blonde en train de porter un toast, marchant côte à côte en robe de chambre et finalement en train de se la couler douce dans le spa !
Fâché, Billy croyait qu’Omalie l’avait fait surveiller, mais Omalie lui dit de ne pas détourner la conversation, en l’accusant de l’avoir trompé. Bref, une vive discussion s’ensuivit qui ne fit pas de gagnant. Après quelques jours de « guerre froide » de part et d’autre, la hache de guerre fut enterrée laissant d’autres cicatrices sur le cœur d’Omalie.
Quelques semaines plus tard, Billy était en route pour rejoindre la Dre Hill à Ottawa afin d’y faire une autre présentation auprès du sous-ministre de Santé Canada, accompagné cette fois d’un membre de la Direction générale des produits de santé et aliments. Ce département de Santé Canada a pour mandat de gérer les risques et les bienfaits pour la santé des produits de santé et des aliments. Billy avait été « coaché » auparavant par Omalie afin de ne pas s’emporter et surtout d’éviter de rendre trop évidentes les conclusions du rapport. Elle lui dit :
— Initie les sujets et laisse-leur poser des questions auxquelles toi et la Dre Hill aurez des réponses. Comme la rencontre avait lieu à 15 h à Ottawa, Billy ne serait pas de retour pour le coucher, ce qui ne plaisait pas à Omalie, bien sûr !
La rencontre se déroula beaucoup mieux cette fois au grand plaisir de Billy. Louise Hill vola littéralement la vedette avec son charme et ses réponses savantes. Billy invita le sous-ministre et le directeur à souper, mais ceux-ci déclinèrent l’offre, ce qui fit que Billy se retrouva seul avec Louise. Il n’y eut pas de « toast » cette fois ni de robe de chambre… mais à deux heures du matin, on cogna à la porte de Billy. La Dre Hill voulait se faire payer des heures supplémentaires et en nature svp… Comment résister à cette belle blonde pulpeuse ? Billy, le faible, ne résista pas longtemps à l’offrande…
Le lendemain, à son retour à la maison, Billy semblait mal à l’aise et inquiet surtout lorsqu’il vit en entrant dans la maison une grosse valise entre le portique et le salon ! Croyant que c’était pour lui, penaud, il dit faiblement :
— Pourquoi cette valise chérie ?
— On s’en va à l’hôpital, idiot, que crois-tu ? Billy réalisa finalement que c’était la valise d’Omalie et non sa valise à lui. Il dit d’une voix plus enjouée :
— Mais l’accouchement n’était prévu que dans cinq semaines ! Et soudain madame Hernandez sortit de la cuisine tout en sourire avec Loïc dans les bras et Alice agrippée à sa jupe.
Quelques heures plus tard, Stéphane Side naissait. Si l’accouchement se passa relativement bien, il en fut tout autrement pour le bébé dont le score d’Apgar était faible. Ce test qui tire son origine de la femme médecin américaine Virginia Apgar a pour but d’établir un bilan global de l’état de santé du nouveau-né dès ses premières minutes de vie extra-utérine. Avec un score de quatre sur dix, l’équipe médicale se mit à l’œuvre et le pédiatre d’office fut appelé d’urgence.
Malheureusement pour les parents, le nouveau-né n’aura été qu’un souvenir. Il ne passa pas la première nuit : le Dr Lee inscrivit au registre que le prématuré était décédé à 3h30 du matin d’une septicémie précoce.
 
 
 
Chapitre 6
 
 
 
Quelques mois après l’accouchement…
Billy arriva à la mairie après son entraînement de Jiu-Jitsu du nouveau dojo qu’Omalie avait inauguré il y a quelques jours à Rivière-Santé. Il ouvrit le courrier qu’Émilia avait déposé sur son bureau. L’une des lettres provenait de Santé Canada. Il l’ouvrit rapidement et finalement put y lire que Santé Canada approuvait le dossier qu’il avait présenté avec la docteure Hill. Le Ministère en ferait la recommandation pour légaliser le produit. Fou de joie, Billy en avisa Omalie sur-le-champ.
— Chérie, mets ta plus belle robe, ce soir, je t’emmène souper où tu voudras !
Omalie appela madame Hernandez afin de savoir si elle pouvait garder les enfants le soir même. Pas de problème, dit-elle, ce sera avec plaisir étant donné que ça faisait quand même quelques semaines qu’elle n’avait pas vu les enfants. Omalie se dit qu’elle était chanceuse de pouvoir compter sur une voisine aussi fiable et disponible.
Billy était en retard et pendant ce temps Omalie discutait avec sa voisine qui venait tout juste d’arriver.
— Est-ce votre anniversaire de mariage ?
— Pourquoi croyez-vous qu’il s’agisse d’un anniversaire ?
— Un souper au restaurant un mardi soir, c’est quand même inusité à moins d’un évènement particulier à souligner.
— Billy a su aujourd’hui que Santé Canada avait donné le feu vert pour légaliser la Coucouna.
— Bravo Omalie ! Vous avez fait du super bon travail sur ce dossier.
— Merci, madame Hernandez, mais le crédit ne me revient pas uniquement à moi vous savez.
— Bien sûr, il faut donner un peu de crédit à monsieur le maire hihihi ! Sur quoi allez-vous travailler maintenant ?
— C’est un secret, chère voisine !
Billy arriva en s’excusant de son retard et les deux tourtereaux quittèrent pour le restaurant. C’était leur première sortie de couple depuis très longtemps, peut-être même depuis la naissance de Loïc !
Après avoir couché les enfants et de s’être assurée que Ramon et Luis avaient tout ce dont ils avaient besoin dans leur sous-sol, madame Hernandez alla fouiner dans le bureau d’Omalie. Elle trouva un épais dossier titré « Coucouna » et tout à côté un autre dossier où y était inscrit « CONFIDENTIEL ». Elle l’ouvrit et vit des articles sur la prostitution à Amsterdam et les articles de loi légalisant la prostitution. Voilà donc le prochain dossier de cette brillante femme.
Pendant ce temps, Trevor Bing avait comme mandat de rencontrer un certain Roberto Diaz afin de lui remettre une enveloppe qui provenait du cher comptable de la fondation. Les mandats confiés à Trevor Bing et sa fille sont tellement simples et l’argent ainsi recueilli faisait tellement plaisir à sa fille Lisa. C’est pour une bonne cause, disait toujours Harry Simpson à Trevor…
Soixante jours après avoir ouvert la lettre de Santé Canada, Billy eut la confirmation que la Chambre des élus légifèrerait et légaliserait ainsi le produit. Encore quelques mois d’attente et ce sera un dossier que Billy pourra considérer comme réglé, en principe. Reste maintenant à s’attaquer au dossier des services à caractère sexuel.
En réunion avec son conseil d’administration, Billy prit la parole, rendu au point numéro 4 de l’ordre du jour:
4.0 État du dossier de la Coucouna
Nous sommes toujours en attente que le gouvernement fédéral passe la loi. Selon mes sources, d’ici trois mois, le tout devrait être réglé. À ce moment, la conseillère Lopez intervint:
— Dis-moi Billy, lorsque la loi sera en vigueur au niveau fédéral, est-ce que le Manitoba pourrait faire obstruction et ne pas permettre la consommation et la vente du produit ?
— Effectivement, ça pourrait être le cas. À ce moment-ci, nous ne pouvons rien faire d’autre que d’attendre. Mais, merci de la question Angela ! Je propose que nous recommencions tranquillement la production. Si nous avions un très gros inventaire du produit, nous serions aptes à répondre à la demande rapidement avant que la compétition n’entre dans ce marché. Ce faisant nous pourrions engranger de gros profits. Dois-je appeler le vote ?
Les trois conseillers, Spooner, Lopez et Irving se regardèrent et comme personne ne s’objecta, Billy conclut et ordonna :
— Conseiller Irving, je vous demande donc de remettre en marche la production de la Coucouna sans engendrer de frais supplémentaires à la municipalité étant donné que nous avons quelques personnes à l’usine qui ne font pas grand-chose et qui sont sur le « payroll ».
5.0 Dossier services à caractère sexuel
— Si cet autre dossier devait être également légalisé, je pense que Rivière-Santé va devenir la capitale du vice au Canada, dit Billy avec un sourire en coin ! Remarquez que nous l’étions déjà sous l’ère Harry Simpson, mais de façon illégale. Spooner prit la parole :
— GODDAMN Billy, avons-nous vraiment besoin de sexe dans notre industrie de bien-être ? Les autres conseillers ne furent pas étonnés du commentaire de Spooner, ce grand gaillard, toujours bien mis, propre de sa personne et très porté sur la religion.
—  Gerry, je vais te poser une question : combien de maisons ont été reprises par la banque depuis le départ des résidents illégaux ? Ne sachant où Billy voulait en venir, il dit avec fermeté et assurance :
— 115 !
— Et est-ce fini selon toi ?
— Probablement pas, étant donné que le ministère de l’Immigration fait encore des vérifications sur plusieurs autres résidents, encore ici.
— J’aimerais te faire patienter jusqu’au point suivant si tu le veux bien, car j’ai une vue d’ensemble sur ce que nous devrions faire pour que notre municipalité reprenne des allures autrement que fantomatiques, car c’est à cela qu’elle ressemble actuellement. Spooner, bon joueur parfois, acquiesça d’un signe de tête.
— Pour finir avec le dossier « Sexe », sachez que je vais mandater Omalie pour rencontrer les diverses instances afin de faire légaliser ou encore accepter ce projet. Je crois que le dossier pourra mieux cheminer si c’est une femme qui le présente. Ça fait moins « mon oncle cochon » si vous me permettez l’expression, ce qui déclencha une vague de rires, incluant Spooner ! Irving poursuivit avec cette question :
— Sur quelle base croyons-nous que le fédéral puisse accepter cette demande ?
— La Suisse a légalisé la prostitution il y a déjà plus de 30 ans ! Il serait temps que nous fassions de même. Nous offrirons un encadrement très précis où on limitera la prostitution au Centre de villégiature seulement et les travailleurs du sexe seront à notre emploi et devront passer des tests régulièrement afin de conserver leur permis d’exercer. Voilà, très simple et très rentable surtout, car j’arrive au point suivant et c’est là que l’argent entre en ligne de compte.
6.0 Rivière-Santé, capitale mondiale du bien-être.
— Angela, Gerald, Sam, nous nous connaissons seulement depuis quoi, deux ou trois ans. Nous ne nous sommes pas rencontrés par hasard, mais dans le but de faire de cette belle municipalité un endroit où il fait bon vivre. Pour cela, nous avons besoin de gens qui travaillent, d’écoles de qualité, de commerces qui soient prospères, de sécurité, etc. Bref, nous devons être créatifs, doter notre municipalité d’un plan visionnaire et surtout, nous devons être audacieux.
— Tu me fais peur quand tu parles comme cela Bill, dit Gerald, le grand argentier de Rivière-Santé. Billy continua sans tenir compte de la remarque de Spooner.
— Dans un premier temps, avez-vous des idées pour remplir ces maisons vides ? Les conseillers se regardèrent, mais n’osèrent pas partir le bal.
— « Come on gang » ! On est entre nous, pas besoin d’être timide face à une question aussi importante pour l’avenir de notre municipalité ! Angela osa la première :
— Quand on regarde l’historique de Rivière-Santé, le boom économique est apparu avec l’arrivée massive d’immigrants chiliens dont je faisais partie. Nous devons trouver le moyen d’attirer les immigrants mais comment faire, que faire ? Spooner enchaina à son tour :
— On attire les gens en leur promettant, par exemple, des exemptions de taxes ou des trucs du genre ! Irving, quant à lui, ne savait trop par où commencer et semblait embêté de ne pas avoir d’idée.
Billy reprit la parole :
— Vous avez touché les points essentiels de mon projet. Attirer une certaine forme d’immigration, mais disons une immigration qui n’a pas besoin d’être nationalisée, donc instantanée. Des résidents du Canada par exemple. Écoutez, je ne vous apprendrai rien en vous disant que je viens du Québec. Actuellement au Québec, il y a un fort taux de chômage. Les Québécois sont reconnus pour être un peuple pacifique et bon vivant. Je crois que nous devrions favoriser la venue de Québécois francophones ou non dans notre municipalité. D’autres francophones du Canada pourraient être tentés de faire l’expérience « Rivière-Santé » surtout que nous sommes si près de la frontière américaine et des avantages que cela peut apporter. Nous devrons faire valoir ces avantages pour le magasinage et pour les départs aériens moins coûteux. Spooner et Irving ne semblèrent pas très enjoués à la venue de francophones dans leur patelin. Qu’on le veuille ou non, le Canada anglais n’aime pas trop les Québécois en général. Billy, insulté et déçu par leur faciès non enjoué continua :
— Messieurs, les Québécois ont appris à vivre avec un environnement anglophone et souvent hostile à leur égard et ce, à travers tout le Canada. On ne peut pas dire la même chose des « Canadians » qui eux préfèrent éliminer le fait français dans toutes les provinces. Peu importe, désolé, mon intention n’est pas de ramener les guéguerres français/anglais mais quand on parle du personnage le plus important qu’ait connu le Manitoba, à qui pensons-nous ? Et oui, Louis Riel, ce métis franco-canadien. Avant de recevoir des commentaires sur la nationalité de nouveaux arrivants à Rivière-Santé, laissez-moi vous parler d’un autre projet qui s’inscrit dans un plan global.
— Vous savez tout comme moi que notre municipalité est officieusement bilingue. La plupart des gens parlent l’anglais et l’espagnol. Comme nos visiteurs viennent de partout dans le monde, nous réussissons quand même assez bien à converser avec nos clients. Toutefois, vous savez comme moi que nous avons bon nombre de visiteurs de France, de Belgique, d’Afrique et du Québec. Vous me voyez peut-être venir avec mes gros souliers, mais mon souhait serait que notre municipalité opte pour le statut de ville trilingue ce qui constituerait une première au Canada et à travers l’Amérique. Nous serions ce que la Suisse est en Europe. Spooner prit la parole :
— Billy, peut-on prendre une pause ? Je vois des signes de piastres que nous n’avons pas en ce moment et ça me donne la migraine !
— D’accord, mais on reprend dans 15 minutes.
Vingt minutes plus tard, Billy continua avec la même énergie :
— Imaginez, avec une ville trilingue, dans un milieu festif comme le nôtre, on aura plusieurs fêtes à organiser et de ce fait attirer encore plus de touristes. En commençant par le 24 juin la Fête nationale du Québec, le 1er juillet la fête du Canada, le 14 juillet la fête des Français et les 18 et 19 septembre la fête des Chiliens. On pourra en ajouter d’autres afin de créer des évènements festifs à notre Centre de villégiature et faire vivre des moments inoubliables à nos touristes. Qu’en dites-vous ? Angela se prononça la première :
— Écoutez, moi pour faire la fiesta c’est n’importe quand ! Spooner quant à lui réagit plutôt en fonction de l’aspect financier :
— Mon premier point s’arrête sur la ville trilingue. Billy, ce n’est pas sérieux. Te rends-tu compte qu’il faudra former nos employés pour qu’ils apprennent le français et en plus, tous nos documents devront être traduits en espagnol et en français ! Les frais de reprographie vont à tout le moins doubler ! Billy intervint :
— Écoute, Gerald, je m’attendais à ta réaction. Premièrement, à la prochaine assemblée générale de la municipalité, je vais aviser les résidents présents qu’à partir d’une certaine date, mettons dans trois mois, tous nos avis seront publiés sur notre site Web et/ou notre compte Facebook. Finie la reprographie. Nous entrons dans l’ère moderne, mon cher Gerald ! En ce qui concerne l’apprentissage du français, j’ai mon plan. Irving voulut y mettre son grain de sel :
— Bien, pour ma part, je me demande quel est ton plan pour faire venir des résidents ?
— Selon moi, en offrant une éducation trilingue et des services trilingues, nous éveillerons la curiosité de tout le Canada. Nous serons le point de mire et ça, ça me plaît ! Je n’ai aucun doute sur notre réussite si et seulement si, nous arrivons à faire une entente avec notre gérant de banque. Quel est son nom déjà Gerald ?
— Schneider, Jules Schneider.
— Merci Gerald. Ton premier mandat sera de le rencontrer afin de savoir s’il est disposé à nous aider et à s’aider par le fait même ! Nul doute qu’il devra avoir l’aval de son bureau chef, mais dans un premier temps, afin d’attirer de nouveaux résidents, j’aimerais savoir si nous pourrons offrir à ces gens un genre de location/achat pour nos nombreuses maisons disponibles : location de douze mois afin que les nouveaux puissent apprécier le rythme et la qualité de vie que nous leur offrons. Par la suite, si les gens désirent demeurer ici, ils devront ou pourront acheter la maison qu’ils habitent ou en acheter une autre dans notre municipalité. Je crois que ce plan pourrait vite réanimer et peupler notre ville. Je n’appellerai pas le vote là-dessus. Nous attendrons au prochain conseil à savoir si on va de l’avant dans ce dossier, mais entre vous et moi, on va faire en sorte de le convaincre, ce banquier ! Bon voilà, vous avez de quoi cogiter, maintenant, excusez-moi, je vais aller m’entraîner au dojo d’Omalie !
 
 
Chapitre 7
 
 
 
Au souper, Omalie demanda à Ramon d’où venait cette planche à roulettes. Ramon lui avoua que madame Hernandez lui en avait fait cadeau. Elle se tourna vers Luis et lui demanda si madame Hernandez lui avait offert un cadeau à lui aussi et il répondit par la négative. N’étant pas la mère des deux garçons, elle se sentait mal à l’aise de leur interdire de recevoir des cadeaux sans raison valable. En se couchant le soir, elle en discuta avec Billy sur ce qu’il en pensait. Bien qu’il trouvât cela bien étrange, il dit que peut-être madame Hernandez n’ayant pas d’enfant à gâter, que Ramon lui a toujours fait penser à son frère cadet, donc… mais Omalie n’acheta pas cette réponse et affirma qu’elle en parlerait à madame Hernandez pour comprendre pourquoi un cadeau à Ramon et pas à Luis !
Le lendemain, alors qu’Omalie promenait Alice et Loïc dans une poussette double, elle vit Ramon sortir de chez madame Hernandez. Elle l’interpella :
— Bonjour Ramon, que faisais-tu chez madame Hernandez?
— Elle m’a demandé de l’aider à déplacer quelques meubles, car elle va peinturer son salon.
— C’est bien Ramon d’offrir son aide aux gens qui nous entourent.
Cette réponse la rassura un peu. Ramon étant plus âgé et plus fort que Luis, madame Hernandez pouvait donc compter sur lui pour l’aider occasionnellement. Un dossier réglé, se dit-elle !
Le 30 juin 2025, en assemblée générale, Billy fit quelques annonces. Tout d’abord, dans un contexte écologique et économique, la municipalité ne ferait plus imprimer de documents à l’intention des citoyens et que tout désormais serait publié sur le site Web et certains sujets ponctuels seraient publiés sur Facebook. À cela, la réaction des gens confirma aux membres du conseil que c’était acceptable et même dans la normalité des choses. Dans un autre ordre d’idées, Billy annonça qu’étant donné la forte concentration de citoyens d’origine chilienne et de leur importance dans la communauté, dès cette année, la municipalité comptait offrir aux citoyens des fêtes grandioses pour souligner les Fêtes patriotiques chiliennes qui se déroulent au Chili les 18 et 19 septembre de chaque année. À cette annonce, l’auditoire explosa de joie ! Pour les résidents non chiliens Billy les informa que :
— Le 18 septembre souligne le début du processus d’indépendance et le 19 septembre est connu sous le nom de « Jour de la Gloire de l’Armée du Chili ».
À la fin de l’assemblée, bon nombre de résidents vinrent serrer la main du maire afin de l’en remercier.
Billy avisa la conseillère Lopez qu’elle seconderait Omalie dans le but de former un comité de résidents pour organiser et faire un succès de cette fête nationale qui s’ajoutera à celle du 1er juillet.
Quelques semaines plus tard, alors qu’Omalie travaillait avec acharnement sur les festivités des 18 et 19 septembre, Billy reçut une convocation du chef de cabinet du premier ministre canadien afin d’entendre sa demande pour légaliser la prostitution. La date : 18 septembre à 17 h. Merde, se dit Billy, il voulait envoyer Omalie pour présenter le dossier, mais comme elle était en charge des festivités qu’ils venaient d’annoncer pour les 18 et 19 septembre, il devrait donc se rendre à Ottawa présenter le dossier lui-même.
Interpelée à ce sujet, Omalie avoua préférer demeurer à Rivière-Santé tout au long des festivités.
 
 
 
Chapitre 8
 
 
 
Le matin du 17 septembre, c’est le cœur gros que Billy quitta tôt en direction d’Ottawa. Le chef de cabinet ne pouvait remettre la rencontre ultérieurement prétextant que le premier ministre avait confiance que ce dossier pouvait être réglé dans l’année qui suivrait, mais il ne fallait pas attendre plus longtemps. Donc, la rencontre aurait lieu le 18 septembre.
En ce matin du 18 septembre, Omalie demanda à sa voisine de garder Alice et Loïc comme convenu depuis plusieurs semaines afin que plus tard en après-midi, madame Hernandez et les enfants puissent la rejoindre au Centre de villégiature afin d’assister au défilé et participer aux jeux aménagés pour les plus petits. Quant à eux, Ramon et Luis quittèrent avec Omalie. Ils étaient très heureux de pouvoir contribuer au succès de cette fête en accomplissant différentes tâches qui leur avaient été attribuées.
Le soulignement de la fête nationale du Chili jetait un peu de baume sur les plaies récentes des résidents d’origine chilienne. Après avoir vu partir les trois conseillers municipaux chiliens, l’incarcération de l’ancien maire Harry Simpson, la déportation de plusieurs des leurs vers le Chili, l’ouverture d’un bureau d’immigration dans la municipalité à la recherche d’autres illégaux s’il en est, tous ces facteurs avaient amené son lot d’inquiétudes et de méfiance envers les élus et leur pays d’accueil. Mais aujourd’hui, le fait d’avoir mis autant d’efforts pour organiser et célébrer avec eux « leur fête nationale » eut un effet extrêmement positif et rassembleur pour l’ensemble des citoyens de la municipalité ainsi que pour les touristes présents à ces évènements.
De son côté, Billy avait eu une bonne écoute du sous-ministre. Il s’attendait à devoir en débattre plus longtemps pour faire entendre son point, mais fut étonné d’entendre les propos du sous-ministre :
— Comme vous me l’avez mentionné, la prostitution n’est pas illégale au Canada. Ce qui peut l’être est au niveau des articles jugeant s’il s’agit d’une maison de débauche ou encore s’il s’agit de proxénétisme. Comme vous l’avez mentionné, nous devrons trouver le moyen de définir l’encadrement des prostitués afin que tout se fasse dans le respect et la sécurité de celui ou celle qui offre le service et de celui ou celle qui le reçoit. Je ne vous cacherai pas que le premier ministre préfère, tout comme il l’a fait pour le cannabis, priver les gangs de rue et les organisations criminelles de ces revenus. Nous croyons fermement que nous réussirons à sauver plusieurs jeunes fugueurs qui, pour survivre, sont actuellement attirés par les proxénètes. Nous aimerions que vous puissiez collaborer avec notre groupe de recherche afin d’élaborer un projet de loi viable.
— C’est avec plaisir que je me joindrai à votre groupe, Monsieur le Sous-ministre.
C’est le cœur léger et avec le sentiment de victoire que Billy prit la route le matin du 19 septembre. La Coucouna sera légale d’ici quelques mois et les centres de santé de Rivière-Santé pourront à nouveau, un jour pas si lointain, offrir des services à caractère sexuel à ses clients qui le désirent. En route vers la maison, il avait hâte de retrouver sa femme et ses enfants et d’entendre comment s’étaient déroulées les célébrations chiliennes des deux derniers jours. Étant donné la distance, plus de 2000 km, Billy n’arriverait que le lendemain à la maison. Alors, tout joyeux qu’il était, il mit la musique et chanta en même temps haut et fort, quitte à se faire traiter d’idiot par les occupants des voitures qu’il croiserait sur sa route.
Tout juste après le souper, vers 19 h, madame Hernandez demanda à Omalie d’embrasser Alice et Loïc afin qu’elle puisse les ramener à la maison. Surprise, Omalie regarda l’heure pour finalement approuver ce retour à la maison quoiqu’elle aurait aimé qu’ils restent plus longtemps, mais peut-être que madame Hernandez était fatiguée. Elle les regarda quitter et puis retourna à ses occupations. Elle avait le cœur à la fête et tout se déroulait très bien. Une belle organisation dont Billy serait très fier !
La gardienne attitrée des enfants Side conduisait très lentement comme toujours. Il était 19 h 30 et le soleil commençait à perdre de l’altitude. Les rues étaient désertes, car tout le monde faisait la fiesta. Pas surprenant, car les rues avoisinantes étaient peuplées de Chiliens. En tournant à son coin de rue, elle dut s’arrêter car une voiture obstruait la chaussée. Voulant faire marche arrière, une camionnette arriva et l’empêcha de reculer. Elle regarda devant afin de voir si elle pouvait passer et ne vit pas les quatre personnes cagoulées qui sortaient de la camionnette derrière elle. Comme sa fenêtre était ouverte, l’un des cagoulards lui administra un solide coup de poing qui lui fit perdre la carte. Les quatre malfrats quittèrent en toute hâte, ne laissant dans le véhicule que la pauvre dame, inconsciente, avec un nez ensanglanté.
Rendu dans la région de Thunder Bay, ayant pour compagnie la pénombre et la musique, Billy très épuisé, décida de s’arrêter pour la nuit. Après être entré dans la chambre du motel, il ouvrit le téléviseur et choisit d’écouter la partie de hockey opposant Winnipeg et Vancouver.
Après quelques minutes de jeu écoulées en deuxième période, la diffusion fut interrompue par une alerte Amber où l’on annonça l’enlèvement de deux jeunes enfants étant Alice et Loïc Side à Rivière-Santé ! Billy crut à une blague mais ce ne pouvait en être une. Il se dit : comment se fait-il que je n’aie pas été avisé avant que l’alerte nationale soit en vigueur ! En prenant son cellulaire, il s’aperçut qu’il avait enlevé le son en activant la fonction « avion » afin de ne pas être dérangé lors de sa réunion avec le sous-ministre et qu’il avait omis de remettre la sonnerie habituelle. Il appela immédiatement à la maison et ce n’est pas Omalie qui répondit, mais plutôt son ami le sergent Bourque de la GRC. Celui-ci confirma l’enlèvement qui avait eu lieu en début de soirée lors du retour à la maison. Billy, dans tous ses états, ne ressentant plus la fatigue, sauta dans sa voiture. Il était à une dizaine d’heures de sa résidence. Le sergent Bourque lui donna un point de rencontre à Thunder Bay afin que deux agents puissent le transporter en voiture d’urgence et ainsi accélérer son retour à la maison.
Le lendemain matin, vers 9 h, Billy entra dans sa résidence. Les rues avoisinantes étaient bondées de véhicules de la GRC. Plusieurs agents faisaient le tour des voisins à la recherche du moindre indice, mais en vain.
Un docteur était à la maison et prenait soin d’Omalie. Il lui fit avaler un tranquillisant. Lorsqu’elle vit Billy arriver, elle n’afficha aucune réaction. Elle était figée comme une statue et Billy ne pouvait détecter si elle lui en voulait de ne pas avoir été là ou encore si elle s’en voulait à mourir de ne pas voir pu sauver ses enfants.
Billy s’enquit auprès du sergent Bourque, devenu un ami intime depuis la fameuse enquête qui eut pour effet d’envoyer de multiples personnes en taule, d’acquitter Omalie et lui-même de peines sordides et non méritées. Qui pouvaient bien être les auteurs de ce rapt ? Le sergent Bourque ne savait pas qui avait kidnappé les enfants, ni pourquoi, mais dans la majorité des cas de ce genre, un appel devrait bientôt être acheminé afin d’exiger une rançon. Enfin, il l’espérait car, dans le cas contraire, les chances de revoir ses enfants étaient quasi nulles. Comme si les malfaiteurs savaient que Billy était de retour à la maison, le téléphone de Billy sonna et tous se turent ! Fausse alerte, c’était Raphaël qui appelait son frère. Il lui dit :
— Billy, j’ai vu et entendu comme tout le Canada cette affreuse nouvelle. Lorsque ces salauds appelleront pour exiger une rançon, tu peux compter sur moi. Je paierai ce qu’il faudra. Touché, Billy le remercia de tout cœur. C’est bon de pouvoir compter sur la famille lors d’épreuves aussi dramatiques.
Vers midi trente, le fatidique appel tomba.
— Bonjour cher Billy et chère Omalie. Je ne vous demanderai pas si vous allez bien en ce moment, car je n’ai pas de temps à perdre et que je connais la réponse ahahah ! Nous avons vos charmants enfants avec nous et ils s’ennuient beaucoup de vous. D’ailleurs, ce sont eux que vous entendez chialer en ce moment. Comme nous sommes les maîtres du jeu, nous allons jouer à « Qui préfères-tu ? » Dans une heure précisément nous allons rappeler et vous devrez nous indiquer lequel des deux vous voulez récupérer, car c’est le jeu ! Vous n’allez récupérer qu’un seul des deux. Ah ! j’allais oublier… si vous n’êtes pas capables d’en nommer un, nous garderons les deux ! Il vous reste 59 minutes, beau petit jeu ah,ah,ah,ah,ah,ah, et la ligne coupa. Omalie ne se contenant plus s’adressa au sergent Bourque :
— SERGENT BOURQUE, TOI ET TA GANG D’ENQUÊTEURS FAITES VOTRE TRAVAIL ET TROUVEZ NOS ENFANTS, dit-elle à tue-tête.
Omalie, en larmes, ne voulait pas entendre parler du choix à faire. Le temps passait et il ne restait plus que 45 minutes avant que les ravisseurs ne rappellent. Billy se sentait coincé car il aurait à prendre la décision seul. Billy et le sergent Bourque se dirigèrent vers le salon, car ils ne voulaient pas discuter devant Omalie.
Billy réfléchit et discuta avec le sergent. L’ainée, Alice, est maintenant âgée de 33 mois. Petite fille athlétique souffrant d’asthme, elle est charmante et affectueuse. Petite aux cheveux bruns soyeux, des yeux verts, héritage de son père, mais légèrement bridés, héritage de sa mère. Quant à son frère Loïc, il n’est âgé que de 11 mois. Il est en pleine forme et il est le portrait tout craché de sa sœur, cheveux, yeux, mais au tempérament plus indépendant que sa sœur. Billy aimerait bien tenter une dernière fois de faire le point avec Omalie, mais son cœur de mère n’est pas capable de trancher et ne veut pas trancher. Billy aura la lourde tâche de divulguer le nom de l’enfant à récupérer et devra vivre avec ce déchirant choix toute sa vie. Il y a des tâches parentales plus faciles que d’autres !
Bourque, parrain de Loïc, Billy et le docteur Béliveau, se regardaient sans rien dire mais une décision devait se prendre. Bourque se risqua et dit :
— Écoute Billy, je sais que c’est déchirant mais le temps file et je pense que tu dois au moins tenter d’en sauver un. Nous ferons tout en notre possible pour retrouver l’autre, mais on n’a pas le choix si les kidnappeurs jouent le jeu, comme ils disent, tu te dois au moins d’en sauver un ! Le docteur renchérit :
— Billy, je suis d’accord avec le sergent Bourque, il faut jouer à ce jeu si cruel soit-il.
— Mais lequel des deux, je ne suis pas en mesure de le faire et je sais que peu importe qui je nomme, Omalie va m’en vouloir toute ma vie ! Pourquoi l’un et pas l’autre ? Tout se bouscule dans ma tête en ce moment.
— Normal, dit le docteur. Billy, vous n’avez pas dormi depuis au moins 24 heures. C’est difficile d’avoir un bon raisonnement dans de telles circonstances. Si vous voulez, je peux vous aider dans votre démarche, ne connaissant pas les enfants, je suis neutre et pourrais vous amener à prendre une décision éclairée, possiblement la meilleure ou encore la moins pire !
— Allez-y Doc !
— Je commence avec Alice. Elle est avec vous depuis plus longtemps. Vous avez donc des attaches un peu plus profondes avec elle. J’ai su qu’elle souffrait d’asthme. Il faut donc qu’elle soit retrouvée le plus rapidement possible afin qu’elle puisse prendre ses médicaments, si besoin est.
— Quant à Loïc, bien qu’il soit le plus vulnérable n’étant âgé que de 11 mois, aucune maladie chronique ne lui a été diagnostiquée à ce jour. Il est en pleine santé. Il est celui des deux qui risque le plus de ne pas se souvenir d’où il vient et de s’adapter à sa nouvelle vie, en espérant qu’il soit bien traité bien sûr. Le sergent Bourque intervint :
— Si je suis votre raisonnement docteur, Billy devrait choisir Alice ?
— C’est très dur, mais comme je n’ai aucune attache envers les enfants, je ne les connais pas, je ne les ai jamais vus, donc, sur un plan logique et rationnel, oui, ce serait mon choix !
Billy ferma les yeux sur un flot de larmes qui voulaient exploser, s’éclater tel que la lave d’un volcan en éruption !
— Quand le téléphone sonna au bout d’une heure, Billy participa au jeu, malgré lui, et il dit : « Alice ». À l’autre bout de la ligne, le sale interlocuteur dit :
— Dommage, j’aurais bien aimé garder la petite, mais je vais être bon joueur et je vous rappelle dans une autre heure afin de vous divulguer où vous pourrez la récupérer ! « Ciao » et mes hommages à Omalie !
— Cinquante minutes plus tard, ils reçurent un appel stipulant que la petite était au Manitoba Dairy Museum dans la petite municipalité de St-Claude, soit à plus de 130 km de Rivière-Santé. Dépêchés sur place, ne sachant pas exactement où Alice avait été déposée, plusieurs agents de la GRC firent le tour de la bâtisse pour finalement entendre des pleurs qui provenaient d’une grosse poubelle de plastique sur roulettes. Alice y était, assise sur un gros coussin. Elle était bien emmitouflée, avec le couvercle refermé, heureusement saine et sauve ! Par mesure de sécurité, elle fut transportée à l’hôpital de Teouville afin d’être examinée par un médecin. Omalie, Billy, le sergent Bourque ainsi que le docteur Béliveau arrivèrent à l’hôpital deux heures plus tard. Les retrouvailles furent très émouvantes et Omalie ne quittait plus Alice. Alice, angoissée, étreignait sa mère par le cou, ne voulant plus la quitter. Même dans la voiture, Alice ne voulait pas prendre place sur son banc d’appoint, ne voulant pas quitter l’étreinte de sa mère. Billy et le docteur Béliveau occupaient les sièges avant, Omalie et Alice le siège arrière. Le docteur Béliveau proposa de passer la nuit à la maison au cas où ses services seraient requis et son offre fut acceptée avec plaisir et soulagement. De retour à la maison, la maman se coucha avec sa fille dans le lit de la chambre principale et Billy prit le lit d’Alice. Quant au docteur, il se coucha sur le divan du salon.
 
 
 
Chapitre 9
 
 
 
En ce matin du 23 septembre, une petite surprise attendait Max et Angela Simpson. Ce jeune couple dans la trentaine résidait sur la route 49 dans le nord de l’Alberta, tout près du minuscule hameau de Guy. Ils eurent un appel anonyme leur précisant d’ouvrir la porte d’entrée, qu’un cadeau les attendait avec impatience. Max, ne craignant rien et ne se doutant aucunement de ce qui l’attendait, se dépêcha d’ouvrir. À sa grande surprise, un jeune bambin, les yeux grands ouverts, assis et bien attaché dans un siège d’auto pour enfant, le même qui avait servi à son transport par automobile, gesticulait bras et jambes voulant sûrement être libéré.
Max entra le petit dans la maison et s’empressa d’alerter Angela tout en détachant le petit. Une valise également avait été déposée sur le balcon : à l’intérieur de celle-ci, du linge, des couches ainsi qu’une petite lettre expliquant la venue de l’enfant.
 
Bonjour Max et Angela,
Je vous présente le petit Harry. Il a 11 mois et est en pleine santé. Comme le Seigneur n’a jamais exaucé votre souhait d’avoir des enfants, j’ai pensé que vous pourriez vous occuper du petit Harry comme si c’était le vôtre. Je ne vous cacherai pas que le petit fait l’objet de recherche en ce moment. Alors je vous suggère de bien le cacher pendant un petit bout de temps. Ce bébé devrait vous procurer beaucoup de joie. Il est doté d’une génétique incroyable. Des parents d’une rare beauté, intelligence au-dessus de la moyenne, athlétiques, bref, vous héritez d’une perle rare. Dans plusieurs mois, vous pourrez le sortir et le présenter, car vous trouverez dans la valise des documents d’adoption en bonne et due forme. D’ici là, vous pourrez propager le fait que finalement les services sociaux vous ont approchés et qu’ils vous présenteront un enfant sous peu. Soyez heureux et svp, conservez son nom, Harry, tout comme votre oncle Harry qui vous embrasse bien fort.
NB Ne tentez pas de me contacter par aucun moyen. Tout cela doit rester très confidentiel. Brûlez ce message immédiatement.
 
Max et son épouse se regardèrent stupéfaits. Angela, nouvelle maman, se dépêcha de lui servir un peu de lait. Harry, assoiffé, avala son verre de lait qu’on lui présentait. Max, heureux, surpris mais inquiet, dit :
— Il est vraiment mignon ce petit. Devons-nous réellement le garder ou bien alerter la GRC ?
— Bien sûr que nous allons le garder, personne n’en prendra soin mieux que nous !
— Oui mais Angie, serons-nous capables de cacher la vérité tout au long de notre vie ?
—  Nous n’avons qu’à trouver une histoire solide et nous y tenir. Moi j’en suis capable, pas toi ?
— Moi je n’ai aucun problème, car de toute façon il n’ira pas à l’école avant au moins quatre ans et d’ici là, on va s’habituer à lui et lui à nous, et nous formerons une belle petite famille. Il ne manquera de rien ce petit, crois-moi !
Et là-dessus, Max s’assit par terre et commença à jouer avec le petit Harry. Après le souper, pendant qu’Angie donnait le bain au petit, Max s’affaira à assembler le lit de bébé, lit qu’il avait jadis acheté lorsqu’Angie lui avait annoncé qu’il serait papa. Mais les fausses couches s’étaient accumulées. Le lit de bébé assemblé, Max y déposa le matelas et Angela y installa le drap et la couverture. Après avoir bercé leur bébé et qu’il se fut endormi dans les bras de Max, on le déposa délicatement dans son nouveau lit sans qu’il ne se réveille. Mais la nuit ne fut pas de tout repos. Harry se réveillait souvent, pleurait beaucoup et montrait beaucoup d’agitation. Le lendemain, Max, qui travaillait à la Coop de Falher, se fit taquiner par ses camarades.
— T’as l’air fatigué Max ce matin ! Un jour si t’as des enfants, tu vas en vivre souvent des nuits comme celle-là ! Max qui avait bonne répartie habituellement ne fit que sourire sans répliquer quoi que ce soit !
 
 
 
Chapitre 10
 
 
 
Alice mangeait lentement, sans engouement sous le regard attentif et silencieux de ses parents. Ni Omalie ni Billy ne voulaient entamer la discussion au sujet du choix et de ce qu’était devenu leur bébé Loïc. Après de longues minutes, n’en pouvant plus devant ce silence et ce froid démontrés par Omalie, Billy lui dit :
— Chérie, allez, dis-moi quelque chose. Ne me laisse pas seul à me morfondre devant le choix que j’ai dû faire. Ce fut extrêmement pénible de devoir choisir l’un de nos enfants. J’aurais mieux aimé ne pas avoir à choisir, mais j’ai dû jouer le jeu…
— Tu appelles çà un JEU ? lui dit Omalie haut et fort en le fusillant du regard.
— Ce n’est pas moi, mais eux qui appelaient çà un jeu !
— T’aurais pu négocier un peu de temps afin de permettre au sergent Bourque de trouver où les enfants étaient, mais non tu as osé faire un choix sans attendre, sans négocier, de l’argent peut-être, ton frère t’a offert de payer une rançon et tu n’as même pas daigné en tenir compte !
— T’aurais voulu que j’attende, je ne peux pas le croire ! Si je ne nommais pas un enfant, on aurait perdu les deux, c’est ça que t’aurais préféré ? À ce moment, Alice se mit à pleurer et Omalie prit la petite et l’emmena avec elle dans la chambre principale devenue désormais la chambre des filles…
Billy aurait bien voulu se laisser aller et pleurer toutes les larmes de son corps, mais il ne voulait pas abdiquer. Il appela son ami Bourque. Il lui demanda :
— Serge, des nouvelles ? Donne-moi quelque chose, ma femme est en colère contre moi !
— Je comprendrais qu’elle soit en colère contre les malfaiteurs, contre la vie en général, mais pas contre toi !
— Elle est inconsolable et dit que j’aurais dû négocier un montant d’argent afin de récupérer les deux, tu vois….
— Écoute Billy, vous traversez une période difficile et c’est très compréhensible. Vous devriez consulter afin de pouvoir passer au travers.
— Tu as sûrement raison, mais en ce moment, elle n’est pas négociable, je devrai attendre un peu avant de proposer une thérapie. À bientôt, mon vieux !
— Je descends à Rivière-Santé en fin de semaine et l’on va reprendre le dossier depuis le début afin de voir si un détail ne vous aurait pas échappé. Embrasse ta femme et ta fille.
 
 
 
Chapitre 11
 
 
 
Afin de ne pas éveiller de soupçon, Max irait faire des emplettes à Peace River plutôt que dans le commerce où il travaille. Peace River est quand même situé à une soixantaine de kilomètres au nord de Falher. Il s'y rendit puisqu'il ne connaissait presque personne dans cette petite ville. Il avait une liste d’achats que lui avait préparée la nouvelle maman : des paquets de couches, de la nourriture en pot pour Harry et un peu de linge également.
À plus de 1800 km d’où se trouve son petit Loïc, Omalie quant à elle, continuait à opérer son dojo et on sentait qu’elle passait sa colère sur les sacs de sable. Billy faisait de même et s’entraînait de plus en plus. Billy était assez doué pour l’apprentissage de cet art martial. Il cognait dur et avait de la difficulté à trouver des partenaires d’entrainement. En fin de semaine, si le sergent Bourque se pointe comme prévu, il en profiterait pour s’entrainer avec lui. Depuis le kidnapping, Omalie n’avait plus fait appel à madame Hernandez pour garder Alice. D’ailleurs, plus personne ne garderait Alice.
Samedi, comme prévu, le sergent Bourque arriva chez les Side. Il était accompagné de sa fille qui a un an de plus qu’Alice. Les deux s’amusaient bien sous la supervision d’Omalie . Serge sirotait un café que lui avait préparé Billy. La tension était palpable, car Omalie n’était pas aussi chaleureuse que d’habitude. Néanmoins, le sergent Bourque invita Omalie à se joindre à lui et Billy à la table.
— Comment va la petite ?
Omalie prit vite la parole et dit qu’elle allait bien malgré tout. Elle demandait où était son frère et pleurait souvent, mais elle mangeait un minimum requis pour sa santé et dormait bien. Billy dit :
— Nous n’avons pas de ressources à Rivière-Santé, je crois que nous devrions aller consulter pour la petite ainsi que pour nous deux, dit-il, en regardant Omalie qui, elle, le regardait froidement.
— Je voulais justement en venir à ça. Il est important de faire appel à des professionnels de la santé lors d’un tel drame et ceux qui ne le font pas ne s’en sortent pas. Vous êtes un merveilleux couple…
— Et nous étions une merveilleuse famille, dit Omalie d’un ton amer.
— Écoutez-moi bien, je ne peux pas vous promettre que demain on va retrouver Loïc, mais ce que je peux vous promettre c’est que je ne lâcherai jamais de chercher mon filleul !
Là-dessus, Serge se leva et prit ses deux amis par le cou tentant de les réunir.
— Allez, je veux vous poser quelques questions. Ce sera peut-être douloureux, mais ne perdons pas espoir. Nommez-moi, par exemple, des noms de personnes qui vous ont surpris par leurs agissements dernièrement.
— D’accord Serge, je commencerais par la voisine, madame Hernandez. Un peu avant la naissance du petit Stéphane, qu’elle nomma avec difficulté, elle a reçu la visite d’un homme qui semblait être un prétendant. Ça peut sembler bizarre, mais plusieurs jours plus tard, elle s’est acheté une cuisinière, un réfrigérateur et un téléviseur.
— Qu’est-ce qui est bizarre là-dedans, lui demande Bourque ?
— Elle vit très modestement parce qu’elle n’est pas très fortunée et tout à coup, elle acquiert trois appareils tout de même assez dispendieux. Ça, c’est bizarre !
— Selon toi, ces meubles auraient été payés par ce nouveau prétendant ? Tu sais son nom ? Est-il venu la voir dernièrement ?
— Je l’ai peut-être vu à deux autres reprises.
— Si jamais tu le revoyais, prends note de sa plaque numérologique.
— C’est noté, mais je n’ai aucun autre… oh ! attends, elle a donné à Ramon une planche à roulettes parce qu’il l’aide parfois !
Bourque en prit note, mais ne savait si la planche à roulettes pouvait mener à une conclusion.
— Et toi Billy, as-tu des évènements à soulever qui pourraient nous être utiles ?
— Écoute, je ne sais pas si ça peut avoir rapport, mais à chaque fois que nous rendons visite à Camilla, elle se fait tabasser soit le jour précédant la visite, soit la journée même.
— C’est vrai ! Billy et moi, on se demandait pourquoi cela arrivait ainsi ! Camilla nous a juré qu’elle n’annonçait jamais notre venue à personne, sauf pour notre première visite.
— En quoi cela peut-il vous affecter directement ? Je comprends que Camilla est votre amie, mais qui peut croire que cela pouvait vous atteindre suffisamment pour vous faire du mal ?
— Je n’en sais vraiment rien Serge, lui dit Billy !
Là-dessus, comme promis, le sergent Bourque et Billy allèrent s’entrainer au dojo d’Omalie. Après quelques échanges solides, le sergent Bourque fit un fauchage dans les jambes que Billy n’attendait pas. Sur le dos, Billy partit à rire et le sergent Bourque fit de même. Il lui dit :
— Tu progresses vraiment bien Billy. Un conseil : comme tu n’es pas très grand, tu dois apprendre à esquiver et à contre-attaquer. C’est là que tu pourras surprendre tes adversaires. Tu vas y arriver, car tu es rapide et athlétique. Avec de la pratique, tu seras un redoutable adversaire, lui dit-il, en lui tendant la main pour l’aider à se relever.
 
 
 
Chapitre 12
 
 
 
Aujourd’hui 23 décembre, trois mois après l’enlèvement des enfants Side, un camion de la chaîne nationale de télévision se stationna devant leur résidence. Nadia Parker, journaliste d’envergure, s’apprêtait à faire une entrevue avec les parents du jeune Loïc Side, toujours porté disparu. Omalie souhaitait faire cette entrevue afin d’alerter tout le public canadien de la disparition de son fils. D’entrée de jeu, Nadia Parker se dirigea vers l’arbre de Noël, constatant les nombreux cadeaux sous l’arbre et ce qu’elle y vit l’émut.
— Merci de nous recevoir chez vous dans un moment si éprouvant pour vous et votre famille. Un premier Noël sans votre fils et, en regardant les cadeaux sous l’arbre, j’ai remarqué que plusieurs cadeaux étaient identifiés au nom de Loïc !
— Il reste deux jours avant Noël et j’espère que les ravisseurs nous feront la surprise de nous remettre notre fils qui est maintenant âgé de 14 mois, dit Omalie avec beaucoup d’émotion dans la voix. Ce serait mon plus beau cadeau de Noël.
— Avez-vous reçu des indices à ce jour à savoir s’il aurait été aperçu quelque part ?
— Rien du tout et c’est pourquoi nous demandons à tous les Canadiens, d’un océan à l’autre, de bien regarder cette photo. Elle date de trois mois et bien entendu, Loïc pourrait avoir changé un peu, mais si vous avez le moindre soupçon de l’avoir vu quelque part, vous pouvez appeler à ce numéro qui apparaît au bas de l’écran ou encore écrire à ce courriel. La journaliste se tourna vers Billy et lui demanda :
— Et vous Billy, comment vous en sortez-vous ?
—  Je dois avouer qu’il ne se passe pas une journée sans que je ne pense à mon fils. Ce sera un Noël très pénible, mais en même temps, nous devons penser à notre fille qui elle aussi souffre, cherche son frère et nous demande sans cesse où il est et nous ne pouvons rien lui répondre de concret. Nous allons lui faire vivre une belle journée de Noël, mais en même temps, nous ne voulons pas lui mentir et lui faire accroire que Loïc sera ici bientôt… et là-dessus, Omalie coupa la parole à Billy et la caméra fit un gros plan sur le beau visage d’Omalie. Toutefois, ses yeux, d’ordinaire magnifiques, étaient empreints de colère :
— Nous resterons positifs et, pour ma part, je refuse de croire qu’il ne reviendra pas sous peu ! De peur de perdre le contrôle de l’entrevue, la journaliste détourna l’attention et s’adressa à Raphaël Roberge qui était assis tout à côté de son demi-frère Billy.
— Et vous Raphaël, ne deviez-vous pas être en Europe pour une série de concerts ?
— Effectivement, mais à la suite de ce malheur, je voulais être près de ma famille et j’en profite pour annoncer publiquement que je suis prêt à payer 50 000 $ à toute personne qui contribuera au retour de Loïc sain et sauf à la maison.
— Wow ! reprit la journaliste en regardant la caméra qui fit un gros plan sur elle maintenant. Voilà donc, chers auditeurs, une offre intéressante, mais nonobstant celle-ci, aidez cette famille à retrouver son enfant et ainsi lui permettre de passer un temps des Fêtes en famille, comme ce devrait être le cas pour tous les enfants du monde ! Ici Nadia Parker, en direct de Rivière-Santé, Manitoba.
Le temps des Fêtes chez les Side s’était malheureusement passé sans nouvelles de Loïc. Omalie, toujours en rogne contre Billy, couchait toujours avec sa fille Alice et Billy, lui, occupait la chambre d’Alice.
À Guy, Alberta, le petit Harry (Loïc) avait passé un merveilleux Noël. Il marchait, courait un peu partout et apprenait très vite. Cette année, Max et Angie avaient prétexté qu’Angie combattait une épouvantable grippe et qu’elle devait éviter toute rencontre pour ne pas contaminer qui que ce soit. Jusqu’ici, tout le monde savait qu’ils étaient en attente de recevoir sous peu un enfant des services sociaux mais d’aucuns ne savaient que le petit Harry était déjà présent dans leur vie de famille au quotidien. La présentation du nouveau membre de la famille attendrait, surtout après la diffusion de l’entrevue de Nadia Parker dans les bulletins de nouvelles.
 
 
 
Chapitre 13
 
 
 
Nous sommes en février et la Chambre des communes vient de voter une loi en faveur des boissons hallucinogènes, contenant plusieurs restrictions. De ce fait, la Coucouna était donc maintenant légale au Canada, mais il appartenait à chacune des provinces de légiférer à ce niveau selon leurs propres conditions, points de ventes, âge minimum pour la consommer, etc. Billy attendait le rappel du premier ministre du Manitoba Jason Pruneau à cet effet.
— Bonjour Monsieur Side, comment allez-vous ?
— Je vais bien, Monsieur Pruneau, et vous-même ? dit Billy d’un ton enjoué.
— Je vais bien. J’irai droit au but, Monsieur Side, car je connais l’objet de votre appel. Nous n’aurons pas le temps de légiférer à cette session-ci et nous devrons reporter à l’automne avant de procéder.
— Dommage, car la saison d’été est très importante pour notre Centre de villégiature. Pouvons-nous vous aider dans ce dossier ?
— Non, il n’y a rien à faire, comme je vous l’ai dit, nous n’avons pas le temps.
— Est-ce que je peux au moins être optimiste que vous serez favorable au projet de loi ?
En bon politicien, Jason Pruneau dit :
— Il faut toujours être optimiste, Monsieur Side, et le gouvernement ira dans l'intérêt primordial des Manitobains !
— Oui, mais vous comprenez bien que c’est très important pour nous et pour la province également.
— Ah oui, dans quelle mesure cela est-il important pour la province, MONSIEUR LE MAIRE ? en haussant le ton sarcastiquement.
Pour donner suite à cette réponse, Billy tenta de ne pas laisser sa colère prendre le dessus et d’un élan positif lança :
— Monsieur le Premier ministre, je ne veux pas vous faire une leçon d’économie, mais nous sommes prêts ici à Rivière-Santé à vendre cette boisson qui sera très en demande au début et nous ne voulons pas manquer ce rendez-vous. Nous avons la recette, la méthode de production, notre plan marketing, je vous le dis, nous sommes prêts. Si vous laissez les autres provinces nous devancer, nous perdrons des revenus substantiels. Parlez-en à votre ministre de l’Économie si vous ne comprenez pas le concept… et Billy regretta cette dernière phrase, bien entendu !
Le premier ministre très insulté de cette dernière remarque et telle la technique du disque brisé, il recommença son baratin :
— Comme je vous l’ai dit auparavant, nous irons dans le seul intérêt des citoyens manitobains et nous ne pouvons, au gouvernement, chambouler notre agenda pour plaire à vous et à votre administration afin que vous puissiez engranger de plus gros profits, Monsieur Side, dit-il avec une pointe plus agressive, mais Billy rétorqua :
— Monsieur Pruneau, quand votre gouvernement a décidé de prendre en main le Centre de villégiature de Rivière-Santé, il n’y a eu aucune interruption de service. Vous avez profité largement de l’usufruit de nos centres et avez passé une loi, en pleine nuit, de surcroit, afin de prendre possession du Centre de villégiature. Si je comprends bien, vous n’avez eu aucun scrupule à faire siéger vos parlementaires pendant une soirée et une nuit complète afin de voter un décret pour arriver à vos fins parce qu’il y avait de l’argent inattendu pour les coffres de la province et maintenant, cela peut attendre !
— Je n’aime pas trop votre attitude, Monsieur Side, et sachez tout d’abord que le Centre de villégiature n’appartenait pas à Rivière-Santé, mais à un groupe d’investisseurs privés. Comme je vous l’ai dit précédemment, nous allons étudier sérieusement les impacts et prendre tout le temps qu’il faut et plus nous argumenterons, plus cela prendra du temps ! Suis-je assez CLAIR !
— À mon tour d’être clair, Monsieur Pruneau, les Canadiens paient beaucoup de taxes afin que ses gouvernements agissent dans leurs intérêts. Nous avons traité avec Santé Canada, ils ont fait leurs analyses et ont jugé que notre produit était recevable et pouvait être mis en vente. Santé Canada a fait son travail et aucune instance à travers le Canada ne dispose d’autant d’experts et de budget pour faire les analyses qui s’imposent, alors il est où votre fichu problème ?
— Je crois, Monsieur Side, qu’il ne sert à rien de continuer cette conversation. Et le ministre mit un terme à la discussion.
Quelques jours plus tard, en assemblée publique, Georgie, de la Gazette, lui posa la question à savoir le moment où la Coucouna serait mise en service. Billy lui fit donc part que le premier ministre lui avait mentionné que possiblement le gouvernement manitobain allait étudier le nouvel article de la loi canadienne. Georgie intervint encore en demandant si Jason Pruneau lui semblait favorable à la légalisation de la Coucouna. Billy, sachant que l’article de la Gazette ferait réagir le premier ministre, avoua que le ministre ne lui avait pas donné de réponse pouvant croire qu’il donnerait son accord. Là-dessus, les résidents dans la salle furent choqués.
Dès le lendemain, un article parut dans la Gazette :
 
Lors de la réunion hier soir à Rivière-Santé, votre humble chroniqueuse a posé quelques questions au maire Billy Side, à savoir si la Coucouna serait servie à nouveau aux usagers du Centre de villégiature suite à la légalisation du produit par le gouvernement canadien. Il faut rappeler que cette boisson hallucinogène fut introduite avec succès par l’ancien maire Harry Simpson. Le maire Side s’est montré très vague et n’a pu confirmer à l’assistance que Jason Pruneau, notre premier ministre manitobain, permettrait à la municipalité de remettre le produit en vente. Le maire prétend que possiblement la Chambre manitobaine étudierait le dossier à l’automne, laissant place à toutes les autres provinces de nous devancer. Dommage que notre maire n’ait pas pu convaincre le premier ministre. Quoique très beau, très intelligent et d’allure sympathique, le maire Side n’est peut-être pas le meilleur négociateur en ville ! Souhaitons que la nouvelle administration locale ne nous fasse pas perdre notre importance sur l’échiquier mondial des centres de villégiature, là où nous avait brillamment menés Harry Simpson !
 
Billy Side craignait d’avoir perdu des plumes face à plusieurs concitoyens suite à cet article signé par « Georgie ». Bien qu’il aurait aimé rappeler à cette journaliste que l’ancien maire croupissait en prison actuellement pour tous ses odieux crimes commis, il ne pouvait lui enlever que l’ancien maire était un habile négociateur. Il se remettait d’ailleurs en question. Était-il un bon maire ? Toutefois, il se disait également que l’article pourrait peut-être inciter le gouvernement manitobain à activer le traitement du dossier. Tel ne fut pas le cas, car Jason Pruneau, lorsqu’interpellé sur la question par un journaliste d’une chaîne de télé, en rajouta avec une arrogance crasse :
— Il n’est pas question qu’un maire, surtout le maire d’une petite municipalité, vienne influencer l’agenda d’un gouvernement provincial. Nous traiterons le dossier en bonne et due forme, avec tout le sérieux qu’il se doit. Autoriser la consommation d’une boisson hallucinogène ne doit pas être pris à la légère et nous ne nous laisserons pas intimider par le maire euh... feint-il d’ignorer le nom afin de prendre à la légère celui-ci... quel est son nom déjà ?
Le même journaliste de la chaîne de télé, en direction de Rivière-Santé, appela de son portable à la mairie afin d’avoir une courte entrevue avec le maire. Madame Mosquera, la secrétaire du maire, avisa le journaliste que M. Side était parti pour Ottawa. Toutefois, elle suggéra pour l’entrevue Omalie , l’épouse du maire qui était très au fait du dossier de la Coucouna.
Avant le début de l’entrevue, le journaliste, posté devant la mairie de Rivière-Santé, fit son introduction :
— Bonjour chers téléspectateurs, suite à l’entrevue avec le premier ministre, mon équipe et moi avons mis le cap sur Rivière-Santé afin d’avoir les impressions du maire Billy Side. Malheureusement pour nous, monsieur Side est actuellement à Ottawa. Pour répondre à nos questions, Omalie Sung, l’épouse du maire, nous reçoit à l’instant dans le bureau de celui-ci. Merci, madame Sung, d’avoir accepté de répondre au pied levé à nos questions. Avez-vous entendu les propos du premier ministre Jason Pruneau selon lesquels votre mari aurait tenté de l’intimider afin que le gouvernement puisse mettre en application le plus rapidement possible la nouvelle loi encadrant la consommation de boisson hallucinogène telle que la Coucouna ?
— Oui, j’ai été très surprise d’entendre que Billy avait tenté d’intimider le premier ministre, dit-elle en souriant. Jason Pruneau doit bien faire un 1.90 mètre et peser dans les 100 kilos alors que Billy ne fait que 1.75 mètre et pèse moins de 80 kilos, en souriant toujours !
Le journaliste la trouva bien bonne et salivait à l’idée d’en remettre :
— Je n’ai jamais vu votre mari en personne et j’aime bien vos propos, mais pourquoi presser le gouvernement manitobain à légiférer dans ce dossier ?
— C’est pourtant si simple ! Prenez par exemple vous les journalistes. Vous êtes continuellement à la recherche de primeurs et quand vous devancez vos confrères sur une histoire, en peu de temps qu’il faut pour le dire, d’autres journalistes s’empressent de la couvrir. C’est un milieu difficile que votre métier tout comme l’est le monde des affaires. Ici à Rivière-Santé, l’administration municipale qui a précédé la nôtre avait introduit la Coucouna et après plus de dix ans cette boisson avait fait ses preuves et nous avons développé une expertise, nous sommes prêts dès demain à vendre notre produit et nous ne voudrions pas que… et le journaliste coupa la parole à Omalie :
— Oui, mais vous la vendiez de façon illégale ?
— Pas nous, l’administration précédente, mais la question n’est pas là. C’est du passé. Notre administration a fait des représentations auprès de Santé Canada et je ferai remarquer à la journaliste de la Gazette, celle qui signe les articles sous le pseudonyme de Georgie, que c’est mon mari qui a négocié afin de rendre ce produit légal, dit-elle avec un large sourire et remettant les pendules à l’heure.
Le journaliste vint pour reprendre, mais Omalie lui coupa l’herbe sous le pied à son tour :
— Maintenant, la question qui tue ! Pour quelle raison un gouvernement provincial empêcherait-il une de ses entreprises à vendre un produit légal ? Je m’adresse à l’ensemble des entrepreneurs de la province. Voulons-nous un gouvernement qui nous met des bâtons dans les roues ou bien un gouvernement qui nous aide à partir des entreprises et à faire travailler les citoyens ? Plus de gens qui travaillent donc, par conséquent, moins qui dépendent du bien-être social ou de l’assurance-emploi et plus de revenus d’impôts pour le gouvernement et ainsi va la roue… À son tour le journaliste prit la parole en remerciant Omalie de l’entrevue et en stipulant que la suite promettait des rebondissements intéressants, car Jason Pruneau n’est pas le genre à se laisser piler sur les pieds ni à se faire dicter sa ligne de conduite.
Comme prévu, le premier ministre Jason Pruneau, dès le lendemain, répliqua rapidement aux propos d’Omalie :
— Pour la deuxième et dernière fois, je vais rappeler à tous et à cette dame en particulier qui n’est même pas une représentante officielle de Rivière-Santé, cette petite municipalité dit-il sourire en coin, que nous allons prendre le temps nécessaire pour analyser les tenants et aboutissants avant de laisser ce produit « la Coucouna » se répandre dans notre province. En avons-nous réellement besoin ? Avons-nous besoin d’un autre produit hallucinogène qui pourrait se retrouver dans les mains de nos jeunes ? Je m’adresse maintenant à mes concitoyens de Rivière-Santé, je comprends votre maire d’avoir peur de m’affronter et qu’il préfère mettre sa femme entre nous, dit-il en souriant toujours, et en levant les deux bras et imitant la pause que prennent les haltérophiles en montrant leurs biceps.
Billy rageait en voyant Jason Pruneau faire le pitre devant les caméras. Le lendemain, le même journaliste fit une entrevue via Skype et Billy affirma que le premier ministre ne l’impressionnait pas et que faire le clown à la télé lui allait très bien et qu’il pourrait réorienter sa carrière au Cirque du Soleil !
Quelques jours plus tard, un promoteur de boxe appela à la mairie. Étant adepte de boxe, Billy connaissait bien ce promoteur, de réputation. Le promoteur Paul Lévesque aborda Billy ainsi :
— Monsieur Side, vous savez qui je suis ?
— Bien entendu, monsieur Lévesque, mais quel bon vent vous amène ? Vous voulez ouvrir une école de boxe dans notre municipalité ?
— Pour l’école de boxe, on verra, mais par contre, j’ai assisté à vos débats avec le premier ministre et en vous voyant, je sais reconnaître les gens de caractère et vous me semblez également en excellente forme.
— C’est vrai que je suis en bonne forme physique. Billy était tout heureux d’avouer au promoteur qu’il faisait du Jiu-Jitsu régulièrement au dojo de son épouse.
— Je sais tout cela, Monsieur Side, et c’est pourquoi j’aimerais vous introduire, vous et monsieur Pruneau, dans mon gala de boxe qui aura lieu dans deux mois à Winnipeg. Bien sûr, ce sera en sous-carte, qu’en dites-vous ?
Billy, se sachant beaucoup moins grand et plus léger, ne voyait pas comment il pourrait venir à bout de ce géant.
— Écoutez, je ne suis pas contre l’idée, mais j’aurais des conditions toutefois. Tous les coups seraient permis. Je fais un peu de boxe, mais mon entraînement actuel est plus de nature art martial.
— Cette demande est recevable. J’ai déjà organisé avec succès un tel évènement auparavant. Le boxeur l’a toutefois emporté, car tout comme dans ce cas-ci, le boxeur était beaucoup plus grand que son opposant adepte du Tae Kwon Do.
— J’aurais une autre exigence. L’enjeu !
— Et que serait l’enjeu ?
— Si je gagne, le premier ministre devra faire légaliser la Coucouna.
— Et si lui gagnait ?
— Je ne sais trop, à lui de proposer !
 
 
 
Chapitre 14
 
 
 
Billy attendit que la petite Alice soit couchée avant d’en parler avec Omalie , craignant sa réaction. En faisant la vaisselle, Billy, ne sachant pas trop comment lui annoncer la nouvelle, débuta en lui posant une question :
— Écoute chérie, sais-tu qui m’a appelé aujourd’hui à la mairie ?
— Non, mais à voir ton air, je devrais connaître cette personne !
— Je ne crois pas, mais tu as probablement entendu parler de lui dans les médias.
— Bon, je vois, en tout cas il s’agit d’un homme.
— Bingo ! Cet homme organise des évènements regroupant, pour la plupart du temps, des hommes qui proviennent de partout sur la terre.
— Oh, je vois, cet homme est promoteur, vrai ?
— C’est cela !
— Est-ce qu’il organise des évènements extérieurs ou intérieurs ?
— Ça peut être les deux, mais dans la très grande majorité des évènements, c’est à l’intérieur et dans des endroits ayant beaucoup de sièges.
— La seule chose que je peux imaginer, c’est soit un promoteur de spectacles sur glace comme les Ice Follies ou encore des soirées de boxe, dit-elle en souriant, ne se doutant de rien !
— Disons que c’est Paul Lévesque, celui qui organise des soirées de boxe.
— Ma parole, que te voulait-il, te faire faire un combat de boxe, en s’esclaffant de rire !
— Voilà, il me propose de me battre contre... Jason Pruneau !
— Quoi ! Contre ce monstre ? J’espère que tu as accepté, haha !
— Tu me connais, bien sûr que j’ai accepté.
— Billy, tu n’es pas sérieux, dit-elle avec les larmes aux yeux, ce qui plut à Billy de voir qu’elle se souciait tout de même de sa santé.
— Écoute, depuis plusieurs mois tu m’entraînes vraiment bien et je crois que je suis assez doué dans les sports de combat. J’ai posé mes conditions toutefois. Tous les coups seront permis et, si je gagne, il va faire passer le projet de loi pour la Coucouna dans le mois suivant.
— Et quand aurait lieu ce combat ?
— Dans deux mois.
— Billy… écoute, je crois que tu pourrais gagner si tu es en meilleure forme que lui. Il est trop gras, donc il va s’épuiser rapidement. Je serais surprise, avec son horaire chargé, que d’ici deux mois il arrive à être dans une condition physique lui permettant de faire un combat. Dans ton cas, tu es déjà dans une forme splendide. On va t’entraîner intensément et l’on va faire venir un entraîneur professionnel de boxe pour que tu sois dans les meilleures dispositions possible, une diététicienne aussi. Écoute, je m’occupe de tout et dès maintenant, plus d’alcool. Dis-moi, que demande-t-il s'il gagne ?
— Je ne le sais pas encore !
Malgré plusieurs tentatives, le promoteur ne reçut aucun retour d’appel du premier ministre Jason Pruneau. Il prit alors les grands moyens. Il connaissait bien le journaliste qui avait fait les entrevues chocs avec Jason Pruneau, Omalie et Billy. Il lui demanda de poser la question au ministre lors d’une entrevue ponctuelle. Pendant l’entracte d’un spectacle, le journaliste en question accompagné d’un caméraman posait des questions aux gens présents, à savoir si le spectacle leur plaisait.

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