Colonie - Les premiers
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Description

Les hommes ont envoyé une mission de colonisation vers une planète ou les conditions de vie seraient identiques à la Terre. Environ huit cents volontaires, civils et militaires, s’engagent dans une mission sans retour. Après un voyage en stase qui durera trente-huit ans, ils doivent édifier une colonie sur le sol de ce Nouveau Monde qu’ils ont baptisé Lone. Ils ne recommencent pas à partir de rien. Les immenses soutes du New Hope regorgent de matériel (constructions modulaires, véhicules, outils d’extractions…) et de vivres. En outre, le vaisseau dispose d’une intelligence artificielle de dernière génération qui doit les mener à bon port et intégrer sur place des espèces terriennes, faune et flore, qui devraient les aider à s’installer et à se développer. C’est une nouvelle civilisation sur un monde vierge qui commence. Vierge, pas tant que ça. Cette planète est déjà habitée et, forcément, rien ne va se dérouler en suivant le plan.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 20 mars 2015
Nombre de lectures 65
EAN13 9782312031460
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0012€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

COLONIE

J.M. VARLET
COLONIE
Les premiers – tome 1








LES ÉDITIONS DU NET 22 rue Édouard Nieuport 92150 Suresnes
© Les Éditions du Net, 2015 ISBN : 978-2-312-03147-7
Table des matières
Table des matières
Avant-propos
Introduction
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Liste des personnages par ordre d’apparition
Avant-propos
Et ben non je n’en ferais pas, nous ne sommes pas là pour nous complaire dans de la masturbation littéraire, mais juste pour passer un bon moment et se divertir.

J’espère que ce sera votre cas.

Bonne lecture à tous, que mon imagination vous emmène loin de vos soucis du quotidien

(Du coup si, j’en ai fait un ! cours, mais un quand même !)

Ps : pour les gens si sérieux que ce type d’histoire ne peut intéresser : passez votre chemin, vous trouverez quantité d’auteurs bien meilleurs que moi à torturer.

... et puis concernant les fautes : je m’en excuse par avance. J’ai beau me relire et passer par trois correcteurs différents, dont un payant de très bonne facture… sans compter mon épouse adorée (hors de prix !!), ainsi que mon ami et photographe passionné Sylpix, rien n’y fait !
Introduction
– Sharona ! Qu’est-ce que tu fabriques ?
– …
– Sharona !

Seul le craquement du bois résonnait dans la maison silencieuse.
Il se redressa en soupirant.
Les courbatures se rappelèrent à son bon souvenir aussitôt. Il avait l’impression d’avoir été piétiné par un troupeau de bison. La coupe des arbres en prévision de l’hiver qui s’annonçait était un travail harassant. Les filles ne pouvaient l’aider que pour les bûches les plus légères, et Elisa était à son septième mois de grossesse.
L’air de la pièce était frais.
Dans la nuit, il devina plus qu’il ne vit la condensation sortir de sa bouche au rythme de sa respiration.
Cette damnée gamine avait laissé le feu s’éteindre. Ce n’était pourtant pas bien compliqué : un beau morceau le soir dans la cheminée au moment de se coucher et ouvrir un œil de temps en temps pour s’assurer qu’il n’avait pas besoin d’être alimenté.
Elle était installée avec sa sœur devant l’âtre, quoi de plus simple ?
À ses côtés, leur mère dormait d’un sommeil profond. À peine s’était-il assis que déjà, elle occupait l’espace chaud libéré en se collant contre lui.
Il se frotta le visage de ses mains calleuses et glissa jusqu’au bord du lit en amenant la couverture avec lui. Derrière, Elisa grogna en tirant à elle le précieux tissu tiède et épais sous lequel elle disparut.
Entièrement nu, il ne restait à Charles que le choix de se jeter dans ses vêtements glacés en espérant qu’ils se réchauffent vite.
Dans le noir, il donna du coude dans le mur, pestant après la jeune fille, objet de tous ses griefs matinaux.
Il ouvrit la porte et s’avança dans le couloir. La lueur de l’aube à travers les volets disjoints permettait à peine de distinguer le palier des escaliers qui menait en bas.
Comme il s’y attendait, il n’y avait aucune source de lumière en provenance du large foyer au centre de la pièce à vivre.
– Sharona !

Toujours pas de réponse.
Buté, il descendit en se tenant à la rampe, à l’aveuglette. Devant la cheminée, sur une épaisse fourrure, deux couchages en forme de cocon se trouvaient côte à côte. Le plus proche était celui de la jeune fille.
– Sérieusement Sharona, on ne te demande pourtant pas grand-chose…

Il se baissa et voulut la secouer par l’épaule. Sa main s’enfonça dans les couvertures froides et vides.
Surpris, il tâtonna tout ce qui était à ses pieds, en vain.
– Kyra ? Kyra ?

Il tendit les doigts vers l’autre forme étendue, redoutant la même chose.
Cette fois-ci, la voix ensommeillée d’une petite fille lui répondit.
– Papa ? Qu’est-ce qu’il y a ?
– Kyra, où est ta sœur ?
– Ben, elle dort.
– Si je te le demande, c’est bien qu’elle n’est pas là ! Ou est ta sœur Kyra ?

Elle s’assit, toujours entourée de ses couvertures. Dans la pénombre, la forme de sa tête, dominée par une tignasse en bataille émergea.
– Je sais pas moi ! Elle a dit qu’elle devait aller pisser, mais je sais plus. Je dormais. Elle est pas là ?
– Non.
– Il fait froid papa.
– Oui, je m’en occupe.
Inquiet, il prit tout de même le temps de remuer les cendres.
Quelques braises subsistaient.
Il mit une bûche fendue et souffla doucement jusqu’à l’apparition de la première petite flamme.
– Kyra, occupe-toi de ça tu veux ?

Elle soupira en se trainant jusqu’au bord de l’âtre.
– …et arrête de râler. Ce n’est pas compliqué ! Je vais aller voir ce que fout ta sœur.
– C’est toujours moi…

Il prit une grande inspiration, luttant contre une irrépressible envie de relever ce trait d’humeur.
– Fais ce que je te dis !

Il traversa la pièce et repoussa involontairement d’un coup de tibia douloureux un tabouret qui se trouvait sur son itinéraire, bien loin de la place qui aurait dû être la sienne.
La série de jurons qui suivit fut chuchotée dans un souci de discrétion. Il tituba jusqu’à la porte où il trébucha sur le tas de chaussures abandonnées là.
Après avoir retrouvé les siennes, il ouvrit l’entrée qui n’était pas verrouillée.
Dehors, le soleil pointait à peine.
La petite maison de bois sur deux niveaux faisait face à une grange aussi haute qu’elle, mais quatre à cinq fois plus grande. Entre les deux se trouvait l’étable, accolée à l'habitation.
La température était fraîche, mais pas assez encore pour que la rosée ne se transforme en givre.
Il frissonna malgré sa chemise épaisse et avança dans la cour en direction de la cabane à l’écart.

À cette heure-ci, tout était calme, même les animaux avaient besoin de sommeil.
Il alla jusqu’aux toilettes et frappa des doigts contre le panneau de bois.
– Sharona ?

Sous les chocs répétés, la porte oscilla doucement et pivota vers l’intérieur.
Personne.
Soudain inquiet, il se retourna vers les constructions.
Il n’y avait rien de particulier. L'accès de l’étable restait verrouillé de l’extérieur par un étai posé en travers, aucune chance pour que la petite y soit.
La large ouverture de la grange laissait apercevoir l’avant du ranger de la famille. Il se dirigeait vers celui-ci lorsqu’un bruit attira son attention.
La ferme était tapie contre l’orée de la forêt qui allait en se densifiant jusqu’à devenir une sorte de jungle sombre et mystérieuse.
Une haute palissade d’environ Six mètres en faisait le tour, constituée de troncs d’arbres côtes à côtes attachés les uns aux autres. Il restait au centre, devant les constructions, une cour large comme la moitié d’un terrain de foot. Un derrick dominé par une éolienne en occupait le milieu, contre un réservoir ouvert et peu profond. Il assurait l’approvisionnement en eau.
Les étais de la porte de l’enceinte étaient toujours en place.
Le son venait de l’extérieur.
On pouvait à peine entendre un léger grognement par-dessus le souffle du vent qui faisait bruisser les longues tiges de l’herbe sauvage qui couvrait la plaine autour d’eux.
Charles prit la direction de l’échelle menant à la plateforme de guet située à côté de l’entrée.
L’adolescente était là, silencieuse. Elle était totalement obnubilée par ce qui se passait devant elle.
Alors que le soleil n’était encore qu’une ligne orange derrière les collines, à l’horizon, la petite et la grande lune se trouvaient encore au-dessus d’eux.
À quelques mètres à peine de la porte, un animal gros comme un éléphant, couvert d’un épais pelage hirsute, tout en longueur, ruminait paisiblement en les dévisageant, la truffe en l’air. Il était allongé de tout son long au milieu de l’herbe aussi haute que les filles. Son énorme tête, directement liée au corps sans cou, était dominée par une touffe de poil qui retombait sur son museau. De temps en temps, pour dégager son champ de vision, il décalait sa mâchoire inférieure pour repousser en soufflant les mèches qui se dressaient sous l'expiration puissante.
Invariablement, elles finissaient par revenir à leur position initiale.
– Sharona ! Mais qu’est-ce que tu fais là ? Tu vas attraper la crève ! Rentre au chaud immédiatement !
– On m’en avait parlé, mais je n’en avais jamais vu… se contenta-t-elle de répondre distraitement.

Il se plaça derrière elle, l’entourant de ses bras, le menton juste au-dessus de ses cheveux.
– je crois que ce sont les premiers animaux que nous avons découverts en arrivant ici.
– ils sont dangereux ? demanda-t-elle alors que la créature secouait ses cornes torsadées en forme de demi-lune.
– Non, pas à ma connaissance.

Le silence se fit alors que la bête humait autour d’elle et finissait par arracher une nouvelle bouchée d’herbe.
– Il y en avait sur Terre ?
– Non, juste ici. Il y avait beaucoup d’autres animaux, mais tous différents. Allez, vient, il fait froid.

À contrecœur, elle descendit derrière lui et ils se dirigèrent vers la maison d’où un panache de fumée commençait à s’élever depuis la cheminée.
– … et ils étaient tous aussi dangereux que ceux d’ici ?
Il fit un sourire crispé, secouant la tête de droite à gauche, les yeux fixes, perdu dans ses souvenirs.
– oh non. Sur Terre, le plus redoutable, c’est l’homme.

L’adolescente éclata de rire… pas lui.





15 ans plus tôt :
Chapitre 1
L’immense vaisseau avançait en silence, se glissant entre les planètes en ralentissant sa course. Son long voyage inaugural devait être également le dernier.
Le New Hope devait se poser de façon définitive sur la surface, sacrifiant ses trains énormes conçus pour ne servir qu'une fois.
Ensuite, tout devait être utilisé en tant qu’infrastructure ou consommable, rien ne devait se perdre.

Parti de l’orbite terrestre trente-huit ans plus tôt, la décélération qui durait depuis de longues années trouvait son terme ce jour, alors qu’il tombait sous le joug de l’attraction de la planète visée.
Celle-ci avait une immatriculation, enregistrée par les astronomes, mais les colons lui avaient donné un nom qui trahissait bien, à leurs yeux, l’isolement qui serait le leur par rapport au reste de la race humaine : Lone (solitaire en anglais).

Jusque-là, Noé, l’ordinateur de bord, assurait la parfaite synchronisation entre l’environnement extérieur et les ressources disponibles.
Il avait notamment été programmé pour un résultat optimum par rapport à la trajectoire. Toute modification était impossible. Les volontaires de la mission savaient qu’elle serait sans retour.
Même si une réserve substantielle de carburant existait, elle n’était dédiée qu’à un imprévu mineur sur le trajet.
Noé avait surtout la charge de la mise en œuvre des moyens biologiques une fois sur place, il administrerait dans son domaine l'implantation de la colonie.

Il n’y avait aucune présence humaine dans les coursives. Les consoles de la large passerelle projetaient leurs halos blafards en direction de sièges vides. Les soutes immenses, pleines à craquer de containers de toutes tailles, entre lesquels ne subsistait parfois qu’un étroit passage permettant à peine de s’y glisser, étaient plongées dans le noir.
Des boutons lumineux et quelques écrans témoignaient d’une activité intense dans la salle de contrôle, pourtant déserte, des moteurs.

Simultanément, depuis le mur d’un long compartiment vide, des cellules émergèrent dans des nuées de vapeurs azotées courant sur le sol en direction des armoires-vestiaires situées en face, comme une avalanche de neige.
La première série concernait un sarcophage sur deux. Les rampes de leds s’allumèrent alors que les couvercles se soulevaient dans un ensemble parfait.
Noé régla l’intensité de l’éclairage afin d’éviter aux dormeurs le désagrément d’une lumière trop vive au moment du réveil. Il avait été conçu pour s’adapter à ses utilisateurs et anticiper les besoins. Cette initiative n’était pas directement programmée dans sa base de données. Il s’ajustait par rapport à ses connaissances et ce que ses concepteurs appelaient son libre arbitre.

Le premier des sarcophages de la série, isolé dans une cabine au mobilier de bois, était celui de l’amiral Brian. Quelques secondes après l’ouverture du capot, il se hissa péniblement sur ses coudes et resta assis de longues minutes.
Âgé de plus de cinquante ans, il était le doyen de cet équipage dont la moyenne tournait plutôt autour de la trentaine. Christopher BRIAN ne s’était plus illustré depuis sa sortie de l’académie navale. Un certain nombre de ses égaux, demeurés sur Terre, aurait pu remettre en question ses références glorieuses en arguant que ses résultats aux tests avaient pu être facilités par le fait que des générations de Brian s’y étaient succédé, du rang d’élève à celui de directeur…
Massif, de petite taille, des mains extrêmement larges, il ressemblait plus à un ouvrier qu’à un cérébral.
Pour compenser la prestance que sa silhouette ne lui permettait pas, ses cheveux blancs étaient coiffés avec soin et sa barbe finement coupée. Les années de mess et d’inactivité physique avaient fait des ravages sur son tour de ceinture. Il ne pouvait voir ses pieds sans s’incliner en avant.
Avec un soupir, il pivota et laissa glisser ses pieds par terre.
Il avait bien prévu quelque chose à dire qui serait inscrit pour la postérité « en ce jour glorieux de la première mission de colonisation vers une planète habitable », mais rien ne lui revenait.
Quelque part, ça le mettait en colère.
Pas trop quand même car il avait préparé un petit discours qu’il voulait éternel lorsqu’ils entreraient dans l'histoire en débarquant sur le sol vierge. Des générations de Loniens pourraient plus tard travailler dessus à l’école primaire…
Une voix masculine retentit depuis les haut-parleurs de la pièce, le coupant de ses pensées « monumentales ».
– Bonjour Amiral Brian, avez-vous bien dormi ?
– « Noé »… Sommes-nous arrivés ?
– Tout à fait monsieur, nous venons de franchir les derniers milliers de kilomètres, l’appareil est sous l’attraction de la planète visée.
– Est-ce que tout y est comme prévu ?
– Les premières analyses spectrométriques confirment les prévisions, Monsieur.
– Envoie les foutus drones.
– Bien Monsieur.
– Rien d’autre à signaler ?
– Une comète contournée, deux collisions évitées et dix décès Monsieur.

L’amiral se redressa et leva son visage vers le haut-parleur le plus proche.
– 10 décès ?
– Oui Monsieur. Une unité de refroidissement défectueuse. Le technicien de service réveillé n’a pu réparer le module qui en dépendait. Des fluides ont infiltré le dispositif de respiration.
Nous avons tout de même lancé la procédure de réveil d’urgence, mais sans succès viable.
– « Succès viable »… Il se frotta nerveusement la nuque. Explique-toi !
– Les individus semblaient souffrir atrocement, le taux de survie chance avec des poumons inondés de produit hautement corrosif n’était que de cinq pourcent. Activer une unité médicale aurait pu nous priver de leur soutien si l’état des blessés était contraire à une nouvelle stase. Il aurait fallu les assister pendant les trente-deux années de voyages qui restaient. Je n’ai eu d’autre recours que de privilégier l’intérêt de la mission.
– Quoi ? Que… et comment ?
– J’ai fait sortir le technicien et procédé à la décompression de la pièce en chassant tout l’air respirable. Les décès ont été rapides, Monsieur.
L’amiral accusait le coup.
Noé, l’ordinateur central, était capable de tuer pour la « bonne cause »… Si cette information se diffusait, la suite des évènements pourrait prendre un tour incertain. Avoir une mutinerie sur les bras avant même de débarquer était inconcevable. L’implantation de la colonie reposait sur l’autonomie de l’IA pour toute la section animale. Elle devrait gérer, assistée d’un vétérinaire, la mise en place et l’adaptation de certaines espèces terriennes jugées importantes pour l’avenir des hommes sur Lone. Si ceux-ci commençaient à douter du bien-fondé de ses objectifs et des moyens utilisés, c’est tout une partie du programme qui serait compromise.
Lui seul savait que le New Hope n’était que la première phase sur Lone.
Le conseil avait des plans. Vu les délais de route, ils étaient même sans doute déjà en chemin. Le haut commandement terrien comptait sur lui pour poser les fondations de cette nouvelle colonie.
Il devait faire quelque chose.
Christopher Brian se mit debout, bien campé sur ses pieds. Il toisa la caméra de la pièce où il se trouvait.
– Directive prioritaire, classification 1 : cette information ne doit pas être divulguée. La version officielle sera que la cause des décès est due à un problème uniquement mécanique. Qui est le technicien qui était réveillé ?
– Charles Pryam Monsieur, seconde séquence de réveil de l’équipage.
– Pour le moment, tu le laisses en stase. C’est compris ?
– Bien Monsieur.
– Pour le reste, tu maintiens la planification d’éveil : tout l’équipage opérationnel du vaisseau, nous n’avons pas le choix. Nous expliquerons son maintien en sommeil par un problème technique anodin… un dysfonctionnement du mécanisme d’ouverture du capot.
– La seconde séquence d’éveil est activée, deux minutes avant sortie de stase. Les premiers membres d’équipage sont tous debout. Il y a une information que je pense devoir vous donner, Monsieur.

Il soupira en remontant la combinaison bleue qui se trouvait dans son placard, s’assurant distraitement de la présence de ses insignes de cols et leur positionnement.
Et maintenant il pense , ça promet se dit-il.
– Pas la peine d’entretenir le suspense…
– La femme de votre second fait partie des 10
– Putain !

Il jeta un regard vers la porte, s’attendant à le voir débarquer d’un instant à l’autre.
– Monsieur Kearney ignore encore ce qui s’est passé, il est en train de s’habiller dans la salle commune voisine.
– Bloque l’accès à la pièce impliquée. Personne à réveiller là-bas ?
– Non Monsieur, il s’agit de personnel d’exploration. Ils font partie des séquences suivantes.
– Pour des raisons de sécurité, tu condamnes l’accès à toutes les autres salles de sommeil. Aucune information ne doit filtrer.
– Et pour monsieur Pryam, quelle est la conduite à tenir ? Il est une des sources possible de fuite.

L’amiral réfléchissait à toute vitesse.
Il fallait prendre une décision. Il ne parvenait pas à mettre un visage sur le nom.
Il devait absolument cacher que l’ordinateur central pouvait donner la mort aussi tranquillement que s’il fermait un volet roulant.
Il claqua la porte de son armoire et posa son poing dessus.
– Si l’information devait être découverte, c’est toute la mission qui serait mise en péril. Par la même, la sécurité et la survie de l’ensemble des colons. Nous devons absolument privilégier l’intérêt de tous.
– Oui Monsieur.
– Est-ce que tu vois ce que je suis en train de te dire ?
– Vous venez de verbaliser de manière indirecte que pour optimiser l’objectif viable de la mission, je dois notamment m’assurer du silence de Monsieur Pryam.
– Je rêve…

La voix désincarnée commençait à lui faire froid dans le dos. Cette IA était une véritable psychopathe. Noé n’était peut-être pas le nom le plus adapté tout compte fait.
Il n’eut pas le temps de revenir sur ses propos pour les nuancer, à supposer qu’il en ait réellement eu le souhait. Déjà, Noé reprenait la parole, sans passion.
– C’est réglé Monsieur.

Des cris retentissaient dans la salle voisine. Quelqu’un utilisait un outil pour frapper quelque chose.
– Qu’avons-nous… qu’as-tu… fais… ?
– De l’azote liquide vient de remplir le sarcophage toujours clos de Monsieur Pryam. Ce fut rapide. Il n’a pas souffert.
– Que sais-tu de la souffrance ? jura-t-il en s’assurant une dernière fois de son apparence dans la petite glace.

L’amiral se précipita dans la coursive pour ouvrir la première porte à droite. La voix de son second retentissait par-dessus le tumulte.
– Arrêtez immédiatement ! C’est trop tard. Si vous faites une ouverture, vous allez vous bruler avec l’azote liquide qui se rependra partout. Il faut trouver la vanne de circulation, et être certain qu’elle ne concerne que ce sarcophage. Vous risquez de tuer le reste du module qui ne s’est pas encore réveillé.
– Zach ? Zach ! William ! Posez cette hache !

Il surgit dans la pièce ou se trouvait une vingtaine de personnes, certaines en combinaison, d’autres en sous-vêtement. Toutes s'agitaient autour d’un sarcophage clos. Une hache à la main, un homme d’une trentaine d’années, se tenait debout sur le capot, en slip.
– Mais qu’est-ce qu’il se passe ici ?

Se détachant du groupe, Alex Kearney, le second du New Hope, s’assura du regard que William Zach, le chef mécanicien, descendait de son perchoir aidé par les autres.
– C’est Pryam Monsieur. Il est foutu. C’est horrible, il baigne totalement dans l’azote liquide.

Serrant les dents, l’amiral afficha la mine la plus fermée possible.
– J’exige que les gens interviennent en sécurité ! Tout le monde en tenue réglementaire et porteur des EPI (Éléments de Protection individuelle) ! Monsieur Kearney, faite le nécessaire. Ceux qui ne sont pas indispensables ici doivent assurer les délais de notre programmation. Vous n’ignorez pas que le temps joue contre nous.

Accusant le coup, le capitaine Kearney se redressa en le dévisageant. Le crane tondu de près, il était sec et tout en muscle.
– A vos ordres, Monsieur.

Il se tourna vers les marins qui se tenaient au chevet du mort, serrant les dents.
– Twarby ! Trouve-moi cette satanée vanne et isole le sarcophage des autres. Tu coupes tout. Les autres : à vos postes. La descente a déjà commencé. Lieutenant Zach, si vous n’êtes pas prêt tout à l’heure, ce voyage se terminera par un gros trou à la surface de Lone.

La mine sombre, l'équipage se dispersa, William Zach le dernier. Il posa sa main sur l’épaule d’une jeune femme aux cheveux en brosse dans une combinaison orange en grommelant.
– Vanessa, si tu as besoin, appelle-moi.

Elle hocha la tête, récupéra une sacoche textile bourrée d’outils et commença à démonter les panneaux techniques.
Le capitaine Kearney revint à l’amiral, glacial.
– Autre chose Monsieur ?

Il y eut quelques secondes de silence, lourd des reproches de l’un et de la conscience torturée de l’autre.
– Je vous attends sur la passerelle Monsieur Kearney. Nous devons initier la séquence d’atterrissage.

Christopher Brian fit volte-face et se dirigea d’une démarche raide vers la proue du New Hope.
Alex le suivit du regard, la mine sombre, plissant les lèvres.
Lorsqu’il fut hors de vue, il retourna à son placard pour finir de s’habiller.
Brian attendrait, il comptait bien passer voir dormir Cathy avant. Il ressentait le besoin d’être rassuré et savait que le seul fait de contempler son visage serein suffirait à le remotiver pour la suite.
Ils allaient amorcer la partie la plus risquée de leur périple.


La porte de la passerelle eut à peine le temps de s’effacer devant lui qu’il s’engouffrait dans la pièce, faisant fi de la discipline militaire.
– Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? Brian ! Pourquoi les sas des compartiments de sommeils sont fermés ?

L’amiral se redressa comme un i et se frotta les mains mal à l’aise, le visage écarlate.
– Vous vous oubliez, capitaine Kearney !
– Faites-moi mettre aux fers ! Qu’est-ce qu’il se passe ici ?

L’amiral Brian se jura bien intérieurement de l’y mettre dès qu’il en aurait l’occasion.
Il estimait depuis le début que le capitaine n’était pas fait pour le poste. Il discutait les procédures, refusait d’assumer pleinement sa fonction d’officier de pont et par la même était trop proche de ses hommes. Il aurait souhaité un autre second, mais il avait trop usé de son « capital de connaissances » pour faire pression sur les affectations ainsi que les grades des cadres. Il avait suffisamment manœuvré pour prendre le commandement de la première colonie terrienne.
Spécialiste du jeu d’influence, il prévoyait de toute façon de faire monter Dryden comme second au plus tôt, il avait déjà préparé le terrain en ce sens. Déposer Kearney ne devrait pas être bien compliqué : il avait une tendance naturelle à engager sa responsabilité là où il aurait dû déléguer. Ce serait joindre l’utile à l’agréable.
– Il s’agit de l’application stricte des consignes Kearney. Si vous aviez passé plus de temps à vous plonger dans les documents de travail et le protocole de la mission au lieu de vous rapprocher de l’équipage…
– … on ne commande pas des hommes depuis une photocopieuse, « amiral »…
– … Hem… Messieurs ?

Les deux hommes restèrent figés, les yeux dans les yeux, refusant de baisser le regard. Se frottant nerveusement le visage de la main, Alex finit par rompre le contact visuel pour dévisager celle qui tentait de les interrompre.
– Quoi ?

Scarlett Dryden, l’officier de navigation se tenait juste devant eux. Cette grande blonde, cheveux noués derrière la tête, les yeux bleus encadrés par de strictes lunettes, désigna la fine bande de transpacier qui faisait toute la largeur de la pièce.
La verte surface de Lone emplissait de plus en plus leur champ de vision.
– La descente commence, nous devons mettre en œuvre la phase d’atterrissage de toute urgence.

Après ce rappel à l’ordre, elle retourna à son poste.
Par-dessus les pupitres, les autres membres de l’équipage présent les observaient.
– En place ! hurla Alex
– Phase d’atterrissage ! reprit tout aussi sèchement l’amiral Brian.

Les deux hommes se jetèrent dans leurs fauteuils réciproques, s’ignorant.
– Monsieur Zach, ralentissez-nous ! ordonna le capitaine. Noé, largage d’Europa. Madame Dryden, je veux des chiffres concernant notre itinéraire ! Madame Day : trajectoire d’approche.

Erine Day, une rouquine au crâne rasé, un tatouage de code-barres sur la nuque, hocha la tête. Son regard vert rivé aux écrans de contrôle, elle tentait d’aligner des lignes horizontales et verticales sur d’autres au moyen des deux manettes qui se trouvaient dans ses mains. Deux gros dés en peluche oscillaient au bout d’une cordelette au-dessus d’elle, entourés d’interrupteurs et de boutons de commandes.
L'attention de l’amiral pesa lourdement sur la jeune femme. Il esquissa une grimace de dégout en poursuivant ses réflexions sur les « ajustements » qu’il comptait bien mener une fois sur Lone. Cette originale ferait également partie de la charrette. Il avait peine à croire les résultats et les appréciations que le lieutenant Day avait récoltées à l’académie. Cette parvenue, dont aucun membre de la famille n’avait jamais été dans la flotte, était le major de sa promotion. Pour la première fois depuis des décennies, elle avait obtenu des notes meilleures que les siennes, bousculant la légende et le faisant chuter du piédestal où il semblait devoir trôner à jamais.
Maître des affectations à bord, il l’avait relégué au poste de pilote afin de ne pas avoir à supporter sa vue pendant les réunions de commandement. Ce faisant, il espérait, en outre, qu’il pourrait la faire relever pendant la période d’entrainement sur Terre.
Et là encore, elle était sortie du lot en surclassant tous les stagiaires de la même période, rendant son remplacement injustifiable. De guerre lasse, il se contentait de l’ignorer.

Du dos du New Hope, la base spatiale Europa se désengagea de ses fixations et pris la direction, seule, de son orbite géostationnaire d’observation. Entièrement automatisée, elle devait servir de base d’observation et serait commandée depuis les consoles du vaisseau.
Sa programmation prévoyait qu’elle demeure sur une position géostationnaire au-dessus de la zone d’atterrissage.

La voix de Noé s’éleva dans le silence.
– Amiral, les drones valident les prévisions environnementales de la zone d’implantation. Je lance une analyse comparative avec mes bases de données ainsi que les ressources dont nous disposons.
– Très bien. Combien de temps cela prendra-t-il ?
– 11 heures à partir de la mise à disposition des premiers échantillons lorsque nous serons à la surface.

La voix apaisée du capitaine reprit :
– nous avons encore trop d’angle. Erine, redresse lui le nez, ce n’est pas une pioche.
– Sauf votre respect, Monsieur, je fais ce que je peux.
– Monsieur Zach… William, il nous faut plus de freins… Scarlett, je veux deux trajectoires différentes en option en cas d’imprévu.

La voix du chef mécanicien lui parvint en retour par les haut-parleurs depuis la salle des machines, à l’opposé du vaisseau.
– Je m’en occupe, il nous reste un peu d’excédents de carburant.

L’amiral grinça des dents.
Il recommençait !
Cette tendance malsaine à user des prénoms de ses subordonnés était insupportable. Christopher Brian était certain que Kearney le faisait pour le faire rager.
Se détournant des chiffres sans fin qui défilaient sur sa console, il parcourut à nouveau les fiches de son discours d’arrivée. De toute façon, ayant toujours ignoré les spécificités techniques qu’il estimait n’être destinées qu’aux subalternes, il savait exploiter les connaissances de ces derniers pour leur faire assumer seuls les responsabilités des échecs, et partager les réussites.
Son poste dominant le reste de la passerelle, de loin il semblait s'intéresser particulièrement à ce qui se déroulait sur ses contrôles.
Des membres d’équipage en orange couraient d’un panneau de commande à l’autre dans les coursives pour assurer le fonctionnement des différents mécanismes du vaisseau. On pouvait suivre leur course incessante via les caméras de bords et les allers-retours dans la salle.
Le capitaine, soucieux, faisait défiler devant lui les synoptiques des ponts. Les nombreux détecteurs clignotaient de couleurs variables suivant les familles d’alarme.
– Noé, il me faut l’état global du New Hope en temps réel. Si quelque chose peut avoir une incidence sur nos manœuvres je veux que tu nous le signale. Ou en est Europa ?
– Bien Monsieur Kearney. Europa en orbite. Pour le moment, notre trajectoire est conforme aux conjectures dans les marges de tolérance prévues. Il n’y a pas de dommage structurel majeur et la propulsion fonctionne de manière optimum.
– Mwouais… larges comment les marges ?
– je ne comprends pas le sens de la question Monsieur
– Laisse tomber contente toi de mes instructions initiales.

Ce maudit machin informatique hérissait le capitaine. Il n’aurait su dire pourquoi. Il ne comprenait pas que tout le programme de colonisation repose sur un ordinateur sans réel contrôle. Comment pouvait-on faire une confiance aveugle à une intelligence artificielle ?


Lorsque le vaisseau pénétra dans l’atmosphère, son bouclier thermique commença à se consumer en se désagrégeant. Toute la structure vibrait et grinçait sous la contrainte que lui imposait l’attraction de Lone. Les secousses devenaient de plus en plus violentes, rendant parfois difficile la station debout.
Une immense trainée de flamme et de fumée noire s’étirait sur des kilomètres dans le sillage du gigantesque appareil terrien qui tombait vers le sol.
Cette situation alla en empirant durant de très longues minutes. Edward Jackson, le mécanicien navigant commençait à désespérer. Le nombre d’avaries augmentait de façon exponentielle.
À ses côtés, Francis Anthony, le technicien fluide, venait d’isoler un secteur complet de liquide réfrigérant.
La porte de la passerelle s’effaça devant Vanessa Twarby. Sa combinaison orange était couverte de trace de brulures, des fumeroles s’élevaient encore dans son sillage. Une large balafre rosâtre traversait son visage jusqu’au milieu de sa coupe en brosse. Elle titubait en se cramponnant aux pupitres de contrôle.
Alex la suivit du regard, interpellant le médecin de bord.
– Jenny, je crois que nous avons quelque chose pour vous là…
– Je prends !

Le docteur Long, une blonde aux cheveux noués serrés derrière la tête, combinaison rouge avec une croix blanche dans le dos, s’empara de sa trousse d’urgence et fit asseoir sur le sol la technicienne qui poursuivait néanmoins son rapport au lieutenant Anthony. Celui-ci la remercia en posant la main sur son épaule et se tourna vers le second.
– Si dans une heure nous ne sommes pas posés, je vais devoir réveiller d’urgence les 800 colons mon Capitaine. Nous avons une panne majeure du circuit de refroidissement. Toutes les pompes sont arrêtées !

Alex chercha à accrocher le regard de l’amiral, mais celui-ci semblait concentré sur ses écrans, ruminant sans aucun doute les propos échangés tout à l’heure. Il revint vers le lieutenant qui attendait un retour et acquiesça en signe de compréhension. Malgré les avalanches d’alarmes, il garda une attitude décontractée.
– Si dans une heure nous ne sommes pas posés, nous n’aurons pas le loisir de nous en inquiéter, Monsieur Anthony. Faites au mieux.
– et alleeeeez… ! Rugit le mécanicien navigant.
– Un souci Jackson ?
– Un ? Vous plaisantez ? C’est la merde, on part en miette. Je viens encore de perdre un poste haute tension…
– Je n’ai plus de climatisation sur la passerelle ! Avisa Pearl Dale, la technicienne spécialiste de la ventilation, une petite brunette avec une coupe au carré.

Le capitaine osa un sourire en coin :
– Aucun problème. On se déshabillera au besoin.

Elle haussa un sourcil, septique. Il fit la moue, faussement déçue.
– Dommage… Allez la marine, on reste concentré. On y est presque.

Sur son siège, Erine Day transpirait dans sa combinaison en râlant entre ses dents serrées.
– Toutes ces turbulences… ça ne me facilite vraiment pas la vie. C’est con, j’étais partante pour le « tous à poil », mais je ne peux pas lâcher les commandes, j’arrive à peine à les garder en main.

L’amiral émit une sorte de raclement de gorge pour se rappeler au bon plaisir de chacun. Cela jeta un froid et les conversations informelles cessèrent.
Le médecin accompagna le second maître Twarby jusqu’à un des sièges à l’angle de la passerelle et l’y sangla solidement avec le harnais qui s’y trouvait. Son visage était en partie enveloppé dans un épais pansement. Elle semblait dans un état second.
Jenny Long inclina la tête sur ses deux mains jointes en réponse à la question silencieuse du second. Vanessa était sous tranquillisant. Son service était terminé, pour le moment.


Lorsque le bouclier thermique ne fut plus nécessaire, il n’en restait presque plus rien. Les éléments désintégrés chutaient dans le sillage du New Hope calciné qui cessa d’être balloté. La descente était similaire à celle d’une brique en train de planer.
Edward Jackson interpella le capitaine depuis son poste, passant nerveusement la main dans ses cheveux.
– On a plusieurs incendies… un peu partout…
– Nous sommes encore suffisamment hauts. Assurez-vous de ne pas coincer un technicien et compartimentez. Dépressurisez les zones impliquées. Si ça ne suffit pas, activez les systèmes d’extinctions automatiques.
– Bien monsieur.

L’excédent de carburant fut consommé jusqu’aux derniers composant pour freiner leur chute et stabiliser le vaisseau. La voix du lieutenant Zach retentit dans les haut-parleurs de l’interphone.
– Nous sommes à sec, Monsieur, il reste 10 secondes.
– Merci William, vous avez pleinement rempli votre mission. Jackson, sortez les trains, tenez-vous prêt ! Dryden ?

La navigatrice leva le nez.
– à votre signal pour les fusées.
– Oui Monsieur, 25 secondes
– ça va être juste… maugréa-t-il pour lui-même.
Le calcul était vite fait : 25 moins 10.
Ils allaient faire 15 secondes de chute libre.

Il jeta un regard entendu vers l’amiral, mais celui-ci était toujours aux abonnés absents.
Alex haussa les épaules : de toute façon le « vieux » ne comprenait même pas ce qui se passait, il avait sans doute prévu un vague discours pompeux interminable de circonstance dont il avait le secret lorsqu’ils seraient au sol.

Et ça, pour être au sol, ils y arrivaient… vite…

Il ouvrit ses mains devant lui pour s’assurer qu’elles ne tremblaient pas trop.
Lorsque les moteurs du New Hope s’éteignirent pour toujours, la chute accéléra soudain. Le cœur au bord des lèvres, chacun se cramponna à son pupitre.
Seule s’entendait la voix de Scarlett Dryden qui faisait le décompte.
– 12… 9… 6… 5… 4… 3… 2… 1… top !
– Fusées amorcées croassa Edward Jackson

Ils se sentirent plaqués dans leurs fauteuils alors que retentissait une sorte de grondement sourd. À travers la baie de la passerelle, l’horizon montait vers eux rapidement.
La voix toujours calme du capitaine couvrit le bruit.
– Déployez tous les volets, armez les dispositifs d’évacuation, déclenchement des mesures de sécurité, procédures d’urgence collision… Erine, où tu veux mais pas dans le fleuve.
– Pas de problème, pas dans l’eau, c’est noté

La zone choisie était vallonnée, bien exposée et un large fleuve serpentait paisiblement vers la mer. Il restait toutefois suffisamment éloigné pour qu’ils ne risquent pas de se poser au milieu, c’était la chose à éviter absolument pour des raisons évidentes.
Le sol semblait se dérober sous eux, on aurait dit qu’un géant boxait le New Hope. Alex avait attendu l’ultime moment pour utiliser sa « dernière cartouche ». Les rares à ne pas s’être harnaché dans leurs sièges se débattaient avec les crochets pour le faire.
Lui n’avait pas la tête à ça.
Les chiffres de l’altimètre devant les yeux, il lança son dernier ordre de capitaine en vol.
– Déployez tous les parachutes de secours.

Edward Jackson avait déjà soulevé le capot de protection du coup de poing de déclenchement, il frappa dessus aussi fort qu’il pouvait. Tous ceux qui se trouvaient dans la pièce se cramponnèrent à ce qu’ils pouvaient.
Par l’ouverture qui donnait sur l’extérieur, Alex Kearney avait l’impression de voir distinctement les brins d’herbe de la plaine dans laquelle ils tombaient.
– ça va secouer…

Chapitre 2
Bien des années plus tôt, une jeune brute du nom de Christophe Cisco lui avait écrasé son poing sur la figure sans qu’il s’y attende.
Il ne se rappelait pas les circonstances exactes, mais le choc sourd et le gout de métal dans la bouche lui fit repenser à cette sensation décalée.
Il mit un certain temps à comprendre pourquoi il avait mal au visage. S’il se fiait au rouge sur ses doigts, il était en sang… La violence du choc avait projeté sa tête devant lui, percutant la console et le support d’écran.
Plusieurs lignes vertes horizontales et verticales brillaient par-dessus ce qui y était affiché.
À ce qu’il semblait, son crâne était plus résistant que la dalle. À part des écorchures, il ne devait pas avoir grand-chose de méchant.
– comment allez-vous, monsieur ?

La mine inquiète d’Erine, la pilote, apparue dans son champ de vision. Elle avait l'air intact... indemne ! Il secoua la tête en grimaçant pour revenir à la réalité.
– ça va… j’ai dû m’assoupir…

Elle haussa un sourcil circonspect et reprit, ironique :
– Ça m’étonne, on dit que j’ai une conduite plutôt « sportive »…

Il se redressa sur ses pieds et parcouru du regard la passerelle. Tous semblaient en train de faire la même chose.
Du plafond, certaines consoles de commande s’étaient décrochées et pendaient en oscillant au bout de leurs faisceaux électriques. Il y avait dans l’air une odeur de composant informatique brûlé. Un voile de fumée clair flottait autour d’eux. Les gens parlaient à voix basse sans raison particulière, s’informant de l’état de santé des uns et des autres. Il revint à Erine, détaillant sa silhouette gracile pour constater qu’elle semblait indemne. Ses cils féminins contrastaient avec son crâne rasé.
– vous plaisantez ? Ma grand-mère aurait dû être pilote de course dans ce cas…

Puis à la cantonade d’une voix forte :
– Est-ce que tout le monde va bien ?

Il y eut une sorte de vague rumeur d’assentiment.
– Jackson, je veux un état de l’appareil, liste complète de ce qui fonctionne ou pas. William ? Toujours vivant ?

Le haut-parleur grésilla.
– Il semblerait mon capitaine.
– je vous félicite. Envoyer vos gars partout. Inspection totale du bâtiment. Donnez la priorité aux incendies et au système de stase.

Il se tourna vers le côté de la passerelle qu’il avait, jusque-là, moins sollicité.
– Monsieur Kerwan, il est temps de faire l’état de nos soutes. Vous aurez de l’aide rapidement, ne vous inquiétez pas.

Un petit homme massif comme un bulldog hocha la tête et se leva de son siège sans dire un mot, une tablette à la main. Jim Kerwan était l’officier magasinier en chef. Sa mine peu avenante garantissait un nombre restreint de demandes, et une économie drastique des ressources. Dans une mission de colonisation sans logistique, c’était un avantage indéniable.
– docteur Long ?
– Je suis là

La jeune femme se redressa à l’autre bout de la pièce. Elle soignait un des techniciens qui saignait abondamment de l’arcade. Il hocha la tête vers elle.
– Jenny, lorsque vous aurez terminé ici, il faudra superviser le réveil général, au cas où monsieur Anthony ne parviendrait pas à remettre en service les pompes de refroidissement.

À la vue du sang sur son visage, ses sourcils se froncèrent, mais il fit un signe de négation, refusant qu’elle s’occupe de lui.
Quelqu’un se gratta la gorge bruyamment pour attirer l’attention. L’amiral ne supportait pas les marques de familiarité. Alex savait bien qu’il privilégiait une distance entre subordonnés et gradé qui devait être autant maximale que cérémonieuse.
Il n’était pas loin du compte.
Tous ces « atermoiements » le lassaient plus qu’autre chose, mais surtout, il s’impatientait d’entrer dans l’histoire en foulant le premier la plaine de Lone.

Le capitaine se passa nerveusement une main sur le visage et se retourna, de mauvaise volonté, espérant que cela ne se verrait pas trop. Il appliqua la formule qui lui semblait le plus protocolaire dans la circonstance. Ce n’était tout de même pas courant de fracasser un vaisseau de ligne sur le sol d’une planète et de s’en glorifier.
– Amiral, nous sommes arrivés. Quels sont vos ordres ?
– Ouvrez la porte 101 ! Sortez les échelons. Vous m’accompagnez… tous.
Le second se mordit les lèvres et répercuta les ordres, limitant la «cérémonie» aux seuls membres d’équipage qui n’avaient pas de mission d’importance vitale.
L’amiral ajusta sa tenue et, droit comme un I, sortit de la passerelle, suivi par son petit groupe.
En chemin, il interpella l’ordinateur central :
– Noé, il nous faut un drone vidéo devant la rampe de sortie pour enregistrer l’évènement !
– Très bien Monsieur.

Levant les yeux au ciel, Alex suivait en gardant en tête tout ce qui restait à faire. L’ampleur de la tâche était vertigineuse et le « vieux » leur faisait perdre du temps pour des futilités. Il lui tardait également de voir Cathy.
Le sol ne semblait pas droit, des plaques de cloison ou de plafond s'étaient effondrées. Quelques câbles et diverses conduites pendaient en travers du passage.
Prudemment, l’amiral choisit de prendre les escaliers de service plutôt que de se risquer dans un monte-charge susceptible de tomber en panne.
Après un cheminement tortueux, parfois dangereux, la petite délégation parvint à la porte 101. Il s’agissait d’un sas dont l’épaisse porte pivota vers l’intérieur. Son revêtement extérieur était gondolé et carbonisé.
Depuis le bord, l’ouverture offrait une vue sur l’horizon dans une vaste plaine à l’herbe haute animée par le vent. Il y régnait un sentiment de paix et de sérénité qui contrastait avec les moments angoissants qui venaient de les ébranler.

Des échelons escamotables faisaient saillie tout le long de la carcasse jusqu’au sol, 20 mètres plus bas, ou l’immense vaisseau s’était profondément enfoncé, soulevant et craquelant la terre. Tout y était calciné dans un cercle assez large autour du New Hope.
Jubilant comme un enfant le matin de Noël, le visage cramoisi, l’amiral se rapprocha du bord.
Il se remémorait les quelques phrases qu’il avait préparées pour la circonstance en glissant son pied sur le premier échelon.
Un drone, sorte de libellule mécanique pourvue d’hélices au bout de bras fins, flottait en stationnaire devant l'ouverture. L’objectif de sa caméra dôme était fixé sur le haut responsable.
Christopher Brian afficha une mine satisfaite et se tourna vers les autres.
Il s’agrippa fermement à la poignée de la porte. Après un soupir suffisant, il prit une grande inspiration et commença à réciter ce qu’il avait préparé :
– Il y a des siècles…

Le sas se referma brusquement en claquant, le propulsant comme une catapulte.
Tout le monde sursauta, sans avoir pu faire le moindre geste pour empêcher la catastrophe.
Il n’eut même pas le temps de pousser un cri.
La chute parut durer une éternité.
L’amiral Brian savait bien comment elle allait finir et avait beau agiter les bras, c’était peine perdue.
Pourquoi ? se demandait il… la réponse sembla poindre comme une étincelle dans son esprit, les mots de Noé lui revinrent en mémoire comme un flash :
– Et pour monsieur Pryam, quelle est la conduite à tenir ? Il est une des sources possibles de fuite.

« Une des sources possibles »
Lui aussi...
Son corps se fracassa en bas sur le dos, tête la première.


À l’intérieur du New Hope, la surprise passée, il y eut un moment de panique générale. Tous se jetèrent sur la lourde porte automatique en cherchant une prise pour la tirer à nouveau vers l’arrière.
Le capitaine Kearney interpella l’ordinateur central par-dessus le tumulte :
– Noé ! Ouverture de la porte 101 !
– …
– Noé !

La voix désincarnée résonna dans le faible volume, tranchant avec l’ambiance par son calme absolu.
– Les déclencheurs de secours ont été percutés à la suite d’un incident technique. Cette porte ne peut plus s’ouvrir sans l’intervention des personnels de maintenance commandant.
– Ce n’est pas possible ! Est-ce que tu as les moyens de voir ce qui est arrivé à l’amiral ? Il est toujours accroché derrière ? Est-il coincé d’une façon quelconque dans la porte ?

Jim Kerwan, la tête boudeuse rentrée dans les épaules, repoussa d’une bourrade le lieutenant Jackson.
– ça suffit ! Arrêtez de forcer la dessus bordel ! C’est ma main, imbécile !

Le lieutenant Dryden lâcha la poignée qu’elle tenait pour s’interposer.
– Il n’a pas fait exprès ! Du calme !

La différence de taille était telle que les mains crispées de l’officier magasinier ne pouvaient l’atteindre.
Erine Day poursuivit ses efforts, en vain, sur l’autre poignée d’ouverture.
– Putain de saloperie de merde… !

Devant ce déluge de juron dans une bouche féminine, Kerwan se calma, presque choqué.
L’ordinateur central tardait à répondre aux questions d’Alex. Ce dernier réfléchissait à toute vitesse sur le chemin à parcourir pour atteindre l’issue suivante.
– Oui, je peux avoir une information vidéo de la situation de l’amiral à l’extérieur, monsieur. Non il n’est pas accroché derrière la porte, non il n’est pas coincé dans la porte.

Fronçant les sourcils, la capitaine échangea un regard étonné à Scarlett Dryden.
– C’est moi ou il « pédale », l’ordinateur central ?

L’officier de navigation haussa les épaules, sans avis.
– Noé, fais-moi un rapport sur la situation de l’amiral
– L’amiral est allongé sur le sol commandant. Il n’y a aucun signe de vie que je puisse voir à partir du drone de reconnaissance.
– Demande le docteur Long de toute urgence. Qu’elle est l’ouverture de soute la plus proche du sol ?

Ils descendirent aussi vite qu’ils le purent entre les décombres des coursives endommagées.
La traversée de la soute relevait du parcours du combattant. Rares étaient les containers qui n’avaient pas bougé.
Enfin, lorsqu’ils parvinrent à la large ouverture pour le fret, celle-ci était à demi enfouie dans le sol craquelé.
En s’aidant les uns les autres, ils se glissèrent par l’interstice de moins d’un mètre de haut qui restait. Rejoints en chemin par Jenny Long, ils n’allèrent pas jusqu’au malheureux.
Désarticulé, le corps de l’amiral Brian avait marqué profondément la terre calcinée de Lone.
Le médecin se contenta de lui fermer les yeux, recouvrant pudiquement son crâne fendu d’une compresse.
Elle demeura là un moment, silencieuse. Après un regard vers Alex, elle retourna à bord.

Ils restèrent quelques minutes de plus sans rien dire à ses côtés.
Ils étaient quatre : Scarlett Dryden l’officier navigation, Erine Day la pilote, Jim Kerwan le magasinier, et Edward Jackson le mécanicien navigant.
Les quatre lieutenants savaient ce que ce décès impliquait, mais personne n’osait le formuler au premier intéressé.
Le communicateur radio à la ceinture du capitaine grésilla.
– Commandant ?

Noé se rappelait à son bon souvenir. Il réalisa qu’il l’appelait commandant et que ce n’était pas la première fois.
La machine avait raison : il devenait le responsable de la mission.
Vraiment, il fallait qu’il voie sa femme.
– Commandant Kearney ?
– Oui Noé ?
– Dois-je commencer la phase de colonisation biologique ?

Il hésita.
Il allait dire oui, avant de se souvenir que cette action était le dernier contrôle humain sur l’IA. Une fois la phase activée, Noé devenait totalement autonome. Il fallait qu’il réfléchisse. Les choses se bousculaient trop, il devait prioriser.
– Non. Avant de faire quoi que ce soit, je veux un rapport de situation complet du vaisseau personnel et matériel.
– Puis-je me permettre de rappeler à votre attention que les consignes de la mission…
– Elles attendront. Je veux un point de situation avant.
– Bien commandant, nous attendrons.

Il parcourut la petite assemblée qui attendait de savoir comment il allait assurer la suite. Il savait ce qu’il avait à faire, son conditionnement reprit le dessus. Il se redressa et s’exprima avec calme.
– Erine ?
– Commandant ?
– Vous ne nous êtes plus d’aucune utilité pour piloter il me semble…

Un peu interloquée, elle réalisa qu’il disait vrai.
– Euuuh…

Il dégrafa les insignes qu’il portait sur le col et les lui tendit.
– Diriger un groupe de personnes ne sera pas aussi simple que de piloter des milliers de tonnes d’acier, mais si je me fie à votre dossier, vous en avez la capacité, inexploitées à ce jour pour des raisons que je ne développerais pas ici. Félicitation Capitaine Day, vous voici second de cette mission… si ça vous dit…

La jeune femme piqua un far jusqu’en haut de son crâne rasé.
Ignorant les airs étonnés ou froissés de ses voisins, elle accepta les insignes en bredouillant des remerciements confus.
– C’est bien la première fois que je vous vois embarrassée Day. Regroupez toutes les données que j’ai demandées, faites un point, j’attends votre rapport. Je suis joignable sur mon com.

Il fit le tour des visages qui l’entouraient, cherchant tout signal d’opposition qu’il s’apprêtait à contrer dans l’instant. Cela ne sembla pas nécessaire, si ressentiment il y avait, cela ne se traduirait pas par une attaque frontale. Il hocha la tête, certain que cela ne durerait pas. Il connaissait les prétentions de Scarlett Dryden, il allait falloir gérer l’héritage de Brian.
– Tout le monde à son poste. Au boulot !

Ils retournèrent dans l’immense vaisseau sans un mot.

Alex Kearney, lui, n’avait qu’un objectif : retrouver Cathy.

Chapitre 3
Il se tenait prostré, les genoux serrés contre lui, adossé à la cloison en face du sarcophage.
Tous savaient qu’il était là, et personne n’osait franchir la porte.
Les autres colons de la salle étaient sortis. Ils étaient affectés dès le réveil aux tâches de préparation de la mise en place des unités de bases du camp.
Tout partirait de ce nouveau village.
Il fallait faire vite.

Initialement, il était prévu un éveil progressif de la colonie afin de ne pas avoir trop de bouches à nourrir de front. Les générateurs du New Hope pouvaient durer une centaine d’années. Enfin, d’après les savants calculs des scientifiques en charge de la mission.

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