Confins
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Description



De la Terre aux Confins, la question agite le genre humain : que sont devenus l’astro-navigateur chimpanzé Chip et la pilote Karoll Branningham, tous deux portés disparus en même temps que le Lewis & Clark ?



En voulant y apporter une réponse, Naomi Tschuno, membre d’équipage d’un cargo armé à la hâte après la bataille d’Aquari, se retrouve au beau milieu d’un conflit interstellaire opposant deux blocs ennemis de toujours : la FEX et la Triade.



Tandis que Naomi lutte pour rester en vie, Vilma Bates, ex-capitaine du Lewis & Clark, a été mise au secret sur Amalthée. Du fond de sa prison, elle ne songe qu’à deux choses : recouvrer sa liberté et obtenir des réponses. Un allié surprenant pourrait bien l’aider à parvenir à ses fins et la propulser, à son tour, au cœur de la bataille.



Après un ultime saut dans l’inconnu, de nouvelles épreuves attendent Karoll et Chip dont les découvertes vont bouleverser l’avenir de l’Humanité et ses fragiles équilibres. Karoll, Vilma et Naomi, les trois héroïnes, poursuivent chacune une même et unique quête : la vérité.



Celle-ci pourrait bien se révéler fatale à l’Humanité tout entière.

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Nombre de lectures 2
EAN13 9782374536859
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Présentation
De la Terre aux Confins, la question agite le genre humain : que sont devenus l’astro-navigateur chimpanzé Chip et la pilote Karoll Branningham, tous deux portés disparus en même temps que le Lewis & Clark ?
En voulant y apporter une réponse, Naomi Tschuno, membre d’équipage d’un cargo armé à la hâte après la bataille d’Aquari, se retrouve au beau milieu d’un conflit interstellaire opposant deux blocs ennemis de toujours : la FEX et la Triade.
Tandis que Naomi lutte pour rester en vie, Vilma Bates, ex-capitaine du Lewis & Clark, a été mise au secret sur Amalthée. Du fond de sa prison, elle ne songe qu’à deux choses : recouvrer sa liberté et obtenir des réponses. Un allié surprenant pourrait bien l’aider à parvenir à ses fins et la propulser, à son tour, au cœur de la bataille.
Après un ultime saut dans l’inconnu, de nouvelles épreuves attendent Karoll et Chip dont les découvertes vont bouleverser l’avenir de l’Humanité et ses fragiles équilibres. Karoll, Vilma et Naomi, les trois héroïnes, poursuivent chacune une même et unique quête : la vérité. Celle-ci pourrait bien se révéler fatale à l’Humanité tout entière.


Stéphane Desienne est établi sur les bords de la Loire, le dernier fleuve sauvage d’Europe, dit-on. Il est féru de science-fiction depuis son plus jeune âge, influencé par le côté obscur des technologies, l’exobiologie, les thèmes liés à la survie.
Puisque dans le futur, tout peut arriver, ce n’est pas le pire qui provoque la terreur, mais son anticipation.

Site Web de l'auteur


Bibliographie :
Romans
Voyager Tome 1 - Jonctions , Les Éditions du 38, 2019.
Roses mécaniques , Les Éditions du 38, 2019.
Exil Saison 1, Les Éditions du 38, 2018 (1ere Edition Walrus Books).
Toxic Saison 1, Gephyre Editions 2018 (1ere Edition Walrus Books, 2014).
Anneaux, Mirabelles et Macchabées , Nutty Sheep Editions, 2018.

Nouvelles
En immersion avec Bella Rush : août 2014, auto-édition numérique, dans le cadre du Ray Bradbury’s day.
Monaztère : février 2014, bonus pour Toxic l’intégrale & épisode 6, chez Walrus Books.
Hérésie Minéral e : décembre 2013, collection Micro chez Walrus Books.
Faces Cachées : mars 2013, AOC n° 28 chez Présence d’esprit.
Dealer d’iceberg : octobre 2012. 2e place au concours ENSTA Paris Tech 2012, chez Presses de l’ENSTA.
VOYAGER
2 - CONFINS
Stéphane DESIENNE
Collection du Fou
PREMIÈRE PARTIE
4 mai 2182
 
TLCS Alyce
Position : 61,899 années-lumière de la Terre.
 
Le klaxon d’alerte retentit à bord du navire placé sous gravité zéro. Les sept membres de l’équipage volèrent vers leur poste, un siège inconfortable sur lequel ils devaient s’harnacher en vitesse face à une console surmontée d’afficheurs rassemblant les données essentielles à l’accomplissement de leur fonction. Naomi Tschuno se cala contre le dossier, boucla sa ceinture et veilla à ce que sa combinaison soit correctement reliée au montant du fauteuil par un câble de fibres optiques avant d’enfiler son casque et d’abaisser sa visière conformément au protocole. La voix du capitaine Reed émergea aussitôt des écouteurs :
— Objet suspect à dix-huit mille kilomètres, signal faible. On va s’approcher et voir de quoi il en retourne. Gardez à l’esprit qu’il peut s’agir d’un piège de la FEX. Naomi, je veux que tu calcules immédiatement des solutions de tir.
— Bien reçu, répondit la coordinatrice tactique sur un ton aride propre à sa fonction.
Également experte en armement, Naomi vérifia sa liaison de données avec la batterie d’armements fixée sur l’un des bras habituellement dédiés aux charges commerciales. Le conteneur de section hexagonale abritait six silos renfermant chacun deux vecteurs espace-espace, ce qui conférait à l’ Alyce une puissance de feu de douze effecteurs. Pas un foudre de guerre comparé aux unités de combat de la FEX ou de certains indépendants fortunés opérant pour la jeune République des Territoires Libres des Confins, mais, en ces temps troublés, Reed avait réagi à la crise comme bon nombre de ses pairs : il avait investi pour préserver son business.
Pour se défendre.
L’attitude, compréhensible, de nombreux armateurs avait néanmoins pour conséquence de classer des navires tels que l’ Alyce comme « hostiles » aux yeux de la FEX. L’organisation n’hésitait plus à les qualifier de mercenaires ou pire, de bandits. Quelqu’un avait même suggéré de confectionner une bannière à tête de mort et de l’accrocher à l’un des mâts coms, histoire d’officialiser la chose pour de bon. La plaisanterie avait arraché des sourires gênés à leurs visages fatigués par trois semaines de voyage depuis Jonction-19, où les cales avaient été remplies de graines de soja. Un chargement précieux destiné aux Confins. Un trésor pour les jeunes colonies.
Une autre voix grésilla dans ses écouteurs. Celle du navigateur :
— L’objet est de petite taille. Neuf mètres de long.
Naomi frissonna.
Les dimensions concordaient avec celles d’une mine à variations d’éclats uniformément accélérés. Pour contrôler le trafic spatial autour d’installations sensibles des Confins, la FEX avait créé des couloirs de sécurité – bien évidemment placés sous son autorité – et largué des centaines de ces saloperies qui explosaient en projetant des milliers de billes capables de déchiqueter une coque. L’équipage retint son souffle. Naomi se concentra sur le logiciel de ciblage qu’elle avait appris à manier durant ses classes, peu après la bataille d’Aquari. Comme pour beaucoup de jeunes gens des lointaines colonies, l’affrontement entre la FEX et la Triade avait été un déclencheur, une prise de conscience de leur faiblesse et de leur impuissance, lesquelles appelaient une réaction. Une évolution de carrière qu’elle n’avait pas prévue, ni même imaginée.
Encore moins souhaitée.
Sur l’afficheur central, elle sélectionna l’arme la plus appropriée à l’objectif.
— Cible acquise, annonça la coordinatrice tactique sur un ton calme tandis que la mire encadrait un reflet à peine visible au milieu de millions d’autres.
— Parfait, entendit-elle en retour. Ashlee, un dixième de vélocité. On va s’approcher très lentement de ce truc.
L’ingénieure accusa réception et, après quelques instants, elle signala avoir remis en ligne la propulsion principale. Naomi s’alourdit dans son fauteuil, son corps reprenant soudain du poids. L’ Alyce gagna quelques points de delta-v sous l’effet d’une poussée progressive dont l’écho se propagea jusqu’à son siège boulonné au plancher. Elle sentit le frémissement du navire au travers du tissu de sa combinaison tandis qu’elle élargissait la vue synthétique de l’afficheur.
Leur trajectoire les éloignait de la géante gazeuse, une colossale baudruche remplie d’hydrogène, d’hélium et, semblait-il, d’une proportion non négligeable de méthane qui lui conférait ce bleu électrique. L’atmosphère striée de fils d’argent lui rappela Aquari et, avec un peu d’imagination, elle se serait crue de retour chez elle. L’ Alyce surplombait une cellule cyclonique enroulée sur elle-même, ses bras presque noirs s’étendant tels des pattes arachnides de plusieurs milliers de kilomètres de long. La planète majestueuse, d’une masse à peine inférieure à la Jupiter du Système Solaire – la référence mythique –, était pratiquement collée à son étoile, une naine brune dont elle masquait l’enveloppe rougeoyante. À l’extrémité d’un axe enfilant le centre géométrique des deux astres se trouvait une station automatique, installée sur un point stable d’où elle n’avait pas bougé d’un iota depuis son installation, quelques décennies auparavant. L’entrepôt spatial contenait du ravitaillement et un magasin de pièces de rechange pour les vaisseaux de passage, qu’ils soient commerciaux ou militaires. Ce dernier point justifiait le largage d’une mine. Ou de plusieurs. Peut-être qu’ils s’étaient fourrés à l’intérieur d’un champ, auquel cas leurs chances d’en sortir intacts venaient de subir un sérieux coup de rabot.
— Ce n’est pas une mine, informa alors Ochoa.
Avant d’embarquer sur l’ Alyce , leur spécialiste de la détection avait été botaniste sur l’une des lunes d’Aquari. Il était devenu négociateur commercial pour les achats de matériel destinés aux fermes hydroponiques. Enfin, comme Naomi et comme la plupart des membres de l’équipage, il avait ajouté une corde guerrière à son arc de compétences face à ce qu’il convenait d’appeler une attitude hostile de la FEX. Ochoa s’occupait de la détection, courte, moyenne, longue portée ainsi que des contre-mesures et du brouillage sur toute la largeur du spectre EM.
Naomi recala la vue de l’afficheur tout en gardant un œil sur les commandes de tir.
— On dirait une nacelle de sauvetage. C’est inoffensif. En théorie.
À bord, la tension baissa d’un cran. Sur le siège voisin, la visière du navigateur blanchit sous l’effet de la buée expulsée par son soupir de soulagement. Elle éprouvait le même sentiment : ils n’exploseraient pas en confettis. Pas aujourd’hui, en tout cas.
— C’est nouveau ça, s’inquiéta Reed. Est-ce qu’ils peuvent piéger une capsule de secours ?
Cela semblait un tantinet excessif et certainement peu efficace, songea Naomi. Ce n’était pas non plus dans les habitudes de la FEX.
— Peut-être que c’est un coup de la Triade, avança Ochoa.
Leurs appareils ne s’aventuraient guère dans l’espace extrasolaire, largement dominé par la FEX. La bataille d’Aquari avait cependant démontré qu’ils étaient capables, contre toute attente, de déployer des unités de combat aussi loin que Jonction-27. L’affaire avait causé un séisme dans les hautes sphères, à ce qu’il se racontait.
Le fauteuil du capitaine Reed coiffait celui de la pilote : Rachelle Collins. La seule à bord à détenir une – très brève – expérience du combat spatial. Il se pencha vers elle.
— On envoie Becky. Tu fais un tour de reconnaissance. À la moindre anomalie, tu la ramènes. Vu ?
Dans la seconde, Rachelle opacifia sa visière et bascula son siège en arrière. Ses mains gantées dansèrent sur une interface projetée qu’elle seule pouvait voir, donnant l’impression qu’elle dirigeait un orchestre invisible situé de l’autre côté du vitrage polymérisé. Puis, Ashlee Arnold annonça la coupure de la propulsion et le retour du vaisseau à g-zéro. Naomi sentit son corps se soulever, épris d’un soudain désir de liberté entravé par le harnais.
Trois ponts plus bas, dans le plus petit des deux hangars que comptait l’ Alyce , un engin de la taille d’une torpille fut mis en position par un bras robotisé et glissé à l’intérieur d’un tube dont l’extrémité s’ouvrait sur le vide sidéral. Affectueusement surnommée la Vieille Becky, la sonde était encore plus ancienne que le vaisseau. Elle rendait toujours de fiers services dans les missions de prospection, de déplacement de charges utiles et, plus récemment, lors d’inspections à distance de sécurité comme celle-ci. Reed la considérait comme leur huitième membre d’équipage.
Même s’il valait mieux l’envoyer plutôt qu’un être humain en combinaison, Naomi éprouva un pincement au cœur tandis que l’antique drone téléopéré s’approchait de son but. Elle suivit les gestes de Collins pendant un moment puis elle reporta son attention sur la cible à cinq mille kilomètres de l’ Alyce . Sur l’agrandissement en tout cas, les traits flous, un cylindre surmonté d’un chapeau pointu, évoquaient en effet une nacelle de sauvetage. À sa droite, l’un de ses afficheurs se connecta au flux de données de Becky et indiqua la réception imminente de paramètres plus précis.
— On a quoi sur la biométrie ? questionna Reed.
— Rien, Capitaine. On dirait bien qu’il n’y a personne dans ce truc, lui répondit Ochoa.
— OK. Jamal ? Tu peux retracer sa trajectoire ? Je veux savoir d’où elle vient.
— Bien sûr, je m’en occupe.
L’astro-navigateur superposa des ellipses virtuelles et rapidement, il ne tarda pas à partager ses premiers résultats. D’après les estimations, la capsule décrivait une orbite fortement inclinée qui recoupait celle de la station de ravitaillement. Ce qui ne pouvait pas être un heureux hasard. Tandis qu’ils cogitaient sur cette information, Becky s’approchait de l’intrus dont les contours se firent plus nets, plus familiers aux yeux de Naomi.
— On dirait bien une Vien Industries. Mark III.
En tant que coordinatrice tactique, elle avait appris à reconnaître la plupart des engins spatiaux mis en service par l’espèce humaine après le Reboot. Et cela en faisait un paquet. Des montagnes de documents absorbés durant sa formation sous l’égide d’un ancien de la FEX devenu mercenaire. La confirmation arriva quelques secondes après son annonce, lorsque les calculateurs comparèrent leurs flux avec ceux de la bibliothèque de bord. Les schémas de référence du constructeur emplirent les écrans.
— Ça ne nous dit pas d’où elle sort. Ils en ont produit de telles quantités qu’on pourrait toutes les assembler en un anneau artificiel autour de n’importe quelle planète.
— Mille mètres avant contact, les informa Collins. Je fais une première passe pour un examen visuel à distance.
Aux ordres de la pilote, Becky accomplit une révolution autour de l’engin afin d’en vérifier l’intégrité structurelle. L’unique écoutille était en place, fermée, et les deux hublots ne présentaient pas le moindre dommage visible, ainsi que les bouquets de propulseurs de manœuvre ou les antennes de communications. Intactes. Vue de l’extérieur, la nacelle leur parut en bon état ce qui ne manqua pas de les laisser perplexes.
— Je n’ai pas grand-chose sur le spectre EM, précisa Ochoa. En fait, elle semble plutôt éteinte. Quelqu’un l’aurait mise en sommeil et larguée dans l’espace.
Ce qui n’avait pas vraiment de sens.
— On va la récupérer, décida Reed. Collins, est-ce que Becky peut l’amener jusqu’à nous ?
— Affirmatif, Capitaine. Ce n’est pas plus compliqué que de trimballer un conteneur de fret.
— Bien, alors au boulot. Jamal ?
— Je confirme que la station de ravitaillement est son point de départ. D’ailleurs, si je croise ses paramètres orbitaux avec ceux de la capsule, je suis en mesure de dire qu’elle en est probablement partie il y a quinze heures.
Soit peu de temps après leur arrivée. Quelqu’un essayait-il d’attirer leur attention ?
— Excellent travail, Jamal. L’alerte est levée.
Naomi releva sa visière, heureuse de respirer un air qui sentait moins la sueur. Elle désengagea le programme d’acquisition et verrouilla les sécurités du silo contenant les vecteurs espace-espace qu’elle avait sélectionnés, contente de ne pas en avoir fait usage. Au cours de sa carrière, elle avait effectué trois tirs réels. Des tirs de qualification sur des balises d’entraînement après sa formation au simulateur. Et jusqu’ici, l’ Alyce avait eu la chance de ne pas croiser de navire hostile, ce qui était toujours bon pour le commerce.
Ils transportaient des graines et du matériel, tel que des cuves hydroponiques, des réacteurs végétaux ou encore des tapis de sol synthétiques enrichis en nutriments ; des équipements destinés aux colonies installées dans les Confins, principalement sur les lunes d’Aquari. Pas de quoi s’attirer les foudres de la FEX, plus que tatillonne sur l’introduction frauduleuse de technologies militaires. Le blocus, affirmaient ses dirigeants, visait les mercenaires et autres pirates opérant pour le compte de la République des Territoires Libres des Confins. Même si personne ne savait exactement ce que cela voulait dire. En tout cas, avec tous ces gens en train de s’armer, la zone devenait de plus en plus instable. Quant à la baie à missiles de l’ Alyce , ils la détachaient pour échapper aux inspections de la FEX et ils la parquaient sur une orbite éloignée pour la récupérer à la prochaine mission.
Naomi quitta son poste et vola en direction du centre de la passerelle pour suivre le retour de Becky dont l’unique bras robot poussait la capsule Vien. Collins se concentrait sur ce pilotage toujours délicat en reportant les indications d’Ashlee qui venait de lui ouvrir le hangar principal.
— Voilà, comme ça, murmura la pilote. C’est bien ma belle.
Becky présenta la nacelle face au berceau de réception dont les arceaux se refermèrent sur les flancs. Sa mission accomplie, la petite sonde regagna son nid.
— Parfait, acheva Reed qui félicita les deux femmes avant de se tourner vers Naomi, Ashlee et Med’. On va inspecter cette antiquité. Jamal, tu nous calcules une route directe vers la station de ravitaillement. Collins, la passerelle est sous ton commandement.
Medgar Everson la gratifia d’un clin d’œil auquel elle répondit par un sourire timoré. Il avait suivi une formation médicale complète sur Aquari. En raison de sa fonction, le surnom « Med’ » s’était naturellement imposé.
 
En se déplaçant à l’aide des suspentes fixées aux planchers, qui redevenaient hauts et bas sous pesanteur, le groupe quitta le pont principal, emprunta la coursive jusqu’au puits dont l’échelle se révéla inutile sous g-zéro. Ils se présentèrent devant le sas d’accès du hangar lorsque Collins les informa qu’elle rallumait la propulsion pour rejoindre la station. Reed donna son accord et Naomi fléchit légèrement ses cuisses pour se réceptionner. Après une seconde de flottement similaire à un bref vertige, son oreille interne s’adapta à la nouvelle configuration et elle retrouva son sens de l’orientation.
Reed ouvrit le sas.
Devant eux, la nacelle Vien Industries Mark III, dépourvue de patin d’atterrissage et conçue pour servir de canot de sauvetage à une dizaine de personnes, reposait sur le berceau. Ashlee promena son regard d’ingénieure sur la coque.
— On dirait qu’elle a vu du pays celle-là !
Naomi s’approcha à son tour. De sa main gantée, elle effleura une plaque légèrement gondolée du revêtement du cylindre. Elle s’attarda sur un impact de micro météorite plus gros que les autres. Le métal fondu dessinait un cratère parfaitement circulaire dont le fond semblait poli, brillant comme du verre. Reed désarrima les roues d’un chariot qu’il poussa à l’arrière de la capsule puis il monta les escaliers en compagnie de Med’ qui le laissa s’affairer sur les commandes d’ouverture. Rapidement, un chuintement se fit entendre. Naomi, qui les avait rejoints entre-temps, se pinça le nez :
— Merde ! Ça pue ! grogna le médecin.
L’odeur de transpiration froide mêlée de relents organiques avariés lui arracha une moue dégoûtée
Reed esquissa une grimace en pénétrant le premier dans ce cloaque qui rappelait la cuve d’un réacteur de recyclage mal calibré. Ou laissé trop longtemps à l’abandon.
— Il y a un de ces bordels là-dedans ! s’exclama-t-il.
D’un hochement de tête, Med’ invita Naomi à entrer à son tour tandis qu’il restait dans le sas. Évoluer à trois dans ce capharnaüm devint vite problématique. Des caisses dispersées – et probablement pas arrimées lors du vol à g-zéro ce qui expliquait le désordre –, des sacs, des boîtes, des cartons et des câbles encombraient un espace exigu. Elle aida Reed à en empiler quelques-unes sur le côté afin de dégager un chemin jusqu’au tableau des commandes de vol. Peut-être qu’ils trouveraient des données ou un enregistrement à même de les éclairer. La nacelle avait servi de débarras, voire de poubelle, pendant un moment, se dit-elle, en découvrant des emballages sur le plancher. Elle en ramassa un et lut la date de mise sous vide : juin 2177. Presque cinq ans. Certaines rations alimentaires se conservaient facilement pendant dix ou quinze ans, même davantage. Cela ne constituait pas un indice. Jusqu’à ce qu’elle remarque une information pertinente : Préparation réservée non conforme à l’alimentation humaine.
— Merde, pesta Reed, quel genre d’individu peut vivre ici sans choper une infection ?
L’annonce de Collins survint au moment où Naomi allait lui suggérer une réponse.
— Nous serons en vue de la station de ravitaillement dans deux heures et trente-sept minutes. Vélocité, un quart.
— Bien reçu, Collins. Je…
Le capitaine Reed observa un temps d’arrêt. Il se figea au milieu des détritus.
— C’est quoi ça ?
Naomi se contorsionna pour se glisser à ses côtés. Le ça en question consistait en un caisson orné d’un sigle médical en partie enveloppé dans un tissu de plomb et boulonné au plancher. Le couvercle arborait une fenêtre rectangulaire, une véritable invitation à y regarder. Quant à ce qu’il y avait dedans, son imagination galopante fit le reste. Elle garda la bouche close dans l’attente d’un verdict.
Le capitaine ordonna à Med’ d’entrer pour l’examiner.
— C’est assez grand pour contenir un être humain, émit-il froidement.
Naomi déglutit et s’abstint de tout commentaire. Le médecin écarta la bâche de protection puis se pencha au-dessus de la vitre qu’il épousseta avec sa manche.
— C’est vide.
Elle poussa un discret soupir de soulagement. Med’ s’affaira sur le mécanisme d’ouverture qui ne lui posa pas de problème. Le couvercle se souleva, exposant son intérieur à leurs vues : une couche avec un écran souple à côté de l’oreiller, des tuyaux en plastique transparent, deux masques, des électrodes de monitoring et des sangles, le tout parfaitement rangé, prêt à servir. La couche ressemblait toutefois à une sorte de bricolage improvisé pour deux personnes plutôt qu’à un médic réglementaire.
Il réussit à activer le caisson qui se mit à ronronner, à émettre des clics et des bips. Ashlee passa sa tête ébouriffée par le sas :
— Vous avez trouvé quelque chose ?
La vitre, dotée d’une couche de polymère interactif, s’anima de divers tracés. Tous plats. La machine produisit un signal sonore et annonça qu’elle était inoccupée, dans l’attente d’un nouveau patient. Il demanda alors à dérouler l’historique d’utilisation et reçut une réponse pour le moins atypique.
— Les registres médicaux ont été effacés, je ne puis satisfaire votre requête, exprima une voix de synthèse aux accents féminins.
Med’ arqua un sourcil.
— Effacés ?
— Mémoires vidées par action manuelle, le 3 mai 2182.
— Hier ? s’étonna Naomi, aussi surprise que ses compagnons.
Le capitaine s’affaira aussitôt sur la console de vol de la capsule. Il accéda aux données sans toutefois parvenir à remonter au-delà des dernières vingt-quatre heures. Malgré ses efforts, le système se révéla incapable de délivrer des informations à une date antérieure. Ce nettoyage minutieux des mémoires contrastait avec le ménage déplorable de l’espace de survie.
— Si elle a été arrimée à la station de ravitaillement, c’est peut-être là qu’on trouvera des réponses. Med’ je veux que tu me fasses un examen approfondi de ce médic.
Le médecin acquiesça avec le sourire.
 
Le capitaine Reed, les semelles magnétiques ancrées sur le pont, avait convoqué tout le monde sur la passerelle. Chacun s’accrocha à une suspente ou cala ses pieds à un anneau de plancher. L’ Alyce , désormais en approche lente sur ses propulseurs auxiliaires, ne générerait plus de champ de gravité artificielle. Flottant parmi ses camarades, Med’ livra ses conclusions.
Le caisson médical n’était pas réglementaire. Selon lui, il s’agissait d'un modèle standard de médic auquel on avait ajouté des pièces prélevées sur des sièges d’accélération, notamment les filets anti-G. Le montage évoquait une improvisation qui lui paraissait toutefois assez réfléchie pour correspondre à un usage spécifique. Celui qui l’avait fabriqué savait probablement ce qu’il faisait.
— La couche est renforcée pour recevoir deux personnes et les réserves de fluides, comme l’oxygène, sont supérieures à ce qui se fait habituellement. Il demeure possible que la personne ait été gravement blessée ce qui aurait nécessité d’étendre la durée du traitement à l’intérieur du caisson, du reste pas conçu à l’origine pour de la chirurgie lourde.
— Et la bâche de plomb tissé ? s’enquit Naomi.
— Elle n’a qu’une seule utilité : se protéger des radiations. Ce qui sous-entend que le ou les occupants se préparaient à affronter une situation délicate ou à traverser une zone dangereusement exposée.
Tout le monde acquiesça, mais personne n’avait le moindre début d’explication.
Depuis son siège baquet, Rachelle les informa que la station de ravitaillement automatique était en vue et qu’elle venait d’accrocher le guidage radar après avoir transmis leurs codes AIFF. Elle signala également que la seconde plateforme d’arrimage était hors service. La pilote joua du manche et de la manette des gaz pour amener l’ Alyce au sommet de l’axe qui traversait, comme un javelot, un anneau en rotation. Puis elle la renversa afin de présenter le flanc bâbord au sas universel. L’équipage suivit la manœuvre impeccablement exécutée tout en détaillant la superstructure quelque peu usée à laquelle le vaisseau allait se connecter. La teinte grisâtre des plaques de blindage anti-radiations, les éclats de micro-météorites sur les panneaux extérieurs et les évacuateurs thermiques élimés montraient que l’installation avait déjà bien vécu. Mais elle était toujours à son poste, prête à accueillir de nouveaux voyageurs.
— Ça fait combien de temps qu’elle tourne ici ? questionna le navigateur.
— Un bail, s’amusa Ashlee. Ces trucs ont été conçus pour durer. Même quand on sera plus là, il y aura encore des péquenots perdus dans notre genre pour s’y amarrer.
Dans son siège, Rachelle esquissa un sourire.
Naomi ressentit une légère trépidation au moment du contact. Les voyants au vert sur l’afficheur central de la passerelle confirmèrent le verrouillage des crampons.
Sans tarder, Reed constitua deux équipes.
— Naomi, Med’, et Ashlee, avec moi. Les autres, vous restez à bord. Interrogez la banque de données de la station. Je veux savoir pourquoi la deuxième plateforme est HS. Il faut connaître l’état des stocks et découvrir qui s’y est connecté ces derniers mois. Ce serait bien qu’on puisse aussi compléter nos réserves d’eau douce.
— Qu’est-ce qu’on laisse en échange ?
— Ochoa, proposa Ashlee sur un ton goguenard.
Tout le monde sourit à la blague. Sauf Reed, qui les rappela à l’ordre.
 
Dans la salle de préparation jouxtant le sas de sortie, Naomi enfilait sa combinaison et un harnais. À g-zéro, l’affaire prenait une allure de gymkhana. Med’ flotta vers elle.
— Il y a un truc que je n’ai pas dit, confia-t-il dans un chuchotement.
— Alors, pourquoi tu m’en parles ? Je suis coordinatrice tactique, spécialiste en armement. J’y connais rien en médic. Tu devrais en discuter avec Reed.
— Justement.
Med’ ne poursuivit pas sa phrase.
— Justement quoi ?
— Tu t’y connais en armes.
Elle lui jeta un regard intrigué tout en épiant les réactions des autres déjà prêts à sortir.
— Je t’écoute.
— Il y avait du sang, à la base du caisson, derrière un panneau d’accès.
— Qu’est-ce que tu essayes de me dire ?
— Je… On devrait peut-être s’équiper en conséquence, non ?
Utiliser des FM dans une station, qui plus est vétuste, ce n’était jamais une bonne idée. Elle décela de l’appréhension au fond de ses yeux clairs comme du cristal.
— C’est un cadavre, voire deux, qu’on a des chances de découvrir là-dedans, pas une escouade de voltigeurs de la FEX ou des Marines de la Triade. Ils nous seraient déjà tombés dessus. Ça va bien se passer, détends-toi.
— Naomi, Med’, vous vous échangerez des mots doux plus tard. On a du boulot ! leur lança Reed depuis le couloir.
La mine renfrognée à cause de la remontrance, Naomi planta le médecin d’une poussée de ses pieds sur la cloison et rejoignit ses compagnons.
 
En tant que capitaine, Reed s’engagea le premier dans le manchon pressurisé collé à la station. Il souleva une trappe, révélant un clavier alpha numérique sur lequel il composa un code, il déclina ensuite son identité, le nom du vaisseau, la provenance et la destination. Des informations aussitôt enregistrées par le système. Un voyant passa au vert, puis il abaissa le levier. Le chuintement expulsa une bouffée d’air quelque peu vicié et froid, mais tout à fait respirable.
— Pouah ! fit Ashlee. La seule chose qui pue plus que ça, c’est une piaule d’étudiant.
La voix amusée d’Ochoa leur parvint sur l’intercom :
— J’ai connu une fille qui sentait plus que toi, Ash…
— Ça suffit, grogna Reed. On rigolera plus tard.
Naomi ajusta la ventilation de sa combinaison. Elle entra la troisième dans le long couloir faiblement éclairé. Ses mains glissèrent le long de la paroi pour accrocher une lanière, puis la suivante. Le puits menait au moyeu d’où partaient deux bras reliés à l’anneau dont la rotation produisait un tiers de la gravité standard. Ces tunnels de connexion perpendiculaires étaient munis de barreaux qu’ils empruntèrent à reculons, car plus ils progressaient, plus la pesanteur artificielle les attirait vers le plancher sur lequel il valait mieux éviter de tomber la tête la première. Parvenue sur l’ultime marche, Naomi sauta et se réceptionna en fléchissant les genoux.
Durant un instant, elle ne sut quoi répondre tant le spectacle lui rappela celui de la capsule.
Reed arborait un air outré. Sa bouche expulsait des bouffées de vapeur qui paraissaient, en cet instant, le fruit d’une colère froide contenue dans ses poumons.
— Je me demande bien qui a foutu ce bordel ! Je n’ai jamais vu une station de ravitaillement dans un état pareil.
Des caisses éventrées gisaient au beau milieu du couloir principal, délestées de paquets de nourriture, parfois même pas consommée. Il avait raison, c’était un intolérable gâchis. Des bouteilles avaient été ouvertes, à moitié vidées, brisées ou délaissées sur les tables. De l’eau. Et de l’alcool.
— On dirait que quelqu’un a fait la fête, partagea Med’.
— En tout cas, je suis bien content de ne pas être de corvée sur ce coup, déclara Ochoa qui suivait leur progression grâce à leurs caméras de casque.
— Ouais, c’est nous qui allons nous taper le nettoyage, maugréa Ashlee sur un ton indigné.
— Exactement, confirma Reed. C’est notre devoir.
Le capitaine repéra la console d’accueil.
Il s’assit sur le siège et activa l’afficheur qui lui demanda de se présenter.
 
Med’ et Naomi entreprirent de rassembler les paquets intacts, de ranger les cantines tandis qu’Ashlee inspectait les installations et les galeries techniques avec une lampe torche. Les « fêtards » pouvaient avoir cassé autre chose que des bouteilles. Elle sortit le système de chauffage du mode veille et un air chaud se mit à pulser à travers les bouches d’aération. La température augmenta peu à peu, leur permettant de se défaire de leurs combinaisons.
— Je ne vois pas un équipage des Confins se comporter comme ça, observa Medgar. Ils connaissent l’importance de ces stations et savent qu’elles sauvent des vies. Je vais vérifier la section médicale.
Naomi approuva d’un hochement de tête.
— Vas-y, je te rejoins après.
Sur le sol, près d’un siège boulonné au plancher, elle tomba sur un biscuit sec entamé. Elle le leva vers la lumière d’un plafonnier, examina la dentelure laissée par la mâchoire de celui qui l’avait croqué et, de toute évidence, pas trouvé à son goût. L’aliment faisait partie d’un lot de rations de survie dont la seule qualité nutritive tenait dans le nombre de calories qu’il apportait à l’organisme.
— Naomi, appela Reed. Par ici.
Elle rangea le biscuit dans le paquet qu’elle glissa dans sa poche de pantalon.
Le capitaine consultait le registre des passages sur l’écran projeté. L’arrimage précédant le leur datait du 10 octobre 2181. Il mentionnait la prise de contact d’une capsule qui s’était ensuite désarrimée le 3 mai, peu après leur arrivée dans le système. Ce qui correspondait à l’estimation initiale de Jamal.
— Plus de six mois ? questionna-t-elle.
Le livre de bord signalait également la présence d’un individu qui avait composé un code valide sans toutefois se présenter en bonne et due forme. Sur les images enregistrées par la caméra, ils virent un torse de combinaison et le sommet d’un casque dont la lampe frontale était allumée. Peut-être pour gêner l’objectif.
— Qui c’est ce type ?
— Aucune idée, répondit-elle.
— Un malotru, proposa Ashlee. Ce comportement de sauvage, c’est une honte.
— En tout cas, observa Naomi, on dirait qu’il est seul.
Le capitaine étudia la vidéo avec une mine songeuse jusqu’à ce que la combinaison disparaisse entièrement hors champ. Puis il se redressa.
— Où est Med’ ?
— Il contrôle l’infirmerie.
— Bien, je crois qu’on ferait mieux de…
Reed n’acheva pas sa phrase. Un cri strident déchira l’atmosphère à peine réchauffée de la station. Reed et Naomi se précipitèrent en remontant le couloir principal qui épousait la circonférence de l’anneau. Ils parvinrent rapidement à la section notée « E » et ornée de l’universelle croix rouge sur un cercle de fond blanc. Dans la petite salle équipée d’un lit médicalisé, Med’ se tenait, pétrifié, face à une bouche aération dévissée qu’il éclairait avec sa lampe.
— Il y avait quelque chose là ! Je l’ai vu !
— Tu as vu quoi ? demanda Reed sur un ton calme.
— Je ne sais pas. Ça s’est passé super vite. Il portait un uniforme ou une combinaison. J’ai senti une présence dans mon dos et le temps de me retourner, il avait filé.
— Il ?
— Ha ha ! s’esclaffa Ochoa sur le canal général. On dirait qu’un truc lui a foutu les pétoches.
Naomi inspecta l’ouverture, s’y glissa jusqu’aux épaules, regarda à droit et à gauche. Le conduit offrait peu d’espace. Un individu normal aurait des difficultés « à disparaître rapidement ». Elle se retira et secoua la tête à l’intention du capitaine.
— OK, dit ce dernier avec un sourire en coin. T’es sûr que ton imagination ne te joue pas des tours ?
Med’ prit un air indigné :
— Tu te moques de moi ? Il y avait bien quelque chose. Aucun doute.
— On va… tâcher de garder l’œil ouvert.
Reed appela Ashlee pour un topo sur la sécurité des installations.
— Il faut que vous veniez voir un truc, lui répondit-elle. Je crois que Med’ a raison. Il y a quelqu’un ici.
 
Le trio rejoignit l’ingénieure dans la section « K », celle des logements. La station de ravitaillement pouvait accueillir une trentaine de personnes dans des conditions décentes, durant plusieurs semaines. Une capacité bien suffisante. À l’exception des transporteurs de troupes ou de touristes – cas rarissime –, peu de vaisseaux comptaient au-delà de dix membres d’équipage. Les plateformes d’arrimage, aux deux sommets de l’axe de rotation, permettaient le contact de deux navires en même temps. Les quartiers se divisaient en huit dortoirs, quatre de chaque côté du couloir, chacun pourvu de deux lits superposés.
Ashlee les attendait devant la première porte coulissante, elle invita Reed à entrer. Quand il ressortit, il afficha un regard perplexe.
— Naomi, j’aimerais ton avis.
Elle pénétra à son tour dans le logement de huit mètres carrés, un espace compté ou chaque chose était à sa place. Deux couches avaient été défaites et les draps roulés en boule, repoussés vers le bord. Sur le lit supérieur, elle reconnut un fusil d’assaut multimode, trois chargeurs, un pistolet électrique et une sorte de canne qui attira sa curiosité. Elle la prit, la soupesa, éprouva sa légèreté, sentit son équilibre parfait. Au prix du kilo de bois dans les Confins, elle tenait une petite fortune entre ses mains. Le pommeau pouvait se détacher, découvrit-elle, révélant une lame effilée. Cet objet précieux cachait donc une arme. Elle examina le FM, le mit sous tension, elle l’épaula, vérifia le viseur et, en le reposant, elle nota que ses batteries étaient pleines.
— Alors ? s’enquit Reed.
— Le fusil multifonction est nettoyé, en parfait état de marche, les munitions en évidence et ça, fit-elle en montrant la canne, notre intrus ne serait sans doute pas parti sans. Il peut être parano vu que son attirail est prêt à servir. Ou il attend de la visite.
Intrus. La qualification ravit Med’ qui voyait sa « vision » validée.
— Une idée de qui ça peut-être ? s’enquit Reed.
— Un individu de petite taille, capable de se faufiler partout. Qui sait manipuler des armes, ajouta Naomi.
— Un gosse naufragé ?
— Possible. On leur apprend très tôt à se débrouiller seuls et à se défendre.
— OK, alors il faut qu’on le retrouve. Et vite. Med’, avec moi. Ash et Naomi, vous parcourez l’anneau en sens inverse. On se retrouve de l’autre côté.
— S’il est assez petit, il peut aussi se planquer dans la ventilation ou une gaine technique, remarqua l’ingénieure.
— Alors, on va les vérifier. Les ouvrir. Une par une.
L’ingénieure soupira, mais exécuta les directives du capitaine.
 
Les deux femmes se divisèrent la tâche : chacune prenant en charge un côté du couloir. Naomi commença par inspecter les dortoirs suivants. Les lits étaient faits et les draps, froids, n’avaient pas accueilli d’occupant depuis des lustres si elle en jugeait par l’accumulation de poussière sur le mobilier.
Les stations STA.RA formaient un réseau de secours, des refuges placés à proximité de routes commerciales ou dans des systèmes stellaires...

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