Course en Cercles
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Description

Le général Demézières aurait besoin de recruter des personnes dotées de talents pour constituer une armée chargée d'apporter la paix dans les six duchés. On lui recommande le baron Firenze, un "opportuniste de génie" dont il va mesurer les aptitudes en le confrontant à son frère Lionel dans une course à la chance.

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Publié par
Nombre de lectures 13
EAN13 9791095442189
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0007€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Course en Cercles

Tesha Garisaki



Première parution dans la revue Brins d’éternité n°42
L’auteur remercie Dave Côté et Guillaume Voisine pour leur fantastique travail éditorial.
Course en Cercles
 
 
16h 15 – Fiacre du général Demézières
« Ce que je souhaite évaluer, c’est la portée de son talent, pas sa loyauté : on nous le met dans les jambes parce qu’il a une dette à payer. Firenze n’est pas à proprement parler un “volontaire”. On m’a fait savoir qu’il était enthousiaste à l’idée de servir dans notre troupe, mais je n’y crois que peu. Quoi qu’il en soit, je saurai rapidement me faire une idée à ce sujet. »
Lionel n’en doutait pas : Frédéric déterminerait dès le premier coup d’œil s’il pouvait faire confiance ou non à ce futur soldat. C’était là le talent de son général de frère : il lisait les sentiments des autres comme dans un livre ouvert.
Le général poursuivit ses explications tandis que leur fiacre cahotait sur les pavés d’Abbevielle.
« Ce que je veux, c’est savoir si son talent pourra nous être utile. Le duc de Barazza le décrit comme un opportuniste de génie. Mais Firenze m’a envoyé un télégramme hier, où il me vante ses qualités. Il prétend que son talent va au-delà d’un simple opportunisme. A priori c’est là un talent qui ne m’intéresse guère, et pourtant le duc d’Abbevielle insiste pour que je le prenne avec nous. »
Frédéric s’enfonça dans sa banquette. Lionel n’aurait su dire si son frère était contrarié ou songeur.
Le duc d’Abbevielle comptait sur le talent de Frédéric pour réaliser un exploit de taille : réunir les six duchés en un seul royaume. Ce dernier avait accepté avec d’autant plus d’empressement que des rumeurs inquiétantes venaient d’au-delà des frontières. On prétendait que le roi de Cochiques exprimait des velléités d’annexion sur les six duchés. Le temps était venu de s’unir et de se préparer à recevoir l’envahisseur. Mais cela ne pouvait se faire sans une armée exceptionnelle. Dans ce but, Frédéric avait exigé que celle-ci soit composée en grande partie de soldats talentueux. Or les talents ne couraient pas les rues : à peine une personne sur vingt en possédait un, et encore, beaucoup de ces aptitudes très particulières étaient absolument inutiles. Comme le talent d’attirer les papillons, ou celui de deviner l’heure. Ce dont avait besoin Frédéric, c’était de talents dont il puisse faire un usage militaire. Lionel, par exemple, ne manquait jamais sa cible, même les yeux fermés. Il était né tireur d’élite.
« Mais, j’y pense, dit-il. Pourquoi est-ce que le duc de Barazza nous envoie un talentueux ?
― Pour sceller son alliance avec le duc d’Abbevielle.
― Je n’arrive toujours pas à comprendre comment ces deux-là peuvent envisager de s’allier.
― Le duc de Barazza a une fille, et le duc d’Abbevielle un fils. Si aucun des deux ne peut prétendre au titre de prince au terme de cette alliance, leurs enfants, eux, auront toute la légitimité nécessaire pour cela. Et puis, ça nous fait toujours un duché de moins à annexer, je ne vais pas m’en plaindre. »
Le fiacre s’immobilisa sur ces entrefaites. Par habitude, Lionel descendit le premier et jeta un coup d’œil circulaire à la place de la gare, où rendez-vous avait été fixé avec le baron de Sarapia, Firenze l’opportuniste. Face à l’énorme verrière semi-circulaire qui mangeait la moitié de la façade de la gare s’étendait une vaste cour dallée, où venaient s’aligner les voitures des voyageurs et, tout autour, une douzaine de cafés offraient des terrasses en plein soleil. À cette heure-ci, en fin d’après-midi, celles-ci étaient bondées. Firenze devait les attendre là, à la table d’un bar.
Frédéric sauta du fiacre avec élégance. Il était ainsi : toujours droit comme un I, impeccablement mis.
« Il est là-bas », dit le général en désignant une terrasse à l’ouest...

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